L’Aiglon (page 17)
Trois !Hourrah !Notre essaim de femmes l’accapare !
LES DOMINOS MAUVES, autour du faux duc, feignant de coqueter pour que personne ne l’approche.
Prince ! — Duc ! — Monseigneur ! — Altesse !
GENTZ, qui les regarde en passant, avec une jalousie de vieux galantin.
Prince ! — Duc ! — Monseigneur ! — Altesse !Il n’y en a
Que pour le duc ce soir !
DES MASQUES, s’apprêtant pour souper ensemble.
Que pour le duc ce soir !Sandor ! — Zichy ! — Mina !
L’ARLEQUINE, masquée qu’on a appelée Mina, s’asseyant.
On me reconnaît donc ?
LE POLICHINELLE.
On me reconnaît donc ?À ce collier de jade !
LE SCARAMOUCHE, s’attablant et regardant les petites oranges de l’oranger.
Au dessert on pourra se faire une orangeade !
UN DOMINO MAUVE, minaudant, au faux duc.
Duc !…
L’OURS, qui a ôté sa tête pour souper, lisant le menu.
Duc !…Sterlets du Danube ! — Et caviar du Volga !
L’ARCHIDUCHESSE, qui va et vient, plaçant les soupeurs.
Mimi de Meyendorf à la table d’Olga !
(Tout le monde est assis, excepté la comtesse qui, toujours debout à gauche, continue à marivauder avec un domino mauve. Le duc, sans la quitter des yeux, s’est attablé, avec Flambeau et Fanny, à l’un des orangers. — Rires. Murmures. Le souper commence.)
GENTZ, se levant, un verre de champagne à la main.
Mesdames et Messieurs…
QUELQUES SOUPEURS, réclamant le silence.
Mesdames et Messieurs…Chut ! Chut !
LE DUC, voyant la comtesse faire un pas vers la droite.
Mesdames et Messieurs…Chut ! Chut !C’est la minute
Terrible !…
GENTZ.
Terrible !…Je brandis cette première flûte
En l’honneur…
LE DUC.
En l’honneur…Elle va pour sortir…
GENTZ.
En l’honneur…Elle va pour sortir…… de l’absent
Qui régla nos plaisirs et s’en fut — nous laissant
Ces musiques, ces fleurs et ces sorbets aux pêches, —
Travailler jusqu’à l’aube et dicter des dépêches !
(Applaudissements. La comtesse profite de ce que l’attention est attirée par Gentz et se dirige, parmi les tables, vers la sortie. À mesure qu’elle avance — en imitant l’allure distraite du duc et sans avoir l’air de se presser — il se lève, de chaque table, sur son passage, un domino mauve qui l’accompagne un instant en lui faisant des agaceries, et ne la quitte que lorsqu’un autre domino mauve vient à son tour l’accaparer coquettement.)
FANNY, qui la suit des yeux, bas au duc.
Elle a bien attrapé votre pas nonchalant !
GENTZ, continuant d’une voix éclatante.
Au Prince Chancelier, Conseiller, Chambellan !
Dédions ton premier grésillement, champagne,
À Metternich, prince d’Autriche et grand d’Espagne,
Seigneur de Daruvar et duc de Portella…
FANNY, regardant toujours la Comtesse qui se rapproche de plus en plus de la sortie.
Elle avance ! Voyez l’air tranquille qu’elle a.
GENTZ.
Chevalier de Sainte-Anne…
LE DUC, bas à Flambeau dont il serre convulsivement la main.
Chevalier de Sainte-Anne…En parlant, il nous aide,
Ce Gentz, sans le savoir !
GENTZ.
Ce Gentz, sans le savoir !… Des Séraphins de Suède,
De l’Éléphant Danois et de la Toison d’or !…
FLAMBEAU, bas.
Pourvu que Metternich ait des titres encor !
GENTZ.
Curateur des Beaux-Arts, Magnat héréditaire…
LE DUC, fébrilement, les yeux fixés sur la comtesse qui avance toujours.
Oh ! mon pas n’est pas si traînant… elle exagère !
GENTZ, avec un enthousiasme croissant.
Bailli de Malte…
LE DUC, de plus en plus énervé, voyant la comtesse s’arrêter tout près de la sortie avec un domino mauve.
Bailli de Malte…Eh bien ! qu’attend-elle ?
GENTZ.
Bailli de Malte…Eh bien ! qu’attend-elle ?Grand-Croix
Du Faucon, du Lion, de l’Ours, de Charles III !…
(Il s’arrête, s’épongeant le front.) Ouf !…
LA VOISINE DE DROITE de Gentz, à sa voisine de gauche.
Ouf !…Il va succomber ! Il faut que tu l’éventes !
(Les deux éventails s’agitent avec une violence comique des deux côtés de Gentz.)
GENTZ, ranimé, concluant avec emphase.
Et Membre de plusieurs Sociétés savantes !
ENTHOUSIASME GÉNÉRAL.
Hourrah !…
(Tout le monde est debout. Les verres se choquent. La comtesse est arrivée à la sortie avec le dernier domino mauve ; le pied sur le seuil, elle cause et rit nerveusement, s’attarde une seconde de peur de se trahir par un départ brusque, baise la main du domino mauve pour prendre congé…)
FLAMBEAU, bas au duc qui n’ose plus regarder.
Hourrah !…Et pendant qu’ils trinquent de toutes parts,
Prince, elle va sortir… elle sort !…
L’ARCHIDUCHESSE, qui depuis un instant suit des yeux le faux duc, — à voix haute, de sa place.
Prince, elle va sortir… elle sort !…Franz, tu pars ?
(La Comtesse chancelle, elle est obligée de s’adosser au treillage pour ne pas tomber.)
LE DUC, bas.
Tout est perdu !
FLAMBEAU.
Tout est perdu !Tonnerre !
L’ARCHIDUCHESSE, qui se lève et se dirige vers la comtesse.
Tout est perdu !Tonnerre !Attends !
FANNY, atterrée.
Tout est perdu !Tonnerre !Attends !L’Archiduchesse
N’est pas du complot !
L’ARCHIDUCHESSE, qui est arrivée près de la comtesse.
N’est pas du complot !Franz !
(Elle lui prend le bras, et d’un doux ton de reproche). N’est pas du complot !Franz !Tu blessas ma tendresse,
Tout à l’heure, mais…
(Elle tressaille, en recevant à travers le masque un regard qu’elle ne reconnaît pas. Elle s’arrête, examinant de près le bas du visage, et presque sans voix.) Tout à l’heure, mais…Ah !…
LE DUC, qui suit cette scène.
Tout à l’heure, mais…Ah !…Perdu !
L’ARCHIDUCHESSE, reculant hésitante.
Tout à l’heure, mais…Ah !…Perdu !Mais…
(Puis, après le siècle d’une seconde, elle reprend sa voix naturelle, et très haut, tendant la main à la comtesse :) Tout à l’heure, mais…Ah !…Perdu !Mais…À demain !
LA COMTESSE, à qui l’émotion, la peur qu’elle a eue, la gratitude font perdre un instant la tête.
Ah ! Madame, — comment ?…
L’ARCHIDUCHESSE, vite et bas.
Ah ! Madame, — comment ?…Baisez-moi donc la main !
(La Comtesse se ressaisit, baise tout à fait en duc de Reichstadt la main de l’Archiduchesse, se redresse, et sort.)
Scène XIV
Les Mêmes, moins LA COMTESSE.
UN SOUPEUR, qui a vu sortir la comtesse.
Il part déjà, le duc ?
TIBURCE, haussant les épaules.
Il part déjà, le duc ?Oh ! il est si fantasque !
(L’Archiduchesse, en regagnant son oranger, passe devant celui où sont assis le Duc, Flambeau et Fanny.)
LE DUC, l’arrêtant au passage, d’une voix basse et émue.
Votre main… comme au duc de Reichstadt ?…
L’ARCHIDUCHESSE, regarde un instant ce jeune homme encapuchonné et masqué, et lui tend la main.
Votre main… comme au duc de Reichstadt ?…Tiens, — beau masque
(Elle regagne sa place. Tout le monde soupe, rit, cause.)
GENTZ, se levant, un verre de champagne à la main.
Et maintenant…
(Rires et protestations.)
PLUSIEURS.
Et maintenant…Encore !
GENTZ.
Et maintenant…Encore !Un mot…
L’ARLEQUIN.
Et maintenant…Encore !Un mot…Gentz, allez-y !
GENTZ.
Je voulais compléter mon petit brindisi :
J’ai commis tout à l’heure un oubli… volontaire.
Car le duc de Reichstadt étant là, j’ai dû taire
Le plus beau titre de Metternich. J’ai l’honneur
— Le Duc étant sorti — de boire : Au destructeur
De Bonaparte !
TOUT LE MONDE, se levant dans une subite explosion de haine joyeuse.
De Bonaparte !Au destructeur de Bonaparte !
(Mouvement du Duc. Tous les verres sont levés. Flambeau vide tranquillement le sien dans le canon de son fusil.)
LE DUC.
Que fais-tu ?
FLAMBEAU.
Que fais-tu ?Je le mouille un peu, de peur qu’il parte !
(Tout le monde se rassied. La conversation devient générale. On se parle d’un oranger à l’autre.)
LE SCARAMOUCHE, riant.
Ce Bonaparte !…
LE PETIT MARQUIS.
Ce Bonaparte !…En somme, un faux marbre !
TIBURCE.
Ce Bonaparte !…En somme, un faux marbre !Du stuc !
LE DUC, indigné.
Hein ?
FLAMBEAU, craignant qu’il ne se trahisse.
Hein ?Songez qu’il y va de l’Empire, mon duc !
LE POLICHINELLE, dédaigneux.
Très surfait.
FLAMBEAU, toujours bas au duc, lui saisissant la main.
Très surfait.Prenez garde !
TIBURCE.
Très surfait.Prenez garde !Officier secondaire
Mais qu’en Égypte on a vu sur un dromadaire…
Alors !…
L’OURS.
Alors !…On dit que Gentz le fait très bien !
FLAMBEAU, entre ses dents.
Alors !…On dit que Gentz le fait très bien !Cristi !
L’ARLEQUIN, à Gentz.
Fais-le !
(Gentz se lève. Mouvement du duc.)
FLAMBEAU, au duc.
Fais-le !N’oubliez pas que vous êtes sorti !
GENTZ, faisant rapidement descendre une mèche en pointe sur son front.
La mèche !
(Fronçant le sourcil.) La mèche !L’œil !
(Mettant la main dans son gilet.) La mèche !L’œil !La main !
(Et satisfait.) La mèche !L’œil !La main !Voilà.
(Acclamations et rires.)
LE DUC, dont les doigts nerveux arrachent la dentelle de la nappe.
La mèche !L’œil !La main !Voilà.Oh !
FLAMBEAU, s’est retourné avec un mouvement furieux vers Gentz, mais la caricature même de ce qu’il aimait tant l’émeut, et calmé, il dit d’une voix sourde :
La mèche !L’œil !La main !Voilà.Oh !Il se moque !
Et même en se moquant c’est beau ! — car il l’évoque !
LE CROCODILE.
Vous savez qu’il tombait de cheval, — patatras !
(Rires.)
FLAMBEAU, bas au duc.
Voilà ce que, sur lui, trouvèrent les ultras !
LE PIERROT.
Un causeur très médiocre !…
FLAMBEAU, ironique.
Un causeur très médiocre !…Allez donc !
LE DUC.
Un causeur très médiocre !…Allez donc !C’est la règle !
S’ils ne pouvaient entre eux dire du mal de l’aigle,
Que diraient le cloporte et le caméléon ?
TIBURCE.
Il ne s’appelait pas, d’ailleurs, Napoléon !
FLAMBEAU, sursautant.
Hein ?
(C’est le duc maintenant qui le retient.)
TIBURCE.
Hein ?Il s’est fabriqué ce nom : c’est très facile !
On veut se faire un nom magnifique…
FLAMBEAU, à part.
On veut se faire un nom magnifique…Imbécile !
TIBURCE.
… Qui dans l’histoire, un jour, puisse être interpolé…
On prend trois petits sons clairs et secs : Na-po-lé…
Et puis un bruit sourd : on !
L’OURS.
Et puis un bruit sourd : on !C’est extraordinaire !
TIBURCE.
Oui : Na-po-lé : l’éclair !… et puis on, le tonnerre !
(Rires.)
UN TRIVELIN.
Quel était son vrai nom ?
TIBURCE.
Quel était son vrai nom ?Ah ! vous ne savez pas ?
LE TRIVELIN.
Mais non !
TIBURCE.
Mais non !Il s’appelait Nicolas.
FLAMBEAU, se levant furieux.
Mais non !Il s’appelait Nicolas.Nicolas ?
TOUT LE MONDE, l’applaudissant de si bien jouer son rôle.
Ah ! bravo ! le grognard !
GENTZ, riant, à Flambeau.
Ah ! bravo ! le grognard !Nicolas !
(Il lui passe un plat.) Ah ! bravo ! le grognard !Nicolas !Quelques cailles ?
FLAMBEAU, prenant le plat.
Eh bien ! mais… Nicolas gagnait bien les batailles !
UN PAILLASSE, avec le plus aristocratique dégoût.
Et cette cour qu’en un clin d’œil il fagota !
TIBURCE.
Quand on y parlait titre, étiquette, Gotha,
Mon cher, pour vous répondre, il n’y avait personne !
FLAMBEAU, doucement.
Il n’y avait donc pas le général Cambronne ?
UNE VOIX DE FEMME.
Mais… la guerre !…
TIBURCE.
Mais… la guerre !…Qu’y faisait-il ? Les bulletins !
LE POLICHINELLE.
Il se tenait sur des petits tertres lointains !
(Rires.)
FLAMBEAU, prêt à s’élancer.
Nom de…
LE DUC, le retenant.
Nom de…Chut !
TIBURCE.
Nom de…Chut !Une balle, un jour, fut assez bonne
Pour venir le blesser au pied, à Ratisbonne :
Juste de quoi fournir un sujet de tableau !
(Rires.)
FLAMBEAU, retenant à son tour le duc, lui dit avec rage.
Du calme !…
LE DUC.
Du calme !…Mais toi-même…
FLAMBEAU, dont la main depuis un instant tourmente son couteau.
Du calme !…Mais toi-même…Ôtez-moi ce couteau !
(Fanny le lui enlève.)
TIBURCE, renversé sur sa chaise et dégustant à petites gorgées son Johannisberg.
Bref…
LE DUC, dont les ongles s’enfoncent dans le poignet de Flambeau.
Bref…Qu’il n’ajoute pas quelque chose de pire !
FLAMBEAU, suppliant.
Vous le supporterez !
LE DUC.
Vous le supporterez !Oh ! — pas pour un Empire !
TIBURCE, laissant tomber un mot entre chaque gorgée.
Bref — ce fameux héros — c’était…
FLAMBEAU, sentant que le duc va s’élancer, — avec désespoir.
Bref — ce fameux héros — c’était…Non, mon petit !
TIBURCE.
C’était un lâche !
LE DUC, se levant.
C’était un lâche !Oh ! je…
UNE VOIX, partie du fond.
C’était un lâche !Oh ! je…Vous en avez menti !
(Brouhaha.)
TOUT LE MONDE, debout, parlant à la fois.
Hein ? Qu’est-ce ? Quoi ? Comment ? Plaît-il ? Qui ça ?
GENTZ, qui est resté assis.
Hein ? Qu’est-ce ? Quoi ? Comment ? Plaît-il ? Qui ça ?Tumulte.
FLAMBEAU, bas au duc.
Tout est sauvé ! quelqu’un a relevé l’insulte !
TIBURCE, blême.
Qui s’est permis ?
L’ATTACHÉ, qui, écartant les groupes, descend vers lui.
Qui s’est permis ?C’est moi.
LE SCARAMOUCHE, bas à Tiburce.
Qui s’est permis ?C’est moi.L’un des aides de camp
Du maréchal Maison !
TIBURCE.
Du maréchal Maison !Quoi ? vous, me provoquant ?
Vous qui représentez le Roi ?
GENTZ, assis, terminant sa grappe de raisin.
Vous qui représentez le Roi ?C’est toujours drôle.
L’ATTACHÉ.
Il s’agit de la France, — et je suis dans mon rôle.
C’est contre elle tenir des propos insultants
Que d’insulter celui qu’elle aima si longtemps.
TIBURCE.
Buonaparte ?
L’ATTACHÉ.
Buonaparte ?Veuillez prononcer Bonaparte.
TIBURCE, ironique.
Soit ! Bonaparte !
L’ATTACHÉ.
Soit ! Bonaparte !Non. L’Empereur.
TIBURCE.
Soit ! Bonaparte !Non. L’Empereur.Votre carte ?
(Échange de cartes.)
L’ATTACHÉ, saluant.
Je pars demain. Donc, le duel, demain matin.
(Il s’éloigne et rejoint deux amis avec qui il se met à causer à voix basse. Les violons ont repris au loin et les groupes, en chuchotant, commencent à regagner le bal.)
FLAMBEAU, qui a disparu une seconde, à droite, vers le vestiaire, revient vêtu d’un superbe manteau et dit vivement au duc.
Filons ! J’ai le manteau.
(Il l’ouvre et le referme.) Filons ! J’ai le manteau.Dedans, c’est en satin !
TIBURCE, qui s’est rassis seul à sa table, tendant nerveusement son verre à un laquais.
De l’eau ?
LE LAQUAIS, qui est celui que le duc a envoyé au château, — tout en remplissant le verre de Tiburce.
De l’eau ?Monsieur est dur pour le Corse !
TIBURCE, levant les yeux sur lui, avec un étonnement hautain.
De l’eau ?Monsieur est dur pour le Corse !Hein ?
LE LAQUAIS, baissant la voix.
De l’eau ?Monsieur est dur pour le Corse !Hein ?Plus tendre,
Votre sœur, pour son fils !…
(Mouvement de Tiburce.) Votre sœur, pour son fils !…Voulez-vous les surprendre ?
TIBURCE.
Quand ?
LE LAQUAIS.
Quand ?Ce soir.
TIBURCE.
Quand ?Ce soir.Où ?
LE LAQUAIS.
Quand ?Ce soir.Où ?Je sais.
TIBURCE, lui faisant signe d’aller l’attendre dehors.
Quand ?Ce soir.Où ?Je sais.Attends-moi près d’ici !
(Le laquais s’éloigne. Tiburce se lève et, la main sur sa grande rapière de capitan.) Je vais débarrasser l’Autriche !
(Cependant LE DUC, avant de partir avec Flambeau qui l’attend sur le seuil, est allé vers l’attaché qui a fini de causer avec ses amis, et lui mettant la main sur l’épaule.)
Je vais débarrasser l’Autriche !Vous, merci !
L’ATTACHÉ, se retournant.
De quoi donc ?
(Le Duc soulève son masque une seconde. L’attaché va pousser un cri.)
LE DUC, mettant un doigt sur ses lèvres.
De quoi donc ?Chut !
L’ATTACHÉ, bas.
De quoi donc ?Chut !Le duc ?
LE DUC.
De quoi donc ?Chut !Le duc ?Un complot.
L’ATTACHÉ, surpris de cette confiance.
De quoi donc ?Chut !Le duc ?Un complot.Je m’étonne…
LE DUC, avec une grâce fière.
Je n’ai que mon secret, Monsieur : je vous le donne.
(Vite et bas.) Rendez-vous à Wagram, ce soir. Soyez-y !
L’ATTACHÉ.
Rendez-vous à Wagram, ce soir. Soyez-y !Moi ?
LE DUC.
N’êtes-vous pas à nous ?
L’ATTACHÉ.
N’êtes-vous pas à nous ?Je suis fidèle au roi.
LE DUC.
C’est bien ! Mais tu te bats pour mon père, à ma place.
Et c’est en toi, ce soir, un peu de moi qui passe !…
(Il remonte, en le saluant.) — À bientôt !
L’ATTACHÉ, le suivant.
— À bientôt !Vous croyez me gagner ?…
LE DUC.
— À bientôt !Vous croyez me gagner ?…J’en suis sûr.
Mon père a bien conquis Philippe de Ségur !
L’ATTACHÉ, avec fermeté.
Demain je rentre en France, et je tiens à vous dire…
LE DUC, souriant.
Vous êtes un futur maréchal de l’Empire !
L’ATTACHÉ.
… Que si l’on fait, sur vous, marcher mon régiment,
Je saurai commander le feu.
LE DUC.
Je saurai commander le feu.Parfaitement.
(Il lui tend la main.) Serrons-nous donc la main, avant de nous combattre.
(Les deux jeunes gens se prennent la main.)
L’ATTACHÉ, avec une extrême courtoisie.
Avez-vous pour Paris — car j’y serai le quatre —
Quelques commissions ? L’honneur me serait doux…