L’Aiglon (page 18)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — L’Aiglon · 22 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LE DUC, souriant.

Je compte être rendu dans… l’Empire avant vous !

L’ATTACHÉ

Si pourtant, avant vous, j’étais dans le… Royaume ?

LE DUC.

Saluez de ma part la colonne Vendôme.

(Il sort. Le rideau tombe.)

ACTE V LES AILES BRISÉES

Une plaine. Quelques buissons bas ; un tertre dont l’herbe frissonne d’un vent éternel ; une petite cabane construite de débris d’affûts et de caissons et qu’entourent de maigres géraniums ; la route qui passe ; le poteau de la route, rayé des couleurs autrichiennes ; et c’est tout. Des champs et du ciel, des épis et des étoiles… Une plaine. Une plaine immense. La plaine de Wagram.

Scène PREMIÈRE

LE DUC, FLAMBEAU, PROKESCH.

(Tous les trois, immobiles dans leurs manteaux, attendent. Silence, — pendant lequel on entend le vent souffler.)

LE DUC, ouvrant son manteau pour que le vent s’y engouffre, et le refermant brusquement.

Tiens ! je prends de ton vent, Wagram, dans mon manteau !

(À Flambeau qui regarde, sur la route, vers la gauche.) Les chevaux ?

FLAMBEAU.

Les chevaux ?Pas encor. Nous arrivons trop tôt.

LE DUC.

Au premier rendez-vous que me donne la France,

Je dois, comme un amant, arriver en avance !…

(Il se met à se promener de long en large et arrive devant le poteau. Il s’arrête.) Leur poteau !… jaune et noir !… Ah ! je vais donc pouvoir

Marcher sans rencontrer un poteau jaune et noir !

Sur de doux poteaux blancs des noms charmants vont luire.

Oh ! lire Chemin de Saint-Cloud ! au lieu de lire :

(Il monte sur une pierre pour lire l’écriteau.) Route de Grosshofen !

(Tout d’un coup se souvenant.) Route de Grosshofen !Tiens ! mais… mon régiment

Se rend à Grosshofen, à l’aurore !

FLAMBEAU.

Se rend à Grosshofen, à l’aurore !Comment ?

LE DUC.

J’ai donné l’ordre hier, quand j’ignorais encore…

FLAMBEAU.

Nous serons loin lorsqu’ils passeront, — à l’aurore.

(Un homme sort de la petite cabane, un vieux paysan, à barbe blanche, et manchot.)

LE DUC.

Cet homme ?

FLAMBEAU.

Cet homme ?Il est à nous. Sa cabane nous sert

De rendez-vous. — Ancien soldat. Dans ce désert

Explique la bataille aux étrangers.

LE PAYSAN, apercevant un groupe, étend machinalement sa main vers l’horizon, et commence, d’une voix de guide.

Explique la bataille aux étrangers.À gauche…

FLAMBEAU, s’avançant.

Non ; moi, je la connais !

(Le paysan, le reconnaissant, sourit et salue. Flambeau allume son petit brûle-gueule français à la longue pipe allemande du vieux.)

PROKESCH, à Flambeau.

Non ; moi, je la connais !Qu’est-ce qui le débauche

Du service autrichien ?

LE PAYSAN, qui a entendu.

Du service autrichien ?Monsieur, j’étais mourant.

Je me traînais par là. Napoléon, le Grand

Vint à passer…

FLAMBEAU.

Vint à passer…Toujours il parcourait la plaine,

Le lendemain.

LE PAYSAN.

Le lendemain.Le grand Empereur prit la peine

D’arrêter son cheval, et devant lui, — devant… —

Il me fit amputer par son docteur…

FLAMBEAU.

Il me fit amputer par son docteur…Yvan.

LE PAYSAN.

Donc, si son fils s’ennuie à Vienne, — qu’il émigre !

Moi, je l’aide !…

(À Flambeau, fièrement, en tapant sur sa manche vide.) Moi, je l’aide !…Le bras — coupé — devant lui !

FLAMBEAU.

Moi, je l’aide !…Le bras — coupé — devant lui !Bigre !

On n’a pas tous les jours la satisfaction

D’avoir le bras coupé devant Napoléon !

LE PAYSAN, avec un geste résigné.

La guerre !…

(Les deux vétérans se sont assis sur le petit banc qui tient à la cabane, et côte à côte, ils fument, laissant de temps en temps échapper rêveusement un mot.)

La guerre !…On se battait !…

FLAMBEAU.

La guerre !…On se battait !…On mourait.

LE PAYSAN.

La guerre !…On se battait !…On mourait.Nous mourûmes.

FLAMBEAU.

On allait !…

LE PAYSAN.

On allait !…Nous aussi.

FLAMBEAU.

On allait !…Nous aussi.On tirait, dans des brumes !…

LE PAYSAN.

Nous aussi.

FLAMBEAU.

Nous aussi.Puis, après, quelque officier noirci

Venait nous dire : On est vainqueur !

LE PAYSAN.

Venait nous dire : On est vainqueur !À nous aussi.

FLAMBEAU, se levant, indigné.

Hein ?

(Il hausse les épaules et souriant.) Hein ?Au fait !…

(Et serrant la main au vieux.) Hein ?Au fait !…Si quelqu’un nous entendait !

LE DUC, immobile, au fond.

Hein ?Au fait !…Si quelqu’un nous entendait !J’écoute.

LE PAYSAN, philosophiquement, regardant ses fleurs.

Bah ! mes géraniums poussent bien !

FLAMBEAU, hochant la tête.

Bah ! mes géraniums poussent bien !Je m’en doute !

(Il montre le coin ou fleurissent les géraniums.) Tiens ! à cet endroit même : onze petits tambours !

LE DUC, se rapprochant.

Onze petits tambours ?

FLAMBEAU.

Onze petits tambours ?Je les revois toujours !

— C’étaient, sous leurs shakos, onze boules pareilles

Entre l’écartement naïf de leurs oreilles ;

Onze, qui sans savoir ni le but ni le plan,

Marchaient, heureux de vivre, en faisant ran plan plan !

On les blaguait un peu, car, ayant su lui plaire,

Ils étaient les chouchous de notre cantinière ;

Mais lorsqu’ils tricotaient la charge, ces tapins,

Lorsqu’ils tapaient, pareils à des petits lapins,

Sur leurs onze tambours de leurs vingt-deux baguettes,

Ce tonnerre faisait frémir nos baïonnettes,

Dont les zig-zags d’acier semblaient dire, dans l’air :

« Nous n’avons pas pour rien la forme d’un éclair ! »

— C’est là que le crachat d’un gros tousseur de bronze

Prit ces onze tambours en file, et…

(Avec un geste qui fauche.) Prit ces onze tambours en file, et…Tous les onze !

(Il se tait une seconde, pieusement, — et reprend plus bas.) Il fallait voir la cantinière !… — ah ! sacrebleu ! —

Elle avait relevé son grand tablier bleu,

Comme ces vieilles font qui glanent dans la plaine,

Et, folle, elle glanait des baguettes d’ébène.

(Secouant son émotion.) … Mais de parler de ça, ça vous enroue !…

(Toussant pour s’éclaircir la voix.) Mais de parler de ça, ça vous enroue !…Hum ! Hum !

(Il cueille un géranium, et avec une brusque gaieté.) Recette pour changer un vil géranium

En Légion d’honneur : on ôte trois pétales !

(Il arrache trois pétales ; les deux qui restent forment un minuscule papillon rouge, et le place à la boutonnière de son pardessus en lui disant.) Hein ? Sur mon beau revers de velours, tu t’étales ?…

(Au duc, lui désignant du menton cette décoration improvisée.) C’est bien celle que tu me donnas, Monseigneur ?

LE DUC, mélancoliquement.

Je l’ai donnée en rêve !…

FLAMBEAU.

Je l’ai donnée en rêve !…Et je la porte en fleur.

(Depuis un instant, au fond, des hommes à grands manteaux arrivent, se serrent la main, se groupent.)

Scène II

Les Mêmes, MARMONT, LES CONSPIRATEURS.

UNE OMBRE, se détachant du groupe et descendant vers le Duc et Flambeau.

Sainte-Hélène.

FLAMBEAU, répondant.

Sainte-Hélène.Schœnbrunn.

LE DUC, reconnaissant celui qui s’est avancé.

Sainte-Hélène.Schœnbrunn.Marmont !

MARMONT, s’inclinant.

Sainte-Hélène.Schœnbrunn.Marmont !Duc, bonne chance !

LE DUC, désignant ceux qui restent au fond.

Ces ombres ?

MARMONT.

Ces ombres ?Vos amis.

LE DUC.

Ces ombres ?Vos amis.Ils restent à distance ?

MARMONT.

C’est que de déranger Votre Altesse ils ont peur,

Et, Sire, que déjà vous êtes l’Empereur.

LE DUC, frissonne, et après un silence.

Empereur ?… Moi ?… demain ?… — Je te pardonne, traître !

J’ai vingt ans et je vais régner !

… Ah ! mon Dieu ! que c’est beau d’avoir vingt ans et d’être

Fils de Napoléon premier !

Ce n’est pas vrai que je suis faible et que je tousse !

Je suis jeune, je n’ai plus peur !

Empereur ?… Moi ?… demain ?… — Comme la nuit est douce !…

LA VOIX D’UN CONSPIRATEUR, arrivant.

Schœnbrunn.

UNE AUTRE VOIX, répondant.

Schœnbrunn.Sainte-Hélène.

LE DUC.

Schœnbrunn.Sainte-Hélène.Empereur !…

Ah ! je la sens ce soir assez vaste, mon âme,

Pour qu’un peuple y vienne prier !

Il me semble que j’ai pour âme Notre-Dame !…

UNE VOIX.

Sainte-Hélène.

UNE AUTRE.

Sainte-Hélène.Schœnbrunn.

LE DUC.

Sainte-Hélène.Schœnbrunn.Régner !…

Régner ! — C’est dans ton vent, dont le parfum de gloire

Commence à me rapatrier,

Qu’au moment de partir je devais venir boire,

Wagram, le coup de l’étrier !

Régner ! — Qu’on va pouvoir servir de grandes causes,

Et se dévouer à présent !

Reconstruire, apaiser, faire de belles choses !…

Ah ! Prokesch, que c’est amusant !

Prokesch, tous ces vieux rois dont les âmes sont sourdes,

Oh ! comme ils doivent s’ennuyer !

J’ai les larmes aux yeux. Je me sens les mains lourdes

Des grâces que je vais signer !

Peuple qui de ton sang écrivis la Légende,

Voici le fils de l’Empereur !

Oh ! toute cette gloire, il faut qu’il te la rende,

Et qu’il te la rende en bonheur !

Peuple, on m’a trop menti pour que je sache feindre !

J’ai trop souffert pour t’oublier !

Liberté, Liberté, tu n’auras rien à craindre

D’un prince qui fut prisonnier !

La guerre, désormais, ce n’est plus la conquête,

Mais c’est le droit que l’on défend !…

(Ah ! je vois une mère, au-dessus de sa tête,

Élever vers moi son enfant !)

D’autres noms, désormais, je veux qu’on s’émerveille

Que Wagram et que Rovigo ;

Mon père aurait voulu faire prince Corneille :

Je ferai duc Victor Hugo !

Je ferai… je ferai… je veux faire… je rêve…

(Il va et vient, s’enivrant, s’enfiévrant ; on s’écarte avec respect.) Ah ! je vais régner ! J’ai vingt ans !

Une aile de jeunesse et d’amour me soulève !

Ma Capitale, tu m’attends !

Soleil sur les drapeaux ! multitudes grisées !

Ô retour, retour triomphal !

Parfum des marronniers de ces Champs-Élysées

Que je vais descendre à cheval !

Il m’acclamera donc, ce grand Paris farouche !

Tous les fusils seront fleuris !

— On doit croire embrasser la France sur la bouche,

Lorsqu’on est aimé de Paris !

Paris ! j’entends déjà tes cloches !

UNE VOIX.

Paris ! j’entends déjà tes cloches !Sainte-Hélène.

UNE AUTRE.

Schœnbrunn.

LE DUC.

Schœnbrunn.Paris ! Paris ! je vois…

Je vois déjà, dans l’eau troublante de la Seine,

Le Louvre renverser ses toits !

Et vous qui présentiez à mon père les armes,

Dans la neige et dans le simoun,

Vieux soldats, sur mes mains je sens déjà vos larmes !…

Paris !

UNE VOIX DANS L’OMBRE.

Paris !Sainte-Hélène.

UNE AUTRE.

Paris !Sainte-Hélène.Schœnbrunn.

FLAMBEAU, au duc qui, épuisé, chancelle.

Qu’avez-vous ?

LE DUC, se raidissant.

Qu’avez-vous ?Moi ?… Rien ! rien !

PROKESCH, lui prenant la main.

Qu’avez-vous ?Moi ?… Rien ! rien !Vous brûlez !

LE DUC, bas.

Qu’avez-vous ?Moi ?… Rien ! rien !Vous brûlez !Jusqu’aux moelles !…

(Haut.) — Mais ça s’en va quand je galope ! Et les étoiles

Scintillent comme des molettes d’éperons !

Et voici des chevaux ! et nous galoperons !

(On vient d’amener des chevaux. Flambeau prend par la bride celui qui est destiné au duc et le lui amène.)

PROKESCH, à Marmont, lui montrant les conspirateurs.

Pourquoi ces gens sont-ils venus ?

MARMONT.

Pourquoi ces gens sont-ils venus ?Mais pour qu’on sache

Qu’ils ont trempé dans le complot !…

LE DUC.

Qu’ils ont trempé dans le complot !…Une cravache !

UN CONSPIRATEUR, lui en tendant une et se présentant dans un salut.

Le vicomte d’Otrante !

LE DUC, avec un léger recul.

Le vicomte d’Otrante !Hein ? le fils de Fouché ?

FLAMBEAU.

Ce n’est pas le moment d’en être effarouché !

(Il arrange le cheval.) L’étrier long ?

LE DUC.

L’étrier long ?Non, court.

UN AUTRE CONSPIRATEUR, saluant.

L’étrier long ?Non, court.Cet homme qui s’incline,

C’est Goubeaux, le meilleur agent de la cousine

De Votre Majesté…

(Il salue encore.) De Votre Majesté…Goubeaux.

LE DUC.

De Votre Majesté…Goubeaux.Bien.

GOUBEAUX, resaluant.

De Votre Majesté…Goubeaux.Bien.L’agent chef.

UN AUTRE CONSPIRATEUR, qui s’est vite avancé.

Pionnet !… Je représente ici le roi Joseph ;

C’est moi qui de sa part apportais les subsides…

LE DUC, à Flambeau qui dispose les brides.

Le filet seulement !

UN AUTRE CONSPIRATEUR, s’avançant et saluant.

Le filet seulement !J’ai disposé les guides,

Les relais. Vous pourrez, au village prochain,

Vous déguiser.

(Il salue en se nommant.) Vous déguiser.Morchain.

FLAMBEAU.

Vous déguiser.Morchain.Oui, oui, Machin !

LE CONSPIRATEUR, criant.

Vous déguiser.Morchain.Oui, oui, Machin !Morchain !

UN AUTRE.

On m’a chargé des passeports : besogne ingrate !…

Voilà !

(Il remet les passeports à Flambeau et ajoute avec satisfaction :) Voilà !C’est merveilleux, aujourd’hui, comme on gratte !

(Il salue.) Guibert !…

TOUS, parlant à la fois autour du cheval.

Guibert !…Goubeaux !… Pionnet !… Morchain !…

FLAMBEAU, les repoussant.

Guibert !…Goubeaux !… Pionnet !… Morchain !…Nous comprenons !

UN D’EUX, saisissant l’étrier pour le tenir au duc.

Feu votre père avait la mémoire des noms !

UN AUTRE, se précipitant, et se nommant.

Borokowski ! C’est moi — que Monseigneur s’informe ! —

Qui fis faire pour la comtesse l’uniforme !

LE DUC, nerveux.

C’est bon ! c’est bon ! de tous je me souviendrai bien !

Et mieux encor de celui-là — qui ne dit rien !

(Il désigne, de la cravache, un homme qui est resté dédaigneusement à l’écart enveloppé dans son manteau.) Ton nom ?

(L’homme se découvre, s’avance, et le Duc reconnaît l’attaché français.) Ton nom ?Quoi ! vous ici ?

L’ATTACHÉ, vivement.

Ton nom ?Quoi ! vous ici ?Pas en partisan, Prince ;

En ami seulement !… Certes pour que je vinsse

Il fallut…

FLAMBEAU.

Il fallut…À cheval ! Le ciel blanchit vers l’Est !

LE DUC.

J’empoigne la crinière ! — Alea jacta est !

(Il met le pied à l’étrier.)

L’ATTACHÉ.

Duc, à ce rendez-vous, si j’ai voulu me rendre,

C’était pour vous défendre, au besoin !

LE DUC, qui allait sauter en selle, s’arrêtant.

C’était pour vous défendre, au besoin !Me défendre ?

L’ATTACHÉ.

J’ai cru que vous couriez un danger.

LE DUC, tourné vers lui, le pied toujours à l’étrier.

J’ai cru que vous couriez un danger.Un danger ?

L’ATTACHÉ.

Ce drôle — que demain je compte endommager, —

Quittait le bal tantôt sans m’envoyer le moindre

Témoin. Je lui cours donc après. Je vais le joindre,

Quand dans l’ombre il accoste un autre individu…

Et je reste cloué par un mot entendu !

Il était question de tuer Votre Altesse

Surprise au rendez-vous, ce soir.

LE DUC, avec un cri d’effroi.

Surprise au rendez-vous, ce soir.Dieu ! la comtesse !

L’ATTACHÉ.

Le rendez-vous… c’était ici. Je le savais

Par vous. J’y suis venu. Tout va bien. Je m’en vais !

LE DUC.

Le rendez-vous ? Mais c’est le pavillon de chasse !

Ils vont assassiner la comtesse à ma place !

— Rentrons !

CRI GÉNÉRAL.

— Rentrons !Oh ! non !

UN CONSPIRATEUR.

— Rentrons !Oh ! non !Pourquoi ?

LE DUC, avec désespoir.

— Rentrons !Oh ! non !Pourquoi ?La comtesse !…

PROKESCH, voulant le retenir.

— Rentrons !Oh ! non !Pourquoi ?La comtesse !…Elle peut

Se faire reconnaître…

LE DUC.

Se faire reconnaître…Ah ! tu la connais peu !

Mais cette femme-là se fera, par ces brutes,

Tuer dix fois pour que je gagne dix minutes !

— Rentrons !…

PLUSIEURS.

— Rentrons !…Non !

LE DUC.

— Rentrons !…Non !Je ne peux pourtant — rentrons là-bas ! —

Souffrir qu’on m’assassine et que je n’y sois pas !

D’OTRANTE.

Tous nos efforts perdus !

UN CONSPIRATEUR, furieux.

Tous nos efforts perdus !S’il faut qu’on reconspire !

MARMONT.

Vous ne pourrez plus fuir !

UN AUTRE.

Vous ne pourrez plus fuir !Et la France ?

UN AUTRE.

Vous ne pourrez plus fuir !Et la France ?Et l’Empire ?

(Ils sont tous autour de lui.)

LE DUC.

Arrière !

MARMONT.

Arrière !Il faut partir !

LE DUC, avec force.

Arrière !Il faut partir !Il faut rentrer !

PROKESCH.

Arrière !Il faut partir !Il faut rentrer !Oui mais…

Rentrer, c’est abdiquer peut-être à tout jamais

La couronne !

LE DUC.

La couronne !Partir, c’est abdiquer mon âme !

MARMONT.

On peut sacrifier quelquefois…

LE DUC.

On peut sacrifier quelquefois…Une femme ?

MARMONT.

Risquer, pour une femme, au moment du succès…

FLAMBEAU.

Allons ! décidément, c’est un prince français !

LE VICOMTE D’OTRANTE, résolument au duc.

Voulez-vous partir ?

LE DUC.

Voulez-vous partir ?Non ! — Ôtez-vous, que je passe !

LE VICOMTE D’OTRANTE, aux autres.

S’il ne veut pas partir, qu’on l’enlève !

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