L’Aiglon (page 4)
Qu’une culotte courte…Ah ?Oui.
LE TAILLEUR.
Qu’une culotte courte…Ah ? Oui.Quelle nuance ?…
LE DUC.
Je la vois assez blanche, en casimir soyeux.
LE TAILLEUR.
Oh ! le blanc, c’est toujours ce qu’il y a de mieux !
LE DUC.
Boutons gravés…
LE TAILLEUR.
Boutons gravés…Gravés ?… ce n’est pas dans les règles.
LE DUC.
Si… quelque chose… un rien ! dessus… des petits aigles.
LE TAILLEUR, comprenant tout d’un coup quel est le petit habit vert que se commande le prince, — tressaille, et d’une voix étouffée.
Des petits ?…
LE DUC, changeant de ton, brusquement.
Des petits ?…Eh bien ! quoi ? qu’est-ce qui te fait peur ?
Et pourquoi donc ta main tremble-t-elle, tailleur ?
Qu’est-ce que cet habit a d’extraordinaire ?
Tu ne te vantes plus de pouvoir me le faire ?
L’ESSAYEUSE, au fond.
Chapeau cabriolet, garniture pavots !
LE DUC, se levant.
Remporte donc, tailleur, tes modèles nouveaux,
Et tes échantillons grotesques sur leur feuille,
Car ce petit habit, c’est le seul que je veuille !
LE TAILLEUR, se rapprochant.
Mais je…
LE DUC.
Mais je…C’est bon ! Va-t’en ! Ne sois pas indiscret !
LE TAILLEUR.
Mais…
LE DUC, avec un geste mélancolique.
Mais…Il ne m’irait pas, d’ailleurs !…
LE TAILLEUR, quittant brusquement son ton de fournisseur.
Mais…Il ne m’irait pas, d’ailleurs !…Il vous irait.
LE DUC, se retournant, avec hauteur.
Tu dis ?
LE TAILLEUR, tranquillement.
Tu dis ?Il vous irait très bien.
LE DUC.
Tu dis ?Il vous irait très bien.L’audace est grande !
LE TAILLEUR, s’inclinant.
Et j’ai les pleins pouvoirs pour prendre la commande.
LE DUC.
Ah ?
(Silence. Ils se regardent dans les yeux.)
LE TAILLEUR.
Ah ?Oui !
L’ESSAYEUSE, au fond, passant un manteau à Marie-Louise qui se regarde dans la psyché.
Ah ?Oui !Manteau de gros de la Chine, bouffant ;
Revers brodé, manche en oreille d’éléphant.
LE DUC, un peu ironique.
Ah ? ah ?
LE TAILLEUR.
Ah ? ah ?Oui, Monseigneur.
LE DUC.
Ah ? ah ?Oui, Monseigneur.Très bien. Monsieur conspire.
Je ne m’étonne plus que vous citiez Shakspeare.
LE TAILLEUR, bas et vite, lui désignant un des vêtements étalés.
La redingote olive a des noms sous son shall :
Écoles… Députés… Un pair… Un maréchal.
L’ESSAYEUSE, au fond.
Spencer en jaconas ; jupe en caroléide.
LE TAILLEUR.
On peut vous faire fuir…
LE DUC, froidement.
On peut vous faire fuir…Pour que je me décide,
Il faut qu’auparavant, j’aille, voilà le hic,
Consulter mon ami, Monsieur de Metternich.
LE TAILLEUR, souriant.
Vous vous méfierez moins quand vous saurez, Altesse,
Que c’est une cousine à vous…
LE DUC.
Que c’est une cousine à vous…Hein ?
LE TAILLEUR.
Que c’est une cousine à vous…Hein ?La comtesse
Camerata, la fille…
LE DUC.
Camerata, la fille…Ah ! je sais… d’Élisa !…
LE TAILLEUR.
Oui, celle qui toujours se singularisa,
Qui toujours, dans la vie, Amazone sans casque,
Portant avec orgueil sa race sur son masque,
Brave un péril, tient un fleuret, dompte un pur sang !…
L’ESSAYEUSE, au fond.
Un petit canezou d’organdi, ravissant !
LE TAILLEUR.
Quand vous saurez que c’est cette Penthésilée…
L’ESSAYEUSE.
Le col n’est qu’épinglé, la manche faufilée !
LE TAILLEUR.
… Qui mène le complot dont je vous parle…
LE DUC, hésitant encore à se livrer.
Qui mène le complot dont je vous parle…Dieu !
— La preuve de cela ?
LE TAILLEUR.
— La preuve de cela ?Tournez la tête un peu.
Regardez, sans en avoir l’air, la demoiselle
Qui déballe, à genoux, des toilettes…
LE DUC a tourné la tête. Ses yeux rencontrent ceux de l’essayeuse, qui le regarde à la dérobée.
Qui déballe, à genoux, des toilettes…C’est elle !
— À Vienne, un soir déjà, brusque, sur mon chemin,
Elle sortit d’un grand manteau, baisa ma main,
Et s’enfuit en criant : « J’ai bien le droit, peut-être,
De saluer le fils de l’Empereur mon maître !… »
(Il la regarde encore.) C’est une Bonaparte, — et nous nous ressemblons…
— Oui, mais elle n’a pas, elle, les cheveux blonds !…
MARIE-LOUISE, se dirigeant vers son appartement, à l’essayeuse.
Nous allons essayer par là. Venez, ma fille.
(À son fils, avec enthousiasme.) — Ah ! Franz, c’est à Paris seulement qu’on habille !
LE DUC.
Oui, ma mère.
MARIE-LOUISE, avant de sortir, toute frémissante.
Oui, ma mère.Aimez-vous le goût parisien ?
LE DUC, très gravement.
À Paris, en effet, on vous habillait bien.
(Marie-Louise, Scarampi et la demoiselle entrent dans l’appartement de Marie-Louise, emportant les robes à essayer.)
Scène X
LE DUC, LE JEUNE HOMME ; puis, un instant, LA COMTESSE CAMERATA.
LE DUC, dès que la porte s’est refermée, se tournant vers le jeune homme, avidement.
Vous, qui donc êtes-vous ?
LE JEUNE HOMME, très romantique.
Vous, qui donc êtes-vous ?Qu’importe ? un anonyme…
Las de vivre en un temps qui n’a rien de sublime,
Et de fumer sa pipe en parlant d’idéal.
Ce que je suis ? Je ne sais pas. Voilà mon mal.
Suis-je ? Je voudrais être, — et ce n’est pas commode.
Je lis Victor Hugo. Je récite son Ode
À la Colonne. Je vous conte tout cela
Parce que tout cela, mon Dieu, c’est toute la
Jeunesse ! Je m’ennuie avec extravagance ;
Et je suis, Monseigneur, artiste, et Jeune France.
De plus, carbonaro, pour vous servir. L’ennui
Ne me laissant jamais deux minutes sans lui,
J’ai porté des gilets plus ou moins écarlates,
Et je me suis distrait avec ça : les cravates.
J’y fus très compétent. Voilà pourquoi d’ailleurs
On me charge aujourd’hui de jouer les tailleurs.
J’ajoute, pour poser en pied mon personnage,
Que je suis libéral et basiléophage.
— Ma vie et mon poignard, Altesse, sont à vous.
LE DUC, un peu surpris.
Monsieur, vous me plaisez, mais vos propos sont fous.
LE JEUNE HOMME, après un sourire, — plus simple.
Ne me jugez pas trop sur ce qu’ils ont d’étrange ;
Un besoin d’étonner, malgré moi, me démange ;
Mais sincère est le mal dont je me sens ronger,
Et qui me fait chercher cet oubli : le danger !
LE DUC, rêveur.
Un mal ?
LE JEUNE HOMME.
Un mal ?Un grand dégoût frémissant…
LE DUC.
Un mal ?Un grand dégoût frémissant…L’âme lourde…
LE JEUNE HOMME.
Des élans retombants…
LE DUC.
Des élans retombants…L’inquiétude sourde…
La mauvaise fierté de ce que nous souffrons…
L’orgueil de promener le plus pâle des fronts…
LE JEUNE HOMME.
Monseigneur !
LE DUC.
Monseigneur !Le dédain de ceux qui peuvent vivre
Satisfaits…
LE JEUNE HOMME.
Satisfaits…Monseigneur !
LE DUC.
Satisfaits…Monseigneur !Le doute…
LE JEUNE HOMME.
Satisfaits…Monseigneur ! Le doute…Dans quel livre,
Vous si jeune, avez-vous appris le cœur humain ?
C’est là ce que sens !
LE DUC.
C’est là ce que sens !Donne-moi donc la main…
Puisque comme un jeune arbre, ami, que l’on transplante,
Emporte sa forêt dans sa sève ignorante,
Et quand souffrent au loin ses frères, souffre aussi,
Sans rien savoir de vous, moi, j’ai tout seul, ici,
Senti monter du fond de mon sang le malaise
Dont souffre en ce moment la jeunesse française !
LE JEUNE HOMME.
Je crois que notre mal est le vôtre plutôt ;
Car d’où tombe sur vous ce trop pesant manteau ?
— Enfant à qui d’avance on confisqua la gloire,
Prince pâle, si pâle en la cravate noire,
De quoi donc êtes-vous pâle ?
LE DUC.
De quoi donc êtes-vous pâle ?D’être son fils !
LE JEUNE HOMME.
Eh bien ! faibles, fiévreux, tourmentés par jadis,
Murmurant comme vous : Que reste-t-il à faire ?…
Nous sommes tous un peu les fils de votre père.
LE DUC, lui mettant la main sur l’épaule.
Vous êtes ceux de ses soldats : c’est aussi beau !
Et ce n’est pas un moins redoutable fardeau…
Mais cela m’enhardit. Je peux parfois me dire :
Ils ne sont que les fils des héros de l’Empire,
Ils se contenteront du fils de l’Empereur.
(À ce moment, la porte de l’appartement de Marie-Louise s’ouvre, et la comtesse Camerata entre, feignant de chercher quelque chose.)
LA COMTESSE, à voix très haute.
Pardon ! L’écharpe ?…
(Bas.) Pardon ! L’écharpe ?…Chut ! Je vends avec fureur !
LE DUC, à mi-voix, rapidement.
Merci !
LA COMTESSE, de même.
Merci !Mais j’aimerais mieux vendre des épées !
C’est vexant de parler la langue des poupées !
LE DUC.
Belliqueuse, je sais !
LA VOIX DE MARIE-LOUISE, dehors.
Belliqueuse, je sais !Cette écharpe ?
LA COMTESSE, haussant la voix.
Belliqueuse, je sais !Cette écharpe ?Je la
Cherche !
LE DUC, lui prenant la main, bas.
Cherche !Il paraît que dans cette fine main-là,
La cravache…
LA COMTESSE, de même, riant.
La cravache…J’adore un cheval qui se cabre !
LE DUC.
Vous faites du fleuret, paraît-il ?
LA COMTESSE.
Vous faites du fleuret, paraît-il ?Et du sabre !
LE DUC.
Prête à tout ?
LA COMTESSE, criant, vers la porte restée entr’ouverte.
Prête à tout ?Mais vraiment je la cherche partout !
(Bas, au duc.) Prête pour Ton Altesse Impériale, à tout !
LE DUC.
Cousine, vous avez le cœur d’une lionne !
LA COMTESSE.
Et je porte un beau nom.
LE DUC.
Et je porte un beau nom.Lequel ?
LA COMTESSE.
Et je porte un beau nom.Lequel ?Napoléone !
LA VOIX DE SCARAMPI, dehors.
Vous ne la trouvez pas ?
LA COMTESSE, haut.
Vous ne la trouvez pas ?Non !
LA VOIX DE MARIE-LOUISE, impatientée.
Vous ne la trouvez pas ?Non !Sur le clavecin !
LA COMTESSE, vite, bas, s’éloignant du duc.
Je me sauve ! Causez de notre grand dessein !
(Poussant un cri comme si elle trouvait l’écharpe, qu’elle tire de son corsage où elle l’avait cachée.)
Ah ! enfin !
LA VOIX DE SCARAMPI.
Ah ! enfin !Vous l’avez ?
LA COMTESSE.
Ah ! enfin !Vous l’avez ?Elle était sur la harpe !
(Elle entre dans la chambre, en disant :) Alors, vous comprenez, on fronce cette écharpe…
(La porte se ferme.)
LE JEUNE HOMME, ardemment, au duc.
Eh bien ! acceptez-vous ?
LE DUC, calme.
Eh bien ! acceptez-vous ?Ce que je comprends mal,
C’est ce bonapartisme aigu d’un libéral.
LE JEUNE HOMME, souriant.
C’est vrai, républicain…
LE DUC.
C’est vrai, républicain…Vous m’arrivez, en somme,
Par un détour !
LE JEUNE HOMME.
Par un détour !Tout chemin mène au Roi de Rome !
Mon rouge, que j’ai cru solidement vermeil,
A déteint…
LE DUC, ironique.
A déteint…Ce fut un déjeuner de soleil.
LE JEUNE HOMME.
D’Austerlitz ! — Oui, l’histoire à la tête nous monte.
Les batailles qu’on ne fait plus, on les raconte ;
Et le sang disparaît, la gloire seule luit !
Si bien qu’avec un I majuscule, Il, c’est Lui !
C’est maintenant qu’il fait ses plus belles conquêtes :
Il n’a plus de soldats, mais il a les poètes !
LE DUC.
Bref ?
LE JEUNE HOMME.
Bref ?Bref, — les temps bourgeois, — ce dieu qu’on exila,
Vous, — votre sort touchant, — notre ennui, — tout cela…
Je me suis dit…
LE DUC.
Je me suis dit…Vous vous êtes dit, en artiste,
Que ce serait joli d’être bonapartiste.
LE JEUNE HOMME, démonté.
Hein ? — Mais… vous acceptez ?
LE DUC.
Hein ? — Mais… vous acceptez ?Non.
LE JEUNE HOMME.
Hein ? — Mais… vous acceptez ?Non.Quoi ?
LE DUC.
Hein ? — Mais… vous acceptez ?Non.Quoi ?J’écoutais bien,
Et vous étiez charmant quand vous parliez, mais rien
Ne fut dans votre voix la France toute pure :
Il y avait la mode, et la littérature !
LE JEUNE HOMME, se désolant.
J’ai maladroitement rempli ma mission !
Si la comtesse, là, pouvait vous parler…
LE DUC.
Si la comtesse, là, pouvait vous parler…Non !
J’aime dans son regard cette audace qui brille,
Mais ce n’est pas la France, elle, — c’est ma famille !
— Quand vous me revoudrez… plus tard… une autre fois…
Que votre appel soit fait par une de ces voix
Où l’âme populaire, avec rudesse, tremble !
Mais, jeune byronien, — âme qui me ressemble ! —
Rien ne m’eût décidé ce soir ; sois sans regret :
Car pour être empereur, je ne me sens pas prêt !
Scène XI
Les Mêmes, LA COMTESSE puis DIETRICHSTEIN
LA COMTESSE, qui sort de l’appartement de Marie-Louise et entend ces derniers mots, saisie.
Vous, pas prêt ?
(Elle se retourne et vivement, parlant par la porte entre-bâillée à Marie-Louise et à Scarampi invisibles.) Vous, pas prêt ?C’est compris !… non ! restez !… Je me sauve…
Pour le bal de ce soir, la blanche, pas la mauve !…
(Fermant la porte et descendant vers le duc.) Pas prêt ! Que vous faut-il ?
LE DUC.
Pas prêt ! Que vous faut-il ?Un an de rêve obscur,
De travail.
LA COMTESSE, farouche.
De travail.Viens régner !
LE DUC.
De travail.Viens régner !Non ! mon front n’est pas mûr !
LA COMTESSE.
La couronne suffit pour mûrir une tempe !
LE DUC, montrant la table de travail.
Oui, la couronne d’or qui tombe d’une lampe !
LE JEUNE HOMME.
C’est que l’occasion…
LE DUC, se retournant, avec hauteur.
C’est que l’occasion…Plaît-il ? l’occasion ?
Serait-ce le tailleur qui reparaît ?
LA COMTESSE.
Serait-ce le tailleur qui reparaît ?Mais…
LE DUC, fermement.
Serait-ce le tailleur qui reparaît ?Mais…Non !
J’aurai la conscience à défaut de génie :
Je vous demande encor trois cents nuits d’insomnie !
LE JEUNE HOMME, désespéré.
Mais il va confirmer tous les bruits, ce refus !
LA COMTESSE.
On prétend que jamais avec nous tu ne fus !
LE JEUNE HOMME.
Vous êtes Jeune France, on vous croit Vieille Autriche.
LA COMTESSE.
On dit qu’on affaiblit ton esprit !
LE JEUNE HOMME.
On dit qu’on affaiblit ton esprit !Qu’on vous triche
Sur ce qu’on vous apprend !
LA COMTESSE.
Sur ce qu’on vous apprend !Et que tu ne sais pas
L’histoire de ton père !…
LE DUC, sursautant.
L’histoire de ton père !…On dit cela, là-bas ?
LE JEUNE HOMME.
Que leur répondrons-nous ?
LE DUC, violemment.
Que leur répondrons-nous ?Répondez-leur…
(À ce moment une porte s’ouvre. Dietrichstein paraît. Le duc, se retournant vers lui, très naturellement.) Que leur répondrons-nous ?Répondez-leur…Cher comte ?
DIETRICHSTEIN.
C’est d’Obenaus.
LE DUC.
C’est d’Obenaus.Pour mon cours d’histoire ? — Qu’il monte !
(Dietrichstein sort. Le duc montrant au jeune homme et à la comtesse les vêtements épars.)
Mettez le plus de temps possible à tout plier,
Et tâchez dans ce coin de vous faire oublier !
(Voyant Dietrichstein rentrer avec d’Obenaus, — à d’Obenaus.) Bonjour, mon cher baron.
(Négligemment à la comtesse et au jeune homme en leur montrant un paravent.) Bonjour, mon cher baron.Achevez, là, derrière,
Vos paquets !…
(À d’Obenaus.) Vos paquets !…Mon tailleur…
D’OBENAUS.
Vos paquets !…Mon tailleur…Ah !…
LE DUC.
Vos paquets !…Mon tailleur…Ah !…Et la couturière
De la duchesse…
D’OBENAUS.
De la duchesse…Ah ! ah !
LE DUC.
De la duchesse…Ah ! ah !Vous gênent-ils ?
D’OBENAUS, qui s’est assis derrière la table avec Dietrichstein.
De la duchesse…Ah ! ah !Vous gênent-ils ?Non, non !
Scène XII
LE DUC, DIETRICHSTEIN, D’OBENAUS, et, derrière le paravent, LA COMTESSE et le JEUNE HOMME, qui, tout en refaisant silencieusement leurs paquets, écoutent.
LE DUC, s’asseyant en face des professeurs.
Messieurs, je suis à vous. Je taille mon crayon
Pour noter quelque date, ou bien quelque pensée
D’OBENAUS.
Reprenons la leçon où nous l’avions laissée.
— Nous étions en mil huit cent cinq.
LE DUC, taillant son crayon.
— Nous étions en mil huit cent cinq.Parfaitement.
D’OBENAUS.
Donc, en mil huit cent six…
LE DUC.
Donc en mil huit cent six…Aucun événement
N’avait marqué l’année, alors ?
D’OBENAUS.
N’avait marqué l’année alors ?Hein ? quelle année ?
LE DUC, soufflant la poudre de mine de plomb tombée sur son papier.
Mil huit cent cinq.
D’OBENAUS.
Mil huit cent cinq.Pardon… J’ai cru… La Destinée
Fut cruelle au bon droit. Sur ces heures de deuil,
Nous ne jetterons donc qu’un rapide coup d’œil.
(Se lançant rapidement dans une grande phrase.) — Quand le penseur s’élève au-dessus de l’Histoire…
LE DUC.
Donc en mil huit cent cinq, Monsieur, rien de notoire ?
D’OBENAUS.
Un grand fait, Monseigneur, que j’allais oublier :
La restauration du vieux calendrier.