L’Aiglon (page 5)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — L’Aiglon · 22 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

— Un peu plus tard, ayant provoqué l’Angleterre,

L’Espagne…

LE DUC, doucement.

L’Espagne…Et l’Empereur, Monsieur ?

D’OBENAUS.

L’Espagne…Et l’Empereur, Monsieur ?Lequel ?

LE DUC.

L’Espagne…Et l’Empereur, Monsieur ?Lequel ?Mon père.

D’OBENAUS, évasif.

Il…

LE DUC.

Il…Il n’avait donc pas quitté Boulogne ?

D’OBENAUS.

Il…Il n’avait donc pas quitté Boulogne ?Oh ! si !

LE DUC.

Où donc était-il ?

D’OBENAUS.

Où donc était-il ?Mais… justement… par ici.

LE DUC, l’air étonné.

Tiens !

DIETRICHSTEIN, vivement.

Tiens !Il s’intéressait beaucoup à la Bavière…

D’OBENAUS, voulant continuer.

Au traité de Presbourg, le vœu de votre père

Fut en cela conforme à celui des Habsbourg…

LE DUC.

Qu’est-ce que c’est que ça, le traité de Presbourg ?

D’OBENAUS, doctoralement vague.

C’est l’accord, Monseigneur, par lequel se termine

Toute une période…

LE DUC.

Toute une période…Ah !

(Regardant son crayon.) Toute une période…Ah !J’ai cassé ma mine !

D’OBENAUS.

En l’an mil huit cent sept…

LE DUC.

En l’an mil huit cent sept…Déjà ?

(Il a retaillé tranquillement son crayon.) En l’an mil huit cent sept…Déjà ?Là, ça va bien.

— Quelle drôle d’époque, il ne se passe rien.

D’OBENAUS.

Si, Monseigneur ! Prenons la maison de Bragance :

Le roi…

LE DUC, de plus en plus doux.

Le roi…Mais l’Empereur, Monsieur ?

D’OBENAUS.

Le roi…Mais l’Empereur, Monsieur ?Lequel ?

LE DUC.

Le roi…Mais l’Empereur, Monsieur ?Lequel ?De France.

D’OBENAUS.

Rien de très important jusqu’en mil huit cent huit ;

Signalons en passant le traité de Tilsitt…

LE DUC, ingénument.

Mais on ne faisait donc que des traités ?

D’OBENAUS, voulant continuer.

Mais on ne faisait donc que des traités ?L’Europe…

LE DUC.

Ah ! oui, vous résumez !

D’OBENAUS.

Ah ! oui, vous résumez !Oh ! je ne développe

Que lorsque…

LE DUC.

Que lorsque…Il y eut donc autre chose ?

D’OBENAUS.

Que lorsque…Il y eut donc autre chose ?Mais…

LE DUC.

Que lorsque…Il y eut donc autre chose ?Mais…Quoi ?

D’OBENAUS.

Je…

LE DUC.

Je…Quoi ? Qu’arriva-t-il d’autre ? dites-le-moi !

D’OBENAUS, balbutiant.

Mais je… je ne sais pas… Votre Altesse veut rire…

LE DUC.

Vous ne le savez pas ? Moi je vais vous le dire.

(Il se lève.) Le six octobre mil huit cent cinq…

DIETRICHSTEIN et D’OBENAUS, se levant.

Le six octobre mil huit cent cinq…Hein ? — Comment ?

LE DUC.

… Quand nul ne s’attendait à le voir, au moment

Où, regardant planer un aigle prêt à fondre,

Vienne se rassurait en disant : « C’est sur Londre !… »

Ayant quitté Strasbourg, franchi le Rhin à Kehl,

L’Empereur…

D’OBENAUS.

L’Empereur…L’Empereur ?…

LE DUC.

L’Empereur…L’Empereur ?…Et vous savez lequel !

Gagne le Wurtemberg, le grand-duché de Bade…

DIETRICHSTEIN, épouvanté.

Ah ! mon Dieu !

LE DUC.

Ah ! mon Dieu !Fait donner à l’Autriche une aubade

De clairons par Murat, et par Soult, de tambour ;

Laisse ses maréchaux à Wertingen, Augsbourg,

Remporter deux ou trois victoires, — les hors-d’œuvre !…

D’OBENAUS.

Mais, Monseigneur…

LE DUC.

Mais, Monseigneur…… Poursuit l’admirable manœuvre,

Arrive devant Ulm sans s’être débotté,

Ordonne qu’Elchingen par Ney soit emporté,

Rédige un bulletin joyeux, terrible et sobre,

Fait préparer l’assaut… et, le dix-sept octobre

On voit se désarmer aux pieds de ce héros

Vingt-sept mille Autrichiens et dix-huit généraux !

— Et l’Empereur repart !

DIETRICHSTEIN.

— Et l’Empereur repart !Monseigneur !

LE DUC, d’une voix de plus en plus forte.

— Et l’Empereur repart !Monseigneur !En novembre,

Il est à Vienne, il couche à Schœnbrünn, dans ma chambre !

D’OBENAUS.

Mais…

LE DUC.

Mais…Il suit l’ennemi ; sent qu’il l’a dans la main ;

Un soir il dit au camp : « Demain ! » Le lendemain,

Il dit en galopant sur le front de bandière :

« Soldats, il faut finir par un coup de tonnerre ! »

Il va, tachant de gris l’état-major vermeil ;

L’armée est une mer ; il attend le soleil ;

Il le voit se lever du haut d’un promontoire ;

Et, d’un sourire, il met ce soleil dans l’Histoire !

D’OBENAUS, regardant Dietrichstein avec désespoir.

Dietrichstein !

LE DUC.

Dietrichstein !Et voilà !

DIETRICHSTEIN, consterné.

Dietrichstein !Et voilà !D’Obenaus !

LE DUC, allant et venant, avec une fièvre croissante.

Dietrichstein !Et voilà !D’Obenaus !La terreur !

La mort ! Deux empereurs battus par l’Empereur !

Vingt mille prisonniers !

D’OBENAUS, le suivant.

Vingt mille prisonniers !Mais je vous en supplie !…

DIETRICHSTEIN, de même.

Songez que si quelqu’un !…

LE DUC.

Songez que si quelqu’un !…La campagne finie !

Des cadavres flottant sur les glaçons d’un lac !

Mon grand-père venant voir mon père au bivouac !…

DIETRICHSTEIN.

Monseigneur !

LE DUC, scandant impitoyablement.

Monseigneur !Au bi-vouac !

D’OBENAUS.

Monseigneur !Au bi-vouac !Voulez-vous bien vous taire !

LE DUC.

Et mon père accordant la paix à mon grand-père !

DIETRICHSTEIN.

Si quelqu’un entendait…

LE DUC.

Si quelqu’un entendait…Et puis les drapeaux pris

Distribués ! — Huit à la ville de Paris !

(La comtesse et le jeune homme sont peu à peu sortis de derrière le paravent, pâles et frémissants. Leurs paquets refaits, ils essayent, sur la pointe du pied, de gagner la porte, tout en écoutant le duc. Mais, dans leur émotion, les boîtes et les cartons, leur échappant des mains, s’écroulent avec fracas.)

D’OBENAUS, se retournant et les apercevant.

Oh !

LE DUC, continuant.

Oh !Cinquante au Sénat !

D’OBENAUS.

Oh !Cinquante au Sénat !Cet homme et cette femme !…

DIETRICHSTEIN, se précipitant vers eux.

Voulez-vous vous sauver !

LE DUC, d’une voix éclatante.

Voulez-vous vous sauver !Cinquante à Notre-Dame !

D’OBENAUS.

Ah ! mon Dieu !

LE DUC, hors de lui, avec un geste qui distribue des milliers d’étendards.

Ah ! mon Dieu !Des drapeaux !

DIETRICHSTEIN, bousculant la comtesse et le jeune homme, qui ramassent leurs paquets.

Ah ! mon Dieu !Des drapeaux !Vos robes, vos chapeaux !

(Ils les pousse dehors.) Plus vite ! Allez-vous-en !

LE DUC, tombant épuisé sur un fauteuil.

Plus vite ! Allez-vous-en !Des drapeaux ! des drapeaux !

(La comtesse et le jeune homme sont sortis.)

DIETRICHSTEIN.

Ils étaient encore là !

LE DUC, dans une quinte de toux.

Ils étaient encore là !Des drapeaux !

DIETRICHSTEIN.

Ils étaient encore là !Des drapeaux !Quelle affaire !

Monseigneur…

LE DUC.

Monseigneur…Je me tais.

DIETRICHSTEIN.

Monseigneur…Je me tais.C’est bien tard pour se taire…

Que dira Metternich ?… Ces gens dans ce salon !…

LE DUC, essuyant son front en sueur.

D’ailleurs pour aujourd’hui, je n’en sais pas plus long.

(Il tousse encore.) Monsieur le professeur…

DIETRICHSTEIN, lui versant un verre d’eau.

Monsieur le professeur…Vous toussez ?… Vite, à boire !

LE DUC, après avoir bu une gorgée.

N’est-ce pas que j’ai fait des progrès en histoire ?

DIETRICHSTEIN.

Nul livre n’est entré, pourtant, je le sais bien !

D’OBENAUS.

Quand Metternich saura…

LE DUC, froidement.

Quand Metternich saura…Vous ne lui direz rien.

Il s’en prendrait à vous, d’ailleurs.

DIETRISCHSTEIN, bas à d’Obenaus.

Il s’en prendrait à vous d’ailleurs.Mieux vaut nous taire,

Et faire, auprès du prince, intervenir sa mère.

(Il frappe à la porte de Marie-Louise.) La duchesse ?

SCARAMPI, paraissant.

La duchesse ?Elle est prête, entrez.

(Dietrichstein entre chez Marie-Louise. La nuit commence à venir. Un domestique vient poser une lampe sur la table du duc.)

LE DUC, à d’Obenaus.

La duchesse ?Elle est prête, entrez.Il est fini,

J’espère, votre cours ad usum delphini ?…

D’OBENAUS, les bras au ciel.

Comment avez-vous su ?… Je ne peux pas comprendre !

Scène XIII

LE DUC, MARIE-LOUISE.

MARIE-LOUISE, entrant très agitée, dans une superbe toilette de bal, le manteau sur les épaules. — D’Obenaus et Dietrichstein s’éclipsent.

Ah ! mon Dieu ! Qu’est-ce encor ? Que vient-on de m’apprendre ?

Vous allez m’expliquer…

LE DUC, lui montrant, par la fenêtre ouverte, le crépuscule.

Vous allez m’expliquer…Ma mère, regardez !

L’heure est belle de calme et d’oiseaux attardés.

Oh ! comme avec douceur le soir perd sa dorure !

Les arbres…

MARIE-LOUISE, s’arrêtant, étonnée.

Les arbres…Comment, toi, tu comprends la nature ?

LE DUC.

Peut-être.

MARIE-LOUISE, voulant revenir à sa sévérité.

Peut-être !Vous allez m’expliquer !…

LE DUC.

Peut-être !Vous allez m’expliquer !…Respirez,

Ma mère, ce parfum ! Tous les bois sont entrés,

Avec lui, dans la chambre…

MARIE-LOUISE, se fâchant.

Avec lui, dans la chambre…Expliquez-moi, vous dis-je !…

LE DUC, continuant, avec douceur.

Chaque bouffée apporte une branche, et prodige

Bien plus beau que celui dont Macbeth s’effarait,

Ce n’est plus seulement, ma mère, la forêt

Qui marche, la forêt qui marche comme folle :

Ce parfum dans le soir, c’est la forêt qui vole.

MARIE-LOUISE, le regardant avec stupeur.

Comment, toi, maintenant, poétique ?

LE DUC.

Comment, toi, maintenant, poétique ?Il paraît.

(On entend la musique lointaine d’un bal.) Écoutez !… une valse !… et banale, on dirait !

Mais elle s’ennoblit en voyageant… Peut-être

Qu’en traversant ces bois que fréquenta le Maître,

Autour d’une fougère ou près d’un cyclamen,

Elle aura rencontré l’âme de Beethoven !

MARIE-LOUISE, qui n’en croit pas ses oreilles.

Quoi ! la musique aussi ?

LE DUC.

Quoi ! la musique aussi ?Quand je veux. — Mais, ma mère,

Je ne veux pas. Je hais les sons et leur mystère ;

Et devant un beau soir je sens avec effroi

Quelque chose de blond qui s’attendrit en moi.

MARIE-LOUISE.

Ce quelque chose en toi, mon enfant, c’est moi-même !

LE DUC.

Je ne l’aurais pas dit.

MARIE-LOUISE.

Je ne l’aurais pas dit.Tu le hais ?

LE DUC.

Je ne l’aurais pas dit.Tu le hais ?Je vous aime.

MARIE-LOUISE, avec humeur.

Alors… songe un peu plus au tort que tu me fais !

— Mon père et Metternich pour nous furent parfaits !

Ainsi quand le décret devait te faire comte,

J’ai dit : « Non ! Comte, non ! Au moins duc ! Duc, ça compte ! »

— Tu es duc de Reichstadt.

LE DUC, récitant.

— Tu es duc de Reichstadt.Seigneur de Gross-Bohen,

Buchtierad, Tirnovan, Schwaben, Kron-Pornitz… chen.

(Il affecte de prononcer difficilement, comme un Français.) Si je prononce mal, pardon !

MARIE-LOUISE, avec humeur.

Si je prononce mal, pardon !Encore était-ce

Malaisé de régler le rang de Votre Altesse,

D’être, dans un décret, courtois, prudent, exact ;

Rappelez-vous combien ces gens ont eu de tact !

Tout s’est passé de la façon la plus légère ;

On n’a pas prononcé le nom de votre père.

LE DUC.

Pourquoi n’a-t-on pas mis : né de père inconnu ?

MARIE-LOUISE.

Tu peux être le prince — avec ton revenu —

Le plus aimable de l’Autriche — et le plus riche !

LE DUC.

Le plus riche…

MARIE-LOUISE.

Le plus riche…Et le plus aimable…

LE DUC.

Le plus riche…Et le plus aimable…De l’Autriche !

MARIE-LOUISE.

Goûtez votre bonheur !

LE DUC.

Goûtez votre bonheur !J’en exprime les sucs !

MARIE-LOUISE.

Vous êtes le premier après les archiducs !

Et vous épouserez un jour quelque princesse

Ou quelque archiduchesse ou bien quelque…

LE DUC, d’une voix tout d’un coup profonde.

Ou quelque archiduchesse ou bien quelque…Sans cesse

Je revois, tel qu’enfant je l’entrevis un jour,

Son petit trône au dossier rond comme un tambour,

Et d’un or qu’a rendu plus divin Sainte-Hélène,

Au milieu du dossier, petite et simple, l’N,

— La lettre qui dit : « Non ! » au temps !

MARIE-LOUISE, interdite.

La lettre qui dit : « Non ! » au temps !Mais…

LE DUC, farouchement.

La lettre qui dit : « Non ! » au temps !Mais…Je revois

L’N dont il marquait à l’épaule, les rois !

MARIE-LOUISE, se redressant.

Les rois dont vous avez du sang par votre mère !

LE DUC.

Je n’en ai pas besoin de leur sang ! Pourquoi faire ?

MARIE-LOUISE.

Ce fameux héritage ?…

LE DUC.

Ce fameux héritage ?…Il me semble mesquin !

MARIE-LOUISE, indignée.

Quoi ! vous n’êtes pas fier du sang de Charles-Quint ?

LE DUC.

Non ! car d’autres que moi le portent dans leurs veines ;

Mais lorsque je me dis que j’ai là, dans les miennes,

Celui d’un lieutenant qui de Corse venait…

Je pleure en regardant le bleu de mon poignet !

MARIE-LOUISE.

Franz !

LE DUC, s’exaltant de plus en plus.

Franz !À ce jeune sang, le vieux ne peut que nuire.

Si j’ai du sang des rois, il faut qu’on me le tire !

MARIE-LOUISE.

Taisez-vous !

LE DUC.

Taisez-vous !Et d’ailleurs, que dis-je ?… Si j’en eus,

Je suis sûr que depuis longtemps je n’en ai plus !

Les deux sangs ont en moi dû se battre, et le vôtre

Aura, comme toujours, été chassé par l’autre !

MARIE-LOUISE, hors d’elle.

Tais toi, duc de Reichstadt !

LE DUC, ricanant.

Tais toi, duc de Reichstadt !Oui, Metternich, ce fat,

Croit avoir sur ma vie écrit : « Duc de Reichstadt ! »

Mais haussez au soleil la page diaphane :

Le mot « Napoléon » est dans le filigrane !

MARIE-LOUISE, reculant épouvantée.

Mon fils !

LE DUC, marchant sur elle.

Mon fils !Duc de Reichstadt, avez-vous dit ? Non, non !

Et savez-vous quel est mon véritable nom ?

C’est celui qu’au Prater la foule qui s’écarte

Murmure autour de moi : « Le petit Bonaparte ! »

(Il l’a saisie par les poignets, et il la secoue.)

Je suis son fils ! rien que son fils !

MARIE-LOUISE.

Je suis son fils ! rien que son fils !Tu me fais mal !

LE DUC, lui lâchant les poignets, et la serrant dans ses bras.

Ah ! ma mère ! pardon ! ma mère…

(Avec la plus tendre et la plus douloureuse pitié.) Ah ! ma mère ! pardon ! Ma mère…Allez au bal !

(On entend l’orchestre, au loin, jouer légèrement.) Oubliez ce que j’ai dit là ! C’est du délire !

Vous n’avez pas besoin même de le redire,

Ma mère, à Metternich…

MARIE-LOUISE, déjà un peu rassurée.

Ma mère, à Metternich.Non, je n’ai pas besoin ?…

LE DUC.

La valse avec douceur vient de reprendre au loin…

Non ! ne lui dites rien. Et cela vous évite

Des ennuis. Oubliez ! Vous oubliez si vite !

MARIE-LOUISE.

Mais je…

LE DUC, lui parlant comme à une enfant, et la poussant insensiblement vers la porte.

Mais je…Pensez à Parme ! au palais de Salla !

À votre vie heureuse ! Est-ce que ce front-là

Est fait pour qu’il y passe une ombre d’aile noire ?

— Ah ! je vous aime plus que vous n’osez le croire ! —

Et ne vous occupez de rien ! pas même — ô dieux ! —

D’être fidèle ! Allez, je le serai pour deux !

Souffrez que vers ce bal tendrement, je vous pousse.

Bonsoir. — Ne mouillez pas vos souliers dans la mousse.

(Il la baise au front.) Voici, par des baisers, les soucis enlevés,

— Et vous êtes coiffée à ravir.

MARIE-LOUISE, vivement.

— Et vous êtes coiffée à ravir.Vous trouvez ?

LE DUC.

La voiture est en bas. Il fait beau. L’ombre est claire.

Bonsoir, maman. Amusez-vous !

(Marie-Louise sort. Il descend en chancelant et tombant assis devant sa table, la tête dans ses mains.)

Bonsoir, maman. Amusez-vous !Ma pauvre mère !

(Changeant de ton et attirant à lui des livres et des papiers, sous la lampe.)

Travaillons !

(On entend le roulement d’une voiture qui s’éloigne. La porte du fond s’ouvre doucement et l’on aperçoit Gentz introduisant une femme emmitouflée.)

Scène XIV

LE DUC, puis FANNY ESSLER et GENTZ un instant.

GENTZ, à mi-voix, après avoir écouté.

Travaillons !La voiture est loin.

(Il appelle le duc.) Travaillons !La voiture est loin.Prince !

LE DUC, se retournant et apercevant la femme.

Travaillons ! La voiture est loin.Prince !Fanny !

FANNY ESSLER, rejetant le manteau qu’elle a jeté hâtivement sur son costume de théâtre, apparaît, splendide et rose, en danseuse, et dressée sur les pointes, ouvrant les bras.

Franz !

GENTZ, à part, en se retirant.

Frantz !Tout rêve d’Empire est pour l’instant banni !

FANNY, dans les bras du duc.

Franz !

GENTZ, sortant.

Franz !C’est parfait !

FANNY, amoureusement.

Franz !C’est parfait !Mon Franz !

(La porte s’est refermée sur Gentz. Fanny s’éloigne vivement du duc et respectueusement, après une révérence.)

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