L’Aiglon (page 6)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — L’Aiglon · 22 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Franz !C’est parfait !Mon Franz !Monseigneur !

LE DUC, s’assurant du départ de Gentz.

Franz !C’est parfait !Mon Franz !Monseigneur !Parti !

(À Fanny.) Franz !C’est parfait !Mon Franz !Monseigneur !Parti !Vite !

FANNY, d’un bond léger de danseuse, tombant, après une pirouette, assise sur la table de travail du prince.

J’en ai beaucoup appris pour aujourd’hui.

LE DUC, s’asseyant devant la table, et avec impatience.

J’en ai beaucoup appris pour aujourd’hui.La suite !

FANNY, pose sa main sur les cheveux du duc, et lentement, fronçant ses jolis sourcils pour se rappeler des choses difficiles, elle commence, du ton de quelqu’un qui continue un récit.

… Alors, pendant que Ney, toute la nuit, marchait,

Les généraux Gazan…

LE DUC, répétant passionnément, pour se graver ces noms dans l’âme.

Les généraux Gazan…Gazan !

FANNY.

Les généraux Gazan…Gazan…Suchet…

LE DUC.

Les généraux Gazan…Gazan…Suchet…Suchet !

FANNY.

… Faisaient remplir, par leurs canons, chaque intervalle,

Et dès le petit jour, la garde impériale…

Le rideau tombe.

ACTE II

LES AILES QUI BATTENT

Un an après, au palais de Schœnbrunn

Le Salon des Laques.

Tous les murs sont couverts de vieilles laques anciennes dont les luisants panneaux noirs illustrés de petits paysages, de kiosques, d’oiseaux et de menus personnages d’or, s’encadrent de bois sculptés et dorés, d’un lourd et somptueux rococo allemand. La corniche du plafond est faite de petits morceaux de laque. Les portes sont en laque, — et les trumeaux se composent d’un morceau de laque, plus précieux.

Au fond, entre deux panneaux de laque, une haute fenêtre à profonde embrasure de laque. Ouverte, elle laisse voir son balcon qui découpe, sur la clarté du parc, l’aigle noir à deux têtes, en fer forgé.

On voit largement le parc de Schœnbrunn :

Entre les deux murailles de feuillage taillé où s’enchâssent des statues, s’étalent les dessins fleuris du jardin à la française ; et loin, tout au bout des parterres, plus loin que le groupe de marbre de la pièce d’eau, au sommet d’une éminence gazonnée, silhouettant sur le bleu ses arcades blanches, la Gloriette monte dans le ciel.

Deux portes à droite ; deux portes à gauche.

Entre les portes, deux lourdes consoles se faisant vis-à-vis. Et, au-dessus des consoles, dans des boiseries dorées que surmonte la couronne impériale, deux orgueilleux portraits d’ancêtres autrichiens.

Cette pièce sert de salon à l’appartement qu’habite le duc de Reichstadt dans une aile du château. Les deux portes de gauche ouvrent sur sa chambre, qui est celle-là même où Napoléon Ier coucha lorsque — deux fois — il habita Schœnbrunn. Les deux portes de droite ouvrent sur l’enfilade des salons que l’on traverse lorsqu’on vient du dehors.

Le prince s’est installé là pour travailler : grande table couverte de livres, de papiers et de plans ; une immense carte de l’Europe à moitié déroulée. Autour de la table, plusieurs fauteuils empruntés à la Gobelin-zimmer voisine, médiocres bois dorés recouverts d’admirables tapisseries.

Au premier plan, à gauche, un peu en biais, une psyché dont on ne voit que le dos de laque noire.

Sur la console de gauche, pieusement rangés : un bonnet de grenadier français, des épaulettes rouges, un sabre, une giberne, etc., et, appuyé au mur, contre la console, un vieux fusil à bandoulière blanche, la baïonnette au canon. Sur l’autre console, rien.

Dans un coin, sur un meuble, une énorme boîte. Un peu partout, des livres, des armes de luxe, des cravaches, des fouets de chasse, etc.

Au lever du rideau, une dizaine de domestiques sont rangés sur une seule ligne devant le comte de Sedlinsky. Il les interroge. Un huissier est debout près de lui.

Scène I

SEDLINSKY, LES LAQUAIS, L’HUISSIER.

SEDLINSKY, assis dans un fauteuil.

C’est tout ?

PREMIER LAQUAIS.

C’est tout ?C’est tout.

SEDLINSKY.

C’est tout ?C’est tout.Rien d’anormal ?

DEUXIÈME LAQUAIS.

C’est tout ?C’est tout.Rien d’anormal ?Rien d’anormal.

TROISIÈME LAQUAIS.

Il mange à peine.

QUATRIÈME LAQUAIS.

Il mange à peine.Il lit beaucoup.

CINQUIÈME LAQUAIS.

Il mange à peine.Il lit beaucoup.Il dort très mal.

SEDLINSKY, à l’huissier.

Es-tu sûr des valets de chambre de service ?

L’HUISSIER.

Oh ! ces messieurs, Monsieur le préfet de police,

Sont tous des policiers de carrière.

SEDLINSKY.

Sont tous des policiers de carrière.Merci.

(Il se lève pour sortir.) Mais j’ai peur que le duc ne me surprenne ici…

PREMIER LAQUAIS.

Non. Le duc est sorti.

DEUXIÈME LAQUAIS.

Non. Le duc est sorti.Comme à son ordinaire.

TROISIÈME LAQUAIS.

En uniforme.

QUATRIÈME LAQUAIS.

En uniforme.Avec sa maison militaire.

L’HUISSIER.

On doit manœuvrer.

SEDLINSKY.

On doit manœuvrer.Donc… du flair, du tact. — Enfin,

Surveillez-le sans qu’il s’en doute.

L’HUISSIER, souriant.

Surveillez-le sans qu’il s’en doute.Je suis fin.

SEDLINSKY.

Pas de zèle. Quand on fait du zèle, je tremble.

— Surtout, n’écoutez pas aux portes tous ensemble.

L’HUISSIER.

C’est un soin dont je n’ai chargé qu’un seul agent.

SEDLINSKY.

Lequel ?

L’HUISSIER.

Lequel ?Le Piémontais.

SEDLINSKY.

Lequel ?Le Piémontais.Oui, très intelligent.

L’HUISSIER.

C’est lui que chaque soir je mets dans cette pièce,

Sitôt que dans sa chambre a passé Son Altesse.

(Il désigne, à gauche, la porte de la chambre du duc.)

SEDLINSKY.

Il est là ?

L’HUISSIER.

Il est là ?Non. La nuit ne pouvant fermer l’œil,

Le jour, quand le duc sort, il dort dans un fauteuil.

Il sera là sitôt le duc rentré.

SEDLINSKY.

Il sera là sitôt le duc rentré.Qu’il veille !

L’HUISSIER.

C’est compris.

SEDLINSKY, jetant un regard sur la table.

C’est compris.Les papiers ?

L’HUISSIER, souriant.

C’est compris.Les papiers ?Explorés.

SEDLINSKY, se penchant pour regarder sous la table.

C’est compris.Les papiers ? Explorés.La corbeille ?

(Il s’agenouille vivement en voyant des petits bouts de papier sur le tapis, autour de la corbeille.)

Des morceaux ?…

(Il cherche à les réunir.) Des morceaux ?…C’est peut-être une lettre… De qui ?

(Entraîné par la curiosité professionnelle il est tout à fait sous la table, ramassant, cherchant à lire. À ce moment une porte, à droite, s’ouvre et le duc entre, suivi de sa maison militaire : général Hartmann, capitaine Foresti, etc. Les laquais se rangent précipitamment. Le duc est en uniforme : l’habit blanc boutonné à collet vert, les pattes d’ours d’argent sur les manches, un grand manteau blanc sur les épaules. Bicorne noir au retroussis duquel est piquée une verte feuille de chêne. Sur la poitrine, les deux plaques de Marie-Thérèse et de Saint-Étienne. Se mêlant au ceinturon du sabre, la ceinture de soie, jaune et noire, à gros glands. Bottes.)

Scène II

LE DUC, SEDLINSKY, L’ARCHIDUCHESSE, LE DOCTEUR, FORESTI, DIETRICHSTEIN.

LE DUC, très naturellement, en jetant un coup d’œil sur les deux jambes qui, seules, sortent de sous la table.

Tiens ! comment allez-vous, monsieur de Sedlinsky ?

SEDLINSKY, apparaissant stupéfait, à quatre pattes.

Altesse !…

LE DUC.

Altesse !…Un accident. Excusez-moi. Je rentre.

SEDLINSKY, debout.

Vous m’avez reconnu, mais j’étais…

LE DUC.

Vous m’avez reconnu, mais j’étais…À plat ventre.

Je vous ai reconnu tout de suite.

(Il voit l’archiduchesse qui entre vivement. Elle est en costume de jardin : grand chapeau de paille ; sous le bras un album somptueusement relié qu’elle pose sur la table avec son ombrelle. Elle a l’air inquiet. — Le duc, en la voyant entrer, énervé.)

Je vous ai reconnu tout de suite.Allons, bien !

On vous a dérangée…

L’ARCHIDUCHESSE.

On vous a dérangée…On m’a dit…

LE DUC.

On vous a dérangée…On m’a dit…Ce n’est rien !

L’ARCHIDUCHESSE, lui prenant la main.

Cependant…

LE DUC, voyant Dietrichstein qui entre aussi, rapidement, l’air préoccupé, amenant le docteur Malfatti.

Cependant…Le docteur !… je ne suis pas malade !

(À l’archiduchesse.) Rien. Un étouffement. J’ai quitté la parade :

J’ai trop crié, voilà !

(Au docteur, qui, pendant qu’il parle, lui a pris le pouls.) J’ai trop crié, voilà !Docteur, vous m’ennuyez !

(À Sedlinsky qui profite de l’émotion générale pour gagner la porte.) C’est très gentil à vous, de ranger mes papiers.

Vous me gâtez. Déjà vous m’aviez, par tendresse,

Donné tous vos amis pour laquais.

SEDLINSKY, interdit.

Donné tous vos amis pour laquais.Votre Altesse

Se figure ?…

LE DUC, nonchalamment.

Se figure ?…Et vraiment j’en serais très heureux,

Si le service était un peu mieux fait par eux.

Mais on m’habille mal, ma cravate remonte.

Enfin, je vous ferai remarquer, mon cher comte,

— Puisque c’est vous ici que regardent ces soins, —

Que depuis quelques jours, mes bottes brillent moins.

(Il s’est assis, se dégantant, après avoir donné son sabre et son chapeau à son ordonnance, qui les emporte. — Un laquais a posé un plateau de rafraîchissements sur la table.)

L’ARCHIDUCHESSE, voulant servir le duc.

Franz…

LE DUC, à Sedlinsky qui de nouveau gagnait la porte.

Frantz…Vous ne prenez rien ?

SEDLINSKY.

Frantz…Vous ne prenez rien ?J’ai pris…

LE DOCTEUR.

Frantz…Vous ne prenez rien ?J’ai pris…Une couleuvre.

LE DUC, à un des officiers de sa maison.

Aux ordres, Foresti !

LE CAPITAINE FORESTI, s’avançant et saluant.

Aux ordres, Foresti !Mon colonel ?

LE DUC.

Aux ordres, Foresti !Mon colonel ?Manœuvre

Après-demain. — Qu’on soit aux premiers feux du ciel

À Grosshofen. — Compris ? — Va.

FORESTI.

À Grosshofen. — Compris ? — Va.Bien, mon colonel.

LE DUC, aux autres officiers.

Vous pouvez me laisser, Messieurs. Je vous salue.

(La maison militaire se retire. Sedlinsky va pour sortir avec les officiers. Le duc le rappelle.) Mon cher comte !…

(Sedlinsky revient. Le duc lui tend du bout des doigts une lettre qu’il tire de son frac.) Mon cher comte !…Une encor que vous n’avez pas lue !…

(Sedlindsky remet, d’un air piqué, la lettre sur la table, et sort.)

DIETRICHSTEIN, au duc.

Je vous trouve, avec lui, d’une sévérité !

L’ARCHIDUCHESSE, à Dietrichstein.

Le duc n’a-t-il donc pas toute sa liberté ?

DIETRICHSTEIN.

Oh ! le prince n’est pas prisonnier, mais…

LE DUC.

Oh ! le prince n’est pas prisonnier, mais…J’admire

Ce mais ! Sentez-vous tout ce que ce mais veut dire ?

Mon Dieu, je ne suis pas prisonnier, mais… Voilà.

Mais… Pas prisonnier, mais… C’est le terme. C’est la

Formule. Prisonnier ?… Oh ! pas une seconde !

Mais… il y a toujours autour de moi du monde.

Prisonnier !… croyez bien que je ne le suis pas !

Mais… s’il me plaît risquer, au fond du parc, un pas,

Il fleurit tout de suite un œil sous chaque feuille.

Je ne suis certes pas prisonnier, mais… qu’on veuille

Me parler privément, sur le bois de l’huis

Pousse ce champignon : l’oreille ! — Je ne suis

Vraiment pas prisonnier, mais… qu’à cheval je sorte,

Je sens le doux honneur d’une invisible escorte.

Je ne suis pas le moins du monde prisonnier !

Mais… je suis le second à lire mon courrier.

Pas prisonnier du tout ! mais… chaque nuit on place

À ma porte un laquais, —

(Montrant un grand gaillard grisonnant qui est venu reprendre le plateau, et traverse le salon pour l’emporter.) À ma porte un laquais, — tenez, celui qui passe ! —

Moi, le duc de Reichstadt ! un prisonnier ?… jamais !

Un prisonnier !… Je suis un pas-prisonnier-mais.

DIETRICHSTEIN, un peu pincé.

J’approuve une gaieté… bien rare.

LE DUC.

J’approuve une gaieté… bien rare.Rarissime !

DIETRICHSTEIN, saluant pour prendre congé.

Votre Altesse…

LE DUC, gravement.

Votre Altesse…Sérénissime.

DIETRICHSTEIN.

Votre Altesse…Sérénissime !Hein ?

LE DUC.

Votre Altesse…Sérénissime !Hein ?…Ré-nis-sime !

On m’a donné ce titre, il m’est particulier :

Tâchez une autre fois de ne pas l’oublier !

DIETRICHSTEIN, saluant le duc.

Je vous laisse.

(Il sort.)

Scène III

LE DUC, L’ARCHIDUCHESSE.

LE DUC, à l’archiduchesse, amèrement.

Je vous laisse.Sérénissime… hein ? Admirable !…

(Il se jette dans un fauteuil, et remarquant l’album qu’elle a repris sur la table.) — Que portez-vous ?

L’ARCHIDUCHESSE.

— Que portez-vous ?L’herbier de l’Empereur.

LE DUC.

— Que portez-vous ?L’herbier de l’Empereur.Ah ! diable !

L’herbier de mon grand-père !…

(Il le lui prend et l’ouvre sur ses genoux.)

L’ARCHIDUCHESSE.

L’herbier de mon grand-père !…Il me l’a, ce matin,

Prêté, Franz !

LE DUC, regardant l’herbier.

Prêté, Franz !Il est beau.

L’ARCHIDUCHESSE, lui montrant une page.

Prêté, Franz !Il est beau.Toi qui sais le latin,

Quel est ce monstre sec et noir ?

LE DUC.

Quel est ce monstre sec et noir ?C’est une rose.

L’ARCHIDUCHESSE.

Franz, depuis quelque temps, vous avez quelque chose.

LE DUC, lisant.

Bengalensis.

L’ARCHIDUCHESSE.

Bengalensis.Ah ! oui !… du Bengale !

LE DUC, la félicitant.

Bengalensis.Ah ! oui !… du Bengale !Très bien.

L’ARCHIDUCHESSE.

Je vous trouve nerveux… qu’avez-vous ?

LE DUC.

Je vous trouve nerveux… qu’avez-vous ?Je n’ai rien.

L’ARCHIDUCHESSE.

Si ! je sais ! votre ami Prokesch, l’enthousiaste

Confident d’un espoir que l’on trouve trop vaste,

Ils l’ont envoyé loin.

LE DUC.

Ils l’ont envoyé loin.Mais, en revanche, ils m’ont

Procuré pour ami le maréchal Marmont,

Qui, méprisé là-bas, voyage… pour se faire

Complimenter ici d’avoir trahi mon père.

L’ARCHIDUCHESSE.

Chut !

LE DUC.

Chut !Et cet homme-là cherche en l’esprit du fils

À jeter sur le père…

(Avec un mouvement violent.) À jeter sur le père…Oh ! je !…

(Se réprimant immédiatement, il regarde l’herbier, et dit en souriant.) À jeter sur le père…Oh ! je !…Volubilis.

L’ARCHIDUCHESSE.

Si je t’arrache une promesse, Ton Altesse

Est-elle résolue à tenir sa promesse ?

LE DUC, lui baisant la main.

Ce que tu fus pour moi, de tout temps, m’y résoud.

L’ARCHIDUCHESSE.

Puis je t’ai fait un beau cadeau… pour le quinze août ?

LE DUC, se levant, et désignant les objets posés sur la console, à gauche.

Ces souvenirs, repris par vous dans un trophée

De l’archiduc…

(Il les touche, l’un après l’autre.) De l’archiduc…… Briquet ! — Bonnet dont fut coiffée

La garde !… — Vieux fusil !…

(Mouvement d’effroi de l’archiduchesse.) La garde !… — Vieux fusil !…Non ! il n’est pas chargé !…

Et surtout…

L’ARCHIDUCHESSE, vivement.

Et surtout…Chut !

LE DUC.

Et surtout…Chut !… surtout cette chose que j’ai !…

(Mystérieusement.) Je l’ai cachée !…

L’ARCHIDUCHESSE, souriant.

Je l’ai cachée !…Où donc, bandit ?

LE DUC, montrant sa chambre.

Je l’ai cachée !…Où donc, bandit ?Dans mon repaire.

L’ARCHIDUCHESSE (C’est elle qui, maintenant assise, feuillette l’herbier.)

Eh bien ! donc, promets-moi… — tu connais ton grand-père,

Sa douceur…

LE DUC, ramassant un papier tombé de l’herbier.

Sa douceur…Qu’est-ce donc qui s’envole ?… Un papier ?

(Il lit :) Si les étudiants s’obstinent à crier

Que dans des régiments, tous, on les incorpore…

(À l’archiduchesse.) Vous disiez… Sa douceur ?…

L’ARCHIDUCHESSE, feuilletant l’herbier.

Vous disiez… Sa douceur ?…Oui, l’empereur t’adore.

Sa bonté…

LE DUC, ramassant un autre papier qui est tombé de l’herbier.

Sa bonté…Qu’est-ce encor ?…

(Il lit.) Sa bonté…Qu’est-ce encor ?…Puisqu’on s’est révolté,

Ordre à nos cuirassiers de charger…

(À l’Archiduchesse.) Ordre à nos cuirassiers de charger…Sa bonté ?…

L’ARCHIDUCHESSE, nerveusement.

Il peut ne pas aimer l’esprit nouveau, le trouble !

Mais c’est un excellent vieil homme.

LE DUC.

Mais c’est un excellent vieil homme.Oui, c’est vrai ; double !

(Refermant l’herbier.) Fleurettes d’où pourtant, sentences, vous tombiez,

Le bon empereur Franz ressemble à ses herbiers !

— D’ailleurs on l’aime !… Il sait se rendre populaire.

— Je l’aime bien.

L’ARCHIDUCHESSE.

— Je l’aime bien.Il peut, pour ta cause, tout faire !

LE DUC.

Ah ! s’il voulait !…

L’ARCHIDUCHESSE.

Ah ! s’il voulait !…Promets de ne t’enfuir jamais

Qu’après avoir tenté près de lui…

LE DUC, lui tendant la main.

Qu’après avoir tenté près de lui…Je promets.

L’ARCHIDUCHESSE, après avoir topé, respirant comme rassurée.

Ça, c’est gentil !…

(Et gaiement) Ça, c’est gentil !…Il faut que je te récompense !

LE DUC, souriant.

Vous, ma tante ?

L’ARCHIDUCHESSE.

Vous, ma tante ?Ah ! on a sa petite influence !

Cet étonnant Prokesch dont on vous a privé…

J’ai tant dit !… J’ai tant fait !… Bref, — il est arrivé !

(Elle frappe trois fois le parquet de son ombrelle. La porte s’ouvre. Prokesch paraît.)

LE DUC, courant vers Prokesch.

Vous ! — Enfin !…

(L’archiduchesse s’esquive discrètement pendant que les deux amis s’étreignent.)

Scène IV

LE DUC, PROKESCH.

PROKESCH, à mi-voix, regardant autour de lui avec méfiance.

Vous ! — Enfin !…Chut ! on peut écouter !

LE DUC, tranquillement, à voix haute.

Vous ! — Enfin !…Chut ! on peut écouter !On écoute.

Mais on ne redit rien, jamais.

PROKESCH.

Mais on ne redit rien, jamais.Quoi ?

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