Œuvres complètes (page 25)
Devant les cardonnaus li papes les rechoit,
Et lut, et en lisant de joie larmoioit
Et Dieu de l’aventure humlement grascioit,
Et chascuns cardonnaus qui lire li ooit ;
Et pour chou que le pule esvertuer voloit
Pour si noble secours que venir li devoit,
Le fist savoir à tous, et si leur preéchoit
Pour miex persévérer en chou qu’il emprendroit ;
Et li queins d’autre part entr’oeus s’apareilloit.
Et prist gent de s’amour et de se connissanche,
Monseigneur Jaque Antiaume où il avoit fianche,
Et autre bonne gent sage et de grant vaillanche.
Si les envoie à Rome en plus grant espéranche
De se venue avoir, et pour metre ordenanche
Ou païs tant qu’il ait toute se pourvéanche,
Et si leur a mandé, non pas par esmaianche,
Jour quant il seroit là sans nesune escusanche.
Pour chiaus asséurer de toute dechevanche,
Atant se sont parti dou conte à grant doutanche
Pour Mainfroi qui faisoit gaitier à grant veillanche
Les passages partout ; mais pour le perchevanche
S’en alèrent par mer, et bons cuens les avanche
Tant qu’il vinrent à Rome et tout sans mesquéanche,
Et furent rechéu à mout grant honneranche.
Bien font canque li queins leur mist en ramembranche ;
Désormais ne sont plus li Romain en balanche
De le venue au conte, ains gardent l’aimanche
Ou païs de se gent et en sénéfianche
Qu’il tiennent à signeur le filz au roy de Franche.
Pour cest faus qui ne prent garde au commenchement
Qui marier se veut à cui il se consent,
Car il vient miex eslire un bon cors bel et gent
Qui ait sens et valour et bon entendement,
Con poi qu’il ait d’avoir, que caroigne et argent ;
Car sens atrait avoir et amis ensement,
Mais proueche ne sens on n’acate ne vent ;
Si qu’il pert à Charlon, qui fu premièrement
Simples queins et puis rois, encore miex atent ;
Car seur tous a proueche et sens et hardement,
Et s’a Dieu en aieue, à cui riens ne se prent ;
Car canques il avient desous le firmament
Vient du pooir de Dieu et du consentement.
On dist, si quiet aucun bien ou mauvaisement,
Que c’est de son éur, mais qui le dist il ment ;
Ains sont si très soutil de Dieu li vengement,
Qu’il nous chiet bien ou maus selonc nostre errement.
Pour chou que Charles a fait par l’ensengnement
De Dieu et de l’Église avint-il où il tent,
Et Diex li voeille aidier selonc chou qu’il emprent !
Explicit du Roy de Sézile.
NOTE S.
(Voyez page 155, note 1.)
Je crois cette pièce relative aux dissensions qui eurent lieu en 1266 dans la faculté des arts. L’Université, comme on sait, était divisée en facultés, et celles-ci en nations. Or, en 1266 il y avait entre la nation de France et celles de Picardie, de Normandie et d’Angleterre de grandes divisions, dont l’origine avait deux sources : la première, que chacune d’elles, tenant fort à être nombreuse, n’abandonnait jamais aucune partie du terrain qui pouvait lui procurer des sujets ; souvent même elle empiétait sur les limites des autres. Ce fut précisément ce qui arriva en 1266. Un aspirant né à Ulli Saint-Georges, diocèse de Beauvais, s’étant présenté à la nation de France, fut revendiqué avec éclat par celle de Picardie, et des paroles on ne tarda pas à passer aux voies de fait.
Le second motif de division était celui-ci :
La nation de France, plus nombreuse à elle seule que toutes les autres ensemble, supportait avec peine l’égalité de ses sœurs, dit Crevier dans son Histoire de l’Université. Elle prétendait fournir trois examinateurs au lieu d’un pour l’examen commun des aspirants à la maîtrise ès-arts ; elle ne voulait point confondre les revenus qu’elle tirait des droits payés par ses candidats avec les revenus des autres nations, etc.
De là naquirent des scènes de désordre, qui se terminèrent fort souvent par des effusions de sang. Le cardinal Simon de Brie, légat du pape, qui était alors à Paris, entreprit de calmer les esprits. Il fit dans cette intention un règlement fort sage, mais qui ne put guérir le mal radicalement puisqu’en 1271, pendant qu’il était en Italie, où l’avait rappelé la mort de Clément IV, la querelle recommença. Elle ne s’apaisa un peu qu’au retour de Simon de Brie, que le nouveau pape, Grégoire X, renvoya en France en qualité de légat, et dont la prudence prévint de grands malheurs.
Mais le trouble ne fut point, cette fois encore, coupé dans sa racine, et Rutebeuf prophétisait en quelque sorte lorsqu’il disait en parlant de la querelle primitive :
Où hon a mainz divers contens
Despendu et despendera.
Simon de Brie fut en effet contraint pour la troisième fois, en 1278, de renouveler son règlement de 1266, et d’apaiser une nouvelle querelle qui s’était élevée entre la faculté des arts et le recteur d’une part, de l’autre entre les docteurs en médecine et de décret.
Au reste les désordres et les prises d’armes des écoliers, auxquels Rutebeuf fait allusion dans sa pièce, étaient fort fréquents à Paris et dataient de loin. En 1218 l’Official de Paris fut obligé de rendre une sentence dans laquelle nous trouvons que des écoliers, ou soi-disant tels, car le texte porte : vitam scholasticam se ducere fingentes, soutiennent leurs actes criminels par la force des armes, qu’un grand nombre d’entre eux blessent et tuent jour et nuit d’autres écoliers, enlèvent des femmes, violent des jeunes filles, forcent les hospices, et commettent des vols à main armée. En conséquence, l’Official les excommunie, eux et tous ceux qui dans les sept jours qui suivront cette sentence ne seront pas venus révéler à l’évèque ce qu’ils savent. Il est probable que ces moyens coërcitifs ne produisirent pas grand effet, car en 1223 Guillaume, évêque de Paris, fut obligé de sévir contre ces écoliers sicaires (c’est ainsi qu’il les appelle) qui, non-seulement commettent de nuit et de jour des rapts armés et des adultères et d’autres mauvaises actions, mais encore troublent la paix des citoyens. Celui-ci s’y prit un peu autrement, je veux dire un peu mieux que l’Official : voyant que l’excommunication n’épouvantait pas beaucoup ceux qu’elle était destinée à foudroyer, il fit mettre quelques écoliers (quosdam) en prison, et même, quosdam exterminavit, ajoute du Boullay.
Malgré ces exemples, il y eut en 1229 entre les écoliers et les bourgeois une grande querelle. Une chronique peu connue (Chronicon fiscanense) dit que plusieurs écoliers, par suite de cette querelle, furent noyés dans la Seine, et Mathieu Paris, qui tenait le récit de ces événements de la bouche des Anglais, forcés à sortir de France par suite de la dissolution de l’Université, narre les faits à peu près ainsi : À l’époque du carnaval, des écoliers, étant allés jouer hors de Paris vers Saint-Marcel, trouvèrent par hasard (casu) dans une taverne du vin très-bon et très-agréable à boire. Ils le burent ; puis, une discussion s’étant engagée sur le prix inter clericos potantes et caupones, cœperunt ad invicem alapas dare et capillos laniare. Les bourgeois ayant pris parti pour les taverniers, les écoliers furent contraints de se retirer après avoir été maltraités. Mais le lendemain ils revinrent en nombre et commirent mille dégâts, ce que la reine Blanche ayant appris (saint Louis était encore mineur), muliebri procacitate simul et impetu mentis agitata, præpositis civitatis et quibusdam raptariis suis dedit illicò in mandatis ut, sub omni celeritate armati, ab urbe exeuntes, hujus violentiæ authores nulli parcerent. Ceux-ci, selon l’usage, allèrent encore plus loin que les commandements, et tuèrent ou blessèrent des écoliers jeunes et inoffensifs qui jouaient dans la campagne. L’Université, ayant été informée de cela, se plaignit et demanda justice. On la lui refusa. Les maîtres et professeurs résolurent alors de fermer leurs écoles et de se disperser. La plupart se retirèrent à Angers, d’autres à Rouen, quelques-uns à Orléans ; et Henri III, roi d’Angleterre, adressa aux autres, pour les attirer auprès de lui, une lettre que nous avons encore ; mais tous en sortant de Paris n’avaient qu’un seul sentiment : legatum romanum execrabant, reginæ muliebrem maledicebant superbiam, imò eorum infamem concordiam. Mathieu Paris va même plus loin : par une de ces indiscrétions précieuses qui conservent aux générations futures les rumeurs populaires des générations passées, il ajoute : recedentium autem quidam famuli vel mancipia, vel illi quos somelus Galliardense appelare, versus ridiculos componebant, dicentes :
Heu ! morimur strati, mersi, spoliati ;
Mens mala legati nos facit ista pati.
Il est impossible de ne pas ajouter, pour faciliter la compréhension de ces vers, que la reine passait pour être la maîtresse du cardinal Saint-Ange, et que c’est ainsi qu’on pouvait dire d’elle qu’elle était le mauvais esprit du légat.
Je rappellerai encore les troubles qui eurent lieu en 1251, où des écoliers studieux furent emprisonnés tandis que les véritables auteurs du trouble échappèrent ; ce qui amena la proposition de séparer les écoliers en bons et en mauvais, de façon que l’Université pût réclamer les premiers sans crainte de se tromper s’ils étaient arrêtés, et abandonner les seconds. Je rappellerai également qu’en 1268, selon Félibien, les bourgeois réitérèrent, sous l’épiscopat d’Étienne Tempier, les plaintes déjà faites plusieurs fois contre les écoliers, qui couroient armés les nuits et exerçoient toutes sortes de violences; ce qui engagea l’évêque à lancer de nouveau une excommunication contre les coupables.
Je ne sais si elle réussit mieux que les précédentes.
NOTE T.
(Voyez page 158, note 1.)
Cy commance la descrissions
Et la plaisance des religions :
Bon i fait avoir mansions
Qui veut souffrir les passions.
Se li Rois de Cambray véist Li siècle si bon com il fist
El tens que fu sà en arrière,
En toute France ne choisist
Maison d’ordre où il se rendist,
Car li siècles est trop trichierre
Et la gent fausse et losangière ;
Meismes tuit li baron tel sont
Qui doivent gouverner le mont ;
Tuit vivent de rapinerie,
Chascuns tout honor relanquist.
Je ne sai que dire on en puist :
Tuit sont torné à vilénie.
Bon feroit changier sa manière
Et issir de l’orde poudrière :
Tant grate chièvre que mal gist.
Je me rendisse tempre ou tart,
Pour sauver m’âme aucune part,
Dedens une noire abeye,
Car se ma langue frit et art
Et jou ai pensée et resgart
A folour ou à lécherie,
Et je vest robe mal taillie
Et ma teste est haut reoingnie,
Dont samblerai double musart.
Ci ain miex ci faire folie
Et là où ele n’afiert mie :
Tex se quide chaufer qu’il s’art.
Se l’ordre de Prémonstré prent,
il me samble trop bone gent :
Or otroit Dex que il le soient.
Tuit sont blanc vestu par couvent,
Mais lor abbé changent souvent :
Kant en ont fait, tost le renvoient.
Ne cuit que jà des lor me voient,
Me autrement ne me conjoient ;
Comme il se paissent en couvent
De vin et char m’abandonnoient,
Einsi de moi joïr porroient.
Envis laist-on çou c’on aprent.
A ciaz de Cystiax me vueil traire :
Lor ordre me devroit mult plaire ;
Pour batre la char malostrue
Et por vestir laiens la haire
M’âme y porroit être absolue ;
Par luxure tou tans m’argüe,
Et s’est de moi mestresse et maire.
Avec cele gent débonnaire
Qui de tous biens est examplaire
A maint preudons mésaise éue,
Par coi l’âme n’iert à Dieu rendue ;
Car qui de bons est souef flaire.
En l’ordre sains Victor pourroie
M’âme sauver se je vouloie,
Car il se déduisent moult bel.
Se mortel péchié eschivoie,
Je cuit que bien esploiteroie,
Car trop sont vilain li cembel ;
Mais li cors ainme tant revel
C’a pou que il n’ist de sa pel ;
A son damaige adès coloie :
Il veut fort vin et cras morsel ;
Mais li hom norrist tel chael
Qui puis menjue sa courroie.
En l’ordre d’Arroaisse adresse
Réligions de grant simplece :
De linge vestent par defors
Et la chemise blanche et seiche
Dont la char n’a point de léece ;
Car n’en atouche point au cors.
S’aveuc tel gent estoie amors
J’oublieroie les vins fors :
Changiée aroie mult ma trèche ;
Mais la chars veut tous les dépors,
Et je li quier, soit drois, soit tors :
Bien set li chas quel barbe il lèche.
En l’ordre sainte ermite
N’ai-ge noiant encore esté,
Car ne chevauchent s’asnes non ;
Se samblent apostres emprunté
Kant sor lor beste sont monté ;
Einsi quièrent lor garison ;
Mais ne quier trouver accoison
Par quoi me mète en lor prison.
S’aurai encore au siècle esté
Là où j’ai Rois de Cambray non ;
Ains c’on m’apiaut Frère à l’asnon
Ara mout pléu et venté.
S’en l’ordre des clers de Paris main
Qui de saint Jaques ont le reclain
Ains qu’il fut estorez enfin,
Kant jou n’ai à mengier au main
Si n’ai au vespre soif ne fain,
Einsi paist Dieu moi et autrui ;
Mais li convoiteus plain d’anui
Mettent lor viande en estui,
Vers Dieu sont enfrun et vilain,
Et j’ai si grant fiance en lui
Que, s’il de moi bien pense hui,
Einsi fera-il miex demain.
Une ordre sai fort et constable
Et vers le cors pou amiable :
Autresi vivent com reclus.
Il n’a en auz trufe ne fable,
Chascuns a son fu et sa table,
Xiij. en y a en bos repus ;
C’est de haire chascuns vestus.
S’aveuc tex gens ière rendus,
Ma char seroit pou délitable.
Vrais Diex ! attenderai-je plus !
Ains que li chevax fust perdus
Feroit trop bon fermer l’estable.
Une ordre sai fort et nouvele :
Chascuns s’i saint d’une cordele.
Mult est fort la religions ;
Bone est, ce cuit, mais n’est pas bele.
Frère Meneurs chascuns l’appele ;
En lor cotes a chaperons.
Si j’avoie tex compaingnons
Je lairoie les morciax bons
Dont gloutenie renouvele.
Se li cors n’a chastois félons
L’âme en aura max guerredons :
Là où chat n’a, souris revele.
Aler m’en déusse le trot,
Ainsois au siècle plus rasot,
En l’ordre de saint Augustin,
Bon pain, bon vin ont et cras pot
Chascuns tant com user en pot.
Bien menjuent char et sain
Et vestent chemises de lin ;
Couvretoirs ont, coute et cousin ;
Ne gisent mie comme escot :
Tuit bon morsel sont lor voisin
Souvant, au soir et au matin,
Car qui lui part d’autrui ne got.
De fausse papelardie euvre
Mains prélas quant honnor recuevre,
Et qui se fait vesque clamer,
Dont trait carriax fors de son queuvre.
Adont son malice desqueuvre
Et veut le siècle sormonter :
Si fait sa croce haut lever.
Lui ne chaust qui le puist blasmer
Por la mitre dont il se queuvre.
Mult a personnes de çà mer
Qui doivent cest proverbe amer :
Où prestres muert, Dieus y a euvre.
Trop se fausse et trop se destruit
Qui por preudomme se conduit
Et en son cuer a tricherie.
Tex s’acesme, polist et duit,
Et tex en chantant se déduit,
En sa robe bele vestie,
Ki aimme Dieu et sert et prie ;
Mais la fausse papelardie
Engigne le siècle et souduit.
Tex monstre la dievenardie
Où il a mout de renardie,
Car n’est mie tout or qui luist.
S’un hermitaige veuil eslire,
Seul m’estouvra chanter et lire,
Ne me pourrai mais soulacier ;
Le siècle m’estouvra despire,
Déduit de parler et de rire
Me convenra ensus chacier
Le cuer oster et deslacier,
Dou soulas que seul pourchacier,
Et le cors livrer à martire.
Einsi peut-on Dieu embracier.
Qui ne donne ce qu’il a chier
Ne prent mie çou qu’il désire.
Se le siècle voi rassoter,
Irai nient jou por çou frouter
Avec les convers de Grant-Mont ?
Naie ! bien m’an puis déporter.
Pour coi iroie rioter
Kant volontés ne m’an semont,
Et ma pensée me respont
C’ancor truis gens qui bien me font ?
Mais kant je n’aurai qu’escoter
Tout à tens m’irai rendre adont
A Vauceles ou à Lonpont,
Car besoing fait vielle troter.
Ne sai eslire le milleur,
Se Dex m’a fait si grant signeur,
Ke chenoinnes soie d’esglise ;
N’arai mie tant de valeur
Que selonc ma très grant honneur
Soit dedenz moi karitez mise ;
Einsois manrai en convoitise :
Se j’ai garison bien assise
Au cor vaurrai avoir greigneur ;
C’est la manière et ce est la guise.
N’est riens qui en cest mont souffise :
Plentés n’i a point de saveur.
Mult est religions rebource,
Qui cors d’omme palist et bource :
Jà acorder ne m’i pourroie ;
Mais se relégions iert source
Où je peuéusse avoir grant d’ource
De quanques je deviseroie,
Vins et viandes et monnoie
Et tex solas que je vourroie,
Dont toute joie naist de fource ;
Se de Dieu le congié avoie,
Einsi l’âme li renderoie.
Bons marchiez trait argent de bource.
Savez que pence li hons riches :
« J’ai, fait-il, portes couleïches,
Avoir et deniers amassés ;
Joaus d’or, aniaus et affiches,
Et a surfin dedans mes liches
Dont manans suis et azassés,
Et si n’ai pas .xxx. ans passés ;
Si porrai vivre encore assés,
Et si ne suis ne folz ne niches,
Et si serai tost atornés :
A bien faire tans ai assés,
Car plus viennent jor que sauchiches. »
Li hons pourcoi ne s’aperçoit
Que si fox siècles le deçoit
Où tant a de male aventure ?
Il n’est nus, se la mort véoit
En sa maison ou en son toit,
Qui jà éust dou siècle cure
Où tant a orguel et ordure,
De vilonie et de luxure
Que nus sauver ne s’i porroit.
Mout est foux qui s’i asséure ;
Aaise y a-on qui pou dure,
Car n’est si chaut qui ne refroit.
Explicit la Divisions
D’Ordres et de Religions.
Voici encore une autre pièce postérieure à celle de Rutebeuf, et même à celle de Rois de Cambray (quoique de peu de temps), qui contient des détails curieux sur les ordres monastiques. C’est pour cela que je la donne ici. Elle est tirée du Ms. 198 N.-D. fol. 146, et prit naissance à l’occasion des fameuses bulles de Clément V, appelées depuis les Clémentines, dont la publication fut faite en 1317 par Jean XXII. La pièce est de 1318.
ci commence
LA REQUESTE DES FRERES MENEURS
SUS LE SEPTIÈME CLIMENT LE QUINT.
Clément est .i. nom débonnaire
Qui par droit à pitié doit traire ;
De li sont li estatut venu,
Mais je croi que cil sont venu,
Cil qui sont aucun à cheval
A pié vont, amont et aval.
Cil qui les dignitez avoient
Orendroit li plus s’en esmoient.
Leur estat tenir convendra,
Mais ne sai dont ce leur vendra
Dont estat puissent maintenir.
Leur despens ne porront fornir
Ne finer aussi leurs escos ;
Si metront cotes et surcos
En gages pour l’escot paier :
C’est ce qui les fait esmaier.
Cil qui ont pluiseurs bénéfices.
Par ce seront mis hors des lices,
Dont perdu ont maint rigoler,
Ne si hault ne porront voler ;
Si ne l’ doit tel estatut plaire,
Et d’autre part par tel afaire.
Prestres, clers, qui se looient
Aus seunes quant y venoient,
Ne seront tant loé ne pris.
Si domorront tous entrepris,
Et puis qu’auront perdu leurs chans
Il devendront bergiers des champs.
A la charrue s’en iront
Prestre et clerc, mais il maudiront
Ceulz par cui auront tel office.
Perdu auront crois et calice ;
Puis que le temps aisi s’adonne,
Pluiseurs muceront leur couronne.
Besoing leur sera et mestier
De commencier autre mestier,
Dont clerc ne s’apeleront mie,
Car il leur seroit vilonnie
En couronne mener charrue.
Povre quant iront par la rue,
Li plus muceront leur tonçure,
C’il veulent de vivre avoir cure ;
Mais privilegiez seront
Tuit cil qui tel mestier feront,
Ou soient clerc, ou soient prestre ;
Car por ce c’on les puet connestre,
Tele grace leur habandone
Qu’il a à novilles couronne.
Soient sus les vilains de ville,
Ou soient .c., ou soient mille,
Il sont tous reputez por bestes
Et pourront anoncier les festes,
Dessous l’orme et ou cymetière,
Et porter la crois et la bière
En une sorcaine blanche,
Et l’yaue bénoite au dimanche.
Por ce est dolente tel clergie :
De teulz estatus se gramie.
Aus mendians religions
A cui l’en fait relacions
De lais, de confesser, d’assoudre.
Pain sec lor convendra moldre
Sans plus au molin de leurs dens.
Si ne seront plus résidens
Mais iront aval et amont,
Puisque povreté les semont.
Il leur convendra controuver
Se leur vivre veulent trouver.
Puis qu’ainsi nous sont tresjeté,
En tel doleur et povreté
Controuver faudra maintes lobes
Pour leurs vivres et pour leurs robes,
Dont par leurs més biax et souciex,
Les gens trairont à leurs autieus
Pour faire emplir leur tirelire.
Ainsinc ira de pire en pire,
Et tournera tout en deffit.
Je ne sai qui tant d’ordres fit.
D’une part avons les Croisiez
Qui sont golés et envoisiez,
Après resont les Guillemins,
Et d’autre part les Matebins ;
Frères y a de Trinité,
Qui bien aiment charnalité,
Encore y a Frères Barrez,
Qui sont comme .ij. dez quarrez,
Que l’en nomme Frères du Carme ;
Et bien ont des fames sans charme.
Puis r’avés Frères des Billetes.
Or y a Dieu de ses fillettes
Qui Filles-Dieu sont apelées,
Et quant veulent sont mariées,
Et sont bien Filles-Dieu nommées
Teles que Diex n’a engendrées.
Bien scevent les hostiex aus moinnes,