Œuvres complètes (page 27)

Rutebeuf · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Rutebeuf, Œuvres complètes (1839) · 27 pages

« Je ne l’indique ici que parce que j’ai voulu ne rien omettre de ce que j’ai trouvé chez nos auteurs sur le Renart ; car je le regarde comme un vrai coq-à-l’âne. »

Il y a beaucoup de choses à relever dans ces paroles de Legrand d’Aussy. Je ne chercherai pas à démontrer de nouveau que l’opinion qui fait mourir Rutebeuf dans le 14e siècle seulement est inexacte : on peut voir à ce sujet ce que je dis dans la préface de ce volume et à la p. 419 de mes notes ; mais je m’étonnerai avec M. Chabaille (p. 13 de son Avertissement du Supplément du Roman du Renart) que Legrand d’Aussy ait déclaré n’avoir rien compris à la pièce du Rutebeuf. Il semble difficile de n’y pas apercevoir à la première lecture une satire dans laquelle l’auteur attaque à la fois, par des traits dont nous tâcherons tout à l’heure d’indiquer les allusions particulières, le roi et les courtisans. Voilà pour le sens général.

Quant au mot bestourné, il est impossible que Legrand d’Aussy ne l’ait pas compris. Il se rencontre fréquemment dans notre ancienne langue, et signifie doublement changé, métamorphosé. C’est en ce sens qu’il est employé par Rutebeuf en un grand nombre de passages, notamment, à deux reprises, dans sa Vie dou monde (voyez page 243 du 1er volume),

où il dit : Covoitise qui fait les avocaz mentir,

Et le droit bestorner et le tort consentir.

Un peu plus haut on avait déjà trouvé dans la même pièce ce vers :

En l’ordre Saint-Benost c’on dit le bestournei.

Ce mot fait allusion à une tradition sur l’église de Saint-Benoit, que Legrand d’Aussy, qui avait pratiqué Félibien, Sauval, Dubreuil et les autres historiens de Paris, connaissait très-certainement. Si donc il n’a pas compris cette expression bestourné, c’est qu’il l’a bien voulu.

Cela posé, je vais essayer de lever le voile dont Rutebeuf a malicieusement couvert les détails de sa satire.

Les premiers traits de Renart le Bestourné tombent directement, selon moi, sur Thibaut, roi de Navarre, qui, possédant la Brie et la Champagne (Rutebeuf désigne cette dernière par le mot le Vignoble), était en quelque sorte sires de tout l’avoir de monseignor Nobles, c’est-à-dire du roi, car dans le Roman du Renart ce mot désigne le roi des animaux. Les vers qui suivent confirment d’ailleurs cette supposition. Le reproche de s’être enrichi à Constantinople, c’est-à-dire d’avoir fait servir les Croisades à sa cupidité, s’applique très-bien à Thibaut de Navarre, dont la croisade de 1238, qui ne fut cependant ni heureuse ni productive, avait moins pour but l’intérêt du ciel que celui des seigneurs qui entreprenaient cette expédition. Thibaut, d’ailleurs, n’était pas assez aimé pour que de pareils bruits dirigés contre lui n’eussent pas cours à son époque. Ce qu’il y a de certain, c’est que nous les retrouvons bien plus tard et dans un grave écrivain. Pasquier, chapitre 26 du 6e livre de ses Recherches, dit en effet, en parlant des croisades : « Quant à moi, s’il m’estoit permis de juger, je dirois volontiers (toutesfois sous la correction et censure des plus sages) que ceux qui les entreprirent à dessein y gagnèrent, et la plupart des autres y perdirent… J’appelle user par dessein ceux qui trouvèrent bons ces voyages, mais les laissèrent exploiter par d’autres, ou bien y allèrent tant seulement par contenance. De ce premier rang furent Philippe premier et second, Henry, premier du nom, roy d’Angleterre, Thibaut de Champagne, Baudoin, comte de Flandre. Du second furent Harpin, comte de Berry, Robert, duc de Normandie, le comte de Clermont en Auvergne, Louis-le-Jeune, Richard, roy d’Angleterre, saint Louis, Henri, comte de Champagne, etc. »

Maintenant est-ce à dire, comme dans toute la pièce l’auteur emploie le temps présent et que tout semble indiquer qu’il parle de personnages existants, qu’elle fut écrite du vivant de Thibaut de Navarre ? Je ne le crois pas. En effet, Thibaut mourut en 1253, et Rutebeuf, comme je l’ai dit, n’écrivait peut-être pas à cette époque. Thibaut ne put jamais, en outre, s’enrichir à Constantinople, puisqu’il n’y fut pas. Ce qui prouve d’ailleurs que l’époque où la pièce fut composée est éloignée de celle où eut lieu la croisade de Thibaut, c’est que le poëte confond cette dernière, qui n’enleva rien à l’empereur, avec l’établissement de l’empire des Latins et la chute de l’empire grec, événements dont le souvenir devait être encore palpitant, mais auxquels le roi de Navarre ne participa aucunement, puisqu’ils sont de quarante ans antérieurs à l’origine de son entrée dans la vie politique. Or il n’est pas probable qu’il eût commis cette erreur, lui qui est ordinairement si exact, s’il eût parlé d’événements récents. Je regarde donc comme établi que Rutebeuf a seulement voulu citer Thibaut comme type, et désigner en général par le mot Renart les hauts personnages qui lui ressemblaient.

Le reste de la satire s’applique évidemment à d’autres grands seigneurs qui gouvernaient saint Louis ; mais lesquels ?… Roneaus (le chien dans le Roman du Renant est-il le comte de la Marche ou celui de Toulouse ? Isengrins (le loup) cache-t-il le duc de Bourgogne ou celui de Bretagne ? Bernars (lâne) désigne-t-il l’évêque de Paris ou le légat du pape ? Je l’ignore, et les allusions de Rutebeuf sont trop vagues pour qu’elles puissent servir de base à quelque conjecture plausible ; mais évidemment le poëte a voulu désigner ici quatre seigneurs de la cour et du conseil de Louis IX sans oser toutefois, par prudence, les désigner ostensiblement. C’est ce qui, dans une lettre que je possède, a fait dire à l’historien spécial du règne de saint Louis, M. le comte de Villeneuve, marquis de Trans, consulté par moi au sujet de Renart le Bestourné, que le sens de la pièce lui paraissait fort clair à la façon des centuries de feu Michel Nostadamus, que Dieu absolve ! non qu’on doive voir en elle un coq-à-l’âne, mais parce qu’elle fait allusion à des faits sur lesquels l’histoire n’a donné aucun jour.

Pour ma part, je suis aussi un peu de cet avis.

NOTE A bis.

(Voyez page 250, note 1.)

CI COMENCE L’ERBERIE.

Ms. 1830 Saint-Germain.

Audafrida fabuli fabula, quant il l’a barula sua sor le fossé entre .ij. vers. La tierce meure. — Dist li vilains qui ne savoit deviner .xiiii. et .xiiii. ce sont .xvii. et puis .iii. .xxx. .i. Qui ne set conter si perde. — Ge vos di, beau seignor, qu’il sont en cest siècle terrien .v. manières de choses, dont li preudom doit bien croire sa preude feme, s’ele li dit : la première chose si est tele que si la met en .i. for tot chaut comme por pain cuire, et il li viègne au-devant et li demant : « Bele suer, coment vos est-il ? » S’ele dit : « Sire, ge n’ai pas froit ; » certes, il l’en doit bien croire. L’autre enprès si est tele que s’il la met en .i. sac et il loie bien la bouche, et il la gite desor le pont en l’aive, et il li viegne au-devant et il li demande : « Bele suer, coment vos est-il ? » S’ele li dit : « Certes, sire, ge n’ai pas soif ; » il l’en bien doit croire. La tierce après si est tele que se ele travaille d’enfant, et il li vîegne au-devant, et il li demant : « Bele suer, coment vos est-il ? » Se ele li dit : « Certes, sire, ge sui malades ; » il l’en doit bien croire, que si est-ele. — La quarte après si est tele que se li preudons vient devant sa preude feme, et il li demande : « Dame, que feroiz-vos ? » Et se ele li respont : « Sire, je vos corrocerai. » Il l’en doit bien croire, que si fera-ele, se ele puet. — La quinte après si est tele que se la preude fame se gist delez son seignor, et ele s’est endormie, et ele lait aler ou pet ou vesse, et li preudons la sente, et il li dit : « Bele suer, vos vos conchiez toute. — Par mon chief, sire, fait-ele, mais vos ; » il l’en doit bien croire, quar si fait-ele. Ele ne se conchie pas, ainz conchie son vilain ; si se nestoie, quar ele le délivre de la merde, si l’en aboivre.

Ce sont les .v. manières de choses en cest siècle terrien dont li preudom doit bien croire sa preude feme, se ele li dit. — Ge vos dirai, beau seignor qui ci estes assanblé (ne le tenez pas à borde ne à moqueries), nos ne somes pas de ces boleors qui vont par cest païs vendant sif de mouton por sain de marmote ; ainçois somes maistre mire fuisicien qui avons esté par estranges terres, par estranges contrées, por querre les herbes et les racines, et les bestes sauvaiges dont nos faison les oignemenz de quoi nos garisson les malades et les bleciez, et les navrez qui sont en cest païs et en ceste contrée.

Si vos di que por les malades saner et garir et respasser qui sont en cest païs, ne en ceste contrée, avons-nos esté en Poitou, ou Maine, en Toraine, en Berri, en Séelloigne, en Puille, en Sézile, en Calabre, en terre de bestes, en terre de Labor et en la terre monseignor seint Gabain qui les plommez chie là où les grues ponent les faucilles, .ij. liues delà le bien. Si vos di, par sor toz les maistres fusiciens qui soient deci jusques à Monpellier, bien le vos puis affichier et dire que, se vos savez home ne feme qui ait si grant mal ès denz qu’il ne puisse mengier costes dures de char de buef mal cuites, ge li ferai ausi vistement mengier com un hom qui auroit geuné .iii. jors à jornée ; et s’il avoit la mauvaise dent mellée auvec les bonnes, si li ferai-ge mengier ausi com un hom qui auroit erré .iiii. jors sanz mengier.

Si vos di que véez-ci la boite de Jouvent qui fait rajovenir la gent. Ge di qu’il n’a si vielle feme en cest païs ne en ceste contrée que, se ele avoit pissié dedenz sanz espandre, que ele ne venist en l’aage de .xx. anz, et si seroit ausi pucele comme le jor qu’ele fu née. Encor vos di-ge bien que mes herbes ont autre vertu que ge ne vos di. Ge di qui n’a home ne feme en cest païs ne en ceste contrée que s’il en menjoit .iii. jors à geun de bon cuer et de bone volenté, et bone créance i éust, qui jà pooist estre yvres le jor s’il ne boit trop. Volez-vos donc que je vos apreigne, de par Dieu, à gairir dou mal des denz ? — Dites-vos oil ou nenil ? — Se vos le volez, de par Dieu, et ge le vos aprendrai liement. — Ge vos dit, beax amis, prenez-moi un estront de vielle ânesse, et un estront de chat, et une crote de rat, et une fuelle de plantein, et un estront de putain ; si les pestelez tout nestement en un mortier de coivre à un pestau de fer, par force d’ome. Si me prenez un poi de cellande du diaton, et panele et manviele, et comal et tormal et de l’erbe Robert, et si meteiz un pié de reine de l’onbre du fossé de brine. Ce sont ore les bonnes herbes que je vos di. Si metez un poi de sain de marmote et de l’estront de la linote, et si metez de l’estront à la charrée de Troies et de l’estront à la croteuse de Ligni ; ne 1’ metez en oubli. Prenez toutes ces bones espices ; si m’en faites .i. gentill pastel tout net, si le me couchiez sor vostre joue, et du jus lavez-vos bien vos denz, et puis dormez un poi. Ge di que vos en seroiz gariz se Diex velt. Ce n’est pas engien que je vos di, et si ne vos coste goute d’argent. Ge vos di que je ne sui ne mires ne herbiers ; ainçois vos di que je sui uns venerres, uns chacierres de bois ; si vos di que nos somes encor .iiii. frère. Ge di que li .iiii. frère ont encor .xv. chien ; je di que li .xv. chien sont bien armez de bon colier de fer à broches d’acier ; ge di qu’il chacent as bestes sauvaiges et prannent en la forest Airdenne. Ge vos di que mes oignemenz est confiz et profiz et parez, et fonduz des bestes dont ge vos ai dit.

Vos ne savez por quoi mes oignemenz est bons se ge ne l’ vos di ; mais ge le vo dirai. Ge vos di que mes oignemenz est bons por routure , por arsure , por anglure, por fièvre, por friçon, por raim de passion. Seigniez-vos ! que Diex vos en gart ! si est bons por fi, por clapoirre, por ru d’oreille, por encombrement de piz, por avertin de chief, por doleur de braz, que Dame-Diex envoit au premier qui passera la voie par delà ! Ge vos di que se ge avoie bouche de fer, langue d’acier, teste de marbre, et g’estoie ausi saiges comme fu Ypocras li gius, ou com fu Galiens, ou com fu li saiges Salemons, ne porroie-ge pas dire ne conter la bonté ne la valor de mes oignemens.

Si vos di que mes maistres qui cest mestier m’aprist m’encharja et dist, et pria por Dieu, et le me fist jurer sor sainz, que, en quelque terre où je venroie, que je ne préisse c’un denier de la monoie de la terre : à Londres en Angleterre, un esterlin ; à Paris, un parisi ; au Mans, un mansois ; à Roan en Normandie, un tornois ; à Bordeax, un bordelois ; à Laon, un léonois ; à Nivele, un nivelois ; à Colloigne, un collongnois ; à Dijon, un dijonnois ; à Soissons, un saissonnois ; à Crespi, un crespisois ; en Flandres, un artisien ; à Canbrai, un canbrisien ; à Douai .i. doisen ; à Provins, un provenisien ; en Vénice, un vénicien ; et ge vo di que se li homs estoit si povres ou la feme si povre qu’il ussent que doner, venist quant. Ge li presterai une de mes mains por Dieu, et l’autre por sa mère. Dont n’est-ce bon que je vos di ? — Ge di ne mais que d’ui en .i. an féissiez chanter une messe. Ge di noméement por l’âme de monseignor mon maistre qui cest mestier m’aprist, que jà ne face-ge .iii. pez, que li quarz ne soit por l’âme de son père et de sa mère, en rémission de lor péchiez. Ge di quant Diex ala par terre, si fu-il mescréuz, et si ot de tex qui le crurent et de tex qui ne le crurent mie. Ge croi bien qu’au si est-il de moi. Par aventure il i a ci de tex qui me croient et de tex qui ne me croient mie ; mais ne por quant, tel s’en porroit chifler et gaber, et rire et joer, et rechignier des denz, et bouter de l’ coute, et marchier du pié, et clignier des elz, qui mult grant mestier auroit de m’aide, s’il se voloit bien conseiller. Ge di se vos ne me créez, que vos soiez ci venuz por moi chifler, ge pri à la vraie piteuse, ge di à celi noméement qui pita as piez de Pitoribus quant il nasqui de la vraie piteuse, que de celui maléiçon don Corbidas le ju, je fu maudiz. Ge di celui noméement qui forja les .xxxv. pièces d’argent en la tor de Cayfas à .iii. liues petites d’Acre, dont li cors Dieu lu venduz et travilliez, soit li cors maudiz et confonduz de la grieve du chief de ci qu’à l’ongle du pié, de si que à l’eure et el termine que il seront venuz à moi, et ge les assoudrai de cele absolucion dont Diex assolt ses apostres, et que ge lor monsterrai la dame des herbes. Vos ne savez pas, mais je le vo dirai.

Ge di cele noméement qui brait et crie .iii. foiz en l’eure, et el termine que Diex fu mis en croiz. Vez-là ci dedenz, se vos ne m’en créez. Ge di s’il i a ci nul de vos ne nule qui ne soit vrais confès et bien repentanz de ses péchiez, je li en donrai un beau don, le plus bel qui onques fust donez par bouche d’erbier ; quar je li donrai si beau don qu’il porra dormir en prez, en rivières, en forez, en larriz, et en montaignes, en valées, en boschaiges d’une part et d’autre.

Ge di premièrement que boz ne le mordra, coluervre ne le poindra, serpent ne l’adesera, tarente ne l’aprocbera, escorpion mal ne li fera. Ge di que por péchié qu’il face ne morra desconfès, por mengier envenimé que mal ne li fera puis qu’il aura la dame des herbes. Venez donc avant, et priez à Dieu tuit et toutes qu’il la vos doint véoir et esgarder, que ce soit au preu de vos âmes et au profit de voz cors, qu’il les vos puist ronpre ! Ge di de ce delà la voie. Volez-la donques véoir, de par Dieu ; dites oil ou nenil, et nous vos la mosterrons de par sa mère ; mais ge vo dirai une chose qu’il est : quant je parti de monseignor mon maistre qui cest mestier m’aprist, si me fist jurer sur sainz que je ne la mosterroie devant ce que je l’auroie conjurée, et je la conjurerai. Si escoutez le conjurement : « Cocula en aussia que tabencia que natalicia volus polus laudate. » Prime meure. » N’i a tel com le pain ; .iii. solz, .iii. pez ; l’abaie est riche, et plentissimus haranc.

Au col dès le tens Herbelin de Saint-Pol qui fu moitié home et moitié feme, et la tierce part chevax, et il me vint et ge li .xxx., et il ne saut et ge li lance. Il me prist par les rains et ge lui par les chaelons ; il me prist par les temples et ge lui par les hospitax ; il me fist .iii. tors, et ge lui trois chasteax ; il me fiert el nés et ge lui ès bateax ; il me fiert en griève et ge lui en Chanpeax ; il me fiert de ses coutes et ge lui de mes coissins. Tu es fox et tu souflez. Que me vels-tu ? que te vueil-ge donc ? Ne li vilain si aese. Amors ai à ma volenté qui me griève trop.

Diex vos saut, amis ! Diex bénéie, bluteax ! d’om vos ? — D’ome sui-ge. — De quel home ? — De char et d’os. — De quel terre ? — En volez-vos faire poz ? — Où fustes-vos nez ? — Je ne fui onques ne nef ne bateax. — De quel vile estes-vos ? — De la vile enprès l’aitre. — Où siet li aitres ? — Entor le mostier. — Où siet li mostier ? — Sor terre. — Et où est la terre ? — Sor l’aive. — Comment apele l’en l’aive ? — L’en ne l’apele pas, qu’ele vient bien sanz apeler.

Ge vos di, beau seignor, que s’il n’avoit plus dedenz ceste boiste que les bones paroles et l’erbe qui i est, si devriez-vos avoir ferme créance qu’il vos devroit bien faire, et ge la vos monsterrai, de par Dieu. Or dites après moi : « Bénoite soit l’eure que Diex fu nez ! et ceste-ci soit ; » et je vos monsterrai la dame des herbes. In nomine patris et filii et spiritus sancti. Amen ! Ceste dame herbe, il ne la trest ne giex, ne paiens, ne sarrazins, ne crestiens ; ainz la trest une beste mue, et tantost come ele est traite, si covient morir cele beste. Cuidiez-vos que ge vos giffle ? ele muert par angoisse de mort. Vos ne savez pas por quoi la dame des herbes est bone, se ge ne le vo di ; mais je le vos dirai. Prenez-moi sempres de ceste dame d’erbe. Si vos en desgrimez par .vii. jors et par .vii. nuiz ; .iii. fois le jor à géun, et au soir quant vos irez couchier. Ge di que por tertre avaler, ne por tertre monter, ne por fooir, ne por hoer, ne por corre, ne por troer, piez ne bras ne vos diendront, oel ne vos ploreront, chief ne vos dieura por parler à jornée ausinc com ge faz ; goute feste ne vos prenra, goute migraigne ne vos tenra, ne fis, ne clox, ne clopaire, ne ru d’oreille, ne enconbrement de piz, ne avertin de chief, ne dolour de braz, que Diex vos envoit ; ainsinc ven-ge des herbes et mes oignemenz. Ge ne sui pas de çax qui se maudient por lor denrées vendre. Qui vorra si en praigne, qui vorra si le lait ; ne autre foi, ne autre soirement que nos vos en avon fait, ne vos en ferons-nos.

Explicit.

Voici maintenant une autre pièce inédite en vers dont toutes les pensées se retrouvent dans le dit de l’Erberie et dans celle que nous venons de citer. Je la donne à cause de la conformité de sujet.

DE LA GOUTE EN L’AINE.

Ms. 7218.

Escoutez tuit et entendez

Qui assez sovent despendez

En chose qui ne vous vaut riens.

Hui vous est avenu granz biens

De mire, se m’en volez croire.

Qu’en dites-vos ? respondez, voire.

Je suis bons mires de Salerne.

Fols est qui blasme ne qui ferne

Le grant sens que Dieu m’a doné

Et que j’ai piecà conquesté

A Paris et à Montpellier,

Dont je ving d’escole l’autr’ier.

Vous qui de mire avez mestier,

N’a si bon jusqu’à Montpellier

Com je sui ; si ne l’ savez mie,

Droiz est donques que je vous die

Qui je sui et que je sai fère.

Jà l’orrez se vous volez tère ;

Je sui bons mires et bien sages :

Je sai garir de toz malages.

Je garis de la goute en l’aine

Qui met les genz en male paine,

Une goute plaine de rage ;

Li .i. l’apelent mal volage

Por ce que sovent va et vient ;

Mès por ce qu’entre le cul tient

L’apelez-vous la goute en l’aine.

C’est une goute trop vilaine ;

Nous l’apelons goute de rains

Plus belement à tout le mains

Et plus cortoisement que vous.

Auroit-il ci nul entre tous

Qui fust si pris de tele goute ?

Je l’en gariroie sanz doute

Si netement, bien le puis dire,

Que jamès n’en iroit à mire.

Sachiez de voir, bons mires sui

Par saint Connebert, où je fui

L’autre nuit et nus et déchaus.

Je sui bons mires et loiaus ;

Je sui trop bons mires à droit

Si com vous orrez orendroit ;

Ne truis que borse le compère ;

Mès por Dieu et l’âme mon père,

A cui Diex vrai pardon li face,

A vous trestoz de ceste place

Aprendrai, se volez aprendre

Et se vos me volez entendre,

Comment et par quele mécine

Vos esracherez la racine

Du mal qui sovent vous sousprent,

Qui les rains et le cul porprent.

Escoutez-çà, entendez-moi ;

Je le vous aprendrai en foi,

Se je sui très bien entenduz.

Prendez la hart de .ij. penduz,

Si prendez la queu d’un lièvre

Et de la laine d’une chièvre,

Amer de miel, douceur de suie,

De l’avesnière d’une truie,

Del blanc du cul d’un noir chaudron,

Le cinquisme pié d’un mouton.

Qui toutes ces choses prendroit,

En .i. mortier les metroit

Et si les triblast tout en .i.

Et puis les béust à jéun,

Garis seroit, sachiez sanz doute,

De la très angoisseuse goute

Qui n’espargne nule ne nul,

C’on apele goute de cul.

Explicit de la Goute en l’aine.

FIN DU TOME PREMIER.

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