Œuvres (page 2)

Saint-Amant · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Œuvres de Saint-Amant · 29 pages

Sans faire dépit à Perrette !

Nos ris sont des autres les pleurs,

Nos espines leur sont des fleurs.

Si Jacques pert, Thomas y gagne.

Le bien dont la France jouit

Est le desespoir de l’Espagne,

Qui de dueil s’en évanouit.

Mais où m’emporte ce discours ?

Je fais icy le philosophe ;

Muse colère, à mon secours !

Fourny-moy de plus rude étoffe.

Sus, retourne à ces pauvres fruits

Qu’un second deluge a destruits

Par une horrible violence,

Et crie à gozier déployé

Qu’après une telle insolence

Tu voudrais qu’il eust tout noyé.

Quoy ! cet an bornera ses pas

Sans que j’en soule mon envie,

Et je ne l’effaceray pas

Du nombre de ceux de ma vie !

Si feray dà, je le promets.

Il ne s’en parlera jamais,

Si l’âge futur m’en veut croire.

Oste-toy, six cens trente-deux.

Ou ne te montre dans l’histoire

Que comme un fantosme hideux.

Que si quelque belle action

S’est faite pendant ta durée,

Qu’elle passe pour fiction,

Ou bien qu’elle soit ignorée,

Et qu’au rebours tous les forfaits,

Tous les maux que mille ans ont faits.

Tous les crimes les plus enormes,

Sous les vilains mois ennemis

Dont ton chien de règne tu formes

Soyent crûs avoir esté commis.

CASSATION DE SOUDRILLES.

Porteurs de seringues à feu,

Petits bastards de Salmonée,

Pour Dieu ! retirez-vous un peu,

Puis que la guerre est terminée.

Valets de pique, faites flus :

La France, qui vous congedie,

Veut que vous ne luy serviez plus

Qu’à vendanger en Normandie.

Sergents, qui sous un attelier

Aviez levé tant de pagnottes,

Pendez le glaive au ratelier,

Et chiez dans vos bourguignottes.

Enseignes, pliez vos drapeaux

Sous qui la valeur se gouverne,

Et vous rengez à grands troupeaux

Sous celuy de quelque taverne.

Lieutenans qui craignez le chocq

Plus qu’un muguet ne craint la foule,

Mettez bas vos plumes de coq,

Dont vous avez mangé la poule.

Capitaines, mauvais garçons,

Si l’on en croit vos cadenettes,

Allez sur quelques limaçons

Dépuceler vos daguenettes.

Tambours, les violons de Mars,

Qu’on batte aux champs de mains legeres,

Pour mener tous ces beaux soudars

En garnison droit à Fougeres !

Là, chargez d’un pesant mousquet,

Qu’ils fassent bien soigneuse garde,

Chantans auprès d’un tourniquet

La robinette et la guimbarde.

Là, d’un ventre-bieu ! qui va là ?

Dit d’une trongne Furibonde,

Sans voir ny cecy, ny cela,

Qu’ils fassent trembler tout le monde.

Là, pour faire les vieux routiers,

Et qu’avec crainte ou les entende,

Qu’en bons termes de savetiers

Ils parlent du siege d’Ostande.

Là, de maint fascheux horion,

Qu’un caporal nommé la Cocque

Vous leur sangle le morion

Jusques à la nique et la noque.

Là, que d’un maintien importun,

Sur leurs murailles esbrechées,

Ils soufflent au lieu de petun

Des feuilles de choux mal sechées.

Là, dans les affaires d’estat,

Plus avant que porcs dans la boue,

Qu’ils depeignent comme Alberstat

Deconfit le brave Cordoue.

Là, qu’un gascon, en exaltant

Son excelence, ou son altesse,

Baille pour bel argent contant

Ses hauts exploits à son hostesse.

Et concluant par un : Et donc !

Ses beaux discours tous pleins d’emphaze,

Qu’il luy montre qu’un pied de long

Le peut faire passer pour aze.

Mais encor, Muse, en nous gaussant

D’une si leste infanterie,

Faut-il dire un mot en passant

À la pauvre gendarmerie.

Chevaliers, l’effroy des poulets,

Faites des broches de vos lames,

Et ne bandez vos pistolets

Que pour descharger sur les dames.

CAZAL SECOURU. sonnet

Jusqu’aux cieux, Cazal ! pousse des cris de joye !

Te voilà garanty d’un éternel affront :

Le brave et grand Harcourt, aux combats fier et pront,

Contre tes oppresseurs sa vaillance deploye.

Tel qu’un aigle irrité qui fond dessus la proye,

Il fond sur l’Espagnol, il le heurte, il le ront,

Et d’un bras glorieux se couronnant le front,

Du superbe ennemy les lauriers il foudroye.

Les isles du Levant avoient connu son cœur,

Quand il s’en vint chercher, sous un astre vainqueur,

En un plus ample champ une plus noble guerre ;

Mais, à voir les exploits qu’il a faits aujourd’huy,

Je pense avec raison qu’enfin toute la terre

Sera, comme la mer, trop estroite pour luy.

ÉPIGRAMME.

Certes, l’on vit un triste jeu,

Quand, à Paris, dame Justice,

Pour avoir mangé trop d’espice,

Se mit tout le palais en feu.

CHANSON À BOIRE.

Payen, Maigrin, Butte, Gilot,

Desgranges, Chasteaupers, et Dufour le bon falot,

Qu’un chacun eslise son parrain

Pour trinquer à ce prince lorrain !

Il nous permet qu’en liberté

Sans aucun compliment on luy porte une santé.

Beuvons donc, il nous fera raison,

Car il est l’honneur de sa maison.

Estant parmi les Allemans,

Où son bras a plus fait que n’ont dit tous les romans,

Il apprit à suivre les hazars

De Bacchus aussi bien que de Mars.

Pour moy, disant ce qui m’en plaist,

C’est de le voir seigneur de Briosne comme il est.

Ce lieu vaut l’estat des plus grands roys,

Puis qu’un Pot y tient autant que trois.

Aussi je veux faire un serment

De vivre désormais pour le servir seulement,

Et verser pour ce prince divin

Plus de sang que je n’ay beu de vin.

Ainsi chantoient au cabaret

Le bon gros Sainct-Amant et le vieux pere Faret,

Celebrans l’un et l’autre à son tour

La santé du comte de Harcour.

Vivat !

AUTRE SONNET Pour son epitaphe.

Ci-gist le corps tronqué d’un prince miserable

Qui, vray martyr des roys, sous un temps furieux,

Rendit par sa prison l’infamie honorable,

Et par son noble sang l’eschafaut glorieux.

En cet acte cruel, long et misterieux,

Fairfax donna le coup, ce monstre inexorable.

Qui l’aurait jamais dit, ô passant curieux !

Que ce corps de son chef eust esté separable ?

Cependant ce bourreau, pour faire agir sa main,

Voilant aux spectateurs ce qu’il avoit d’humain,

Massacra ce grand roy que l’horreur environne ;

Et pour rendre ce crime encor plus solennel,

Ce chef, qui porta l’or d’une triple couronne,

Couronna mesme un fer honteux et criminel.

ÉPITAPHE.

Cy gist dans cette triste fosse

Le corps du pauvre Jambedosse,

Qui, par un vent traistre et malin,

Fut écrasé dans un moulin,

Où, voulant son blé faire moudre,

Luy-mesme il fut réduit en poudre,

Et, quoy qu’innocent avoué,

Très-malheureusement roué.

L’avanture en est incroyable

Autant comme elle est pitoyable.

Passant, admire et plains son sort,

Le bon naturel t’y convie,

Et dy qu’il a trouvé la mort

Où les autres trouvent la vie.

ÉPITAPHE.

Cy gist un fou nommé Pasquet,

Quy mourut d’un coup de mousquet

Comme il vouloit lever la creste ;

Quant à moy, je croy que le sort

Luy mit du plomb dedans la teste

Pour le rendre sage en sa mort.

ÉPITAPHE.

Dafnis est mort si saintement

Qu’on peut bien dire justement,

Celebrant ses louanges,

Que, si la douleur ou l’ennuy

Faisoit mourir les anges,

Ayant vescu comme eux, ils mourroient comme luy.

SONNET.

Doux tourment des esprits, amoureuse manie

Qui trouble mon repos avec tant de plaisir,

Ne me donne jamais un moment de loisir ;

J’aime bien à souffrir dessous ta tyrannie.

Rens en moy de ton feu la grandeur infinie,

Et, gouvernant mes sens, dont tu te viens saisir,

Fay que rien desormais ne vive en mon desir

Que l’adorable objet de la chaste Uranie.

Au seul bruit de son nom parvenu jusqu’à moy,

Mon ame luy consacre une eternelle foy,

Sur qui l’honneur s’eleve et mon espoir se fonde.

Je l’aime sans la voir, comme on aime les dieux,

Et tiens plus de l’Amour qu’homme qui soit au monde,

Puis que non plus que luy je ne me sers point d’yeux.

ELEGIE À DAMON.

Damon, je languissois dans un sombre silence,

Suivant de mon humeur la froide nonchalence,

Quand cet œil gracieux, dont tu te sens espris,

En te bruslant le cœur éclaira mes esprits.

Lors mille hauts sujets reveillerent ma veine,

Et, publiant sa gloire en dépeignant ta peine,

Je mis la Muse en œuvre, et taschay par mes vers

De le faire briller aux bouts de l’univers.

Les voyans si hardis à chanter sa louange,

Ô vous qui les orrez, ne trouvez point estrange

Qu’il leur ait inspiré, d’un eclat nompareil,

La fureur d’Apollon, puis que c’est un Soleil.

Depuis, entretenant ce beau feu qu’il allume,

Il a tousjours receu quelque fruit de ma plume.

J’ay fait dire à mon lut qu’Orante seulement

Eleve tous les cœurs dans le ravissement ;

Et lors, sans vanité, qu’il chante ses merveilles,

Il ne transporte pas, possible, moins d’oreilles ;

Mais elle en est la cause, on l’en doit admirer,

Et luy donner l’honneur que j’en pourrois tirer.

Pour moy, comme je puis, par tout je m’en acquitte,

Sçachant que la Raison, qui connoist son merite,

Requiert que le devoir ne se puisse assouvir

En moy de la louer, en toy de la servir.

Sers-la donc, cher Damon ; mets y toute industrie,

Pousse tes sentimens jusqu’à l’idolatrie :

Les Dieux t’excuseront pour un sujet si beau.

En tout cas ne crains point la rigueur du tombeau.

Quand quelque deïté s’en tiendroit offencée,

Tu garderas tousjours cecy dans ta pensée,

Que, depuis qu’un mortel une fois a gousté

De ce manger divin en l’Olimpe appresté,

De ce mets precieux qu’on appelle ambroisie,

On peut asseurement croire sans frenesie

Qu’il est exempt d’aller en ces tristes manoirs

Où Charon a passé tant de fantomes noirs.

Hé ! n’en goûtas-tu pas quand tu baisas Orante,

Quand je te vy pasmé sur sa bouche odorante,

Et que ses doux regards te firent revenir ?

Ô combien vivement tu t’en dois souvenir !

Et puis, quand tu mourrois pour l’avoir adorée,

De quel plus beau trespas pourrait estre honorée

Une vie où l’amour fait voir sa passion

Jusques au plus haut point de la perfection ?

Mais, ô le vain discours où s’engage ma Muse !

Que je suis aveuglé ! que ma raison s’abuse !

Puis qu’on la tient deesse entre les immortels,

On peut bien sans peché luy dresser des autels.

Sers-la donc, cher Damon, revere son empire,

Jamais à d’autre but ta volonté n’aspire ;

Jamais autre beauté ne se loge en ton cœur,

Et jamais autre objet n’en puisse estre vainqueur.

Fay-la tirer au vif comme elle est dans ton ame,

Et puis, pour signaler ton courage et ta flame,

Arme-toy fierement d’un superbe harnois,

Et va chercher par tout les plus fameux tournois,

Deffiant au combat, d’une ardente menace,

Quiconque osera dire, enflé de vaine audace,

Que la beauté qu’il sert s’egale au moindre trait

Que l’art fera briller en ce rare portrait.

Et quand mesme ce dieu qui preside à la guerre,

S’eslevant contre toy, voudrait descendre en terre,

Que ton bras le contraigne à dire que Cypris

N’eut jamais tant d’appas que celle qui t’a pris.

Mais à quoy ces conseils te sont-ils necessaires !

Tu ne peux en cela rencontrer d’adversaires,

Puis que tous les amans disent de leur bon gré

Qu’elle tient des beautez le supresme degré.

Elle le tient vrayement, et jamais la nature

N’employa tant de soins à l’humaine structure.

Les elemens grossiers, concertans leurs accords,

N’ont rien contribué pour faire un si beau corps ;

Elle est comme le ciel, d’où sa forme est venue,

D’une matiere pure à nos sens inconnue :

Encor, le surpassant, elle a double soleil,

Comme elle a double aurore en son beau teint vermeil.

On la doit croire Lune en sa blancheur extresme,

Puis que sa chasteté la rend Diane mesme ;

Enfin rien icy bas ne la peut egaler,

Et la voix d’un mortel ne sçait comme en parler.

La rose devient pasle approchant de sa joue,

Si bien que l’on dirait qu’en soy-mesme elle advoue

Qu’elle a commis un crime en la temerité

De s’estre comparée avec cette beauté.

Le lis tremble et rougit dès que sa main le touche,

Et par cette action, qui luy tient lieu de bouche,

Plein de crainte et de honte, il semble declarer

Qu’il est vaincu par elle, et qu’il faut l’adorer ;

Alors il s’humilie en abaissant la teste,

Tout ainsi qu’il demeure après quelque tempeste ;

Et, lui sacrifiant sa plus vive frescheur,

Il rend tout aussi-tost hommage à sa blancheur.

Ma muse de bon sens n’est pas si depourveue

Qu’elle s’aille ingerer de depeindre sa veue.

C’est assez qu’elle ait dit que, surpassant les cieux,

Elle peut faire voir deux soleils en ses yeux.

Eh ! quel aigle hautain, exerçant ses prunelles,

Auroit bien ramassé tant de vigueur en elles,

Qu’il pust considerer d’un effort inouy

Deux soleils à la fois sans en estre eblouy ?

Je depeindroy son front si le jaloux Zephire,

Redoutant que l’amour ne me le fist decrire,

Et qu’un autre que luy ne luy portast ses vœux,

Ne me le cachoit point avec ses blonds cheveux.

Que ne diroy-je pas de sa voix angelique,

Qui chasse des esprits l’humeur melancolique !

Quelle stupidité ne s’en éveilleroit !

Quelle estrange fureur ne s’en assoupiroit !

Avec quels doux propos et quels amoureux gestes

Vante-t-on son beau sein, ces deux mondes celestes !

Que l’on est estonné, lors qu’on pense à ce point,

Qu’en se voyant si beaux ils ne se baisent point !

Ô Damon ! ô Damon ! que l’on te porte envie

Quand on te voit mener une si douce vie,

Que de souffrir ainsi le martyre d’amour

Pour le plus bel objet qui jamais vit le jour !

Mais n’en sois point en peine, aucun ne t’y peut nuire ;

C’est sur toy seulement que ses yeux daignent luire :

Car ton heureux destin, travaillant à ton bien,

A tant fait que d’abord il a gaigné le sien.

Enfin, quand ses faveurs et ta perseverance

Par la possession t’osteront l’esperance,

Je croy que tu diras qu’après un tel plaisir

Tu ne sçaurois trouver dequoy faire un desir.

puis que : puisque

ELEGIE À Monseigneur le Duc de Rets, sur ce que l’on avoit mal imprimé ma Solitude.

Helas ! quand je vous voy, mes vers, mes chers enfants,

Vous que l’on a trouvez si beaux, si triomphants,

Errer parmy le monde en plus triste equipage

Qu’un prince mal-aisé qui marcheroit sans page ;

Quand je voy vos pieds nuds, vos membres mutilez,

Et vos attraits sans pair flestris et desolez

Par l’avare desir d’un infame libraire,

Qui, mus l’espoir du gain, pour chanter me fait braire,

J’avoue, en la douleur de ma tendre amitié,

Que j’ay de vostre estat une extresme pitié,

Ou plustost qu’en tel poinct j’ay peine à reconnaistre,

Vous voyant si changez, que je vous ay fait naistre.

VoÔ grand, ô rare duc, qui, prenant leur party,

M’avez de leur désastre aussi tost averty,

Vistes-vous sans regret l’honneur de mon estude,

Mon noble coup d’essay, ma chère Solitude,

Ainsi défigurée en ses traits les plus beaux,

Trotter comme une gueuse en de sales lambeaux,

Elle que l’univers a veue avec extase

N’aller jamais qu’en pompe à cheval sur Pégase ?

Non, je croy que son sort toucha vos sentiments,

Que le cœur vous saigna de voir ses ornements,

Confondus en maints lieux, à la honte des Muses,

Avoir en leurs deffauts besoin de vos excuses,

Et que, si vous teniez le maraut d’imprimeur

Qui resveille en mes sens la bilieuse humeur,

Vous luy feriez dancer, à l’ombre d’une eschelle,

Le bransle qu’on prépara aux gens de la Rochelle.

Pour moy, je luy promets que sur son hocqueton

Mon bras fera pleuvoir tant de coups de baston,

Qu’il croira que du ciel, qu’à sa perte j’oblige,

Il pleuvra des cottrets, par un nouveau prodige.

Il Ha ! je m’apperçois bien que, malgré ma raison,

Qui vouloit que mes vers gardassent la maison,

Sans se prostituer aux yeux du populaire,

Il faudra qu’à la fin je me force à luy plaire ;

Que de mon cabinet je les fasse partir,

Que j’endure la presse aussi bien qu’un martir,

Qu’on barbouille mon nom, qu’on m’imprime sans boire,

Si ce n’estoit du jus de l’encre la plus noire ;

Que je devienne livre, et que mon casaquin

Soit de peau de mouton, ou bien de marroquin ;

Qu’on me crie au Palais comme un autheur insigne,

Que d’un bruit immortel tout le monde croit digne ;

Et qu’après, d’un badaut, pour moins d’un quart d’escu,

J’aille courir hazard d’estre le torche-cu.

Miserable destin bien souvent d’un Virgile,

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