Histoire ecclésiastique (page 5)

Socrate le Scolastique · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/socrate · 9 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Voila ce qu'on pourrait opposer avec raison à ce que dit alors Eleusius. Ils parlèrent après cela à une autre question. Car sur ce que les sectateurs d'Acace avaient dit dans leur Formule de foi qui avait été lue, que le Fils est semblable au Père, ils demandèrent en quoi il lui est semblable. Les 195 partisans d'Acace disaient qu'il lui était semblable par la volonté, et non par la substance. Tous les autres assuraient qu'il ne lui était pas moins semblable par la substance que par la volonté. Ils employèrent tout le jour à traiter cette question et réfutèrent Acace par un livre où il avait écrit, que le Fils est semblable en toutes choses à son Père.

Acace leur répondit que jamais aucun ancien, ni aucun moderne n'avait été jugé par ses livres. Après qu'ils eurent longtemps contesté sur ce point avec autant d'aigreur que de subtilité, Léonas se leva et rompit l'assemblée. Quand on le pria le jour suivant de revenir au Concile, il répondit :

J'ai été envoyé par l'Empereur pour assister à un Concile où les Evêques soient d'accord entre eux; mais puisque vous ne pouvez vous accorder, je ne puis me trouver dans vos assemblées. Allez donc sans moi causer et badiner dans l'Eglise.

Les partisans d'Acace tirant grand avantage de cette réponse, ne voulurent plus venir au Concile. Les Evêques de l'autre parti s'étant assemblés mandèrent Acace pour examiner l'affaire de Cyrille, Evêque de Jérusalem. Ce Cyrille avait été accusé, mais je ne sais de quel crime. Il avait même été déposé parce qu'ayant été cité durant deux ans il avait refusé de comparaître. Il envoya néanmoins depuis à ceux qui l'avaient déposé un écrit, par lequel il appelait à un plus grand Concile. L'Empereur Constance approuva cet appel. Cyrille fut le premier et le seul qui contre la coutume et contre l'ordre de la discipline de l'Eglise l'avait interjeté, comme dans les jugements publics, et ordinaires. Etant donc prêt de subir le jugement qui serait rendu à Séleucie, les Evêques invitèrent les partisans d'Acace à y venir prendre leurs places. Ils avaient cité de la même sorte d'autres accusés qui s'étaient réfugiés dans le parti d'Acace, mais sur le refus qu'ils firent de 196 comparaître, les Évêques déposèrent Acace, et de plus George Évêque d'Alexandrie, Uranius Évêque de Tyr, Théodule Évêque de Chèrètapes en Phrygie, Théodose Évêque de Philadelphe en Lydie, Evagre Évêque de Lesbos, Léonce Evêque de Tripoli en Lydie, Eudoxe qui avait été premièrement Évêque de Germanicie, et qui depuis s'était emparé de l'Eglise d'Antioche. Ils déposèrent aussi Patrophile, parce qu'ayant été accusé par un Prêtre nommé Dorothèe, et ayant été cité pour répondre à l'accusation, il n'y avait point satisfait. Ils retranchèrent outre cela de la communion Astérius, Eusèbe, Abgare, Basilique, Phebus, Fidelis, Eutychius, Magnus.et Eustate, et ordonnèrent qu'ils demeurassent retranchés jusques à ce qu'ils se fussent justifiés des crimes dont on les chargeait. Ils écrivirent à toutes les Eglises dont ils avaient déposé les Evêques, et mirent Annien sur le Siège d'Antioche eu la place d'Eudoxe. Les partisans d'Acace s'étant saisis à l'heure même de cet Eudoxe, le mirent entre les mains de Léonas et de Laurice, qui l'envoyèrent en exil. Les. Evêques qui l'avaient ordonné donnèrent des mémoires à Léonas et à Laurice pour justifier que les partisans d'Acace avaient violé les Canons du Concile. Mais n'ayant rien obtenu par ce moyen, ils allèrent à Constantinople pour informer l'Empereur de ce qu'ils avaient ordonné.

197 CHAPITRE XLI. Les partisans d'Acace confirment la foi du Concile de Rimini, et y font quelques additions. L'Empereur était revenu depuis peu d'Occident, et avait donné à Honorat la charge de Préfet de Constantinople, après avoir supprimé celle de Proconsul. Mais les partisans d'Acace ayant devancé ces Evêques les accusèrent faussement devant l'Empereur de ne pas croire la foi qu'ils avaient: proposée. Ce Prince étant emporté de colère se résolut de les disperser, et ordonna que ceux d'entre eux qui étaient obligés à certaines fonctions publiques seraient privés de leur exemption, et réduits à la Loi commune. Car il y en avait quelques-uns parmi eux qui avaient des charges, et d'autres qui en avaient dans les Provinces. Au milieu de ce désordre et à la faveur de ces troubles les partisans d'Acace demeurèrent longtemps à Constantinople, où ils mandèrent les Evêques de Bithynie pour tenir avec eux un nouveau Concile. Ces Evêques, parmi lesquels était Maris Évêque de Calcédoine, s'étant assemblés au nombre de cinquante confirmèrent la Formule de foi qui avait été lue à Rimini. Il serait inutile de la mettre ici s'ils n'y avaient rien ajouté ; mais parce qu'ils y ont ajouté quelque choie, je ne saurais me dispenser de la transcrire. Nous croyons un seul Dieu Père tout-puissant de qui sont toutes choses, et un Fils unique de Dieu, engendré de Dieu avant tous les temps, et avant tout commencement, par qui toutes les choses tant les visibles que les invisibles ont été 198 faites, nous croyons qu'il est né seul du Père, seul d'un seul, Dieu de Dieu, semblable, selon la sainte Ecriture, au Père qui l'a engendré, dont la génération n'est connue que par le Père qui l'a engendré. Nous savons que ce Fils unique de Dieu a été envoyé par son Père, qu'il est descendu du Ciel selon les Ecritures pour la destruction du péché et de la mort, et qu'il est né selon la chair, de la Vierge Marie, par l'opération du saint Esprit, qu'il a conversé avec ses Disciples, et qu'après avoir accompli tous les Mystères selon la volonté de son Père, il a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux Enfers où il a donné de la terreur; qu'il est ressuscité trois jours après ; qu'il a conversé avec ses Disciples, et que quarante jours après il est monté au Ciel, il s'est assis à la droite de son Père dans la gloire duquel il viendra au dernier jour de la résurrection pour rendre à chacun ce qui sera dû à ses œuvres. Et le saint Esprit que Jésus-Christ notre Seigneur, et notre Dieu, Fils unique de Dieu a promis d'envoyer au genre humain pour lui servir d'Avocat et d'Esprit de vérité, comme il est écrit, et qu'il a envoyé après qu'il est monté au Ciel. Quant au mot de Substance dont les Pères se sont servis avec trop de simplicité, et qui n'étant pas entendu par le peuple lui a été un sujet de chute, nous avons trouvé à propos de le rejeter, puisqu'il n'est point dans l'Ecriture, et de ne plus faire de mention à l'avenir de la substance du Père et du Fils, puisque l'Ecriture n'en fait point. On ne doit pas même parler de l'hypostase du Père, du Fils, et du saint Esprit. Nous disons que le Fils est semblable au Père, comme l'Ecriture sainte le dit et l'enseigne. Nous prononçons anathème contre toutes les hérésies qui s'opposent à cette exposition de foi, soit 199 qu'elles aient été autrefois condamnées, ou qu'elles se soient élevées depuis peu de temps.

Voila la Formule qui fut lue dans ce temps-là à Constantinople. Après être enfin sortis de ce labyrinthe de Formules, recueillons-en le nombre. Depuis la foi qui fut publiée à Nicée on en écrivit deux expositions à la dédicace de l'Église d'Antioche La troisième fut présentée à l'Empereur Constant dans les Gaules par Narcisse, et par les Évêques de son parti. La quatrième fut envoyée par Eudoxe en Italie. Il y en eut trois écrites à Sirmich, dont l'une fut lue à Rimini avec les noms des Consuls. Les partisans d'Acace publièrent la huitième à Séleucie. La neuvième fut faite à Constantinople avec quelque addition. Car on ajouta qu'en parlant de Dieu on ne se servirait point du terme de Substance, ni d'hypostase. Ulfila Évêque des Goths consentit à cette foi, bien qu'il eût reçu auparavant celle de Nicée, à l'imitation de Théophile son prédécesseur qui avait assisté à ce Concile, et signé ce qui y avait été résolu.

CHAPITRE XLII.

Macédonius est déposé. Eudoxe est élevé en sa place sur le siège de l'Eglise de Constantinople.

Acace, Eudoxe et les autres de leur parti ne souhaitaient rien avec une si forte passion que de déposer aussi quelques Evêques du parti contraire. Il est bon que l'on sache que ce ne fut point par l'intérêt de la Religion ; mais par d'autres motifs que les uns et les autres ordonnèrent ces sortes de dépositions. Car bien qu'ils ne fussent point d'accord touchant la foi, néanmoins quand ils se déposèrent réciproquement ils ne s'accusèrent d'aucune erreur. Ceux qui tenaient le 200 parti d'Acace abusant de la colère que l'Empereur avait conçue depuis longtemps contre Macédonius le déposèrent, tant parce qu'il avait été cause de la mort de plusieurs personnes, que parce qu'il avait admis à la communion de l'Eglise un Diacre, qui avait été surpris avec une femme. Ils déposèrent aussi Eleusius Évêque de Cyzique, parce qu'ayant donné le baptême à Heraclius Prêtre de l'Hercule de Tyr, qui avait été convaincu de l'impiété de l'art magique, il l'avait depuis ordonné Diacre. .Ils prononcèrent une pareille condamnation contre Basile, ou Basilas, car il avait ces deux noms, qui avait été fait Évêque d'Ancyre à la place de Marcel, et eurent trois raisons de le punir de la sorte. La première est qu'il avait fait donner injustement la question à un particulier, et l'avait fait charger de chaînes, et enfermer dans une étroite prison. La seconde qu'il avait intenté de fausses accusations contre quelques personnes : Et la dernière qu'il avait troublé la paix des Eglises d'Afrique par ses lettres. Ils rendirent un pareil jugement contre Draconce, pour avoir passé de l'Eglise de Galatie à celle de Pergame. Enfin plusieurs autres subirent le même châtiment pour divers sujets. Néonas Évêque de Séleucie, Sophronius Evêque de Pompeiopole Ville de Paphlagonie, Elpidius Évêque de Satales en Arménie, et Cyrille Évêque de Jérusalem furent aussi déposés.

201 CHAPITRE XLIII.

Déposition d'Eustate Ses erreurs;

Translation d'Eudoxe. Dédicace de l'Eglise de sainte Sophie.

Eustate Évêque de Sébaste en Arménie ne fut pas seulement écouté lorsqu'il voulut entreprendre de se justifier ; parce qu'il avait été condamné par Eulale Évêque de Césarée en Cappadoce son père, pour avoir porté un habit peu convenable à un Prêtre. Mélèce, dont nous parlerons incontinent, fut choisi pour remplir sa place. Au reste cet Eustate fut depuis condamné par le Concile de Gangre assemblé à son sujet, pour avoir fait beaucoup de choses contre l'ordre et la discipline de l'Eglise, depuis la condamnation qui était intervenue contre lui au Concile de Césarée. Car il avait enseigné qu'il n'était point permis de se marier, ni d'user de certaines viandes. Il avait séparé plusieurs personnes mariées, et avait conseillé à ceux qui avaient aversion de l'assemblée de l'Eglise, de communier dans leurs maisons. Il avait détourné, sous prétexte de piété, les domestiques du service de leurs maîtres. Il portait un habit de Philosophe, et en faisait porter un extraordinaire à ses Sectateurs. Il avait oblige des femmes à se couper les cheveux, et enseigné qu'il ne faut point garder les jeûnes prescrits; mais qu'il faut jeûner le Dimanche. Enfin il avait défendu de prier dans les maisons des personnes mariées, et soutenu qu'il fallait éviter comme une profanation et un sacrilège la bénédiction, et la communion d'un Prêtre qui vivait avec une femme, avec laquelle il avait contracté un mariage légitime lorsqu'il n'était que laïque. Le 202 Concile de Gangre en Paphlagonie le déposa pour toutes ces raisons, et condamna ses erreurs. Mais cela n'arriva pas sitôt.

Macédonius ayant été chassé hors du Siège de Constantinople, Eudoxe qui méprisait celui d'Antioche, fut choisi par les Évêques du parti d'Acace pour le remplir. Ils ne prenaient pas garde, qu'ils faisaient en cela tout le contraire de ce qu'ils avaient jugé contre Draconce, qu'ils avaient déposé pour avoir été transféré de Galatie à Pergame.

Ils envoyèrent après cela à Rimini leur Formule de foi avec le supplément, et ordonnèrent que ceux qui refuseraient de la signer seraient exilés .selon l'intention de l'Empereur. Enfin ils mandèrent ce qu'ils avaient résolu, aux Évêques d'Orient qui étaient de leur avis, et principalement à Patrophile Évêque de Scythopole, qui, en partant de Séleucie, était retourné droit à la Ville de son Diocèse.

L'Eglise de sainte Sophie fut dédiée au commencement du Pontificat d'Eudoxe, sous le dixième Consulat de Constance, et le troisième de Julien, le quinzième jour du mois de Février. Eudoxe ne fut pas sitôt assis sur la Chaire de l'Eglise de Constantinople, qu'il y prononça cette Sentence qui a fait tant de bruit dans le monde.

Le père est impie, et le fils est pieux. Le peuple s'étant ému sur ce sujet,

Vous n'avez que faire, leur dit-il, de vous émouvoir. Le père est impie, parce qu'il ne rend honneur à personne, et le Fils est pieux parce qu'il rend honneur à son père. Il apaisa par ce moyen l'émotion, et changea le tumulte en raillerie. On répète encore aujourd'hui cette Sentence en raillant. Les auteurs des hérésies ont déchiré l'église par ces captieuses subtilités. Voila comment se termina le Concile de Constantinople.

203 CHAPITRE XLIV.

Mélèce est fait Evêque d'Antioche. Schisme dans cette Eglise. Passons maintenant de Mélèce. Il fut ordonné Évêque de Sébaste en Arménie après la déposition d'Eustate. De Sébaste il fut transféré à Bérée Ville de Syrie. Il assista au Concile de Séleucie,, y signa la Formule de foi composée par Acace, et retourna en son Eglise. Il en fut depuis retiré par les habitants d'Antioche lorsqu'ils apprirent, qu'Eudoxe avait méprisé leur Ville pour posséder les richesses de celle de Constantinople. Quand Mélèce tut assis sur le Siège d'Antioche, il ne parla d'abord au peuple que de la doctrine des mœurs, sans y rien mêler touchant la foi. Dans la suite il leur proposa la doctrine du Concile de Nicée, et leur prêcha la Consubstantialité du Fils de Dieu. L'Empereur en ayant eu avis l'exila, et fit sacrer en sa place Euzoius Prêtre, qui avait été déposé: autrefois avec Arius. Ceux qui étaient affectionnés à Méléce s'éloignèrent des Ariens et s'assemblèrent à part : parce que ceux qui avaient dès le commencement admis la Consubstantialité évitaient leur communion, en haine de ce que Mélèce avait été ordonné par les Ariens. Ainsi l'Eglise d'Antioche fut divisée, bien que les deux partis qui la divisaient fussent unis entre eux par la confession de la même foi. Cependant l'Empereur partit eu diligence pour Antioche sur la nouvelle qu'il avait reçue que les Perses préparaient à commencer la guerre.

204 CHAPITRE XLV.

Hérésie de Macédonius.

Macédonius ne pouvant demeurer en repos depuis qu'il avait été condamné et chassé de Constantinople, passa dans le parti de ceux qui avaient déposé Acace au Concile de Séleucie. Il envoya aussi exhorter Sophronius et Eleusius de tenir la foi qui avait été premièrement proposée à Antioche, et depuis confirmée à Séleucie, et de lui donner le faux nom de semblable Substance. Il attira de la sorte un grand nombre de ses amis qui furent appelés Macédoniens. Depuis ce temps là tous ceux qui dans le Concile de Séleucie s'étaient éloignés du sentiment d'Acace se servirent des termes de semblable Substance, dont ils ne se servaient point auparavant. Quelques-uns néanmoins tiennent que ces termes ont été inventés non par Macédonius, mais par Marathonius, qui avait été élevé un peu auparavant sur le Siège de l'Eglise de Nicomédie. Et c'est pour cela que ceux de cette secte sont aussi appelez Marathoniens. Eustate qui, comme nous l'avons vu, avait été chassé de l'Eglise de Sébaste se joignit à ceux-ci. Lorsque Macédonius commença à exclure le saint Esprit de la Trinité, Eustate dit, pour moi, je n'oserais dire que l'Esprit saint soit Dieu, ni assurer qu'il soit une Créature. C'est pour cela que ceux qui tiennent la Consubstantialité du Fils de Dieu les appellent Pneumotomaques, c'est-à-dire les ennemis du saint Esprit. Je dirai en son lieu la raison pour laquelle il y a un grand nombre de Macédoniens en l''Hellespont. Les partisans d'Acace ayant regret d'a- 205 voir dit que le Fils était en toutes choses Semblable au Père, se mirent en peine de procurer la convocation d'un nouveau Concile à Antioche. Ils s'assemblèrent donc en petit nombre, l'année suivante, et sous le Consulat de Taurus et de Florentius en cette Ville dont Euzoius était Evêque et que l'Empereur demeurait alors, et ayant agité de nouveau des questions qu'ils avaient déjà décidées, ils prononcèrent qu'il fallait effacer le mot de Semblable de la Formule de foi, qui avait été publiée, tant à Rimini, qu'à Constantinople ; et sans dissimuler en aucune sorte leurs sentiments ; ils déclarèrent que le Fils est tout-à-fait Dissemblable à son Père en substance, et en volonté, et assurèrent comme Arius, qu'il avait été fait de ce qui n'était point auparavant. Ceux qui étaient alors à Antioche de la secte d'Aëce favorisaient cette opinion. C'est pourquoi ils furent appelés, non seulement Ariens, mais Eunoméens, et Exucontiens par ceux qui défendaient dans cette Ville la doctrine de la Consubstantialité du Fils de Dieu, et qui étaient alors divisés entre eux à l'occasion de Mélèce. Quand ceux-ci leur demandèrent comment ils ne faisaient point de difficulté de dire que le Fils est Dissemblable à son Père, et qu'il a été fait de ce qui n'était point auparavant ; après avoir reconnu par leur formule de foi qu'il est Dieu de Dieu, ils tâchèrent d'éluder cette objection en répondant que dans la Formule il est dit, Dieu de Dieu, comme dans saint Paul il est dit, toutes choses sont de Dieu. Or le Fils de Dieu est une de ces choses, et c'est pour cette raison que dans le Formulaire on a ajouté ces termes, selon la sainte Ecriture. Ce fut George Evêque de Laodicée qui inventa cette vaine subtilité. Comme cet Evêque n'était pas fort habile, il ignorait de quelle manière Origène a autrefois expliqué ces façons de parler 206 de l'Apôtre. Mais bien qu'ils usassent de ces subtilités, néanmoins parce qu'ils ne pouvaient souffrir la honte qui retombent de leur condamnation sur leurs personnes, ils récitèrent la même Formule qu'ils avaient autrefois publiée à Constantinople. Chaque Evêque retourna après cela en son Eglise. George retourna à Alexandrie, en l'absence d'Athanase qui n'osait paraître. Il y persécuta ceux qui n'étaient point d'accord avec lui touchant la foi, et se rendit fort odieux à tout le peuple. Herennius, fut placé sur le Siège de l'Eglise de Jérusalem en la place de Cyrille. Il est a propos que l'on sache qu'Héraclius lui succéda, et que Hilaire à Héraclius, et que Cyrille retourna enfin à Jérusalem, et fut rétabli sur son Siège.

CHAPITRE XLVI. Hérésie des Apolliniastes. Il. s'éleva au même temps une hérésie nouvelle par l'occasion que je vais dire. Il y avait à Laodicée Ville de Syrie un père et un fils de même nom. Ils s'appelaient tous deux Apollinaires. Le père était Prêtre, et le fils Lecteur. Le père enseignait la Grammaire, et le Fils la Rhétorique; Le père était d'Alexandrie, et après avoir enseigné quelque temps à Béryte, il s'était établi à Laodicée et s'y était marié. Ils contractèrent amitié avec un Sophiste nommé Epiphane qui fleurissait au même-temps. Théodore Evêque de la Ville leur défendit de le fréquenter, de peur qu'une familiarité si particulière ne les pervertît et ne les portât à la superstition des Païens. Mais sans se soucient des défenses de l'Évêque, ils continuèrent à entretenir l'amitié d'Epiphane.

207 George successeur de Théodote leur fit les mêmes remontrances que son prédécesseur. Mais n'ayant pu rien gagner sur leur opiniâtreté, il les retrancha de la Communion. Apollinaire le fils irrité de ce châtiment, comme s'il eût été fort injuste, et se fiant aux subtilités de sa profession, entreprit d'inventer une nouvelle hérésie, à laquelle on a donné son nom. Quelques-uns assurent que ce ne fut point par cette raison qu'ils se réparèrent de la communion de George Évêque de Laodicée ; mais par l'indignation qu'ils eurent de l'inconstance avec laquelle il enseignait, tantôt que le Fils est semblable au Père, comme il a été décidé dans le Concile de Séleucie, et il tombait tantôt dans l'erreur d'Arius. Ils prirent ce prétexte pour se séparer de lui ; mais parce qu'ils étaient seuls dans leur séparation, ils commencèrent à introduire une nouvelle forme de Religion, en disant que quand le Verbe s'est incarné il n'a pris qu'un corps sans âme. Puis reformant tout d'un coup leur sentiment, ils ont assuré qu'il a pris une âme, mais qui n'avait point de raison, et à laquelle le Verbe en tenait lieu. Voila en quoi les Apollinaristes ne s'accordent point avec les Catholiques, car ils avouent la Consubstantialité des personnes de la Trinité. Je parlerai encore des deux Apollinaires en leur lieu.

CHAPITRE XLVII. Mort de L'Empereur Constance. Julien en étant venu aux mains dans les Gaules avec une multitude incroyable de Barbares remporta sur eux une célèbre victoire, pendant que l'Empereur Constance était à Antioche. Sa prudence et sa valeur lui ayant acquis l'affection de 208 tous, les gens de guerre le proclamèrent Empereur. La nouvelle de cette proclamation causa une grande douleur à Constance. Il se fit baptiser pat Euzoius, et fit à l'heure même de grands préparatifs contre Julien. Quand il fut aux frontières de Cappadoce et de Cilicie, l'inquiétude qui l'agitait lui causa une apoplexie dont il mourut à Moseucrènes, sous le Consulat de Taurus et de Florentius, le troisième jour du mois de Novembre, en la première année de la deux cent cinquante cinquième Olympiade. Il vécut quarante cinq ans, et en régna trente-huit, savoir treize avec Constantin son père, et vingt-cinq seul. L'Histoire contenue en ce Livre-ci renferme le même espace de temps.

DE SOCRATE

LIVRE CINQUIEME.

PREFACE Avant que de commencer le cinquième Livre, je prie ceux qui prendront la peine de lire cet ouvrage, de ne point trouver mauvais que j'y mêle des guerres dont j'ai été très bien informé. J'ai eu trois raisons d'en user de cette sorte. La première a été pour rapporter plus exactement toutes les choses, et pour en donner une connaissance plus parfaite. La seconde pour délasser les esprits qui se seraient ennuyés de ne voir que des disputes, et des contestations entre les Évêques ; et la dernière, pour faire voir combien l'Eglise se ressent des désordres de l'Etat. En effet quiconque voudra y faire une sérieuse attention, reconnaîtra aisément: que les guerres qui ont ébranlé l'Etat, ont presque toujours été inséparables des troubles qui ont agité l'Eglise ; soit que ces guerres aient précédé ces troubles, ou qu'elles les aient suivis. Je ne saurais me persuader que ces changements et ces malheurs procèdent du hasard, et qu'ils ne soient pas plutôt ordonnés de Dieu pour punir nos péchés. Car, comme dit l'Apôtre, il y a des personnes dont les péchés sont connus avant le jugement. et l'examen qu'on en pourrait faire; et il y en a d'autres qui ne se découvrent qu'ensuite de cet examen. Voila pourquoi j'ai mêlé plusieurs affaires de l'Empire, dans l'Histoire de l'Eglise. Je n'ai point parlé des guerres qui ont été faites sous le règne de Constantin ; parce que le temps en a effacé la mémoire, et m'a empêché de m'en informer, mais j'ai touché légèrement celles qui sont arrivées depuis, et j'en ai remarqué ce que j'en avais appris de ceux qui les avaient vues. J'ai toujours fait mention des Empereurs, parce que depuis qu'ils ont fait profession de la Religion Chrétienne, ils se sont rendus maîtres des affaires de l'Eglise, et ont disposé avec un pouvoir absolu des plus grands Conciles, comme ils en disposent encore aujourd'hui. Enfin j'ai rapporté beaucoup de choses de la secte des Ariens, parce qu'elle a extrêmement troublé la paix des Fidèles.

CHAPITRE PREMIER. Les Goths attaquent Constantinople. L''empereur Valens étant mort, sans que la manière de sa mort ait été jamais sue au vrai, les Goths s'approchèrent de Constantinople, et en ruinèrent les faubourgs. Les habitants ne pouvant souffrir cette insolence, s'armèrent à la hâte de tout ce qu'ils trouvèrent entre leurs mains. L'Impératrice Dominique leur fit distribuer leur paie comme à des soldats. Les Sarrasins que la Reine Mavia avait envoyés, servirent très utilement, et aidèrent fort à repousser les Goths.

CHAPITRE II. L'Empereur Gratien rappelle les Évêques Orthodoxes, et chasse les hérétiques. Il associe Théodose à l'Empire. Gratien étant maître de l'Empire avec le jeune Valentinen, condamna la cruauté que Valens son oncle avait exercée contre les Chrétiens, rappela ceux qu'il avait envoyés en exil, et ordonna que tous les Fidèles de quelque opinion qu'ils fussent, s'assemblassent dans la même Église, et vécussent dans la même communion. Il n'y eut que les Eunomiens, les Photiniens, et les Manichéens qui en furent exceptés. Ayant aussi reconnu que l'Empire s'affaiblissait, pendant que les étrangers se fortifiaient, il associa à la Souveraine puissance Théodose, issu d'une illustre famille d'Espagne, et qui avait acquis une si grande réputation par sa valeur, que tout le monde le jugeait digne de cet honneur, avant qu'il l'eût obtenu. L'ayant donc déclaré Empereur à Sirmich Ville d'Illyrie, sous le Consulat d'Ausone, et d'Olybrius, le seizième jour du mois de Janvier, il partagea avec lui le soin de la guerre qu'il méditait de faire aux Barbares.

CHAPITRE III. Évêques des principales Eglises. Damase qui avait succédé à Libère, gouvernait alors l'Eglise de Rome. Cyrille était encore assis sur la Chaire de celle de Jérusalem. Celle d'Antioche était divisée en trois partis. Les Ariens avaient pour Evêque Dorothée, qui avait succédé à Euzoïs. Les autres étaient sous la conduite, ou de Paulin, ou de Méléce, qui était revenu de son exil. Lucius quoique banni et absent, gouvernait les Eglises des Ariens d'Alexandrie. Et Timothée qui avait succédé à Pierre, était Evêque de ceux qui soutenaient, que le Fils de Dieu est Consubstantiel à son Père. Démophile successeur d'Eudoxe possédait les Eglises de Constantinople, et ceux qui avaient de l'éloignement de sa doctrine, s'assemblaient à part.

CHAPITRE IV. Les Macédoniens retombent dans leur première erreur. Depuis que les Macédoniens avaient député trois Evêques à Libère, ils jouissaient de la communion de l'Eglise, et étaient admis indifféremment dans les assemblées des Fidèles qui faisaient profession de tenir la doctrine du Concile de Nicée. Mais quand l'Empereur Gratien eut ordonné, que toutes les sectes se réuniraient dans la même communion, ils s'assemblèrent à Antioche, et résolurent de rejeter le terme de Consubstantiel, et de n'avoir plus aucune communion avec ceux qui tenaient ce qui avait été arrêté au Concile, dont je viens de parler. Néanmoins ce dessein-là ne leur réussit point, car plusieurs blâmant l'inconstance avec laquelle ils changeaient si souvent de sentiment, se réparèrent d'eux, pour se joindre à ceux qui soutenaient la Consubstantialité du Verbe.

CHAPITRE V. Sédition arrivée dans l'Église d'Antioche au sujet de Paulin, et de Mélèce. Mélèce donna lieu en ce temps-là à une grande contestation dans la Ville d'Antioche. Nous avons déjà dit que le respect que l'on eut de la vertu de Paulin, empêcha qu'il ne fût envoyé en exil. Quant à Mélèce, il fut rétabli par Julien, chassé par Valens, et enfin rappelé par Gratien. Lorsqu'il retourna, il trouva Paulin dans une extrême vieillesse ; et ceux qui favorisaient son parti firent tous leurs efforts pour se mettre avec lui sur le même Siège. Paulin ayant soutenu que les règles de l'Eglise ne pouvaient permettre qu'un Evêque ordonné par les Ariens, partageât le Siège d'un Evêque Catholique, le peuple l'établit par force dans une autre Eglise hors de la Ville. Ce nouvel établissement ayant ému une furieuse contestation, elle fut enfin apaisée à ces conditions. Le peuple ayant assemblé six Ecclésiastiques qui pouvaient prétendre à la dignité Episcopale, entre lesquels était Flavien, ils les obligèrent de promettre avec serment, que quand l'un des deux Evêques mourrait, ils ne demanderaient point sa place. L'accord fut fait de cette sorte, et très religieusement observé. Les Lucifériens se séparèrent des autres, en haine de ce que Mélèce qui avait été ordonné par les Ariens faisait les fonctions Episcopales.. L'Eglise d'Antioche étant en cet état, ce Mélèce sut obligé d'aller à Constantinople pour quelques affaires.

CHAPITRE VI. Grégoire est transféré de l'Eglise de Naziance à celle de Constantinople. L'Empereur Théodose reçoit le Baptême. Grégoire fut transféré en ce temps-là de l'Eglise de Nazianze à celle de Constantinople par le consentement unanime de plusieurs Évêques. Les Empereurs Gratien et Théodose ayant chacun remporté en ce temps-là une célèbre victoire, le premier retourna dans les Gaules où les Allemands faisaient le dégât ; et le second après avoir élevé un trophée, partit pour Constantinople. Quand il fut à Thessalonique, il y tomba dans une dangereuse maladie, qui lui fit souhaiter de recevoir le Baptême, car il avait été élevé dans la Religion Chrétienne, et tenait la doctrine de la Consubstantialité du Verbe. Ayant donc envoyé quérir Ascolius Evêque de cette Ville-là, il lui demanda de quel sentiment il était. L'Évêque lui ayant répondu que les nouveautés d'Arius n'étaient point venues jusqu'en Illyrie, et que les habitants de cette Province étaient toujours demeurés fermes dans la foi qui a été enseignée par les Apôtres, et depuis confirmée par les Pères du Concile de Nicée, il reçut de lui le Baptême avec joie. Ayant recouvré bientôt après sa santé, il retourna à Constantinople le quatorzième jour du mois de Novembre, en l'année de son premier consulat, et du cinquième de Gratien.

CHAPITRE VII.

Grégoire se démet de l'Evêché de Constantinople. L'Empereur ordonne à Démophile Évêque des Ariens, ou de consentir à la Consubstantialité du Verbe, ou de sortir de la Ville. Grégoire ayant été transféré, comme nous avons dit, de Nazianze à Constantinople, faisait les assemblées dans un petit Oratoire, auprès duquel les Empereurs ont depuis élevé une grande Eglise qu'ils ont nommée Anastasie. Mais comme il était un des plus éloquents et des plus pieux de son siècle, il ne put apprendre que quelques Evêques se plaignaient de ce qu'il était étranger, sans prendre résolution de se retirer. L'Empereurs étant venu sur ces entrefaites, et ayant trouvé l'Eglise en cet état, chercha le moyen d'y rétablir la paix. Il demanda à Démophile Evêque des Ariens, s'il voulait consentir à la doctrine du Concile de Nicée, et réunir le peuple. Démophile ayant rejeté cette condition, l'Empereur lui dit : puisque vous-vous éloignés de la paix, il faut aussi que vous vous éloigniez de l'Eglise. Cet Evêque ayant considéré combien il est difficile de résister aux puissances, assembla ceux de son parti, et s'étant mis debout au milieu d'eux, leur parla de cette sorte.

Mes frères.il est écrit dans l'Evangile, si l'on vous persécute dans une Ville, fuyez dans une autre. Puisque l'Empereur nous chasse de la Ville, nous ferons demain notre assemblée à la campagne.

Après avoir parlé de la sorte, il partit de Constantinople sans avoir jamais entendu cette parole de l'Evangile, dont le sens est que nous devons fuir la conversation du siècle pour rechercher la Jérusalem céleste.. Il fit depuis ses assemblées hors de la Ville. Lucius qui comme nous l'avons dit avait été chassé d'Antioche, sortit avec lui de Constantinople. Les Ariens ayant refusé de la sorte de consentir à la paix, et à la réunion que l'Empereur Théodose leur proposait, furent chassés de Constantinople le seizième jour du mois de Novembre sous le cinquième Consulat de Gratien, et le premier de Théodose, après en avoir possédé quarante ans les Eglises où ceux qui tenaient la doctrine de la Consubstantialité du Verbe, furent ensuite rétablis.

CHAPITRE VIII.

Concile de Constantinople. Ordination de Nectaire.

L'Empereur assembla un Concile sans différer, tant pour confirmer la doctrine des Pères de Nicée, que pour ordonner un Evêque de Constantinople ; et parce qu'il ne désespérait pas de réunir les Macédoniens au reste des Chrétiens, il souhaita que leurs Evêques assistassent à l'assemblée. Il s'y trouva cent cinquante Evêques Entre ceux qui tenaient la doctrine de la Consubstantialité du Fils de Dieu, Timothée Evêque d'Alexandrie, Cyrille Evêque de Jérusalem, qui avait changé de sentiment, et avait reconnu la Consubstantialité du Fils de Dieu, Ascolius Evêque de Thessalonique et plusieurs autres. Mélèce y avait été mandé dès auparavant pour l'installation de Grégoire. Il s'y trouva trente-six Evêques de la Secte des Macédoniens, qui pour la plus grande partie avaient leurs Eglises dans le Pont. Eleusius Evêque de Cyzique, et Marcien Evêque de Lampsaque étaient les deux plus considérables. Quand ils furent tous assemblés au mois de Mai, sous le Consulat d'Euchaire et d'Evagre, l'Empereur, et les Evêques de son sentiment firent tous leurs efforts pour porter les Macédoniens à se réunir à eux, en leur rappelant dans la mémoire la députation qu'ils avaient faite autrefois vers Libère Évêque de Rome, le long temps qu'ils avaient entretenu la communion avec eux, et en leur représentant combien ils avaient de tort de renoncer à une doctrine dont ils avaient reconnu la vérité. Mais de quelques raisons dont on pût user envers eux, ils aimèrent mieux faire profession de l'opinion d'Arius, que de reconnaître la Consubstantialité du Fils de Dieu. Après avoir pris cette résolution ils partirent de Constantinople, et écrivirent en diverses Villes à ceux de leur parti, qu'ils ne consentissent jamais à la doctrine du Concile de Nicée.

Les Evêques de l'autre parti étant demeurés proposèrent d'élire un Évêque en la place de Grégoire, qui ayant, comme nous l'avons dit., renoncé au Siège de Constantinople, était prêt de partir pour Nazianze. A l'heure-même le peuple enleva Nectaire, et le fit ordonner par les cent cinquante Evêques. C'était un homme d'une humeur fort douce, bien qu'il fît la charge de Préteur. Outre cela ces Evêques ordonnèrent, que l'Évêque de Constantinople jouirait de l'honneur du premier rang après l'Evêque de Rome, en considération de ce que la Ville de Constantinople est la nouvelle Rome. Ils confirmèrent de nouveau la doctrine du Concile de Nicée. Ils établirent les Patriarcats, et les divisions des Provinces : De sorte qu'aucun Évêque ne pût rien faire à l'avenir dans le Diocèse d'un autre ; ce qui n'avait point été observé, à cause des persécutions dont la paix de l'Eglise avait été troublée. Nectaire eut en partage la Ville de Constantinople, et les Provinces de Thrace. Helladius successeur de Basile, Grégoire frère de Basile, et Evêque de Nyse en Cappadoce, et Otrée Evêque de Mélitine en Arménie eurent le Patriarcat du Diocèse de Pont. Amphilochius Evêque d'Icone, Optime Evêque d'Antioche en Pisidie, eurent le Patriarcat du Diocèse d'Asie. Le soin des Eglises d'Orient fut commis à Pelage Evêque de Laodicée, et à Diodore Evêque de Tarse, uns préjudice de la prérogative d'honneur qui sut réservée à Mélèce Evêque d'Antioche, et à ses successeurs. Les mêmes Évêques ordonnèrent, que le Concile de chaque Province terminerait les affaires qui surviendraient. Ces décrets furent confirmés par l'approbation et le consentement de l'Empereur.

CHAPITRE IX. Translation du corps de Paul, Evêque de Constantinople. Mort de Mélèce. L'Empereur fit alors transférer de la Ville d'Ancyre le corps de Paul, Evêque de Constantinople, que Philippe Préfet du Prétoire avait autrefois envoyé en exil, et fait étrangler dans Cucuse petite Ville d'Arménie, comme je l'ai rapporté en son lieu, et le fit mettre dans une Eglise qui a maintenant son nom, et que les Macédoniens possédaient lorsqu'ils étaient séparés des Ariens, au lieu qu'ils en ont été chassés depuis par l'Empereur pour avoir refusé de suivre son sentiment.

Dans le même temps Mélèce Evêque d'Antioche tomba malade et mourut. Grégoire frère de Basile fit son oraison funèbre. Son corps fut porté par ses amis à Antioche. Ceux qui avaient suivi son parti élurent Flavien en sa place, au lieu de se soumettre à la conduite de Paulin ; et ainsi le peuple se divisa de nouveau en deux partis, non pour aucun différend touchant la soi, mais pour le choix des Évêques.

CHAPITRE X.

L'Empereur assemble des Évêques de toutes les opinions. Les Novatiens ont permission de faire leurs assemblées dans Constantinople. Il y eut de grands désordres dans les autres villes lorsque les Ariens furent chassés de leurs Eglises ; je ne saurais assez admirer la prudence avec laquelle l'Empereur arrêta le cours de ces désordres, en assemblant les Evêques de toutes les sectes, dans la créance qu'en conférant, ils pourraient s'accorder ; et je me persuade, que la prospérité de son règne, fut la récompense du soin qu'il prit de procurer la paix de l'Eglise; En effet la divine Providence soumit dans le même temps à sa puissance les Nations étrangères. Atanaric Roi des Goths se vint rendre à lui avec ses sujets, et mourut bientôt après à Constantinople. Le seizième jour du mois de Janvier, et sous le Consulat de Mérobaude, et de Saturnin, Arcadius fils dé Théodose fut proclamé Empereur. Au mois de Juin sous le même Consulat, l'Empereur envoya quérir Nectaire, conféra avec lui des moyens de réunir l'Eglise, et lui témoigna qu'il ne croyait pas que l'on pût jamais terminer les contestations qui la divisaient, que l'on n'eût auparavant expliqué très clairement les questions qui leur servaient de matière. Comme cette proportion donnait de l'inquiétude à Nectaire, il la communiqua à Agelius Evêque des Novatiens, qui était de même sentiment que lui, touchant la Trinité. C'était un homme de grande piété, mais qui n'avait pas assez d'éloquence pour entreprendre de défendre la vérité de la foi. Au lieu donc de porter la parole, il choisit pour cet effet Sisinnius son lecteur, homme éloquent, intelligent dans les affaires, savant dans la sainte Ecriture, et dans les sciences profanes : Mais parce que ce Sisinnius savait que les disputes, bien loin de réunir les esprits en ôtant le schisme qui les divise, ne font que les éloigner davantage en augmentant l'opiniâtreté de ceux qui sont dans l'erreur ; il conseilla à Nectaire d'éviter tous les combats de paroles, et de produire les témoignages des anciens Ecrivains, qui ayant toujours tenu le Fils éternel comme son Père, n'avaient eu garde de reconnaître qu'il eût eu aucun commencement de son existence, et de persuader à l'Empereur de demander aux chefs de chaque secte, s'ils faisaient quelque état des Docteurs qui avaient fleuri dans l'Eglise avant le schisme, ou s'ils rejetaient absolument leur autorité:

S'ils rejettent leur autorité, ajouta Sisinnius, qu'ils prononcent aussi anathème contre leurs personnes, et alors ils seront chassés par le peuple, et la vérité demeurera victorieuse. Que s'ils n'osent rejeter leur autorité ce sera à nous à ouvrir leurs livres, et à produire leurs témoignages.

Sisinnius n'eut pas sitôt donné ce conseil là Nectaire, qu'il s'aila proposer à L'Empereur qui l'exécuta avec toute la prudence qu'on saurait jamais désirer. Car sans découvrir son intention aux chefs des sectes, il se contenta de leur demander s'ils faisaient étant des Docteurs de l'Eglise qui avaient écrit avant le schisme. Quand ils eurent répondu qu'ils avaient pour eux beaucoup de respect, il leur demanda encore s'ils se voulaient tenir au témoignage qu'ils avaient rendu de la vérité de la doctrine. Alors ces chefs de parti, et les Philosophes qui étaient fort exercés à la dispute, et qui avaient préparé leurs arguments se trouvèrent extrêmement embarrassés. Les uns avouèrent que la proposition de l'Empereur était raisonnable, et les autres crurent qu'elle n'était point avantageuse à leurs intérêts. Ceux qui avaient paru de même sentiment commencèrent à se partager.

Leur malice fut confondue, comme la langue des Géants l'avait été autrefois, et la Tour superbe de l'erreur tomba par terre.

L'Empereur ayant reconnu par leur confusion, qu'au lieu de suivre la doctrine des saints Pères, ils ne se fiaient qu'à la subtilité de leurs arguments, leur demanda leur profession de foi par écrit.

Les plus habiles de chaque secte la rédigèrent le plus exactement qu'il leur fut possible, et les chefs se rendirent au Palais de l'Empereur au jour qui leur avait été marqué. Nectaire et Agelius soutenaient la doctrine de la Consubstantialité du Fils de Dieu.

Démophile défendait l'opinion d'Arius. Eunome était chef des Eunomiens. Eleusius Evêque de Cyzique était à la tête de ceux qui suivaient le sentiment de Macédonius. L'Empereur les accueillit très civilement, et ayant reçu leur profession de foi se retira seul dans son cabinet, et pria Dieu de lui découvrir la vérité. Quand il eut achevé sa prière, il luit la profession de chaque secte, condamna toutes celles qui divisaient la Trinité, et n'approuva que celle qui contenait la foi de la Consubstantialité du Verbe. Les Novatiens commencèrent alors à jouir d'une profonde paix, et d'une entière liberté, car l'Empereur ayant admiré la conformité que leur doctrine avait avec celle dont il faisait profession, ordonna qu'ils posséderaient paisiblement leurs Eglises, et qu'ils y auraient les mêmes privilèges que les autres. Les Evêques des autres sectes furent blâmés de leur division par ceux mêmes qui suivaient leurs sentiments, et s'en étant retournés pleins de honte, et de douleur, ils écrivirent à ceux de leur parti pour les consoler de ce que plusieurs les abandonnaient, et reconnaissaient la doctrine de la Consubstantialité, et a joutèrent qu'il ne le fallait pas trouver trop étrange, parce que plusieurs sont appelés au lieu que peu sont vêtus. lis ne parlaient pas de la sorte lorsque par la crainte et par la force ils retenaient presque tout le monde dans leur parti. Il faut cependant avouer, que ceux qui soutenaient la Consubstantialité du Fils de Dieu, ne furent pas tout-à- sait exempts de tristesse et d'inquiétude, parce que les Evêques qui avaient assisté au Concile, se divisèrent au sujet du différend ému dans l'Eglise d'Antioche. Les Évêques d'Egypte, d'Arabie, et de Chypre prétendaient que Flavien devait être chassé de son Siège, au lieu que ceux de Palestine, de Phénicie, et de Syrie s'efforçaient de l'y maintenir: Nous verrons en son lieu quel fut le succès de cette affaire.

CHAPITRE XI. L'Empereur Gratien est tué par le Tyran Maxime. Justine cesse de persécuter Ambroise.

Pendant que ces Conciles le tenaient à Constantinople, Maxime partit d'Angleterre, et prit les armes contre l'Empereur Gratien, qui était occupé à faire la guerre aux Allemands., Probus Préfet du Prétoire, disposait des affaires d'Italie avec un pouvoir absolu, à cause du bas âge de l'Empereur Valentinien. Justine sa mère, qui était infectée des erreurs d'Arius, ne fit aucun mal aux défenseurs de la Consubstantialité du Fils de Dieu, durant la vie de l'Empereur son mari, mais étant depuis allée à Milan, elle y excita de grands troubles, contre. Ambroise, et commanda qu'il fût mené en exil. Dans le moment même que ceux qui avaient reçu cet ordre le mettaient en devoir de l'exécuter, et que le peuple qui avait une affection incroyable pour Ambroise s'y opposait, il arriva nouvelle que l'Empereur Gratien avait été tué par la trahison de Maxime. Andragathius Capitaine des Gardes de Maxime s'étant mis dans une litière, commanda à ses gens de dire que c'était l'Impératrice femme de l'Empereur Gratien qui était dedans. Ce Prince ayant rencontré la litière proche de Lyon, s'en approcha pour voir l'Impératrice sa femme, et tomba comme un aveugle dans la fosse que ses ennemis lui avaient creusée ; car Andragathius étant sorti de la litière, se jeta sur lui et le tua. Il mourut sous le Consulat de Mérobaude et de Saturnin, en la quinzième année de son règne, et en la vint- quatrième de son âge.

Ce triste accident modéra un peu la violence de la colère dont Justine était transportée contre Ambroise. Valentinien consentit malgré lui et par la nécessité du temps d'associer Maxime à l'Empire. Probus redoutant sa puissance, quitta l'Italie, et se retira à Thessalonique.

CHAPITRE XII.

Combat entre Théodose et Maxime.

L'empereur Théodose appréhendant que Maxime ne fît mourir le jeune Valentinien comme il avait sait mourir Gratien, leva contre lui une puissante armée. Dans le même temps les Perses lui envoyèrent une Ambassade pour lui demander la paix. Le neuvième jour du mois de Septembre, sous le Consulat de Ricomer et de Cléarque, l'Impératrice Flacille sa femme accoucha d'un fils, qui fut nommé Honorius. Dans la même année et un peu avant la naissance de ce Prince, Agelius Evêque des Novatiens mourut. L'année suivante en laquelle l'Empereur Arcadius et Bauton étaient Consuls, Timothée Evêque d'Alexandrie mourut, et Théophile lui succéda. L'année d'après, Démophile Évêque Arien étant mort, les Ariens firent venir Marin de Thrace pour lui succéder. Mais il ne remplit pas longtemps cette place. Les Ariens se divisèrent de son temps en deux partis, comme nous le dirons dans la suite. Ils mandèrent alors Dorothée d'Antioche où il était, et le firent leur Évêque. Cependant L'Empereur Théodose laissa Arcadius son fils à Constantinople, et en étant parti à la tête de son armée, il alla à Thessalonique, où il trouva le jeune Valentinien accablé de tristesse de ce qu'il avait été contraint de reconnaître Maxime pour Empereur. Il ne témoigna rien de ses sentiments, et ne voulut ni recevoir, ni refuser l'Ambassade de Maxime. Ne pouvant néanmoins souffrir que l'Empire gémît sous le joug de sa tyrannie, il mena son armée vers Milan où cet Usurpateur de la souveraine puissance était déjà arrivé.

CHAPITRE XIII. Tumulte excité par les Ariens dans la Ville de Constantinople. Tandis que l'Empereur Théodore était occupé à cette guerre, les Ariens excitèrent un grand tumulte à Constantinople. Les hommes ont accoutumé de répandre des bruits touchant les choses dont ils sont le moins informés, et ces bruits sont d'autant plus grands que la passion qu'ils ont pour les nouveautés et pour les changements est plus violente. On vit alors un exemple sensible de ce que je dis dans cette Ville si nombreuse, où chacun inventait des nouvelles selon son caprice touchant cette guerre, et, bien qu'elle ne fût pas encore commencée, quelques-uns publiaient déjà que l'Empereur avait été défait par le Tyran, qu'un tel nombre d'homme y avait été tué, et que Théodose serait bientôt entre les mains de ses ennemis. Les Ariens, qui avaient un incroyable déplaisir de ce que ceux qu'ils avaient autrefois persécutés possédaient les Eglises de la Ville, augmentèrent extrêmement ces bruits-là, mais lorsque ceux qui ne les savaient que pour les avoir ouï publier, leur eurent assuré qu'ils étaient véritables, ils prirent une nouvelle hardiesse, et mirent le feu à la maison de Nectaire. Cet embrasement arriva sous le Consulat de Théodose et de Cynegius.

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