Histoire ecclésiastique (page 4)
207 George retourna, non seulement plus terrible, mais plus odieux que jamais ; parce qu'il avait excité la colère de l'Empereur, et l'avait porté à de grandes violences. D'ailleurs les Moines dont les discours trouvaient d'autant plus de créance dans l'esprit du peuple qu'ils étaient soutenus par l'estime qu'on faisait de leur vertu, le décriaient comme un homme rempli d'un orgueil, et d'une arrogance tout-à-fait insupportable.
CHAPITRE XI.
Exil de Libère Évêque de Rome. Bien que tout ce que je viens de dire ne soit pas arrivé dans le même temps à Athanase et à l'Eglise d'Alexandrie, je l'ai rapporté tout de suite pour le rendre plus intelligible. Le Concile de Milan ayant été terminé sans aucun succès, l'Empereur condamna au bannissement ceux qui s'étaient opposés aux desseins des ennemis d'Athanase. Comme il souhaitait avec passion d'établir une créance uniforme dans toute l'Eglise, et de réunir tous les Évêques dans la profession d'une même doctrine, il méditait de les assembler pour cet effet en Occident. La vaste étendue des mers, et des terres qu'il fallait passer, rendait cette entreprise difficile. Ne l'abandonnant pas néanmoins entièrement, avant que de rentrer dans Rome, et d'y paraître devant le peuple avec la pompe, et la magnificence d'un Vainqueur qui a réduit ses ennemis sous sa puissance, il envoya quérir Libère. et tâcha de lui persuader de se conformer au sentiment des Évêques qui étaient à sa suite, et entre lesquels était Eudoxe. Libère ayant rejeté sa
208 proposition, et protesté qu'il ne ferait jamais rien de ce qu'il désirait, il commanda de le conduire à Bérée ville de Thrace. On dit qu'une autre raison pour laquelle il fut ainsi relégué est qu'il n'avait jamais voulu se séparer de la communion d'Athanase, bien que l'Empereur l'accusât d'avoir fait injure à l'Eglise, d'avoir été cause de la mort de l'aîné de ses frères, et d'avoir jeté des semences d'inimitié entre l'autre et lui. Comme l'Empereur se servait contre lui de l'autorité des jugements qui avaient été rendus dans tous les Conciles, et principalement dans celui de Tyr, Libère lui répondit qu'il ne fallait pas avoir grand égard au jugement de Evêques, qui n'avaient condamné Athanase que par haine, ou par crainte, ou par faveur. Il demanda que tous les Prélats signassent la foi du Concile de Nicée, et que ceux qui étaient en exil pour l'avoir soutenue fussent rappelés. Qu'après cela les Evêques se transportassent à Alexandrie chacun à leurs dépens sans qu'ils fussent à charge à personne, ni que le public leur fournît ni voiture, ni argent, et que l'on s'y informât exactement de la vérité, puisque ceux qui avaient fait les injures, et ceux qui les avaient souffertes y demeuraient, et que la preuve en était plus aisée en ce lieu-là, qu'en nul autre. Enfin il lui montra la lettre écrite par Valens, et par Ursace à Jules son prédécesseur, par laquelle ils reconnaissaient l'innocence d'Athanase, et demandaient pardon des fausses informations qu'ils avaient faites dans la Maréote contre lui, conjura l'Empereur de ne point condamner un Évêque absent, et de n'avoir aucun égard au jugement qui avait été rendu contre lui, parce qu'i était visible que c'était un piège de ses ennemis. Pour ce qui est de l'injure dont il se plaignait touchant ses frères, il le supplia de ne s'en point venger par la Prêtres que Dieu a consacré à la san- 209 ctification des hommes, et à toute sorte de bonnes œuvres. L'Empereur le voyant si peu disposé à suivre ses intentions, lui donna deux jours pour délibérer. Mais Libère au lieu de les accepter, lui dit, je suis tout résolu ; et je fuis prêt de partir.
On dit que comme on le conduisait au lieu de son bannissement, Constance lui envoya cinq cents pièces d'or. Mais que Libère les restitua, en disant à celui qui les lui présentait,
dites à celui qui vous a donné cet or, qu'il le garde pour ses flatteurs, et pour ses bouffons, que l'insatiable cupidité tient toujours dans l'indigence. JESUS-CHRIST qui est en toutes choses semblable à son Père, me fournit libéralement ce qui m'est nécessaire.
Libère ayant été dépouillé de la sorte de l'Évêché de Rome, la conduite en fut commise à Félix Diacre. On dit qu'il demeura toujours fort attaché à la foi du Concile de Nicée, et qu'on ne trouva jamais rien à redire à sa conduite si ce n'est qu'avant que d'être ordonné, il participa à la communion des Hérétiques. Quand l'Empereur entra dans Rome, le peuple lui demanda Libère avec de grands cris. Ce Prince ayant délibéré avec les Evoques, fit répondre au peuple qu'il leur rendrait leur Pasteur, s'il voulait s'accorder avec les autres qui étaient à sa suite.
CHAPITRE XII.
Aëce publie son erreur. Eudoxe s'empare de l'Eglise d'Antioche. Aëce publia en ce temps-là l'erreur où il était touchant la Nature divine. Il était alors Diacre de l'Eglise d'Antioche, et avait reçu cet ordre par l'imposition des mains de Léonce. Il 210 tenait comme Arius, que le Fils de Dieu est une de créature: qu'il a été tiré du néant, et qu'il est dissemblable à son Père. Comme il était fort opiniâtre dans la dispute, fort hardi à agiter les questions les plus sublimes de la Théologie, et fort subtil dans ses raisonnements, ceux mêmes avec lesquels il était d'accord touchant la doctrine, le crurent Hérétique, et le privèrent de leur communion. Il fit semblant alors de n'y vouloir avoir aucune part, à cause de celle qu'ils y avaient donnée à Arius contre toute sorte de justice, depuis qu'il s'était parjuré, en protestant avec serment à l'Empereur Constantin qu'il était dans le sentiment des Evêques du Concile de Nicée.
Voila ce qu'on raconte d'Aëce. La nouvelle de la mort de Léonce Evêque d'Antioche ayant été apportée dans le temps que l'Empereur était encore en Occident, Eudoxe lui demanda permission de retourner en Syrie, pour prendre soin des affaires de cette Eglise, et l'ayant obtenue, il y alla en diligence, et s'empara de la dignité Episcopale, sans la participation de George Évêque de Laodicée, de Marc Évêque d'Arétuse, et des autres auxquels le droit de l'ordination appartenait. Le bruit a couru qu'il n'avait rien fait que du consentement de l'Empereur ; et par la faveur des Eunuques du Palais qui suivaient le sentiment d'Aëce, et assuraient que le Fils de Dieu est dissemblable à son Père. Quand il fut en possession de l'Eglise d'Antioche, il prit ouvertement la protection de cette erreur, et ayant assemblé d'autres Prélats, la favorisaient aussi bien que lui, entre lesquels était Acace Évêque de Césarée en Palestine et Uranius Évêque de Tyr, il rejeta absolument les termes de consubstantiel, et de semblable quant à la substance, sous prétexte que les Évêques d'Occident les avaient aussi rejetés. Il
211 est vrai qu'Osius pour arrêter l'opiniâtreté de Valens, d'Ursace, et de Germinius, consentit par force, comme j'ai dit, avec quelques autres Évêques du Concile de Sirmich, qu'on ne se servît plus à l'avenir des termes de consubstantiel, ni de semblable quant à la substance, parce qu'ils ne se trouvent point dans la sainte Ecriture, et que la Nature de Dieu est au-dessus de l'esprit de l'homme, Eudoxe leur écrivit, comme à des personnes qui avaient fidèlement exprimé la pensée d'Osius, et remercia Valens, Ursace, et Germinius d'avoir été si heureux que de faire embrasser la doctrine orthodoxe aux Évêques d'Occident.
CHAPITRE XIII.
Lettre de George Evêque de Laodicée aux députés du Concile d'Ancyre vers Constance. Plusieurs qui avaient voulu s'opposer à ces nouveautés d'Eudoxe ayant été chassés de l'Eglise d'Antioche, ils se retirèrent vers George, Évêque de Laodicée qui leur donna une lettre pour Basile Évêque d'Ancyre, pour les autres Evêques qu'il avait invités à assister à la dédicace d'une nouvelle Eglise. Elle était conçue en ces termes. George à ses très honorés Seigneurs Macédonius, Basile, Cecropius, et Eugène ; Salut en notre Seigneur. Le naufrage d'Aëce, s'est répandu presque par toute la ville d'Antioche. Ses disciples que vous aviez rejetés ont été accueillis par Eudoxe, et promus aux saints ordres, et l'hérétique Aëce a reçu de lui des honneurs extraordinaires. Secourez donc promptement cette grande
212 ville, de peur que son naufrage n'inonde le reste du monde. Assemblez-vous au plus grand nombre qu'il vous sera possible, et sollicitez les signatures des autres Évêques par lesquelles il soit ordonné qu'Eudoxe chassera Aëce d'Antioche, et qu'il rayera du Catalogue des Ecclésiastiques disciples de cet Hérétique qu'il a ordonnés. Que s'il continue de dire avec Aëce que le Fils de Dieu est dissemblable à son Père, et de préférer ceux qui le disent aux autres, la ville d'Antioche est perdue pour vous.
Voila ce que contenait la lettre de Basile. Les Evêques qui s'étaient assemblés à Ancyre ayant clairement reconnu par la décision qu'Eudoxe avait faite dans Antioche avec quelques autres, le dessein qu'il avait d'apporter du changement dans la doctrine, en donnèrent avis à l'Empereur, et le supplièrent de faire en sorte que ce qui avait été ordonné dans les Conciles de Sardique, et de Sirmich demeurât ferme et inébranlable ; c'est à dire que le Fils de Dieu est semblable à son Père, quant à la substance. On député vers l'Empereur, Basile Évêque d'Ancyre, Eustate Evêque de Sebaste, Eleusius Évêque de Cyzique, et Léonce qui après avoir été autrefois valet de chambre de l'Empereur, avait depuis été élevé à l'Ordre de Prêtrise. Quand ils furent arrivés à la Cour, ils y trouvèrent Ashhale Prêtre d'Antioche, défenseur passionné de la doctrine d'Aëce, qui ayant déjà fait les affaires pour lesquelles il avait entrepris ce voyage, et ayant obtenu une lettre de Constance, se disposait à s'en retourner. Constance ayant appris des députés du Concile d'Ancyre, les erreurs qu'Eudoxe soutenait le condamna, retira la lettre d'entre les mains d'Alphale, et au lieu de celle-là, écrivit celle qui suit. 213 CHAPITRE XIV.
Lettre de Constance contre Eudoxe.
Constance vainqueur, très-grand, Auguste à la sainte Eglise d'Antioche.
Eudoxe vous a été trouver sans que je l'aie envoyé. Je suis très-éloigné de vouloir favoriser des personnes de cette sorte. S'ils imposent en autre chose comme en ceci, ils font voir clairement qu'ils se moquent de Dieu. De qu'elle retenue pourraient être capables des gens, qui partent impudemment de ville en ville, et qui cherchent avec une passion fort déréglée toutes les occasions de s'enrichir ? Le bruit est qu'il ya parmi eux des Sophistes, et des imposteurs, dont le nom est exécrable, et le commerce impie. Vous savez quelle est cette faction, et vous n'ignorez pas que c'est d'Aëce. et de ses sectateurs que je parle, dont l'occupation la plus ordinaire, est de tâcher d'abuser de l'ignorance du peuple. Ces hommes fins et rusés ont eu l'insolence de publier, que j'approuve leur ordination. Mais cela n'est ni vrai, ni approchant de la vérité. Rappeliez, je vous prie, dans votre mémoire les paroles dont nous nous sommes servis dès le commencement pour exprimer notre créance, par lesquelles nous avons déclaré que le Fils de Dieu est semblable à son Père, quant à la substance. Mais ces gens qui ont la témérité d'avancer touchant la nature de Dieu, tout ce qui leur entre dans la pensée, tiennent une doctrine contraire à la véri té, et tâchent de l'inspirer aux autres. Je suis très persuadé que cette entreprise retombera sur leur tête. Il suffit quant à présent de les exclure 214 des assemblées. Car je ne veux point maintenant parler du châtiment qu'ils souffriront, s'ils persistent dans leur fureur. Mais quel mal ne font-ils point, quand ils assemblent les plus scélérats, les auteurs des erreurs condamnées, et que les élevant au sacré ministère, ils infectent le Clergé, comme s'il leur était permis de renverser l'ordre, et la discipline de l'Eglise ? Qui pourrait souffrir ces personnes qui remplissent les villes d'impiété, qui souillent les pays les plus éloignés par leurs sacrilèges, et qui ne souhaitent rien avec une ardeur si excessive que de nuire aux gens de bien? Il est temps que ceux qui ont été élevés dans la connaissance de la vérité paraissent. Car l'artifice de ces impies est si clairement découvert, qu'il ne leur reste aucun moyen de le cacher. Le devoir des personnes de probité, est de conserver la foi de leurs pères, et de l'augmenter, sans se mettre en peine d'aucune autre chose. J'exhorte de tout mon cœur ceux qui font sortis (quoi que tard); du précipice de cette hérésie, de se conformer au sentiment des saints Évêques.
Voila comment il s'en fallut fort peu que cette hérésie, qu'on appelle l'hérésie des Anoméens ne prévalût en ce temps-là.
CHAPITRE XV.
Libère a. permission de retourner à Rome, et en gouverne l'Église conjointement avec Félix.
L'Empereur étant retourné bientôt après de Rome à Sirmich, y reçut une députation de la part des Évêques d'Occident, et rappela Libère de Béree. Il le pressa en présence des députés 215 et Évêques d'Orient, et des Évêques qui étaient sa suite, de reconnaître que le Fils de Dieu n'est point de même substance que son Père. Il était excité à cela par Basile, par Eustate, et par Eleusius qui avaient grand crédit auprès de lui, et qui ayant fait un petit recueil de ce qui avait été ordonné dans le Concile de Sirmich contre Paul de Samasate, et contre Photin, et d'un formulaire composé à Antioche au temps de la dédicace de l'Eglise neuve, comme si quelques-uns eussent à dessein d'introduire une hérésie particulière sous le nom de consubstantiel, firent en sorte que Tibère, Athanase, Alexandre, Sèvérien, et Cescent Évêques d'Afrique consentirent à ce formulaire, auquel Ursace, Germinius Évêque de Sirmach, Valens Évêque de Mursa, et ce qu'il y avait d'Évêque d'Orient présents consentirent pareillement. Ils acceptèrent une profession de foi de Libère, par laquelle il déclarait retranchés de l'Eglise ceux qui disent que le Fils de Dieu n'est pas semblable à son Père en toutes choses, et quant à la substance. Eudoxe, et ceux qui favorisaient avec lui l'erreur d'Aëce n'avaient pas plutôt reçu dans Antioche la lettre d'Osius, qu'ils avaient publié que Libère condamnait le terme le consubstanciel, et avouait que le Fils de Dieu fût dissemblable à son Père. Après cela l'Empereur permit à Libère de retourner à Rome. Les Evêques qui s'étaient assemblés à Sirmich, écrivirent à Félix qui gouvernait alors les fidèles de cette ancienne capitale, et au Clergé qu'ils reçussent Libère, qu'ils demeurassent tous deux assis sur le Siège Apostolique, qu'ils s'acquittassent en bonne intelligence des sacrées fonctions de leur ministère, et qu'ils oubliassent tout ce qui était arrivé de fâcheux, soit dans L'ordination de l'un, soit dans le bannissement de l'autre. Le peuple tenait le dernier comme un homme de bien, qui 216 avait eu le courage de s'opposer à la volonté de l'Empereur, et de défendre la vérité de la foi, et de il avait excité des séditions pour l'amour de lui, et s'était porté jusques à répandre du sang. Félix. n'ayant survécu que fort peu de temps, Libère gouverna seul l'Église de Rome. Et il semble que ce fut un ordre particulier de la Providence, qui voulut empêcher que le trône de saint Pierre ne fût déshonoré, s'il demeurait rempli de deux Évêques, ce qui étant contraire aux règles de l'Église, aurait sans doute été une source de discorde.
CHAPITRE XVI.
Tremblement de terre à Nicomédie. Miracles faits par Arsace. Difficulté touchant le lieu où l'on assemblera un Concile. Il semblait que l'appréhension de déplaire à l'Empereur avait réuni l'Orient, et. l'Occident dans la profession de la même foi. Ce Prince avait résolu de convoquer un Concile à Nicée contre l'hérésie d'Aëce, et contre les nouveautés qu'il avait taché d'introduire à Antioche. Mais Basile et ceux de sa faction n'ayant pas souhaité qu'il se tînt dans cette ville-là, parce qu'il y en avait déjà eu un, il fut arrêté qu'il se tiendrait à Nicomédie en Bithynie, et qu'on y manderait au plus tôt les plus savants, et les plus éloquents Evêques de chaque Province, qui y assisteraient au nom de leur nation. Plusieurs étaient déjà en chemin lorsque le bruit se répandit que la ville de Nicomédie était presque toute ruinée, par un tremblement de terre et comme ces bruits-là courent pour l'ordinaire fort vite, et font le mal encore plus grand qu'il n'est, on publia que Nicée, Pé-
217 rinte, les villes d'alentour, et Constantinople même, avaient été ébranlées par le même tremblement. Les Évêques qui étaient dans les bons sentiments furent très sensiblement touchés de cet accident, parce que les ennemis de notre Religion avaient pris occasion de la chute de l'Eglise de cette ville, qui était une Eglise très - magnifique, d'aller dire à l'Empereur, que quantité de Prélats, d'hommes, de femmes, et d'enfants qui s'y étaient réfugiés dans l'espérance d'y trouver un asile assuré, avaient été accablés sous les ruines. Cela n'était pas pourtant véritable. Le tremblement était arrivé à la seconde heure du jour, qui est une heure, où il n'y a point d'assemblée dans l'Eglise. Il n'y eut que deux Ev&ques tués, Cécrope Évêque de la ville même, et un autre de Bosphore, qui furent tous deus surpris hors de l'Eglise. Le tremblement ne dura presque qu'un moment, de sorte que personne n'ayant eu le loisir de se remuer, chacun fut ou sauvé, ou perdu en la place où il se trouva. On dit qu'Arsace avait prévu ce malheur. Il était Perse de nation, et avait autrefois eu soin de nourrir les lions de l'Empereur. Mais ayant conseil généreusement qu'il était Chrétien, sous le règne de Licinius, il renonça à cette charge, et vécut depuis à Nicomédie dans les exercices de la vie Monastique. Ayant eu une vision par laquelle il lui était ordonné de sortir promptement de la ville, pour n'être point enveloppé dans le malheur, dont elle était prête d'être accablée, il courut à l'Eglise, et exhorta les Ecclésiastiques à se mettre en prières, pour apaiser la colère du Ciel. Mais n'ayant pu leur persuader, que ce qu'il leur prédisait était véritable, il
218 retourna à une Tour où il logeait ordinairement, et s'étant prosterné contre terre, il pria Dieu de détourner un si funeste danger. La terre ayant été ébranlée avec violence dans le même temps, plusieurs périrent, et ceux qui échappèrent s'enfuirent à la campagne. Le feu qui était demeuré allumé dans les cheminées, dans les bains, et dans les forges s'étant attaché à des matières fort combustibles, fit en peu de temps un bûcher de toute la ville. Comme il n'était plus possible de rentrer dans les maisons, ceux qui étaient restés allèrent à la Citadelle, que le tremblement avait épargnée, et trouvèrent Arsace mort dans la même posture, où il s'était mis pour prier. On dit qu'il avait demandé à Dieu la mort comme une grâce, pour n'être point témoin de la ruine d'une ville où il avait commencé à connaître Jésus-Christ, et à pratiquer la sainte Philosophie. Puisque la suite de mon discours m'a engagé à parler de ce célèbre Solitaire, j'ajouterai que Dieu lui avait donné le pouvoir de chasser les démons. Un homme possédé par un de ces esprits impurs, courant un jour en plein marché l'épée à la main, mit tout le monde en fuite. II n'y eut qu'Arsace qui alla au devant, et qui ayant prononcé le nom de JESUS-CHRIST, chassa le démon, et délivra le possédé. Il a fait beaucoup d'autres actions qui sont au-dessus des forces de la Nature. li y avait un dragon, ou un serpent d'une autre espèce, dans une caverne le long du chemin, qui tuait les passants par son souffle. Arsace s'y étant transporté, et s'y étant mis en prières, le serpent sortit de sa caverne, s'écrasa la tête contre des rochers, et se tua de la sorte. Tout ce que viens de dire a été rapporté par des personnes qui assuraient l'avoir appris de ceux qui avaient vu Arsace.
Le voyage des Evêques ayant été arrêté par la ruine de Nicomédie, les uns attendirent un nouvel ordre de l'Empereur, 219 et les autres donnèrent leurs avis par écrit. L'Empereur ayant consulté Basile sur le doute où était, s'il fallait assembler le Concile, cet Évêque lui fit une réponse, par laquelle après l'avoir consolé de la ruine de Nicomédie, par des exemples tirés de l'histoire sainte, il loue sa pièce, et l'exhorte à achever une aussi louable entreprise qu'était celle du Concile, et à ne point renvoyer les Pasteurs qui étaient hors de leurs Eglises. Il lui marqua, aussi que le Concile se pourrait tenir à Nicée, au lieu de Nicomédie, et qu'ainsi les questions contestées seraient entièrement terminées, au lieu même où elles avaient été agitées dès le commencement, ce qu'il crut devoir être d'autant plus agréable à Constance, qu'il avait quelque temps auparavant choisi cette ville-là pour cet effet. Constance ayant reçu cette réponse de Basile, ordonna qu'au commencement de l'Eté les Évêques se trouvassent à Nicée, excepté ceux que l'indisposition empêcherait de s'y rendre, à la charge néanmoins qu'ils y enverraient des Prêtres, et des Diacres qui déclareraient leurs avis, afin qu'ils s'accordassent tous sur tous les points, sur lesquels il y avait contestation. Que le Concile choisirait dix personnes d'Occident, et autant d'Orient pour l'informer de ce qui aurait été résolu, afin qu'il examinât s'ils se seraient accordés suivant la règle de la sainte Ecriture, et qu'il ordonnât ce qu'il jugerait à propos touchant ce qu'il y aurait à faire. Ayant ensuite tenu Conseil, il ordonna que tous les Evêques attendissent dans leurs Eglises, ou dans les lieux où ils se trouveraient jusques à ce qu'on eût choisi le lieu où se tiendrait le Concile, et qu'on les eût avertis de s'y rendre. Il écrivit après cela à Basile qu'il consultât les Prélats d'Orient, pour savoir quel lieu ils trouveraient le plus propre pour la célébration du Concile, afin qu'on le pût publier au commencement
220 du Printemps. Car il ne croyait pas que Nicée fut milieu commode, à cause du tremblement de terre qui avait agité la Province. Basile écrivit aux Evêques qu'ils avisassent ensemble sur le choix d'un lieu pour s'assembler, et mit à la tête de sa lettre la copie de celle de l'Empereur.
Les Evêques ne s'étant pas accordés touchant le lieu, et les uns en ayant choisi un, et les autres un autre, Basile alla trouver l'Empereur à Sirmich, où il demeurait alors, et où il trouva quelques Prélats qui y étaient allés pour leurs affaires particulières, et entre autres Marc Evêque d'Arétuse, et George Evêque d'Alexandrie. Quand i! eut été résolu que le Concile serait tenu à Séleucie ville d'Isaurie, Valens qui était alors à Sirmich, et ceux de fou parti qui favorisaient l'hérésie des Anoméens, firent signer par les Evêques qui étaient en Cour, un formulaire qui avait été dressé exprès, où le nom de substance n'était point. Pendant qu'on se préparait au Concile avec grand empressement, Eudoxe, Acace, Ursace, Valens, et ceux de leur faction ayant fait réflexion qu'il y avait des Evêques très attachés à la doctrine du Concile de Nicée, et que d'autres aimaient mieux celle qui avait été reçue dans l'assemblée faite pour la dédicace de l'Eglise d'Antioche, mais que les uns et les autres approuvaient le nom de substance, et tenaient que le Fils de Dieu est en tout semblable à son Père, et que s'ils s'assemblaient dans un même lieu, ils condamneraient sans doute la doctrine d'Aëce, comme contraire, tant à celle du Concile de Nicée, qu'à celle de l'assemblée d'Antioche, ils firent en sorte que les Evêques d'Occident s'assembleraient à Rimini, et ceux d'Orient à Séleucie. Comme il est plus aisé de persuader un petit nombre de personnes, de ce qu'on veut, que d'en persuader tout le monde : ils espéraient que quand les Evêques seraient parta-
221 gés en deux assemblées, ils les attireraient toutes deux à leur sentiment, ou qu'ils y en attireraient au moins une, et qu'ainsi ils. ne seraient pas condamnés généralement par tous les Prélats. L'Eunuque Eusèbe, valet de chambre de l'Empereur . ami particulier d'Eudoxe, et qui tenait la même doctrine, et d'autres personnes de la Cour qui croient bien aises d'obliger Eusèbe, servirait beaucoup à ménager cette affaire, et à procurer ces deux Conciles. (suite)
DE SOZOMENE
précédent
CHAPITRE XVII.
Concile de Rimini.
L'Empereur s'étant donc persuadé qu'il n'était avantageux, ni à l'Etat, à cause de la dépense, ni aux Evêques, à cause de la longueur des voyages, de les assembler tous dans la même ville, les partagea, et écrivit tant à ceux qui étaient à Rimini, qu'à ceux qui étaient à Séleucie, qu'ils décidassent les questions touchant la doctrine, et qu'ensuite ils examinassent les causes des Evêques qui se plaignaient d'avoir été injustement, ou déposés, ou envoyés en exil, comme faisait Cyrille Evêque de Jérusalem, et qu'ils jugeassent les accusations qui avaient été intentées contre quelques-uns. Il y en avait en effet plusieurs, auxquels on imputait des crimes. George était chargé par les Egyptiens d'avoir commis des brigandages, et des violences. Enfin il leur ordonna de lui envoyer dix Evêques de chaque Concile, pour l'informer de ce qui y aurait été résolu. Les Evêques s'assemblèrent suivant cet ordre. L'assemblée de Rimini fut tenue la première. Il y avait plus 222 de quatre cents Evêques. Ceux qui étaient les plus envenimés contre Athanase jugèrent eux-mêmes qu'il n'y avait plus rien à prononcer à son égard. Lorsque l'on commença à examiner la doctrine, Valens et Ursace appelés, par Germinius par Auxence, par Caius, et par Démophile, s'avancèrent au milieu de l'assemblée, et; demandèrent que tous les formulaires de foi, qui avaient été composés par le passé, fussent supprimés, et qu'il n'y eût que celui qu'ils avaient dressé depuis peu en latin dans Sirmich, qui fût reçu et autorisé. Il était enseigné dans ce formulaire que le Fils de Dieu est semblable à son Père, selon le témoignage de l'Ecriture ; mais il n'y était fait aucune mention du nom de substance. Ils assurèrent que l'Empereur l'avait approuvé, que le Concile était obligé de le recevoir, qu'il ne fallait plus rechercher avec tant de soin l'opinion que chacun tenait, parce qu'une discussion si scrupuleuse des termes n'était propre qu'à exciter des disputes, et qu'il valait mieux tenir une saine doctrine au sujet de la Divinité, que d'introduire de nouvelles expressions en voulant être trop subtil. Ils prétendaient par-là, non seulement marquer obscurément, mais condamner clairement le nom de consubstantiel, comme un nom qui ne se trouve point dans l'Ecriture, et qui n'est entendu que d'un petit nombre de personnes ; et mettre en sa place celui de semblable en toutes choies, selon le témoignage de l'Ecriture. Après qu'ils eurent lu le formulaire qui contenait tout ceci, plusieurs Évêques leur dirent qu'il n'en fallait point de nouveau, que ceux qui avaient été faits par le passé suffisaient, et qu'ils étaient assemblés pour empêcher qu'il ne fût innové au contraire. Ils pressèrent ensuite les auteurs de ce nouveau formulaire, de condamner ouvertement la doctrine d'Arius, comme la source de tous les troubles qui avaient 223 agité les consciences des Fidèles. Ursace, Valens, Germinius, Auxence, Démophile, et Caius ayant rejeté la proposition, le Concile fit lire tant les formulaires composés par divers partis, que celui du Concile de Nicée, afin de condamner ceux- là, et de confirmer celui-ci, tellement que personne ne put plus y trouver à redire à l'avenir, ni demander de nouveaux Conciles. Que c'était une chose ridicule de composer tant de formulaires, comme s'ils eussent commencé à recevoir les premières lumières de la foi, et qu'ils voulurent rejeter la tradition ancienne, selon laquelle l'Église avait toujours été gouvernée, tant par eux que par leurs prédécesseurs, dont quelques uns avaient eu l'honneur de faire profession de la foi en présence des persécuteurs, et d'autres avaient remporté la couronne du martyre. Voila comment ils soumirent qu'il ne fallait apporter aucun changement, ni introduire aucune nouveauté. Et parce que Valens et Ursace bien loin de se rendre à leur avis, contestèrent opiniâtrement pour faire recevoir leur formulaire, ils les déposèrent, et jugèrent que leur profession de foi n'aurait aucune autorité. Ils trouvèrent que l'inscription par laquelle il était dit qu'elle avait été 'proposée à Sirmich en présence de Constance Empereur éternel sous le Consulat d'Eusèbe, et d'Hypatius, était fort impertinente. Athanase a fait la même remarque dans une lettre à ses amis, où il dit qu'il est ridicule d'appeler Constance éternel, et de faire difficulté de reconnaître que le Fils de Dieu le soit, et de dater une profession de foi, comme pour condamner la créance de toute l'Antiquité. Valens et Ursace irrités d'avoir été déposés, se rendirent en diligence auprès de l'Empereur.
224 CHAPITRE XVIII.
Lettre du Concile de Rimini à l'Empereur Constance. Le Concile ayant choisi d'un consentement unanime vingt Evêques, iles envoya à l'Empereur avec cette lettre qui a été traduite de Latin en Grec.
Nous croyons que c'est par la permission de Dieu. aussi bien que par l'ordre de vôtre piété, que nous nous sommes rendus de diverses Provinces d'Occident à Rimini pour y déclarer la foi de l'Eglise Catholique, et pour découvrir ceux qui tiennent des erreurs contraires à cette foi. Après un long et sérieux examen, nous avons jugé qu'il fallait inviolablement conserver la créance ancienne, e qui a été prêchée par les Prophètes, par les Evangélistes, et par les Apôtres de J. CHRIST notre Seigneur, le conservateur de votre Empire, et l'Auteur de votre prospérité. Il y aurait eu autant d'extravagance que d'impiété, à changer quelque chose de ce qui a été très saintement, et très justement établi par les Evêques qui ont assisté au Concile de Nicée avec l'Empereur Constantin, votre père, de glorieuse mémoire. Leur doctrine a été répandue par tout le monde, et a détruit l'erreur d'Arius, et toutes les autres. Il est dangereux d'y ajouter, ni d'en retrancher, et on ne saurait l'altérer le moins du monde, sans donner le moyen aux ennemis de la piété de venir à bout de leurs détestables entreprises.
Ursace et Valens ayant été infectés depuis longtemps de cette erreur, ont été retranchés de la communion de l'Eglise. Pour y être rétablis ils reconnurent leur faute, en demandèrent pardon, et. l'obtinrent au Concile de Milan en présence des Légats de l'Eglise Romaine. Le formulaire de foi de Nicée ayant été composé avec tout le soin, et toute l'exactitude possible en présence de Constantin, qui l'a tenu constamment, et lorsqu'il a reçu le Baptême, et 225 lorsqu'il a quitté cette vie pour aller jouir de la paix, et du repos de l'autre, nous ne croyons pas qu'il soit permis d'y rien changer, ni de faire cette injure a tant d'illustres Confesseurs, à tant de dignes successeurs des martyrs qui ont toujours fidèlement conservé la tradition ancienne de l'Égrise Catholique, que de rejeter leurs sentiments. Dieu a fait passer leur doctrine jusqu'à votre règne par JESUS-CHRIST nôtre Maître, par qui vous possédez l'Empire de l'Univers. Cependant ces misérables dont l'égarement fait pitié ont été si hardis que de publier une doctrine impie, et qui renverse la vérité. Après que nous eûmes reçu votre lettre, par laquelle vous nous ordonniez d'examiner les questions de la foi, ces gens qui se plaisent à troubler la paix de l'Eglise, étant appuyés par Germinius, par Auxence, et par Gaius, nous présentèrent un écrit rempli d'une pernicieuse doctrine. Lorsqu'ils virent que cet écrit ne pouvait être approuvé.ils crurent le devoir changer en plein Concile. Ils n'ont fait que trop souvent de pareils changements ; mais pour ne plus souffrir que la tranquillité de l'Eglise soit troublée de la sorte, nous avons jugé qu'il faut conserver inviolablement l'ancienne doctrine, et retrancher de la communion ces personnes dont nous venons de parler. Nous vous avons envoyé nos députés avec nos lettres, qui instruiront votre Religion, et vous exposeront les intentions du Concile. Nous ne leur avons point donné d'autre charge que de maintenir la vérité de ce qui a été décidé par les Anciens, et de vous faire reconnaître que ce qu'Ursace, et Valens disent n'est pas vrai, qu'en changeant fort peu de chose, on pourrait établir la paix. Comment la paix serait-elle entretenue par ceux qui la troublent ? Ils porteront dans toutes les villes, et principalement dans celle de Rome la 226 guerre, et la division plutôt que la paix.
C'est pourquoi nous vous supplions de recevoir favorablement nos députés, de ne pas permettre qu'on introduise aucune nouveauté, à la honte de tant de grands personnages, que Dieu a appelés à lui; mais de conserver la tradition que nous avons reçue de nos Anciens, qui ont été hommes très prudents, et que nous pouvons croire avec un fondement très légitime avoir été conduits par l'esprit de Dieu. Non seulement ces nouveautés portent les fidèles à l'infidélité, mais elles détournent encore les infidèles de la foi.
Nous vous supplions encore très humblement d'ordonner que les Evêques qui sont éloignés de leurs Eglises, et dont quelques-uns sont accablés de vieillesse, et incommodés de pauvreté, y retournent afin que les peuples ne demeurent pas plus longtemps privés des soins de leur vigilance Pastorale. Enfin, nous vous conjurons encore une fois, qu'on ne retranche rien de la foi, et qu'on n'y ajoute rien ; mais qu'elle demeure immuable, comme elle l'a été depuis le règne de Constantin votre père, jusques au vôtre: Que nous ne soyons plus obligés de soutenir à l'avenir les fatigues des voyages ; mais que nous demeurions en repos avec les peuples, sans avoir d'autre occupation, que de prier Dieu pour la conservation de votre personne, pour la paix, et la prospecté de votre Empire. Nos députés vous montreront les noms, et les signatures des Evêques et quelques-uns d'entre eux instruiront vôtre Religion ; et vous donneront des preuves de la sainte doctrine tirées de la sainte Ecriture.
227 CHAPITRE XIX.
1. Ursace, et Valens ayant prévenu les députés du Concile, lurent leur formulaire de foi à l'Empereur, et lui donnèrent de mauvaises impressions des Évêques qui y avaient assisté. Ce Prince rempli d'indignation de ce qu'ils avaient rejeté une doctrine, qui avait été reçue et approuvée en sa présence au Concile de Sirmich, fit un accueil très favorable à Ursace, et à Valens, traita avec le dernier mépris les députés du Concile, et les laissa fort longtemps à sa suite, sans leur donner audience.
2. A la fin pourtant il écrivit au
Concile, que l'expédition qu'il avait été obligé d'entreprendre contre les étrangers, ne lui ayant pas permis de donner audience aux députés, il leur avait ordonne d'attendre à Andrinople qu'il fût de retour, afin qu'étant délivré de tout autre soin, il pût s'appliquer uniquement à l'affaire qu'ils lui voulaient proposer, étant juste d'apporter un esprit dégagé de toute sorte de soins à l'examen de ce qui concerne le culte de Dieu.
3. Le Concile lui fit réponse, que jamais il ne se départirait de ce qui avait été décidé, comme il l'avait déjà écrit, et comme il avait chargé les députés de le déclarer, qu'il le priait de les regarder de bon œil, de leur donner une audience favorable, et de lire leur lettre. Qu'il jugeait bien lui- même que c'était une chose très fâcheuse qu'un
228 si grand nombre d'Eglises fussent privées sous son règne de la présence de leurs Pasteurs, et que s'il l'avait agréable, ils s'en retourneraient avant l'Hiver. Après avoir écrit cette lettre, et l'avoir remplie de prières fort soumises, ils attendirent encore un peu de temps : mais n'ayant point reçu de réponse, ils retournèrent chacun à leur Diocèse.
4. Ce que j'ai dit jusques à présent, fait voir très clairement, si je ne me trompe, que les Évêques qui assistèrent au Concile de Rimini confirmèrent ce qui avait été résolu à Nicée. Voyons maintenant comment ils consentirent au formulaire de foi de Valens, et d'Ursace. On en parle diversement : les uns disent, que l'Empereur s'étant senti offensé de ce que les Evêques étaient partis de Rimini sans son consentement, permit à Valens, et à ceux de sa faction de gouverner, comme il leur plairait les Églises d'Occident, d'y publier leur formulaire, de déposer ceux qui refuseraient de le signer, et d'en mettre d'autres en leur place. Que Valens, et les autres de sa faction avaient en vertu de ce pouvoir contraint les Evêques de signer leur profession de foi, et qu'ils avaient chassé ceux qui avaient refusé d'y consentir, et entre autres Libère Evêque de Rome. Qu'ils avaient fait ensuite le même traitement aux Évêques d'Orient, et qu'en partant par la Thrace ils étaient arrivés à Nice, ville de cette Province, et qu'y ayant assemblé un Concile ils avaient traduit de Latin en Grec la profession de foi du Concile de Rimini, et avaient publié partout qu'elle avait été reçue et approuvée par un Concile général ; qu'ils l'avaient appelée la profession de foi de Nice, pour tromper les simples par la ressemblance des mots, et pour leur faire accroire que c'était la profession de foi qui avait autrefois été composée dans le Concile de Ni- 229 cée. D'autres disent que les Évêques du Concile de Rimini étant las, et ennuyés du long séjour qu'ils avaient fait en cette ville-là, sans que l'Empereur leur eût fait l'honneur de répondre à leur lettre, ni qu'il leur permît de retourner à leurs Eglises, les partisans de l'erreur d'Arius leur envoyèrent dire par quelques personnes, qu'il n'était pas juste que tous les Ecclésiastiques du monde eussent entre eux des contestations éternelles pour un mot, puisqu'il était si aisé de les accorder en supprimant le terme de consubstantiel, et en disant que le Fils de Dieu est semblable à son Père, que sans cela les Pasteurs d'Orient ne demeureraient jamais en repos. Que les Evêques persuadés par ce discours avaient enfin consenti au formulaire dont Ursace, et ses partisans poursuivaient la réception avec tant d'empressement. Que ces partisans ayant appréhendé que quand les députés que le Concile avait envoyés à l'Empereur seraient de retour, ils ne déclarassent combien les Evêques d'Occident avaient eu de fermeté dans le commencement, et ne découvrissent le véritable motif pour lequel le terme de consubstantiel avait été supprimé, ils les retinrent à Nice, sous prétexte que les chemins étaient trop mauvais en Hiver, et qu'il n'y avait point alors de voiture publique, et qu'ils leur persuadèrent de traduire de Latin en Grec le formulaire qu'ils avaient lu, et de l'envoyer aux Evêques d'Orient. Qu'ils avaient espéré que par ce moyen le formulaire produirait l'effet qu'ils se proposaient sans que la tromperie fût découverte ; parce qu'il n'y avait personne qui pût justifier que les Evêques du Concile de Rimini ne s'étaient point abstenus volontairement du terme de consubstantiel ; mais par quelque sorte de déférence pour les Evêques d'Orient qui en avaient aversion. Ce qui était une fausseté manifeste. car ils disaient presque tous que le fils de 230 Dieu est semblable à son Père, quant à la substance ; et l'unique différence qui était entre eux, est que les uns disaient qu'il était de même substance, au lieu que les autres disaient qu'il était de semblable substance. Voila les deux manières dont cette affaire est rapportée.
CHAPITRE XX.
Mauvais traitements faits aux défenseurs de la consubstantialité du Fils de Dieu. Eglise des Novatiens transférée d'un lieu à un autre. Pendant que ce que je viens de rapporter se passait en Italie, l'Orient était rempli de troubles, et dès avant la célébration du Concile de Séleucie. Acace, et Pacrophile ayant chassé de l'Eglise de Jérusalem Maxime qui avait été ordonné par Macaire, en donnèrent le gouvernement à Cyrille, qui avait reçu du même Macaire l'ordre de Diacre. Macédonius exerça de grandes violences dans Constantinople, et dans les villes d'alentour, tant par lui- même, que par le ministère d'Elensius, et de Maratonius, dont il fit le premier Evêque de Cyzique d'Officier de la maison de l'Empereur, et le second Evêque de Nicomédie d'Administrateur très vigilant qu'il était auparavant, tant des hôpitaux des pauvres, que des Monastères des hommes, et des filles. On dit qu'ils étaient tous deux hommes de bien, mais qu'ils avaient une grande passion de persécuter ceux qui tiennent que le Fils de Dieu est consubstantiel à son Père, bien qu'ils n'en usassent de la même sorte que Macédonius. Car pout lui, non content de chasser ceux qui refusaient de participer à sa communion, il en enferma quelques-
232 uns dans les prisons, en traîna d'autres devant les Tribunaux des Juges, en contraignit d'autres de communier avec lui. Il enleva des femmes et des enfants pour les baptiser, et démolit des Eglises sous prétexte que l'Empereur avait ordonné, que les Eglises de ceux qui assurent que le Fils de Dieu est consubstantiel à son Père, seraient abattues.
L'Eglise que les Novatiens avaient à Constantinople au quartier de Pélarge fut rasée fous ce prétexte. On dit que ceux de cette secte firent une fort belle action avec le secours des Catholiques, avec lesquels ils croient d'accord touchant la divinité du Fils de Dieu. Car comme ceux qui avaient charge de faire démolir cette Eglise en pressaient l'exécution ; les Novatiens la démolirent eux-mêmes, et portèrent les matériaux au faubourg de Sycé, qui est de l'autre côté. Les hommes, les femmes, et les enfants travaillèrent à l'envi à cet ouvrage, et offrirent à Dieu leur travail. L'Eglise ayant été relevée en très peu de temps, on l'appela Anastasie. Après la mort de Constance, Julien accorda aux Novatiens le même lieu dans Constantinople, et leur permit d'y rebâtir leur Eglise, ce qu'ils firent avec une ardeur incroyable, et en transportant les mêmes pierres du faubourg de Sycé. Mais cela n'arriva pas si tôt. Il s'en fallut peu que les Catholiques, et les Novatiens ne se réunifient en ce temps-là. Car comme ils n'avaient point de différends ensemble au sujet de la nature Divine, et qu'ils souffraient une commune persécution, ils s'assemblaient, et faisaient leurs prières au même endroit. Les Catholiques n'avaient plus de lieu pour prier, et les Ariens les leur avaient ôtés. Enfin leur fréquente conversation leur ayant fait reconnaître qu'ils s'étaient séparés sans sujet, ils eurent envie de rentrer dans la com- 232 munion les uns des autres, et cela eût été exécuté, si l'envie de quelques-uns ne s'y fût opposée, qui dirent qu'il y avait une ancienne loi, par laquelle cette réconciliation était défendue.
CHAPITRE XXI.
Novatiens persécutés à main-armée en Paphlagonie. Translation du corps de l'Empereur Constantin. Eleusius fit abattre au même-temps l'Eglise que les Novatiens avaient dans la ville de Cyzique. Les habitants du reste de la Paphlagonie, et principalement les Mantiniens souffrirent une pareille persécution. Macédonius ayant appris que la plus grande partie d'entre eux étaient de la secte de Novat, et que les Ecclésiastiques n'étaient pas assez forts pour les chasser, il persuada à l'Empereur d'envoyer quatre cohortes contre eux, dans la créance que quand ces personnes qui n'étaient point accoutumées à l'exercice des armes, verraient des gens de guerre, elles seraient saisies de frayeur, et se rendraient à son sentiment. Mais la chose arriva tout autrement ; car le peuple s'étant armé de haches, de faux, et de tout ce qu'il trouva sous ses mains, marcha contre les soldats, et les tua presque tous. Les meilleurs amis de Macédonius le blâmèrent d'avoir été cause d'une si grande effusion de fang, et l'Empereur même en eut moins d'amitié pour lui. Ce Prince eut encore un autre sujet de n'être pas satisfait de ce Prélat. L'Eglise où était le cercueil de Constantin menaçant de ruine, Macédonius eut de lui de le transférer autre part. Le peuple se partagea sur ce sujet, et si les uns consentaient à la trans-
233 lation, les autres s'y opposaient, comme si c'eût été une entreprise aussi impie que de renverser un tombeau. Ceux qui faisaient profession de la doctrine du Concile de Nicée tenaient ce dernier, et ne voulurent pas permettre qu'on fît cette injure aux cendres d'un Prince qui avait été de leur sentiment. Je me persuade que d'ailleurs, ils étaient bien aises de traverser les desseins de Macédonius. Cependant sans différer, il fit transporter le corps de Constantin à l'Eglise où est le tombeau de saint Acace Martyr. Le peuple s'étant divisé en deux partis, ils coururent aux armes, et en vinrent aux mains avec une telle fureur, que l'Eglise fut remplie de sang. L'Empereur qui était en Occident, attribua à Macédonius l'injustice faute à la mémoire de Constantin son père, et le massacre du peuple. En retournant en Orient, il manda Julien son cousin, le déclara César, et l'envoya dans les Gaules.
CHAPITRE XXII.
Concile de Séleucie.
Les Evêques d'Orient s'assemblèrent au même temps sous le consulat d'Eusèbe, et d'Hypatius au nombre d'environ cent soixante dans Séleucie ville d'Isaurie. Léonas qui avait une des plus considérables charges de l'Empire y assista aussi par l'ordre de Constance, de même que Laurice Gouverneur de la Province, pour y rendre les services qui dépendaient de son ministère. Il y eut plusieurs Evêques qui n'assistèrent point à la première séance, et entre au- 234 très Patrophile Evêque de Scythopole, Macédonius Evêque de Constantinople, et Basile Evêque d'Ancyre. Ils usèrent de divers prétextes pour rendre leur absence légitime. Patrophile s'excusa sur un mal d'yeux, et Macédonius sur une autre indisposition. Mais on se doutait qu'ils ne s'étaient absentés, que de peur d'être accusés de quelques crimes. Comme les Evêques ne voulaient examiner aucune question, à cause de leur absence, Léonas ordonna qu'on ne laissât pas d'en examiner. Alors les uns dirent qu'il fallait agiter les matières de doctrine, et les autres soutinrent qu'il fallait examiner auparavant la vie et les mœurs de ceux d'entre eux, contre lesquels il y avait des accusations, comme Cyrille Evêque de Jérusalem, et Eustate Evêque de Sébaste. Les lettres de l'Empereur qui étaient ambigües, et qui leur prescrivaient de commencer tantôt par une matière, et tantôt par une autre, leur donnèrent lieu de former cette difficulté. Cette petite contestation les divisa de telle sorte qu'il n'y eut plus depuis entre eux aucune amitié sincère. Néanmoins l'avis de ceux qui voulaient commencer par l'examen de la doctrine prévalut. Lorsque l'on agita les questions, les uns trouvèrent à propos de supprimer entièrement le nom de substance, et se servirent de l'autorité du formulaire, qui avait été composé à Sirmich par Marc, et reçu par plusieurs Évêques qui étaient à la Cour, et par Baille Evêque d'Ancyre. D'autres soutinrent qu'il fallait retenir la profession de foi, qui avait été publiée dans l'assemblée faite pour la dédicace de l'Eglise d'Antioche. Le premier avis était soutenu par Eudoxe, par Acace, par Patrophile, par George Evêque d'Alexandrie, par Uranius Evêque de Tyr, et par trente-deux autres Prélats. Le second l'était par George Evêque de Laodicée en Syrie, par EIeusius Evêque de Cyzique, par Sophronius Evé- 235 que de Pompéiopole, et par le plus grand nombre des autres. On soupçonnait avec raison les partisans d'Acace de s'éloigner à dessein du sentiment le plus général touchant la doctrine, pour éluder l'examen des accusations qui avaient été intentées contre eux. Car bien que par les lettres qu'ils avaient écrites à Macédonius Evêque de Constantinople, ils eussent reconnu que le Fils de Dieu est semblable en toutes choses à son Père, et de même substance que lui, ils avaient alors l'impudence de combattre cette créance. Après de longues contestations de part et d'autre, Silvain Evêque de Tarse s'écria qu'il ne fallait point souffrir qu'on introduisît d'autre formulaire de foi, que celui qui avait été reçu à Antioche. Acace et ceux de son parti n'étant pas de cet avis se retirèrent, et les Évêques qui étaient restés surent ce qui avoir été ordonné à Antioche, et le jour suivant s'étant assemblés dans l'Eglise, et en ayant fermé les portes, ils le confirmèrent par une résolution prise clandestinement. Acace désapprouva cette conduite, montra en particulier à Léonas et à Laurice le formulaire qu'il soutenait. Trois jours après les mêmes Évêques s'étant assemblés, Macédonius, et Basile qui avaient été absents les jours précédents, se trouvèrent avec eux. Alors Acace et ceux de son parti refusèrent d'assister au Concile, jusques à ce que ceux qui avaient été déposés, ou qui étaient accusés de quelque crime en fussent sortis. Ils sortirent en effet, et ceux de l'autre parti y consentirent pour ôter à Acace le prétexte de rompre l'assemblée, comme il le souhaitait, tant pour empêcher l'examen de la doctrine d'Aëce, que pour éviter la condamnation de ceux de sa faction. Quand tous les Prélats furent assemblés, Léonas déclara qu'il avait un écrit que les partisans d'Acace lui avaient mis entre les mains. C'était leur formulaire de foi 236 avec une Préface. Personne n'en avait de connaissance ; parce que Léonas qui était dans le sentiment d'Acace avait tenu cet écrit fort secret. Quand il eut été lu, il excita un grand tumulte. Car il contenait qu'encore que l'Empereur eût défendu de mêler dans les professions de foi aucun terme, qui ne fût tiré de l'Ecriture; néanmoins quelques-uns ayant amené avec eux des Evêques, qui avaient été déposés, et d'autres, qui avaient été ordonnés contre les Canons avaient renversé l'ordre, et la discipline du Concile en disant des injures aux uns, en ôtant la liberté de parler aux autres. Qu'ils ne rejetaient pas le formulaire qui avoir été composé à Antioche, bien que ceux qui s'étaient assemblés dans cette ville-là l'eussent dressé à l'occasion de la question, dont il s'agissait alors. Mais que parce que les termes de consubstantiel, et de semblable, faisaient de la peine à plusieurs personnes, et que quelques-uns avaient voulu depuis peu de temps assurer qu'il y a de la dissemblance entre le Père, et le Fils, il était à propos de rejeter les termes de consubstantiel, et de semblable quant à la substance, comme des termes éloignés de l'usage de l'Ecriture, condamner le terme de dissemblable, et avouer clairement que le Fils de Dieu est semblable à son Père. Car il est, comme saint Paul dit en quelque endroit de ses Epîtres, l'image de Dieu invisible. Cette Préface était suivie d'un formulaire qui n'était conforme, ni à la profession de foi de Nicée, nia celle d'Antioche, et qui était conçu de telle sorte que les Sénateurs d'Arius, et d'Aéce le pouvaient recevoir sans faire rien de contraire à leur créance. Car sans employer, ni les termes donc les Evêques du Concile de Nicée s'étaient servis pour condamner la doctrine d'Arius, ni ceux par lesquels le Concile d'Antioche avait déclaré que le Fils de Dieu est immuable quant à sa Divinité, 237 et l'image fidèle de la substance, du conseil, et de la puissance de son Père, ils confessèrent qu'ils croyaient le Père, le Fils, et le saint Esprit, et après avoir donné à chaque personne quelques épithètes communes, qui ne combattaient, ni leur doctrine, ni celle des autres, ils déclarèrent excommuniés ceux qui étaient dans un autre sentiment.
Voila ce que contenait l'écrit que Léonas présenta, et qui avait été signé par Acace, et par ceux de son parti. Quand il eut été lu, Sophronius Evêque de Pompéiopole en Paphlagonie s'écria : si nous voulons recevoir chaque jour les opinions des particuliers, comme des professions de foi, nous nous éloignerons de la vérité. Acace ayant reparti qu'il n'y avait point d'inconvénient de composer une nouvelle profession de foi, puisque celle du Concile de Nicée avait été changée plusieurs fois, Eleusius dit, le Concile n'est pas assemblé pour apprendre ce qu'il fait déjà, ni pour recevoir une autre foi, que celle qui a été approuvée par le Concile d'Antioche, et qu'il était résolu de conserver jusques à la fin de sa vie. La dispute s'étant engagée de la sorte, ils passèrent à une autre question, et demandèrent aux partisans d'Acace, en quoi ils reconnaissaient que le Fils de Dieu est semblable à son Père. Ceux-ci ayant répondu qu'il ne lui est semblable que quant à la volonté, et non quant à la substance, les autres soutinrent qu'il lui est aussi semblable quant à la substance, et convainquirent Acace par un livre qu'il avait autrefois publié, qu'il était alors de leur sentiment. Acace ayant répondu qu'il ne fallait tirer aucun argument d'un livre contre son auteur, et la dispute ayant duré fort longtemps, Eleusius Evêque de Cyzique dit, le Concile n'a que faire de savoir si Basile, et Marc ont fait quelque chose en particulier, ou s'ils ont quelque chose à se reprocher, ou aux autres Acaciens, il n'est point be- 232 soin de prendre la peine d'examiner si leur profession de foi est bonne ou mauvaise, c'est assez de tenir celle qui a été confirmée dans Antioche, par les quatre-vingt dix-sept Évêques qui ont été avant eux. Que si quelqu'un veut introduire quelque chose au delà, il doit être retranché de l'Eglise, comme un impie. Ceux qui étaient de son sentiment ayant applaudi à son discours, l'assemblée se leva.
Le jour suivant les partisans d'Acace, et de George refusèrent d'assister au Concile, et Léonas .même qui s'était alors déclaré ouvertement de leur sentiment, ne voulut jamais y paraître, quelque prière qu'on lui eût faite d'y prendre sa place. Ceux qui avaient été députés vers lui, le trouvèrent avec des personnes de la faction d'Acace ; et lorsqu'ils l'invitèrent au Concile, il s'en excusa, sous ce prétexte qu'il y avait trop de division, et qu'il n'avait ordre d'y être présent, qu'en cas que les Evêques fussent d'accord entre eux. Il y eut beaucoup de temps consumé en contestations inutiles, pendant lequel les autres Evêques invitaient ceux de la faction d'Acace à se trouver aux assemblées, et ceux-ci demandaient tantôt une conférence particulière dans la maison de Léonas, et tantôt assuraient que l'Empereur leur avait ordonné de prendre connaissance des affaires de ceux qui étaient accusés. Car ils ne voulaient, ni faire profession de la même foi que les autres, ni se justifier des crimes, dont ils étaient accusés, ni examiner la cause de Cyrille qu'ils avaient déposé ; et il n'y avait personne qui pût, ou qui voulût les contraindre à faire leur devoir. Enfin néanmoins le Concile déposa plusieurs Evêques et entre autres George Evêque d'Alexandrie, Acace Évêque de Césarée, Uranius Evêque de Tyr, Patrophile Evêque de Scythopole, et Eudoxe Évêque d'Antioche. Il retrancha aussi plusieurs personnes de la communion de l'Eglise, jusques à
239 ce qu'elles se fussent purgées des crimes qu'on leur imputait. Il écrivit à tous les Évêques ce qui avait été décidé. Les Prélats ordonnèrent en la place d'Eudoxe Évêque d'Antioche, Annien Prêtre de la même Eglise ; mais ceux de la faction d'Acace s'étant saisis de lui, et l'ayant mis entre les mains de Léonas, et de Laurice, il fut gardé quelque temps par des soldats, et enfin envoyé en exil. Voila en abrégé de quelle sorte fut terminé le Concile de Séleucie. Ceux qui désireront en avoir une connaissance plus particulière, la pourront tirer des actes qui ont été rédigés par écrit.
CHAPITRE XXIII.
Les Députés du Concile de Séleucie reçoivent le formulaire du Concile de Rimini. Après la fin du Concile la plus grande partie des Évêques retournèrent à leurs Eglises. Il n'y eut que ceux de la faction d'Acace qui se rendirent en diligence à la Cour. Les dix qui avaient été députés vers l'Empereur d'un commun consentement y trouvèrent, tant les dix autres qui avaient aussi été députés par le Concile de Rimini, que les partisans d'Acace, qui avaient déjà attiré à leur sentiment les principaux de la Cour, et gagné par leur moyen les bonnes grâces de l'Empereur. On disait que quelques-uns étaient prévenus de leurs erreurs, que d'autres avaient été gagnés par des présents faits du bien de l'Eglise, et que d'autres avaient été trompés par la subtilité des discours, et par l'autorité qu'ils avaient laissé prendre sur leur esprit. En effet Acace n'était pas un homme du commun. Il avait beaucoup d'esprit, parlait bien et ne manquait pas d'adresse 240 pour venir à bout de ses desseins. D'ailleurs, il présidait à une Eglise fort célèbre, et se vantait d'être disciple aussi bien que successeur d'Eusèbe, surnommé Pamphile. La réputation des ouvrages de son maître semblait relever sa suffisance, et le mettre fort au dessus des autres. Ayant tous ces avantages, il n'entreprenait rien qu'il ne fît réussir.
Comme il y avait à Constantinople dix députés de chaque Concile, et quantité d'autres Prélats que diverses occasions y avaient amenés, Honorat à qui l'Empereur en retournant d'Occident, avait donné le gouvernement de la ville, eut ordre de prendre connaissance de l'affaire d'Aëce, avec quelques Sénateurs. L'Empereur ayant pris lui-même la peine de l'examiner avec quelques Juges, il fut reconnu clairement qu'Aëce tenait des erreurs contraires à la foi, donc ce Prince et les autres furent fort scandalisés. On dit que ceux de la faction d'Acace ayant fait d'abord semblant de n'avoir aucune connaissance de ces erreurs, tâchèrent de faire en sorte que l'Empereur en prît connaissance, dans la créance que rien ne pourrait résister à l'éloquence de l'accusé, et qu'il ferait triompher son sentiment de l'opiniâtreté de ses ennemis. Mais lorsque l'événement eût démenti leur attente, ils demandèrent que les députés du Concile de Séleucie, approuvassent le formulaire du Concile de Rimini. Ces députés ayant protesté avec serment, qu'ils ne rejetteraient jamais le nom de substance, les partisans d'Acace leur jurèrent aussi avec serment, qu'ils ne tenaient point le Fils de Dieu dissemblable à son Père, quant à la substance, et que c'était une hérésie, qu'ils étaient prêts de condamner. Que ce formulaire leur plaisait d'autant plus que les Évêques d'Occident qui l'avaient composé à Rimini, n'y avaient point employé le nom de substance ; car si, disaient-ils, ce formulaire est une fois reçu, on
241 ne parlera non plus du nom de consubstantiel, auquel les Évêques d'Occident sont fort attachés par le respect qu'ils ont pour le Concile de Nicée, que de celui de substance. Enfin, l'Empereur Constance ayant considéré le grand nombre de Prélats, qui avaient assisté au Concile de Rimini et ayant fait réflexion qu'on peut sans erreur reconnaître que le Fils de Dieu est semblable, ou consubstantiel à son Père, et qu'en s'abstenant des termes qui ne sont point autorisés par l'usage de la sainte Ecriture, et en se servant d'autres termes qui sont équivalents, et qui ne font point de difficulté, comme est celui de semblable, on n'apporte aucun changement essentiel au sens, il résolut d'approuver ce formulaire, ordonna aux Évêques d'y consentir, et se préparant le jour suivant à la pompe solennelle, où suivant la coutume des Romains, il devait être proclamé Consul au commencement du mois de Janvier, il conféra avec les députés du Concile de Séleucie, jusques à ce qu'ils eussent enfin signé le formulaire du Concile de Rimini.
CHAPITRE XXIV.
Formulaire du Concile de Rimini approuvé par les partisans d'Acace. Déposition de plusieurs Évêques. Les partisans d'Acace s'étant arrêtés quelque. temps à Constantinople, y firent venir quelques Évêques de Bithynie, parmi lesquels était Maris Évêque de Calcédoine, Ulsila Évêque des Goths, et s'étant trouvés au nombre de cinquante, ils approuvèrent le formulaire du Concile de Rimini avec cette seule clause, que personne ne 242 dirait plus qu'il y eût en Dieu de substance, ou d'hypostase, et qu'excepté ce formulaire, tous les autres, tant ceux qui avaient été composés par le passé, que ceux qui le seraient à l'avenir, seraient condamnés. Après cela ils déposèrent Aëce de son ordre de Diacre pour avoir composé des livres remplis de vaines disputes, et d'une science éloignée de sa profession Ecclésiastique, pour avoir avancé dans la chaleur de la concertation des discours contraires à la piété, et pour avoir troublé la paix de L'Eglise. Quelques-uns assurent, que ce fut contre leur inclination qu'ils le déposèrent, et pour effacer de l'esprit de l'Empereur le soupçon qu'il avait qu'ils favorisaient ses sentiments. Abusant ensuite de la colère dont ce Prince était animé contre Macédonius, pour les raisons que nous avons dites ci-devant, ils le déposèrent, et déposèrent de plus Eleusius Évêque de Cyzique, Basile Evêque d'Ancyre, Heortate Evêque de Sardes, et Draconce Évêque de Pergame. Bien qu'ils ne fussent pas d'accord avec ces Évêques touchant la doctrine, néanmoins ils n'exprimèrent point par la Sentence qu'ils prononcèrent contre eux, que ce fût pour la doctrine qu'ils les déposaient. Ils énoncèrent en général qu'ils avaient troublé la paix, et violé les règles de l'Eglise. Ils marquèrent en particulier, que Basile avait pris des papiers à Diogène Prêtre d'Alexandrie, comme il passait par Ancyre, et lui avait donné plusieurs coups ; qu'il avait prié les Gouverneurs de Province de condamner à l'exil, et à de sévères supplices, sans connaissance de cause des Ecclésiastiques d'Antioche, d'autour de l'Euphrate, de Cilicie, de Galatie, et d'Asie de sorte que quelques-uns avaient été chargés de chaînes, et contraints de donner de l'argent aux soldats qui les conduisaient pour se racheter de» mauvais traitements, qu'ils leur auraient fait souffrir. Ils marquèrent encore que l'Empereur ayant
243 autrefois commandé de mener Aëce, et quelques-uns de ses sectateurs à Cécrope, afin qu'ils répondissent devant lui sur les accusations qu'on avait intentées contre eux, Basile le persuada à celui qui avait reçu cet ordre de faire ce qu'il lui plaisait. Qu'il écrivit à Hermogéne Préfet du Prétoire, et Gouverneur de Syrie, qui étaient ceux qu'il fallait reléguer, et où chacun devait être envoyé, et que quand l'Empereur les rappela, il fit ce qu'il pût pour les priver de l'effet de cette grâce, s'opposant de la sorte à l'autorité du Prince, aussi bien qu'au repos des Pasteurs de l'Eglise. Ils ajoutèrent qu'il avait soulevé le Clergé de Sirmich contre Germinius, et que bien qu'il eût écrit qu'il admettait ce Germinius, Ursace, et Valens à la communion, il les avait néanmoins déférés devant les Evêques d'Afrique, comme coupables de divers crimes, et que quand il avait été accusé de les avoir déférés, il avait nié avec serment que ce fait fût véritable, et qu'en ayant depuis été convaincu, il avait eu recours à de froides railleries pour éluder ce reproche. Ils marquèrent de plus qu'il avait fait mettre une servante en prison, pour l'obliger à faire une déposition calomnieuse contre sa maîtresse ; qu'il avait baptisé, et confère l'ordre de Diacre à un homme qui entretenait un. infâme commerce avec une femme ; qu'il n'avait pas retranché de la communion un Médecin qui courait de pays en pays, pour tromper les peuples, et qui avait été cause de la mort de plusieurs personnes ; qu'il avait fait des serments, et des imprécations à la sainte table, avec les Ecclésiastiques, par lesquelles ils s'étaient obligés réciproquement à n'intenter jamais d'accusation les uns contre les autres. On disait que c'était un artifice, dont il avait usé pour éviter la condamnation qu'il méritait. Voila les raisons pour lesquelles ils marquèrent qu'ils avaient député Ba- 244 sile. Quant à Eustate, ils le déposèrent, parce que dans le temps qu'il n'était que Prêtre, il avait été condamné et retranche de la communion des prières par Eulalius Evêque de Césarée en Cappadoce son père. De plus, parce qu'il avait été excommunié par un Concile tenu à Néocésarée, ville de Pont, et déposé par Eusèbe Evêque de Constantinople, pour avoir manqué de fidélité en certaines affaires qui lui avaient été confiées. Outre cela il avait été privé de son Évêché par le Concile de Gangre pour avoir tenu, et publié une mauvaise doctrine, et gardé une conduite qui n'était pas irrépréhensible. Il avait encore été convaincu de parjure dans le Concile d'Antioche. Il avait tâché de renverser ce qui avait été ordonné par les Évêques assemblés à Mélitine, enfin bien qu'il fût coupable de plusieurs crimes, il avait eu l'insolence de vouloir demeurer juge, et d'appeler les autres hérétiques. Quant à Eleusius ils le déposèrent, premièrement pour avoir conféré légèrement l'ordre de Diacre à un homme nommé Héraclius, natif de Tyr, qui après avoir été Prêtre d'Hercule dans cette ville-là, et y avoir été accusé de Magie, s'était retiré à Cyzique, où il avait fait semblant d'être Chrétien, et pour ne l'avoir pas retranché de l'Eglise depuis qu'il l'avait connu. Enfin pour avoir témérairement ordonné des hommes condamnés par Maris Évêque de Calcédoine qui était présent à ce Concile. A l'égard d'Heortase, ils le déposèrent, parce qu'il avait été fait Evêque de Sardes, sans le consentement des Evêques de Lydie. Ils déposèrent Draconce Evêque de Pergame, parce qu'il avait eu auparavant un autre Évêché dans la Galatie, et déclarèrent que toutes les deux fois il avait été ordonné contre les Canons. S'étant assemblés une autre fois, ils déposèrent encore Silvain Evêque de Tarse, Sophronius Evêque de Pempéiopole en Paphlagonie, Elpide Evêque de 245 Satale, et Néonas Évêque de Séleucie en Isaurie. La raison pour laquelle Silvain fut déposé, est qu'il s'était rendu chef de parti dans Séleucie, et dans Constantinople, et qu'il y avait portée d'autres Évêques à des desseins pleins de folie, et d'extravagance. Il avait de plus donné l'Evêché de Castabale à Théophile, qui avait auparavant été ordonné Évêque d'Eleutéropole par ceux de Palestine, et qui leur avait promis avec serment qu'il n'accepterait jamais d'autre Eglise, sans leur consentement. Sophronius fut déposé, à cause de son avarice, et pour avoir lâché de vendre des choses qui avaient été données à l'Eglise, et de profiter du prix. Ce qui contribua beaucoup à sa condamnation, est qu'après avoir été cité trois fois, il ne comparut qu'à peine, et au lieu de se justifier devant le Concile des crimes dont on le chargeait: il se pourvut devant des Juges étrangers. Néonas fut déposé pour avoir cabalé afin qu'Annien élu Évêque d'Antioche fût sacré dans son Eglise, et pour avoir ordonné Évêques, des hommes qui étaient auparavant Décurions, qui ne savaient rien de la sainte Ecriture, des Canons des Conciles, de la discipline de l'Eglise, et qui après avoir été ordonnés avaient préféré la jouissance de leurs biens, à la dignité du Sacerdoce, et avaient déclaré par écrit qu'ils aimaient mieux conserver leurs charges du siècle, que d'y renoncer pour s'acquitter des fonctions de l'Épiscopat. Enfin Elpide fut déposé pour s'être mêlé dans toutes les intrigues de Basile, pour avoir excité du tumulte, et des troubles, pour avoir rétabli Eusèbe dans l'ordre de Prêtrise, contre le Concile de Mélitine, par lequel il avait été déposé pour avoir honoré Nectarie de la charge de Diaconesse, bien qu'elle eût été privée de la communion, pour avoir commis un parjure, et que selon la disposition des Canons, elle fût incapable de toute charge.
246 CHAPITRE XXV.
Déposition de Cyrille. Contestation au sujet de ces dépositions.
Outre tous ces Prélats, dont je viens de parler, Cyrille Evêque de Jérusalem fut aussi déposé' pour avoir admis à la communion Eustate, et Elpide qui avaient tâché d'abolir les décrets du Concile de Mélitine, auquel Cyrille même avait assisté, pour avoir admis à sa communion Basile Évêque d'Ancyre, et George Évêque de Laodicée, depuis qu'ils avaient été déposés en Palestine. Quand il eut pris possession de l'Evêché de Jérusalem, il eut contestation avec Acace Evêque de Césarée, pour le droit de Métropole qu'il prétendait appartenir à son Siège, comme à un Siège Apostolique. Cette contestation ayant excité de la haine entre eux, ils s'accusèrent réciproquement de n'avoir pas des sentiments orthodoxes touchant la nature divine. Il est vrai qu'ils avaient tous deux été soupçonnés ; l'un savoir Acace de tenir les erreurs d'Arius ; et l'autre de favoriser ceux qui disent, que le Fils de Dieu est semblable à son Père, quant à la substance. Acace étant donc dans cette disposition, et étant appuyé des Evêques de Palestine qui tenaient les mêmes sentiments que lui, il prévint Cyrille, et le condamna avec eux pour les raisons que je rapporterai en ce lieu-ci. La ville de Jérusalem et le pays d'alentour ayant été assiégé par la famine, une multitude innombrable de pauvres eurent recours à Cyrille comme à leur Pasteur. Comme il n'avait point d'argent pour acheter de quoi les nourrir, il vendit les ornements, et les tapisse- 247 ries de l'Eglise. On dit qu'un homme ayant reconnu qu'une Comédienne était parée d'un présent qu'il avait autrefois fait à l'Autel, s'informa d'où il venait, et apprit qu'un Marchand l'avait vendu à la Comédienne, et l'Évêque au Marchand. Voila le prétexte, dont j'ai ouï dire. qu'Acace se servit pour déposer Cyrille. Au reste les partisans d'Acace chassèrent de Constantinople tous les Évêques qu'ils avaient déposés. Dix Evêques de leur assemblée ayant refusé de souscrire à ces dépositions, ils ordonnèrent qu'ils seraient mis à part, où ils ne pourraient faire aucune fonction, jusques à ce qu'ils eussent approuvé les dispositions par leur signature. Que si dans six mois, ils ne changeaient de sentiment, et ne consentaient à tout ce qui avait été fait, et ordonné par le Concile, ils seraient déposés eux-mêmes, et les Évêques de chaque Province seraient tenus de s'assembler pour en ordonner d'autres en leur place. Après cela le Concile écrivit à tous les Prélats, et à tous les Ecclésiastiques inférieurs, qu'ils ne manquaient pas d'exécuter ce qu'ils avaient résolu. Ainsi il y eut bientôt d'autres Pasteurs établis en la place de ceux qui avaient été déposés. Eudoxe fut mis en la place de Macedonius, Basile en la place d'Athanase, Eunome qui publia depuis une hérésie, qui a retenu son nom, en la place d'Eleusius, Mélécène en la place d'Eustate.
248 CHAPITRE XXVI.
Mort de Macédonius. Troubles excités par Eudoxe son successeur.
Macédonius ayant été chassé de l'Eglise de Constantinople se retira dans un faubourg, où il mourut bientôt après. Eudoxe prit possession de sa place sous le dixième consulat de Constance, et le troisième de Julien. On assure que prêchant le jour de la dédicace de l'Eglise de sainte Sophie, il dit au commencement de son Sermon, le père est impie, et le fils est pieux, et que le peuple s'étant ému à cette proposition, il ajouta, ne faites point de bruit, le père est impie, parce qu'il ne respecte personne, et le fils est pieux, parce qu'il respecte son père. Cette explication fit rire son auditoire. Au reste s'étant joint à Acace, ils firent ensemble tout leur possible, pour abolir ce qui avait été décidé dans le Concile de Nicée, et ayant envoyé dans toutes les Provinces de l'Empire le formulaire du Concile de Rimini, avec les additions dont ils l'avaient difformé, ils entreprirent de faire reléguer en vertu d'un ordre de l'Empereur ceux qui refuseraient de le signer. Mais cette entreprise qui leur avait paru si aisée, fut une source malheurs et de troubles, qui agitèrent l'Eglise, et d'une persécution presque aussi fâcheuse que celle qu'elle avait soufferte sous les Princes Païens. Car d'un côté si elle n'était pas si sanglante ni armée d'un si terrible appareil de supplices, de l'autre elle paraissait d'autant plus honteuse, qu'elle était faite à des Chrétiens, par d'autres Chrétiens, et que les proches rendaient à leurs proches de mauvais of-
249 fices, que la loi de
Dieu ne permet pas de rendre aux étrangers.
CHAPITRE XXVII.
Nouvelle hérésie inventée par Macédonius, et appuyée par Maratonius.
La nouveauté croît toujours quand elle est autorisée. Bien loin de se contenter de la retenue et de la foi de nos pères, elle méprise tout ce que l'antiquité a consacré, et fait des lois, et une Religion à sa fantaisie. Dès que Macédonius eut été chassé du Siège de l'Eglise de Constantinople, il renonça à la doctrine d'Acace, et d'Eudoxe, et commença à publier que le Fils est Dieu, est tout-à-fait semblable à son Père quant à la substance, mais que l'Esprit saint n'est pas au même rang, qu'il n'est que le Ministre, et le serviteur, et dit de lui ce que sans erreur, on pourrait dire des Anges. Cette nouvelle hérésie fut embrassée par Eleusius, par Eustate, et par tous les autres qui avaient été disposés à Constantinople, et qui furent suivis par la plus grande partie des habitants de la Thrace, de la Bithynie, de l'Hellespont, et des Provinces voisines. Ils avaient un extérieur, et une manière de vivre capables de faire grande impression sur le peuple. Leur contenance était grave, leur vie austère, leur discours agréable, et leur esprit propre à persuader. On assure que toutes ces bonnes qualités se trouvaient réunies dans la personne de Maratonius. Après avoir amassé du bien dans l'exercice de la charge de Trésorier des troupes, qui servent sous les Préfets du Prétoire, il fut administrateur des hôpitaux des pau- 250 vres, et des malades, et, depuis il se fit Moine par l'avis d'Eustate Evêque de Sébaste, et fonda dans Constantinople un Monastère qui y subsiste encore aujourd'hui. Il appuya de telle sorte cette hérésie par son crédit, et par son argent, que ceux qui en font profession sont appelés Maratoniens, au lieu d'être appelés Macédoniens, et je suis aussi très persuadé que sans lui elle se serait abolie. En effet, depuis que Macédonius eut été déposé, les Macédoniens n'eurent plus, ni d'Eglise, ni d'Evêques, jusqu'au règne d Arcadus, les Ariens qui persécutaient alors avec la dernière violence tous ceux qui n'étaient pas de leur sentiment, n'ayant garde de le permettre, Il ne serait pas aisé de faire un dénombrement exact tous les Évêques, qui furent chassés en ce temps-là de leurs Sièges. Car je doute que dans l'étendue de l'Empire il y ait eu quelque Province exempte de cette violence.
CHAPITRE XXVIII.
Mélèce est transféré de Sébaste à Antioche. Il prêche la doctrine du Concile de Nicée.
Dans le temps qu'Eudoxe était en possession du Siège de l'Eglise de Constantinople, plusieurs prétendaient au gouvernement de celle d'Antioche ; le Clergé, ni le peuple n'ayant point encore terminé leurs différends touchant la doctrine, et n'ayant pu s'accorder touchant la manière de chanter les Psaumes, que chaque parti accommodait à sa doctrine : ils jetaient les yeux sur ceux par qui ils espéraient que leur sentiment serait favorisé, et ils s'empressaient avec tant de 251 chaleur pour se rendre maîtres de l'élection, qu'ils excitèrent pour ce sujet des contestations, et des désordres. Les partisans d'Eudoxe crurent que ce leur serait un grand avantage, s'ils pouvaient tirer Méléce de Sébaste, et le mettre sur le Siège de cette grande ville. Comme il était naturellement éloquent, et qu'il persuadait tout ce qu'il voulait, et que d'ailleurs ils le tenaient fort homme de bien, et fort attaché à leurs sentiments, ils espéraient que sa réputation attirerait les habitants d'Antioche, et des villes voisines, et principalement ceux de la faction d'Eustate, qui ne s'étaient jamais départis de la doctrine du Concile de Nicée. Mais ils se trouvèrent fort loin de leur espérance. On dit que quand il fut arrivé à Antioche, une multitude incroyable, tant de la faction des Ariens, que de ceux qui participaient à la communion de Paulin, accoururent les uns pour contenter leur curiosité, et pour voir si son mérite répondait à ce que la renommée avait publié de lui, et les autres pour apprendre ce qu'il dirait; car il s'était déjà répandu un bruit qui en effet se trouva vrai, qu'il approuvait la doctrine du Concile de Nicée. Ses premiers Sermons ne furent que des préceptes de morale. Mais depuis, il prêcha ouvertement, que le Fils de Dieu est de même substance que son Père. On dit que l'Archidiacre de son Clergé lui ferma la bouche avec la main, mais qu'alors ils parla par signes au peuple en étendant trois doigts, puis en les fermant, et n'en retenant qu'un seul étendu. L'Archidiacre ayant quitté la bouche de Méléce pour lui prendre la main, il expliqua son sentiment encore plus clairement qu'auparavant, exhorta ses auditeurs à demeurer très attachés aux décrets du Concile de Nicée, protestant que s'ils s'en éloignaient, ils s'éloigneraient de la vérité. Comme il répétait perpétuellement la même
252 chose, tant qu'il avait la bouche libre, et que quand l'Archidiacre la lui fermait, il s'exprimait par signes, les partisans d'Eustate témoignèrent leur joie par leurs cris, et les sectateurs d'Arius leur tristesse par leur silence. Eudoxe, et ceux de sa faction furent sensiblement touchés de ce Sermon de Mélèce, et par leurs intrigues le firent chasser d'Antioche. Ils le rappelèrent néanmoins incontinent après dans la créance qu'il avait regret d'avoir soutenu la doctrine du Concile de Nicée, et qu'il était prêt de prêcher la doctrine contraire. Mais étant toujours demeuré ferme dans le même sentiment, il fut relégué par l'ordre de l'Empereur. Euzoius qui avait été déposé avec Arius, ayant été élu pour remplir sa place, les sectateurs de Mélèce se séparèrent des Ariens, et s'assemblèrent seuls à part. Ceux qui dès le commencement avaient fait profession de la consubstantialité du Fils de Dieu, refusaient de les admettre à leur communion; parce que Mélèce avait été ordonné par des Évêques, et que ceux de son parti avaient été baptisés par des Prêtres Ariens. Voila le sujet qui les empêcha d'être unis de communion, comme ils l'étaient de créance. L'Empereur ayant appris en ce temps-là que ses Perses méditaient de prendre les armes, se rendit à Antioche. 253 CHAPITRE XXIX.
Les partisans d'Acace excitent de nouveaux troubles, et favorisent la doctrine d'Arius.
Les partisans d'Acace ne pouvant demeurer en repos s'assemblèrent dans Antioche, et renversèrent tout ce qu'ils avaient eux-mêmes ordonné.lls ôtèrent le nom de semblable du formulaire qui avait été lu à Rimini, et à Constantinople, et publièrent que le Fils de Dieu est tout-à-fait dissemblable à son Père, tant à l'égard de la substance qu'à l'égard de la volonté, comme Arius l'avait enseigné d'abord. Les sectateurs d'Aëce qui avait eu la hardiesse d'avancer le premier après Arius la même doctrine, et qui pour ce sujet avait été appelé Athée, comme ses disciples avaient été appelés Anoméens, et Exucontiens, se joignirent à eux. Lorsque ceux qui soutenaient la foi du Concile de Nîcée, demandaient aux sectateurs d'Acace, comment ils osaient dire que le Fils de Dieu est dissemblable à son Père, et qu'il a été tiré du néant contre les termes de leur confession de foi, puisqu'ils avouaient qu'il est Dieu de Dieu, ils répondaient que l'Apôtre saint Paul a écrit toutes choses viennent de Dieu, et que le Fils est compris sous ces termes de toutes choses, et que c'est en ce sens que ce qu'ils avaient ajouté dans leur formulaire, selon les Ecritures, se doit entendre. Voila les subtilités dont ils usaient pour s'échapper. Enfin ne pouvant satisfaire ceux qui les pressaient sur ce point, après que le formulaire qui avait été approuvé à Constantinople eut été lu, ils se séparèrent, et chacun s'en retourna en son pays.
361 CHAPITRE XXX.
Violences de George Évêque d'Alexandrie, aux. Evêques de Jérusalem.
Athanase n'osant encore paraître, George retourna à Alexandrie, et y livra une cruelle persécution, tant aux Païens, qu'aux Chrétiens qui n'étaient pas de son sentiment. Il contraignait les uns et les autres à servir Dieu de la manière qu'il lui plaisait, et quand ils en faisaient difficulté, il les traitait avec une extrême rigueur. Son orgueil le rendait odieux aux grands, et son pouvoir aux petits. Les Païens le haïssaient plus que les autres, parce qu'il les avait empêchés de sacrifier, et de célébrer leurs fêtes, et qu'ayant fait entrer dans la ville le Gouverneur d'Egypte avec des troupes, il avait ôté les images, et les ornements de leur temple, ce qui fut cause de sa mort, comme nous le verrons dans la suite.
Cyrille ayant été déposé, Herennius prit le gouvernement de l'Eglise de Jérusalem. Héraclius succéda à celui-ci, et Hilaire à Héraclius : mais sous le règne de Théodose, Cyrille fut rétabli dans son Siège. Voila l'état où étaient alors les Eglises d'Orient.
DE SOZOMENE
Ecrite
f mien.
Ecrite
f mien.
Ecrite
f mien.
Ecrite
Ht i
HISTOIRE
LEGOSE,
Ecrite far Sazoménc. LIVRE CINQUIEME.
CHAPITRE PREMIER. tjptfafiedê Julien. Mort de Confiance.
C
Epcndant Julien ayant donné bataille aux Va* peuples qm habítent'f ur les bors du Rhin, en de tua un grand nombre, et en fit un grand nom- ^ bre pmouniers. Cette Yidtoire ayant accru iâ î^1, réputation, fie la douceur de ion naturel lui ayant aquis l'affection des gens de guerre, ils ?^ le proclamèrent Empéfein*. Au lieu de se met- ^ tre en peine de faire agréer à Confiance l'acceptation qui! aToit faite de l'autorité souveraine, il changea les Officiers, et montrai tout le abonde les lettres par lesqueltes cet Empereur avoit invité les étrangers à entret sur les* terres de
l'Eua-
*5* HISTOIRE DE L'EGLISE, Vsu l'Empire, pour lui donucr du fecours contre Ma-'# gnence. Apréscçia il chargea tout d'uuxoupde Religion, et au lieu qu'il avôit fait proscáion d'é-
* treCnrêtien, il le déclara ibuvcnùn Pontife, entra Cm- ^ans *cs tc^pics des Paicns» J offrit des facrifices, a4r¡cgt et tâcha de perfuader à ses sujess de fuivrc fon
' exemple. Comme Pon appréhendoit que les Pcr-fes ne fîiTcnt irruption sur les terres des Romains, et que Confiance était allé en Syrie pour s'oppo-ièr a leurs deifeins, Julien jugea qu'il pourroit fans peine se rendre maître de l'IIlirie, etpour cétefièc s'en approcha, sous prétexte d'aller faire ses cxcu-fes à l'Empereur> de ce qu'il avoit reçu fans fou confentement les marques de la souveraine puif-tance. On dit que quand il fut sur la frontière
* d'IUirie, les vignes parurent chargées dégrafes vertes, bien que lereros des vendanges fu t parié, et que les Pléiades le couchaiTent, et qu'il tomba sur lui, et sur sa fuite unerofée, dont chaque goûte avoit la figure d'une croix. II prit les grapes pour un bon préface, et attribua au hazard la chute de là roièe. D'autres jugèrent que ces gtapes vertes fîgnifioient que Julien feroit enlevé par une mort précipitée, et que les croix formées par les goûtes de la rofée fîgnifioient que la Religion Chrétienne vient du Ciel, et qu'il n'y a perfonne
Î
jui n'en doive porter la marque. Pour moi, je uis perfuadé que ceux qui prenoient ces deux éve-nements pour des préfàges ftineftes à Julien, ne le trompoient point, et que le tenis a fait voir la vérité de leur jugement. Au refte Confiance ayant appris que Julien rnarchoit contre lui à la tête de íes troupes, renonça à l'expédition contre les Pcr-fes, et partit pour revenir à Conftantinople. Mais en revenant, il mourut à Mopfucréncs entre la Cilicie, etlaCappadoce. II vécut quarante cinq ans, en régna treize avec Conftantin son pere, et vînt-cinq depuis famore, Julien qui des auparavant
PAR SOZOMENE, LIV. V. 157 vantétait maître de la Thracc, entra dans Con- V* ftantinople, où il fut proclamé Empereur. Les * Paiens difoient que les Devins, et les Démons 7* loi avaient prédit ce changement de fortune, et * la mort de Confiance, avant qu'il partît des Gau-les, et luiavaientconfeillé d'entreprendre cette «pédition. On pourroit demeurer d'accord de la vérité' de cette prédiction, si Julien n'était mort fî-tôt après fans avoir jouï autrement de l'Empire W comme du plaisir d'un fonge. Mais il me lemble que ce feroit une extravagance.d'avancer «ju'ayant prévu que Confiance mourroit de la forte) et qu'il feroit lui-même rué dans une bataille» contre les Perfès, il (è feroit jette volontairement dans un danger, d'où il n'auroir tiré aucun fiait, qne de paner au jugement de la poftîrijé four un Prince peu habile, et peu "expérimenté en l'arr de la guerre, et qui auroir caulé aux Ro* mains la perte d'une partie considerable de l'Em-ire. Je ne remarque ceci, que de peur d'être lamé dé l'avoir omis et n'empêche pas que chacun en juge, comme il lui plaira.
CHAPITRE II.
Education de Julien. Sa manière de vivre, et fin avènement à l'Empire.
D
Es que Conftancç fut mort, les Chrétiens commencèrent à craindre la perfécution, k a être plus fenïîblement tourmentez par cette crainte, qu'ils ne l'aurorcnt été par Ja perfécu-ion-même. Ce qui procédoit (ans doute de la oogue paix dont ils avaient jouï > du fou venir, et le l'horreur qu'ils confer voient de la cruauté que
15« HISTOIRE DE L'EGLISE, Vm les tirans a voient exercée contre leurs peres, k de * s la connoirTance qu'ils avaient de la haine, dont %4i ' Julien était animé contreeux. On dit qu'il renon-5 ça à la foi de 1 i's u s - C H R I S T, avec une si horrible impudence, qu'il eut recours à des facri-it*. fiecs, et à des expiations, pourefracer son Bàtê-me, et que depuis ce temps la il s'adonna tant m particulier, qu'en public, aux augures, au culte des Idoles, et à toutes les fiiperftitions Païennes. On ailure que comme il consultoit un jour les entrailles des victimes, il y vit une Croix entourée d'une couronne, ce qui remplit de fraieur tons ' ceux qui croient prefens ; parce qu'ils jugèrent que la couronne qui cft le fymbole de la victoire, 9c le cercle que ccrrccouronne raisoit au tour de Ja/Troix en roulant toujours sur foi-même, fans avoir ni fin, ni commencement, signifioient q* nôtre Religion dureroir éternellement, fie rédni-roit ses ennem is (bus sa puiffance. Néanmoins celui qui préfidoira'cette cérémonie impie, tàclss de diffiper la crainte de l'Empereur, en Passurant que les entrailles des viétimes ne rnenaçoient rien de fâcheux, qu'au contraire, elles metroienc des bornes fort étroites, à lascâbe des Chrétiens, et l'enfermoient dans un petit efbace, hors duood il lui fèroit impoiîible de s'étendre. j'ai oui dire qu'étant un jour dêccndo dans un ancre fameox,et terrible, foie pour participer à quelque myftéro ou pour confufeerim Oracle, il fut tellement i-pouvanté de la vûë des spectres qu'on fit paroîrre devant lui, soit par le relTort de quelque machine» | ou par la force des enchantements, qu'oubliant se lien oii il était^ et le fu jet pour lequel il y était aile', il se munit fans y penser du signe de laQoii> filon la coutume qu'obfèrvent les Chrériens, quand ils fê fentent menacez de quelque danger A l'heure même les spcétres disparurent,et lemj-ftére se diffipa. Le maître de la cérémonie f*
PAR SOZOMÈNE, LIY. V. 259 •"atord surpris de la fuite des démons > mais L'an euand il en fut la caufe, il dit que c'était une *' prophanation, exhorta l'Empereur à ne rien **• *• craindre, et à ne rien faire qui eût rapport a la * Religion Chrétienne, et recommença se myllére. La paffion qu'il témoiguoit pour ces fuperftirions dcsplaisoit extrêmement aux Chrétiens, sur tout, parce qu'il avoit été lui-même Chrétien. Il était nldeparens forr attachez a nôtre Religion, avoit àébâtifé dés son enfance, selon l'ulage de l'E-glise, élevé dans l'étude de l'Ecriture sainte sous la conduite des Evêqucs, et des antres Eccléfia-ftiqocs. Gallus et lui éroient fils de Confiance frere de l'Empereur Conssantin, et de Dalmàtius, pere d'un autre Dalmatius qui ayant été déclaré Céfàr, fut tué par les soldats, après la mort de Conssantin. Peu s'en fàlut que Gallus et Juïieut qui n'avaient plus de pere, ni d'appui, nefufTenc toassacrez de la même forte. Mais on abandonna Gallus à la maladie, dont il fembloit devoir bien-tôt mourir, et on épargna Julien parcom-paffion de fbn bas âge. 11 n'avoit pas encore huit ans accomplis lors qu*aiaut été fàuvé de la sorte avec son frere, on leur afsigna pour leur demeure une maifbû nomméeMacelle feize en Cappado-ce, proche du monr-Argée, et non loin de Cé-fâree, bien bâtie, et embellie de jardins, de fontaines, et de bains fort magnifiques. Il y furent élevez d'une manière digne de la grandeur de leur nahTance, y apprirent les fienecs, et les exercices dont l'âge les rendoit capables, et eurent des maîtres, tant des lettres humaines, que de l'Ecriture sainte, sous lesquels ils firent des progrez si confi-dérables, qu'ils furent reçus dans le Clergé, et emploiez à lire les livres fàcrez devant le peuple. Leurs mœurs avaient aussi quelque apparence de piété. Ils respeéloient les Eccléna-ftîoaes, et les perfonnes les plus attachées aux
Uo HISTOIRE DE L'EÇLISÈ, È'*» devoirs de la Religion, se tcnôient aludus a 1*E-* glise, et rendoient aux tombeaux des Martyrs les honneurs qui leur font dûs. On dit qu'ayant î entrepris d'enfermer dans une grande Eglise le ~ tombeau de saint Mamas Martyr, ils parragérent ¿¿ cotr'eux l'ouvrage, et que comme ils travail-loient à l'cnvi pour Îè surpaiTer en piété, il arriva une chosemerveilleuse, et qui feroit tout-à-fait incroiable, iî elle n'était confirmée par le témoignage de pluiîcurs perfonnes qui l'ont vue. et qui vivent encore. Le côté ou travailloit Gai lus s'éleva, et s'avança autant qu'on le pouvoir délirer. # Au contraire celui de Julien tomba eo ^ ruine. En un endroit les pierres se détachèrent des fbndemens, et en l'autre les fondements mêmes se féparérent de la terre» comme ficile les eut repoussez par une force iècréte. Cela fut regardé de tout le monde, comme un prodige. Le
I
»euple n'en jugea que, par l'événement 5 mais es iàges îè doutèrent dés Ions, que Julien n'était pas Chrétien au fond de l'ame, qu'il n'en faiibit qu'une proscsslon extérieure de peur de déplaire à l'Empereur, et qu'il diifimuloit (es véritables ícntiments, parce qu'il n'était pas feur de les dé-couvrir. On prétend que ce fut la familiarité qu'il eut avec les Dévins qui le porta à renoncera la Religion de lès peres. Car la colère que Con-ftanee avoir conçue contre lui, et contre Gallas, s'étant un peu appaisée, ce dernier alla à Ephéiê, ou il avoit la plus grande partie de ion bien» de Julien vint à Conftantinople, où ayant fréquenté les écoles des ProscfTcurs, il fit bien- tôt connoître ion csprit, et ion lavoir. Il paroilToit en public avec un habir de partieulier, et converfoit familièrement avec un grand nombre de perfonnes. Mais parce qu'il était confín de l'Empereur, et capable de gouverner un Etat, et que plusîeurs le dcftiqoicnt a cet emploi si çmiqent,oufouhairoicni
mé-
FAR SOZOMENE, LIV. V. 1*1 même publiquement de l'y voir élevé, il eut or- V** dre d'aller demeurer à Nicomédie. Il y trouva le * Philosophe Maxitnc,natif d'Ephésc, qui lui enfèi- *A9 gna la Pmlosophie, lui inspira la haine de la Reli- * gion Chrétienne, et l'affura qu'il parviendrait un jour à l'Empire,ou il ferabJoir déjà porté par l'espé-rance, et par les fouhaitsdu peuple. Julien ssatté de cette Promesse qui cft toujours fort douce dans le temps de la de rapprendre, et fit des expériences que les Chrétiens tiennent dJfenduës. Il conserva depuis ce tcms-là, une habitude particulière avec ceux de cette profelfion, et étant allé en Afie, s'appliqua à cette impiété avec une ardeur in-croiable. Gallus César son frere ayant été exécuté à mort, pour avoir voulu apporter des change ments dangereux dans l'Etat, Confiance fbyp-conna Julien de brûler d'un defir extrême de pof* scder la souveraine puiffance,et lui donna des Gardes. Néanmoins, Eufébie femme de Confiance ayant obtenu pour lui permiffion d'aller à Athènes, il s'Jr rendit, et sous prétexte d'écouter les Philosophes ; il consulta les Dévins touchant sa future grandeur. Confiance le manda peu de temps . Après, le déclara César, lui promit Conssancie fà foeur en mariage, et l'envoya dans les Gaules, ou les étrangers*, dontil avoir imploré le fecours •contre Magnence, ri'ayantcu occafion de rendre 'aucun fèrvice, faifbient un horrible dégât }.Sc parce qu'il ètoit encore fort jeune, il voulut que
1«
xtt HISTOIRE DE L'EGLISE, les chefs qu'il envoient avec lui, formaffent les re-folucioris : mais ces chefs là s'ctànc abandonnez! l'oifiveté, Juliefî se chargea seul du poids delà guerre, anima par toute sorte de moiens les fol-dats à affronter le danger, et principale nent en promettant une certaine récompensè à quiconque auroit tué unennemi. Ayant gagne* par-là l'affection des gens de guerre, il avertit l'Empereur Confiance de la négligence des chefs, et quand ou lui eut envoie un autre Général, il en vint aux mains avec lès Barbares, et remporta la victoire. Ils lui envoiérent demander la paix, et montrer la lettre par laquelle Confiance les avoit invitai entrer sur les terres de l'Empire ; mais au lien d'expédier leur AmbafTadeur, il le retint, et ayant trouvé une occafien avantageuse de donner une nouvelle bataille, il la gagna. Quelques-uns ont crû que Confiance ne l'avoit chargé de cette guerre que pour l'cxpofer au péril -, mais cela ne me parolt nullement probable., Car puis qu'il ne dépendoit que de lui de le déclarer César,pour- \ quoi i'auroit-il déclaré, s'il avoiteu deiTcindele perdre ? Pourquoi luiauroit-il donné la feeuren mariage ? Pourquoi auroit-il reçu favorablement I la plainte qu'il lui faifoit de 1 a négligence du Gc-néral,3cpourquoi lui en auroit-il envoie un autre? Il en usa fans doute de la forte, par;ce qu'il l'ai-moit fîneerement, et qu'il fbuhaitpit qu'il rem* | portât la victoire. Pour moi, ma conjecturecft, qu'il le déclara César, pour l'amour qu'il lui pot-toit, mais que quand il vit qu^il avoit étéprocla-1 mé Empereur fans sa participation, il fut bien-aisc de l'cxpofer aux hazars de la guerre, Si aux armes des Barbares, qui coùxoient le long, du R^0* tant par l'aprehenfîon qu'il n'eût envie de fève* ger des mauvais rraitements qu'il avoit rcc,J$^ lui avec Gallusfbn frère durant leur jeuneueyq* pat jalonne dç ce qu'il euireptenait de partage
PAR SOZOMENE, LIV. V. xS
atee lui l'autorité (buveraine. Mais enfin • un lait dont on juge diversement. J*
CHAPITRE III.
Julien diminue CT affoiblit la R^elipon Chrétienne, Crfayorisc le Pagoni fine.
T Orsqu'il se vit scul en pofscffion paifible de 1 ^'autorité souverainc, il commanda qu'on ouvrit les temples des Dieux dans toute l'étendue* de l'Orient,qu'on réparât ceux quiavaient été négligez, qu'on relevât ceux qui étaient tombez en raine,* et qu'on redressat les Autels* 11 af-signa pour cela des revenus, rétablit les facrifiecs, et les anciennes cérémo||es. 11 offrit lui même des (acrifices, répandit des liqueurs dans les temples, rendit de grands hopneurs à ceux qui s'aquitoient de ces devoirs de l'ancienne fuper-ftition, et rérablit les Prêtres, et les minimes des Idoles dans la jouïlTance de leurs privilèges, et les exemta comme autrefois des charges publiques, rendit aux gardes des temples les pensions dont ils avaient autrefois été gratifiez, et leur ordonna de s'abstenit des viandes, dont s'abstien-nent ceux qui veulent vivre dans une pureté fin-
«ire du Nil, JSC les autres fy mboles au temple de Serapis,, au lieu que fuivant J'ordre de Conftan-tin, on les portait à l'Eglisc des Chrétiens. Il écrrvokfomcotaax habitons des villes adonnées «tut fuperftttkasPaicnnes qu'ilslui demandaient ce qu'ils jleettf oient, et bien loin de faire le mé-aœ imitèrent aux Chiéricns, iUeur donnait des «arque* publiques de son indignation en reniât dcicsJbonc^deAF*^^ ^edosotswe
ç leurs
z*4 HISTOIRE DE L*EGLI$E> X'sm leurs dépurez, ou d'écouter leurs plaintes. Les ^ habitants de Nifible ayant envoie lui demander du • s' fecours contre les Perles, qui écoient prêts de fai-* •1 * rc irruption sur les terres de l'Empire, il leur en „ refufà, en haine de ce qu'ils n'ouvroient point les x£J£ temples, et de ce qu'ils ne prefentoient point de iacnfîces, et les menaça de n'entrer jamais dans leur ville qu'ils n'eulTent fait profeiîion du culte des Dieux. Il accula du même crime les habitants de Confiance en PaleftineSe les rendit tributaires de ceux de Gaza. Confiance s'appelloit autrefois Majume, et fèrvoit de retraite aux navires de Gaza. Mais en faveur de la piété Chrétienne, à laquelle elle était fort attachée, Conftantin l'exigea en ville, etlui donna le nom de Confiance ton fils, dans la créance qu'il n'était pas juftc qu'elle dépendit de Gaza, qui demeuroit afiujet-tieaufèrvice dcsIdoleSj Lorsque Julien fut parvenu à l'Empire, les habitants de Gaza firent un procez à ceux de Confiance. Ce Prince jugea en faveur des premiers, éc ordonna que Confiance dépendroit de Gaza, bien qu'elles fbient éloignées de vingt ftades. Elle a été nommé depuis la partie maritime de Gaza. Ainfi elles ne font plus.qu'une ville gouvernée par les mêmes Magiftrats: Elles ont néanmoins dans l'ordre Ecclénaltique, chacune leur Evêque, leurClergé, les fêtes de leurs Martyrs, la commémoration des Evéques qui les ont autrefois conduits, et les limites qui fépa-rent les territoires. Un Evêque de Majume ' estant mort de nos jours, celui de Gaza voulut réunir tout le Clergé, prétendant qu'une ville se pouf oit avoir qu'un Evêque. Les habitants de Majume s'étant oppofez à sa prétention, le Goo-cile de la Province prit connoiltance du dissérend, et ordonna un autre Evêque. Il jugea qu'il étok de l'équité de conserver au moins l'avantage d'a-joir un Evêque à des peuples qui n'avaient été pri-.. ' m vez
CHAPITRE IV". u$Hm
Julien perfécute cruellement, les babitants de Qé-farée. Maris Evèque de Caleédoine lui par" le avec une généreu/e liberté.
DAos le même-temps Julien dépouilla Cé-farée, capitale de la Cappadoce >^ûlfe pro-che du mont-Argée, de la dignité denrille, et lai ôta même le nom de Césarée, qui luiavoir été donné sous le régne de l'Empereur Claude, au lieu qu'elle se nommoit auparavant Ma-zaca. II y avoit long-tcms, qu'il'haïlToit les ha-bitans, parce qu'ils étaient fort affectionnez à la Religion Chrétienne, et qu'ils avaient autre- * fois démoli deux temples, celui de Jupiter tu-tclaire de la ville, et celui d'Apollon. Mais quand il fut que depuis qu'il était parvenu à l'Empire, ils avaient encore abatu celui de la Fortu* ne, qui était le feni qui rcftojfdans leur ville, il en conçut une furieule colère., et blâma fort les Paiens qui n'étaient qu'en petit nombre, de n'être pas accourus au lecours^ et de ne s'être pas expofez à toute sorte de dangers, pour sa défen-fe de la fortune publique. II fît rechercher avec la dernière rigueur les herirages, et les meubles qui appartenoient tant aux Egliscs de la ville,
3u'à celles des lieux d'alentour, et commanda 'en porter trois cens livres d'or au trefor public. Il commanda outre cela/d'cnroUcr tous les Ecclé*» fiaftiques parmi les soldats qui servent sous le Gouverneur de 1* Province,qui eft 1* milice la plus JomcUI. . M
PAR SOZÔMENE, LIV. V. t*$ vezdo droit de Gfté, qu'en haine du zele qu'ils V** ayoieat pour la véritable Religion. Mais cela i arriva pas il-tôr.
%66 HISTOIRE DE L'EGLISE, Us* onércule, et toutenfemble la-moins honorable. ¡2* ç À" l'égard du peuple, il en fit faire le dénombre-N' ment, fans excepter les femmes, nilesenfants,et * leurir^pofa le même tribut qu'aux habitants des jUmm bourgs; Illes menaça de plus, de leur faire fen-tir de plus terribles effets de sa vengeance, et de ne pas laiiTeraux Galiléenslajouïssàncc delà vie, c'eft ainfi qu'il appeiloitpar raillerie les Chrêticnsj s'ils ne relevoient promptement les temples, je croi qu'il n'y eut que la mort qui furvint bien-tot ' après, qui détourna les fuites terribles de cette menace. Ce ne fnt par aucune tendrelTc pour les Chrétiens qu'il les traita d'abord avec moins de rigueur que leurs premiers perfécuteurs n'avaient fair. Mafsc'eit qu'il avoir reconnu que les Paiera n'avaient tiré aucun fruit de leur cruauté, au heo que les Chrétiens avaient été honorez par la généralité deceuxd'entr'eux, qui n'avaient point appréhendé de mourir pour la détente de leur foi. Ce ne fut donc par aucun defirde les épargner} mais.par la seule paioufie qu'il avoir de leur gloire, qu'il n'emploia contre eux, ni le fer, ni le feu, et qu'il n'ordonna, comme avaient autrefois fait d[autres Princes, ni de les enterrer tous vivans, ni de les jetter dans la mer pour les contraindre de changer de sentiméfe, et qu'il ufà plutôt de douceur* et de perfuafioa pour lès gagner, et pour les corrompre. On dit que comme il îâcnssoit nn jour à Confscufjinopic dans le temple de la Fortune publique, Maris Evêque de Caleédoine y entra, et lui reprocha devant tout le monde, qu'il était un impie, un athée, et un apo-ftat. Julien n'eut rien à lui répondre, fiuon qu'il dtoit aveugle 5 parce qu'ayantja vue fortfoible, il'fe faifbit conduire par un enfant, et ne pouvant s'abstenir de vomir toujours quelone blaf-phéme, il ajouta en raillant, le Galileen, toa i>iea ne te guérira pas. Je remercie Dieu, respon-
PAR SOZOMEtfE, HV. V. %é7 dit Maris, de ce que je fuis aveugle, et de ce que Û* jcBcfçauroisvoir unapoftar, comme vous. Ju- /j* lien paffa (ans repartir, dans la créance que c'était ^ nnmoien fort propre a augmenter > età multi- * plier le Pagamfme,quc de faire patoître envers les Chrétiens une plus grande douceur, et une plus Uew grande patience, que selon les apparences on n'au-roitpiicspércr.
CHAPITRE V.
. Fguffe indulgence de Julien. Nouvelle manière de ferfecuter l*Bgli/e.
V
Oila pourquoi il permit à ceux qui avaient éré (exilez au sujet de la Religion de retourner en leur païs, '5c qu'il leur nt rendre le bien qui a voit été confisqué sur eux. H défendit aussi au peuple de faire aucune injure > ni aucune infolte aux Chrétiens", ni de les contraindre à facrifier, et ordonna que quand ils vendaient fàcrifier d'eux-mêmes, ils feroient obligez d'appaiferauparavant les démons, ausquels les Paiens attribuent la force de détourner les maux de demis les hommes, et de se purifier par les expiations ordinaires. Itôtaaux Eçcléfia-ftiques les immunitez, les prérogatives, 8c les pennons que Conftantin leuc avoit accordées % abolit les lois qui avaient été faites en leur faveur, 8ç les fournit, comme autrefois à la né-ccûjté de s'aquitter des charges qu'ils avaient à la Cour. U obligea même les filles, 2c les veuves qui parle privilège de leur pauvreté étoieot confédérées, comme une portion du Clergé > de rendre les aumônes qu'elles avaient reçues des deniers publics* Car lorsquc l'Empereur Conteutin régla Mi les
yGc 16% HISTOIRE DE L'EGLISE, les affaires de l'Eglise, il allîgna au Clergé decha-
3
ue ville pour sa fubfïitancc une certaine fomme 'argent sur les importions publiques, et pour lui en assurcr la jouïlTance, il fit une loi qui a toujours été observée depuis la mort de Julien. Ou dit que cette exaction fut cres-racheuie, 8c très-cruelle, comme ¿1 paraît par les décharges que les receveurs leur donnèrent des fommes qu'ils reçurent d'elles. Elle ne pût néanmoins appaifer la haine que Julien avoit conçue contre nôtre Religion. Il -n'omit rien de ce qu'il pût inventer à la* ruine de l'Eglise. 11 la dépouilla de ses vales, etdcfes ornemens, et condamna ceux qui avaient démoli les temples sous le régne de Conftantiu, et de Confiance, à les rebâtir, ou à en paier le prix. Quantité d'Evêqucs, d'Eccléfiaftiques, et d'autres fidèles furent cruellement tourmentez, et mis en prifbnpour ce sujet. On peut jueer par ce que je viens de dire, que si Julien arepanau moins de fang que les précédens persécuteurs de Ja piété, 8c s "il n'a point recherché commeeux de nouveaux fupplices, pour tourmenter les corps, il n'a pas été pour cela mains animé con-tre-elle, ni moins ingénieux à lui nuire. Iieft vrai qu'il rappela les Evêqucsque Confiance avoit réléguez, mais on dit que ce ne fut qu'à dessein de les diviler", 8c d'accroître leurs conteftations i ou au moins de des honorer la mémoire de Con-, ftanec, qu'il s'imaginoit pouvoir rendre odieuse à tous Ces sujets,en favorifànt d'un côté les Paiens, et en témoignant de l'autre quelque compaffioo pour les Chrétiens, qui avaient fbuffèrt une per-îeçution injufte sous le régne précédent. Il chaffales Eunuques de la Cour > parce que Confiance les avoit aimez. Il condamna à la mort Eufébe, Gouverneur du Palais, sous un loup-çon qu'il avoit, que c'était par ion avis r^u'on avoitiait mourir Gallus fonfrerc. Il rappela Aece
c se
r
PAR SOZOMENE, LIV. Y. to> chef de la sccle de EiinorhéeDs du lieu où Conftan- U*n
■ ce favoit relègue7, tant en haine de cette fecle, que 49 sur le foupçpn qu'il a voit conçu contre lui ; à eau-ic de Pamitié qu'il avoit autrefois entretenue avec * •1 '
\ Gallus, et lui écrivit pour cet effet une lettre très- „ obligeante, et lui nt fournirdes voitures publi- fi£ qoes. Il condamna par le même motif Eleufius Êvcqnc de Cyziquea rebâtir en deux mois àfes. dépens une Eglisc de Novatiens qu'il avoit fait démolir. Il feroit aisé de remarquer beaucoup d'autres choses qu'il fit, ou qu'il permit, en haine de son prédécefTeur.
CHAPITRE VI.* Retour d^^Athanase à ^Alexandrie.
L
Orsqu'Àthanase fut la mort de Confiance* il fbrtit du lieu où il était demeuré si long-temps caché, et parut une nuit dans son Ighfè au grand étonnement dé tout le monde. Ayant évité de tomber entre les mains du Gouverneur d'Egypte, qui le cherchoit i la fufeitation des amis de George, comme nous l'avons dit ci-devànt, il se cacha dans la maifen d'une fille confacrée au service de Dieu. Nous avons appris qu'ejle avoir une beauté si finguliére, que ceux qui la regardoient cro-ioient voit un ipiracle de la nature, et que les hommes qui avaient quelque sorte de gravité» et de pudeur s'éloignoient d'elle pour éviter des bruits, ou des foupçpns defàvantagenx à leur réputation. Elle avoit dans la sseut de sa jeuncsse une modeftie, et une sageffe qui auroient donné de la beauté à une perfbnne qui n'en auroic point reçu de la nature. Car ce que quelques-uns M j croient 17© HISTOIRE DE L'EGLISE, 1M croient n'eft pas véritable, que la qualité de i'ef-* prit dépend de la conftitution du corps. Au con-traite le corps cft une image del'eiprit, unta-* * bleau qui le reprefente, un miroir qui reçoit l'im-ju- Prc*Eei1 <*e affections, et de ses pensées. C'eft /f„, une vérité dont demeureront d'accord tous ceux qui auront pris la peine de l'examiner. Au refte, on dit qu* Athanale ne Ce retira chez cette saintc fille, que par une révélation de Dieu, qui le voo-loit fauver par ce moien. Pour moi > quand je -fais réssexion sur la fuite de cette affaire, je ne doute point qu'elle n'ait été conduite par un foui particulier de la Providence. Les par en s d* A tha-nase auroient été pat-là délivrez de peine, si on eût été le chercher chez-eux, et si on les eue obli-gez à jurer qu'il n'y était point caché. D'ail-leurs, il n'y avoir point d'apparence de se douter qu'un Evéque fut caché daus la maifbn d'une si belle perfonne. Elle eut pourtant le courage de le recevoir, et la prudence de le garder. Elle lui rendit seule tous les fèrvices quelamifèrede ' nôtre nature rend néccssàires durant cette vie. Elle lui lava les piez, die lui porta à manger, elle alla lui chercher les livres, dont il avoir bc-fbin, et lui garda si fidèlement le fecret, pendant tout le temps qu'il fut chez-elle, que jamais perfonne n'en eut de connoifTancc.
CHA-
FAR SOZOMENE, tIV. V. %ix
' 4ê
H. /.
CHAPITRE VII. Mort de George»
Q
Uand AthanaJè fê montra tout d'un coup contre l'attente de tout le monde, on ne fa-▼oitd'ou il droit fôrti: mais, enfin le peuple fort joieux de son retour > le mit en possèûlon des Egliics, don les Ariens ayant été chafïcz, ils furent contraints de s'assèmbier dans des mai* fons particulières sous Loàus leur Evèque. George Ion prédécefTeur avoit été tué un peu aupara*-vant. Car les Magiitrats n'eurent pas fi-tot fait lavoir au peuple la mon de Confiance, et l'arène-ment de Julien à l'Empire, que les Païens quide-meuroient dans Alexandrie le loûlevércnt, et le jettérent sur George, avec de grands cris, comme s'ils l'cufTent voulu déchirer en pièces. Us se contentèrent pourtant alors de le mettre en pri-fon y mais dés la pointe du jour fuivant, ils le tuèrent, mirent Ion corps sur un chameau, lui firent mille outrages durant tout le jour, et furie loir le brûlèrent Je n'ignore pas que les Ariens publient qu'il reçut ce cruel traitement de la part des amis d? Athanasc, mais je croi plutôt qu'il le fourTrit de la part des Paiens, parce qu'ils avoieat de plus grands sujets de le haïr, poux les outrages qu'il avoit faits à leurs Temples, et à leurs Dieux, et pour la rigueur avec laquelle il les avoit privez de la liberté de facrifier, et de s'a-qpiter des antres devoirs de leur religion, selon la coutume qu'ils avoienr reçue de leurs ancêtres. D'ailleurs, le crédit extraordinaire qu'il s'était aquis auprès de l'Empereur, avoit tellement ac* crû contre lui l'indignation publique, que le peu-M 4 ?le ty% HISTOIRE DE L'EGLISE, pic à qui la grandeur cft toujours odieuse, ne le pouvoir plus souffrir. Outre cela, il était arrivé un accident dans un lieu appelé le Temple de Mitra. L'Empereur Confiance ayant donné ce lieu-là aux Chrétiens, et George ayant voulu le faire ncttoier pour y bâtir uncEglise; encrenfànr on trouva un antre, oùil y avoit des Idoles, et des infini ments dont se 1er voient ceux qui participoient autrefois aux myftéres prophanes de l'antiquité païenne : les Chrétiens ayant vu qu'ils étotent fort ridicules, lescxpoferent en public pour taire honte aux Païens. Ceux-ci ne pouvant souffrir cet outrage, prirent les uns une épée, les autres un bâ-
nombre de Chrccichs, et même en crucifièrent Quelques-uns, pour faire infulte à nôtre Religion. Cela fut caufè que les Chrétiens abandonnèrent l'ouvrage qu'ils avoiént commencé, et que les Paiens firent mourir George auûi-tôt que Julien fut parvenu à l'Empire. Il en demeure lui- même d'accord dans une de fès lettres, ce qu'il n'aurott jamais fair, s'il n'y avoit été contraint par la force de la vérité. Car il aurait fins doute mieux aimé rejetrer ce meurtre sur les Chrétiens, que sur les Paiens. Il témoigna une grande colère contre les habitants d'Alexandrie, dans la lettre qu'il leur écrivit sur ce finet : mais il leur pardonna pourtant, en confîdétation de Serapis leur Dieu tuté-laire, d'Alexandre leur fondateur, et de Julien fou oncle, autrefois,"Gouverneur d'Egypte, homme si fort attaché aux fupcrssitious du Paganifme, et si fort envenimé contre les Chrétiens, qu'il les pessécutoit jusqucs à la mort» contre l'intention des Empereurs.
CH A-
PAR SOZOMENE, LIV. V. xyx
^, *
CHAPITRE VIII. 3*i.
Mort de Théodore garde des vafes de VEeJife d*tJntioche. Mort de Julien oncle de l'Etnfé- ' reur du m%ie nom.
C
E Julien oncle de l'Empereur ayant alors en- \ trepris d'enlever quantité d'orriemensrte 3c vaies précieux pour les porter au trefor de l'Empereur, fit fermer l'Eçliic. Les Ecclétl-aitiques s'érant enfuis, il t\ y eut qu'un Prêtre nommé Théodore, qui avoir charge de garder ces ornemens, qui demeura. Julien Gouverneur d'Egypte s'étant faiiî de lui le fit tourmenter j et parce qu'il ne répondoit pas à Ion gré au milieu des tourmens, et qu'il défendoit sa Religion avec une fermeté inébranlable, il commanda de lui trancher la téte. Il pilla après cela les vafes lacrez) les jettaà terre, iê mit delîus, ets'en moqua avec une. impiété incroiabie.- Mais sur le enamp, il fut puni de cette impiété $ car ses parties naturelles iè corrompirent, les chairs d'alentour le refolurent en pourriture, et pro-daifirent une si çfTroiable quantité de vers, que les Médecins avouèrent que la malignité de cette corruption était au delîus delà force de leur art. ils éprouvèrent pourtant tousîeurs remèdes, de peur d'encourir les mauvaifes grâces de l'Empereur. Ils appliquèrent sur íes chairs pourries les plus gras oifeaux qu'ils purent trouver, pour attirer les vers au dehors : mais cela np servit derien,parce qu'à mefurequ'ils en tiroicnt,il s'en formoit drautres qui rougeoient^ toujours les chairs,et qui ne celTerent pomt de Le conûimer jusanes à ce qu'ils lui enssent oté la vic.Quclques- u ns
174 HISTOIRE DE L'EGLISE, V** crûrent que Dieu lui avoit envoie cette maladie 49 pour punir son impiété, et cela eft d'autant pin*
probable, que le Tréforier des deniers defscua ' aux largesses de l'Empereur, et quelques autre*
Officiers considérables de la Cour, périrent mi-%tn4 férablement pour avoir deshonoré la saintctc de
notre Religion. .
CHAPITRE IX.
iufébe, Nessabe, et Zenon souffrent le martyn dans lé ville de Ga*a.
P
Uisque je fuis engagé si avant dans ce discoors» et que j'ai fait le récit de la mort de George, et de Théodore > je croi devoir aussi raconter celle de trois frères, Eûlébe, Neftabe, et Zéooo, Les habitants de la ville de Gaza étant animez coo-tr'eurd'une haine tres-violente, allèrent les pres-dre dans leur maifon ou ils s'étaient cachez, les fuftigérent avec la dernière cruauté, et les enfer-mèrent dans une affreuse prifon. S'étant cnfhiœ affemblez au théâtre, ils commencèrent à décla-mer contr'eux, et à se plaindre de ce qu'ils avoieot violéla sainteté de leurs temples, et avaient abo-fédu pouvoir que le régne précèdent leur avoit .donné pour deshonorer, et pour détruire, s'il leur eut été possibîe, leur 'Religion. En crias* de la *fbrte, ils s'animèrent si fort les uns les ancres, qu'ils coururent en foule à la prifon : les en tirèrent avec une fureur noupareille, les trahirent par les rues, et par les places publiques, tantôt fnr le ventre, et tantôt fut le dos » Se- les batu-xent cependant les uns à coups de pierre, les astres à coups de bâton. J'ai oui dire qu'il y est des femmes qui quittèrent leur ouvrage pour les
itizedby G00gle
*AR SOZOMENI, LIV. V. aller piquer arec la pointe de leurs fuieaux, 3c £'<*» que les cuiiuiiers fortirent de leurs cmfines, pour ** jetterfur eux l'eau bouillante de leurs marmites-, \\ *' et pour les percer avec leurs broches. Quand ils * les eurent déchirez en pièces, ôc qu'ils curent ré- ~ Pandit leur cervelle sur le pavé: ils les traînèrent nors de la ville, au lieu oà l'on jette les corps des * bétes, et 7 ayant allumé un grand bûcher, ils les brûlèrent, et mêlèrent les os que le feu n'avoir pu réduire en cendres avec les os des ânes, 5c des chameaux, afin qu'il fut mal-aisé de les diffin-guer. Il y eut pourtant une femme qui demeuroic dans cette ville-là, bien qu'elle n'en eût pas tiré ûnaissànce, qui les ramassà la nuit par l'inspira-tion de Dieu, 3c les ayant mis dans une marmite les donna à Zenon leur coufin, comme-Dieu le lui avoit commandé en longe. Car elle ne lé con-noi/Toit point auparavant, et peu s'enétaitfala qu'il n'eût été pris : mais il s'était enfui durant que le peuple était acharné au meurtre de ses trois parer», et s'était fauve à Antédone, ville maritime, diftante d'environ vingt ftades de Gaza, et fort adonnée à la foperftition, et au culte des Idoles. Les habitants de cette ville-là ayant appris qu'il étok Chrétien le fuftigérent avec beaucoup ec rigueur, et le chaiîérent. La femme le trouva au havre de Gaza, ou il s'était retiré, et lui donna les Reliques. Il les garda avec grand foin dans famarfbn jusqnes à cequ'ayantétéfaitEvéquede cette même ville sous le régne de l'Empereur Théodose, il fit bâtir uneEglise hors des murailles, 3c mit les Reliques sous l'Autel, proche dn
M 6 avoit été lié durant sa vie d'une amitié très-étroite avec ses confins, il avoit été pris avec eux par le peuple de Gaza, fuftigé, et cm p ri son né ; mais qui letraînoient pour le faire mourir ayant été touchez de (abonne mine, le jettérent à
demi-
. Qigitized by
Google-
17* HISTOIRE DE L'EGLISE; Mfsm demi-mort hors de la ville. Quelques uns Tataaf
* enlevé le portèrent à la maifon de Zenon, ou 7¿ " il expira comme on mettoit le premier appa-
* * reil a íes bleiîureSr Quand les habitaos de Ga-
za firent réssexion sur Ténor mité de leur crime, ¿*# ils appréhendèrent d'en être punis, comme ils méntoient. Le bruit couroit que l'Empereureo avoit conçu une tres - grande indignation > # qu'il avoit reiblu de les décimer. Mais ce bruit-là n'était fondé que sur la crainte dont les coupables étaient ttoublez > sur les reproches que leur confienec leur fàifbit de leur cruauté, et sur l'affreuiè peinture qu'elle leur tra-çoit fans ceffe des châtiments qu'ih n'avaientqoe trop méritez. En effet, Julien bien loin de Jet châtier du meurtre de ces trois Chrétiens, ne les bjâma pas seulement comme il avoit blâmé les -nabitaosd'AléxaneticdumafTacrc Ai contraire, il dépofa le Gouverneur de la Province, et après avoir ordonné d'infrruire fbnprocez» il voulut qu'on crût qu'il lui faifoit grande grâce de ne lui pas ôter la vie. Le crime dont ¿1 l'acco-foit, était d'avoir commandé d'arrêter quelques habitants de Gaza coûpablesvdc fédition, k de jneurrre,et d'avoir ordonné qu'on informâteoo-tre eux, 3c qu'on les jugeât selon les lois. Cat qu'était-ii befoin, dit-il, de se ûifîr d'eux, et * leur faire une affaire, dece qu'ils avaientveogc sur un petit nombre de Galilécns*, ieursinjores, et celles de leurs Dieux ? Qn dit que cela se pafi de la forte.
JAR SOZOMENE, LIV. V. tff
• —» . de
CHAPITRE X. yêx.
Humilité O1 miracles d'Hilarion. Martyre dé 7** quelques Vierges confacrées à Dieu, <T *** de Marc Evâque d'^irétufe.
L
E* habrtants de Gaza aiaoc cherche an même-tempsle Moine Hilarion àdefièin de lui faire lui pareil traitement, il s'enfuit en Sicile, où il gagna (à vie à ramasser du bois dans les deferts, et iur les montagnes, et aie porter fut fbn dos dans les villes. Un homme de qualité qu'il a-, voit délivré d'un démon, qui le possédoit aianî découvert anz autres qui il était, il passa en Dak : matie, où par la force que Dieu lui donnent» il fit quantité de miracles, et arrêta même l'inénda-tion de la mer. Mais ces miracles ne lui eurent pas Ci- tôtaquis la vénération des peuples, qu'il changea de pais sclon la coutume qu il avoit de se cacher, et de tacher de vivre inconnu, pont éviter les louanges, et pour perdre l'eitime des hommes. En côtoiant l'isse de Chypre, il arriva àcelledePaphos, et à la priérenc l'Evêquc de Chypre, il demeura proche d'un lien nommé Carburis. Peu s'en falut qu'il ne souffrit-là le martyre s mais il l'évita en pratiquant le précepte que le Sauveur nous a laisse de fuir la perlécurion, face n'eft que nousfoions pris, et obligez de fur-monter par nôtre patience, la fureur de nosper-fécuteurs.
Au rcfteles habiuns de Gaza,etd'Alexandre ne turent pas les seuls qui exercèrent contre les Chrétiens des violences pareilles à celles dont je viens de parler. Ceux d'Heliopole proche du mont-Li-ktojsc çevu d*Aréwfe en Syrie les surpallérenten M 7 S**z *7l HISTOIRE DE L'ÉGLISE, U** cruauté. Les premiers se portèrent à une action * si inhumaine, que perfonne ne lapourroitcroi-*^ re,. ficllen'avoitéte rapportée par ceux-mêmes ' quien ont été témoins, lis dépouillèrent des vier-~. ges confacr? cruauté contre ces facrées vierges en haine de ce qu'on avoit aboli l'abominable coutume qu'ils «voient de proftkucr les filles avant que de les donner à celui qui les avoir époufées. Ce fut l'Em-pereur Conftantin qui après avoir fait rafèr k temple de Venus, et élever une Eeiisc sur ses nulles, défendit par une loi expresse cette infame proftitution.
Les habitants d'Arétufè firent mourir d'un cruel genre de mort Marc leur Evêque, vieillard encore plus vénérable par sa venu, que par ion age, contre lequel ils étaient fort aigris depuis long-temps defee qu'au lieu de fecontenter d'ufêr de perfuafion pour les retirer du Paganifme, il avoit agi avec beaucoup de chaleur ious le régne de Confiance, et avoit fait démolir un temple fort riche, et fort magnifique. LorsqueJulien foc parvenu à PEmpire,* il le condamna ou à paicr le prix que le temple feroit eftimé, ou à le rebatir. Marc voyant d'un côté les Paiens extrêmement irritez contre lui, et considérant de l'autre qu'il n'avoit pas de quoi paier le prix du temple, et que quand ¿1 auroit eu de quoi le rebâtir, cela n'é-toit permis à aucun Chrétien, et bien moins à un Evéquequ'àuiiautrCjUs'cnjfijitt Maisayantap-
prif
PAR SOZOMENE, IIV» V.
les uns étoicnt trairiez devant les Tribunaux . 5c * les autres appliquez à laqucftion, il retourna 5c s'offrit à iouffrir toutes les cruautés: que la tu- * rcur do peuple pour roi c intenter. Ces Barbâtes au lieu d'admirer uneaâion si généreuiècrurent jÇ que fbn retour était nue marque du mépris qu'il avoir pour eux, se jetrércntfurlui, le traînèrent parlesruês,5clecbareércntdccoops. H n'y eut pertoooe de quelque texe, ni de quelque âge que ce fut, quiinc voulût avoir part à cette crueue exécution. Les femmes > 5c les enfant y coururent avec la même ardeur que les antres. Les uns lui percèrent les orcilles>5t y palTérent du fil, les écoliers s'en jouèrent, en se le jettant les uni aux antres, 3c en le piquant avec leurs canifs. Lorsqu'il fut tout couvert de plaies>ilsle frottèrent de miel, 5c relevèrent en l'air dans une corbeille de jonc. On dit que pendant qu'il étok élevé de la forte, 5c qu'il était piqué 5c mot do parles mouches, il dit aux habitâns d'Àrétufè qn'il les voioit fort bas an défions de lui, 5c qu'il iugeoit par-là de la difK-reuce des éuts ou ils te trouveroient en l'antre vie. On afiure anffi oue le Préfet do Prétoire qui était Païen, mais d'ailleurs si fort efttmé, queû raémoire eft encore en vénération dans le ^ats, admira la confiance de Mare, blàosa la cruauté de l'Empereur, 5c dit qu'il lui était bonecox d'être vaincu par un vieillard, 5c qu'il et mettoit erf danger de devenir ridicule, dans letemps même qu'il rendoit illûltres ceux qu'il perféentoit. Voila comment Marc fupporta avec une fermeté si iné-branlable les tourmens, que les habitants de Gaza inventèrent contre lui, qu'il en fat loué par les Paiens mêmes.
CHA*f» HISTOIRE DE L'EGLISE,
***
de _ —
tf. S.
CHAPITRE XL
Martyre de MacedoniuSy de Théodu/e>de Tatien, ■ deBu[ms,deBafiU,erd'Eupfyque.
M
Jscedonius, Théodule, et Tatdcn Phryg^ cns de nation, souffrirent au même-tem* le martyre, avec un courage invincible. Le Gou-verneur de la Province ayant ouvert dans la ville de Mero un temple cjui avoit été fermé durant
Î
riuûeurs années, ils y entrèrent la nuit, et bri-èrent les Idoles. D'autres ayant été arrêtez, et étant prêts d'être condamnez pour ce sujet, ils se prefentérent, et avouèrent qu'ils étaient les coupables. U leur croit aisé de s'exemter du fupplice en fàcrifiant aux Idoles. Mais le Gou-verneur ne pût leur perfuader d'expier parce moien, la faute qu'ils avaient faite. N'afeat donc rien gagné sur leur esprit» il les fit tourmenter de diverfes façons » et enfin les fit étendre sur un gril, au défions duquel il y avoir . un grand feu. Pendant qu'ils rotiffoient, ils dirent au Gouverneur, Arnaque ; c'eft ainfi qu'il s'appeloit, si vous voulez manger du rôti, commandez qu'on nous tourne de l'autre coté, de J>eur que nôtre ebair à demi-cuite, ne vous donnât du dégoût. Us moururent de la sorte au milieu des tourmens.
On dit que Bùfiris se signala aulfi â Ancyrc,ville de Galaticpar la gènéronté avec laquelle il fit pro-fèffion publique de la foi, il étaitde lafeetedcs ceux qu'on appelle Encratites. Le Gouverneur Ta-lantfàit arrêter pour s'être moqué desPaiens>com-manda de l'étendre sur le chcvalet.Mais Bufiris k-•Tant fesmains,et découvrant ses côtcz»lui dit,quil
PAR SOZOMENE, LIV. V. xtt a'eroitpasnéceu^rcque les soldats enssent la pei- Dm ne de l'élever sur le chevalet pour rabaiffer enfui- ** te, et qu'il se prefèncerok de lui-même pour rece- * voiries coups comme il lui plairoit .LeGouverneur * ftttfùrprisde fà promess^mais il le fut encore plus ~. de la manière dont il s'en aquita* car il tint toû-jours les mains levées, Si demeura ferme dans la même place pendant qu'on lui déchiroit les cotez avec des ongles de fer. 11 fut enfuite mené en pri-foo j mais après la mort de Julien, il fut mis en lu • berté, et vécut jusques sous le régne de Theodofè. 11 renonça à l'erreur des Encratites, et rentra dans la communion de l'Eglifè Catholique.
On dit que Bafile Prêtre de l'Eghfe d* Ancyre,et Eapfyque homme de qualité, natif de Cefârée en Cappadocc,et qui était marié depuis-tres-peu de jours couronnèrent au même - temps leur vie parle martyre. Eupfyque,fi je ne me trompe,dans ma conjecture, fut exécuté à mort àl'occafion du temple delà Fortune publique, dont la démolition mit l'Empereur en grande colère contre tous les habitansde Césarée.Ileft certain que ceux qui en écoient auteurs, furent condamnez à la mort, ou à l'exil.
Pour Bafile, il avoit toujours défendu la Reli-gion Chrétienne avec une vigueur nonparcille, et avoir reffifté aux Ariens fbûs le régne de Confiance, en haine de quoi les partifàns d'Eudoxe l'avo-ient empêché de tenir les aifemblèes des fidèles, Depuis que Julien fut parvenu à l'Empire, il parcourut la Province pour exhortet les Chrétiens a dsmeurcr fermes dans la fende leurs pères, fans fouiller leur confience par les facrifices, et par b autres cérémonies des Paicns, à mêprifèr les honneurs que l'Empereur leur offrait, et + considerer que ne durant quetres-peu de temps, ils font fuivis d'une infamie qui dure ércrnellt-ment. Il ne faut pas s'étonner que cette ardeur
avec m HISTOIRE DE L'EGLISE, ZSm avec laquelle il veillait pour conicrver les (emejy-* ces de la foi dans le cceur des Chrétiens, l'eut
* * rendu non seulement fuspcct, mais odieux aux
* 1 ' Infidèles. Les ayant un jour appcrçus, comme ils ~ faifoient un lacrifice en public, il s arrêta, fie ayant
tiré un foupir du fond de son cceur, il pria Dieu de ne pas Permettre qu'aucun Chrétien tombât dans un si déplorable aveuglement. Ayant été ar-rêté à l'hcure-méme 6c mené devant le Gouver-neur de la Province, il soufrritconftamrncnt de cruels fuppiiecs, etconfommafavie, 6c (à cha-rité par une mon glorieuie. Bien que tontes ces violences ruifent exercées contre l'intention de l'Empereur, elles ne laissent pas de faire voir qu'ity eût Ions son régne on grand nombre d'il-kittres martyrs, l'ai reprelènté tous leurs com-bats an même endroit, pour les mettre en un pins heaujour, bien qu'ils n'aient pas été donnez ea la même année.
CHAPITRE XII. Concile d%<AUxauiric.
U
N pen après qu'Athanaiè eut repris possef-fion des Eglises d'Alexandrie, Lucifer Evé-
3
uc de Cagliari en Sardaigne, 6c Eufébe Evéque e Verceil en Italie, allèrent le trouver de la haute Thébaïdc, où ils avaient été réléguez par l'ordre de Confiance > 6t ou ils étaient demeurez durant tout son régne. Ayant confif ré cnacmble tou-chant les moiens de rétablir les arrajresde l'Egh-fh y ils demeurèrent d'accord qu'Eufébc irott à Alexandrie, 6c qu'il y tieadroit un Concile avec Athanaie pourconfirmer la dodrine décelai de r^icéc. Lucifer ayant envoie un Diacre avec Eu-fébe
PAR SOZOMENE, LIT. V- il) f<fbc pour tenir sa placera Concile, alla à Antio- Vm cnc, dont il trouva l'Eglise fort divifèe tant par * les Ariens qui étaient alors gouvernez par Eu-zoius % que par les (éclateurs de Mélece, qui aïoicnt des dissérens avec ccux-mémes qui te- -raient la même doctrine qu'eux. Mélece n'étant g]£ pas encore alors de retour du lieu de son exil > Lucifer liera Paulin Evéque. Plusieufs Prélats s'étant cependant assemblez dans Aléxandrieavcc Albanie 6c Eufébe, ils confirmèrent les décrets du Concile deNicée» déclarèrent que l'Esprit-saint eft de même fubftancc que le Pere 6c le Fils, se fexvirent du terme de Trinité » 6c décidèrent qu'il Éiut croire que la nature humaine à laquelle le Verbe s'eft uni, eft une nature entière > 6c parnu* te, non seulement quant au corps $ mais auûs quant à l'ara e, ainfi que les Anciens Philosophes du Chnftianiime l'ont enfeigac. Et parce que TE* gliseavoit été extrêmement troublée pairies dit potes qui a voient été agitées touchant les termes de fubftancc 6c d'hypoftafe, ils ordonnèrent fort prudemment à mon fens, qu'on ne s'en ièrvirotc pas légèrement, lorsque l'on parletoit de Dieu » fieen eft qu'on voulût réfuter Terreur des Sabcl* liens, 6c qu'alors on pourrait s'en fèrvir, de peur que si l'on manquoit de termes, il (enrôlât qu'on n'en eût pas autant qu'on aurait d'idées cUrTéren-tesà expnmer. Voila ce qui fut décidé par les Eve-qoes, qnis'assemblércntencetemps.ladans Aie, tandrie. Athanascleurlûtle diseours qu'il avoir compofé sur (à retraite,pour leur finie entendre les raisons qu'il avoit euësde se cacher, 6c d'éviter les violences de (es ennemis.
CHA-
♦
1*4 HISTOIRE DE L'EGLISE,
dé '
J/. S,
»¿1- CHAPITRE XIII.
* Dissérend entre Paulin <T Méléce. Jlutre dissérend entre Eufébe, <? Lucifer. Hilaire concourt avec Eufébe > pour confirmer les peuples d^Occidcnt, - dans la foi du Concile de Nicée.
L
Orsque le Concile fut terminé, Eufébe alla à Antioche, où il trouva grande divifîon parmi les fidèles. Car ceux qui écoiene affectionnez à Méléce ne vouloient point se fbû-mettre à la conduite de Paulin y et s'alTembloient â part. Eufébe futtres- fâché de ce aue Pordina-tion de Paulin avoit été faite fans le confènte-ment unanime du peuple, comme se doivent faire les ordinations. 11 en diffimula pourtant son déplaisir par respeâ: pour Lucifer, et lans participer à la communion de l'un ni de l'autre des partis, il leur promit de reformer dans un Concile tout ce qui leur avoit pu fournir quelque sujet de mécontentement. Pendant qu'Eu-iebe travailloit de la sorte à réunir les esprits di-vifez des Fidèles de cette ville, Méléce retourna du lieu de son exil,et aianrtrouvé ceux de ion parti féparez des autres > il s'affembla avec enx hors de la ville. Paulin s'aiîèmbloit dedans avec ceux qui étaient fournis à la conduite. Car Enzoius Évéqnedes Ariens, bien loin d'avoir delTein de le chasser lui avoit laiHé une Eglise comme a un homme fort aimable-pour la douceur de ion naturel, et fore vénérable pour son âge, et pour la vertu. Eufébe partit d'Antioche quand il vit que les soins qu?il prenoit d'y rétablir la paix ne servoient de rien. Lucifer tenant à injure le refus qu'il avok fait d'approuver l'ordina-
Digitized by
PAR SOZOMENE, LIV. V. 1S5 tioa de Paulin, evita la communion d'Eusebe, et par un pur deiîr de contefter, chercha à re- * prendre dans ce qu'il avoic ordonné avec les au- v¿Í* tres Evéqucs au Concile d'Alexandrie. On peur * * dire que lafeete des Lucifériens eft nee de cette démangeaiion de disputer. Car ceux qui pre- Uw> noient part à ses intérêts, fteà^fes scntimcns se féparércntdel'Eglise. Pour lui, quelque indignation qu'il eût de ce qui avoir été fait à ion, deiavantage, néanmoins parce qu'il avoir envoie un Diacre au Concile d'Alexandrie, ileonT fentit à et qui 7 avoit été ordonné, retourna en Sardaigne, et demeura dans la communion del'Eglise.
EuÎebe parcourut diverfes Provinces d'Orient, où il reforma te qui manquoit en la créance de quelques-uns, paiTa delà en Illirie, et enfuite en Italie, ou il trouva Hilaire Evêque do Poitiers en Aquitaine, qui s'était aquité avant lui des mêmes devoirs. Comme il éroit parti avant loi du lieu de ion banniffement, il avoit pris le foin d'enièigner aux peuples d'Italie, et des Gaules la doétnne qu'il faut tenir, et celle qu'il fane rejetter. H était tres-éloquent en Latin, et acompofé d'ex eel lens livres contre l'erreur d'Arias. Voila comment Eufébe, et Hilaire ibû-tiurent en Occident la doctrine du Concile de Nicéc.
CHÁ*
%U HISTOIRE DE L'EGLISE,
C H A P I T R E XIV.
Dissérend entre les parti fans de Macédonius, <sceuxd%^4caee.
L
is parafant de Macédonius entre Icsquds Eleufius, Euftate, et Sophronius tenoieut les premiers rangs,ayant repris la liberté après la mort de Confiance de rauTembler tous ceux qty s'étaient autrefois trouvez avec eux à Seleucie, tinrent quelques Conciles où ils condamnèrent les partt-fans d'Acace, et la doctrine confirmée dans le Concile de Rimini,et approuvèrent celle qui avoit été d'abord publiée à Antioche, et depuis confirmée par eux à Seleucie. Lorsqu'on leur demanda pourquoi ils le fépatoient des partifans d'Acace, avec lesquels ils avaient été autrefois si étroitement unis y ils répondirent par la bouche de Sophro-nius, que les Occidentaux avaient approuvé le I • terme de confubftanciel, et qu'Aëce avoit foutenu en Orient celui de dissemblable quant à la fubftan-ce, que les premiers avaient confondu mal à pro- | pos tous le terme de confubftanciel, les perfonnes du Pcre et du Fils, bien qu'elles foient dirTércn- j tes, et que le second avoit mis une trop grande dissérence entre la nature du Pcre et celle du Fils : mais que pour e^ils se tenoient dans les bornes I de la-piété, quand ils reconnoissoient que le Fils de Dieu cft femblable à fbn Pcre quant à rhypo-ftafe, et qu'ils gardoient le iufte milieu de la vérité entre les extrémitez de deux erreurs oppofèes. Voila comment ils défèndoient leurs sentiments •outre ce qu'on y orouvoit à redire. j
ÇHA-
tSS HISTOIRE DE L'EGLISE, Jêéti dans, et qu'ils ne fiiTcnt tous cnscmble fédition. ** 11 y avoit en effet un grand nombre d'ouvriers qui **' ^ travailloient en laine, et à la monnoie, qui * - étaient divifèz en deux bandes t et qui avaient obtenu pcrmiiuon des precédeos Empereurs de demeurer dans cette ville, à laebargede fournir tous les ans au trefbr public des habits pour les gens de guerre, et une certaine quantité d'argent nouvellement monnoié< Bien que Julien eût rcíb-lu de favorifer la fupêrfhtion Paienue par toute sorte de voies, il ne croioit pas néanmoins que la prudence permît d'ufer de contrainte, ni d'établir des fuppliccs contre ceux qui rcfuièroicnt delà, crificr. Dailleurs le nombre des Chrétiens étoû û «anden chaque ville, que les Jugesauroientea beaucoup de peine à en faire le dénombrement. Il ne leur défendit pas même de s'afscmbler pour faire leurs prières > parce qu'il fâvokcjue la violence eft inutile dans les choses qui dépendent uniquement de la liberté. U chaffa pourtant les E?ê-ques, et les Eccléfiafbques de toutes les villes ioûsprétexte qu'ils y excitoient des féditions, et en effet, à dehein d'abolir les assèmblées par leur absènce, et d'effacer par ladite du temps les maximes, et les pratiques de piété, del'esprit, etdu ceeur des Fidèles, lorsqu'ils n'auroienc plus de Pafteurs qui priffent le foin de les confèrver. 11 fê fèrvitde cette couleur pourchaffer Eleufîus, et íes disciples hors de Gyzique, bien qu'il n'y eût ai fédition, ni aucun sujet d'en appréhender. Il exhorta par un ai public les habitants de Boftra i chaíTcr Tite leur Evêque. Je dirai ici sur quoi cet ordre pouvait être fondé. Julien Tayant menacé de fejetter sur lui, et for ses Eccléuaftíques la iaute des defordres, et des troubles qui te pour-rotent élever parmi le peuple, il lui envoya un écrit, par lequel il protefta qu'encore que les ÇhnStkût Ment CU plosgraiiiüíMlxbjcc que les
FAR SOZOMENE, LIV. V. ztf
Paiens, fuivant pourtant ses exhortations ils Vsm
étpicnt très -diposcz à demeurer en repos, ettres- *
éloignez de se ioûlever. Julien ayant deiîein de rcn-
dreTite odieux aux habitants de Boftrane manqua * * u
pas de marquer dans la lettre qu^il leur écrivit,quc ?
cet Evéquc avoit avancé contre eux une calomnie f£
en faifàut entendre que c'étoic plutôt par défé-
rence à ses avis, que par leur propre inclination
qu'ils n'excitoient point de {édition -, 8c les exhor-
ta aie chafTer de leur ville, comme un ennemi pu-
blic. 11 y a apparence que les Chrétiens fbufrri-
reat de pareilles injuftiecs* en d'autres lieux, /bit
par des ordres fècrets de Julien, ou par l'ardeur in-
discrète du peuple. On en peut avec raison rejet-
ter la faute sur ce Prince* puisqu'au lieu d'exercer
lafevérité des lois contre les auteurs de ces violen-
ces, il se contentoit de les blâmer dans le temps
qu'il les autorifbit par ses actions. Voila pour-
quoi les Chrétiens fuioient de ville en ville, bien
u'ilncles pourfuivît paspubliquement.T)lufieurs
e mes parens, 6c mon ajeul entre autres furent
obligez de fuir de la forte, 11 était né de parens
Paiens, 8c avoit le premier avec toute sa maifbn,et
arec toute la famille d'Alaph'on cmbrafTé la Re-
ligion Chrétienne dans'Béchélie bourg forr peuplé
cependant de la ville de Gaza, où il y a des temples
que l'antiquité rend fort vénérables à ceux du
païs, 8c entre autres le Panthéon bâti sur une hau-
teur faite de mains d'hommes, 8c qui commande
le bourg de tous cotez. Le nom de ce temple a
été traduit du Syriaque, 8c lignifie que c'cftle
lieu, où les Dieux font leur demeure. On dit que
ces familles-la furent converties à la foi par le rai-
niftére du Moine Hilarion. Car comme Alaphion
était polTédé du démon,et que ni les Paiens, ni les
Juifs ne pou voient l'en délivrer par la force de leurs
cochantemens, ce saint Solitaire l'en délivra en in-
voquant seulement Je nom de Dieu f 8c àl'henrc-
JtmllI. N •même
Digitized toy Google
29 HISTOIRE DE L'EGLISE, Van même il fit professiou Je la foi avec toute sa fa-
* mille. Quant à mou aïeul il a voit rcfyru io:t f^jj pénétrant, et excdloit dans l'explication
In».
CHAPITRE XVL
Soins de Julien pour la propagation du Faganifrif-lettre qu'il écrivit à un Prêtre Pàien jur et
L'Empereur ërok ftnfîblemcnt afssigé et voir que le Pagauifmc qu'il appuioic depuis long-rems de tout fbn pouvoir, ne "h soit point de progrez scmblables à ceux de ■ Religion Chrétienne. Il eft vrai que lespoH tes des Temples étaient ouvertes, que les /" tels étaient chargez de Viétimes, que les si étaient célébrées avec les cérémonies ordinaire
* lainte Ecritn re. 11 a voit aussi qticlq uc teinture iti fiences proprune:;, et fivoit quelquechosedel'A-rithmétique, La facilite avec laquelle il ciftï-quoir les partages les plus obscurs des Livres fa-crez, leur aimer parles habitansd'Ascalonetdc Gaza, comme un homme qui leur était absoto-ment nécessaire. Perfonne ne fauroit jamais palier affez dignement 4u mérite et de la vertu Je l'autre famille. Ceux qui la compoloient fondèrent les premières Eghies, et les premiers Mo-, nafteres qu'il y ait eu dans le païs, et lesenrichi-rent.par l'éclat de leur sainteté, et par laprofo-fion de leurs aumônes. Quelques-uns d'entre eux ont furvêcu jusques à nôtre temps, et f aieo le bonheur de tes ;voir fort âgez lorsque j'étois encore fort jeune. Je ferai obligé de parler d'eux plus amplement dans la fuite de mon hiftoirc.