Le Lendemain de la victoire - scènes socialistes (page 10)

Louis Veuillot · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Lendemain de la victoire - scènes socialistes · 10 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LE CHEF.

Quand pourrons-nous en faire autant dans la capitale !

JEAN BONHOMME.

Je ne tiens à vivre que pour aller là, servir certaines pratiques.

LE CHEF.

Tous nos maux viennent des villes ; elles paieront tout avec usure.

GERVAIS.

Vous n’iriez pas dans les régions de l’ouest, vous ? La vie et la mort y sont moins dures qu’ici, mais ils font des prisonniers… Ce ne serait pas votre goût.

LE CHEF.

Ni le vôtre, je pense.

JEAN BONHOMME.

Ni le mien. Quand j’ai vu des prêtres, j’ai dit : Non ! il ne me faut pas des patenôtres, il me faut du sang. Dans l’ouest ils se battent, ici on se mange…

LE PETIT GERVAIS, accourant.

Voici les galériens !

LE CHEF.

Notre dernier poste commencera le feu à bout portant ; on se lèvera au premier coup de fusil. Face à terre et silence.

(La colonne mobile paraît et s’engage dans le bois. Guyot et le commandant viennent à l’arrière-garde.)

GUYOT.

Pas l’ombre d’un chouan ! Citoyen commandant, reçois mes félicitations. Le travail et la tranquillité règnent dans ton district.

LE COMMANDANT.

Par malheur, l’abondance n’y règne pas, citoyen préfet. Nous avons beau nous faire craindre des paysans, ils se décident encore mieux à recevoir des coups de bâton qu’à nous tremper la soupe. Et tu verras qu’ils finiront par se joindre tous aux révoltés pour nous écraser.

GUYOT.

Ensuite ils s’entre-dévoreront. Ceux qui ont pris ne voudront jamais rendre ; ceux qui ont été dépouillés voudront reprendre plus qu’on ne leur a pris.

LE COMMANDANT.

C’est-à-dire qu’ils s’égorgeront perpétuellement en criant les uns contre les autres : Au voleur !

GUYOT.

Oui, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne. Je commence à croire que les socialistes ont entrepris une besogne au-dessus de leurs forces.

LE COMMANDANT.

À moins qu’ils n’aient voulu tout simplement dépeupler la terre… Quel temps pour ceux qui aiment la paix !

GUYOT.

Tout le monde soupire après la paix ; mais voilà le malheur : personne ne la peut faire. Quand les révolutions sont commencées, c’est le diable, rien ne peut les finir. On croyait saisir la liberté, on tombe dans l’esclavage ; on croyait assurer son bien-être, on ne fait que son malheur et celui d’autrui !

LE COMMANDANT.

Dire que nous ne sommes même pas libres de rester tranquilles, et qu’il nous faut ravager notre pays ou être guillotinés !

GUYOT.

Et tout cela pour nous reposer un jour sous la trique des Cosaques ! car ils vont arriver. Divisés comme nous le sommes, nous ne résisterons guère.

LE COMMANDANT.

Quelle résistance veux-tu que fassent des gens que leurs concitoyens humilient, volent et assassinent ? Quand les Cosaques seraient aussi insolens, aussi pillards, aussi féroces que nous, ils auront toujours plus de discipline, et les citoyens ne subiront plus du moins l’avanie d’être insultés dans leur propre langue. Je m’explique aujourd’hui bien des choses qui m’étonnaient. À voir ce que nous voyons, on apprend l’histoire !… Ce que je ne puis concevoir, c’est que les deux républiques séparatistes du nord et de l’ouest ne nous aient point culbutés.

GUYOT.

Elles n’y ont pas renoncé. Les constitutionnels s’affermissent dans le nord, et les catholiques de l’ouest, en s’unissant avec eux, nous donneront du fil à retordre. Le fanatisme de ces gens de l’ouest est indomptable. Le Vengeur doit se repentir d’avoir délivré Valentin de Lavaur, quand le gouvernement provisoire voulait le faire arrêter.

LE COMMANDANT.

Il lui a fait payer assez cher sa générosité. Sais-tu cela ?

GUYOT.

Non.

LE COMMANDANT.

Mme de Lavaur était cachée dans la capitale, soignant sa mère et menant la vie d’une sœur de charité. Elle a été découverte, trahie, je crois. Le Vengeur a mis la main sur elle, l’a envoyée dans une ville assiégée par les catholiques, et a fait dire à Valentin, qui dirigeait le siège, que le jour de l’assaut, sa femme serait attachée à l’endroit le plus menacé des remparts.

GUYOT.

C’est bien l’homme !

LE COMMANDANT.

Valentin rassemble son conseil. Ayant montré la nécessité d’enlever la ville, il ajoute que l’affaire sera meurtrière et que plusieurs y perdront leurs parens et leurs fils. Personne ne bronche, tout le monde veut l’assaut. Valentin commande le feu, monte le premier sur la brèche et voit parmi les morts le cadavre de sa femme. Il le fait enlever sans prononcer un mot, de peur que ses hommes exaspérés ne massacrent les prisonniers.

GUYOT.

En voilà un sur qui la révolution a passé comme un cylindre de fer ! Son père et sa mère ont été tués du même coup devant moi.

LE COMMANDANT.

Et faire encore la guerre avec tant d’humanité ! Ces gens-là sont étonnans.

GUYOT.

Oui, mais quel fanatisme ! Dans leur fédération, ils vivent comme des capucins. Les prêtres y gouvernent, et la civilisation recule. Ils ne veulent pas de spectacles, ils vont à la messe tous les jours. C’est une vie bien triste.

LE COMMANDANT.

Pas plus triste que la nôtre… Je suis revenu de beaucoup d’illusions.

GUYOT.

Moi aussi, mais… (On entend un coup de fusil.)

JEAN BONHOMME, se levant.

Reçois enfin ton compte ! (Il tire, Guyot tombe. Combat et carnage.)

XIII.

Salle du conseil dans la capitale de la fédération de l’Ouest.

(Les membres du conseil, en petit nombre, ecclésiastiques, paysans, soldats et bourgeois, sont agenouillés devant un grand crucifix qui s’élève au fond de la salle.)

VALENTIN DE LAVAUR, président.

Messieurs, la république sociale vous a demandé la paix ; elle n’a obtenu qu’une trêve, et vous ne l’avez accordée qu’en considération de l’invasion qui menace nos anciens concitoyens. La trêve est conclue. Les socialistes, se fiant à notre parole, ont dégarni leur frontière. La partie de leur armée qui n’est pas occupée à comprimer l’intérieur est maintenant en présence de l’ennemi. Une bataille décisive est imminente. Le résultat ne semble pas douteux. Je vais me rendre sur le point de notre territoire le plus rapproché du théâtre de ce grand événement. Par devoir, nous sommes neutres entre les parties belligérantes. Nous ne voulons point défendre la cause des socialistes, hostile à Dieu et aux hommes ; mais nous ne pouvons oublier que si les socialistes sont nos persécuteurs, ils furent aussi nos concitoyens, nos amis, nos frères, qu’ils parlent la même langue que nous, que le sol qu’ils vont arroser de leur sang, après l’avoir arrosé du nôtre, a été pour nous aussi et sera encore, je l’espère, le sol de la patrie. Entre les Cosaques et les socialistes, nous laissons le ciel rendre ses justes arrêts. Qu’il nous rende dignes seulement de combattre le vainqueur !

Messieurs, nous nous sommes donné une grande tâche ; elle n’est point achevée ; néanmoins, ce que nous avons accompli avec l’aide de Dieu doit nous remplir d’une invincible espérance. Après bien des efforts et bien des combats, dans un lambeau de la patrie déchirée nous nous sommes fait une nouvelle patrie. Une république chrétienne s’est échappée, sanglante, mais pure et pleine de vie, des serres de la république sociale. Tout ce que la folie furieuse de nos anciens concitoyens veut abattre et anéantir se relève et prospère parmi nous. Le peuple qui nous a donné sa confiance n’avait jamais outragé les autels du Christ ; béni dès ce monde, il a été choisi pour les défendre. Plus sage que tant de faux sages qui se sont perdus eux-mêmes après avoir abusé les multitudes, ce généreux peuple a discerné la pierre angulaire de l’édifice social. Il a posé la famille, la propriété, l’ordre et la paix sur le seul fondement qui les puisse porter ; il a voulu et su n’être libre que sous la loi du devoir. Grâce à son courage, nous avons bâti pendant que la terre tremblait. Nous avons donné sur la terre un asile à Dieu, insolemment et follement chassé de partout ; nous lui avons rendu un royaume parmi les hommes. Il y règne, maître de toutes les volontés, appui de tous les courages, espoir et consolation de tous les cœurs. Vous savez quelles bénédictions nous ont récompensés, quels prodiges nous ont soutenus, quels miracles nous ont sauvés. Tous nous sentons cette vertu secrète qui sort de la tombe de nos martyrs, et qui nous anime à suivre leur exemple ; mais, comme nous devenons plus forts après qu’ils ont péri, ne semble-t-il pas que leur sang enrichit le sol en même temps qu’il crie pour nous vers le ciel ? En vain le père meurt et le fils est au combat : la charrue, guidée par la débile main des enfans et des femmes, n’en creuse pas un sillon moins fécond, et le citoyen revenu de la guerre trouve son champ couvert d’une moisson qu’il n’a pas semée. Nous avons pu, presque sans argent et sans impôts, soutenir une lutte gigantesque ; l’instruction est distribuée partout, jusque dans nos camps ; les malades sont soignés partout, les pauvres assistés partout, et nous n’avons ni budget de l’instruction publique, ni budget des pauvres. Pour subvenir à de si grands besoins et à de si pressans devoirs, il nous a suffi d’accueillir les prêtres, les saintes femmes que la république sociale n’a pu égorger. Cette armée de serviteurs et d’esclaves volontaires du pauvre s’est mise à l’œuvre avec tout le zèle de la charité. Elle a prié et travaillé pendant que nous combattions ; elle a élevé l’esprit public à un degré de vertu et de foi que nous-mêmes n’espérions pas.

Cet esprit est notre salut ; il sera le salut de l’humanité. C’est pour l’avoir étouffé que les sociétés succombent ; elles ne se relèveront comme nous et ne renaîtront qu’avec lui. Lui seul, nous le voyons, inspire et soutient les dévouemens sans nombre que nécessitent les misères inhérentes à la condition humaine ; lui seul, en donnant satisfaction et soulagement à ces misères, contient, apaise, supprime dans la foule des petits et des derniers d’ici-bas les révoltes formidables de l’orgueil, de l’envie, du désespoir. En lui sont vraiment la liberté, l’égalité et la fraternité. Par lui, nous avons pu réaliser bien au-delà tout ce que le socialisme prétendait faire. Le socialisme annonçait une création nouvelle, et il expire en enfantant le néant. Nous avons humblement invoqué l’esprit de foi, et l’immuable vérité se manifeste, nouvelle et toujours la même, par une résurrection. Nous devons au peuple, nous devons à la patrie, à l’humanité et à nos ames de ne point laisser la flamme du christianisme s’éteindre ou s’affaiblir parmi nous. Cette considération qui inspire tous nos règlemens a été la loi de nos relations avec la république constitutionnelle. Nous sommes en parfait rapport d’amitié, d’alliance, nous fesons cause commune contre les socialistes ; mais nous n’avons pas cru le moment arrivé de conclure une union plus complète, quelque désirable qu’elle fût d’ailleurs. La république constitutionnelle, née, en même temps que nous, des mêmes événemens, des mêmes périls, des mêmes efforts, n’a pas apprécié comme nous la cause des désastres dont nous avons tous souffert ; nous ne concevons pas de la même manière ce que nous appelons la liberté. Les événemens, l’expérience, beaucoup de besoins identiques, un mutuel désir de concorde et d’agrandissement, nous mettront d’accord. Assurés qu’on ne traitera point de nous sans nous, que nous ne perdrons rien de ce que nous avons conquis, nous attendrons sans entêtement, sans impatience et sans faiblesse le jour cent fois heureux où, sur l’autel relevé de la grande patrie, nous brûlerons tous nos drapeaux pour n’en avoir qu’un seul aux mains de la justice et de la paix. (La séance continue.)

XIV.

(La capitale de la république sociale. Rue silencieuse et déserte. Plusieurs maisons en ruine. L’herbe pousse entre les pavés. À l’extrémité, la rue est coupée par une barricade, au bas de laquelle se cache un homme déguenillé. Un autre homme, en blouse, franchit la barricade. Ces deux hommes, se voyant face à face, s’observent avec une certaine inquiétude.)

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Citoyen, je suis un pauvre ouvrier sans ouvrage. J’ai faim.

L’HOMME EN BLOUSE.

Moi aussi.

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Mais tu as de quoi manger ; tu portes un pain sous ta blouse.

L’HOMME EN BLOUSE.

Moi !

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Je le sais. Je t’ai suivi. Deux fois par semaine, tu vas chercher ce pain à l’entrée du faubourg. Donne-m’en un morceau.

L’HOMME EN BLOUSE.

Ce pain, que je paie au poids de l’or, est tout ce que j’ai pour nourrir une femme et trois enfans.

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Donne-m’en un morceau ; je n’ai pas mangé depuis deux jours. Il faut que je mange ou que je meure. (il montre un pistolet.)

L’HOMME EN BLOUSE.

Je suis armé aussi.

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Donne-moi un morceau de pain, et ne nous tuons pas. Si par bavard on venait au bruit et qu’on te trouvât un pain, tes enfans ne verraient ni le pain ni toi.

L’HOMME EN BLOUSE.

Prends ; … mais tu m’arraches le cœur. (Il lui donne un peu de pain.)

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Mon pauvre ami, j’en suis bien fâché. Je te dirais, si cela pouvait te consoler, que tu sauves la vie à un homme de lettres célèbre, à un ancien ministre, à un membre marquant de plusieurs de nos anciennes assemblées.

L’HOMME EN BLOUSE.

Cela ne me console aucunement.

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Je ne t’en veux point.

L’HOMME EN BLOUSE.

Et moi je t’apprends, s’il est nécessaire de te montrer ce que tu as fait avec tant d’autres, que tu manges la dernière bouchée de pain d’un millionnaire.

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Tu ne m’apprends rien. Pour se procurer deux pains toutes les semaines, il faut avoir un reste de coffre assez bien garni ; mais le temps approche où tu pourras refaire ta fortune. Quant à moi, mon industrie est pour long-temps supprimée. Si tu avais par la suite besoin d’un précepteur…

L’HOMME EN BLOUSE.

Je ne te choisirais pas.

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Je sais tenir une classe, et je suis d’une assez jolie force sur la guitare. L’enseignement serait ma vocation. Cependant je me contenterais d’être valet de chambre ou portier. Je vaux mieux que ma mine et mes anciennes professions. Je suis devenu honnête homme, je voudrais faire une bonne fin.

L’HOMME EN BLOUSE.

Espères-tu vraiment que nous sortions bientôt de l’affreux état où nous sommes ?

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Nous avions annoncé aux Cosaques que nous irions délivrer nos frères les Russes. Les Cosaques nous ont répondu qu’ils viendraient délivrer leurs frères les honnêtes gens. Je ne crois pas que nous délivrions les Russes.

L’HOMME EN BLOUSE.

Sais-tu quelque chose ?

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Je sais qu’il est défendu de donner les mauvaises nouvelles.

L’HOMME EN BLOUSE.

Mais les bonnes ?

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Oh ! pour les bonnes, c’est différent. Nous avions un dernier général qui semblait capable. À la suite d’un combat dont ses soldats ont paru trop fiers, il a été arrêté par l’ordre du dictateur et fusillé cette nuit.

L’HOMME EN BLOUSE.

L’assaut ne peut tarder ?

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Fi donc ! les murailles de la capitale du socialisme vont tout à l’heure se déplacer d’elles-mêmes, et par leur masse mettre l’ennemi en fuite. (Coup de canon.)

L’HOMME EN BLOUSE.

En attendant, voici son canon.

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

C’est le nôtre. Ne lis-tu pas les bulletins ? Tous les coups de l’ennemi ratent. Aucun ne porte. (Une bombe tombe dans la rue.) Tu vois bien ! Si tu m’en crois, nous irons causer ailleurs. (On entend une cavalcade.)

L’HOMME EN BLOUSE.

Qu’est-ce qui vient là ?

L’HOMME DÉGUENILLÉ.

Fuyons ! c’est le Vengeur. Nous avons moins à craindre des boulets de l’ennemi que de ce fou furieux et des bandits qui l’accompagnent. (Ils sortent.)

XV.

LE VENGEUR., (Il est à cheval, seul à vingt pas d’une faible escorte.)

Je suis vaincu. L’humanité m’échappe et retourne au joug du Christ. Ce qu’elle a souffert ne m’a pas donné la joie que j’en attendais. (Il regarde autour de lui.) Elle se souviendra de moi pourtant. Voici le grand bazar, le centre de l’activité, des richesses, des plaisirs. Voici ces rues traversées jadis de tant d’équipages, illuminées de tant de feux, décorées de tant de merveilles. Je les ai parcourues alors, inconnu, méprisé, chargé de misère, dévoré d’envie. L’herbe y pousse aujourd’hui sous les pieds de mon cheval, et ce qu’elles conservent d’habitans se cache dans les ruines quand je passe ! Qui m’aurait dit que je verrais cela, et que mes vœux ne seraient pas remplis, et que mon cœur ne serait pas content, et que ma fureur, déchaînée au milieu de ce sang et de ces ruines, rugirait de son impuissance ?… (Entre Galuchet, à cheval, suivi de Chenu et de quelques autres.) Qu’y a-t-il ?

GALUCHET.

La brèche est ouverte ; l’assaut sera donné dans une heure ; la troupe hésite, et le peuple murmure. Il faut capituler.

LE VENGEUR.

Il faut mourir et que l’ennemi ne trouve ici que des cadavres et des ruines.

GALUCHET.

Il faut capituler.

CHENU ET LES AUTRES.

Il faut capituler ! il faut se rendre !

VOIX DANS L’ESCORTE.

À bas le dictateur !

LE VENGEUR, se tournant vers l’escorte.

Traîtres et lâches ! (Il tire son épée.)

GALUCHET, passant derrière le Vengeur.

Tiens, voilà ton affaire ! (Il le frappe.)

CHENU.

Tiens ! brigand, oppresseur du peuple ! (Il frappe.)

LES AUTRES.

Tiens ! tiens ! (Tous frappent. Le Vengeur tombe percé de cent coups.)

GALUCHET.

Mes amis, le tyran est mort ! Souvenez-vous que c’est moi qui l’ai tué ! Nous sommes libres ! Vive la paix ! vive le commerce ! vive le plaisir ! vive l’empereur ! (À Chenu.) Vite, en parlementaire aux avant-postes ! et n’oublie rien de ce que tu dois dire. (Ils sortent. Presque au même instant le père Alexis franchit la barricade.)

XVI.

LE PÈRE ALEXIS.

Grand Dieu ! grand Dieu ! juge terrible ! c’est assez de colère ; miséricorde, ô mon Dieu ! (Il aperçoit le Vengeur.) Voici l’homme qu’on vient de massacrer. Voyons s’il respire encore. (Il s’approche du Vengeur, le relève et l’assied près d’un mur.) Mon frère ! mon frère !

LE VENGEUR, avec effort.

Qui es-tu ?

LE PÈRE ALEXIS.

Je suis prêtre, et je viens vous ouvrir le ciel.

LE VENGEUR

Il n’y a pas de ciel pour moi.

LE PÈRE ALEXIS.

Qui que vous soyez et quoi que vous ayez fait, le ciel ne se fermera pas à votre repentir.

LE VENGEUR

Laisse-moi, je suis le Vengeur, et je ne veux pas me repentir. (Il meurt.)

LE PÈRE ALEXIS.

Malheureux ! le seul vengeur est là-haut ; tu n’étais que la vengeance ! (Il ferme les yeux du cadavre, prie un moment et s’éloigne.)

Louis Veuillot.

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