Sermons du curé d'Ars (page 31)

Jean-Marie Vianney · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Sermons de saint Jean-Marie Vianney, tomes 1 à 4 · 56 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Je dis donc 1 , M.F., que si nous ne prenons pas assez de temps pour nous examiner, nos confessions ne valent rien, pour ne pas dire qu'elles sont sacrilèges. Il est vrai qu'il n'est guère possible de déterminer le temps que nous devons employer pour notre examen. Celui qui est resté longtemps sans se confesser doit rester plus longtemps que celui qui se confesse souvent. D'après cela, nous devons y donner du temps selon l'état dans lequel nous sommes engagés, et selon le temps que nous ne nous sommes pas confessés. Don-nons-y le temps et les soins que nous donnerions à une affaire dont nous aurions bien à cœur la réussite.

L'examen est donc la première chose que nous devons faire pour espérer une bonne confession. On doit le commencer par la prière, en implorant de tout son cœur les lumières du Saint-Esprit et la protection de la sainte Vierge. Il faut faire quelque bonne action, comme d'entendre la sainte Messe ; et, si nous pou-vons, faire pour cela quelques petites privations dans nos repas, dans notre sommeil ; offrir nos peines de la journée au bon Dieu pour commencer à fléchir sa jus-tice. Ensuite il faut se retirer dans un coin, si l'on peut, ou du moins, à son réveil, ou pendant que l'on est en chemin, à mesure que le bon Dieu vous fait connaître vos péchés, lui en témoigner votre douleur. Il ne faut pas vous contenter de voir vos péchés une fois, mais plusieurs, et au point que vous les graviez dans votre mémoire, de manière à ne pas les perdre de vue, pour le moment où vous aurez le bonheur de vous en con-fesser ; car vous savez aussi bien que moi que si vous laissez quelques péchés mortels, faute de vous être examinés, quand même vous les auriez dits, si vous les aviez connus, cela n'empêcherait pas que votre confes-sion ne soit un sacrilège.

Si, avant de communier, vous vous rappelez de quel-ques péchés mortels, il faut bien prendre garde : si vous les avez laissés par votre faute, ou parce que vous n'avez pas assez donné de temps à votre examen, il faut, si vous le pouvez, vous réconcilier, et, si vous ne le pouvez, il faut encore examiner devant le bon Dieu si, en vous confessant de ce péché, le prêtre vous a donné la permission de communier Si vous êtes dans le doute, il vaut mieux laisser votre communion pour une autre fois. Hélas ! M.F., si nous prenions autant de précautions pour le salut de notre âme que nous en pre-nons pour bien faire nos affaires temporelles, toutes nos confessions seraient très bonnes et nous assureraient notre pardon ! Hélas ! que de confessions faites presque sans examen, sans préparation ! D'après cela, peut-on bien vivre tranquille dans un état si malheureux ?

Nous avons dit, en second lieu, qu'après avoir bien examiné notre conscience, il faut accuser nos péchés autant bien que nous le pouvons, si nous voulons en obtenir le pardon. Si je parlais à des impies ou à des incrédules, je commencerais à leur prouver toute la cer-titude de cette nécessité d'accuser ses péchés, mais, non, M.F., à vous cela serait inutile. Personne ne doute d'une grâce si précieuse, qui fait tout le bonheur d'un chrétien ici-bas ; car, après le péché, c'est sa seule et unique espérance pour obtenir le ciel. Je dis donc, M.F., que cette seconde condition est absolument né-cessaire pour que notre confession soit bonne. C'est l'accusation qui coûte le plus aux pécheurs orgueilleux ;

c'est elle aussi qui fait le plus de confessions sacrilèges. Vous allez voir combien ces mauvais chrétiens prennent de détours pour paraître moins coupables : nous sommes plus occupés de la manière dont nous accuserons nos péchés pour éprouver moins de confusion, que de la manière de les dire tels que le bon Dieu les connaît. Combien de fois avons-nous senti notre conscience qui nous faisait connaître que nous ne les disions pas comme il faut, et nous nous tranquillisions en pensant que c'était bien la même chose. Combien de fois avons -nous été fâchés de si bien connaître nos péchés, et même d'en tant connaître, parce que nous nous trou-vions trop coupables ; au lieu de remercier le bon Dieu de tout notre cœur, de cette grande grâce. Combien de fois n'avons-nous pas choisi le moment où le prêtre a moins de temps, pour qu'il n'ait pas celui de nous faire aucune interrogation ? Combien de fois n'avons-nous pas dit nos péchés avec précipitation, sans laisser au prêtre le temps de nous faire dire les circonstances notables, qu'il est absolument nécessaire de découvrir pour faire une bonne confession.

Je ne parlerai pas, M.F., de ceux qui prient le bon Dieu de trouver des confesseurs qui ne les forcent pas à quitter leurs mauvaises habitudes. II ne veulent pas cependant y mourir ; mais ils ne sont pas résolus de les quitter pour le moment. Hélas ! ce sont de pauvres aveugles, qui courent en enfer à pas de géant et peut--être sans y penser. Mais combien en est-il qui, par ignorance ou par crainte, ne veulent pas seulement prendre la peine de s'examiner ni de distinguer les circonstances qui rendent le péché plus grave, ou qui le changent d'espèce. Je n'entrerai pas dans un grand détail, parce que, l'année passée, je vous ai assez expli-qué tout cela. Vous vous accusez bien d'avoir travaillé le dimanche ; mais vous ne dites pas pendant combien d'heures, ni combien de personnes vous avez fait tra-vailler, ni si c'est pendant les saints offices ; combien de personnes vous ont vues, ce qui les a scandalisées. Vous vous accusez bien d'avoir mangé de la viande les jours défendus ; mais vous ne dites pas combien de personnes en ont mangé à cause de vous, et combien vous ont vu, ce qui les a scandalisées, et, peut-être, les a portées à faire de même ; vous ne dites pas si vous avez sollicité vos enfants ou vos domestiques. Vous vous accusez bien d'avoir mangé de la viande ; mais vous ne dites pas si c'est par impiété, en vous raillant des commandements de l'église ; vous dites bien que vous avez fait gras sans y penser ; mais vous ne dites pas que c'est votre gourmandise qui en a été la cause. Vous vous accusez bien d'avoir manqué à vos prières : votre Benedicite, vos grâces, vos Angelus, le signe de la croix passant devant une croix ou une église ; mais vous ne dites pas que c'est par respect humain, ce qui augmente considérablement votre péché. Vous vous accusez bien d'avoir eu des distractions dans vos prières ; mais vous ne dites pas que c'est pendant la sainte Messe et pen-dant vos pénitences, ce qui est souvent un péché mortel, et ce qui ne l'est pas dans les autres prières du jour. Vous dites bien que vous avez chanté de mauvaises chansons ; mais vous ne dites pas combien elles avaient de mauvaises raisons, et combien il y avait de personnes qui les ont entendues ; vous ne dites pas si vous les avez apprises à d'autres, si vous avez prié d'autres personnes de vous en apprendre. Vous vous accusez bien d'avoir dit du mal de votre prochain ; mais vous ne dites pas si c'est de votre père, de votre mère, ou des personnes consacrées à Dieu, ce qui rend votre péché plus considé-rable ; vous ne dites pas même que vous avez mal parlé de votre prochain par haine, par vengeance ou par jalousie, et que vous avez cherché les personnes qui lui voulaient du mal, afin d'en parler mieux à votre aise.

Mon Dieu, que de choses auxquelles l'on ne pense pas ! mon Dieu, que de confessions sacrilèges !

Mais voilà, M.F., une ruse dont le démon se sert pour en tromper et en perdre un grand nombre. Une personne aura caché un péché, il y a deux, ou trois ou dix ans, si vous voulez : étant trop tourmentée, elle s'en accuse comme si elle l'avait commis depuis sa der-nière confession, et après, pour cela, elle se croit tran-quille, bien qu'elle n'ait pas dit combien de confessions et de communions elle a faites, ni accusé de nouveau tous les péchés qu'elle a commis et confessés depuis ce temps-là. Mon Dieu, quel aveuglement ! Bien loin d'ef-facer son péché, elle ne fait qu'ajouter un nouveau sacrilège aux anciens. Ah ! qui pourrait, M.F., vous raconter le nombre d'âmes que le démon traîne en enfer de cette manière ? D'autres, qui auront commis quelques gros péchés, n'osant pas les accuser, demanderont à faire une confession générale ; afin d'envelopper ce péché avec les autres, comme l'ayant commis depuis longtemps. Vous vous trompez, votre confession ne vaut rien. Il faut accuser en particulier tous les péchés que vous avez commis depuis que vous avez reçu l'absolu-tion, si vous voulez que votre confession soit bonne.

Voici un autre piège que le démon nous tend. Quand il voit que les péchés que nous avons cachés nous tour-mentent trop, il tâche de nous calmer en nous disant que nous les confesserons la première fois que nous y retournerons, toujours dans l'espérance que, d'ici-là, nous serons morts ou que le bon Dieu nous aura aban-donnés. Oui, M.F., le sacrilège est un crime qui nous éloigne tellement de Dieu, qui éteint si vite la foi en nous, que, souvent, malgré tous les moyens que nous avons de sortir de cet état, nous ne le faisons pas, et cela, par un juste châtiment de Dieu, que nos sacrilèges nous ont attiré ; en voici un exemple effrayant. Le Père Lejeune rapporte un trait, qu'il nous dit tenir de la bouche de celui qui en a été témoin. Il nous dit qu'il y avait près de la ville de Bruxelles, une pauvre qui, aux yeux du monde, remplissait parfaitement bien ses devoirs de religion. Les gens la considéraient comme une sainte ; mais la pauvre malheureuse cachait toujours un péché honteux qu'elle avait commis dans sa jeunesse. Etant tombée malade de la maladie dont elle mourut, s'était comme évanouie un moment, et ayant repris la connaissance, elle appelle sa sœur qui la servait, en lui disant : « Ma sœur, je suis damnée. » Cette pauvre fille s'approcha de son lit et lui dit : « Ma sœur, vous rêvez réveillez-vous et recommandez-vous au bon Dieu. » – « Je ne rêve point, lui dit-elle, je sais bien ce que je dis ; je viens de voir la place qui m'est préparée en enfer. » Sa sœur court promptement chercher monsieur le curé. Celui-ci n'y étant pas, son frère, qui était son vicaire, vint vite à sa place pour voir cette pauvre malade ; et c'est de lui, nous dit le Père Lejeune, que je l'ai appris sur les lieux, faisant une mission. En nous accompa-gnant, il nous fit voir la maison ou était cette pauvre femme ; il nous fit tous pleurer en nous racontant ce trait. Il nous dit qu'étant entré dans la maison, il s'ap-procha de cette malade : « Eh bien ! ma bonne, qu'avez--vous donc vu qui vous a paru si effrayant ? » – « Mon-sieur, lui répondit-elle, je suis damnée ; je viens de voir la place qui m'est préparée en enfer, parce que, autre-fois, j'avais commis un tel péché.

» Elle l'avoua devant tout le monde qui était dans la chambre. « Eh ! ma bonne, dites-le-moi en confession, et je vous en absou-drai. » – « Monsieur, lui dit-elle, je suis damnée. »

– « Mais, lui dit le prêtre, vous êtes encore en vie et dans la voie du salut ; si vous voulez, je vous donnerai un billet signé de mon sang par lequel je m'obligerai, âme pour âme, à être damné pour vous dans le cas où vous le seriez, si vous voulez demander pardon à Dieu et vous confesser. »

– « Je sais bien, lui dit-elle, que si je veux demander pardon de tout mon cœur au bon Dieu, il me pardonnera ; je sais que je puis réparer tous mes sacri-lèges ; mais je ne veux pas lui demander pardon, parce qu'il y a trop longtemps que j'abuse de ses grâces et que je le crucifie par mes sacrilèges. » Le prêtre resta trois jours et trois nuits à pleurer auprès de cette malade, sans pouvoir seulement lui faire faire un acte de contrition ni l'amener à se confesser ; au contraire, un moment avant de mourir, elle renia le bon Dieu, elle renonça à son baptême et se donna au démon.

O mon Dieu, quel malheur ! Comprenez-vous, M.F., ce que c'est que de profaner les sacrements ? Ne voyez-vous pas que malgré tous les moyens que nous avons de réparer le mal que nous avons fait, nous n'en faisons rien ? Hélas ! une fois que le bon Dieu nous abandonne en punition de nos horreurs, que devenons-nous ? Hélas ! qu'il y en a qui sont de ce nombre, sans être si visibles aux yeux du monde ; mais qui, aux yeux de Dieu, ne sont pas moins coupables. Combien en est-il qui sont dans cet état, non parce qu'ils cachent leurs péchés, mais parce qu'ils n'ont point de contrition, parce qu'ils ne se corrigent nullement de leurs mauvaises habitudes ; qui vivent tou-jours de même, chez qui l'on ne voit point de change-ment. Mon Dieu, que de chrétiens damnés, et qui, aux yeux du monde, semblent être de bons chrétiens !

Vous voyez donc, M.F., que si nous comprenions bien ce que c'est que recevoir les sacrements, nous y apporterions bien d'autres dispositions que nous ne le faisons. Il est vrai que le plus grand nombre, en ca-chant leurs péchés, conservent toujours la pensée de les accuser ; mais, sans un miracle, ils n'en seront pas moins perdus. Si vous en voulez la raison, il est bien facile de vous la donner ; puisque, plus nous restons dans cet état épouvantable qui fait frémir le ciel et la terre, plus le démon prend d'empire sur nous, plus la grâce de Dieu se diminue, plus notre crainte s'augmente, plus nos sacrilèges se multiplient et plus nous recu-lons ; et par là, nous nous mettons presque dans l'im-possibilité de rentrer en grâce avec Dieu. Je vous en citerai cent exemples pour un. Dites-moi, M.F., est-ce que vous pouvez même espérer qu'après avoir passé dans le sacrilège peut-être de cinq à six ans, pendant les-quels vous avez plus outragé le bon Dieu que tous les Juifs ensemble, vous oseriez croire que le bon Dieu va vous donner toutes les grâces qu'il vous faudrait pour sortir de cet état épouvantable ; vous croyez peut-être qu'en con-sidérations de tant d'atrocités, dont vous vous êtes rendus coupables envers Jésus-Christ, vous n'aurez qu'à dire : « Je vais quitter le péché » et tout sera fini ? Hélas ! mon ami, qui vous garantit que Jésus-Christ ne vous aura pas fait la menace qu'il fit aux Juifs et prononcé la même sentence qu'il prononça contre eux : « Vous ne voulez profiter des grâces que je voulais vous donner ; mais je vous laisserai, et vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas et vous mourrez dans votre péché . » Hélas ! M.F., notre pauvre âme, une fois entre les mains du démon, n'en sort pas si facilement que nous le croyons bien.

Voilà, M.F., ce que le démon fait pour nous tromper : quand nous commettons le péché, il nous le représente comme bien peu de chose. Il nous fait penser qu'il y en a bien d'autres qui en font plus que nous ; ou bien, que nous nous en confesserons, que nous en aurons aussitôt dit quatre que deux. Mais quand le péché est commis il fait tout le contraire : il nous le représente comme une montagne, il nous en donne tant d'horreur que nous n'avons plus la force de nous en confesser. Si nous sommes trop tourmentés d'avoir caché un péché, pour nous rassurer, il nous dit que nous le déclarerons à la première confession ; ensuite, il nous dit que nous n'en aurons pas le courage ; qu'il faut attendre une autre fois pour le dire. Prenez garde, M.F., il n'y a que le premier pas qui coûte ; une fois dans la prison du péché, il est extrêmement difficile d'en sortir. [Les péchés sexuels sont ceux qui font commettre le plus de sacrilèges]

Mais, de tous les péchés, celui qui nous fait faire le plus de sacrilèges, c'est celui qui est contre la sainte vertu de pureté ; ce maudit péché porte une telle infamie avec lui qu'il nous entraîne dans toutes sortes de malheurs ; et nous verrons, au jour du jugement, que le plus grand nombre de mauvaises confessions ont été rendues mauvaises par ce péché. Il est rapporté dans l'histoire qu'il y avait un jeune homme qui s'était consacré à Dieu dès sa jeunesse. Il s'était même retiré dans un bois pour vivre en solitaire. Il devint par ses grandes vertus, un sujet d'admiration pour tous les environs ; l'on en parlait comme d'un saint. Mais le démon, qui ne pouvait souffrir tant de vertus dans un si jeune homme, mit tous ses artifices pour le perdre. Il le poursuivait continuellement par de mauvaises pensées. Ce jeune homme avait aussitôt recours à la prière, en demandant au bon Dieu la force de ne pas succomber. Le démon ne le quittait ni jour ni nuit, toujours dans l'espérance qu'il le gagnerait. Hélas ! ce pauvre jeune homme, las de combattre, se rendit peu à peu ; et enfin, dans son cœur, il donna un consentement à un désir d'impureté. Hélas ! à peine eut-il consenti seulement à ce désir, qu'il se sentit tout troublé dans l'âme. Tant il est vrai, hélas ! que dès que le péché entre dans notre cœur, la paix de l'âme s'en va. Se voyant vaincu, il s'abandonna à une si profonde tristesse que rien ne pouvait le consoler ; il pleurait continuellement : « Ah ! Pélage, disait-il, en se parlant à lui-même, que tu as peu tardé à te laisser tromper ! toi qui, il y a si peu de temps, étais un enfant chéri de Dieu, et, maintenant, te voilà un enfant esclave du démon : il faudra bien t'en confesser, faire pénitence de ton péché. Mais, si je le confesse, que va-t-on penser de moi ! Je vais perdre l'estime que l'on a de moi dans le monde. » Au milieu de tant de sortes de pensées, étant allé vers la porte de son ermitage, il vit passer un personnage vêtu en pèlerin, qui lui dit : « Pélage, pour-quoi vous livrez-vous à une si profonde tristesse ; celui qui sert un Dieu si bon, ne doit pas être si triste ; si vous l'avez offensé, faites pénitence et confessez-vous, et sans doute, le bon Dieu étant si bon, vous pardon-nera. » – « Et où m'avez-vous connu ? lui demanda Pélage. » – « Je vous connais fort bien, répondit le pèlerin, pour Pélage qui passe pour un saint dans tout le pays. Si vous voulez sortir de cette tristesse, confessez-vous, et vous reprendrez l'ancienne paix de votre âme et votre première tranquillité. » Le pauvre Pélage demeura tout étonné de ce que lui disait le pèlerin, et, regardant de tous côtés, il n'aperçut plus son pèlerin, parce qu'il avait disparu : ce qui lui fit bien comprendre que c'était un avertissement du Ciel. Alors il résolut de faire une véri-table pénitence qui fût capable d'apaiser la justice de Dieu ; et pour mieux exécuter son dessein, il résolut d'aller dans un monastère voisin où l'on faisait de grandes pénitences. Il alla trouver le supérieur en lui disant qu'il avait un grand désir de prendre le saint habit. L'abbé et tous les religieux en eurent une grande joie, d'autant plus qu'il passait pour un grand saint. En effet, quand il fut dans le monastère, il était toujours le premier dans tous les exercices de piété ; il faisait de rigoureuses pénitences, il portait toujours un cilice et jeûnait fort exactement. Au bout de quelque temps, il tomba malade, il ne douta pas qu'il allait mourir Le bon Dieu dans sa miséricorde, en reconnaissance de tant de vertus qu'il avait pratiquées dans son monastère, lui donna de fortes pensées de se confesser de son péché caché ; mais jamais il n'eut la force de le confesser ; toujours retenu par la crainte et la honte, il confessa bien tous ses autres péchés avec un grand regret. Un moment après avoir reçu le saint Viatique, il mourut. Les religieux firent l'enterrement, non comme celui d'un mort ordinaire, mais d'un saint dont on commençait déjà à implorer la protection auprès du bon Dieu. Tous les habitants des pays voisins venaient en foule pour se recommander à ses prières. Hélas ! que le bon Dieu juge bien autrement que ces hommes. La nuit suivante, le sacristain s'étant levé pour aller sonner l'office, et passant par l'église, jeta les yeux sur l'endroit où était enterré Pélage ; il s'aperçut que le corps était sur la terre, et pensant qu'on ne l'avait pas bien couvert, il l'enterra sans rien dire. Mais le lendemain, il le trouva encore hors de sa tombe ; il remarqua que la terre l'avait rejeté dehors. Il alla trouver l'abbé et lui raconta ce qu'il avait vu. L'abbé fit rassembler tous ses religieux et ordonna d'aller à l'église. étant auprès de la sépulture de Pelage, ils prièrent Notre-Seigneur Jésus-Christ de vouloir bien manifester sa volonté s'il fallait enterrer le défunt dans un lieu plus honorable ; ils s'adressèrent même au défunt, en lui disant à haute voix : « Vous, Pélage, qui avez été si obéissant pendant votre vie, dites-nous si c'est la volonté de Dieu que votre corps soit mis dans un endroit plus digne de vous ? » Alors le défunt jeta un cri épouvantable en leur disant : « Ah ! malheureux que je suis, pour avoir caché un péché en confession, je suis condamné au feu de l'enfer, pour autant de temps que Dieu sera Dieu ; si vous voulez vous en assurer, approchez-vous et regardez mon corps. » L'abbé s'approcha et vit son corps tout embrasé, semblable aux morceaux de fer qui sont dans une fournaise. Alors le défunt lui dit que la volonté de Dieu était qu'il fût jeté à la voirie comme une bête. Hélas ! quel malheur, M.F.

! combien il lui aurait été facile de se sauver puisqu'il était un saint sous le rapport de toutes les autres vertus ! O mon Dieu, quel malheur ! pour n'avoir pas eu la force de confesser un seul mauvais désir, qu'à peine avait-il laissé naître dans son cœur, il s'en était aussitôt repenti. Hélas ! que de regrets et que de larmes pendant toute l'éternité ! Hélas ! M.F., que ce péché fait faire de mauvaises confessions, ou plutôt que ce péché conduit d'âmes en enfer ! Hélas ! combien, parmi ceux qui maintenant m'écoutent, sont du nombre et auxquels il faut toutes leurs forces pour ne point le laisser paraître au dehors ! Ah ! mon ami, lâchez la bride à vos remords, laissez couler vos larmes, venez vous jeter aux pieds du Seigneur, et vous trouverez la paix et l'amitié de votre Dieu que vous avez perdues.

Mais, pensez-vous, je ne crois pas qu'il y en ait qui soient capables de cacher leurs péchés, parce qu'ils seraient bien trop tourmentés. – Ah ! M.F., s'il me fallait prêter serment, pour affirmer qu'il y en a ou qu'il n'y en a point, je ne balancerais pas à dire qu'il y en a au moins cinq ou six qui sont brûlés par leurs remords et par leurs péchés, et qui m'entendent, et qui pensent que cela est vrai ; mais, prenez patience, vous les verrez au jour du jugement, et vous vous rappellerez ce que je vous dis aujourd'hui, O mon Dieu ! la honte ou la crainte peuvent-elles bien retenir un chrétien dans un état si épouvantable ? Ah ! mon ami, qu'est-ce que vous vous préparez à vous-même ? Vous n'osez pas vous en ouvrir à votre pasteur ? mais est-il seul dans le monde ? Ne trouveriez-vous pas des prêtres qui auraient la charité de vous recevoir ? Pensez-vous que l'on vous donnera une trop longue pénitence ? Ah ! mon ami, que cela ne vous arrête pas ! l'on vous aidera, l'on en fera la plus grande partie ; on priera pour vous, on pleurera vos péchés, pour attirer avec plus d'abondance les miséricordes de Dieu sur vous ! Mon ami, ayez pitié de cette pauvre âme qui a coûté si cher à Jésus-Christ !... O mon Dieu ! qui pourra jamais comprendre l'aveuglement de ces pauvres pécheurs ! Vous avez caché votre péché, mon ami, mais il faudra qu'il soit connu un jour, et même aux yeux de tout l'univers ; tandis que, d'une parole, vous l'auriez caché pour jamais et vous changeriez votre enfer en une éternité de bonheur ! Hélas ! qu'un sacrilège conduit loin ces pauvres pécheurs ! ils ne veulent pas mourir dans cet état, mais ils n'ont pas la force d'en sortir. Mon Dieu, tourmentez-les si fort qu'ils ne puissent pas y rester !...

Nous avons dit, en troisième lieu, que le défaut de contrition rend nos confessions mauvaises. Quoique vous veniez de voir, par ce que nous avons dit, combien de personnes font de mauvaises confessions, je vous dirai cependant que, tout bien examiné, le défaut de contrition sera la cause du plus grand nombre de con-fessions sacrilèges. Je ne veux pas m'étendre sur cela, parce que je vous en parlerai peut-être dimanche ; je vous dirai seulement, en passant, que nous ne devons jamais nous confesser sans demander la contrition au bon Dieu de tout notre cœur, par de ferventes prières. C'est vrai, M.F., nous faisons très bien de nous tour-menter pour obtenir le bonheur de bien accuser nos péchés ; mais nous devons bien mieux encore nous tourmenter pour savoir si nous aurons bien la contrition de nos péchés. Quand nous avons le malheur de cacher un péché, c'est un tigre qui nous dévore ; mais le défaut de contrition ne nous fait rien. – Mais, me direz-vous, que faut-il faire pour l'avoir ? – Il faut premièrement la demander au bon Dieu quelque temps avant de vous confesser, et, si vous voulez savoir si vous l'avez, ce qui est assez facile, voyez si vous avez changé de vie. Pour que notre confession ne nous laisse point d'in-quiétudes, il faut, qu'après avoir confessé nos péchés, nous possédions les vertus qui leur sont contraires. Il faut que l'humilité, le mépris de nous-même, prenne la place de l'orgueil et de cette bonne opinion que nous avons de nous ; il faut que cet esprit de charité, de bonté et de miséricorde, prenne la place de cet esprit de haine, de vengeance, de jalousie et d'envie ; il faut que cet esprit de détachement des biens de ce monde succède à cet esprit d'avarice, de cupidité et au désir de tromper le prochain ; il faut que cet esprit de mortification et de larmes prenne la place de la gourmandise et de l'amour des plaisirs du monde ; il faut que cette belle vertu de pureté prenne la place sur le trône où le vice infâme était placé.

Ah ! que dis-je, M.F. ? il faut que cette fer-veur, cet amour pour la prière et cette vigilance à rejeter les tentations du démon, remplacent cette tiédeur, cette négligence et cette indifférence pour tout ce qui a rapport à Dieu et au salut de notre âme, et que cette douceur, cette patience soient placées au même endroit où étaient placées ces colères, ces emportements et toutes ces malédictions ; en un mot, nous étions pécheurs, main-tenant que nous sommes confessés, il faut cesser de l'être. Hélas ! M.F., si nous ne voyons pas en nous ces changements, après tant de confessions et de commu-nions, tremblons, ou plutôt, revenons sur nos pas de crainte que nous n'en sentions, mais trop tard, la nécessité.

En quatrième lieu, M.F., nous disons que nos con-fessions ne valent rien quand nous ne disons pas le nombre de nos péchés mortels, du moins autant bien que nous le pouvons. Il y en a qui se contentent de dire : « Je m'accuse d'avoir juré, d'avoir dit de mauvaises chansons, et rien de plus. » Jamais vos confessions ne seront bonnes, si vous ne déterminez pas le nombre de vos péchés mortels. Il est vrai que l'on ne peut pas dire toujours au juste, mais il faut se rapprocher autant que l'on peut.

En cinquième lieu, nous avons dit qu'une confession, est mauvaise lorsqu'en recevant l'absolution, on n'a pas l'intention de faire la pénitence que le prêtre nous donne. Il ne faut pas se contenter de s'accuser d'avoir manqué sa pénitence ; mais, bien dire qu'en vous con-fessant, vous n'aviez pas l'intention de la faire ; ensuite, si vous l'avez manquée par négligence. Si vous l'avez manquée volontairement et que vous ayez confessé des péchés mortels, vous commettez un péché mortel. Nous devons toujours faire notre pénitence à genoux, à moins que le prêtre nous dise que nous pouvons la faire assis. Il y en a qui la font en marchant, en travaillant, ce n'est pas faire votre pénitence. Vous ne devez jamais la changer de vous-mêmes, ni même la faire changer à un autre prêtre, à moins que vous ne puissiez pas aller trouver celui qui vous l'a imposée ; et ce changement ne doit se faire que quand il vous est impossible de l'accomplir. Il y en a qui ne savent pas assez lire ; si on leur donne quelques prières sur des livres, par orgueil, ils ne veulent pas dirent qu'ils ne savent pas assez bien lire, et, ensuite, ils la disent tout de travers. Il faut dire tout simplement que vous ne savez pas assez lire, afin qu'on vous la change, et, si cela vous est arrivé, il faut le dire en confession, pour qu'on vous en donne une autre.

6 Nous avons dit que le défaut de restitution rend nos confessions sacrilèges. Je ne parle pas de ceux qui ont volé ou trompé le prochain et qui ne s'en confessent pas : ceux-là sont bien perdus ; mais je dis que ceux à qui le confesseur a ordonné quelques restitutions, si dans le moment qu'il recevaient l'absolution, ils n'ont pas eu l'intention de rendre, leur confession ne vaut rien ; et si vous avez manqué de rendre, le pouvant, comme vous l'aviez promis, il faut bien le dire en vous confessant. Convenez avec moi combien il est nécessaire de faire, de temps en temps, de petites revues de sa vie passée, afin de réparer les mauvaises confessions que nous aurions pu faire, même sans le connaître.

II. – Mais, hélas ! M.F., quelle vie malheureuse mènent ceux qui cachent leurs péchés en se confessant, et qui restent avec de tels bourreaux dans leur cœur ! Vous avez toujours la pensée que vous les accuserez dans une confession ou avant de mourir. Mon ami, vous êtes un aveugle, vous ne le ferez pas ; le démon vous en empêchera aussi bien dans vos autres confessions ou à l'heure de votre mort, qu'il vous en a empêché jusqu'à présent. Si vous en doutez, écoutez-moi et vous verrez que cela est vrai ; que celui qui vit dans le sacrilège est à peu prés sûr d'y mourir. Il est rapporté par le Père Jean Romain, de la Compagnie de Jésus, que le fameux Jean d'Avila, prêchant dans une ville d'Espagne, fut appelé pour entendre la confession d'une demoiselle qui, par les soins de sa mère, avait été élevée dans toutes sortes de vertus.

Cette mère ne manquait pas de communier tous les samedis en l'honneur de la sainte Vierge. La mère étant morte, la fille continua dans la même dévotion, ajoutant, de plus, plusieurs aumônes, des jeûnes et autres bonnes œuvres. Comme elle enten-dait souvent prêcher le Père Jean d'Avila, elle en était vraiment touchée, elle se sentait vivement portée à la vertu.

étant tombée malade, elle le fit prier de venir la voir, parce qu'elle désirait bien se confesser à lui. Quoique son mal ne fût pas fort dangereux, elle voulait pourvoir de bonne heure au salut de son âme. Elle le priait d'avoir la charité de l'entendre, parce qu'il y avait longtemps qu'elle désirait se confesser et bien lui décou-vrir l'état de son âme. Le Père lui accorda avec joie ce qu'elle demandait. Elle commença à se confesser avec des marques d'une douleur si vive et avec une si grande abondance de larmes, que le Père était dans l'admiration de trouver une si belle âme, du moins en apparence. Sa confession étant finie, le Père s'en va tout consolé ; lui ayant donné l'absolution, il la laissait dans une grande sûreté pour son salut, toujours du moins en apparence. Il arriva cependant une chose fort extraordinaire. Le Frère, que ce Père avait mené pour l'accompagner, étant dans une autre chambre, voyait venir de temps en temps, du côté de la muraille, une main noire toute couverte de poils, qui serrait la gorge de la malade de manière qu'il semblait qu'elle voulût l'étouffer. Le Frère, voyant cela, fut fort étonné. étant retourné au couvent, il va trouver le supérieur à qui il raconte ce qu'il avait vu. Le supérieur lui demanda s'il était bien sûr de cela. Il lui dit : « J'en suis aussi sûr que je suis sûr d'être devant vous. Pendant quelques instants j'en ai douté, mais, ayant encore redoublé d'attention, j'ai vu tout ce que je vous dis. » Alors le supérieur appelle le Père Jean, et, quoique ce fût la nuit, il lui commande de retourner chez la malade, en lui disant de faire tout ce qu'il pourrait pour l'engager à se réconcilier si elle se sentait quelque chose qui lui fit de la peine. Le Père part avec le même compagnon. Lorsqu'ils furent à la porte, ils entendirent des cris et des gémissements ; mais à peine eurent-ils frappés, qu'un valet vint leur dire que sa maîtresse était morte, que presque aussitôt après sa confession, elle avait perdu la parole et l'usage de ses sens, de sorte qu'elle n'avait pas pu communier. Après avoir vu la défunte, ils retournèrent au couvent où ils rendirent compte au supérieur de ce qui était arrivé, ce qui l'affligea beaucoup. Le Père qui avait con-fessé la malade fut saisi d'une si grande douleur qu'il se mit à pleurer amèrement, et s'en alla devant le Saint--Sacrement, où, étant prosterné, il commença à prier le Seigneur pour le repos de cette malheureuse fille, lui demandant de vouloir la retirer de la damnation éter-nelle. Après avoir prié quelques moments, il entendit un grand bruit comme de grosses chaînes qu'on traînait par terre. S'étant tourné du côté de ce bruit, il vit de-vant lui une personne environnée, depuis les pieds jus-qu'à la tête, de chaînes et de flammes obscures. Le Père, sans s'effrayer, lui demanda qui elle était. Elle lui répondit : « Je suis l'âme de cette malheureuse fille que vous êtes venu confesser ce matin, je suis celle pour qui vous priez, mais en vain. J'ai trompé le monde par mes hypocrisies et mes fausses vertus. Il faut que vous con-naissiez ces hypocrisies. Après la mort de ma mère, un jeune homme était épris d'amour pour moi ; je fis d'a-bord quelques résistances ; mais il vint à bout de ma faiblesse. Si ma faute fut grande, la répugnance que le démon fit naître en moi pour la confesser alla encore plus loin ; je sentais de vifs remords de conscience, la crainte des tourments où je me trouve maintenant m'était un supplice. Inconsolable et ne cherchant qu'à sortir de cette peine, j'avais résolu plusieurs fois de m'en confesser ; mais la honte et l'appréhension que mon confesseur perdit la bonne opinion qu'il avait de moi, m'en avait toujours empêchée.. Dans cette crainte, je voulus toujours continuer mes confessions et mes com-munions. Lorsque j'entendais vos sermons, c'était autant de dards qui me perçaient le cœur, et, je pris enfin la résolution de me confesser à vous : c'est pour cela que je vous fis appeler. Ah ! j'aurais bien dû commencer par mes sacrilèges, et non par les petites fautes ! car, en-suite, je n'eus jamais la force de vous accuser mon péché caché.

Me voilà damnée pour jamais ! Ne perdez pas votre temps à prier pour moi. » – « Mais, quelle est la plus grande de vos peines ? » lui demanda le Père. « C'est de voir, lui répondit-elle, que j'aurais pu me sauver en avouant mon péché, aussi facilement que je viens de vous le dire, sans que j'en tire aucun fruit. » Après cela elle disparut, poussant des cris épouvantables et faisant un bruit effroyable avec ses chaînes.

Ah ! M.F., quel état est celui d'une âme qui va paraî-tre devant le tribunal de Jésus-Christ avec des sacri-lèges ! Cherchons dans les recoins les plus cachés de nos consciences, et, si nous sentons quelques remords, tâchons de les faire disparaître par une bonne confes-sion, qui est le seul remède, puisque ni les pénitences ni les aumônes ne pourront y remédier. Hélas ! M.F., un pauvre chrétien dans ce péché n'a aucun mérite dans toutes ses bonnes œuvres ; tout est perdu pour le ciel. Mon Dieu, peut-on bien vivre avec des sacrilèges sur sa conscience, surtout quand on les connaît ? N'est-on pas déjà en enfer par les remords que l'on éprouve conti-nuellement ? Peut-on trouver quelques plaisirs dans la vie ?

Saint Antoine nous rapporte ce que le bon Dieu révéla à un saint prélat, pendant qu'il entendait la confession d'une personne qui, par honte, cachait un péché d'im-pureté. Le saint voyant à côté d'elle un démon, lui de-manda ce qu'il faisait là. Le démon répondit qu'il obser-vait un précepte de Jésus-Christ. « Eh quoi ! lui dit le saint, depuis quel temps est-ce que tu observes les pré-ceptes de Jésus-Christ ? » – « Oui, lui dit le démon, moi qui avais ôté la honte à cette personne, pour qu'elle péchât plus hardiment, maintenant je la lui restitue ; afin qu'étant vaincue par la honte, elle ne confesse pas son péché. »

O mon Dieu ! qu'un orgueilleux est à plaindre et en danger de se damner ; puisque, en effet, si nous cachons nos péchés, si nous ne les disons pas tels qu'ils sont, ce n'est pas autre chose que l'effet de l'orgueil. O mon Dieu ! consentir à être damné ! ou, plutôt, échanger une humiliation de cinq minutes avec une éternité !... Hélas ! ces pauvres damnés accuseront leurs péchés cachés et leurs sacrilèges pendant toute l'éternité sans en pouvoir obtenir le pardon ; tandis que, dans ce monde, une simple accusation à un prêtre plein de charité, qui nous aide à demander au bon Dieu notre pardon, qui désire autant notre salut que nous-mêmes, nous eût sauvé. Ah ! non, non, M.F., ceci ne peut pas se comprendre ! porter son aveuglement jusqu'à un tel point !... Vous êtes tombé, mon ami, vous avez sans doute fait bien du mal ; mais, relevez-vous vite, puisque vous le pouvez encore ; peut-être que vous ne pourrez pas un autre jour, et en voici la preuve.

Il est rapporté dans l'histoire qu'un missionnaire était allé voir une malade pendant la nuit. Voyant que sa maladie allait la conduire à la mort, et s'étant approché de son lit, il lui dit : « Madame, vous voilà prête à rendre compte à Dieu de votre conduite, j'ai grand'peur que vous n'ayez caché quelques péchés dans vos confessions, et, si vous ne vous en accusez pas, vous serez damnée ; réfléchissez. » – « Est-il possible, s'écria la malade, il faut que je meure ? J'avoue, dit-elle au missionnaire, qu'il y a bien longtemps que je me confesse fort mal, en cachant par honte des péchés. » Mais, en disant cela, elle perdit la parole sans pouvoir dire un seul mot, mou-rut dans ce misérable état, et, sans doute, fut damnée. Hélas ! dans quel état d'horreur vont paraître ces per-sonnes au jour du jugement, étant toutes couvertes de sacrilèges ! Oh ! « montagnes, diront-elles, écroulez-vous sur nous, cachez-nous à Dieu » comme nous avons caché nos sacrilèges aux yeux du monde ! Mais non, tout se verra et tout paraîtra à la face de l'univers. Ah ! que de regrets d'avoir vécu trois ou quatre ans, peut-être, dans cet état, et avoir été dévoré par les remords de conscience sans avoir voulu y remédier !

Mais, dites-moi, que doit penser une personne qui se sent coupable de ce péché, quand elle reçoit l'absolution ? Que doit-elle penser quand le prêtre lui dit : « Allez en paix, et tâchez de bien persévérer ? » Ah ! si elle enten-dait Jésus-Christ qui, du haut du ciel, crie à son mi-nistre : « Arrête, arrête, malheureux, ce sang précieux que tu fais couler sur cette âme crie vengeance, il va écrire sa sentence de réprobation ; arrête, ministre, je réprouve et maudis cette âme ! » Ah ! malheureux, vous venez de vendre votre Dieu ! Allez, allez, perfide, traître Judas, allez à la table sainte pour achever l'œuvre de votre fureur ! allez lui donner la mort ! Ah ! si vous entendiez Jésus-Christ qui vous crie du fond de son tabernacle « Arrête, arrête, mon fils ! Ah ! de grâce, épargne ton Père ! Pourquoi veux-tu me faire mourir ? Arrête, ar-rête, mon fils, épargne ton Dieu, pourquoi veux-tu lui donner le coup de la mort ? » Ah ! si un chrétien pouvait comprendre la grandeur de son crime, pourrait-il porter sa fureur jusqu'à un tel excès contre un Dieu si bon, un Dieu qui nous aime plus que lui-même, qui ne veut et ne désire que notre bonheur ? O mon Dieu ! un chrétien qui aurait une fois commis un crime tel que le sacrilège, pourrait-il encore vivre ? Ne lui semblerait-il pas entendre sans cesse intérieurement, au dedans de lui-même, une voix, comme ce jeune homme qui avait tué son père : « O mon Fils, pourquoi m'as-tu égorgé, pourquoi m'as-tu ôté la vie ? » Un chrétien qui aurait eu ce malheur, pourrait--il encore une fois porter ses yeux sur cette croix, vers ce tabernacle : oh ! que dis-je ? vers cette table sainte où il a fait mourir Jésus-Christ, son Dieu et son Sauveur, d'une manière si épouvantable et si affreuse ? Oui, M.F., ce péché est épouvantable, quoique si commun ; il y aurait de quoi mourir d'y penser !...

Que devons-nous conclure de tout ce que nous venons de dire ? le voici. C'est qu'il nous faut prendre tous les moyens possibles pour bien faire nos confessions ; c'est de ne jamais recevoir l'absolution quand nous avons quelque mauvaise habitude, si nous ne sommes pas dans l'intention de nous corriger ; de ne jamais faire nos confessions à la hâte ; de ne jamais chercher les termes qui peuvent adoucir l'accusation de nos péchés ou les diminuer à nos yeux ou à ceux de notre confes-seur, et ne jamais nous confesser sans bien demander à Dieu la contrition de nos péchés. Enfin, quand il y aurait vingt ans, trente ans, que nous aurions des péchés ca-chés, il ne faut rien écouter, vite les avouer ; et si nous sommes sincères, nous sommes sûrs que le bon Dieu nous pardonnera ; au lieu que, si nous attendons à la mort, ou nous ne pourrons pas, ou peut-être même, par un châtiment terrible de la justice de Dieu, nous ne le voudrons pas, comme nous venons de le voir. Quand nous avons la pensée de cacher quelque péché, pensons vite quels reproches nous fera notre confesseur lui--même au jour du jugement, quand il verra que nous l'avons trompé. Oui, faisons tout ce que nous ferons comme nous voudrions l'avoir fait à l'heure de la mort, et tout sera bien fait. C'est ce que...

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www.JesusMarie.com Saint Jean Marie Vianney

curé d’Ars- mystique - saint patrons des curés

Tome 3 des Sermons de saint Jean Marie Vianney

12ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 4

Sur le premier Commandement de Dieu 4

12ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 23

Sur le premier Commandement de Dieu 23

12ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 42

Sur l'amour du prochain. 42

13ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 59

Sur l'Absolution 59

13ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 76

Sur le service de Dieu. 76

14ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 93

Sur le Monde. 93

15ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 110

Sur la pensée de la mort 110

16ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 126

Sur l'Humilité 126

17ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 140

Sur l'amour de Dieu 140

17ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 155

Sur la Charité 155

17ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 171

Sur la pureté 171

18ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 187

Sur la Tiédeur 187

18ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 202

Sur l'Envie 202

19ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 219

Sur l'Impureté (= les péchés sexuels) 219

20ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 235

Devoirs des parents envers les enfants 235

20ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 252

Sur l'Ivrognerie 252

21ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 268

Sur la colère 268

22ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 285

Sur la restitution 285

23ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE 300

Sur la mort du juste 300

Publiés par les soins DE M. LE CHANOINE éTIENNE DELAROCHE

Archiprêtre d'Ainay à Lyon, Docteur en théologie ET DU R. P. Dom MARIE-AUGUSTIN DELAROCHE

Chanoine régulier de l'Immaculée Conception,

NOUVELLE éDITION AUGMENTéE DE PLUSIEURS SERMONS INéDITS

TOME TROISIèME

DU XII? AU XXIII? DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE

2002

12ème DIMANCHE APRèS LA PENTECôTE

Sur le premier Commandement de Dieu

(PREMIER SERMON)

Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo.

Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces.

(Deut., VI, 5.)

Pourquoi, M.F., le Seigneur nous fait-il un commandement de l'aimer de tout notre cœur : c'est-à-dire, sans partage, de la manière dont il nous a aimés lui-même ; de toute notre âme et de toutes nos forces ; en nous promettant une récompense éternelle, si nous y sommes fidèles, et une punition éternelle si nous y manquons ? Pour deux raisons : c'est 1? pour nous montrer la grandeur de son amour ; 2? que nous ne pouvons être heureux qu'en l'aimant et qu'enfin cet amour ne se trouve que dans l'accomplissement de ses Commandements. Oui, M.F., si tant de maux nous accablent dans ce monde, cela vient de ce que nous violons les commandements de Dieu ; puisqu'il nous dit lui-même : « Si vous gardez fidèlement mes commandements, je vous bénirai en toute manière ; mais si vous les transgressez, vous serez maudits en tout ce que vous ferez . » De sorte, M.F., que si nous voulons être heureux en ce monde, du moins, autant qu'il est possible de l'être, nous n'avons point d'autres moyens que d'observer fidèlement les commandements de Dieu ; et nous verrons que, tant que nous nous écarterons du chemin que les commandements de Dieu nous ont tracé, nous serons toujours malheureux, pour l'âme et pour le corps, dans ce monde et dans l'autre. Je vais donc vous montrer, M.F., que notre bonheur est attaché à notre fidélité à observer les commandements que le bon Dieu nous a faits.

I. – Si nous ouvrons les livres saints, M.F., nous y verrons que tous ceux qui se sont fait un devoir de bien observer ce que les commandements de Dieu leur prescrivaient ont toujours été heureux, parce qu'il est très sûr que le bon Dieu n'abandonnera jamais celui qui se fait un devoir de faire tout ce qu'il lui commande. Notre premier père, Adam, nous en donne un bel exemple. Tant qu'il fut fidèle à observer les ordres du Seigneur, il fut heureux en toute manière : son corps, son âme, son esprit et tous ses sens n'avaient point d'autres penchants que vers Dieu ; les anges mêmes descendaient du ciel avec plaisir pour lui tenir compagnie. Ainsi aurait continué le bonheur de nos parents, s'ils avaient été fidèles à leurs devoirs ; mais ce moment mille fois heureux ne dura pas longtemps. Le démon, jaloux d'un tel bonheur, les eut bientôt perdus et privés de tous ces biens qui devaient durer toute l'éternité. Dès qu'ils eurent le malheur de transgresser les commandements du Seigneur, tout alla de travers pour eux : les chagrins, les maladies, la crainte de la mort, du jugement et d'une autre vie malheureuse, prirent la place de leur premier bonheur ; leur vie ne fut plus qu'une vie de larmes et de douleurs.

Le Seigneur dit à Moïse : « Dis à mon peuple que, s'il est fidèle à observer mes commandements, je le comblerai de toutes sortes de bénédictions ; mais que s'il ose les transgresser, je l'accablerai de toutes sortes de maux . » Le Seigneur dit à Abraham : « Parce que vous êtes fidèles à garder mes commandements, je vous bénirai en tout ; je multiplierai vos enfants comme les grains de sable qui sont au bord de la mer. Je bénirai tous ceux qui vous béniront ; je maudirai tous ceux qui vous maudiront ; de votre race naîtra le Sauveur du monde . » Il fit dire à son peuple lorsqu'il était prêt à entrer dans la Terre promise : « Les peuples qui habitent cette terre ont commis de grands péchés ; c'est pourquoi je veux les chasser pour vous mettre à leur place. Mais prenez bien garde de ne pas violer mes commandements. Si vous êtes fidèles à les observer, je vous bénirai en tout et partout. Lorsque vous serez dans vos champs, dans vos villes et dans vos maisons, je bénirai vos enfants, qui vous aimeront, vous respecteront, vous obéi-ront et vous donneront toutes sortes de consolations. Je bénirai vos fruits et vos bestiaux. Je commanderai au ciel de vous donner la pluie dans le temps convenable, autant qu'il en faudra pour arroser vos terres et vos prés : tout vous réussira . »

Dans, un autre endroit, il leur dit : « Si vous gardez fidèlement mes commandements, je veillerai sans cesse à votre conservation ; vous serez sans crainte dans vos maisons ; j'empêcherai que les bêtes féroces vous nuisent, vous dormirez en paix : rien ne pourra vous troubler. Je serai toujours au milieu de vous. Je marcherai avec vous. Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple . » Plus loin, il dit à Moise : « Dis à mon peuple que s'il observe bien mes lois, je le délivrerai de tous ces maux qui l'accablent. » Et le Saint-Esprit nous dit lui-même « que celui qui a le bonheur de bien garder les commandements du Seigneur est plus heureux que s'il possédait toutes les richesses de la terre . »

Dites-moi, auriez-vous jamais pensé que le bon Dieu eût tant à cœur de nous faire garder ses commandements, et qu'il nous promît tant de biens si nous sommes assez heureux que de les bien observer ? Vous conviendrez avec moi que nous devons faire consister tout notre bonheur à garder fidèlement ses commandements. Pour mieux vous convaincre, M.F., que, dès que nous transgressons les commandements de Dieu, nous ne pouvons être que malheureux, voyez ce qui se passa à l'égard de David. Tant qu'il fut fidèle à marcher dans le chemin que les commandements de Dieu lui avaient tracé ; tout alla bien pour lui : il était aimé, respecté et écouté de ses voisins. Mais dès l'instant qu'il voulut quitter d'observer les commandements de Dieu, de suite, son bonheur finit, et toutes sortes de maux lui tombèrent dessus. Les troubles, les remords de sa conscience prirent la place de cette paix et de ce calme dont il jouissait ; les larmes et la douleur furent son pain de tous les jours. Un certain jour qu'il gémissait tant sur ses péchés, on vint lui dire que son fils Amnon avait été poignardé dans son ivresse par son propre frère Absalon . Absalon chercha même à détruire son père, à lui ôter la vie pour régner à sa place ; David fut forcé d'aller se cacher dans les forêts pour éviter la mort . La peste lui enleva un nombre presque infini de sujets . Si vous allez plus loin, voyez Salomon : tant qu'il fut fidèle à garder les commandements de Dieu, il était le miracle du monde ; sa réputation s'étendait jusqu'à l'extrémité de la terre, puisque la reine de Saba vint de si loin, pour être témoin des merveilles que le Seigneur opérait en lui ; mais nous voyons que, dès qu'il eut le malheur de ne plus suivre les commandements de Dieu, tout alla mal pour lui . Après tant de preuves tirées de l'écriture sainte, vous conviendrez avec moi, M.F., que tous nos maux ne viennent que de ce que nous n'observons pas fidèlement les commandements de Dieu, et que, si nous voulons espérer quelque bonheur et quelque consolation en ce monde, (du moins autant qu'il est possible d'en avoir, puisque ce monde n'est qu'un tissu de maux et de douleurs), le seul moyen de nous procurer ces biens, c'est de faire tout ce que nous pourrons pour plaire à Dieu en faisant ce qu'il nous ordonne par ses commandements.

Mais si nous passons de l'Ancien Testament au Nouveau, les promesses ne sont pas moins grandes. Au contraire, nous voyons que Jésus-Christ nous les fait toutes pour le ciel, parce que rien de ce qui est créé n'est capable de contenter le cœur d'un chrétien, qui n'est fait que pour Dieu qui seul peut le contenter .

Jésus-Christ nous engage fort à mépriser les choses de ce monde pour ne nous attacher qu'aux choses du ciel, qui ne finissent jamais. Nous lisons dans l'évangile que Jésus-Christ se trouvant un jour avec des personnes qui semblaient ne penser qu'aux besoins du corps, i1 leur dit : « Ne vous mettez pas tant en peine de ce que vous mangerez ni de quoi vous vous vêtirez. » Et pour bien leur faire comprendre que tout ce qui regarde le corps est fort peu de chose : « Considérez, leur dit-il, les lis des champs, ils ne filent ni ne prennent soin d'eux ; voyez comment votre Père céleste prend soin de les vêtir ; car je vous assure que Salomon dans toute sa richesse et sa force n'a jamais été si bien vêtu que l'un d'eux. Voyez encore les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent ; ni ne renferment rien dans leur grenier, voyez comment votre Père céleste a soin de les nourrir. Gens de peu de foi, n'êtes-vous pas plus qu'eux ?... Cherchez, avant tout, le royaume des cieux ; c'est-à-dire, observez fidèlement mes commandements, et tout le reste vous sera donné avec abondance . »

Que voulons-nous dire par là, M.F. ? Qu'à un chrétien qui ne cherche qu'à plaire à Dieu et à sauver son âme, ce qui est nécessaire aux besoins du corps ne lui manquera jamais. – Mais, me direz-vous peut-être, quand nous n'avons rien, personne ne nous apporte rien. – D'abord, je vous dirai que tout ce que nous avons, nous le tenons de la bonté de Dieu, et rien de nous-mêmes. Mais, dites-moi, M.F., comment voulez-vous que le bon Dieu fasse des miracles pour nous ? Serait-ce parce qu'il y en a quelques-uns qui osent porter leur incrédulité et leur impiété jusqu'à vouloir croire que le bon Dieu n'existe pas, c'est-à-dire qu'il n'y a point de Dieu ? parce que d'autres, moins impies, sans être moins coupables, disent que le bon Dieu ne fait pas attention à ce qui se passe sur la terre, que le bon Dieu ne se mêle pas de si peu de chose ? et enfin, parce que d'autres ne veulent pas convenir que cette grande Providence est attachée à l'observance des commandements de Dieu et qu'ils comptent pour tout sur leur travail et leurs soins ? (ce qu'il me serait bien facile de vous prouver par vos travaux du dimanche, qui montrent véritablement que vous ne comptez rien sur Dieu, mais tout sur vous et sur votre travail ) Il y en a cependant qui croient à cette grande Providence, mais qui lui mettent une barrière impénétrable par leurs péchés.

Voulez-vous, M.F., éprouver la grandeur de la bonté de Dieu pour ses créatures ? faites-vous un devoir de bien observer tout ce que les commandements vous ordonnent, et vous serez étonnés de voir combien le bon Dieu prend soin de ceux qui ne cherchent qu'à lui plaire. Si vous en voulez voir les preuves, M.F., ouvrez les livres saints et vous en serez parfaitement convaincus. Nous lisons dans l'écriture sainte que le prophète élie, fuyant la persécution de la reine Jézabel, alla se cacher dans un bois. étant là, dépourvu de tout secours humain, le Seigneur le laissera-t-il mourir de misère ? Non, certainement, M.F., le Seigneur, du haut du ciel, ne manque pas d'avoir les yeux sur son fidèle serviteur. De suite, il lui envoie un ange du ciel pour le consoler et lui porter tout ce qu'il lui fallait pour se nourrir : Voyez le soin que le Seigneur prend de nourrir la veuve de Sarepta. Il dit à son prophète : « Va trouver cette bonne veuve, qui me sert et observe mes commandements, avec fidélité ; tu multiplieras sa farine, crainte qu'elle ne souffre . » Voyez comment il commande à un autre prophète Habacuc d'aller porter à manger aux trois enfants qui étaient dans la fournaise de Babylone .

Si vous passez de l'ancienne loi à la nouvelle, les merveilles que le bon Dieu opère pour ceux qui ont soin de bien observer ses commandements, ne sont pas moins grandes. Voyez comment le bon Dieu nourrit des milliers de personnes avec cinq pains et deux poissons ; cela n'est pas difficile à comprendre, puisqu'ils cherchaient, premièrement, le royaume des cieux et le salut de leur âme en suivant Jésus-Christ. Voyez comment il prend soin de nourrir un saint Paul ermite, pendant quarante ans, par le ministère d'un corbeau ; preuve bien claire que le bon Dieu ne perd jamais de vue ceux qui l'aiment, pour leur fournir tout ce qui leur est nécessaire. Lorsque saint Antoine alla voir saint Paul, le bon Dieu lui envoya un double repas : ô mon Dieu ! que vous aimez ceux qui vous aiment ! que vous avez peur qu'ils souffrent ! Dites-moi, M.F., qui commanda à ce chien d'aller chaque jour porter la petite provision à saint Roch dans un bois. Qui commanda à cette biche d'aller tous les jours donner son lait à l'enfant de Geneviève de Brabant dans son désert ? N'est-ce pas le bon Dieu, M.F. ? Et pourquoi, M.F., est-ce que le bon Dieu prend tant de soins de nourrir tous ces saints, sinon parce qu'ils étaient fidèles à observer tous les commandements qu'il leur donnait ?

Oui, M.F., nous pouvons dire que les saints faisaient consister tout leur bonheur à observer les commandements de Dieu, et qu'ils auraient mieux aimé souffrir toutes sortes de tourments que de les violer ; nous pouvons dire aussi que tous les martyrs n'ont été martyrs que parce qu'ils n'ont pas voulu violer les commandements de Dieu. En effet, M.F., demandez à sainte Reine, cette jeune vierge, pourquoi elle a tant enduré de tourments, ce qui lui fut d'autant plus sensible que ce fut son père qui fut son bourreau ? Il la fit pendre par ses cheveux à un arbre où il là fit frapper de verges jusqu'à ce que son pauvre petit corps innocent ne fût qu'une plaie. Après ces cruautés, qui firent frémir même les païens qui en furent témoins, il la fit conduire en prison, dans l'espérance qu'elle ferait ce qu'il lui commandait. La voyant inébranlable, il la fit ramener auprès de l'arbre, et ordonnant qu'on l'attachât comme la première fois par les cheveux, il la fit écorcher tout en vie. Quand la peau fut séparée de son corps, il la fit jeter, dans une chaudière d'huile bouillante, où il la regardait impitoyablement brûler. Si vous me demandez, M.F., pourquoi elle supporta tant de cruautés ? ah ! M.F., le voici. C'est qu'elle ne voulut pas transgresser le sixième commandement de Dieu, qui défend toute impureté . Pourquoi est-ce que la chaste Suzanne ne voulut pas consentir aux désirs de ces deux infâmes vieillards et qu'elle préféra plutôt la mort ? N'est-ce pas pour la même raison ? Qui fut la cause que le chaste Joseph fut décrié, calomnié auprès de Putiphar, son maître, et conduit en prison ? n'est-ce pas encore pour la même raison ? Pourquoi est-ce que saint Laurent se laissa coucher sur un brasier de charbons allumés ? N'est-ce pas parce qu'il ne voulut pas transgresser le premier commandement de Dieu, qui nous ordonne de n'adorer que Dieu et de l'aimer plus que nous-mêmes ? Oui ; M.F., si nous parcourons un peu les livres où sont renfermés les actions des saints, nous y voyons des exemples admirables et étonnants de leur fidélité à observer les commandements de Dieu, et nous voyons qu'ils ont préféré souffrir tout ce que les bourreaux ont pu inventer, plutôt que d'y manquer.

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