Sermons du curé d'Ars (page 44)

Jean-Marie Vianney · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Sermons de saint Jean-Marie Vianney, tomes 1 à 4 · 56 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Nous voyons que les saints ont trouvé tant de plaisirs dans la douleur, qu'ils semblaient ne pouvoir s'en rassasier. Voyez ce grand pape Innocent Ier : il était couvert d'ulcères des pieds à la tête, cependant il n'était pas encore content, et soupirait sans cesse après de nouvelles souffrances. Il les demandait chaque jour à Dieu par ses prières. « Mon Dieu, disait-il, augmentez mes dou-leurs, des maladies encore plus cruelles, pourvu que vous me donniez de nouvelles grâces ! »

– « Pour-quoi, lui disait-on, de-mandez-vous à Dieu un surcroît de souffrances ? vous êtes déjà couvert de plaies.

» – « Vous ne savez pas combien est grand le mérite des souffrances. Ah ! si vous pouviez comprendre ce que vaut la douleur, comme vous l'aimeriez ! » Saint Ignace le martyr, crai-gnant que les lions et les tigres ne vinssent à lui lécher les pieds, comme cela arrivait quelquefois, fit entendre ces belles pa-roles : « Quand est-ce que je vous baiserai, bêtes farouches, vous qui êtes préparées pour mon sup-plice ! Ah ! quand vous caresse-rai-je ? Si vous ne voulez pas me dévorer je vous exciterai ; afin que vous tombiez sur moi avec plus de fureur ; je vous presserai pour que vous vous hâtiez de me dévorer. » Il écrivait à ses disci-ples : « Je vous écris pour vous annoncer combien je suis heu-reux ! je vais mourir pour Jésus-Christ mon Dieu ! Tout ce que je vous demande c'est de ne rien faire pour m'arracher à la mort, je sais ce qui m'est avantageux. Je suis le froment de Dieu. Il faut que je sois moulu entre les dents des lions pour devenir un pain digne de Jésus-Christ . »

Entendez encore saint André qui s'écrie à la vue de la croix sur laquelle il va perdre la vie : « O heureuse croix, par toi je vais être réuni à mon Maître ! ah ! bénite croix, reçois-moi entre tes bras ; puisque, de tes bras, je serai reçu entre ceux de mon Dieu. » La foule, voyant ce bon vieillard attaché à la croix ; voulait mettre en pièces le proconsul et détacher le saint. « Non, mes enfants, leur cria saint André du haut de sa croix, laissez-moi, laissez moi terminer une vie si misérable, puisque, de là, je vais à mon Dieu . » Saint Laurent est étendu sur un gril de fer, les flammes qui, autrefois, ont épargné les trois enfants dans la fournaise de Babylone, le brûlent impitoyablement. Il est déjà rôti d'un côté, et pour toute récompense il demande d'être retourné de l'autre côté ; afin que, dans le ciel, toutes les parties de son corps soient égale-ment glorieuses. Sans doute, M.F., cet exemple est un miracle de la grâce, qui est toute-puissante dans celui qui aime Dieu ; mais voyez sainte Paule. Cette dame romaine était torturée par de vio-lentes douleurs qu'elle éprouvait dans l'estomac, elle aima mieux mourir, que de boire une goutte de vin qu'on voulait lui faire prendre . Saint Grégoire nous rapporte ce trait d'un pauvre mais célèbre mendiant ; qui, étant demeuré plusieurs années paralyti-que, ne pouvant se remuer sur la paille où il couchait, souffrait des douleurs inconcevables, et, cependant, ne cessa pas un instant de sa vie de bénir Dieu. Il mourut en chantant ses louanges.

Ah ! dit saint Augustin, qu'il est consolant de mourir avec la conscience en paix ! Le repos de l'âme et la tranquillité du cœur sont les dons les plus précieux que nous puissions obtenir, nous dit le Saint-Esprit, il n'y a point de plaisir comparable à la joie du cœur . Le juste, dit le même Docteur, ne craint pas la mort, puis-qu'elle va le réunir à son Dieu et le mettre en possession de tontes sortes de délices. Voyez la joie que les saints font paraître en al-lant à la mort... Voyez, nous dit saint Jean Chrysostome, l'intrépi-dité et la joie avec laquelle saint Paul va à Jérusalem, quoiqu'il soit certain des mauvais traitements qui l'attendent : « Je sais qu'il n'y a pour moi que des tribulations et des chaînes ; je sais les per-sécutions et les maux que j'y souffrirai ; mais, n'importe, je ne crains rien, parce que je suis persuadé que j'ai affaire à un bon maître qui ne m'abandonnera pas. Jésus-Christ lui-même est ma caution et mon garant. » Et voyant pleurer ses disciples, l'apôtre ajoutait : « Que faites-vous, en pleurant et affligeant mon cœur ? car moi, je suis prêt, non seulement à être lié mais à mourir à Jé-rusalem pour le nom du Seigneur Jésus . » Nous ne sommes pas sûrs, il est vrai, d'être comme saint Paul, les amis du bon Dieu ; cependant, quoique pécheurs, si nous avons confessé nos péchés avec un sincère regret, et que nous ayons tâché de satisfaire autant que nous avons pu, par la prière et la pénitence ; mais surtout, si à une grande douleur de nos péchés vient se joindre un ardent amour pour le bon Dieu, nous pouvons avoir confiance : nos pé-chés ont été noyés dans le sang précieux de Jésus-Christ, comme l'armée de Pharaon dans la mer Rouge. M.F., il y avait trois croix sur le calvaire, celle de Jésus-Christ, qui est la croix de l'inno-cence, nous ne pouvons aspirer à celle-là, parce que nous avons péché.

Puis, celle du bon larron, la croix de pénitence : ce doit être la nôtre. Imitons le bon larron, qui profita des derniers ins-tants de sa vie, pour se repentir, et, de sa croix monta au ciel. Jé-sus-Christ le lui annonça : « Aujourd'hui même tu sera, avec moi dans le paradis » La dernière croix est celle du mauvais larron ; nous devons la laisser à ces pécheurs qui veulent mourir dans leur péché... Mais, pour nous, M.F., nous pouvons certainement, si nous le voulons bien, être du nombre de ceux qui font une bonne mort.

A la mort, tout nous quitte : biens, parents et amis ; mais ici, ce qui est un supplice pour le pécheur procure au juste une grande joie. Dites-moi quel chagrin, en effet, pourrait éprouver un bon chrétien à sa dernière heure ! Pourrait-il regretter ces biens, qu'il a méprisés toute sa vie ? Son corps ? il le regarde comme un cruel ennemi, qui l'a mis plus d'une fois en danger de perdre son âme. Serait-ce les plaisirs du monde ? Non, sans doute, puisqu'il a pas-sé sa vie dans les gémissements, la pénitence et les larmes. Non, M.F., il ne regrette rien de tout cela. La mort ne fait que le séparer de ce qu'il a toujours haï et méprisé ; c'est-à-dire, le péché, le monde et les plaisirs. En s'en allant, il emporte avec lui tout ce qu'il a le plus aimé : ses vertus et ses bonnes œuvres ; il quitte toutes sortes de misères pour aller prendre possession d'innom-brables richesses ; il quitte le combat pour aller jouir de la paix ; il quitte un ennemi cruel, le démon, pour aller se reposer dans le sein du meilleur de tous les pères. Oui, ses bonnes œuvres le conduisent en triomphe devant Dieu, qui lui apparaît, non comme un juge, mais comme un tendre ami, qui après avoir compati à ses souffrances, ne désire rien autre chose que de le récompenser.

Le prophète Isaïe nous apprend que nos bonnes œuvres iront solliciter la bonté de Dieu, nous ouvriront la porte du paradis, et nous marqueront notre demeure dans le ciel. Il est parfaitement vrai que nos bonnes œuvres nous accompagneront. Voici un bel exemple du pieux roi Ezéchias. Le Saint-Esprit nous montre ce roi orné de tous les mérites du juste. Il s'attache de tout son cœur à la pratique des bonnes œuvres, son intention est pure, le motif de toutes ses actions est uniquement celui de plaire à Dieu. Il observe fidèlement, et avec grand respect, toutes les cérémonies de la loi. Mais qu'arriva-t-il ? Le voici.

Tout lui réussit pendant sa vie. Mais à l'heure de sa mort toute sa magnificence et ses richesses, qui étaient très grandes, le quittèrent ; ses sujets les plus fidèles furent forcés de l'abandonner ; tandis que ses bonnes œuvres ne le quit-tèrent point. Par elles, il prie Dieu de lui faire grâce : « Je vous en conjure, Seigneur, souvenez-vous que j'ai toujours marché devant vous avec un cœur pur et droit ; j'ai toujours cherché ce que j'ai cru vous être plus agréable . » Telle est, M.F., l'heureuse fin d'une personne qui a travaillé toute sa vie à bien faire tout ce qu'elle a fait, en vue de plaire à Dieu seul. « Heureux, dit saint Jean, ceux qui meurent dans le Seigneur, car leurs œuvres les sui-vent ! » Oui, M.F., nous emporterons tout ce que nous avons de plus précieux ; les biens qui doivent passer, nous les laisserons sur la terre, et ce qui doit durer éternellement nous suivra. Le solitaire sera accompagné de son silence, de sa retraite et de toutes ses oraisons ; le religieux sera accompagné de ses macérations, de ses jeûnes et abstinences ; le prêtre de tous ses travaux apostoliques : il y verra toutes les âmes qu'il a converties et qui seront sa récom-pense et sa gloire ; le chrétien fidèle retrouvera toutes les bonnes confessions et communions qu'il aura faites, toutes les vertus qu'il aura pratiquées pendant sa vie. Heureuse mort, M.F., que celle du juste ! écoutez le prophète Isaïe : « Dites au juste qu'il est heu-reux, parce qu'il recueillera le fruit de ses œuvres . »

Vous conviendrez donc que la mort du juste est bien pré-cieuse aux yeux de tous les hommes ; qu'un prêtre aille visiter un tel mourant, sa seule présence l'affermira dans la foi et l'espé-rance ; qu'on lui parle de Dieu et de ses grâces, aussitôt son amour s'enflammera comme une fournaise ardente ; qu'on lui parle des derniers sacrements, ce qui glace un pécheur de frayeur et de crainte, il est inondé d'un torrent de délices ; car son Dieu va venir en son cœur pour le conduire avec lui au paradis. Saint Grégoire nous rapporte que sa tante sainte Tharsille, étant près de mourir, s'écria, transportée : « Ah ! voilà mon Dieu ! voilà mon époux ! » et elle expira dans un élan d'amour. Voyez encore saint Nicolas de Tolentino . Pendant les huit derniers jours de sa maladie, lors-qu'il avait reçu le corps du Sauveur, on entendait les anges chan-ter dans sa chambre ; et quand ces chants eurent cessé, il mourut : les anges l'emmenèrent au ciel avec eux. Heureuse mort que celle du juste !.. Sainte Thérèse ayant apparu toute brillante de gloire à une religieuse de son ordre, elle l'assura que Notre-Seigneur était présent à sa mort, et avait conduit son âme au ciel. Heureuse l'âme qui peut être assistée à la mort par Jésus-Christ lui-même !... Qu'il est doux et consolant de mourir dans l'amitié de Dieu !... N'est-ce pas une première récompense du bien que l'on a pu faire pendant sa vie ?

II. – Je sais, M.F., que nous désirons tous faire une bonne mort ; mais ce n'est pas assez de le désirer, il faut encore travailler à mériter ce bonheur, ce grand bonheur. Voulez-vous savoir ce qui nous peut procurer ce bien ? Le voici en peu de mots. Parmi les moyens que nous devons prendre pour bien mourir, j'en choi-sis trois, qui, avec la grâce de Dieu, nous conduiront infaillible-ment à une bonne mort. Il faut nous y préparer 1? par une sainte vie ; 2? par une véritable pénitence si nous avons péché, et 3? par une parfaite conformité de notre mort à celle de Jésus-Christ.

On meurt pour l'ordinaire, comme l'on a vécu : c'est là une de ces grandes vérités que l'écriture et les saints Pères nous affir-ment en maint endroit. Si vous vivez en bons chrétiens, vous êtes sûrs de mourir en bons chrétiens ; mais si vous vivez mal, vous êtes sûrs de faire une mauvaise mort. Le prophète Isaïe dit : « Malheur à l'impie qui ne pense qu'à mal faire, parce qu'il sera traité comme il le mérite : à la mort il recevra le salaire des œu-vres de ses mains . » Il est vrai cependant que l'on peut quelque-fois, par une espèce de miracle, mal commencer et bien finir ; mais cela arrive si rarement que, d'après saint Jérôme, la mort est ordinairement l'écho de la vie ; vous croyez qu'alors vous revien-drez au bon Dieu ? non, vous périrez dans le mal.

Mais si, étant touchés de repentir, vous commencez à vivre chrétiennement, vous serez du nombre de ces pénitents qui atten-drissent le cœur de Dieu et gagnent son amitié. Quoique moins riches, ils ne laissent pas que d'aller au ciel, et c'est d'eux préci-sément que Dieu se sert pour manifester sa miséricorde. Le Saint-Esprit nous dit : « Si vous avez un ami, faites-lui du bien avant votre mort . » Eh ! M.F., pouvons-nous avoir un meilleur ami que notre âme ? Faisons pour elle tout ce que nous pourrons ; car au moment que nous voudrons lui faire du bien, nous ne le pour-rons plus !... La vie est courte. Si vous différez de vous convertir jusqu'à l'heure de votre mort, vous êtes des aveugles ; puisque, vous ne savez ni le moment, ni le lieu où vous mourrez, peut-être sans secours. Qui sait si vous n'irez point paraître cette nuit même, couverts de péchés devant le tribunal de Jésus-Christ ?... Non, M.F., ce n'est pas ce que vous devez faire ; vous devez vous purifier, et vous tenir toujours en état de paraître devant votre juge. Voici un exemple qui vous fera voir que celui qui retarde de jour en jour son retour à Dieu, meurt comme il a vécu. Le cardinal Pierre Damien nous rapporte qu'un religieux avait passé la meil-leure partie de sa vie en chicanes et en disputes avec ses frères. étant au lit de la mort, ses frères le conjuraient de confesser ses péchés, d'en demander pardon à Dieu et d'en faire pénitence, avec un bon propos de n'y plus retomber, si la santé lui était rendue. Ils n'en tirèrent pas un seul mot. Mais un peu plus tard, ayant repris la parole, il leur parla, et de quoi ? hélas ! de ce qui avait fait le sujet de ses conversations pendant sa vie : de procès et autres af-faires. Ses frères le suppliaient de songer à son âme ; tout fut inu-tile, il se rendormit et mourut ainsi, sans donner le moindre signe de repentir. Oui, M.F., telle vie, telle mort. N'espérez pas un mi-racle que Dieu ne fait que rarement ; vous vivez dans le péché, vous mourrez dans le péché.

Un grand nombre d'exemples nous prouve qu'après une mauvaise vie, nous ne devons pas attendre une bonne mort. Nous lisons dans l'écriture sainte , qu'Abimélech, prince fier et orgueilleux, s'empara du royaume qu'il devait partager avec ses frères, et les fit mourir afin de régner seul. Comme il attaquait une place, les assiégés s'étant réfugiés dans une tour, il s'en approcha pour y mettre le feu. Une femme qui le vit du haut du rempart, lui jeta une pierre et lui fendit la tête. Ce malheureux se sentant bles-sé, appela son écuyer et lui dit : « Tire ton épée et perce moi le corps... Fais-moi promptement mourir, afin de m'épargner la confusion d'avoir été tué par une femme. » Quelle étrange conduite, M. F : ? Est-il le premier prince qui ait été ainsi blessé ? Pourquoi, donc veut-il que son écuyer le tue ? Hélas !

c'est qu'il n'a été toute sa vie qu'un ambitieux !... Saül venait de livrer ba-taille aux Amalécites, le sort des armées était très incertain ; il se sentait perdu, car il était déjà blessé, et voyait l'armée ennemie prête à fondre sur lui. S'appuyant sur son épée, et voyant venir der-rière lui un soldat, il lui dit : « Viens ici, mon ami, qui es-tu ? » « Je suis un Amalécite. » – « Eh bien ! fais-moi une grâce : jette-toi sur moi et me tue ; parce que je suis accablé de douleur ; je ne saurais mourir, achève-moi . » Et pourquoi, M.F., ce misérable veut-il mourir de la main d'un Amalécite ? était-ce donc le seul prince qui ait perdu une bataille ? Ne vous étonnez pas de cela, nous répondent les saints Pères, c'est un prince qui, pendant sa vie, s'est livré aux vices, qui s'est laissé dominer par l'envie, l'ava-rice et par toutes sortes de passions. Pourquoi meurt-il d'une ma-nière si déshonorante ? C'est qu'il a mal vécu. Tout le monde sait qu'Absalon avait été toute sa vie désobéissant et rebelle à son bon père.

L'heure de sa mort que Dieu avait marquée de toute éternité, étant enfin arrivée, comme il passait sous un arbre, il y resta sus-pendu par les cheveux. Joab le voyant, lui tira trois coups de flè-ches . D'où vient, M.F., la fin malheureuse de ce prince ? sinon que toute sa vie il n'avait été qu'un mauvais fils. Il meurt de cette sorte, parce qu'il avait mal vécu.

Vous voyez donc clairement, M.F., que si nous voulons faire une bonne mort, il faut mener une vie chrétienne et faire pé-nitence pour nos péchés ; il faut exciter en nous, avec la grâce de Dieu, une humilité profonde, dans un cœur plein de regret d'avoir offensé un maître si bon.

Mais un troisième moyen, pour nous préparer à bien mourir, c'est de régler notre mort sur celle de Jé-sus-Christ. Quand on porte le bon Dieu à un malade, on porte aus-si la croix ; ce n'est pas seulement pour chasser le démon, mais bien plus, pour que ce Sauveur crucifié serve de modèle au mori-bond, et afin que, jetant les yeux sur l'image d'un Dieu crucifié pour son salut, il se prépare à la mort comme Jésus-Christ s'y est préparé. La première chose que fit Jésus-Christ avant de mourir fut de se séparer de ses apôtres ; un malade doit faire de même, s'éloigner du monde, et se détacher autant qu'il peut des personnes qui lui sont les plus chères pour ne s'occuper plus que de Dieu seul et de son salut. Jésus-Christ sachant que sa mort était proche, se prosterna la face contre terre dans le jardin des Oliviers, en priant avec instances . Voilà bien ce que doit faire un malade aux approches de la mort ; il doit prier avec ferveur, et dans son agonie, s'unir à l'agonie de Jésus-Christ. Le malade qui veut rendre son mal méritoire doit accepter la mort avec joie, ou, du moins, avec une grande soumission à la volonté de son Père céleste ; pensant qu'il faut absolument mourir pour aller voir Dieu, et que c'est là tout notre bonheur. Saint Augustin nous dit que celui qui ne veut pas mourir, porte la marque d'un réprouvé. Oh ! M.F., qu'un chrétien qui a bien vécu est heureux à ce dernier moment ! Il quitte toutes sortes de misères pour entrer en posses-sion de toutes sortes de biens !... Heureuse séparation ! Elle nous unit à notre souverain bien qui est Dieu même !... C'est ce que je vous souhaite.

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www.JesusMarie.com Saint Jean Marie Vianney

curé d’Ars- mystique - saint patrons des curés

Tome 4 des Sermons de saint Jean Marie Vianney

3 MAI INVENTION DE LA SAINTE CROIX

Sur la Croix 2

24 JUIN FêTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE 17

1er AOUT 33

SUR LE MARTYRE DES MACHABéES 33

15 AOUT FêTE DE L'ASSOMPTION DE LA STE VIERGE Sur les grandeurs de Marie. 48

8 SEPTEMBRE

FêTE DE LA NATIVITé DE LA STE VIERGE 61

PREMIER DIMANCHE D'OCTOBRE

FêTE DU SAINT ROSAIRE 75

2 OCTOBRE

FêTE DES SAINTS ANGES GARDIENS 89

1er NOVEMBRE

FêTE DE TOUS LES SAINTS Sur la Sainteté 105

DEUXIèME SERMON POUR LA FêTE DE TOUS LES SAINTS

Sur le culte des Saints et des saintes Images 116

2 NOVEMBRE

COMMéMORATION DES MORTS 126

AUTRE SERMON POUR LE JOUR DES MORTS 141

SERMON POUR LA FêTE DU SAINT PATRON 151

SERMON POUR LA FêTE DE LA DéDICACE, Du respect que l'on doit avoir dans les églises 166

SERMON SUR LA RELIGION 182

SERMON SUR LA CONFIRMATION Dispositions qu'il faut avoir pour recevoir ce sacrement. 193

SERMON SUR L'EXTRêME-ONCTION 206

SERMONS INéDITS 220

SERMON SUR L'EXAMEN DE CONSCIENCE 220

SERMON SUR LES QUALITéS DE LA CONFESSION 238

SERMON SUR LE PéCHé MORTEL 253

SERMON SUR LA COMMUNION INDIGNE 268

SERMON SUR LES DEVOIRS DES PARENTS 284

SERMON SUR LES INDULGENCES 303

3 MAI INVENTION DE LA SAINTE CROIX

Sur la Croix Complacuit reconciliare omnia in ipsum, pacificans per sanguinem crucis ejus, sive quæ in terris , sive quæ in cælis sunt.

Il a plu à Dieu de réconcilier tout par Jésus-christ et en lui, pacifiant par le sang de sa croix ce qui est, soit sur la terre, soit dans les cieux.

(S. Paul aux Coloss., I, 20.)

Qui de nous, M.F., pourra jeter les yeux sur cette croix sainte et sacrée, sur laquelle Jésus-Christ a perdu la vie, sans être pénétré de la plus vive reconnaissance ? Quoi ! M.F., Jésus-Christ égal à son Père meurt pour nous sauver ! O croix sainte ! O croix précieuse ! Sans vous, jamais de ciel sans vous, jamais de Dieu ! sans vous, toujours pleurer dans les enfers ! Sans vous, jamais de bonheur en l'autre vie ! Oui, c'est cette croix qui a fait descendre du ciel le Fils de Dieu, par le désir qu'il avait de mourir sur elle, et de racheter ainsi le monde entier. Que la vue de cette croix rappelle de biens à un chrétien qui n'a pas encore perdu la foi ! Hélas ! qu'étions--nous avant que cette croix fût teinte du sang adorable du Fils de Dieu ! Nous étions bannis du ciel, séparés pour toujours de notre Dieu, condamnés à passer notre éternité dans des flammes, à pleurer et souffrir pendant des jours sans fin. Allons souvent au pied de cette croix, et nous verrons en elle la clef qui nous a ouvert la porte du ciel et fermé celle de l'enfer. O mon Dieu, si tant de biens nous sont donnés par elle, quel respect et quelle estime ne devons-nous pas en faire ! Pour augmenter en vous ce respect, je vais vous montrer 1 les bienfaits que nous recevons de la croix, et 2 l'es-time que nous devons en faire.

1. – Avant que la croix fût sanctifiée par la mort d'un Dieu fait homme, les démons étaient sur la terre, et, semblables à des lions, dévoraient tout ce qui se présen-tait à eux. Cet esprit de ténèbres l'avoua un jour à saint Antoine, en lui disant que, depuis l'avènement du Mes-sie, il était enchaîné et ne pouvait nuire qu'à ceux qui le voulaient. Saint Antoine, dans toutes ses tentations, si fréquentes et si violentes, n'avait pas d'autres armes que le signe salutaire de la croix . Aussi fut-il toujours victorieux de son ennemi. Sainte Thérèse, par un seul signe de croix, mit en fuite le démon, qui lui apparaissait un jour sous la forme d'une montagne entr'ouverte et prête à l'engloutir. Je n'entrerai pas dans un long détail des biens que nous recevons de la croix. C’est la croix qui nous a valu une éternité de bonheur ; c'est elle qui a changé la colère du Seigneur en un amour infini ; c'est elle qui a arraché les foudres des mains du Père éternel, pour les remplir de toutes sortes de biens et de bénédic-tions. C'est encore la croix qui nous procure nos bonnes pensées, nos bons désirs, les remords de conscience, la douleur de nos péchés passés. Ah ! ce n'est pas encore assez !... C'est par cette croix que nous sommes devenus les enfants et les amis de Dieu, les frères et les membres de Jésus-christ, les héritiers de son bonheur éternel ; c'est encore sur elle qu'a pris naissance cette belle reli-gion qui nous donne, avec ses consolations, l'espérance d'un avenir heureux. De cette croix, les sacrements tirent toute leur efficacité. O belle et sainte croix, que de biens tu nous as mérités ! C'est toi qui fais que le sang adorable de Jésus-christ ruisselle chaque jour sur nos autels pour apaiser la colère de Dieu !... C'est sur la croix, qu'a été semée cette manne céleste, c'est-à-dire l'adorable sacre-ment de l'Eucharistie, qui sera, jusqu'à la fin des siècles, la nourriture de nos âmes. C'est cette croix qui a porté ces raisins mystérieux, dont le jus abreuve notre âme pendant son exil. Le pécheur y trouve sa conversion et le juste la persévérance. O belle et précieuse croix ! que celui qui viendrait souvent à tes pieds serait fort et ter-rible contre les puissances de l'enfer ! De plus, je dis que la vue de la croix fait la gloire des saints dans le ciel, et le désespoir des damnés dans les enfers. En effet, les élus dans le ciel voient que la gloire et le bonheur dont ils jouissent leur sont venus de la croix, et que sur ce bois sacré, a pris naissance cet amour qui doit les eni-vrer éternellement. Au contraire, la seule présence de cette crois fera le désespoir des damnés.

Ils se rappelle-ront, qu'elle aurait pu être pour eux l'instrument du salut, un moyen d'éviter le malheur éternel, et une source abondante de secours et de grâces. Ah ! triste souvenir de tant de biens méprisés !…

Ce n'est que par la croix que nous pouvons aller au ciel. II y a différentes espèces de croix : les unes sont intérieures et invisibles, les autres visibles ou sensibles. Les premières s'appesantissent sur tous les mortels sans exception d'un seul ; nous avons chacun la nôtre. Trai-tons cela familièrement. 1 Vous me demandez ce que c'est qu'une croix invisible ? J'entends sous ce nom, par exemple, une violente tentation qui vous poursuit vive-ment pour vous faire tomber dans le péché ; une calom-nie que l'on débite contre vous ; une perte de bien ; un tort que l'on vous fait ; une maladie qui semble ne plus vouloir vous quitter. C'est encore une croix invisible que ces railleries, ces mépris dont on vous couvrira sans relâche. Toutes ces croix sont adoucies, et perdent pres-que toute leur amertume, par la vue de la croix sur laquelle notre bon Sauveur est mort pour nous arracher des griffes du démon. Voulez-vous trouver vos peines légères ou plutôt douces et agréables ? Venez avec moi un instant au pied de la croix, sur laquelle nous avons été enfantés en Jésus-christ.

Etes-vous méprisé ? Voyez votre Dieu entre les mains des Juifs, traîné par les che-veux, jeté contre les murs, les yeux bandés, les mains liées derrière le dos, frappé de grands coups de poings et de bâtons, tandis qu'on lui demande qui l'a frappé ? êtes-vous pauvre ? Eh bien !

voyez ce Dieu dans une crè-che, couché sur un peu de paille.

En voulez-vous davan-tage ? Portez vos regards sur la croix, et vous verrez ce Dieu mourir dépouillé de ses vêtements. êtes-vous calomnié ? écoutez les blasphèmes et les malédictions que l'on vomit contre un Dieu, venu sur la terre pour l'inonder de bénédictions. Tout ce que l'on dit contre lui est faux ; et comment se venge-t-il ? En priant pour ceux qui le calomnient. êtes-vous dans les souffrances, les infirmités ? Levez vos yeux sur cette croix, considérez votre Dieu attaché, mourant de la mort la plus cruelle et la plus douloureuse. Mon Père, pardonnez, de grâce, à ceux qui me font mourir : c'est pour eux que je perds la vie, c'est pour leurs péchés que je souffre. Que souf-frons-nous, mes amis, si nous le comparons à ce que Jésus-Christ a enduré pour nous ?

Ah ! M.F., que les saints connaissaient bien mieux que nous le prix des souffrances !... Voyez saint Jean de la Croix, frappé par ses religieux jusqu'à tomber dans son sang. Notre-Seigneur lui apparaît et lui dit : « Jean, que veux-tu que je te donne, pour tout ce que tu souffres avec tant d'amour ? » – « Ah ! Seigneur, de grâce, ne diminuez pas mes souffrances ; mais, au contraire, faites pour toute récompense, que je souffre toujours davan-tage, puisque vous, l'innocence même, avez enduré tant de tourments ». Saint Bernard ne pouvait regarder la croix sans verser des larmes en voyant ce qu'un Dieu avait souffert pour nous. écoutez ce que Jésus-Christ dit un jour à saint Pierre, martyr, lorsqu'il se plaignait des outrages qu'on lui faisait : « Et moi, Pierre, qu'ai-je fait lorsqu'on m'a crucifié ? » Oui, M.F., au pied de la croix nous apprendrons ce qu'est le péché, le prix de notre âme et l'amour d'un Dieu pour les hommes. C'est au pied de la croix que nous trouverons les plus douces consolations dans nos peines, les plus grandes forces dans nos tentations, et à l'heure de la mort, la plus ferme confiance. Venons donc souvent au pied de cette croix répandre notre cœur et nous y apprendrons ce qu'un Dieu a fait pour nous, et ce que nous devons faire pour lui.

2 J'ai dit en premier lieu qu'au pied de la croix nous apprendrons ce qu'est le péché, et l'horreur que nous devons en avoir. Le feu de l'enfer, il est vrai, semble nous faire comprendre quelque chose de son énormité, puisque, pour une seule pensée d'orgueil qui aura duré à peine une ou deux minutes, si nous mourons dans ce péché, nous serons condamnés à aller brûler dans les brasiers allumés par la colère d'un Dieu Tout-Puissant . Une personne aura volé cinquante sous ou trois francs à son voisin ; si, le pouvant, elle ne l'a pas rendu, ce péché seul la précipitera pour jamais dans les abîmes . Et ainsi de tous les autres péchés : cela fait frémir .... O mon Dieu, que l'homme qui le commet est aveugle ! Mais plus aveugle encore est celui qui l'a commis, et, se voyant dans cet état, pousse la fureur jusqu'à y rester. Cependant j'ose vous dire que l'amour d'un Dieu mou-rant sur la croix, nous montre d'une manière encore plus sensible, la malice et la fureur du péché. En effet, si nous considérons tout ce que Jésus-Christ a souffert pour l'ex-pier : les humiliations, les outrages, les blasphèmes qu'on a vomis contre lui, son crucifiement et sa mort, l'on peut dire : Il n'y a que Dieu pour savoir ce qu'est le péché.

En second lieu, j'ai dit que la croix nous montre l'amour infini d'un Dieu pour ses créatures. Ah ! mes enfants, nous dit-il du haut de la croix sur laquelle il est cloué ; voyez si vous pouvez trouver un amour semblable au mien ; pouvais-je faire plus, que de mourir pour vous ? Ah ! si nous regardions cette croix avec les yeux de la foi, pourrions-nous ne pas nous écrier comme saint Paul : O croix sainte et sacrée ! ô croix d'amour, que de biens vous nous apportez ! Ah ! mes enfants, vous n'aimeriez pas votre Dieu ! Oui, M.F., si nous aimions véritablement notre Dieu, nous ne vivrions que pour lui ! En cela je veux dire que nous devons le prendre pour modèle, être contents de nous voir humiliés, méprisés, calomniés, et loin de nous venger, regarder tout cela, au contraire, comme venant de la main de Dieu, et comme une grande grâce qu'il nous accorde. Si vous vouliez imiter Jésus-Christ, vous fuiriez les plaisirs, les bals, les danses, les jeux et les cabarets ; car Jésus-Christ a condamné tout cela, par l'exemple d'une vie pénitente et retirée. Imitez Jésus-Christ et vous ne craindrez point la mort ; au contraire, ce sera un bonheur puisqu'elle vous réunira à lui. Si vous vivez sans vous attacher aux choses de la terre, votre cœur sera tout pour le ciel.

J'ai dit ensuite, M.F., que la croix fera toute la con-solation du chrétien qui l'aura portée avec joie pendant sa vie. En effet, où sera votre ressource dans ce terrible moment qui décidera de votre sort éternel ? Où porterez--vous vos regards, où adresserez-vous vos soupirs et vos prières, si ce n'est vers la croix ? Qu'exposera-t-on à vos yeux, que mettra-t-on entre vos mains, que vous appli-quera-t-on sur les lèvres ? Rien autre, M.F., que la croix. Quel nom vous fera-t-on prononcer dans ce mo-ment ? Le nom de Jésus et de Jésus crucifié. Oh ! quelle consolation pour un chrétien de tenir en mourant une croix entre ses mains, si elle a été pendant sa vie le sujet de ses méditations et de son amour ! Alors il pourra dire à son Juge : « Seigneur, vous voyez que je n'ai jamais fui ou méprisé votre croix ; je l'ai portée avec plaisir ; les humiliations, les injures et les souffrances, loin de m'abattre et me décourager, m'ont rempli de joie et de courage. » O mon Dieu, si nous pouvions com-prendre combien les croix nous sont un grand bienfait de votre main ! Ne perdons jamais de vue, M.F., qu'à la mort, la croix sera notre seule ressource. Mais aussi quel désespoir pour celui qui, à sa dernière heure, verra cette croix qu'il aura méprisée pendant sa vie et dont il aura rougi par crainte d'une raillerie ! Quel désespoir lorsque Jésus-Christ va confronter sa vie avec celle de ce pécheur ! Lorsqu'il opposera son humilité et les mépris qu'il a endurés, à l'orgueil de ce pécheur, sa pauvreté à l'ava-rice, sa pureté aux actions infâmes, le pardon de ses ennemis aux vengeances, ses pénitences et ses larmes aux plaisirs, ses jeûnes aux gourmandises de ce misé-rable ! Que deviendront alors ces pauvres malheureux, qui, pendant leur vie, n'auront eu aucun trait de ressem-blance avec leur Sauveur ?... 0 mon Dieu ! peut-on penser à cela, et ne pas mourir de douleur !... Un Dieu vit et meurt dans les souffrances, et un chrétien, quoique chargé de péchés, ne veut rien souffrir !... Hélas ! que de repentirs à l'heure de la mort ! mais il sera trop tard.

II. – Je vais vous parler maintenant des croix visibles, et vous donner la raison de leur multiplicité, de leur bénédiction et de si grands honneurs que l'église leur rend. Si les croix intérieures sont si nombreuses, si les croix visibles, images de celle où notre Dieu est mort, sont aussi en grand nombre ; c'est afin que nous ayons toujours présent à la pensée que nous sommes les enfants d'un Dieu crucifié.

Ne soyons pas étonnés, M.F., des honneurs que l'église rend à ce bois sacré, qui nous procure tant de grâces et de si grands avantages. Nous voyons que l'église fait le signe de la croix dans toutes les cérémonies, dans l'administration de tous les sacrements. – Pourquoi cela ? me direz-vous. – Mon ami, le voici : c'est que toutes nos prières et tous les sacrements tirent de la croix leur force et leur vertu. Pendant le saint Sacrifice de la sainte Messe, qui est l'action la plus grande, la plus auguste et la plus sublime de toutes celles qui peuvent glorifier Dieu, à chaque ins-tant le prêtre fait le signe de la croix. Dieu veut que nous n'en perdions jamais le souvenir, comme le moyen le plus sûr de notre salut et l'instrument le plus redou-table au démon. Il nous a même créés en forme de croix, afin que tout homme fût l'image de cette croix, sur la-quelle Jésus-Christ est mort pour nous sauver. Voyez comme l'église s'empresse d'en multiplier le nombre elle en fait l'ornement spécial de nos églises, de tous ses autels ; elle les place sur les endroits les plus élevés, pour nous montrer le triomphe remporté sur l'ennemi de notre salut. Quoi de plus touchant que ce monument glorieux, qui nous met devant les yeux l'abrégé de toutes les souffrances de notre bon Sauveur ? Ne semble--t-il pas nous dire : Voyez, mes enfants, ce que j'ai fait pour mériter vos hommages ! O mon Dieu, un tel spec-tacle n'est-il pas capable de toucher le cœur le plus dur et le plus enfoui dans les ordures du péché ?

0 mon Dieu, qu'un cœur tant soit peu sensible y trouve de consolations et de larmes ! Un chrétien pourrait-il jeter les yeux sur ce bois sacré, sans sentir se réveiller en lui les remords de la conscience, sans reconnaître ce qu'il est et ce qu'il doit faire ?

1 Pourquoi place-t-on des croix près des villes et des villages ? C'est pour montrer la profession publique qu'un chrétien doit faire de la religion de Jésus-Christ, et pour rappeler aux passants qu'ils ne doivent jamais perdre le souvenir de la mort et de la passion du Sauveur. Ce signe salutaire nous distingue des idolâtres, comme autrefois la circoncision distinguait le peuple juif d'avec les infi-dèles. Aussi voyons-nous que dès que l'on veut détruire la religion, l'on commence par renverser ces monu-ments. Les premiers chrétiens regardaient comme leur plus grand bonheur de porter sur eux ce signe salutaire de notre Rédemption. Autrefois, les femmes, les filles portaient une croix dont elles faisaient leur ornement le plus précieux: elles la suspendaient à leur cou, montrant par là qu'elles étaient les servantes d'un Dieu crucifié. Mais, à mesure que la foi a diminué, et que la religion s'est affaiblie, ce signe sacré est devenu rare, ou, pour mieux dire, a presque disparu. Voyez comme le démon entraîne au mal par degré. Elles ont commencé à retran-cher l’image du Crucifié et de la sainte Vierge, et se sont contentées de porter une croix qu'elles appellent papillon. Après cela, le démon les a poussées plus loin : elles ont pris pour remplacer ce signe sacré, une chaîne, qui n'est autre chose qu'un ornement de vanité, et qui, bien loin d'attirer sur elles les bénédictions du Ciel, ne fait, au contraire, que les engager dans les voies et les embû-ches du démon. Voyez la différence, entre une chaîne et une croix : par la croix, nous sommes devenus en-fants libres ; par la croix, Jésus-Christ nous a délivrés de la tyrannie du démon, où le péché nous avait conduits.

La chaîne, au contraire, est un signe d'esclavage ; c'est--à-dire que par cet instrument de vanité, nous quittons Dieu en nous donnant au démon. Seigneur ! que le monde a changé depuis les premiers chrétiens, qui se faisaient un honneur et une sainte joie de porter ce signe sacré de notre religion !...

2 L'intention de l'église est que nous ayons tous des croix dans nos maisons, pour ne jamais perdre de vue que nous sommes chrétiens et disciples d'un Dieu cru-cifié. On connaît vite si la religion règne dans une maison, par les croix et les images que l'on y trouve. En entrant dans une maison, je cherche des yeux, tout autour, le signe de notre Rédemption. Si je ne le trouve point, je ne puis m'empêcher de déplorer le malheur de la maison et de ceux qui sont dedans. Oh ! M.F., que la présence et la vue d'une croix est salutaire ! Sou-vent, il ne faut qu'un regard sur un crucifix, pour adoucir les peines les plus profondes et les plus dou-loureuses, pour nous faire faire les sacrifices les plus grands, et pratiquer les vertus les plus sublimes. Qui pourrait encore avoir le courage de satisfaire une passion quelle qu'elle soit, en voyant un Dieu cloué sur une croix ? Qui trouverait trop grande ses souffrances, en considérant un Dieu dont le corps est tout en lambeaux par les coups qu'il a reçus dans sa flagellation ? Qui pourrait trouver difficile la pratique de la vertu, en voyant un Dieu qui n'a rien commandé qu'il n'ait commencé à pratiquer lui-même. Personne donc, ne doit laisser sa maison sans ce signe salutaire, afin que tous ceux qui entrent puissent reconnaître que vous êtes chrétiens, et que vous en faites profession publique. Un chrétien ver-tueux doit avoir un beau crucifix, quelques belles images, et les regarder comme le plus bel ornement et l'honneur de sa maison. De temps à autre portez vos regards sur les images ou le crucifix, faites une petite réflexion sur ce que Jésus-Christ a souffert pour nous et combien il nous a aimés. En voyant l'image de la Sainte Vierge, car vous ne devez jamais laisser vos maisons sans une représentation de cette bonne Mère, priez-la de vous recevoir vous et votre famille sous sa sainte pro-tection. Quand vous considérez les images des saints, pensez aux vertus qu'ils ont pratiquées, aux pénitences qu'ils ont faites pendant leur vie, pour mériter le bon-heur dont ils jouissent maintenant dans le ciel. Que doit-on penser d'une maison où l'on ne trouve ni christ, ni autre signe de religion ? Hélas ! on pense qu'elle est habitée par des gens qui ont perdu la foi, qui sont devenus les ennemis de la croix, et ne sont plus chré-tiens que de nom. Ah ! combien est grand le nombre de ceux qui ne sont plus chrétiens que de nom, et dont la conduite est semblable à celle des païens !

Ah ! me direz-vous, c'est un peu fort ! Nous ne sommes pas fâchés d'être chrétiens, au contraire : expli-quez-nous comment nous n'avons plus que le titre de chrétien ? – Eh ! mes amis, c'est facile. C'est lorsque vous craignez de faire vos actes de religion devant le monde, et que, vous trouvant dans une maison, vous n'osez pas faire le signe de croix avant de manger, ou, bien que, pour le faire, vous vous tournez de l'autre côté, crainte d'être aperçu et raillé ; c'est lorsque, enten-dant sonner l'Angelus, vous faites semblant de ne pas l'entendre, et vous ne le dites pas, de peur qu'on ne se moque de vous. Ou encore, lorsque le bon Dieu vous donne la pensée d'aller vous confesser, vous dites: « Oh ! je n'y vais pas, l'on se moquerait de moi. » Si vous vous comportez de cette manière, vous ne pouvez pas dire que vous êtes chrétiens. Non, mes amis, vous êtes, comme autrefois les Juifs, rejetés, ou plutôt, vous vous êtes séparés vous-mêmes ; vous n'êtes que des apostats ; votre langage le prouve, et votre manière de vivre le manifeste assez clairement. Pourquoi, M.F., avait-on donné le nom d'apostat à l'empereur Julien ? – C'est, me direz-vous, parce qu'il était d'abord chrétien et qu'ensuite il vécut comme les païens. – Eh bien ! mes amis, quelle différence y a-t-il entre votre conduite et celle des païens ? Savez-vous quels sont les vices ordi-naires chez les païens ? Les uns, corrompus par le vice infâme de l'impureté, vomissent de leur bouche toutes sortes d'abominations ; les autres, adonnés à la gour-mandise, ne recherchent que les bons morceaux ou se remplissent de vin ; toute l'occupation de leurs filles n'est que dans la parure et le désir de plaire. Que pensez--vous, M.F., de cette conduite ? – C'est la conduite de personnes qui n'ont point l'espérance d'une autre vie. -Vous avez raison. Et quelle différence y a-t-il entre votre vie et la leur ? Si vous voulez parler franchement, vous conviendrez qu'il n'y en a aucune, et que, par con-séquent, vous n'êtes chrétiens que de nom. O mon Dieu ! que vous avez peu de chrétiens pour vous imiter ! Hélas ! s'il y en a si peu pour porter leur croix, il y en aura aussi bien peu pour vous bénir pendant l'éter-nité.

3 On plante des croix bénites dans les champs, et on en place dans les endroits où sont les récoltes : la raison en est que nos péchés semblent continuellement presser la justice de Dieu pour attirer sur nous les fléaux de sa colère ; les grêles, les gelées, les sécheresses, les inon-dations. Comme par la croix le Fils de Dieu nous a réconciliés avec son Père, et nous a mérité les trésors célestes ; l'intention de l'église est, en les plaçant dans les champs, d'en écarter les calamités. La bénédiction qu'elles reçoivent est pour demander à Dieu de ne pas détourner ses yeux miséricordieux des champs où elles sont plantées, et d'y répandre ses bénédictions. Mais ce n'est pas tout de planter des croix, il faut encore le faire avec piété, avec foi, et surtout ne pas être alors en état de péché ; vous êtes sûrs que si vous les plantez avec de tels sentiments, le bon Dieu bénira vos terres et les garantira de malheur temporel. Si vos croix ne pro-duisent pas l'effet que vous deviez en attendre, ce n'est pas difficile à concevoir, c'est que vous allez les planter sans foi, sans piété ; c'est qu'en les plantant, vous n'avez peut-être pas même dit un Pater et un Ave à genoux ;

ou, si vous avez prié, c'est peut-être un genou à terre et l'autre en l'air. Si cela est, comment voulez--vous que le bon Dieu bénisse vos récoltes ? Mais lorsque vous les retrouvez , c'est bien une autre abomi-nation !... Oh ! que la religion a donc perdu de son ancienne beauté ! Oui, ces croix sont vraiment plantées dans des champs de païens, et non de chrétiens. O mon Dieu ! dans quel malheureux siècle sommes-nous donc arrivés !...

Lorsque l'église institua cette sainte cérémonie, chacun enviait le bonheur de placer ces croix dans son champ, on le faisait avec le respect le plus profond. Lorsqu'on les retrouvait, soit en moissonnant, soit en vendangeant, on se prosternait la face contre terre pour adorer Jésus-Christ, mort sur la croix pour nous, et on exprimait ainsi sa reconnaissance de ce qu'il avait bien voulu conserver et bénir la récolte. Tous, les larmes aux yeux, baisaient le signe sacré de notre Rédemption. Hélas ! mon Dieu, ce n'est plus ainsi que les chrétiens, vous témoignent, leur reconnaissance ! Oserai-je le dire ? Ils imitent Judas et les Juifs ! Ils ressemblent aux Juifs, lorsqu'ils fléchissaient le genou pour insulter sa royauté ; ils imitent Judas, qui le baisa avec une bouche souillée des plus grands crimes. Les uns et les autres ne lui rendaient ce semblant de respect que par dérision ; n'est ce pas là vraiment ce que vous faites quand vous rencontrez une croix ? Au lieu de témoigner à Dieu votre reconnaissance de ce qu'il a bien voulu bénir et conserver les fruits de la terre ; n'est-ce pas une injure que vous lui faites, que de la baiser en riant ? N'est ce pas faire acte de dérision ou plutôt, d'idolâtrie, que de présenter une poignée de blé, comme si vous encensiez la personne qui tient la croix. Allez, malheureux, ou dans ce monde ou dans l'autre, le bon Dieu vous punira. Pères de famille, ne vous avais-je pas dit, il y a deux ans, qu'au moment de la moisson, vous deviez prendre toutes les croix qui sont dans vos champs, afin d'éviter leur Profa-nation ? Ne vous avais-je pas recommandé de les remettre sur vos gerbiers, et, quand vous avez battu votre blé, de les faire brûler, dans la crainte qu'elles ne fussent pro-fanées ? Si vous n'avez pas fait cela, vous êtes très cou-pables ; vous devez ne pas manquer de vous en confesser. Hélas ! qui pourrait compter toutes les horreurs qui se commettent au moment de la moisson, ou des ven-danges, dans ces moments où Dieu, dans sa bonté et sa charité, couvre la terre des dons de sa providence ! L'homme ingrat semble redoubler alors ses injures, et multiplier ses outrages. Comment osez-vous murmurer de ce que vos récoltes manquent, de ce que la grêle ou la gelée vous les enlèvent ? Ah ! plutôt, soyez dans l'étonnement, de ce que, malgré tant de péchés, le bon Dieu veut encore vous donner votre nécessaire, et bien plus qu'il ne faut encore ! O mon Dieu, que l'homme est mi-sérable et aveugle !

4 Le signe de la croix est l’arme la plus terrible contre le démon ; aussi, l'église veut-elle que, non seu-lement nous l'ayons continuellement devant les yeux, pour nous rappeler ce que notre âme vaut, ce qu'elle a coûté à Jésus-Christ ; mais encore que nous le fassions à tout moment sur nous-mêmes : en nous couchant, lorsque nous nous éveillons la nuit, lorsque nous nous levons, quand nous commençons nos actions, et surtout lorsque nous sommes tentés. Nous pouvons dire qu'un chrétien qui fait le signe de la croix avec des sentiments de piété, c'est-à-dire, bien pénétré de l'action qu'il accomplit, fait trembler tout l'enfer .Une personne tentée qui fait ce signe de notre salut avec une foi vive peut dire qu'elle écrase les démons et réjouit toute 1a cour céleste. Voyez saint Antoine, à qui les démon, faisaient une guerre rude et continuelle ; de quels moyen: se servait-il pour se défendre, sinon du signe de notre Rédemption ? Un jour que les démons le tentaient, il leur dit : « Que vous êtes peu de chose ! moi qui ne suis qu'un pauvre solitaire, pouvant à peine me tenir droit, accablé par la pénitence, d'un seul signe de croix je vous mets tous en déroute ». Il est raconté dans la vie de sainte Justine , que Cyprien le magicien, épris de sa beauté, s'était vendu au démon, pour qu'il employât tous ses artifices afin de la porter au mal. Le démon ne tarda pas à lui avouer qu'il ne pouvait rien sur elle, parce que, à la première tentation, elle faisait le signe de la croix, et qu'ainsi elle rendait ses efforts inutiles.

Mais quand nous faisons le signe de la croix, il faut le faire non par habitude, mais avec respect, avec attention, en pensant à ce que nous faisons. O mon Dieu ! de quel saint tremblement ne serions-nous pas pénétrés, si, en le faisant sur nous, nous nous rappelions que nous pro-nonçons tout ce que nous avons de plus saint et de plus sacré dans notre religion ! Voyez de quelle dévotion nous serions pénétrés, si nous pensions que nous nom-mons les trois personnes de la très sainte et très adora-ble Trinité : le Père, qui nous a créés et tirés du néant comme tout ce qui existe ; le Fils, qui a pris un corps et une âme dans le sein de la très sainte Vierge, qui s'est sa-crifié pour nous sauver tous de l'enfer, et nous mériter un bonheur éternel ; le Saint-Esprit, qui fait de notre cœur son temple, à qui nous sommes redevables de toutes les bonnes inspirations et de tous les bons désirs que nous avons. Voyez. M.F., si vous faisiez toutes ces réflexions combien vous seriez pénétrés d'amour et de reconnais-sance envers ce Dieu en trois personnes, surtout lorsque, entrant à l'église, vous prenez de l'eau bénite. Oh ! s'il en était ainsi, l'on n'entrerait qu'en tremblant. C'est pourquoi, lorsque vos enfants commencent à remuer les bras, il faut bientôt leur faire former ce signe sacré, et leur en inspirer le plus grand respect.

5 Vous me demanderez peut-être ce que veulent dire ces mots : Invention de la sainte Croix, Exaltation de la sainte Croix ? Mes amis, ce sont deux fêtes dont l'une se fait le 3 mai, et l’autre le 14 septembre. Voici l'origine de la première : Il y avait 326 ans que Jésus-christ était mort , l'empereur Constantin combattant contre le tyran Maxence, vit dans les airs une croix plus brillante que le soleil, et sur laquelle étaient écrites ces paroles : « Par ce signe, tu seras victorieux de ton ennemi. » L'empereur, frappé d'un tel prodige, fit aussitôt peindre ce signe sacré sur ses armes et ses drapeaux, et rem-porta une victoire éclatante. Sainte Hélène, sa mère, conçut envers la croix de Jésus-christ une telle dévo-tion, qu'elle ne se donna plus de repos qu'elle ne l'eût trouvée.

Elle alla donc à Jérusalem. Dieu lui ayant fait connaître le lieu où elle était, après de pénibles recher-ches, elle la trouva ainsi que les deux autres croix des larrons. Afin de distinguer quelle était celle du Sauveur, on apporta un mort qui, étant mis sur les deux premières, ne ressuscita point. Mais lorsqu'on l'eut déposé sur la troisième, le mort se leva et se mit à marcher . Cette croix a été la source d'un nombre infini de mira-cles. Saint Jean Chrysostome l'appelle l'espérance des chrétiens, la résurrection des morts, la consolation des pauvres, l'espoir des riches, la confusion des orgueilleux et le tourment de l'enfer. O mes enfants, nous dit saint Epiphane, gravons ce signe salutaire sur le sommet de nos portes, sur nos fronts, sur notre bouche, sur notre poi-trine ; revêtons-nous souvent de cette armure impéné-trable contre le démon. Ne restons jamais sans avoir sur nous ce signe sacré. Dieu, pour nous montrer com-bien il tenait à ce que le bois sacré sur lequel il est mort, fût vénéré dans tout l'univers comme une source de bénédiction, a permis que, pendant plusieurs siècles, le bois de la sainte croix ne diminuât pas, malgré que l'on en prît sans cesse. Dans la suite, lorsque cette sainte relique eut été exposée dans tout le monde chrétien, elle diminua ; maintenant il est à croire qu'il n'y a pas de pays où l'on ne possède un morceau de ce bois sur laquelle Jésus-christ a opéré notre salut.

Telle est l'ori-gine de cette fête qui s'appelle l'Invention de la sainte Croix, parce que c'est le jour qu'elle a été trouvée par sainte Hélène, mère de l'empereur Constantin.

La fête que l'on célèbre le 14 septembre, rappelle que cette sainte croix étant restée quatorze ans chez les Barbares, qui l'avaient enlevée de Jérusalem, l'empereur Héraclius, victorieux des Perses, formula dans le traité de paix qu'on lui rendrait ce bois sacré. On le rapporta en triomphe à Jérusalem, et voilà pourquoi l'on fait, le 14 septembre, la fête de l'Exaltation de la sainte Croix.

Les saints, M.F., ont tous aimé la croix, ils y ont trouvé leur force et leur consolation. Voyez sainte Lidu-wine à qui trente-huit ans de souffrances ne semblent qu'un éclair, tant son cœur se dilate dans cette source d'amour ... – Mais, me direz-vous, faut-il donc avoir toujours quelque chose à souffrir ? tantôt la maladie ou la pauvreté ; tantôt la médisance ou la calomnie ; une perte de bien ou une infirmité ? – On vous calomnie, mon ami, on vous accable d'injures: on vous fait tort, tant mieux. C'est bonne marque ; ne vous tourmentez pas: vous êtes dans le chemin qui mène au ciel. Savez-vous quand il faudrait pleurer ? Je ne sais pas si vous le compren-drez ; mais ce serait précisément si, au contraire vous n'aviez rien à souffrir, que tout le monde vous estimât et vous respectât ; vous devriez porter envie à ceux qui ont le bonheur de passer leur vie dans la souffrance, les mépris et la pauvreté. Oubliez-vous donc que, dans votre baptême, vous avez accepté une croix, que vous ne devez quitter qu'à la mort, et que c'est la clef dont vous vous servirez pour ouvrir la porte du ciel ? Oubliez-vous donc ces paroles du Sauveur : « Mon fils, si vous voulez venir après moi, prenez votre croix et suivez-moi, » non un jour, non une semaine, ni une année, mais toute votre vie ? Les saints avaient peur de passer quelques ins-tants sans souffrir, parce qu'ils regardaient ce temps là comme perdu. D'après sainte Thérèse, l'homme n'est en ce monde que pour souffrir, et dès qu'il cesse de souffrir, il doit cesser de vivre. Saint Jean de la Croix demande à Dieu avec larmes, pour toute récompense de ses travaux, de lui faire la grâce de souffrir toujours davantage.

De tout cela, M.F., que devons-nous conclure ? Le voici. Prenons la résolution de porter un grand respect à toutes les croix qui sont bénites, et qui nous représen-tent en abrégé tout ce que notre Dieu a souffert pour nous. Rappelons-nous que de la croix découlent toutes les grâces qui nous sont accordées, et que, par conséquent, une croix bénite est une source de bénédictions ; que nous devons faire souvent sur nous le signe de la croix, et toujours avec un grand respect ; et enfin, que jamais nos maisons ne restent dépourvues de ce symbole salu-taire. Inspirez à vos enfants, M.F., le plus grand res-pect pour la croix et, sur vous-mêmes, ayez toujours une croix bénite, elle vous gardera du démon, du feu du ciel et de tout danger. Ah ! M.F., que cette croix donne de forces à ceux qui ont la, foi !... Qu'à la vue de cet instrument de salut les souffrances sont peu de choses !... O belle et précieuse Croix ! que d'heureux vous faites, même en ce monde, et que de saints pour l'autre !... Ainsi soit-il. 24 JUIN

FêTE DE SAINT JEAN-BAPTISTE Mirabilis Deus in sanctis suis.

Dieu est admirable dans ses saints.

(Ps. LXVII, 36.)

Tel fut le langage du Prophète-Roi, en considérant la grandeur des biens et des grâces que Dieu accorde à ceux qui l'aiment. Oui, sans doute, M.F., tout ce que Dieu a fait est admirable : tout nous annonce un Dieu infini en sagesse, en puissance, en miséricorde et en toute sorte de perfections. Mais, nous pouvons affirmer que dans ses saints il a fait quelque chose de plus particulier, ou, pour mieux dire, il a voulu retracer en eux toutes les vertus que Jésus-Christ son Fils a pratiquées pendant sa vie mortelle. En effet, voulons-nous con-naître quelle a été sa vie cachée ? Allons trouver ces anciens solitaires dont les cheveux ont blanchi dans les forêts, et nous verrons en eux ses propres vertus. Voulons-nous connaître, du moins en partie, la beauté et l'estime qu'il a fait de la plus belle des vertus, la pureté ? Entrons dans les monastères, et nous verrons des per-sonnes de l'un et de l'autre sexe crucifier sans cesse leur chair, pour conserver en eux une si belle vertu. Voulons-nous connaître sa vie apostolique ? Considérons tous ces apôtres et tous ces missionnaires, qui traver-sent les mers pour annoncer l'évangile aux idolâtres, qui sacrifient leur santé et leur vie pour sauver ces pauvres âmes. Désirons-nous avoir une idée de la vie souffrante de Jésus-Christ ? Allons trouver ces foules de martyrs, voyons leurs supplices : les uns meurent sur des chevalets ou des brasiers ardents, les autres sont moulus entre les dents des lions, ou encore expirent au milieu des plus affreux tourments. Oui, M.F., il nous semble revoir en tous ces saints, la vie propre de Jésus--Christ. C'est précisément ce qui faisait dire d'avance au saint Roi-Prophète : « O mon Dieu, que vous êtes admi-rable dans vos saints !

» Cependant, M.F., nous pou-vons dire que saint Jean-Baptiste, dont nous faisons la fête, et que nous avons le bonheur d'avoir pour protec-teur particulier, renferme en lui seul toutes les vertus des autres saints. La vie du Sauveur a été tout employée à plaire à son Père, à sauver les âmes et à faire péni-tence : telle aussi a été la vie de saint Jean-Baptiste. La vie de Jésus-Christ a été pure ; pure a été celle de saint Jean-Baptiste. Dès l'âge le plus tendre, il se retira dans le désert, dont il ne sortit que pour combattre le péché et mourir pour son Dieu, avant que son Dieu ne mourût pour lui. Jésus-Christ est mort pour réparer la gloire de son Père : saint Jean est mort pour soutenir les droits de son Dieu. Oh ! M.F., que de vertus l'on découvre dans ce grand saint ! Il est vrai que Marie tient le pre-mier rang après son Fils ; mais nous pouvons dire qu'a-près Marie, saint Jean-Baptiste tient le premier rang. Pour vous engager, M.F., à avoir une grande confiance à cet incomparable saint, je vais vous faire connaître quelques-unes des grâces que le bon Dieu lui a faites, de préférence aux autres élus.

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