Conférences aux missionnaires (page 2)
16. - AVIS DONNES AU CHAPITRE
Il faut travailler à la perfection durant sa jeunesse. — éloge de la simplicité. — Il est bon de combattre les tentations par des actes contraires.
M. Vincent dit que les jeunes gens feraient bien de travailler à leur perfection pendant leur jeunesse, car il est presque impossible qu’une personne qui a vieilli dans les mauvaises habitudes & qui en a la substance de son âme toute pénétrée, puisse s’en défaire. Il nous exhorta fort à la simplicité, d’autant que là où était la simplicité, Dieu, qui n’était que la simplicité même, tout un, & qui ne souffrait point de deux, s’y rencontrait ; cum simplicibus sermocinatio ejus <sa concersation est avec les simples> 1; joint que qui marche dans la simplicité peut aller en assurance : qui ambulat simpliciter embulat confidenter 2.
Entretien 16. — Recueil de diverses exhortations, p. 214.
2. Proverbes 10, 9.
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Aussi ceux qui usent de cautèles, de duplicité, sont toujours dans l’appréhension que leurs finesses ne Soient découvertes, & que, s’ils sont surpris, on ne se fie plus à eux. Il ajouta que la simplicité était une vertu qui nous faisait aller droit à Dieu & à la vérité, sans biaisement, ni déguisement.
Il nous dit aussi que c’était un grand sujet d’encouragement pour porter les chrétiens à se raidir contre les tentations, en ce que, comme dit Origène, nous pouvions, par des actes contraires à la tentation, précipiter le diable dans le fond de l’enfer au lieu de nous y précipiter. étions-nous tentés d’orgueil, il fallait repousser l’ennemi, ou par des actes d’humiliation intérieure, ou par des élévations d’esprit à Dieu, lui demandant l’humilité, ou lui offrant ce que l’on fait, afin qu’il lui plaise nous donner l’humilité pour honorer la sienne.
17. - AVIS DONNES AU CHAPITRE
Se garder de gaspiller le bien de la communauté.
Zèle pour les besoins spirituels du prochain.
M. Vincent dit que les fautes les plus ordinaires des communautés, ainsi qu’il l’avait reconnu par quelques visites qu’il avait faites en des maisons religieuses, c’était le dégât du bien de la maison ; & il ajouta que nous en rendrions un compte très exact devant Dieu ; que c’était le bien de Dieu, le bien des pauvres & que nous n’en étions que dispensateurs, & non pas seigneurs ; qu’il fallait faire attention & se faire même conscience de mettre cinq bûches au feu, quand quatre suffisaient ; qu’il fallait employer le nécessaire & n’aller jamais au delà.
Entretien 17. — Recueil de diverses exhortations, p. 215.
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Il dit aussi que nous devions courir aux besoins spirituels de notre prochain comme au feu.
18. - Extrait d’entretien
SUR LA FOI
Il n’y a que les vérités éternelles qui soient capables de nous remplir le cœur & de nous conduire avec assurance. Croyez-moi, il ne faut que s’appuyer fortement & solidement sur quelqu’une des perfections de Dieu, comme sur sa bonté, sur sa providence, sur sa vérité, sur son immensité, etc. ; il ne faut, dis-je, que se bien établir sur ces fondements divins pour devenir parfait en peu de temps. Ce n’est pas qu’il ne soit bon aussi de se convaincre par des raisons fortes & prégnantes, qui peuvent toujours servir, mais avec une subordination aux vérités de la foi. L’expérience nous apprend que les prédicateurs qui prêchent conformément aux lumières de la foi, opèrent plus dans les âmes, que ceux qui remplissent leurs discours de raisonnements humains & de raisons de philosophie, parce que les lumières de la foi sont toujours accompagnées d’une certaine onction toute céleste, qui se répand secrètement dans les cœurs des auditeurs ; & de là on peut juger s’il n’est pas nécessaire, tant pour notre propre perfection que pour procurer le salut des âmes, de nous accoutumer à suivre toujours & en toutes choses les lumières de la foi.
Entretien 18. — Abelly, op. cit., l. III, chap. II, p. 9.
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19. - Extrait d’entretien
SUR L’ESPRIT DE FOI
Je ne dois pas considérer un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui parait de la portée de leur esprit ; d’autant que bien souvent ils n’ont pas presque la figure, ni l’esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers & terrestres. Mais tournez la médaille 1, & vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres ; qu’il n’avait presque pas la figure d’un homme en sa passion, & qu’il passait pour fou dans l’esprit des Gentils, & pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; & avec tout cela, il se qualifie l’évangéliste des pauvres : Evangelizare pauperibus misit me 2 (1) O Dieu ! qu’il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu & dans l’estime que Jésus-Christ en a faite ! Mais, si nous les regardons selon les sentiments de la chair & de l’esprit mondain, ils paraîtront méprisables 3.
20. - Extrait d’entretien
RéCIT D’UNE TENTATION CONTRE LA FOI
J’ai connu un célèbre docteur, lequel avait longtemps défendu la foi catholique contre les hérétiques, en la qualité de théologal, qu’il avait tenue dans un diocèse. La défunte reine Marguerite l’ayant appelé auprès de soi pour sa science & pour sa piété, il fut obligé de
Entretien 19 — Abelly, op, cit. l. III, chap. II, p. 9.
1. Saint François de Sales employait cette expression, dans un autre contexte, il est vrai, à propos de l’empressement, que l’on croit une vertu; "mais tournez la médaille, … & vous apprendrez … qu’il démolit au lieu d’édifier" : rapporté par J. P. Camus, L’esprit de Saint François de Sales, 16° partie, section 36, Migne col. 1084. On peut supposer que c’était une expression courante.
2 (1). Luc 4, 18.
3. Comparer avec ses déclarations sur le foi des pauvres : infra 200-201, 24 juillet 1655 ; XII 101, 13 décembre 1658; XII, 171, mars 1659.
Entretien 20. — Abelly, op. cit., l. III, chap. XI, sect. I, p.115.
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quitter ses emplois ; & comme il ne prêchait, ni ne catéchisait plus, il se trouva assailli, dans le repos où il était, d’une rude tentation contre la foi. Ce qui nous apprend, en passant, combien il est dangereux de se tenir dans l’oisiveté, soit du corps, soit de l’esprit : car, comme une terre, quelque bonne qu’elle puisse être, si néanmoins elle est laissée quelque temps en friche, produit incontinent des chardons & des épines, aussi notre âme ne peut pas se tenir longtemps en repos & en oisiveté, qu’elle ne ressente quelques passions ou tentations qui la portent au mal. Ce docteur donc, se voyant en ce fâcheux état, s’adressa à moi pour me déclarer qu’il était agité de tentations bien violentes contre la foi, & qu’il avait des pensées horribles de blasphème contre Jésus-Christ, & même de désespoir, jusque-là qu’il se sentait poussé à se précipiter par une fenêtre. Et il en fut réduit à une telle extrémité, qu’il fallut enfin l’exempter de réciter son bréviaire & de célébrer la sainte Messe, & même de faire aucune prière ; d’autant que, lorsqu’il commençait seulement à réciter le Pater, il lui semblait voir mille spectres, qui le troublaient grandement ; & son imagination était si desséchée, & son esprit si épuisé, à force de faire des actes de désaveu de ses tentations, qu’il ne pouvait plus en produire aucun. étant donc dans ce pitoyable état, on lui conseilla cette pratique, qui était que toutes & quantes fois qu’il tournerait la main ou l’un de ses doigts vers la ville de Rome, ou bien vers quelque église, il voudrait dire par ce mouvement & par cette action qu’il croyait tout ce que l’église Romaine croyait. Qu’arriva-t-il après tout cela ? Dieu eut enfin pitié de ce pauvre docteur, lequel, étant tombé malade, fut en un instant délivré de toutes ses tentations ; le bandeau d’obscurité lui fut ôté tout d’un coup de dessus les yeux de son esprit ; il commença à voir toutes les vérités de la foi, mais avec tant de clarté, qu’il lui semblait
XI. - 3
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les sentir & les toucher du doigt (1) ; & enfin il mourut, rendant à Dieu des remerciements amoureux de ce qu’il avait permis qu’il tombât en ces tentations, pour l’en relever avec tant d’avantage & lui donner des sentiments si grands & si admirables des mystères de notre religion.
21. - Extrait d’entretien
SUR LA CONVERSION D’UN HéRéTIQUE
Saint Vincent fit un jour à sa communauté le récit de la conversion d’un hérétique, qu’il avait gagné lui-même à la vraie foi. Avant de se rendre, le huguenot pria le saint de lui résoudre une objection : "Monsieur, vous m’avez dit que l’église de Rome est conduite du Saint-Esprit, mais c’est ce que je ne puis croire, parce que, d’un côté, l’on voit les catholiques de la campagne abandonnés à des pasteurs vicieux & ignorants, sans être instruits de leurs devoirs, sans que la plupart sachent seulement ce que c’est que la religion chrétienne ; &, d’un autre, l’on voit les villes pleines de prêtres & de moines qui ne font rien ; & peut-être que dans Paris il s’en trouverait dix mille, qui laissent cependant ces pauvres gens des champs dans cette ignorance épouvantable par laquelle ils se perdent. Et vous voudriez me persuader que cela soit conduit du Saint-Esprit ! Je ne le croirai jamais."
Très impressionné par cette objection, le saint répondit
1. "Abelly attribue cet heureux résultat aux prières de saint Vincent & à l’acte de charité qu’il fit en s’offrant à Dieu pour être tenté à la place du docteur. Le saint subit, en effet, un rude assaut contre sa foi ; de cette lutte intérieure, qui dura trois ou quatre ans, il sortit plus affermi."
Entretien 21. — Abelly, op. cit., l. I, chap. XIII, p. 54-57.
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à l’hérétique a qu’il était mal informé de ce dont il parlait ; qu’il y avait en beaucoup de paroisses de bons curés & de bons vicaires ; qu’entre les ecclésiastiques & les religieux qui abondent dans les villes, il y en avait plusieurs qui allaient catéchiser & prêcher à la campagne ; que d’autres étaient appliqués à prier Dieu & à chanter ses louanges de jour & de nuit ; que d’autres servaient utilement le public par les livres qu’ils composent, par la doctrine qu’ils enseignent & par les sacrements qu’ils administrent ; & que, s’il y en avait quelques-uns inutiles & qui ne s’acquittaient pas comme ils devaient de leurs obligations, c’étaient des hommes particuliers sujets à faillir & qui ne sont pas l’église ; que, lorsqu’on dit que l’église est conduite du Saint-Esprit, cela s’entend en général, lorsqu’elle est assemblée dans les conciles, & encore en particulier, quand les fidèles suivent les lumières de la foi & les règles de la justice chrétienne ; mais, quant à ceux qui s’en éloignent, ils résistent au Saint-Esprit, &, bien qu’ils soient membres de l’église, ils sont néanmoins de ceux qui vivent selon la chair, comme parle saint Paul, & qui mourront."
L’hérétique ne fut pas convaincu. L’année suivante, Vincent de Paul revint à Montmirail avec M. Féron, alors bachelier en théologie, depuis docteur de Sorbonne & archidiacre de Chartres, M. Duchesne, docteur à la même faculté & archidiacre de Beauvais, & quelques prêtres & religieux de ses amis ; il venait donner la mission en ce lieu & dans les villages environnants. L’hérétique eut la curiosité d’assister aux prédications & aux catéchismes ; il vit le soin qu’on prenait d’instruire ceux qui étaient dans l’ignorance des vérités nécessaires à leur salut, la charité avec laquelle on s’accommodait à la faiblesse & lenteur d’esprit des plus grossiers, & les effets merveilleux que le zèle des missionnaires <ou cela ? >
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opérait dans le cœur des plus grands pécheurs. ému jusqu’aux larmes, il vint trouver le saint & lui dit : "C’est maintenant que je vois que le Saint-Esprit conduit l’église romaine, puisqu’on y prend soin de l’instruction & du salut des pauvres villageois ; je suis prêt d’y entrer quand il vous plaira de m’y recevoir." — "Ne vous reste-t-il plus aucune difficulté ?" lui demanda saint Vincent. — "Non, répondit l’hérétique désabusé, je crois tout ce que vous m’avez dit & je suis disposé à renoncer publiquement à toutes mes erreurs."
Le saint l’interrogea, &, après s’être assuré que le nouveau converti connaissait bien les points essentiels de la doctrine catholique, il l’informa qu’il recevrait son abjuration & l’absoudrait de l’hérésie, le dimanche suivant, dans l’église de Marchais, près de Montmirail, où se faisait alors la mission. Ce jour-là, à l’issue de la prédication du matin, Vincent de Paul appela le converti tout haut par son nom & lui demanda publiquement s’il était toujours dans la disposition d’abjurer ses erreurs. Après avoir répondu par l’affirmative, l’ancien calviniste ajouta, montrant dans l’église une statue de la sainte Vierge grossièrement sculptée : "Je ne saurais croire qu’il y ait quelque puissance en cette pierre" 1 A quoi le saint répartit a que l’église n’enseignait pas qu’il y eût aucune vertu dans ces images matérielles, si ce n’est quand il plaît à Dieu la leur communiquer, comme il le peut faire & comme il l’a fait autrefois à la verge de Moïse, qui faisait tant de miracles ; ce que les enfants mêmes lui pourraient expliquer". Là dessus, s’adressant à un des plus instruits, il lui demanda
1. Cf. Exode 4, 17. "On peut voir à la maison-mère des prêtres de la Mission, dans la salle des reliques une tête de Vierge du XIVe siècle ; ce serait. croit-on, la tête de la statue dont il est ici question. (Cf. A. Loth, Saint Vincent de Paul & sa mission sociale, Paris, 1880, in-4°, p. 213)."
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ce qu’enseignait l’église sur les saintes images. L’enfant répondit "qu’il était bon d’en avoir & leur rendre l’honneur qui leur est dû, non à cause de la matière dont elles sont faites, mais parce qu’elles nous représentent Notre-Seigneur Jésus-Christ, sa glorieuse Mère & les autres saints du Paradis, qui, ayant triomphé du monde, nous invitent, par ces figures muettes, de les suivre en leur foi & en leurs bonnes œuvres".
Cette réponse ayant été trouvée bien faite, M. Vincent la répéta, & s'en servit pour faire avouer à cet hérétique qu'il n'avait pas eu raison de s'arrêter à cette difficulté, après avoir été instruit & informé de la créance catholique, aussi bien sur cet article que sur les autres; &, ne le jugeant pas encore assez bien disposé pour faire son abjuration, il le remit à un autre jour, auquel il vint derechef se présenter; & ayant abjuré son hérésie à la face de toute la paroisse, il fit profession publique de la foi catholique, à l'édification de tout le pays, & y persévéra constamment depuis.
Ce qui se passa en la conversion de cet hérétique, & particulièrement le motif qui l'excita de renoncer à son hérésie & d'embrasser la foi catholique, c’est à savoir le soin qu'on prenait d'instruire charitablement les pauvres gens de la campagne, donna sujet à M. Vincent, qui en faisait le récit un jour à Messieurs de sa Compagnie, de s'exclamer 2:
"Oh ! quel bonheur à nous missionnaires, ajoutait saint Vincent après ce récit, de vérifier la conduite du Saint-Esprit sur son église, en travaillant, comme nous faisons, à l’instruction & sanctification des pauvres !"
22. - Extrait d’entretien
Vincent de Paul a toujours craint d’être trompé par les sophismes
de quelque hérétique.
J’ai, toute ma vie, appréhendé de ne trouver à la naissance de quelque hérésie. Je voyais, le grand ravage qu’avait fait celle de Luther & de Calvin, & combien de personnes de toutes sortes de conditions en avaient sucé le pernicieux venin, en voulant goûter les fausses douceurs de leur prétendue réforme. J’ai toujours eu cette crainte de me trouver enveloppé dans les erreurs de quelque nouvelle doctrine, avant que de m’en apercevoir. Oui, toute ma vie, j’ai appréhendé cela.
Entretien 21, suite.
2. M. Coste a modifié la fin du texte d’Abelly, sans invoquer d’autre source. Puisqu’il indique Abelly comme source, nous redonnons le texte intégral d’Abelly, dans ces deux paragraphes en caractères différents.
Entretien 22. Abelly, op. cit, l. II, chap. XII, p. 409.
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23. - Extrait d’entretien
SUR LA CONFIANCE EN DIEU
Ayons confiance en Dieu, Messieurs & mes frères, mais ayons-la entière & parfaite, & tenons pour assuré qu’ayant commencé son œuvre en nous, il l’achèvera ; car, je vous demande, qui est-ce qui a établi la Compagnie ? Qui est-ce qui nous a appliqués aux missions, aux ordinands, aux conférences, aux retraites, etc. ? Est-ce moi ? Nullement. Est-ce M. Portail, que Dieu a joint à moi dès le commencement ? Point du tout, car nous n’y pensions point, nous n’en avions fait aucun dessein. Et qui est-ce donc qui est l’auteur de tout cela ? C’est Dieu, c’est sa Providence paternelle & sa pure bonté. Car nous ne sommes tous que de chétifs ouvriers & de pauvres ignorants ; &, parmi nous, il y a peu ou point du tout de personnes nobles, puissantes, savantes, ou capables de quelque chose. C’est donc Dieu qui a fait tout cela, & qui l’a fait par telles personnes que bon lui a semblé, afin que toute la gloire lui en revienne. Mettons donc toute confiance en lui ; car, si nous la mettons aux hommes, ou bien si nous nous appuyons sur quelque avantage de la nature ou de la fortune, alors Dieu se retirera de nous. Mais, dira quelqu’un, il faut se faire des amis & pour soi & pour la Compagnie. O mes frères, gardons-nous bien d’écouter cette pensée, car nous y serions trompés. Cherchons uniquement Dieu & il nous pourvoira d’amis & de toute autre chose, en sorte que rien ne nous manquera. Voulez-vous savoir pourquoi nous ne réussissons pas dans quelque emploi ? C’est parce que nous nous appuyons sur nous-mêmes.
Entretien 23. - "Abelly, op. cit., l. III, chap. III, sect. I, p. 18.
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Ce prédicateur, ce supérieur, ce confesseur se fie trop à sa prudence, à sa science & à son propre esprit. Que fait Dieu ? Il se retire de lui, il le laisse là ; & quoiqu’il travaille, tout ce qu’il fait ne produit aucun fruit, afin qu’il reconnaisse son inutilité & qu’il apprenne par sa propre expérience que, quelque talent qu’il ait, il ne peut rien sans Dieu.
24. - Extrait de l’entretien du 21 février 1659, 4° motif
Se trouve en fait au tome XII, 143-144 1
Sur la confiance en Dieu
Le véritable missionnaire ne se doit point mettre en peine pour les biens de ce monde, mais jeter tous ses soins en la Providence du Seigneur, tenant pour certain que, pendant qu’il sera bien établi en la charité & bien fondé en cette confiance, il sera toujours sous la protection de Dieu ; & par conséquent aucun mal ne lui arrivera & aucun bien ne lui manquera, lors même qu’il pensera que, selon les apparences, tout va se perdre. Je ne dis pas ceci par mon propre esprit ; c’est l’écriture Sainte qui nous l’enseigne & qui dit que : Qui habitat in adjutorio Altissimi, in protectione Dei caeli commorabitur 2 (1) ; celui qui loge à l’enseigne de la confiance en Dieu sera toujours favorisé d’une spéciale protection de sa part. En cet état, il doit tenir pour certain qu’il ne lui arrivera aucun mal, parce que toutes choses coopèrent à son bien 3, & qu’aucun bien ne lui manquera 4, d’autant que, Dieu lui-même se donnant à lui, il porte avec soi tous les biens nécessaires, tant pour le corps que pour l’âme. Et ainsi, mes frères, vous devez espérez que, pendant que vous demeurerez fermes
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Entretien 24. - Abelly, op. cit., L. III, chap. III, sect. III, p. 26.
1. Il n’y a pas de raison de conserver cet exttrait dans une nouvelle édition, à moins d’être certain qu’Abelly - Fournier aient eu en main l’original de Frère Ducournau, ce qui est possible, puisque ces feuilles n’ont disparu qu’au saccage de Saint-Lazare, le 13 juillet 1789. Il ne nous en est parvenu que celles sur la Charité.
La comparaison avec XII, 143-144, du 21 février 1659, montre la manière de procèder de M. Fournier & autres lazaristes, qui ont donné à Abelly les mémoires & textes tout préparés : on coupe des fragments de conférence, on met le style au goût du jour, comme c’est resté d’usage jusqu’à notre siècle, on en juxtapose plusieurs, parfois de conférences diverses.
4. Psaume 22, 1.
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en cette confiance, non seulement vous serez préservés de tous maux & de tous fâcheux accidents, mais aussi comblés de toutes sortes de biens.
25. - Extrait d’entretien
SUR L'AMOUR DE DIEU
Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages. Car bien souvent tant d'actes d'amour de Dieu, de complaisance, de bienveillance, & autres semblables affections & pratiques intérieures d'un cœur tendre, quoique très bonnes & très désirables, sont néanmoins très suspectes, quand on n'en vient point à la pratique de l'amour effectif. "En cela, dit Notre-Seigneur, mon Père est glorifié que vous rapportiez beaucoup de fruit." 1 & c'est à quoi nous devons bien prendre garde ; car il y en a plusieurs qui, pour avoir l'extérieur bien composé & l'intérieur rempli de grands sentiments de Dieu, s'arrêtent à cela ; & quand ce vient au fait & qu'ils se trouvent dans les occasions d'agir, ils demeurent court. Ils se flattent de leur imagination échauffée; ils se contentent des doux entretiens qu'ils ont avec Dieu dans l'oraison ; ils en parlent même comme des anges ; mais, au sortir de là, est-il question de travailler pour Dieu, de souffrir, de se mortifier, d'instruire les pauvres, d'aller chercher la brebis égarée 2, d'aimer qu'il leur manque quelque chose, d'agréer les maladies ou quelque autre disgrâce, hélas ! il n'y a plus personne, le courage leur manque. Non, non, ne nous
Entretien 25 —Abelly, op. cit. l. I, chap. XIX, p. 81.
2. Luc, 15, 4-7
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trompons pas : "Totum opus nostrum in operatione consistit" 3.
& cela est tellement vrai que le saint Apôtre nous déclare qu'il n'y a que nos œuvres qui nous accompagnent en l'autre vie 4. Faisons donc réflexion à cela ; d'autant plus qu'en ce siècle il y en a plusieurs qui semblent vertueux, & qui en effet le sont, qui néanmoins inclinent à une voie douce & molle plutôt qu'à une dévotion laborieuse & solide. L'Eglise est comparée à une grande moisson qui requiert des ouvriers, mais des ouvriers qui travaillent 5. Il n'y a rien de plus conforme à l'Evangile que d'amasser, d'un côté, des lumières & des forces pour son âme dans l'oraison, dans la lecture & dans la solitude, & d'aller ensuite faire part aux hommes de cette nourriture spirituelle. C'est faire comme Notre-Seigneur a fait, &, après lui, ses apôtres ; c'est joindre l'office de Marthe à celui de Marie 6; c'est imiter la colombe, qui digère à moitié la pâture qu'elle a prise, & puis met le reste par son bec dans celui de ses petits pour les nourrir. Voilà comme nous devons faire, voilà comme nous devons témoigner à Dieu par nos œuvres que nous l'aimons. Totum opus nostrum in operatione consistit.
26. - CANEVAS D'UNE CONFERENCE
SUR L'AMOUR DE DIEU
Si quis diligit me, sermonem meum servabit, & Pater meus diliget eum & ad eum veniemus & mansionem apud eum faciemus 1.
Ces paroles de l'Evangile de ce jour 2, qui nous parlent de l'amour, nous serviront de sujet pour nous
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Entretien 25. suite Paris L. 13 oct. 97
3. Citation implicite de Cicéron, De Officiis (Les Devoirs), I, VI-19 : "Virtutis enim laus omnis in actione consistit" "Tout ce qui est louable en la vertu consiste dans l’action", & encore I, XIX-65 : "Honestum illud quod maxime natura sequitur in factis positum, non in gloria" "la beauté morale que poursuit surtout la nature réside dans les actes, pas dans le réputation" (édition Les Belles Lettres, 1974, t. I, pp. 114 & 136). Cf. S. V. X, 567, lignes 1-4.
On trouve encore l’idée de tout ce paragraphe aussi bien chez la mystique Thérèse d’Avila que chez l’ascétique jésuite Alphonse Rodriguez. Cf. Sainte Thérèse d’Avila, Les Demeures (ou Le château intérieur), 5° Demeures, ch. III, n° 10-11, édition espagnole B. A. C. en 1 vol. 1986, p. 518-519, éditions françaises Seuil p. 917, D. D. B. p. 942, & Alphonse Rodriguez, Pratique de la Perfection Chrétienne, 1re Partie, Traité I, chap. 3, à partir d’environ le milieu.
4. Cf. Apocal. 14, 13.
5. M. Vincent a-t-il lu Saint Grégoire le Grand, Homélies sur les évangiles, 17, § 3 <Mt. 9, 37> ? Migne Latin 76, 1139-1140; au Bréviaire 27° samedi. On y trouve déjà la même idée :
"Ad messem multam operarii pauci sunt, quod sine gravi mærore loqui non possumus, quia etsi sunt qui bona audiant, desunt qui dicant. Ecce mundus sacerdotibus plenus est, sed tamen in messe Dei rarus valde invenitur operator, quia officium quidem sacerdotale suscepimus, sed opus officii non implemus."
"Il y a peu d’ouvriers à la moisson, ce que nous ne pouvons dire sans une lourde tristesse, parce que, même s’il y en a qui entendent les bonnes <paroles>, il manque de gens qui les disent. Voici que le monde est plein de prêtres, & pourtant on ne trouve que très rarement un travailleur dans la moisson de Dieu, parce que nous avons certes reçu l’office sacerdotal, mais nous ne remplissons par l’œuvre de cet office."
6. "Luc, 11, 38-42."
Entretien 26. — Manuscrit des répétitions d'oraison, conférences & entretiens aux Missionnaires, f° I & suiv.
1. "Jean 14, 23."
2. "Jour de la Pentecôte," d’une année inconnue. M. Vincent faisait conférence aux fêtes liturgiques.
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entretenir de l'amour que Notre-Seigneur demande de nous, que nous diviserons en trois points : au premier, nous parlerons des raisons que nous avons d'aimer Jésus-Christ ; au deuxième, nous dirons en quoi consiste cet amour, une marque & quelques effets ; & au troisième, nous parlerons du moyen d'entrer en cet amour, &, si nous y sommes, de nous y établir de plus en plus. Nous ferons cela, si nous sommes animés du Saint-Esprit, qui est l'amour unissant les personnes de la Sainte Trinité en elle-même & les âmes à la très Sainte Trinité. Faisons pour cela un acte intérieur de recourir à la sainte Vierge & disons : Sancta Maria, ora pro nobis.
Quelles sont les raisons que nous avons d'aimer Notre-Seigneur ?
Pour connaître cela, il faut considérer Notre-Seigneur en tant que Dieu, ou en tant qu'homme. En tant que Dieu seul qu'il a été avant qu'il fût homme, il nous a commandé de l'aimer : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo & in tota anima tua & in tota mente tua (3) ; & ce pource qu'il nous a créés, etc. Oh ! quel honneur, dit un saint, Dieu a fait à l'homme que de lui commander de l'aimer ! Ce serait assez que, par une grâce particulière, il nous permit de l'aimer.
Pour reconnaître la grandeur de l'obligation que nous avons à Dieu en ce commandement, il faut considérer Dieu comme le Roi des rois, le monarque du ciel & de la terre, etc., comme notre créateur & conservateur, etc., & l'homme comme un petit ver de terre, ou, pour mieux dire, un petit atome en comparaison de Dieu. Il faut considérer Notre-Seigneur comme Dieu &
3. "Matthieu 22, 37."
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homme. Nous le devons aimer en cette qualité : 1° pource qu'il s'est fait homme pour l'amour de nous, & ce pour nous réconcilier à son Père, duquel nous avions perdu la bonne grâce à cause du péché de notre premier père ; 2° à cause qu'il nous a mérité par sa vie, par sa mort & passion le paradis que nous avions perdu ; 3° pour nous faire voir le Père éternel en lui : Philippe, qui videt me, videt & Patrem (4), & la manière de vie que nous devons mener pour lui plaire, etc.
Pour connaître la grandeur de ce bien. Nous le ferons si nous considérons que, par lui, d'enfants d'iniquité nous sommes faits enfants de Dieu, de coupables de l'enfer nous sommes faits dignes de posséder la gloire éternelle. La troisième raison, c'est que saint Paul fulmine malédiction contre ceux qui n'aiment pas Jésus Christ 5.
En quoi consiste cet amour ?
Aimer quelqu'un, à proprement parler, c'est lui vouloir du bien. Selon cela, aimer Notre-Seigneur veut dire vouloir que son nom soit connu & manifesté à tout le monde, qu'il règne sur la terre, que sa volonté soit faite en la terre comme au ciel 6.
Or, il faut noter que l'amour se divise en amour affectif & effectif. L'amour affectif est un certain écoulement de la personne aimante en l'aimée, ou bien une complaisance & tendresse qu'on a pour la chose qu'on aime, comme le père pour son enfant, etc. Et l'amour effectif consiste à faire les choses que la personne qu'on aime commande ou désire 7, & c'est de cette sorte d'amour que je parle & Notre-Seigneur : Si quis diligit me, sermonem meum servabim 8.
La marque de cet amour, l'effet ou la marque de cet
8. "Jean 14, 23."
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amour, Messieurs, c'est celui que dit Notre-Seigneur, que ceux qui l'aiment gardent sa parole. Or, la parole de Dieu consiste en enseignements & en conseils. Nous donnerons une marque de notre amour si nous aimons sa doctrine & faisons profession de l'enseigner aux autres. Selon cela, l'état de la Mission est un état d'amour, puisque de soi il regarde la doctrine & les conseils de Jésus-Christ ; & non seulement cela, mais en tant qu'il fait profession de porter le monde à l'estime & à l'amour de Notre-Seigneur.
Les avantages sont que :
Si nous aimons Notre-Seigneur, nous serons aimés de son Père 9, qui est autant à dire que son Père nous voudra du bien, & cela en deux façons : la première, qu'il se plaira en nous, comme le père avec son enfant ; & la seconde, qu'il nous donnera ses grâces, celles de la foi, de l'espérance, de la charité par effusion de son Saint-Esprit, qui habitera dans nos âmes 10, comme il l'a donné aujourd'hui aux apôtres & lui a fait faire les merveilles qu'ils ont faites.
Le second avantage d'aimer Notre-Seigneur consiste en ce que le Père & le Fils & le Saint-Esprit viennent dans l'âme qui aime Notre-Seigneur 11; ce qui se fait : 1° par l'illustration de notre entendement ; 2° par les mouvements intérieurs qu'ils nous donnent de leur amour, par les inspirations, par les sacrements, etc.
Le troisième effet de l'amour de Notre-Seigneur est que non seulement Dieu le Père aime ces âmes, & les personnes de la Sainte Trinité viennent en elles, mais elles y demeurent. L'âme donc de celui qui aime Notre-Seigneur est la demeure du Père & du Fils & du Saint-Esprit, & où le Père engendre perpétuellement son.Fils, & où le Saint-Esprit est incessamment produit par le Père & le Fils.
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11. Jean 14, 23. Cf. IX, 2; 292.
Cf. St Grégoire le Grand, Homélies sur les évangiles, 2, 30-2, M. L. 76, col. 1221 , Enchiridion Patristicum n° 2334 : "Qui ergo Deum vere diligit, qui ejus mandata custodit, in ejus corde Dominus & venit & mansionem facit." "Donc celui qui aime Dieu, qui garde ses commandements, le Seigneur vient dans son cœur & y fait sa demeure." Nous savons que M. Vincent lisait les Pères, & en particulier Saint Grégoire, les Archives de la Maison-Mère conservent une feuille autographe de telles citations, rescapée du sac de Saint-Lazare; cf. S. V. XIII, 146 (où M. Coste renvoie à deux lectures du Bréviaire, sans se souvenir qu’il lisait le Bréviaire de Saint Pie X, or le Bréviaire Romain du XVII° siècle utilisé par M. Vincent n’avait pas la même rapartition des psaumes ni les mêmes lecture).
Saint Vincent connaissait aussi Saint Thomas d’Aquin, voir son Contra Gentiles, livre IV, chap. 21 : "par le Saint Esprit, même le Père & le Fils habitent en nous", & tout le chapitre, bien sûr.
Voir aussi Jean d’Avila, Sermon sur le Saint Esprit, dans Textes choisis, éditins du Soleil Levant, Namur 1960, p. 99-100.`
C’était enfin un thème cher à Bérulle.
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Il y en a aucuns qui sont aimés du Père & auxquels les trois personnes viennent, mais elles n'y demeurent pas, à cause qu'on ne persévère pas à aimer Notre-Seigneur & qu'on se relâche dans l'estime qu'on avait de sa doctrine, de vivre selon ses conseils & selon les exemples qu'il nous a laissés. Nous l'avons aimé un an ou deux au commencement de notre conversion, mais nous avons laissé prendre le dessus à la nature, en sorte que nous vivons selon nos inclinations, etc
Les moyens sont :
1° L'oraison mentale sur la vie & la mort de Notre-Seigneur ;
2° La lecture du Nouveau Testament ;
3° Retirer notre entendement de l'estime & notre volonté de l'affection des créatures par la mortification ; faire notre possible pour persévérer en l'imitation de Notre-Seigneur.
27. - Extrait d’entretien
SUR LA CONFORMITE A LA VOLONTE DE DIEU
Vincent de Paul exposa un jour devant sa communauté la différence qu'il y a entre un état auquel Dieu met une personne, & celui dans lequel il permet qu'elle tombe, dont l'un se fait par la volonté de Dieu, & l'autre n'arrive que par sa permission ; par exemple, un état de perte, de maladie, de contradiction, d'ennui, de sécheresse, vient absolument de la volonté de Dieu ; mais celui où il y a du péché & de la contravention aux ordres qui nous sont prescrits de sa part vient de sa permission ; & pour celui-ci, nous devons beaucoup nous
Entretien 27. —Abelly, op. cit. L. III, chap. V, sect. II, p. 41.
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humilier quand nous y sommes tombés, faisant néanmoins tous nos efforts, avec la grâce de Dieu, pour nous en relever & pour nous empêcher d'y retomber. "Mais, pour le premier état, qui vient de la volonté de Dieu, il nous le faut agréer, quel qu'il soit, & nous résigner au bon plaisir de Dieu, pour souffrir tout ce qu'il lui plaira, tant & si longuement qu'il lui plaira. C'est ici, Messieurs & mes frères, la grande leçon du Fils de Dieu ; & ceux qui s'y rendent dociles & qui la mettent bien dans leur cœur, sont de la première classe de l'école de ce divin Maître. Et pour moi, je ne sais rien de plus saint, ni de plus grande perfection que cette résignation, lorsqu'elle porte à un entier dépouillement de soi-même & à une véritable indifférence pour toutes sortes d'états, de quelque façon que nous y soyons mis, excepté le péché. Tenons-nous donc là, & prions Dieu qu'il nous fasse la grâce de demeurer constamment dans cette indifférence."
28. - Extrait d’entretien
SUR LA CONFORMITE A LA VOLONTE DE DIEU
Voyez les dispositions toutes saintes dans lesquelles [le chrétien soumis à la volonté de Dieu] passe sa vie, & les bénédictions qui accompagnent tout ce qu'il fait : il ne tient qu'à Dieu, & c'est Dieu qui le conduit en tout & partout ; de sorte qu'il peut dire avec le prophète 1 : Tenuisti manum dexteram meam, & in voluntate tua deduxisti me. Dieu le tient comme par la main droite, &, se tenant réciproquement avec une entière soumission à cette divine conduite, vous le verrez demain,
Entretien 28. — Abelly, op. cit., L. III, chap. V, sect. I, p. 40.
1. Psaume 72, 24.
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après-demain, toute la semaine, toute l'année, & enfin toute sa vie, en paix & tranquillité, en ardeur & tendance continuelle vers Dieu, & répandant toujours dans les âmes de son prochain les douces & salutaires opérations de l'esprit qui l'anime. Si vous le comparez avec ceux qui suivent leurs propres inclinations, vous verrez ses conduites toutes brillantes de lumière, & toujours fécondes en fruits ; on remarque un progrès notable en sa personne, une force & énergie en toutes ses paroles ; Dieu donne une bénédiction particulière à toutes ses entreprises, & accompagne de sa grâce les desseins qu'il prend pour lui, & les conseils qu'il donne aux autres ; & toutes ses actions sont de grande édification. Mais, d'un autre côté, l'on voit que les personnes attachées à leurs inclinations & plaisirs n'ont que des pensées de terre, des discours d'esclaves & des œuvres mortes. Et cette différence vient de ce que ceux-ci s'attachent aux créatures, & que celui-là s'en sépare ; la nature agit dans ces âmes basses, & la grâce dans celles. qui s'élèvent à Dieu & qui ne respirent que sa volonté.
29. - Extrait d’entretien
SUR LA CONFORMITE A LA VOLONTE DE DIEU
En un temps où la maladie menaçait de lui enlever plusieurs de ses prêtres & particulièrement un des plus méritants de la Compagnie, le saint dit à sa communauté :
Nous prierons Dieu qu'il ait agréable de le conserver, nous soumettant néanmoins entièrement à sa divine volonté ; car nous devons croire, & il est vrai, que non seulement sa maladie, mais aussi les maladies des
Entretien 29. - Abelly, op. cit., l. III, chap. V, sect. II, p. 47.
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autres, & enfin tout ce qui arrive à la Compagnie, ne se fait que par sa sainte conduite & pour l'avantage de la même Compagnie. C'est pourquoi en priant Dieu de donner la santé aux infirmes & de subvenir aux autres nécessités, que ce soit toujours à condition que tel soit son bon plaisir & sa plus grande gloire.
30. - Extrait d’entretien
SUR LA MAJESTE & LA SAINTetE DE DIEU
etudions-nous, mes frères, à concevoir une grande, mais une très grande estime de la majesté & de la sainteté de Dieu. Si nous avions la vue de notre esprit assez forte pour pénétrer quelque peu dans l'immensité de sa souveraine excellence, ô Jésus ! que nous en rapporterions de hauts sentiments ! Nous pourrions bien dire, comme saint Paul 1, que les yeux n'ont jamais vu, ni les oreilles ouï, ni l'esprit conçu rien qui lui soit comparable. C'est un abîme de perfections, un etre éternel, très saint, très pur, très parfait & infiniment glorieux, un bien infini qui comprend tous les biens, & qui est en soi incompréhensible. Or, cette connaissance que nous avons, que Dieu est infiniment élevé au-dessus de toutes connaissances & de tout entendement créé, nous doit suffire pour nous le faire estimer infiniment, pour nous anéantir en sa présence & pour nous faire parler de sa majesté suprême avec un grand sentiment de révérence & de soumission ; & à proportion que nous l'estimerons, nous l'aimerons aussi, & cet amour produira en nous un désir insatiable de reconnaître ses bienfaits & de lui procurer de vrais adorateurs.
Entretien 30. - Abelly, op. cit., l. III, chap. VIII, p. 65.
31. - Extrait d’entretien
SUR LE SERVICE DE DIEU
Qui voudra sauver sa vie, mes frères, la perdra 1: c'est Jésus-Christ qui nous le déclare & qui nous dit que l'on ne saurait faire un plus grand acte d'amour que de donner sa vie pour son ami 2. Eh quoi! pouvons-nous avoir un meilleur ami que Dieu ! & ne devons-nous pas aimer tout ce qu'il aime, & tenir, pour l'amour de lui, notre prochain pour notre ami! Ne serions-nous pas indignes de jouir de l être que Dieu nous donne, si nous refusions de l'employer pour un si digne sujet? Certes, reconnaissant que nous tenons notre vie de sa main libérale, nous ferions une injustice, si nous refusions de l'employer & de la consumer selon ses desseins, a l'imitation de son Fils Notre-Seigneur.
32. - Extrait d’entretien
SUR LE RESPECT DU AUX RELIQUES DES SAINTS
Chaque année, pendant les Rogations, les chanoines de Notre-Dame avaient coutume de porter en procession dans les rues de la capitale les principales reliques de leur trésor, & l'église de Saint-Lazare était une de celles qu'ils visitaient. A la veille d'une de ces processions, saint Vincent dit à sa communauté :
Nous nous mettrons en disposition de recevoir ces précieuses reliques, comme si c'étaient les saints mêmes dont elles sont les reliques, qui nous fissent l'honneur
Entretien 31. - Abelly, op. cit., l. III, chap. VIII, sect. II, p. 89.
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de nous venir visiter ; &, ainsi nous honorerons Dieu en ses saints, & nous le supplierons qu'il nous rende participants des grâces qu'il a si abondamment versées dans leurs âmes.