Conférences aux missionnaires (page 3)

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Conférences aux missionnaires, éd. Coste, t. XI-XII · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

33. - Extrait d’entretien

SUR LA SlMPLICITE

Dieu est très simple, ou plutôt il est la simplicité même, & partant, où est la simplicité, là aussi Dieu se rencontre, &, comme a dit le Sage (1), celui qui marche simplement marche avec assurance ; comme, au contraire, ceux qui usent de cautèles & de duplicités sont dans une appréhension continuelle que leur finesse ne soit découverte, & qu'étant surpris dans leurs déguisements, on ne veuille plus se fier à eux.

34. - Extrait d’entretien

SUR LA SIMPLICITE DANS LA PREDICATION

Il faut que la Compagnie se donne à Dieu pour expliquer des comparaisons familières les vérités de l'Evangile, lorsqu'on travaille dans les missions. etudions-nous pour façonner notre esprit à cette méthode, imitant en.cela Notre-Seigneur, lequel, comme dit le saint évangéliste (1), sine parabolis non loquebatur ad eos (il ne leur parlait pas sans paraboles). N'employons que sobrement dans les prédications les passages des auteurs profanes; encore faut-il que ce ne soit que pour servir de marchepied à la Sainte Ecriture.

34 bis. - Avis à un Missionnaire

SlMPLICITE avec les personnes rusées

Vous allez dans un pays ou l'on dit que les habitants sont pour la plupart fins & rusés: or si cela est, le meilleur moyen de leur profiter est d'agir avec eux dans une grande simplicité; car les Maximes de l'évangile sont entièrement opposées aux façons de faire du monde: & comme vous allez pour le service de Notre Seigneur, vous devez aussi vous comporter selon son esprit, qui est un esprit de droiture & de simplicité.

Ce fut dans ce même esprit que quelque temps après, comme on eut fait en cette Province l'établissement d'une maison de sa Congrégation, il y envoya pour premier supérieur un prêtre de sa Compagnie en qui reluisait une grande simplicité.

34 ter. - Extrait d’entretien

Zèle & discernement dans les conversations

Il disait que c'était un effet de prudence & de sagesse, non seulement de parler bien & de dire de bonnes choses, mais aussi de les dire à propos, en sorte qu'elles fussent bien reçues, & qu'elles profitassent à ceux a qui l'on parlait: que Notre-Seigneur en avait donné l'exemple en plusieurs rencontres, & particulièrement lorsque, parlant à la Samaritaine, il prit occasion de l'eau qu'elle venait puiser, pour lui parler de la grâce, & lui inspirer le désir d'une parfaite conversion.

Entretien 33. - Abelly, op. cit., L. III, chap. xv, p. 242.

1. Mt. 13, 34.

Entretien 34 bis. - Abelly, op. cit., L. III, p. 242. Ajouté par M. Dodin, Entretiens, p. 917.

Entretien 34 bis. - Abelly, L. III, p. 252. Cf. infra 383. Ajouté par M. Dodin, Entr., p. 917.

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35. - Extrait d’entretien

= 21 mars 1659, pages de S. V. XII. Supprimer ce doublet tronqué & remanié.

SUR LA PRUDENCE

[= XII, 175, fort adapté] C'est le propre de cette vertu de régler & de conduire les paroles & les actions : c'est elle qui fait parler sagement & à propos, & qui fait qu'on s'entretient avec circonspection & jugement des choses bonnes en leur nature & en leurs circonstances, & qui fait.supprimer & retenir dans le silence celles qui vont contre Dieu, ou qui nuisent au prochain, ou qui tendent à la propre louange, ou à quelque autre mauvaise fin. Cette même vertu nous fait agir avec considération, maturité, & par un bon motif, en tout ce que nous faisons, non seulement quant à la substance de l'action, mais aussi quant aux circonstances, en sorte que le prudent agit comme il faut, quand il faut, & pour la fin qu'il faut ; l'imprudent, au contraire, ne prend pas la manière, ni le temps, ni les motifs convenables, & c'est là son défaut ; au lieu que le prudent, agissant discrètement, fait toutes choses avec poids, nombre & mesure. […]

[XII, 176, 2° §, suivi d’assez près] La prudence & simplicité tendent à même fin, qui est de bien parler & de rien faire dans la vue de Dieu ; & comme l'une ne peut être sans l'autre, Notre-Seigneur les a recommandées toutes deux ensemble (1) Je sais bien qu'on trouvera de la différence entre ces deux vertus par distinction de raisonnement ; mais, en vérité, elles ont une très grande liaison & pour leur substance & pour leur objet. Pour ce qui est de la prudence de la chair & du monde, elle a pour son but & pour sa fin la recherche des honneurs, des plaisirs & des richesses ; aussi est-elle entièrement opposée à la prudence & simplicité

Entretien 35.- "Abelly, op. cit. L III, chap. XVI, p. 217 & suiv." Ce texte n’est qu’une reprise de l’entretien du 21 mars 1659, S. V. XII, des pages 175 à 179, avec des adaptations de style & une grosse interversion de texte, aussi M. Dodin ne l’a pas introduit dans son édition des Entretiens. Nous ajoutons [entre crochets] les pages de S. V. XII - B. Koch

1. Matthieu 10, 16.

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chrétiennes, qui nous éloignent de ces biens trompeurs pour nous faire embrasser les biens solides & perdurables, & qui sont comme deux bonnes sœurs inséparables, & tellement nécessaires pour notre avancement spirituel, que celui qui saurait s'en servir comme il faut amasserait sans doute de grands trésors de grâces & de mérites... 2 [pp. 179-180 introduites ici]

[retour à 176] C'est donc le propre de la prudence de régler les paroles & les actions. Mais elle a encore, outre cela, un autre office, qui est de choisir les moyens propres pour parvenir à la fin qu'on se propose, laquelle n'étant autre que d'aller à Dieu, elle prend les voies les plus droites & les plus assurées pour nous y conduire. Nous ne parlons pas ici de la prudence politique & mondaine, laquelle, ne tendant qu'à des succès temporels & quelquefois injustes, ne [177] se sert aussi que de moyens humains fort douteux & fort incertains ; mais nous parlons de cette sainte prudence que Notre-Seigneur conseille dans l'Evangile, qui nous fait choisir les moyens propres pour arriver à la fin qu'il nous propose, laquelle étant toute divine, il faut que ces moyens y aient du rapport & de la proportion. Or, nous pouvons choisir les moyens proportionnés à la fin que nous nous proposons, en deux manières : ou par notre seul raisonnement, qui est souvent bien faible ; ou bien par les maximes de la foi que Jésus-Christ nous a enseignées, qui sont toujours Infaillibles, & que nous pouvons employer sans aucune crainte de nous tromper. […]

[178] C'est pourquoi la vraie prudence assujettit notre raisonnement à ces maximes & nous donne pour règle inviolable de juger toujours de toutes choses comme Notre-Seigneur en a jugé ; en sorte que, dans les occasions, nous nous demandions à

2. Note de M. Coste : "Suivent dans Abelly vingt-six lignes, manifestement empruntées malgré des modifications de forme, à la conférence du 14 mars 1659." - 1° La conférence est datée du 21 mars. 2° Que M. Coste n’a-t-il donc pas vu que tout ce texte est tiré de cette conférence ! ces 26 lignes omises par lui sont simplement déplacées, comme la pagination le montre. Il ne faut donc absoluement plus laisser ce texte-ci dans les Entretiens, il n’est pas authentique mais retravaillé. - B. Koch

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nous-mêmes : "Comment est-ce que Notre-Seigneur a jugé de telle & telle chose ? Comment s'est-il comporté en telle ou telle rencontre ? Qu'a-t-il dit & qu'a-t-il fait sur tels & tels sujets ?" & qu'ainsi nous ajustions toute notre conduite selon ses maximes & ses exemples. Prenons donc cette résolution, Messieurs, & marchons en assurance dans ce chemin royal, dans lequel Jésus-Christ sera notre guide & notre conducteur ; & souvenons-nous de ce qu'il a dit, que "le ciel & la terre passeront, mais que ses paroles & ses vérités ne passeront jamais 3". […]

Bénissons Notre-Seigneur, mes frères, & tâchons de penser & de juger comme lui, & de faire ce qu'il a recommandé par ses paroles & par ses exemples. [179] Entrons en son esprit pour entrer en ses opérations ; car ce n'est pas tout de faire le bien, mais il le faut bien faire, à l'imitation de Notre-Seigneur, duquel il est dit : Bene omnia fecit 4, qu'il a bien fait toutes choses. Non, ce n'est pas assez de jeûner, d'observer les règles, de s'occuper aux fonctions de la Mission; mais il le faut faire dans l'esprit de Jésus-Christ, c'est-à-dire avec perfection, pour les fins & avec les circonstances que lui-même les a faites. La prudence chrétienne donc consiste à juger, parler & opérer, comme la sagesse éternelle de Dieu revêtue de notre faible chair a jugé, parlé & opéré.

[…]

4. Marc 7, 37.

Entretien 36.—Abelly, op. cit., L. III, chap. XIII, sect. II, p. 221.

"Celui que saint Vincent venait d'interroger, avant de commencer son entretien, avait avoué ingénument qu'une peine d'esprit l'avait empêché de méditer pendant une partie de l'oraison."

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humiliantes, quand la prudence permet qu'on les déclare tout haut, à cause du profit qu'on en tire, se surmontant soi-même dans la répugnance qu'on ressent à découvrir & à manifester ce que la superbe voudrait tenir caché. Saint Augustin a lui-même publié les péchés secrets de sa jeunesse, en ayant composé un livre, afin que toute la terre sût toutes les impertinences de ses erreurs & les excès de ses débauches. Et ce vaisseau d'élection, saint Paul, ce grand apôtre qui a été ravi jusqu'au ciel, n'a-t-il pas avoué qu'il avait persécuté l'Eglise ? Il l'a même couché par écrit 1, afin que jusqu'à la consommation du siècle on sût qu'il avait été un persécuteur. Certes, si on n'est bien attentif sur soi-même, & si on ne se fait quelque violence pour déclarer ses misères & ses défauts, on ne dira que les choses qui peuvent faire estimer, & on cachera celles qui donnent de la confusion ; c'est ce que nous avons hérité de notre premier père, Adam, lequel, après avoir offensé Dieu, s'alla cacher.

J'ai fait diverses fois la visite en quelques maisons de religieuses, & j'ai souvent demandé à plusieurs d'entre elles pour quelle vertu elles avaient plus d'estime & d'attrait 2; je le demandais même à celles que je savais avoir plus d'éloignement des humiliations ; mais à peine, entre vingt, en ai-je trouvé une qui ne me dît que c'était pour l'humilité, tant il est vrai que chacun trouve cette vertu belle & aimable. D'où vient donc qu'il y en a si peu qui l'embrassent, & encore moins qui la possèdent ? C'est qu'on se contente de la considérer, & on ne prend pas la peine de l'acquérir. Elle est ravissante dans la spéculation, mais dans la pratique elle a un visage désagréable à la nature ; & ses exercices nous déplaisent,

2. Cf. 18 avril 1659, XII, 197.

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parce qu'ils nous portent à choisir toujours le .plus bas lieu, à nous mettre au-dessous des autres & même des moindres, à souffrir les calomnies, chercher le mépris, aimer l'abjection, qui sont choses pour lesquelles naturellement nous avons de l'aversion. Et partant il est nécessaire que nous passions par-dessus cette répugnance, & que chacun fasse quelque effort pour venir à l'exercice actuel de cette vertu ; autrement, nous ne l'acquerrons jamais. Je sais bien que, par la grâce de Dieu, il y en a parmi nous qui pratiquent cette divine vertu, & qui non seulement n'ont aucune bonne opinion, ni de leurs talents, ni de leur science, ni de leur vertu, mais qui s'estiment très misérables, & qui veulent être reconnus pour tels, & qui se placent au-dessous de toutes les créatures ; & il faut que je confesse que je ne vois jamais ces personnes, qu'elles ne me jettent de la confusion dans l'âme ; car elles me font un reproche secret de l'orgueil qui est en moi, abominable que je suis. Mais, pour ces âmes, elles sont toujours contentes, & leur joie rejaillit jusque sur leur face, parce que le Saint-Esprit, qui réside en elles, les comble de paix, en sorte qu'il n'y a rien qui soit capable de les troubler 3. Si on les contredit, elles acquiescent ; si on les calomnie, elles le souffrent ; si on les oublie, elles pensent qu'on a raison ; si on les surcharge d'occupations, elles travaillent volontiers ; & pour difficile que soit une chose commencée, elles s'y appliquent de bon cœur, se confiant en la vertu de la sainte obéissance. Les tentations qui leur arrivent ne servent qu'à les affermir davantage dans l'humilité & à les faire recourir à Dieu & à les rendre ainsi victorieuses du diable ; de sorte qu'elles n'ont aucun ennemi à combattre que le seul orgueil, qui ne nous donne jamais de trêves pendant cette vie, mais qui attaque même les plus grands saints qui sont sur la terre, en diverses

3. Cf. 18 avril 1659, XII, 210.

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manières, portant les uns à se complaire vainement dans le bien qu'ils ont fait, & les autres dans la science qu'ils ont acquise ; ceux-ci à présumer qu'ils sont les plus éclairés, & ceux-là à se croire les meilleurs & les plus fermes.

C'est pourquoi nous avons grand sujet de prier Dieu qu'il lui plaise nous garantir & préserver de ce pernicieux vice, qui est d'autant plus à craindre que nous y avons tous une inclination naturelle. Et puis nous devons nous tenir sur nos gardes, & faire le contraire dé ce à quoi la nature corrompue nous veut porter : si elle nous élève, abaissons-nous ; si elle nous excite aux désirs de l'estime de nous-mêmes, pensons à notre faiblesse ; si au désir de paraître, cachons ce qui nous peut faire remarquer, & préférons les actions basses & viles à celles qui ont de l'éclat & qui sont honorables. Enfin, recourons souvent à l'amour de notre abjection, qui est un refuge assuré pour nous mettre à couvert de semblables agitations, que cette pente malheureuse que nous avons à l'orgueil nous suscite incessamment. Prions Notre-Seigneur qu'il ait agréable de nous attirer après lui par le mérite des humiliations adorables de sa vie & de sa mort. Offrons-lui, chacun pour soi, & solidairement les uns pour les autres, toutes celles que nous pourrons pratiquer, & portons-nous à cet exercice par le seul motif de l'honorer & de nous confondre.

37. - Extrait d’entretien

SUR L'HUMILITE

L'humilité est une vertu si ample, si difficile & si nécessaire, que nous n'y saurions assez penser : c'est la

Entretien 37.—Abelly, op. cit., L. III, chap. XIII, sect. II, p. 218.

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vertu de Jésus-Christ, la vertu de sa sainte Mère, la vertu des plus grands saints, & enfin c'est la vertu des missionnaires. Mais que dis-je ? Je me reprends, je souhaiterais que nous l'eussions ; & quand je dis que c'est la vertu des missionnaires, j'entends que c'est la vertu dont ils ont plus de besoin & dont ils doivent avoir un très ardent désir ; car cette chétive Compagnie, qui est la dernière de toutes, ne doit être fondée que sur l'humilité, comme sur sa vertu propre ; autrement, nous ne ferons jamais rien qui vaille, ni au dedans, ni au dehors ; & sans l'humilité nous ne devons attendre aucun avancement pour nous, ni aucun profit envers le prochain. O Sauveur, donnez-nous donc cette sainte vertu, qui vous est propre, que vous avez apportée au monde, & que vous chérissez avec tant d'affection ; & vous, Messieurs, sachez que celui qui veut être un véritable missionnaire doit travailler sans cesse à acquérir cette vertu & à s'y perfectionner, & surtout se donner de garde de toutes les pensées d'orgueil, d'ambition & de vanité, comme des plus grands ennemis qu'il puisse avoir ; leur courir sus aussitôt qu'ils paraissent, pour les exterminer, & veiller soigneusement pour ne leur donner aucune entrée. Oui, je le dis derechef, que si nous sommes véritables missionnaires, chacun de nous en son particulier. doit être bien aise qu'on nous tienne pour des esprits pauvres & chétifs, pour des gens sans vertu, qu'on nous traite comme des ignorants, qu'on nous injurie & méprise, qu'on nous reproche nos défauts, & qu'on nous publie comme insupportables pour nos misères & imperfections (1).

1. "Ce qui fait suite à ces mots dans Abelly est emprunté à la conférence du 18 avril 1659."

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38. - Extrait d’entretien

= 18 avril 1659, 1re des trois conditions, XII, 206-208, à peine remanié. à supprimer

SUR L'HUMILlTE

[= XII, 206] En vérité, Messieurs & mes frères, si un chacun de nous veut s'étudier à se bien connaître, il trouvera qu'il est très juste & très raisonnable de se mépriser soi-même. Car si, d'un côté, nous considérons sérieusement la corruption de notre nature, la légèreté de notre esprit, les ténèbres de notre entendement, le dérèglement de notre volonté & l'impureté de nos affections, & d'ailleurs, si nous [= XII, 207] pesons bien au poids du sanctuaire nos œuvres & nos productions, nous trouverons que le tout est très digne de mépris. Mais quoi ! me direz-vous, mettez-vous de ce nombre les prédications que nous avons faites, les confessions que nous avons entendues, les soins & les peines que nous avons pris pour le prochain & pour le service de Notre-seigneur ? Oui, Messieurs, si l'on repasse sur les meilleures actions, on trouvera qu'en la plupart on s'est mal conduit quant à la manière & souvent quant à la fin, & que, de quelque façon qu'on les regarde, il y peut avoir du mal autant que du bien ; car, dites-moi, je vous prie, que peut-on attendre de la faiblesse de l'homme ? qu'est-ce que peut produire le néant? & que peut faire le péché ? & qu'avons nous de nous-mêmes autre chose, sinon le néant & le péché ? Tenons donc pour certain qu'en tout & partout nous sommes dignes de rebut, & toujours très méprisables, à cause de l'opposition que nous avons par nous-mêmes à la sainteté & aux autres perfections de Dieu, à la vie de Jésus-Christ & aux opérations de sa grâce ; & ce qui nous persuade davantage cette vérité est la pente naturelle & continuelle que nous avons au mal,

Entretien 38.—Abelly, op. cit., 1. III, chap. XIII, sect II, p. 216". C’est XII, 206-208 à peine différent : à supprimer, comme l’a fait M. Dodin (sans le dire), entre ses n° 182 & 183 des Entretiens, p. 922. Mais peut-être Fournier avait-il en mains les originaux ? Ou peut-être conviendrait-il de donner les deux textes en synopse, comme dans les éditions de Saint Jean de La Croix ?

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notre impuissance au bien, & l'expérience que nous avons tous que, lors même que nous pensons avoir bien réussi en quelque action, ou bien rencontré en nos avis, il arrive tout le contraire, & Dieu permet souvent que nous soyons méprisés. Si, donc nous nous étudions à nous bien connaître, nous trouverons qu'en tout ce que nous pensons, disons & faisons, soit en la substance, soit dans les circonstances, nous sommes pleins & environnés de sujets de confusion & de mépris ; & si nous ne voulons point nous flatter, nous nous verrons non seulement plus méchants que les autres hommes, mais pires en quelque façon que les démons de l'enfer ; car, si ces malheureux esprits avaient en [= XII, 208] leur disposition les grâces & les moyens qui nous sont donnés pour devenir meilleurs, ils en feraient mille & mille fois plus d'usage que nous n'en faisons.

39. - Extrait d’entretien

SUR L'HUMILITE

Saint Vincent disait un jour que nous ne devions jamais jeter les yeux, ni les arrêter, sur ce qu'il y a de bien en nous, mais nous étudier à connaître ce qu'il y a de mal & de défectueux, & que c'était là un grand moyen pour conserver l'humilité. Il ajoutait que ni le don de convertir les âmes, ni tous les autres talents extérieurs qui étaient en nous, n'étaient point pour nous, que nous n'en étions que les portefaix, & qu'avec tout cela on pouvait bien se damner ; & partant, que personne ne devait se flatter, ni se complaire en soi-même, ni en concevoir aucune propre estime, voyant que Dieu opère de grandes choses par son moyen ; mais qu'il devait

Entretien 39.—Abelly, op. cit, l III, chap. XIII, sect. II, p. 226.

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d'autant plus s'humilier, & se reconnaître pour un chétif instrument dont Dieu daigne se servir, ainsi qu'il fit de la verge de Moïse, laquelle faisait des prodiges & des miracles, & n'était pourtant qu'une chétive verge & une frêle baguette.

40. - Extrait d’entretien

SUR L'HUMILITE

N'est-ce pas une chose étrange, que l'on conçoit bien que les particuliers d'une Compagnie, comme Pierre, Jean & Jacques, doivent fuir l'honneur, & aimer le mépris ; mais la Compagnie, dit-on, & la Communauté doit acquérir & conserver de l'estime & de l'honneur dans le monde ? Car, je vous prie, comment se pourra-t-il faire que Pierre, Jean & Jacques puissent vraiment & sincèrement aimer & chercher le mépris, & que néanmoins la Compagnie, qui n'est composée que de Pierre, Jean & Jacques & autres particuliers, doive aimer & rechercher l'honneur ? Il faut certainement reconnaître & confesser que ces deux choses sont incompatibles ; & partant, tous les missionnaires doivent être contents, non seulement quand ils se trouveront dans quelque occasion d'abjection ou de mépris pour leur particulier, mais aussi quand on méprisera leur Compagnie ; car pour lors ce sera une marque qu'ils seront véritablement humbles 1.

Entretien 40.—Abelly, op. cit., L. III, chap. XIII p, 200.

41 - Extrait d’entretien

= toujours 18 avril 1659, XII, 199-200. à supprimer.

SUR LES HUMILIATIONS

[XII, 199] Qu'est-ce que la vie de ce divin Sauveur, sinon une humiliation continuelle, active & passive ? Il l'a tellement aimée, qu'il ne l'a jamais quittée sur la terre pendant sa vie ; & même après sa mort, il a voulu que l'Eglise nous ait représenté sa personne divine par la figure d'un crucifix, afin de paraître à nos yeux dans un état d'ignominie, comme ayant été pendu pour nous ainsi qu'un criminel, & comme ayant souffert la mort la plus honteuse & la plus infâme qu'on ait pu s'imaginer. Pourquoi cela ? [XII, 200] C'est parce qu'il connaissait l'excellence des humiliations & la malice du péché contraire, qui non seulement aggrave les autres péchés, mais qui rend vicieuses les œuvres qui de soi ne sont pas mauvaises, & qui peut infecter & corrompre celles qui sont bonnes, même les plus saintes.

42. - Extrait d’entretien

SUR L'AMBlTION

Dieu ne nous a pas envoyés pour avoir des charges & des emplois honorables, ni pour agir ou parler avec pompe & avec autorité, mais pour servir & évangéliser les pauvres, & faire les autres exercices de notre Institut d'une façon humble, douce & familière. C'est pourquoi nous pouvons nous appliquer ce que saint Jean Chrysostome a dit en une de ses homélies, que, tant que nous demeurerons brebis par une véritable & sincère humilité,

Entretien 41. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XIII, sect II, p. 217. à supprimer, = XII, 199-200

Entretien 42. - Abelly, op. cit., L III, chap. XIII, sect. II, p. 225.

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non seulement nous ne serons pas dévorés des loups, mais nous les convertirons même en brebis ; & au contraire, dès le moment que nous sortirons de cette humilité & simplicité qui est le propre de notre Institut, nous perdrons la grâce qui y est attachée, & nous n'en trouverons aucune dans les actions éclatantes. Et certes, n'est-il pas juste qu'un missionnaire qui s'est rendu digne dans sa petite profession de la bénédiction du ciel & de l'approbation & estime des hommes, soit privé de l'une & de l'autre, lorsqu'il se laisse aller aux œuvres qui se ressentent de l'esprit du monde, par l'éclat qu'on y recherche, & qui sont opposées à l'esprit de sa condition? N'y a-t-il pas sujet de craindre qu'il ne s'évanouisse dans le grand jour & qu'il ne tombe dans le dérèglement, conformément à ce qui se dit du serviteur devenu maître, qu'il est devenu en même temps fier & insupportable ? Feu Mgr le cardinal de Bérulle, ce grand serviteur de Dieu, avait coutume de dire qu'il était bon de se tenir bas, que les moindres conditions étaient les plus assurées, & qu'il y avait je ne sais quelle malignité dans les conditions hautes & relevées 1; que c'était pour cela que les saints avaient toujours fui les dignités, & que Notre-Seigneur, pour nous convaincre par son exemple, aussi bien que par sa parole, avait dit, parlant de lui-même, qu'il était venu au monde pour servir, & non pour être servi 2 (1).

1. Même citation de Bérulle en 1644, infra 139. Le contexte différent invite à voir ici un autre entretien. Autre citation de Bérulle en octobre 1643, infra 128.

43. - Extrait d’entretien

SUR LE RESPECT HUNAIN

Un jour, quelqu'un des siens s'étant accusé devant les autres d'avoir agi par respect humain, Vincent de Paul, tout animé de l'amour de lieu, dit "qu'il vaudrait mieux être jeté pieds & mains liés parmi des charbons ardents, que de faire une action pour plaire aux hommes ". Puis, s'étant mis à faire, d'un côté, le dénombrement de quelques-unes des perfections divines, &, de l'autre, des défauts, imperfections & misères des créatures, pour mieux montrer l'injustice & la folie de ceux qui négligent de faire leurs actions pour Dieu, & perdent leur temps & leur peine, pour n'avoir, en ce qu'ils font, que des vues basses & humaines, il ajouta ces paroles dignes de remarque : "Honorons toujours les perfections de Dieu ; prenons pour but de tout ce que nous avons à faire celles qui sont les plus opposées à nos imperfections, comme sa douceur & sa clémence, directement opposées à notre colère ; sa science, si contraire à notre aveuglement ; sa grandeur & sa majesté infinies, si fort élevées au-dessus de notre bassesse & vileté ; son infinie bonté, toujours opposée à notre malice. etudions-nous à faire nos actions pour honorer & glorifier cette perfection de Dieu, qui est directement contraire à nos défauts." Il ajoutait que cette application était comme l'âme de nos œuvres, & en rehaussait grandement le prix & la valeur ; & il rappelait, à ce propos, les habits dont se revêtent les princes & les grands seigneurs, aux jours de leurs triomphes & magnificences ; car, disait-il, "les habits ne sont pas ordinairement

Entretien 43. —Abelly, op. cit., L III, chap. IV, p. 31.

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tant estimés pour l'étoffe dont ils sont faits, que pour les passements d'or & enrichissements de broderies, perles & pierres précieuses dont ils sont ornés ; de même, il ne faut pas se contenter de faire de bonnes œuvres, mais il les faut enrichir & relever par le mérite d'une très noble & très sainte intention, les faisant uniquement pour plaire à Dieu & pour le glorifier. "

43 bis. - Extrait d’entretien

Sur la pureté d’intention

Abelly III, 30-31

Ajouté dans Entretiens, Dodin, p. 929

Aussi disoit-il souvent, que Dieu ne regardoit [31] pas tant l'extérieur de nos actions que le degré d'amour & de pureté d'intention dans lequel nous les faisons; que les petites actions faites pour plaire à Dieu ne sont pas si sujettes à la vaine gloire que les autres actions plus éclatantes, qui bien souvent s'en vont en fumée; & enfin que, si nous voulons plaire à Dieu dans les grandes actions, il faut nous habituer à luy plaire dans les petites.

43 ter. - Extrait d’entretien

SUR LA DOUCEUR, un souvenir de M. Vincent

Abelly III, chap. XII, p. 177-178, & Collet I, 99, qui situe cela lors de sa retraite à Soisson en 1621.

Pas dans Coste, mais dans Entretiens, Dodin, p. 929

[177] Je m’adressay à Dieu, & le priay instamment de me changer cette humeur sèche & rebutante, & de me donner un esprit doux & bénin : & par la frâce de Nostre-Seigneur, [178] avec un peu d’attention que j’ay fait à réprimer les bouillons de la nature, j’ay un peu quitté de mon humeur noire.

44. - Extrait d’entretien

SUR LA DOUCEUR

[178] L'on voit quelquefois des personnes qui semblent estre douées d'une grande douceur, laquelle pourtant n'est bien souvent qu'un effet de leur naturel modéré; mais ils n'ont pas la douceur Chrestienne, dont le propre exercice est de réprimer & étouffer les saillies du vice contraire. On n'est pas chaste pour ne point ressentir de mouvemens deshonnestes, mais bien lorsqu'en les sentant on leur résiste. Nous avons céans un exemple de la vraye douceur, je le dis parce que la personne n'est pas présente, & que vous pouvez tous vous appercevoir de son naturel sec & aride ; c'est Monsieur N. Et vous pouvez bien juger s'il y a deux personnes au monde rudes & rébarbatives comme luy & moi ; & cependant on voit cet homme se vaincre jusques là qu'on peut dire vrayment qu'il n'est plus ce qu'il estot : & qui a fait cela ? c'est la vertu de douceur, à laquelle il travaille, pendant que moy, misérable, je demeure sec comme une ronce. Je vous prie, Messieurs, de ne point arrester vos yeux sur les mauvais exemples que je vous donne, mais plutost je vous exhorte (pour me servir des termes du Saint

Entretien 44. — Abelly, op. cit., L. III, chap. XII, p. 178.

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Apostre 1), de marcher dignement & avec toute douceur & débonnaireté en l'état auquel vous avez esté appellez de Dieu.

45 - Extrait d’entretien

SUR LA DOUCEUR

Il n'y a point de personnes plus constantes & plus fermes dans le bien que ceux qui sont doux & débonnaires ; comme, au contraire, ceux qui se laissent emporter à la colère & aux passions de l'appétit irascible, sont ordinairement fort inconstants, parce qu'ils n'agissent que par boutades & par emportements. Ce sont comme des torrents, qui n'ont de la force & de l'impétuosité que dans leurs débordements, lesquels tarissent aussitôt qu'ils sont écoulés ; au lieu que les rivières, qui représentent les personnes débonnaires, vont sans bruit, avec tranquillité, & ne tarissent jamais.

46 . - Extrait d’entretien

SUR LA DOUCEUR DANS LES CONTROVERSES

Quand on dispute contre quelqu'un, la contestation dont l'on use en son endroit lui fait bien voir qu'on veut emporter le dessus ; c'est pourquoi il se prépare à la résistance plutôt qu'à la reconnaissance de la vérité ; de sorte que, par ce débat, au lieu de faire quelque ouverture à son esprit, on ferme ordinairement la porte de son cœur ; comme, au contraire, la douceur & l'affabilité

1. éphésiens IV, 1

Entretien 45. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XII, p. 180.

Entretien 46. - Abelly, op. cit., L III, chap. XII, p. 181.

XI — 5

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la lui ouvrent. Nous avons sur cela un bel exemple en la personne du bienheureux François de Sales, lequel, quoiqu'il fût très savant dans les controverses, convertissait néanmoins les hérétiques plutôt par sa douceur que par sa doctrine. A ce sujet, M. le cardinal du Perron disait qu'il se faisait fort, à la vérité, de convaincre les hérétiques, mais qu'il n'appartenait qu'à M. l'évêque de Genève de les convertir. Souvenez-vous bien, Messieurs, des paroles de saint Paul à ce grand missionnaire saint Timothée : Servum Domini non oportet litigare 1 qu'il ne fallait point qu'un serviteur de Jésus-Christ usât de contestations ou de disputes ; & je puis bien vous dire que je n'ai jamais vu, ni su, qu'aucun hérétique ait été converti par la force de la dispute, ni par la subtilité des arguments, mais bien par la douceur ; tant il est vrai que cette vertu a de force pour gagner les hommes à Dieu.

47. —ABREGE DE QUELQUES AVIS

SUR LA DOUCEUR

[178] Voicy un petit Abrégé de quelques Avis qu’il leur donnoit sur ce sujet, & qu’il pratiquoit encore mieux luy-mesme.

[178]

En premier lieu, il disoit que pour n’estre point surpris des occasions dans lesquelles on pourroit manquer contre la douceur, il falloit les prévoir & se représenter les sujets qui pouvoient vraysemblablement exciter à la colère, & former en son esprit par avance les actes de douceur qu'on se propose de pratiquer en toutes occasions 1.

Seconeement, qu’il falloit détester le vice de la colèren en tant qu'il déplaist à Dieu, sans pour cela se fâcher ou s'aigrir de s'y voir sujet, d'autant qu'il faut haïr ce vice & aimer la vertu contraire, non parce que celui-là nous déplaît & que celle-ci nous agrée, mais uniquement pour l'amour de

1. 2 Timothée II, 24.

Entretien 47.- Abelly, op. cit., L. III, chap. XIII p. 178-180. Coste modifie notablement le texte.

1. Ceci est tiré du Combat Spirituel, de Laurent Scupoli, cuapitres 13 & 18. Monsieur Vincent donne ce conseil en général pour l’oraison, infra 87, sans date, et le 10 août 1657, infra 406-407. Il nomme explicitement ce livre à Marc Coglée, en lui recommandant cette méthode, le 13 août 1650, IV, 49.

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Dieu, auquel cette vertu plaît & ce vice déplaît ; & si nous faisons ainsi, la douleur que nous concevrons des fautes commises contre cette vertu sera douce & tranquille.

Troisièmement, que lorsqu’on se sentoit ému de colère, il était expédient de cesser d'agir, & même de parler, & surtout de se déterminer, jusqu'à ce que cette passion soit accoisée <calmée>, "parce que (disoit-il) les actions faites dans cette agitation n’étant pas pleinement dirigées par la raison, qui est troublée & obscurcie par la passion, quoique d’ailleurs elles semblent bonnes, ne peuvent pourtant jamais être parfaites".

Quatrièmement, il ajoutoit que pendant cette émotion, il falloit faire effort sur soy-mesme, pour empêcher qu’il n’en parust aucune marque sur le visage, qui est l’image de l’ême, mais le retenir & reformer par la douceur Chrestienne: "ce qui n’est point, disoit-il, contre la simplicité, parce qu'on le fait, non pour paraître autre qu'on n’est pas, mais par un désir sincère que la vertu de douceur, qui est en la partie supérieure de l'âme, s'écoule sur le visage, sur la langue & sur les actions extérieures, pour plaire à Dieu, & au prochain pour l'amour de Dieu".

5° Cinquièmement enfin, qu’il falloit sur tout en ce temps-là s’étudier à retenir sa langue, & malgré tous les bouillons de la colère & toutes les saillies du zèle qu'on pense avoir, ne dire que des paroles douces & agréables pour gagner les hommes à Dieu. "Il ne faut quelquefois, disoit-il, qu'une parole douce pour convertir un endurci; & au contraire, une parole rude est capable de désoler une âme, & de lui causer une amertume qui pourrait lui être très nuisible." à ce propos on luy a oüy dire en diverses rencontres, qu’il n’avoit usé que trois fois en sa vie de paroles de rudesse pour reprendre & corriger les autres, croyant avoir quelque raison d’en user de la [180] sorte, & qu'il s'en estoit toujours depuis repenty, parce que cela luy avait fort mal réussi, & qu'au contraire il avoit toujours obtenu par la douceur ce qu'il avait désiré"

suite du même Extrait d’entretien

Pas dans Coste ni A. Dodin, Entretiens. Abelly III, chap. XXII, p. 180, suite - B. K.

Douceur & fermeté

Il faisoit néanmoins une grande différence entre la véritable vertu de douceur & celle qui n'en a que l'apparence; car la fausse douceur est molle, lâche, indulgente; mais la véritable douceur n'est point opposée à la fermeté dans le bien, à laquelle même elle est plutôt toujours jointe, par cette connexion qui se trouve entre les vraies vertus 1. Et à ce sujet il disait qu'il n'y a point de personnes plus constantes & plus fermes dans le bien que ceux qui sont doux & débonnaires; comme au contraire ceux qui se laissent emporter à la colère & aux passions de l'appétit irascible, sont ordinairement fort inconstants, parce qu'ils n'agissent que par boutades & par emportements; ce sont comme des torrents, qui n'ont de la force & de l'impétuosité que dans leurs débordements, lesquels tarissent aussitôt qu'ils sont écoulés: au lieu que les rivières, qui représentent les personnes débonnaires, vont sans bruit, avec tranquillité, & ne tarissent jamais. Aussi était-ce une de ses grandes maximes, qu'encore qu'il fallust tenir ferme pour la fin qu'on se propose dans les bonnes entreprises, il était néanmoins expédient d'user de douceur dans les moyens qu'on emploie; alléguant à ce propos ce que dit le Sage des conduites de la sagesse de Dieu, qui atteint fortement à ses fins, & toutefois dispose suavement les moyens pour y parvenir (Sagesse 8, 1).

___________________

1. La connexion entre les vraie vertus est un thème stoïcien: celui qui a vraiment une vertu a aussi toutes les autres; il suffit d’en manquer d’une pour n’être pas vraiment vertueux. Ce fut repris, avec plus de souplesse, par la théologie morale chrétienne.

- ÷ (pas dans Coste)

47 ter. - Suite du même entretien

Pas dans Coste ni A. Dodin, Entretiens. Abelly III, chap. XXII, p. 180, suite - B. K.

Saint François de Sales, exemple de douceur

Il rapportait à ce sujet l'exemple du bienheureux François de Sales, évêque de Genève, qu'il disait avoir été le plus doux & le plus débonnaire qu'il ait jamais connu; & que la première fois qu'il le vit, il avait reconnu en son abord, en la sérénité de son visage, en sa manière de converser & de parler, une image bien expresse de la douceur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui lui avait gagné le cœur.

47 quater. - Extrait d’entretien

Pas dans Coste. Abelly III, chap. XXII, p. 325. Ajouté dans A. Dodin, Entretiens p. 934.

Sur la patience

Il disait que l'état d'affliction & de peine n'estoit pas un état qui fust mauvais; que Dieu nous y mettoit pour nous exercer en la vertu de patience, & pour nous apprendre la compassion envers les autres, luy-mesme ayant voulu éprouver cet état, afin que nous eussions un Pontife qui pust compatir à nos misères, & nous encourager par son exemple à la pratique de cette vertu.

- Coste XI, - 68 -

48. - Extrait d’entretien

SUR L'AFFABILITE

Nous avons d'autant plus besoin de l'affabilité, que nous sommes plus obligés par notre vocation de converser souvent ensemble & avec le prochain, & que cette conversation est plus difficile, soit entre nous, en tant que nous sommes ou de divers pays, ou de complexions & humeurs fort différentes, soit avec le prochain, duquel il y a souvent beaucoup à supporter. C'est la vertu d'affabilité qui lève ces difficultés & qui, étant comme l'âme d'une bonne conversation, la rend non seulement utile, mais aussi agréable : elle fait que l'on se comporte dans la conversation avec bienséance & avec condescendance les uns envers les autres ; & comme c'est la charité qui nous unit ensemble, ainsi que les membres d'un même corps, c'est aussi l'affabilité qui perfectionne cette union.

49. - Extrait d’entretien

SUR L'AFFABILITE

Vincent de Paul recommandait particulièrement aux siens la pratique de l'affabilité envers les pauvres gens de la campagne : "Autrement, ils se rebutent & n'osent approcher de nous, croyant que nous sommes trop sévères, ou trop grands seigneurs pour eux. Mais, quand on les traite affablement & cordialement, ils conçoivent d'autres sentiments pour nous & sont mieux disposés à profiter du bien que nous leur voulons faire.

Entretien 48. - Abelly, op .cit, L III, chap. XII, p. 180.

Entretien 49. - Abelly, op. cit., L. III, chap. XII, p. 181.

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Or, comme Dieu nous a destinés pour les servir, nous le devons faire en la manière qui leur est la plus profitable, & par conséquent les traiter avec grande affabilité, & prendre cet avertissement du Sage comme s'adressant à un chacun de nous en particulier : Congregationi pauperum affabilem te facito (1) ; rendez-vous affable à l'assemblée des pauvres. "

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