Conférences aux missionnaires

Vincent de Paul · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Conférences aux missionnaires, éd. Coste, t. XI-XII · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

SAINT VINCENT DE PAUL

SAINT VINCENT DE PAUL

ENTRETIENS

AUX MISSIONNAIRES

Pierre COSTE

Tome XI

1. - EXTRAIT D’ENTRETIEN

SUR LA VOCATION DE MISSIONNAIRE

L’état des missionnaires est un état conforme aux maximes évangéliques, qui consiste à tout quitter & abandonner, ainsi que les apôtres, pour suivre Jésus-Christ & pour faire, à son imitation, ce qu’il convient. Et cela étant ainsi, comme me disait une personne en quelque rencontre, il n’y a que le diable qui puisse trouver à redire à cet état ; car y a-t-il rien de plus chrétien que de s’en aller de village en village pour aider le pauvre peuple à se sauver, comme vous voyez que l’on fait avec beaucoup de fatigues & d’incommodités ! Voilà tels & tels de nos confrères qui travaillent présentement en un village du diocèse d’évreux, où même il faut qu’ils couchent sur la paille 1. Pourquoi ? Pour faire aller les âmes en paradis par l’instruction & par la souffrance. Cela n’approche-t-il pas de ce que Notre-Seigneur est venu faire ? Il n’avait pas seulement une pierre où il pût reposer sa tête 2, & il allait & venait d’un lieu à un autre pour gagner les âmes à Dieu, & enfin il est mort pour elles. Certes, il ne pouvait nous faire mieux comprendre combien elles lui sont chères, ni nous persuader plus efficacement de ne rien

Entretien 1. — Abelly, op. cit., L. I, chap. XXI, p. 93.

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épargner pour les instruire de sa doctrine & pour les laver dans les fontaines de son précieux sang. Mais, voulons-nous qu’il nous fasse cette grâce, travaillons à l’humilité ; car d’autant plus que quelqu’un sera humble, d’autant plus sera-t-il charitable envers le prochain. Le paradis des communautés, c’est la charité ; & la charité est l’âme des vertus, & c’est l’humilité qui les attire & qui les garde. Il en est des Compagnies humbles comme des vallées, qui attirent sur elles tout le suc des montagnes : dès que nous serons vides de nous-mêmes, Dieu nous remplira de lui 3; car il ne peut souffrir le vide 4.

Humilions-nous donc, mes frères, de ce que Dieu a jeté les yeux sur cette petite Compagnie pour servir son église, si toutefois on peut appeler Compagnie une poignée de gens, pauvres de naissance, de science & de vertu, la lie, la balayure & le rebut du monde 5. Je prie Dieu tous les jours, deux ou trois fois, qu’il nous anéantisse si nous ne sommes utiles pour sa gloire. Quoi ! Messieurs, voudrions-nous être au monde sans plaire à Dieu & sans lui procurer sa plus grande gloire.

2 - EXTRAIT D'ENTRETIEN

SUR LA MISSION DONNEE A FOLLEVlLLE EN 1617

prendre le texte d’Abelly tel quel

ce qui est d’autant plus nécessaire que

les éditions Coste, XI, & Dodin (au Seuil) ont de grosses variantes

Après avoir raconté la conversion du paysan de Gannes 1 saint Vincent ajouta : "La honte empêche plusieurs de ces bonnes gens des champs de se confesser de tous leurs péchés à leurs curés ; ce qui les tient dans un état de damnation 2.

3. Cf. XI 312, 343 (à Ant. Durand), 402; XII 107-108. - B. K.

4. Il y a une "physique des fluides" dans la vie spirituelle un peu comme en physique, où un tube se remplit si on y fait le vide; Dieu ne peut entrer dans un cœur encombré. - B. K.

5. 1 Cor. 4, 13.

Entretien 2. - "Abelly, op. cit. L.I, chap. VIII, p. 32 & suiv." Cf. les récits parallèles en XI 170-171, 25 janvier 1655 & XII 7-9, 17 mai 1658. - B. K.

1. "Localité située à une douzaine de kilomètres <au Sud-Sud-Est> du château de Folleville (Somme), sur les terres de Madame de Gondi."

Le récit d’Abelly, non reproduit par M. Coste, semble n’être qu’une amplification de l’entretien du17 mai 1658; en S. V. XII, 7-8. Le passage reproduit ici, jusqu’au milieu de la p. 4, ne semble pas avoir de parallèle dans les autres entretiens. Il en va autrement ensuite. - B. K.

2. Cf XI 134, 25 octobre 1643. - B. K.

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& sur ce sujet, on demanda, il y a quelque temps, à l’un des plus grands hommes de ce temps si ces gens-là pouvaient se sauver avec cette honte, qui leur ôte le courage de se confesser de certains péchés. A quoi il répondit qu’il ne fallait pas douter que, mourant en cet état, ils ne fussent damnés. Hélas ! mon Dieu ! (dis-je alors en moi-même), combien s’en perd-il donc ! & combien est important l’usage des confessions générales, qui remédie à ce malheur, étant accompagné d’une vraie contrition, comme il est pour l’ordinaire ! Cet homme disait tout haut qu’il eût été damné, parce qu’il était vraiment touché de l’esprit de pénitence ; car, quand une âme en est remplie, elle conçoit une telle horreur du péché que non seulement elle s’en confesse au prêtre, mais elle serait disposée de s’en accuser publiquement, s’il était nécessaire pour son salut. J’ai vu des personnes lesquelles, après leur confession générale, voulaient déclarer leurs péchés publiquement devant tout le monde, & j’avais peine à les retenir ; &, quoique je leur défendisse de le faire : "Non, Monsieur me disaient-elles, je les dirai à tous ; je suis un malheureux, je mérite la mort." Voyez, s’il vous plaît, en cela l’impression de la grâce & la force de la douceur ; j’en ai vu plusieurs dans ce grand désir, & il s’en voit souvent. Oui, quand Dieu entre ainsi dans un cœur, il lui fait concevoir tant d’horreur des offenses qu’il a commises, qu’il voudrait les découvrir à tout le monde. Et, en effet, il y en a qui, touchés de cet esprit de componction, ne font aucune difficulté de dire tout haut : "Je suis un méchant homme, parce qu’en telle & telle rencontre j’ai fait ceci & cela ; j’en demande pardon à Dieu, à M. le curé & à toute la paroisse." & nous voyons que les plus grands saints l’ont pratiqué. Saint Augustin, dans ses Confessions a manifesté se, péchés à tout le monde 3, à l’imitation de saint Paul, qui a déclaré

3. Cf. XII, 358, 24 octobre 1659. - B. K.

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hautement & publié dans ses épîtres qu’il avait été un blasphémateur & un persécuteur de l’église 4, afin de manifester d’autant plus les miséricordes de Dieu envers lui. Voilà l’effet de la grâce qui remplit un cœur ; elle jette dehors tout ce qui lui est contraire."

Cette grâce porta le paysan de Gannes à faire l’aveu public, même devant Madame de Gondi, dont il était vassal, des graves péchés de sa vie passée. "Ah ! Monsieur, qu’est-ce que cela ? dit alors au saint cette vertueuse dame. Qu’est-ce que nous venons d’entendre ? Il en est sans doute ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ah ! si cet homme, qui passait pour homme de bien, était en état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent plus mal ? Ah ! Monsieur Vincent, que d’âmes se perdent ! Quel remède à cela ?"

Ce dernier continua :

"C’était au mois de janvier 1617 que cela arriva ; & le jour de la Conversion de saint Paul, qui est le 25, cette dame me pria de faire une prédication en l’église de Folleville pour exhorter les habitants à la confession générale ; ce que je fis 5. Je leur en représentai l’importance & l’utilité, & puis je leur enseignai la manière de la bien faire ; & Dieu eut tant d’égard à la confiance & à la bonne foi de cette dame (car le grand nombre & l’énormité de mes péchés eussent empêché le fruit de cette action) qu’il donna la bénédiction à mon discours ; & toutes ces bonnes gens furent si touchés de Dieu, qu’ils venaient tous pour faire leur confession générale. Je continuai de les instruire & de les disposer aux sacrements, & commençai de les entendre. Mais la presse fut si grande que, ne pouvant plus y suffire, avec un autre prêtre qui m’aidait, Madame envoya prier les Révérends Pères jésuites d’Amiens de venir au secours ; elle en écrivit au Révérend Père recteur, qui y vint lui-même, &, n’ayant pas eu le loisir d’y arrêter que fort

4. 1 Timothée 1, 13.

5. M. Vincent faisait déjà faire des confessions générales depuis assez longtemps; c’est attesté par une demande de pouvoirs du 20 juin 1616, en S. V. I, 20-21. - B. K.

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peu de temps, il envoya, pour y travailler en sa place le Révérend Père Fourché, de sa même Compagnie, lequel nous aida à confesser, prêcher & catéchiser, & trouva, par la miséricorde de Dieu, de quoi s’occuper. Nous fûmes ensuite aux autres village, qui appartenaient à Madame en ces quartiers-là, & nous fîmes comme au premier. Il y eut grand concours, & Dieu donna partout sa bénédiction. Et voilà le premier sermon de la Mission & le succès que Dieu lui donna le jour de la Conversion de saint Paul ; ce que Dieu ne fit pas sans dessein en un tel jour."

3. - Extrait d’entretien

SUR LES FRUITS DE DEUX MISSIONS

Je prie la Compagnie de remercier Dieu des bénédictions qu’il a données aux missions qu’on vient de faire, & particulièrement à celle de…, qui sont notables. Il y avait une étrange division en cette paroisse : les habitants avaient une grande aversion contre leur curé ; & le curé, d’un autre côté, avait sujet de se ressentir du mauvais traitement qu’il avait reçu de ses paroissiens ; à raison de quoi il était en procès contre eux, & même en avait fait mettre en prison trois ou quatre des principaux, parce qu’ils en étaient venus si avant que d’user de mainmise dans l’église sur lui, ou sur quelqu’un des siens. La plupart d’entre eux ne voulaient pas seulement ouïr la messe & sortaient de l’église quand ils le voyaient aller à l’autel ; enfin le mal était grand, & je n’en ai pas encore vu un pareil. Ils protestaient qu’ils n’iraient jamais à confesse à lui, &

Entretien 3. — Abelly, op. cit., L. II, chap.1, sect. II, § 1, p. 24.

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qu’ils passeraient plutôt la fête de Pâques sans communier.

Se voyant réduits en cet état, quelques-uns d’entre eux vinrent céans, il y a quelque temps, pour nous prier de leur aller faire la mission. Nous l’avons faite, &, par la miséricorde de Dieu, tous se sont mis en leur devoir. Mais ce qui nous doit davantage exciter à bénir & remercier Dieu, c’est qu’ils se sont parfaitement réconciliés avec leur pasteur, & qu’ils se trouvent maintenant dans une grande paix & union, dont ils ont un grand contentement de part & d’autre, & une égale reconnaissance ; car dix ou douze sont céans pour nous en remercier de la part de toute la paroisse, lesquels m’ont dit tant de bien de cette mission, que j’avais peine de les entendre.

Qui est-ce qui a fait cela, Messieurs, sinon Dieu seul ? était-il au pouvoir des hommes de faire cette réunion ? Certes, quand bien tout un Parlement se serait mêlé d’un. accommodement si difficile entre des esprits si fort aliénés, à peine en serait-il venu à bout pour ce qui regarde seulement la police extérieure. C’est donc Dieu qui est l’auteur de cette bonne œuvre & à qui nous en devons rendre grâces.

Je vous prie, Messieurs, de le faire avec toute l’affection que vous pourrez, &, outre cela, de demander à sa divine bonté qu’elle donne à la Compagnie l’esprit d’union & l’esprit unissant, qui n’est autre que le Saint-Esprit même, afin qu’étant toujours bien unie en elle-même, elle puisse unir ceux du dehors ; car nous sommes établis pour réconcilier les âmes avec Dieu, & les hommes avec les hommes.

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4 - EXTRAIT D'ENTRetIEN 1

SUR LA FORMATION DU CLERGE

"Le caractère des prêtres est une participation du sacerdoce du Fils de Dieu, qui leur a donné le pouvoir de sacrifier son propre corps & de le donner en viande, afin que ceux qui en mangeront vivent éternellement 2."

"C’est un caractère tout divin & incomparable, une puissance sur le corps de Jésus-Christ que les anges admirent, & un pouvoir de remettre les péchés des hommes, qui est pour eux un grand sujet d’étonnement & de reconnaissance 3."

Y a-t-il rien de plus grand & de plus admirable ? Oh ! Messieurs, qu’un bon prêtre est une grande chose ! Que ne peut pas faire un bon ecclésiastique ! Quelles conversions ne peut-il pas procurer ! Voyez Monsieur Bourdoise, cet excellent prêtre ; que ne fait-il pas, & que ne peut-il pas faire ! Des prêtres dépend le bonheur du christianisme ; car les bons paroissiens voient-ils un bon ecclésiastique, un charitable pasteur, ils l’honorent & suivent sa voix, ils tâchent de l’imiter. Oh ! que nous devons tâcher de les rendre tous bons, puisque c’est là notre emploi, & que le sacerdoce est une chose si relevée !

Mais, mon Sauveur ! si un bon prêtre peut faire de grands biens, oh ! qu’un mauvais apporte de mal quand il s’y adonne ! O Dieu ! qu’on a de peine à le remettre en bon état ! O mon Sauveur ! combien doivent les pauvres missionnaires se donner à vous pour contribuer à former de bons ecclésiastiques, puisque c’est l’ouvrage le plus difficile, le plus relevé, & le plus important pour

Entretien 4. - "Abelly, op. cit., l. II, chap. V, p. 298." - Nous saisissons ici la méthode d’Abelly-Fournier : il lui arrive de combiner ensemble des extraits d’un ou de plusieurs entretiens. Ici, deux passages ont pu être repérés; la suite appartient à une conférence perdue, ou à plusieurs. - B. K.

1. "Cet entretien est antérieur au 19 juillet 1655, jour de la mort d'Adrien Bourdoise," pour la partie propre; mais son début est composé de deux extraits de la conférence du 13 décembre 1658. - B. K.

2. Ces lignes sont une citation de la conférence du 13 décembre 1658, en S. V. XII, 99. - . K.>

3. Ces lignes sont une citation de la conférence du 13 décembre 1658, en S. V. XII, 103. Ensuite, il n'a pas encore été trouvé de passage parallèle. - B. K.>

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le salut des âmes & pour l’avancement du christianisme !

Si saint Vincent Ferrier s’animait à la perfection, en vue de ce que Dieu susciterait un jour de bons prêtres & ouvriers apostoliques pour relever l’état ecclésiastique & pour disposer les hommes au jugement dernier, à combien plus forte raison nous autres, qui voyons de nos jours l’état ecclésiastique se remettre, devons-nous nous animer de plus en plus à nous perfectionner, pour coopérer à ce tant désirable rétablissement.

5. - Extrait d’entretien

SUR LA FORMATION DU CLERGé

S’employer pour faire de bons prêtres & y concourir comme cause seconde efficiente instrumentale, c’est faire l’office de Jésus-Christ, qui, pendant sa vie mortelle, semble avoir pris à tâche de faire douze bons prêtres, qui sont ses Apôtres, ayant voulu, pour cet effet, demeurer plusieurs années avec eux pour les instruire & pour les former à ce divin ministère.

6. - Extrait d’entretien

SUR L’ŒUVRE DES ORDINANDS

Or sus, Messieurs & mes frères, nous voici donc à la veille de cette grande œuvre que Dieu nous a mise entre les mains ; c’est demain, mon Dieu, que nous devons recevoir ceux que votre Providence a résolu de nous envoyer,

Entretien 5. — Abelly, op. cit., L. II, chap. II, sect. IV, p. 222.

Entretien 6. — Abelly op. cit., L. II, chap. II, sect. IV, p. 226.,

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afin de nous faire contribuer avec vous à les rendre meilleurs. Ah ! Messieurs, que voilà une grande parole : rendre meilleurs les ecclésiastiques ! Qui pourra comprendre la hauteur de cet emploi ? C’est le plus relevé qui soit. Qu’y a-t-il de si grand dans le monde que l’état ecclésiastique ? Les principautés & les royaumes ne lui sont point comparables. Vous savez que les rois ne peuvent pas, comme les prêtres, changer le pain au corps de Notre-Seigneur, ni remettre les péchés ; vous connaissez tous les autres avantages que les prêtres ont par-dessus les grandeurs temporelles ; & voilà néanmoins les personnes que Dieu nous envoie pour les sanctifier ; qu’y a-t-il de semblable ? O pauvres & chétifs ouvriers ! que vous avez peu de rapport à la dignité de cet emploi ! Mais, puisque Dieu fait cet honneur à cette petite Compagnie, la dernière de toutes & la plus pauvre, que de l’appliquer à cela, il faut que, de notre côté, nous apportions tout notre soin à faire réussir ce dessein apostolique qui tend à disposer les ecclésiastiques aux ordres supérieurs & à se bien acquitter de leurs fonctions ; car les uns seront curés, les autres chanoines, les autres prévôts, abbés, évêques, oui, évêques. Voilà les personnes que nous recevrons demain.

La semaine passée, il se fit une assemblée d’évêques pour remédier à l’ivrognerie des prêtres d’une certaine province ; à quoi on est bien empêché. Les saints docteurs disent que le premier pas d’une personne qui veut acquérir la vertu est de se rendre maître de sa bouche ; or, la bouche maîtrise les personnes qui lui donnent ce qu’elle demande. Quel désordre ! Ils sont ses serviteurs, ses esclaves ; ils ne sont que ce qu’elle veut ; il n’y a rien de si vilain, ni de si déplorable que de voir des prêtres, & la plupart de ceux d’une province, asservis à ce vice, jusque-là qu’il faille assembler des prélats, & les mettre tous bien en peine pour trouver quelque remède à ce

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malheur. Et le peuple, que fera-t-il après cela ? Mais que ne devons-nous pas faire, Messieurs, pour nous donner à Dieu, afin d’aider à retirer ses ministres & son épouse de cette infamie & de tant d’autres misères où nous ne les voyons que trop ? Ce n’est pas que tous les prêtres soient dans le dérèglement ; non, ô Sauveur ! qu’il y a de saints ecclésiastiques ! Il nous en vient tant ici en retraite, des curés & autres qui viennent de bien loin exprès pour mettre bon ordre à leur intérieur ! & combien de bons & de saints prêtres à Paris ! Il y en a grand nombre ; & entre ces Messieurs de la Conférence (1) qui s’assemblent ici, il n’y en a pas un qui ne soit homme d’exemple ; ils travaillent tous avec des fruits non pareils.

Il y a aussi de méchants ecclésiastiques dans le monde, & je suis le pire, le plus indigne & le plus grand pécheur de tous. Mais aussi, en revanche, il y en a qui louent hautement Dieu par la sainteté de leur vie. Oh ! quel bonheur de ce que non seulement Dieu veut se servir de pauvres gens comme nous, sans science & sans vertu, pour aider à redresser les ecclésiastiques déchus & déréglés, mais encore à perfectionner les bons, comme nous voyons par sa grâce que cela se fait ! Que bienheureux êtes-vous, Messieurs, de répandre, par votre dévotion, douceur, affabilité, modestie & humilité, l’esprit de Dieu dans ces âmes, & de servir Dieu en la personne de ses plus grands serviteurs ! Que vous êtes heureux, vous qui leur donnerez bon exemple aux conférences, aux cérémonies, au chœur, au réfectoire & partout ! Oh ! qu’heureux serons-nous tous, si par notre silence, discrétion & charité nous répondons aux intentions. pour lesquelles Dieu nous les envoie, usant d’une

1. "La Conférence dite des mardis."

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vigilance particulière à voir, à rechercher & à leur apporter sans délai tout ce qui les pourra contenter, & étant ingénieux à pourvoir à leurs besoins & à les servir ! Nous les édifierons si nous faisons cela. Il faut bien demander cette grâce à Notre-Seigneur ; je prie les prêtres de dire la sainte messe, & nos frères de l’entendre à cette intention.

7. - Extrait d’entretien

SUR L’ŒUVRE DES ORDINANDS

Voici l’ordination qui s’approche ; nous prierons Dieu qu’il donne son esprit à ceux qui parleront à ces messieurs & dans les entretiens & dans les conférences. Surtout chacun tâchera de les édifier par l’humilité & par la modestie 1. Car ce n’est pas par la science qu’ils se gagnent, ni par les belles choses qu’on leur dit ; ils sont plus savants que nous : plusieurs sont bacheliers, & quelques-uns licenciés en théologie, d’autres docteurs en droit, & il y en a peu qui ne sachent la philosophie & une partie de la théologie ; ils en disputent tous les jours. Presque rien de ce qu’on leur peut dire ici ne leur est nouveau ; ils l’ont déjà lu ou ouï ; ils disent eux-mêmes que ce n’est pas cela qui les touche, mais bien les vertus qu’ils voient pratiquer ici. Tenons-nous bas, Messieurs, en la vue d’un emploi tant honorable, comme est celui d’aider à faire de bons prêtres ; car qu’y a-t-il de plus excellent ? Tenons-nous bas à la vue de notre chétiveté, nous qui sommes pauvres de science, pauvres d’esprit, pauvres de condition 2. Hélas ! comment Dieu nous a-t-il choisis pour une chose si grande ? C’est que

Entretien 7. — Abelly, op. cit., L. II, chap. II, sect. IV, p. 228.

2. 1 Corinthiens 6, 26-29.

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pour l’ordinaire il se sert des matières les plus basse, pour les opérations extraordinaires de sa grâce ; comme dans les sacrements, où il fait servir l’eau & les paroles pour conférer ses plus grandes grâces.

Prions Dieu pour ces messieurs ; mais prions Dieu pour nous, afin qu’il en éloigne tout ce qui pourrait être cause qu’ils ne reçussent les effets de l’esprit de Dieu, lequel il nous semble vouloir communiquer à la Compagnie pour cet effet. Avez-vous jamais été en pèlerinage en quelque lieu de dévotion ? Pour l’ordinaire, en y entrant on se sent comme sortir hors de soi, les uns se trouvant tout d’un coup élevés en Dieu, les autres attendris de dévotion, d’autres pleins de respect & de révérence pour ce lieu sacré, & d’autres ont divers bons sentiments. D’où vient cela ? C’est que l’esprit de Dieu est là dedans, qui se fait sentir en ces manières-là. Or, nous devons penser qu’il sera le même céans à l’égard de ces messieurs, si l’esprit de Dieu réside en cette maison.

Il leur faut rendre la morale familière, & descendre toujours dans le particulier, afin qu’ils l’entendent & comprennent bien ; il faut toujours viser là, de faire en sorte que les auditeurs remportent tout ce qu’on leur dit dans l’entretien. Gardons-nous bien que ce maudit esprit de vanité ne se fourre parmi nous, à leur vouloir parler des choses hautes & relevées ; car cela ne fait que détruire, au lieu d’édifier. Or, ils remporteront tout ce qui leur aura été dit à l’entretien, si on le leur inculque après simplement, & qu’on les entretienne de cela seulement, & non d’autres choses, ainsi qu’il est expédient pour plusieurs raisons.

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8. - Extrait d’entretien

SUR L’ŒUVRE DES CONFéRENCES ECCLéSIASTIQUES

S’il y a des personnes au monde qui soient obligées de se servir & de profiter des conférences, il semble que ce sont les prêtres de la congrégation de la Mission, parce que c’est à eux que Dieu s’est adressé pour introduire dans le monde, parmi les ecclésiastiques, cette manière de s’entretenir ainsi sur les vertus particulières. Quand je vins à Paris, je n’avais jamais vu de semblables conférences, au moins sur des vertus propres à son état particulier & pour bien vivre en sa condition ; oui bien, des académies, où l’on conférait de quelques points de doctrine, &, en quelques lieux, des c. as de conscience. Il y a environ cinquante ans que Mgr le cardinal de Sourdis introduisit dans son diocèse de Bordeaux cette manière de traiter de quelques points de la théologie morale, assemblant les curés & les autres prêtres pour leur donner le moyen de s’en mieux instruire, & cela avec succès ; mais sur des vertus propres à son état & entre des ecclésiastiques du clergé comme nous, il ne s’en était point vu jusqu’à nous, ou pour le moins je ne l’ai point vu, ni ouï dire. Il est bien vrai que plusieurs bons religieux sont dans cette sainte pratique, ainsi que les anciens moines y étaient autrefois ; mais, quoi qu’il en soit, c’est à cette chétive congrégation qu’il a plu à Dieu s’adresser en ce siècle pour l’établir au dehors, non seulement comme un antidote propre pour les bons prêtres qui demeurent exposés, pour le service des âmes, à l’air corrompu du monde, mais aussi pour les aider à se perfectionner en leur

Entretien 8. — Abelly, op. cit., l. II, chap. III, sect. II, p. 253.

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profession. C’est donc à la congrégation de la Mission que Dieu a inspiré de s’exciter & de s’affectionner, en la manière que nous le faisons, à l’exercice des vertus par les conférences. On y traite des motifs d’acquérir ces vertus, de leur nature, de leurs actes particuliers, des moyens de les mettre en pratique, & enfin des obligations de notre état, tant envers Dieu qu’envers le prochain. Voilà quelle est la fin de ces conférences. Or, que serait-ce de nous si nous étions les premiers à les négliger ? Quel compte aurions-nous à rendre à Dieu, si nous venions à mépriser des moyens si utiles & si efficaces, que ces anciens Pères & anachorètes embrassaient avec tant d’avidité, ainsi que Cassien le rapporte dans un livre qu’il en a fait ? Il faut que j’avoue par ma propre expérience qu’il n’y a rien de si touchant, rien qui m’attendrisse tant, rien de tout ce que j’entends, que je lis ou que je vois, qui me pénètre à l’égal de ces conférences.

9. - Extrait d’entretien

SUR L’ŒUVRE DES RetRAITES

O Messieurs, que nous devons bien estimer la grâce que Dieu nous fait, de nous amener tant de personnes

pour les aider à faire leur salut ! Il y vient même beaucoup de gens de guerre, &, ces jours passés, il y en avait un qui me disait : "Monsieur, je m’en dois aller bientôt aux occasions, & je désire auparavant me mettre en bon état ; j’ai des remords de conscience, &, dans le doute de ce qui me doit arriver, je viens me disposer à ce que Dieu voudra ordonner de moi." Nous avons

Entretien 9. — Abelly, op. cit., L. II chap. IV, sect. III, p. 277 et suivantes.

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maintenant céans, par la grâce de Dieu, bon nombre de personnes en retraite. O Messieurs, quels grands biens cela ne peut-il pas produire, si nous y travaillons fidèlement ! Mais quel malheur si cette maison se relâche un jour de cette pratique ! Je vous le dis, Messieurs & mes frères ; je crains que le temps ne vienne auquel elle n’aura plus le zèle qui jusqu’à présent lui a fait recevoir tant de personnes à la retraite. Et alors qu’arriverait-il ? Il serait à craindre que Dieu n’ôtât à la Compagnie non seulement la grâce de cet emploi, mais qu’il ne la privât même de tous les autres. On me disait avant-hier que le parlement avait dégradé ce jour-là un conseiller, & que, l’ayant fait venir en la grand’chambre, où toutes les autres étaient assemblées, vêtu de sa robe rouge, le président appela les huissiers & leur commanda de lui ôter cette robe & son bonnet, comme indigne de ces marques d’honneur & incapable de la charge qu’il avait. La même chose nous arriverait, Messieurs, si nous abusions des grâces de Dieu en négligeant nos premières fonctions : Dieu nous les ôterait, comme indignes de la condition où il nous a mis & des œuvres auxquelles il nous a appliques. Mon Dieu ! quel sujet de douleur !

Or, pour nous bien persuader quel grand mal ce nous serait si Dieu nous privait de l’honneur de lui rendre ce service, il faut considérer que plusieurs viennent céans faire leur retraite pour connaître la volonté de Dieu, dans le mouvement qu’ils ont eu de quitter le monde ; & j’en recommande un à vos prières, qui a achevé sa retraite & qui, en sortant d’ici, s’en va aux Capucins prendre l’habit. Il y a quelques communautés qui nous adressent plusieurs de ceux qui veulent entrer chez elles, & les envoient pour faire les exercices céans, afin de mieux éprouver leur vocation avant que de les recevoir ; d’autres viennent de dix, de vingt & de cinquante

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lieues loin exprès, non seulement pour se venir récolliger ici & faire une confession générale, mais pour se déterminer à un choix de vie dans le monde & pour prendre les moyens de s’y sauver. Nous voyons aussi tant de curés & d’ecclésiastiques qui y viennent de tous côtés pour se redresser en leur profession & s’avancer en la vie spirituelle. Ils viennent tous sans se mettre en peine d’apporter de l’argent, sachant qu’ils seront bien reçus sans cela ; & à ce propos, une personne me disait dernièrement que c’était une grande consolation, pour ceux qui n’en ont pas, de savoir qu’il y a un lieu à Paris toujours prêt à les recevoir par charité, lorsqu’ils s’y présenteront avec un véritable dessein de se mettre bien avec Dieu.

Cette maison, Messieurs, servait autrefois à la retraite des lépreux ; ils y étaient reçus, & pas un ne guérissait ; & maintenant elle sert à recevoir des pécheurs, qui sont des malades couverts de lèpre spirituelle, mais qui guérissent, par la grâce de Dieu. Disons plus, ce sont des morts qui ressuscitent. Quel bonheur que la maison de Saint-Lazare soit un lieu de résurrection ! Ce saint, après être demeuré mort trois jours dans le tombeau, en sortit tout vivant 1; & Notre-Seigneur, qui le ressuscita, fait encore la même grâce à plusieurs qui, ayant demeuré quelques jours céans, comme dans le sépulcre de Lazare, en sortent avec une nouvelle vie. Qui est-ce qui ne se réjouira d’une telle bénédiction, & qui n’entrera dans un sentiment d’amour & de reconnaissance envers la bonté de Dieu pour un si grand bien ?

Mais, quel sujet de honte si nous nous rendons indignes d’une telle grâce ! Quelle confusion, Messieurs, & quel regret n’aurons-nous pas un jour si, par notre faute, nous en sommes dégradés, pour être en opprobre devant Dieu & devant les hommes ! Quel sujet d’affliction n’aura pas un pauvre frère de la Compagnie, que

1. Jean 11, 38-44.

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voit maintenant tant de gens du monde venir de toutes parts se retirer un peu parmi nous pour changer de vie, & qui pour lors verra ce grand bien négligé ! Il verra qu’on ne recevra plus personne ; enfin il ne verra plus ce qu’il a vu ; car nous en pourrons venir là, Messieurs, non pas peut-être sitôt, mais à la longue. Quelle en sera la cause ? Si on dit à un pauvre missionnaire relâché : "Monsieur, vous plaît-il conduire cet exercitant pendant sa retraite ?" cette prière lui sera une géhenne ; &, s’il ne s’en excuse pas, il ne fera, comme on dit, que traîner le balai ; il aura tant d’envie de se satisfaire, & tant de peine à retrancher une demi-heure ou environ, après le dîner, & autant après le souper, de sa récréation ordinaire, que cette heure lui sera insupportable, quoique donnée au salut d’une âme & la mieux employée de tout le jour. D’autres murmureront de cet emploi, sous prétexte qu’il est fort onéreux & de grande dépense ; & ainsi les prêtres de la Mission, qui autrefois auront donné la vie aux morts, n’auront plus que le nom & la figure de ce qu’ils ont été : ce ne seront plus que des cadavres, & non de vrais missionnaires ; ce seront des carcasses de saint Lazare 2, & non des Lazare ressuscités, & encore moins des hommes qui ressuscitent les morts. Cette Mission, qui est maintenant comme une piscine salutaire 3, où tant de monde vient se laver, ne sera plus qu'une citerne corrompue 4 par le relâchement & l’oisiveté de ceux qui l’habiteront. Prions Dieu, Messieurs & mes frères, que ce malheur n’arrive pas ; prions la sainte Vierge qu’elle le détourne par son intercession & par le désir qu’elle a de la conversion des pécheurs ; prions le grand saint Lazare qu’il ait agréable d’être toujours le protecteur de cette maison, & qu’il lui obtienne la grâce de la persévérance dans le bien commencé.

2. Cf. XI, 240-241, 13 août 1655 & XII, 91, 6 décembre 1658. - B. K.

10. - Extrait d’entretien

Sur l’œuvre des retraites

Remercions Dieu, mes frères, mille & mille fois de ce qu’il lui a plu choisir la maison de Saint-Lazare pour être un théâtre de ses miséricordes ; le Saint-Esprit y fait une descente continuelle sur les âmes 1. Oh ! qui pourrait voir des yeux du corps cette effusion, combien serait-il ravi ! Mais quel bonheur pour nous autres missionnaires que Saint-Lazare soit un trône des justifications de Dieu, que la maison de Saint-Lazare soit un lieu où se prépare la couche du Roi des rois dans les âmes bien disposées 2 de ceux qui viennent ici faire leur retraite ! Servons-les, Messieurs, non comme de simples hommes, mais comme des hommes envoyés de Dieu. N’ayons aucune acception des personnes 3; que le pauvre nous soit aussi cher que le riche, & même encore davantage, étant plus conforme à l’état de la vie que Jésus-Christ a menée sur la terre. J’en recommande un à vos prières, qui en a un besoin tout particulier ; sans doute il est capable de faire beaucoup de bien, s’il se convertit entièrement à Dieu ; &, au contraire, s’il ne se convertit pas comme il faut, il y a sujet de craindre qu’il ne fasse beaucoup de mal.

11. - Extrait d’entretien

Sur l’œuvre des retraites

Nous avons céans un capitaine qui veut être Chartreux, & qui nous a été envoyé par ces bons Pères pour

Entretien 10. — Abelly, op. cit., L. II, chap, IV, sect. III, p. 282.

3. Romains 2, 11.

Entretien 11. — Abelly. op, cit., L. II, chap. IV, sect. III, p. 283.

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éprouver sa vocation, selon leur coutume. Je vous convie de le recommander à Notre-Seigneur, & en même temps de considérer combien grande est sa bonté, d’aller ainsi prendre un homme, lorsqu’il est engagé fort avant dans un état si contraire à celui auquel il aspire maintenant. Adorons cette miséricordieuse Providence, & reconnaissons que Dieu ne fait point acception des personnes 1, mais qu’il en prend de toutes sortes d’états par son infinie bonté, & qui bon lui semble.

Nous en avons encore céans un autre qui fait profession des armes & qui est pareillement capitaine ; nous en louerons Dieu & le lui recommanderons, aussi bien que l’autre. Vous vous souviendrez encore en vos prières d’un autre, nouvellement converti de la religion prétendue réformée, mais très bien converti ; il travaille & écrit présentement pour la défense de la vérité, qu’il a embrassée, & pourra par ce moyen en gagner d’autres. Nous en remercierons Dieu, & le supplierons qu’il lui. augmente ses grâces de plus en plus.

12. - Extrait d’entretien

Sur l’œuvre des retraites

Nous avions un prêtre, ces jours passés, lequel, étant venu de fort loin pour faire céans sa retraite, me dit d’abord : "Monsieur, je viens à vous, & si vous ne me recevez, je suis perdu." & lorsqu’il s’en alla, il paraissait tellement touché de l’esprit de Dieu, que j’en fus extraordinairement étonné. Trois autres sont partis du fond de la Champagne, s’étant encouragés réciproquement pour venir faire leur retraite à Saint-Lazare.

1. Romains 2, 11.

Entretien 12. — Abelly, op. cit., L. II, chap. IV, sect. III, p. 283.

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O Dieu ! combien y en vient-il de loin & de près, à qui le Saint-Esprit donne ce mouvement ! Mais combien faut-il que la grâce soit forte pour amener ainsi de toutes parts les hommes au crucifiement ! Car la retraite spirituelle est pour crucifier sa chair, afin qu’on puisse dire avec le saint Apôtre : a Je suis crucifié au monde, & le monde m’est crucifié." 1

13. - Extrait d’entretien

SUR LES PENSIONNAIRES, ALIéNéS OU VICIEUX,

ENFERMES A SAINT-LAZARE

Je recommande aux prières de la Compagnie les pensionnaires de céans, tant ceux qui sont aliénés d’esprit, que les autres qui ne le sont pas, & entre les autres, un prêtre qui, ayant été quelque temps dans le délire, en était revenu & se portait mieux, mais, par malheur, y est retombé. Cette maladie lui vient d’un excès de mélancolie qui lui envoie au cerveau des vapeurs âcres, dont il a été tellement affaibli, qu’il est retombé en ce mauvais état. Le pauvre homme sent bien venir son mal, lequel (comme il dit lui-même) commence toujours par une noire mélancolie, dont il lui est impossible de se retirer. Certainement ceux qui sont réduits en cet état sont grandement dignes de compassion. Il est bien vrai qu’ils sont en quelque façon dans un état d’impeccabilité, n’étant pas maîtres de leurs volontés, & n’ayant ni jugement ni liberté. Et en cela ils doivent être estimés bienheureux, si, lorsqu’ils y sont tombés, ils étaient dans la grâce de Dieu ; comme, au contraire, ils sont

1. Galates 6, 14.

Entretien 13. — Abelly, op. cit., l. II, chap. VI, p. 307

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fort à plaindre, si ce mal les a surpris dans l’état de péché mortel.

Les autres que nous avons céans, & qui sont en leur bon sens, mais qui en usent mal, me donnent sujet de dire qu’on voit aujourd’hui dans le monde, parmi les jeunes gens, beaucoup de rébellions & de débauches, qui semblent s’augmenter tous les jours. Il y a quelque temps qu’une personne de condition, qui est des premiers officiers d’une cour souveraine, se plaignait qu’un sien neveu, jeune homme fort débauché, s’était emporté jusqu’à cet excès que de le menacer plusieurs fois de le tuer, s’il ne lui donnait de l’argent ; & un magistrat de la ville lui ayant donné conseil de le mettre à Saint-Lazare, où il y avait un bon ordre pour le mettre à son devoir, il lui répondit qu’il ne savait pas qu’on y reçût ces sortes de gens ; & que, l’ayant remercié de cet avis, il lui avait dit qu’il était à souhaiter qu’il y eût dans Paris quatre maisons semblables à celle de Saint-Lazare, pour empêcher de tels désordres.

Rendons grâces à Dieu, Messieurs, de ce qu’il applique cette communauté à la conduite & des aliénés & des incorrigibles. Nous n’avons pas recherché cet emploi ; il nous a été donné par sa Providence, aussi bien que tous les autres qui sont dans la Compagnie. A cette occasion, je vous dirai que, quand nous entrâmes en cette maison, M. le prieur y avait retiré deux ou trois pauvres aliénés ; & comme nous fûmes substitués en sa place, nous en prîmes le soin & la conduite. En ce temps-là, nous avions un procès, dans lequel il s’agissait si nous serions chassés ou maintenus dans la maison de Saint-Lazare ; & je me souviens que je me demandai pour lors à moi-même : "S’il te fallait maintenant quitter cette maison, qu’est-ce qui te touche & qui te toucherait le plus ? & quelle est la chose qui te donnerait plus de déplaisir & de ressentiments ?" & il me

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semblait, à cette heure-là, que ce serait de ne plus voir ces pauvres gens & d’être obligé d’en quitter le soin & le service.

Mes frères, ce n’est pas si peu de chose que l’on croit, d’être appliqué au soulagement des affligés ; car l’on. fait plaisir à Dieu. Oui, c’est une des œuvres qui lui sont les plus agréables que de prendre soin de ces in sensés ; & elle est d’autant plus méritoire que la nature n’y trouve aucune satisfaction, & que c’est un bien qui se fait en secret & à l’endroit de personnes qui ne nous en savent aucun gré. Prions Dieu qu’il donne aux prêtres de la Compagnie l’esprit de conduite pour ces sortes d’emplois, quand ils y seront appliqués, & qu’il fortifie nos pauvres frères & les anime de sa grâce, pour essuyer les peines & souffrir les travaux qu’ils ont tous les jours autour de ces pensionnaires, dont les uns sont malades de corps & les autres d’esprit, les uns stupides & les autres légers, les uns insensés & les autres vicieux, en un mot, tous aliénés d’esprit, mais les uns par infirmité & les autres par malice ; ceux-là sont ici pour recouvrer leur santé, & ceux-ci pour se corriger de leur mauvaise vie.

Courage donc, mes frères ; savez-vous bien qu’il y a eu autrefois des papes appliqués au soin des bêtes ? Oui, du temps des empereurs qui persécutaient l’église en son chef & en ses membres, ils prenaient les papes & leur faisaient garder les lions, les léopards & les autres bêtes semblables qui servaient au divertissement de ces princes infidèles, & qui étaient comme les images de leur cruauté ; & c’étaient des papes qui avaient soin de ces animaux. 1 Or, les hommes dont vous avez la charge pour les besoins extérieurs ne sont pas des bêtes ; mais

1. Le pape saint Marcel subit cette peine pendant neuf mois." - Cf. infra, 371, 12 novembre 1656; 376, 15 novembre 1656; 415, 25 août 1657.

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ils sont en quelque façon pires que les animaux par leurs déportements & leurs débauches. Cependant Dieu a voulu faire passer ces saints personnages, qui étaient les pères de tous les chrétiens, par ces abaissements &, par ces afflictions extraordinaires, afin qu’ils apprissent par leur propre expérience à compatir aux abjections & aux adversités de leurs enfants spirituels ; car, quand on a ressenti en soi-même des faiblesses & des tribulations, l’on est plus sensible à celles des autres. Ceux qui ont souffert la perte des biens, de la santé & de l’honneur sont bien plus propres pour consoler les personnes qui sont dans ces peines & ces douleurs, que d’autres qui ne savent ce que c’est. Je me ressouviens qu’on me disait un jour d’un grand & saint personnage, qui était d’un naturel ferme & constant, qui avait l’esprit fort, qui ne redoutait rien & n’était guère sujet aux tentations, que, pour cela, il était d’autant moins propre pour supporter les faibles, consoler les affligés & assister les malades, parce que lui-même n’avait jamais passé par ces états.

Vous n’ignorez pas que Notre-Seigneur a voulu éprouver sur lui toutes les misères. "Nous avons un Pontife, dit saint Paul, qui sait compatir à nos infirmités, parce qu’il les a éprouvées lui-même." 2 Oui, ô Sagesse éternelle, vous avez voulu éprouver & prendre sur votre innocente personne toutes nos pauvretés ! Vous savez, Messieurs, qu’il a fait cela pour sanctifier toutes les afflictions auxquelles nous sommes sujets, & pour être l’original & prototype de tous les états & conditions des hommes 3. O mon Sauveur, vous qui êtes la sagesse incréée, vous avez pris & embrassé nos misères, nos confusions, nos humiliations & infamies, à la réserve

2. Hébreux 4, 14. - Cf. aux Filles de la Charité, 18 octobre 1655, S. V. X, 125-126. - B. K.

3. On peut rapprocher ces lignes de l'extrait cité plus loin, en XI, 74, et surtout de Bérulle, Œuvres de controverse, Sur l'Eucharistie , Discours I, 5, édition Migne col. 745, et Opuscules de Piété , XVII et XVIII, édition Migne col. 940-942, édition Cerf tome 3, p. 69-73, spécialement 72; et édition Migne, CXVII, col. 1141, édition Cerf, n° 245, tome 4 p. 187.

Quant au terme de "prototype", nous le trouvons avec un usage moins lerge dans ce que rapporte de Saint François de Sales J. P. Camus dans L'Esprit de Saint François de Sales (1641), XIII, 13, réédition Migne col. 847-848 : "le Fils de Dieu, prototype de toute perfection". Bérulle l’emploie aussi, mais seulement à propos de l’Eucharistie, "prototype de tous les autres mystères", dans le passage déjà mentionné de son Discours sur l’Eucharistie, I, 5, Migne col. 745. - B. K.

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de l’ignorance & du péché ; vous avez voulu être le scandale des Juifs & la folie des Gentils ; vous avez même voulu paraître comme hors de vous. Oui, Notre-Seigneur a bien voulu passer pour un insensé, comme il est rapporté dans le saint évangile, & que l’on crût de lui qu’il était devenu furieux. Exierunt tenere eum ; & dicebant quoniam in furorem versus est. <Ils sortirent pour l'appréhender, & ils disaient qu'il était devenu furieux> 3. Les apôtres mêmes l’ont regardé quelquefois comme un homme qui était entré en colère 4, & il leur a paru de la sorte, tant afin qu’ils fussent témoins qu’il avait compati à toutes nos infirmités & sanctifié nos états d’affliction & de faiblesse, que pour leur apprendre, & à nous aussi, à porter compassion à ceux qui tombent dans ces infirmités.

Bénissons Dieu, Messieurs & mes frères, & le remercions de ce qu’il nous applique au soin de ces pauvres gens, privés de sens & de conduite ; car, en les servant, nous voyons & touchons combien sont grandes & diverses les misères humaines ; & par cette connaissance nous serons plus propres à travailler utilement vers le prochain, nous nous acquitterons de nos fonctions avec d’autant plus de fidélité que nous saurons mieux par notre expérience ce que c’est que souffrir. Cependant je prie ceux qui sont employés auprès de ces pensionnaires d’en avoir grand soin, & la Compagnie de les recommander souvent à Dieu & de faire estime de cette occasion d’exercer la charité & la patience vers ces pauvres gens. 5

4. Marc 3, 12.

5. Les lignes qu'ajoute Abelly appartiennent à la conférence du 6 décembre 1658.

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14. — RéSUMé D’UNE CONFéRENCE

SUR L’EMPLOI D’AUMôNIER AUPRèS D’UN GRAND

Les motifs sont :

1° Parce que l’on parle fort peu de cette matière, qui est très importante.

2° Parce que Dieu peut en être bien glorifié.

3° Parce que la Compagnie dirige beaucoup d’ecclésiastiques.

Ses qualités :

1° Il serait à souhaiter que ce fût un saint, non d’une sainteté consommée, qui n’appartient qu’aux saints consommés, mais d’une solide vertu, non pas telle quelle, ni comme celle d’un néophyte, mais que ce fût un homme bien intérieur.

2° Il faudrait avoir un extérieur bien réglé ; autrement, on serait le jouet de tous les domestiques de la maison.

3° Une grande chasteté.

4° Un grand mépris des honneurs & des richesses ; faire peu de cas de ce que les grands estiment, lesquels d’ordinaire ne respirent qu’honneurs & richesses ; & pour cela ne pas rendre ses services dans l’espérance d’avoir un bénéfice. Il fut rapporté qu’une personne disait que c’était simonie mentale.

5° Une grande prudence ; peu de communications. Je ne rapporterai pas les moyens. Voici ce que M. Vincent dit : "Messieurs, je trouve que nous avons eu raison de nous entretenir sur ce sujet, parce que quelqu’un de la Compagnie peut être choisi de Dieu pour le servir en

Entretien 14. — Recueil de diverses exhortations & lettres de St Vincent aux Missionnaires, p, 16.

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cette qualité. Je bénis Dieu des lumières qu’il a données à ceux qui ont parlé.

"Pour les devoirs, le premier, c’est, à l’égard de soi-même, une grande vigilance sur toutes ses actions, & pour cela être exact au petit règlement de la Compagnie, surtout à l’oraison. Messieurs, on me fit l’honneur de me demander un homme pour servir en cette qualité ; & en ayant proposé un, on me demanda : "Est-ce un homme d’oraison ?" Je l’assurai, & aussitôt on me dit que l’on avait sujet d’espérer toutes sortes de bénédictions, que l’on aimait mieux une grande piété qu’une grande science, qu’il aurait du temps assez pour cela aux heures libres. Se donner à Dieu pour faire une grande estime de son maître & de sa femme ; adorer Dieu en son maître, & en sa maîtresse la sainte Vierge.

Le deuxième devoir, c’est de faire ce que le curé fait envers la paroisse, car c’est proprement le curé. Feu M. Duval croyait qu’aux champs l’aumônier était le curé du seigneur dont il était aumônier." M. Vincent dit que cela s’observait à la cour, que le grand aumônier était le curé de tous ceux de la cour ; telle est l’intention de l’église. Il doit donc faire ce que le curé fait envers ses paroissiens :

"1° Offrir le Saint Sacrifice avec dévotion ; & pour cela, n’être ni trop court, ni trop long, circum circa. Après la messe, faire les révérences accoutumées & faire cela dans l’esprit qu’il faut. Feu notre bon Père de Genève 2 (1), après avoir célébré la messe en présence d’un grand seigneur, fit une grande révérence. Que pensez-vous, Messieurs, à quoi pensait notre bienheureux ? Il n’avait garde de penser à des civilités & des compliments mondains, mais il adorait la seigneurerie de Dieu en ces personnes.

2 (1). "Saint François de Sales."

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"2° Instruire. Faire l’instruction en public serait une chose bonne ; mais d’ordinaire cela ne réussit pas, d’autant que la plupart vont à leurs affaires ; mais c’est de gagner les serviteurs, marmitons, & les prendre en particulier pour les instruire. A table, il doit donner la bénédiction, à moins qu’il ne s’y trouvât quelqu’ecclésiastique de qualité qui le fît. Si le maître trouve bon qu’il parle pendant le dîner, il doit le faire. Quelques uns ne le trouvent pas à propos ; d’autres si, quand il s’agit de quelque matière qui regarde l’état ecclésiastique, ou qu’on demande son avis sur quelque chose.

"Ensuite il doit dîner avec le maître d’hôtel ; là il se met à table après lui ; la coutume a prévalu pour ce désordre. Il doit être ici un grand exemple de vertu, de retenue, ne pas reprendre beaucoup pour de petites choses & même faire un peu la sourde oreille ; ne pas trop élever quelquefois les yeux au ciel ; & si d’aventure il entendait, par exemple, que Dieu est injuste, il doit, dans ces rencontres, prendre la parole ; mais, hors ce cas, attendre en particulier à reprendre ces personnes-là, car de le faire sur le champ, d’ordinaire ce sont des gens bien ferrés, le diable se fourre là dedans, & on y gagne fort peu ; mais ce qu’il faut faire, c’est de gagner le maître d’hôtel d’avance & lui faire reconnaître l’obligation qu’il a par sa charge d’empêcher le mal ; la reine a choisi un homme exprès pour cela.

"Il doit aussi entretenir le maître & son épouse dans une grande union & dans un grand amour. Il doit avertir quelquefois, s’il sent que le maître a confiance en lui ; sinon, faire avertir par le curé ; s’il se glissait quelque désordre, par le confesseur, par le directeur, quelquefois par lui-même.

"Il y a eu, Messieurs, un aumônier qui, sachant de bonne part que son maître avait dessein de s’aller battre en duel, cet aumônier, après avoir célébré la

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sainte messe, & lorsque tout le monde se fut retiré, s’alla jeter aux pieds de son maître, qui était à genoux, & là il lui dit : "Monsieur, permettez qu’en toute humilité je vous dise un mot : je sais que vous avez dessein de vous aller battre en duel ; je vous dis, de la part de mon Dieu, que je viens de vous montrer & que vous venez d’adorer, que, si vous ne quittez pas ce mauvais dessein, il exercera sa justice sur vous & sur toute votre postérité."

"Cela dit, l’aumônier se retira." 2

15. - AVIS A DE JEUNES éTUDIANTS

RéCEMMENT SORTIS DU SéMINAIRE INTERNE

Le passage du séminaire aux études est un passage très dangereux, auquel plusieurs font naufrage ; & s’il y a aucun temps auquel on doive prendre garde à soi, c’est celui des études ; car il est très périlleux de passer d’une extrémité à l’autre, comme le verre qui passe de la chaleur du fourneau en un lieu froid court le risque de se casser ; & par ainsi, il importe grandement de se maintenir dans sa première ferveur, pour conserver la grâce que l’on a reçue & pour empêcher la nature de prendre le dessus. Si, à chaque fois que nous éclairons notre entendement ; nous tâchons aussi d’échauffer notre

3 (2)." Saint Vincent aurait ajouté, d’après Abelly, op. cit., t. I, p. 30, & p. 55 de Pémartin" <dit M. Coste>: "& en cela vous remarquerez, s’il vous plaît, le temps opportun qu’il prit & les termes dont il usa, qui sont les deux circonstances qu’il faut particulièrement observer en telles occasions."

M. Coste fait erreur : Abelly a cessé de mettre les guillemets après "se retira", il n’attribue donc pas du tout cette phrase à M. Vincent, il présente bien cela comme un réflexion personnelle. Puis M. Coste ajoute, & c’est exact :

"L’aumônier n’est autre que saint Vincent lui-même, alors dans la maison des Gondi. Le général des galères voulait venger un de ses proches parents, tué en duel par un seigneur de la cour. Il pensait qu’il y allait de son honneur, &, par une dévotion mal placée, il était venu assister à la messe de son aumônier pour implorer l’aide de Dieu. ébranlé par la parole du saint, il renonça généreusement à son projet. Le sacrifice était dur. Un voyage sur ses terres & l’éloignement du meurtrier, qui dut partir en exil, achevèrent de le calmer."

Entretien 15. — Abelly, op. cit., L. III, chap. XXIV, sect. I, p, 342.

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volonté, assurons-nous que l’étude nous servira de moyen pour aller à Dieu, & tenons pour une maxime indubitable qu’à proportion que nous travaillerons à la perfection de notre intérieur, nous nous rendrons plus capables de produire du fruit envers le prochain. C’est pourquoi, en étudiant pour servir les âmes, il faut avoir soin de remplir la sienne de piété, aussi bien que de science, &, pour cet effet, lire des livres bons & utiles, & s’abstenir de la lecture de ceux qui ne servent qu’à contenter la curiosité ; car la curiosité est la peste de la vie spirituelle. C’est par la curiosité de nos premiers parents que la mort, la peste, la guerre, la famine & les autres misères sont entrées dans le monde ; & par conséquent nous devons nous en donner de garde comme d’une racine de toutes sortes de maux.

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