Correspondance (page 2)

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. — 4.

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sionem, per se vel per alium seu alios, dictarum congregationum nomine, libere apprehendere et perpetuo retinere, fructus quoque, reditus et proventus, jura, obventiones et emolumenta quaecumque eorumdem percipere, exigere, levare, recuperare ac in dictarum congregationum usus et utilitatem convertere, Dioecesani loci vel cujusvis alterius licentia desuper minime requisita, et etiam perpctuo applicare.

Et ad augendam ndelium devotionem animarumque saluti consulendum, et ut christifideles ad hujus Instituti exercitium animentur atque mnitentur, supplicanl Sanctitatem Vestram dicti oratores ut placeat illis concedere omnes facultates quas solita est conœdere religiosis et sacerdotibus saecularibus quos Sua Sanctitas mittit in Missiones in partes inlctdelium :

Scilicet potestatem apostolicam concionandi, catechisandi, excipiendi confessiones, instituendi confraternitatem Charitatis ubique locorum, semper sub beneplacito Reverendissimorum Dominorum Episcoporum; Potestatem absolvendi ab omnibus censuris ecclesiasticis et dispensandi de irregularitatibus occllltis, commutandi vota et absolvendi ab omnibus casibus Vestrae Sanctitati reservatis etiam in Bulla Coenae Domini ;

Potestatem quoque dictis missionariis legendi libros haereticorum et absolvendi ab haeresi, applicandi plenariam indulgentiam omnibus qui instituunt confessiones generales iisdem missionariis et aliis ecclesiasticis qui ad missiones ab illis assumentur ;

Instituendi orationem quadraginta horarum in locis in quibus expedire credent, et applicandi plenariam indulgentiam iis qui, ea durante, confitebuntur et sacram Eucharistiam sument Celebrandi sacrum Missae sacrificium super altaria portatilia, celebrandi etiam hora ante auroram et post meridiem ;

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Moderandi et remittendi restitutiones debitas propter incursam simoniam ;

Benedicendi ornamenta Ecclesiae.

L. Callon, F. du Coudray, A. Portail, J. de la Salle, J. Bécu, A. Lucas, J. Brunet, J. Dehorgny, Vincent Depaul 12,

27. — A LOUISE DE MARILLAC

Oui enfin, ma chère demoiselle, je le veux bien. Pourquoi non ? puisque Notre-Seigneur vous a donné ce saint sentiment. Communiez donc demain et vous préparez à la salutaire revue que vous vous proposez, et après cela vous commencerez les saints exercices (1) que vous vous êtes ordonnés. Je ne saurais vous exprimer combien mon cœur désire ardemment voir le vôtre pour

12). Le personnel de la congrégation naissante Comprenait encore Jacques Régnier, reçu au mois d’août 1627 et ordonné prêtre en 1631 deux frères coadjuteurs et peut-être Robert de Sergis, reçu au mois de juin 1628. Jacques Régnier ne signa pas la supplique, très probablement parce qu’il n’était pas encore prêtre, ni sur le point de le devenir. — Nous nous contenterons de donner la traduction de la supplique du 1er août, qui ne diffère de celle-ci que par deux courtes additions et des modifications de pure forme.

Lettre 27. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

Cette lettre est tout entière reproduite par Abelly, qui la fait précéder de ces mots : "Cette fidèle servante de Jésus-Christ se sentit fortement touchée en ses oraisons de s’adonner au service des pauvres ; sur quoi ayant demandé l’avis de M. Vincent, il lui fit cette réponse." (op. cit., t. I, chap. XXIII, p. 105.)

Mgr Baunard (La Vénérable Louise de Marillac, Paris, 1898 in-80, p. 43, note 1) pense qu’Abelly se trompe La lettre serait, d’après lui, un simple encouragement aux exercices d’une retraite, que devait accompagner une confession générale. Nous sommes plutôt de l’avis d’Abelly. S’il n’y avait eu en Louise de Marillac que le désir de faire une retraite et une revue de sa vie, saint Vincent ne lui aurait pas répondu : "Je ne saurais vous exprimer combien mon cœur désire ardemment voir le vôtre pour savoir comme cela s’est passé en lui" et "Oh ! quel arbre vous avez paru aujourd’hui aux yeux de Dieu, puisque vous avez produit un tel fruit !" Il s’agit, semble-t-il, d’une grave résolution que venait de prendre Louise de Marillac. L’explication d’Abelly est plus naturelle ; nous l’adoptons.

1). Les exercices de la retraite.

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savoir comme cela s’est passé en lui, mais je m’en veux bien mortifier, pour l’amour de Dieu, auquel seul je désire que le vôtre soit occupé.

Or sus, je m’imagine que les paroles de l’Evangile de ce jour (2) vous ont fort touchée. Aussi sont-elles pressantes au cœur aimant d’un parfait amour. Oh ! quel arbre vous avez paru aujourd’hui aux yeux de Dieu, puisque vous avez produit un tel fruit ! A jamais puissiez-vous être un bel arbre de vie produisant des fruits d’amour, et moi, en ce même amour, votre serviteur.

28. — AU PAPE URBAIN VIII

Sanctissimo Patri Nostro Papae.

Supplicant humiliter… et supradictae dominae con

2.) Cette lettre a été écrite le septième dimanche de la Pentecôte, car c’est ce jour-là qu’on lit, à la messe, l’évangile du bon et du mauvais arbre. D’autre part, on peut conjecturer que Louise de Marillac prit la résolution de se consacrer au service des pauvres avant de se donner à saint Vincent pour la visite des confréries de la Charité, par conséquent avant le 6 mai 1628. Ces deux remarques nous portent à penser que la lettre ci-dessus pourrait bien être du 30 juillet 628.

Lettre 28. — L. s. — Arch. de la Propagande, III, Lettere di Francia, Avignone e Suizzera, 1628, n° 130, f°36, ancien 60, original sur parchemin. Nous devons encore la découverte de ce document à M. Jean Parrang. Tandis qu’on étudiait sa première supplique à Rome, saint Vincent, profitant peut-être des avis de personnes doctes et amies, la revoyait et la corrigeait. Si l’on excepte deux additions, que nous signalerons en leur place, le nouveau texte ne diffère du précédent que par des modifications de pure forme. Le nonce l’envoya, le 15 août 1628, au cardinal-préfet de la Propagande, avec une lettre de recommandation. Les raisons données par cette congrégation, le 22 août, pour le rejet de la précédente requête atteignaient celle-ci. Aussi saint Vincent apprit-il sans étonnement qu’elle était rejetée à son tour. D’après une note, le jugement fut rendu le 25 septembre. Si le procès-verbal de la réunion tenue ce jour-là n’en fait pas mention, cela tient probablement à ce qu’il n’y eut pas de délibération sur ce sujet, la seconde demande étant virtuellement repoussée par les considérants de la décision prise contre

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fessario, urbium incolas omni auxilio spirituali celebrium doctorum proborumque religiosorum qui in iisdem civitatibus morantur, sufficienter adjuvari, solum populum rure degentem ignorantia et paupertate oppressum iisdem auxiliis quibus alii in urbibus abundant, destitui, proptereaque eumdem populum... deponere non audent; huic tam ingenti malo remedium aliquod adhiberi posse arbitrati sunt supranominati, si missiones quae tunc in oppidis et pagis intra eorum dominia contentis a dicto Vincentio cum aliis ecclesiasticis probitate et doctrina conspicuis factae sunt, sub beneplacito et obtenta facultate a Reverendissimis DD. ipsorum locorum Episcopis, continuarentur. Quod adeo feliciter, cognito et praesentia sua comprobato fructu et emolumento ad gloriam Omnipotentis Dei emergenti ex confessionibus generalibus d,e integra vita, quas multa oppida et pagi integri amplexi sunt, cum emendatione vitae et meliore fruge in posterum, imo etiam conversione quorumdam haereticorum, successit, ut supramemorati domini Emmanuel et Francisca, hoc pium opus missionum perpetuum reddere cupientes, eleemosynam quadraginta quinque [millium] francorum in sustentationem et alimoniam aliquot saoerdotum, qui, relictis gradibus et ecclesiasticis quae in urbibus haberi solent officiis, imo spe ad illa in posterum rejecta, simul habitare, necnon in congregatione vivere salutique pauperis populi rusticani ex professo incumbere vellent,

* la première. Saint Vincent n’était pas homme à se décourager. Il attendit, réfléchit, prépara une autre requête, que nous n’avons plus, fit agir des personnages influents et obtint enfin, le 12 janvier 1632, tout ce qu’il souhaitait.

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sub directione dicti Vincentii de Paulo supplicantis, largiti sint, anno Domini millesimo sexœntesimo vigesimo quinto.

Qua fundatione a Reverendissimo D. Domino Archiepiscopo Parisiensi approbata et confirmata, supradictus Vincentius de Paulo, ab eodem superior constitutus, associavit et aggregavit sibi supramemoratos sacerdotes, qui, ut facilius utiliusque bono animarum ruri degentium intendere valerent, prius relictis beneficiis quibus quidam illorum fruebantur et aliis conditionibus quarum munere fungentes in urbibus retinebantur, simul congregati sunt in societatem sacerdotum Missionis aut Missionariorum sic nuncupatorum, in qua vivunt sub directione dicti Vincentii de Paulo, toti incumbentes in salutem populi ruri commorantis; quo se conferunt de oppido in oppidum, de pago in pagum transeuntes, et, conciones exhortationesque ad populum habendo, edocent unumquemque, publice et privatim catechisando, circa mysteria fidei ad salutem necessaria... terminant lites, odia sedant, dissidia et inimicitias conciliant, confraternitatem Charitatis ad subveniendum saluti corporis et animae pauperum morbo detentorum, ubi neœssitas expetit, instituunt; haecque omnia pia opera jam non modo in pagis et oppidis ad dominum et dominam fundatores pertinentibus quae loca singulis quinquenniis adire, ibique praedicta officia exercere tenentur, verum etiam in multis aliis partibus hujus regni Franciae felici sucoessu exercent, adjuvante Dei gratia, ut in archiepiscopatibus Parisiensi et Senonensi, in dioecesibus Catalaunensi... et incrcdibili omnium satisfactione; quae omnia pia opera semper suscipiunt sumptibus et impensis dictae congregationis, quae nullam laborum suorum mercedem et compensationem temporalem recipit aut expectat.

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Quapropter, Sanctissime Pater, et quia perpetuitas hujus pii operis ad salutem et conversionem proximi multum conferre videtur, placeat Sanctitati Vestrae... propriae perfectioni et saluti incolarum ruri degentium totaliter incumbere, eundo de pago in pagum, illicque concionando, catechisando, ad anteactae totius vitae conscientiae onus deponendum inducere, poenitentium confessionem generalem excipere, parvulos ad sacrosanctae synaxis primam susoeptionem dignanter instruere, necnon, ut necessitati pauperum aegrotantium subveniatur, confraternitatem Charitatis instituere, et hoc gratis, nec susceptis directe aut indirecte muneribus (1) cum plena et omnimoda facultate... summopere expedito, praedictam congregationem hujusmodi... personarum et bonorum spiritualium et temporalium... tum circa admissionem, numerum, aetatem... instructionem et disciplinam, correctionem, exercitia, modum et formam divinorum officiorum... et alia ipsis congregationibus utilia atque necessaria, quaecumque statuta, ordinationes et capitula licita et honesta... Omnesque alias ad instar supradictae canonice erigendas congregationes ab ipsa Parisiensi et a dicto praeposito generali... Dictosque praepositum, presbyteros et quascumque personas dictae congregationis a jurisdictione suorum Ordinariorum liberare, a Sancta Sede Apostolica dependere placeat Sanctitati Vestrae; ita nihilominus ut dictae personae Reverendissimis Dominis Episcopis et Dioecesanis suae residentiae circa missiones obedire teneantur, etiam quocumque et ad quoscumque eos mittent... novas vires requiret, reservata tamen electione mittendorum ipsorum presbyterorum superiori domus necnon reservata praeposito dictae congregationis potestate instituendi superiores et offi-

1). Ces huit lignes, de eundo de pago a muneribus manquent dans la supplique de juin.

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ciales in aliis etiam congregationibus erigendis eosque deponendi, inhabiles vero ab ipsis congregationibus expellendi, itemque dictos presbyteros et alios transferendi de una domo in aliam, sicut et accersendi eos quocumque in loco aut quacumque in domo fuerint, si mandatum Vestrae Sanctitatis ad aliquam Missionem aut necessitas quaedam istud postulaverit (2).

Et postremo eisdem congregationibus, ex nunc prout postquam institutae et erectae fuerint... tam per dictum dominum Gondium et dictam dominam Franciscam Margaritam de Silly, fundatores... ita quod dicto Vincentio... libere apprehendere liceat et perpetuo retinere... vel cujusvis alterius llcentia mlnime requisita, et etiam perpetuo applicare.

Et ad augendam iidelium devotionem animarumque saluti consulendum, utque christifideles... dicti oratores ut sibi placeat illis elargiri omnes facultates quas solita est concedere religiosis et sacerdotibus saecularibus quos Sua Sanctitas ad partes Infidelium in missionem mittit:

Potestatem Apostolicam scilicet concionandi, catechisandi, excipiendi confession.es, confraternitatem Charitatis ubique locorum instituendi, semper tamen sub beneplacito Reverendissimorum DD. Episcoporum ;

Absolvendi ab omnibus censuris ecclesiasticis et dispensandi de irregularitatibus occultis, commutandi vota et absolvendi ab omnibus casibus Vestrae Sanctitati etiam in Bulla Cænae Domini reservatis ; Disputandi contra haereticos, conversos ab haeresi absolvendi, eorum libros legendi, applicandi plenanam indulgentiam omnibus confessionem generalem facientibus, idque non modo missionariis, sed etiam ecclesias

2). Ce passage, depuis reservata tamen electione, est spécial à cette seconde supplique ; il en est vraisemblablement l'unique raison d'être, les autres changements étant tous de peu d'importance.

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ticis qui ad missiones ab illis in casu necessitatis assumuntur ;

Instituendi orationem quadraginta horarum...;

Sacrum Missae sacrificium super altaria portatilia celebrandi, etiam ante auroram et post meridiem ;

Moderandi et remittendi restitutiones debitas propter incursam simoniam ;

Benedicendi ornamenta Ecclesiae.

J. DE LA SALLE, J. BECU, DU COUDRAY, A. PORTAIL,

CALLON, J. DEHORGNY, J. BRUNET, A. LUCAS, VINCENT DEPAUL.

Datum Parisiis, in collegio Bonorum-Puerorum, prima die augusti, Domini anno millesimo sexcentesimo vigesimo-octavo.

TRADUCTION

A notre très Saint Père le Pape,

Vincent de Paul, supérieur des prêtres de la Mission fondée à Paris, maître Louis Callon, docteur en Sorbonne, Antoine Portail, François du Coudray, Jean de la Salle, Jean Bécu, Antoine Lucas, Joseph Brunet et Jean Dehorgny, des diocèses de Dax, Rouen, Arles, Amiens, Paris, Clermont et Noyon, présentent leurs humbles supplications et exposent les faits suivants :

Philippe-Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, marquis des îles d’Or, chevalier des deux ordres, conseiller du roi, capitaine de cinquante hommes d’armes, lieutenant général pour le roi de France ès mers du Levant, intendant général des galères royales, reçu récemment dans la congrégation de l’Oratoire de Jésus en la ville de Paris, et feu dame Françoise-Marguerite de Silly, alors son épouse, baronne de Montmirail, Trosnay et autres lieux, ayant considéré attentivement depuis plusieurs années avec ledit Vincent de Paul, alors leur aumônier et confesseur de ladite dame, que les habitants des villes étaient suffisamment pourvus de tout secours spirituel par les docteurs distingués et les religieux de bonne vie établis en icelles, alors que les pauvres gens des champs, privés

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de ces mêmes secours, si abondants dans les villes, restent dans l’ignorance et la pauvreté, ignorant, jusque dans leur vieillesse, les mystères de la foi nécessaires au salut, et malheureusement meurent souvent dans les péchés de leur jeunesse, pour avoir eu honte de les découvrir à des curés ou à des vicaires qui leur sont connus et familiers ; ce considéré, pour remédier à un si grand mal, les susnommés ont pensé que les missions données jusqu’ici dans les bourgs et les villages situés sur leurs terres par ledit Vincent et d’autres ecclésiastiques connus pour leur probité et leur doctrine, sous le bon plaisir et avec le consentement des Révérendissimes Seigneurs évêques de ces mêmes lieux, devaient être continuées.

Grâce aux confessions générales, dont la pratique, répandue en bien des bourgs et villages à la gloire de Dieu tout-puissant, a provoqué le retour d un grand nombre à la vertu et même la conversion de quelques hérétiques, et fait espérer davantage pour l’avenir, les missions ont été couronnées de tant de succès que lesdits seigneurs Emmanuel et Françoise, témoins de ces heureux fruits et désireux de perpétuer l’œuvre salutaire des missions, ont donné 45.000 francs en l’an du Seigneur 1625 pour l’entretien et subsistance de quelques prêtres résolus à vivre ensemble et à s’unir en congrégation, après avoir quitté, avec les titres et les emplois ecclésiastiques qu’on a d’ordinaire dans les villes, l’espoir même de s’en procurer à l’avenir, et cela, pour faire profession de s’adonner, sous la direction dudit Vincent de Paul, au salut des pauvres gens des champs.

Cette fondation ayant été approuvée et confirmée par le très Révérend Seigneur archevêque de Paris, le susdit Vincent de Paul, établi supérieur par ce même archevêque, s’est associé et agrégé les prêtres susnommés, lesquels, pour se livrer plus facilement et plus utilement au bien spirituel des habitants des campagnes, ont renoncé aux bénéfices dont plusieurs avaient la jouissance dans les villes, et à d’autres charges qui les y retenaient, se sont réunis et forment ensemble la société connue sous le nom de Prêtres de la Mission ou de Missionnaires, pour s’appliquer entièrement sous la direction dudit Vincent de Paul, au salut des gens de la campagne, allant de bourg en bourg, de village en village, prêchant, exhortant, enseignant et en public et en particulier les mystères de la foi nécessaires au salut, que la plupart ignorent complètement, disposant les fidèles à faire une confession générale de toute la vie les entendant au tribunal de la Pénitence. convertissant les hérétiques, mettant fin aux procès, apaisant les haines, les discordes et les inimitiés, établissant la confrérie de la Charité où elle est nécessaire, pour le bien corpo-

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rel et spirituel des pauvres malades. Ils remplissent leur pieux ministère avec grand succès, Dieu aidant, non seulement dans les bourgs et les villages situés sur les terres desdits seigneur et dame fondateurs (terres qu’ils doivent évangéliser tous les cinq ans), mais encore dans beaucoup d’autres parties de ce royaume de France, comme dans les archevêchés de Paris et de Sens, dans les évêchés de Châlons, en Champagne, de Troyes, Soissons, Beauvais, Amiens et Chartres, où ils exercent leurs emplois pour le plus grand bien du pauvre peuple, au grand contentement des très Révérends Seigneurs archevêques et évêques et à la satisfaction incroyable de tous, aux frais et dépens de ladite congrégation, ne recevant et n’attendant aucune récompense ou compensation temporelle.

Pour ces motifs, très Saint Père, et, parce que la perpétuité de cette pieuse entreprise paraît très utile au salut et à la conversion du peuple, plaise à Votre Sainteté approuver et confirmer ladite congrégation, et, autant que besoin est. l’ériger de nouveau, répandre sur elle Votre bénédiction et nommer ledit Vincent instituteur et supérieur général desdits prêtres, de ceux qui désirent s’adjoindre à eux et des personnes indispensables pour vaquer aux emplois domestiques dans la congrégation, dite de le Mission, à laquelle ils s’unissent pour mener ensemble la vie commune, à l’exemple des religieux, se mettre humblement et pieusement au service du Très-Haut, tendre avant tout et de toutes leurs forces à procurer leur propre perfection et le salut des pauvres gens des champs, allant de village en village pour les prêcher, les catéchiser, les exhorter à décharger leur conscience du poids des péchés de toute leur vie, entendre leur confession générale, préparer dignement les enfants à s’approcher pour la première fois de la sainte table, établir des confréries de la Charité pour le soulagement des pauvres malades, tout cela à leurs dépens et sans rien accepter des présents qu’on pourrait leur faire directement ou indirectement.

Daigne Votre Sainteté accorder à ce même Vincent, que Mgr l’archevêque de Paris a déjà choisi pour cette œuvre et que les seigneurs fondateurs ont désiré, permission pouvoir et autorité pleine et entière d’établir ladite congrégation tant en la ville de Paris qu’en toutes les autres cités, bourgs, terres et lieux où les évêques la demanderont, et là seulement, notifier et imposer. en vue de procurer l’heureux état et bon gouvernement des personnes et des biens spirituels et temporels de cette même congrégation et des maisons que l’on établira, et avec le désir de les soumettre à l’approbation et confirmation du Saint-Siège tous statuts, règlements et ordonnances licites, honnêtes et conformes aux saints Canons aux

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Constitutions apostoliques et aux décrets du concile de Trente, obligatoires pour le supérieur, les prêtres, officiers, ministres et coadjuteurs des maisons, sous les peines à intervenir, et portant sur l’admission, le nombre, l’âge et les qualités de ceux qui seront reçus et admis dans cette congrégation, l’instruction, le gouvernement, la correction et les exercices, le mode et la forme des divins offices, des prières, des oraisons et autres suffrages à réciter, et toutes autres choses utiles et nécessaires.

Que Votre Sainteté veuille bien accorder encore audit Vincent plein pouvoir de corriger, limiter, modifier et retoucher les règles, quand elles seront faites, publiées et édictées, toutes les fois que les dispositions et les changements des personnes, des choses et des temps le demanderont, comme il pourra paraître bon, de faire et établir de nouvelles règles, d’en imposer l’observance et la pratique et de faire et exécuter toutes choses générales et particulières qui se font et s’exécutent ordinairement en vertu du droit ou de la coutume, d’un privilège ou autrement, par les fondateurs ou les supérieurs, même généraux, des congrégations semblables et des ordres approuvés, quels qu’ils soient.

Plaise à Votre Sainteté approuver et confirmer, de son autorité et pour toujours, dès maintenant, que les maisons qui seront érigées ailleurs, en quelque lieu que ce soit, à l’instar de la maison susdite, par la maison de Paris et ledit supérieur général, dépendent d’eux en toutes choses.

Plaise à Votre Sainteté exempter le supérieur, les prêtres susdits et tous les membres de ladite congrégation de la juridiction de leurs Ordinaires et les faire dépendre du Saint-Siège apostolique, de telle sorte néanmoins que lesdites personnes soient tenues, en ce qui regarde les missions, d’obéir aux très Révérends Seigneurs évêques et Ordinaires de leur résidence, d’aller où et vers qui ils seront envoyés, sans excuse ni prétexte, sauf pourtant le cas de maladie ou de fatigue excessive, provenant d’un travail antérieur et nécessitant quelque repos pour reprendre de nouvelles forces, toute liberté étant laissée au supérieur de la maison de choisir les missionnaires pour les missions, et au supérieur général de nommer et déposer les supérieurs et les officiers, même dans les maisons qui seront fondées dans la suite, de renvoyer de ces maisons ceux qui ne sont pas aptes, de transférer lesdits prêtres et autres d’une maison dans une autre et de les rappeler, en quelque lieu ou en quelque maison qu’ils soient, si Votre Sainteté l’autorise, pour une mission, ou si quelque nécessité l’exige.

Enfin qu’il soit permis, dès maintenant, à ces mêmes maisons, pour le jour où elles seront établies et érigées (comme il a été dit

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ci-devant), d’accepter pour leur dotation, pour l’entretien dudit Vincent, du supérieur général et des prêtres qui les composeront, et pour les aider à supporter les charges qui leur incomberont, toutes choses en général et en particulier, ressources, biens, fruits, revenus et dons, déjà faits et encore à faire soit par ledit seigneur de Gondi et ladite dame Françoise-Marguerite de Silly, fondateurs, soit par les autres fidèles, pour être distribués, donnés et accordés auxdites maisons, de quelque manière que ce soit.

Qu’il soit permis audit Vincent et à tout autre supérieur général et aux prêtres qui font partie desdites maisons d’accepter librement, au nom desdites maisons, par lui-même, par un autre ou par d’autres, la possession corporelle, réelle et actuelle de tous ces biens et d’en garder à perpétuité les fruits, revenus et produits, d’en percevoir, exiger, lever, et récupérer les droits, revenus et intérêts, de les employer pour l’usage et l’utilité desdites maisons et même de les leur appliquer à perpétuité sans qu’il soit nécessaire de se munir de la permission de l’évêque du lieu, ou de tout autre.

Et pour augmenter la dévotion des fidèles, procurer le salut des âmes et porter les chrétiens à suivre les exercices donnés par les membres de cet Institut, lesdits prêtres supplient Votre Sainteté qu’elle ait pour agréable de leur accorder tous les pouvoirs qu’elle a coutume d’accorder aux religieux et aux prêtres séculiers que Sa Sainteté envoie en mission dans les pays infidèles, à savoir le pouvoir apostolique :

De prêcher, catéchiser, entendre les confessions, instituer la confrérie de la Charité en tous lieux, toujours cependant sous le bon plaisir de nos très Révérends Seigneurs évêques ;

D’absoudre de toutes les censures ecclésiastiques et de dispenser des irrégularités occultes, de commuer les vœux et d’absoudre de tous les cas réservés à Votre Sainteté, même des cas marqués dans la Bulle in caena Domini ;

De disputer contre les hérétiques, d’absoudre ceux qui abjurent leurs erreurs, de lire les livres des hérétiques, d’appliquer l’indulgence plénière à tous ceux qui font une confession générale (pouvoirs demandés même pour ceux qui aideront les missionnaires en cas de besoin) ;

D’établir l’oraison des Quarante-Heures dans les lieux où ils le jugeront utile et d’appliquer l’indulgence plénière à ceux qui pendant ce temps se confesseront et communieront ;

De célébrer le saint sacrifice de la messe sur des autels portatifs, même avant l’aurore et après midi ; de diminuer ou de remettre entièrement les restitutions dues pour avoir encouru la simonie ;

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De bénir les ornements d’église.

J. de la Salle, J. Bécu, du Coudray, A. Portail, Callon, J. Dehorgny, J. Brunet, A. Lucas, Vincent Depaul.

Donné à Paris, au collège des Bons-Enfants, le premier jour du mois d’août, l’an du Seigneur mil six cent vingt-huit.

29. — A LOUISE DE MARILLAC

[Entre 1626 et mai 1629 (1)]

Vous avez tort, ma chère fille, de penser que j’ai eu opinion que vous n’agréiez point la proposition de la demoiselle, pource que je n’y ai point pensé ; et je n’y ai point pensé, pource que je suis assuré que vous voulez et ne voulez ce que Dieu veut et ne veut, et que vous n’êtes en état de vouloir et ne vouloir que ce que nous vous dirons qu’il nous semble que Dieu veut et ne veut. Dites donc votre coulpe de cette pensée et ne lui donnez jamais entrée à l’avenir. Tâchez à vivre contente parmi vos sujets de mécontentement et honorez toujours le non-faire et l’état inconnu du Fils de Dieu. C’est là votre centre et ce qu’il demande de vous pour le présent et pour l’avenir, pour toujours. Si sa divine Majesté ne vous fait connaître, de la manière qui ne peut tromper, qu’il veut quelqu’autre chose de vous, ne pensez point et n’occupez point votre esprit en cette autre chose-là. Rapportez-vous-en à moi ; j’y pense assez pour tous deux.

Mais passons au petit frère Michel. Certes, ma chère fille, cela me touche ; ses souffrances me sont sensibles. et celles que vous avez pour l’amour de lui aussi. Oh bien ! tout est pour le mieux.

Lettre 29. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Nous voyons par le contenu de la lettre que Louise de Marillac n’était pas encore fixée sur sa vocation et que la congrégation de la Mission était presque à ses débuts.

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Que vous dirai-je maintenant de celui que votre cœur chérit tant en Notre-Seigneur ? Il se porte un peu mieux, si me semble, mais toujours avec quelque petit sentiment de ses petits frissons. Au reste, l’on lui propose et l’on le presse d’aller à Forges (2) et de partir demain, et M. le médecin le conseille, si une occasion d’aller en carrosse qui se présente, n’arrive autrement. Certes, ma chère fille, et cela me pèse plus que je ne saurais vous exprimer, qu’il faille tant faire pour une pauvre carcasse. Mais, si je ne le fais, nos Messieurs (3) se plaindront de moi, qui m’en pressent fort, pource qu’on leur a dit que ces eaux minérales m’ont profité les années passées en pareilles maladies. Enfin, je me suis proposé de me laisser faire en la manière qu’il me semble que notre bienheureux Père (4) le ferait. Si je pars donc, je vous dis adieu, ma chère fille, et me recommande à vos bonnes prières, et à vous de vous tenir en l’état ci-dessus. Vous ne direz point ceci à personne, s’il vous plaît, pource que je ne sais point si la chose réussira. Mon cœur n’a pu le celer au vôtre, non plus qu’à celui de notre Mère de Sainte-Marie et à celui de Mademoiselle du Fay.

2). Forges-les-Eaux, bourg situé à six lieues de Neufchâtel (Seine-Inférieure). Cette localité possède trois sources d’eaux minérales ferrugineuses que l’on dit très toniques et très efficaces contre les engorgements abdominaux et les hydropisies. Louis XIII, la reine Anne d’Autriche et le cardinal Richelieu y allèrent en 1632. * (Voir dans la Revue Hebdomadaire du 20 Août 1910 l’excellent article de M. Emile Magne, Une station thermale au dix-septième siècle : Forges-les-Eaux, p.p. 350-372.)

3). Les prêtres de la Mission.

4). Saint François de Sales, évêque de Genève, mort à Lyon le 28 décembre 1622. Il honorait saint Vincent de son amitié. "Bien des fois, j’ai eu l’honneur de jouir de l’intimité de François de Sales", disait le saint prêtre au procès de béatification de son illustre ami, le 17 avril 1628. Saint Vincent ne parlait de l’évêque de Genève qu’avec des sentiments d’admiration ; il le jugeait digne des honneurs réservés aux saints. Saint François de Sales, de son côté, au témoignage de Coqueret, docteur de Sorbonne, disait qu’"il ne connaissait pas de plus digne et de plus saint prêtre que M. Vincent". (Lettre postulatoire de l’évêque de Tulle, du 21 mars 1706.) Aussi ayant à désigner un supérieur pour le couvent de la Visitation établi à Paris, son choix se porta sur Vincent de Paul.

5). Ce fut sur les conseils du cardinal de Savoie, durant leur com-

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Or sus, c’est assez parlé à sa fille. Il faut achever en lui disant que mon cœur aura un bien tendre ressouvenir du sien en celui de Notre-Seigneur et pour celui de Notre-Seigneur seulement, en l’amour duquel et celui de sa sainte Mère je suis son serviteur très humble.

30. — A FRANçOIS DU COUDRAY, PRETRE DE LA MISSION

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

mun séjour à Paris, que saint François de Sales établit dans cette ville un couvent de la Visitation. A son appel, sainte Chantal, alors occupée à la fondation de Bourges, vint à Paris, le 6 avril 1619, avec trois de ses filles. L’évêque de Genève les installa lui-même, le 1er mai, dans une maison de louage du faubourg * Saint-Marcel puis, au mois d’août, dans un local plus vaste, au faubourg Saint-Michel. La communauté se transporta en * 1621 du faubourg Saint-Michel à la rue de la Cerisaie dans l’hôtel du Petit-Bourbon, que sainte Chantal avait acheté, et en 1628 de l’hôtel du Petit-Bourbon à l’hôtel du Cossé, rue Saint-Antoine, où le commandeur Noël Brulart de Sillery fit construire, à ses frais une magnifique chapelle, dont il posa lui-même la première pierre le 31 octobre 1632. (Cf. Fondation du premier monastère de la Visitation Sainte-Marie de Paris, ms. conservé à la Visitation d’Angers ; Histoire chronologique des fondations de tout l’ordre de la Visitation de Sainte-Marie, Bibl. Maz., ms. 2430 ; Félibien, Histoire de la ville de Paris, Paris, 1725, 5 vol. in-f°, t. III, p. 1312).

Le premier monastère avait à sa tête en 1629 Hélène-Angélique Lhuillier, née en 1592 de François, seigneur d’Interville, et d’Anne Brachet, dame de Frouville, mariée en 1608 à Thomas Gobelin, seigneur du Val, maître ordinaire de la chambre des comptes, reçue à la Visitation de Paris le 2 juillet 1620, après annulation de son mariage et sur le conseil de saint François de Sales, professe le 12 février 1622, plusieurs fois réélue supérieure. Saint Vincent de Paul disait que "c’était une des plus saintes âmes qu’il eût connues". (Sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal. Sa vie et ses œuvres, Paris, 1874-1880, 8 vol. in-8, t. V, p. 65, en note.) Il la mit en rapports avec le commandeur de Sillery, dans l’espoir qu’elle achèverait de le ramener à Dieu. Cette sainte religieuse mourut, le 25 mars 1655, au monastère du Chaillot, dont elle fut la première supérieure. Son nom revient souvent dans la vie de sa sœur, Madame de Villeneuve par le P. de Salinis, Paris, 1318, in-8°. (Vie manuscrite de la Mère Hélène Angélique Lhuillier, Arch. des Filles de la Croix de Tréguier.)

Lettre 30. — Recueil du procès de béatification.

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Il y a trois jours que nous sommes arrivés en cette ville, en bonne disposition, Dieu merci, où l’on commença hier l’examen des ordinands (1) et continuera-t-on aujourd’hui, qui est vendredi, et demain, pour commencer l’exercice dont Dieu a donné la première pensée à Monseigneur de Beauvais (2) dimanche prochain. L’ordre était que lesdits ordinands vivront et logeront ensemble au collège (3), là où Monsieur Duchesne le jeune (4) doit aller vivre avec eux et leur faire observer le règlement qui leur a été prescrit pour l’emploi de la journée. Et Monseigneur de Beauvais fera l’ouverture de l’exercice dimanche au matin ; et Monsieur Messier (5) et Monsieur

1). Ce fut en juillet 1628, dit Abelly (op. cit., t. I, chap. xxv, P. 117), au cours d’un voyage, après une conversation avec saint Vincent, que l’évêque de Beauvais résolut de recevoir chez lui les ordinands, au mois de septembre, pour leur faire donner les connaissances nécessaires à leur nouvel état et les instruire des vertus qu’ils devaient pratiquer. Le saint prépara un règlement écrit et vint tout disposer une quinzaine de jours avant l’ordination. Telle fut l’origine des retraites des ordinands, qui devaient attirer à Saint-Lazare Bossuet, le commandeur de Sillery et tant d’illustres personnages.

2). Augustin Potier, seigneur de Blancmesnil, sacré à Rome le 17 septembre 1617, renouvela son diocèse, avec l’aide de saint Vincent et d’Adrien Bourdoise. Il appela les Ursulines à Beauvais et à Clermont, fit donner des missions, auxquelles il prit lui-même part, établit un séminaire dans son palais épiscopal et multiplia les confréries de la Charité. Il devint grand aumônier de la reine et fit partie du conseil de conscience. Nommé premier ministre à la mort de Louis XIII, il allait recevoir le chapeau de cardinal quand l’influence de Mazarin l’emporta définitivement sur la sienne. Il mourut le 20 juin 1650. (Cf. Histoire du diocèse de Beauvais, par Delettre, Beauvais, 1842-1843, 3 vol. in-8°, t. III, pp. 377-438 ; Augustin Potier, par Fernand Potier de la Morandière, Paris, 1902, in-8°.)

3). Le Clerc, ami intime de Bourdoise, en était le principal. L’époque des vacances lui donnait toute facilité de disposer du collège en faveur des ordinands.

4). Bernard Duchesne, docteur de Sorbonne, faisait partie de la communauté de Bourdoise dès son origine. Il prit une part active aux oeuvres de ce saint homme.

5). Louis Messier, un des premiers compagnons de Bourdoise, dont il fut le bras droit, archidiacre de Beauvais et docteur en Sorbonne. Son frère fut curé de Saint-Landry et doyen de la faculté de théologie à la Sorbonne.

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Duchesne (6) et moi (7) devons parler alternativement chacun son tour, selon la matière qu’on a jugée convenable ; et Monsieur Duchesne le jeune et un autre bachelier, curé d’ici, doivent enseigner les cérémonies requises à chaque ordre. Plaise à Notre-Seigneur donner sa sainte bénédiction sur ce bon œuvre, qui semble être utile à son Eglise ! Et je vous prie de le recommander à Notre-Seigneur.

Mais comment se porte la compagnie ? Tout le monde est-il en bonne disposition ? Chacun est-il bien gai ? Les petits règlements s’observent-ils toujours ? Etudie-t-on et s’exerce-t-on sur la controverse ? Y tenez-vous l’ordre prescrit ? Je vous supplie, Monsieur, qu’on travaille à cela qu’on possède bien le petit Bécan (8). Il ne se peut dire combien ce petit livre sert.

Il a plu à Dieu de se servir de ce misérable à la conversion de trois personnes, depuis que je suis parti ; mais il faut que j’avoue que la douceur, l’humilité et la patience, en traitant avec ces pauvres dévoyés, est l’âme de ce bien. Les deux premières personnes ne m’ont guère coûté, parce qu’elles avaient disposition ; mais il m’a fallu employer deux jours avec le troisième. J’ai bien voulu vous dire cela à ma confusion, afin que la compagnie voie que, s’il a plu à Dieu se servir du plus

6). Jérôme Duchesne, docteur de Sorbonne et membre de la communauté de Saint-Nicolas depuis 1612, devint archidiacre de Beauvais. Il avait donné une mission à Montmirail en 1621 en compagnie de saint Vincent. (Abelly, op. cit., t. I, chap. XIII, P. 55.)

7). Saint Vincent expliqua le décalogue. Jérôme Duchesne venait assister à ses entretiens Il en fut si touché qu’il se sentit porté à faire au saint sa confession générale (Abelly, op. cit., t. I, chap. XXV, p. 118.)

8). Martin Bécan, jésuite belge, a écrit contre les calvinistes un grand nombre d’opuscules. Il a composé en outre une Somme théologique, une Analogie de l’Ancien et du Nouveau Testament, un manuel des controverses et un abrégé de ce manuel. Bécan était très goûté à son époque, surtout à cause de sa clarté et de sa méthode.

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ignorant et misérable d’icelle, qu’il se servira plus efficacement de chacun de ladite compagnie.

Monseigneur de Beauvais n’a point déterminé le jour qu’on doit commencer la mission en ce diocèse au mois d’octobre. Il veut que je sois en cette première ; mais je tâcherai de prendre le temps pendant l’intervalle pour vous aller voir, afin d’entendre la reddition des comptes de l’intérieur de la compagnie depuis la dernière qu’on a rendue, afin que cela serve de disposition au prochain emploi.

Comment se porte Monsieur Lucas en son travail ? Cet emploi lui revient-il ? Revient-il souper et coucher au collège (9) ? Assiste-t-il point, les fêtes (10) à nos conférences ?

Je vous supplie de saluer toute notre compagnie, en commun et en particulier, et de dire à Monsieur Lucas que je le prie d’assurer Monseigneur de Bazas (11) de mon très humble service ; et vous, je vous prie d’avoir soin de votre santé et de me mander si Monsieur de Saint-Martin (12) est venu au collège et s’il va voir Monsieur de Bazas avec Monsieur Lucas.

J’oubliais à vous dire que je pense que vous ferez bien de sentir le tailleur qui travaille au logis, s’il a quelque pensée de se donner à la maison (13). Il l’a eue autrefois ; mais sa vue courte et la difficulté qu’il avait de faire parfois la cuisine le retint et moi aussi.

Adieu, mon cher petit père (14). Je suis en l’amour de

9). Collège des Bons-Enfants.

10). Mot de lecture douteuse.

11) d’Arles (1630-30 juillet 1643)

12). Compatriote du saint.

13). Il n’y eut en 1628 aucune entrée de frère coadjuteur dans la congrégation de la Mission.

14). Ce titre tout familier, le saint le donne en d’autres lettres François du Coudray.

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Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Beauvais, ce 15 septembre 1628.

Suscription : A Monsieur Monsieur du Coudray, ecclésiastique, au collège des Bons-Enfants, joignant la porte de Saint-Victor, à Paris.

31. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1629 (l)]

Mademoiselle,

Je vous souhaite le bonsoir et que vous ne pleuriez plus le bonheur de votre petit Michel, ni ne vous mettez en peine de ce que deviendra notre sœur…

Mon Dieu, ma fille, qu’il y a de grands trésors cachés dans la sainte Providence et que ceux-là honorent souverainement Notre-Seigneur qui la suivent et qui n’enjambent pas sur elle ! — Oui, me direz-vous, mais c’est pour Dieu que je me mets en peine. — Ce n’est plus pour Dieu que vous vous mettez en peine si vous vous peinez pour le servir.

32. — A LOUISE DE MARILLAC (1)

Oh ! qu’il y a de grands trésors cachés dans la sainte Providence et que ceux-là honorent souverainement

Lettre 31. — Manuscrit Saint-Paul, p. 84.

1). Dans les lettres sûrement postérieures à cette date, saint Vincent n’appelle plus Louise de Marillac "ma fille".

Lettre 32. — Abelly, op. cit., t. III, chap. III sect. III, p. 24.

1). Le destinataire de cette lettre est, d’après Abelly, une femme pieuse, celle qui reçut la lettre 53, dont le ton et le contenu rappellent les lettres adressées à Louise de Marillac.

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Notre-Seigneur qui la suivent et qui n’enjambent pas sur elle (2). J’entendais dire dernièrement à un des grands du royaume qu’il avait bien appris cette vérité par sa propre expérience, parce que jamais il n’avait entrepris par soi-même que quatre choses, lesquelles, au lieu de lui réussir, étaient tournées à son dommage. N’est-il pas vrai que vous voulez, comme il est bien raisonnable, que votre serviteur n’entreprenne rien sans vous et sans votre ordre ? Et si cela est raisonnable d’un homme à un autre, à combien plus forte raison du Créateur à la créature !

33. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1629 (1)]

… Donc patience jusques alors, ma chère fille, je vous en supplie, vous assurant que j’ai pensé encore cette matinée assez longtemps à vous et que je suis et serai toute ma vie, en l’amour de Jésus et de sa sainte Mère, votre serviteur.

34. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1629 (1)]

Mon Dieu, ma chère fille, que votre lettre et vos pensées que [vous] m’avez envoyées, me consolent ! Certes, il faut que je vous confesse que le sentiment s’est répandu par toutes les parties de mon âme, et d’autant plus volontiers comme elles me font voir que vous êtes en

2). On retrouve cette phrase dans la lettre 31. Ces deux lettres ne seraient-elles pas deux fragments d’une même, ou la phrase commune n’aurait-elle pas été interpolée ici ou là ?

Lettre 33. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir lettre 31, note 1.

Lettre 34. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir lettre 31, note 1.

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l’état que Dieu vous demande. Or sus, continuez, ma chère fille, à vous maintenir en cette bonne assiette et laissez faire à Dieu. Mais, certes, ma consolation a été contredite par l’état que vous me mandez et que vous m’aviez celé de votre maladie. Or sus, béni soit Notre-Seigneur de tout ! Ayez bien soin de votre santé pour l’amour de lui et pardonnez-moi de ce que j’ai tant retenu votre homme, pour avoir été embarrassé par quantité de visites. Au reste, je me porte mieux, Dieu merci. Il me reste encore quelque petit sentiment de fièvre ; mais cela va toujours en diminuant, et le désir que j’ai que vous soyez toute sainte, en augmentant. Adieu, ma fille, Dieu vous donne le bon soir !

35. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1629] (1)

J’en loue Dieu, Mademoiselle, de ce que vous avez été ainsi résignée au saint vouloir de Dieu, et le prie que vous et moi ayons toujours un même vouloir et non-vouloir avec lui et en lui, puisque c’est un paradis anticipé. Je vous remercie, de plus, de votre bonne médecine et vous promets d’en user demain, Dieu aidant, et de bon cœur ; et je vous supplie, au nom de Dieu, de vous bien guérir et de ne rien omettre de ce qu’il faut pour cela. Soyez, au reste, en repos pour votre intérieur ; il ne laisse pas d’être en l’assiette qu’il faut, ores qu’il ne le vous semble pas.

Adieu, ma chère fille. Je suis en son amour et celui de sa sainte Mère, votre, etc.

Lettre 35. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir lettre 31, note 1.

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36. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1629] (1)

… le secret de votre cœur, lequel je désire voirement qu’il soit tout à Notre-Seigneur, et prie la sainte Vierge de le vous ôter pour l’enlever au ciel et le mettre dans le sien et dans celui de son cher Fils. Mais ne pensez pas que tout soit perdu pour les petites révoltes que vous sentez intérieurement. Il vient de pleuvoir fort dur et il tonne épouvantablement ; le temps en est-il moins beau ? Que les larmes de tristesse noient votre cœur et que les démons tonnent et grondent tant qu’il leur plaira, assurez-vous, ma chère fille, que vous n’en êtes pas moins chère à Notre-Seigneur. Vivez donc contente en son amour et assurez-vous que j’aurai soin de vous demain au sacrifice qu’indigne que je suis, je présenterai au souverain Sacrificateur. Si je n’étais fort pressé…

37. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1629] (1)

S’il n’était si tard qu’il est ? je vous irais voir à ce soir pour apprendre de vous le particulier de ce que vous me mandez ; mais ce sera demain, Dieu aidant. honorez cependant la peine de la sainte Vierge qu’elle eut voyant son Fils dans la souffrance, et ajoutez à cet honneur celui de l’agrément du Père éternel dans la vue des souffrances de son unique Fils ; et j’espère qu’il

Lettre 36. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original. Le commencement et la fin de la lettre manquent.

1). Voir la lettre 31, note 1.

Lettre 37 — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original. Au dos se trouvent ces mots, écrits de la main de Louise de Marillac : "Toute d’instruction au sujet de mon fils.

1). Voir lettre 31, note 1.

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vous fera voir et connaître combien vous êtes obligée à sa divine Majesté de ce qu’il vous honore de la relation de vos souffrances aux siennes, et combien la chair et le sang vous éloignent de la perfection du vrai amour que le Père éternel et la sainte Vierge avaient pour leur Fils. Pensez à cela, ma chère fille, et consolez-vous.

Je vous souhaite le bon jour et que vous soyez toute forte et que vous me croyiez, en l’amour de Notre-Seigneur, v. s.

38. — A LOUISE DE MARILLAC

[Avril ou mai 1629] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous pour jamais !

Le R. P. de Gondy (2) me mande que je l’aille trouver à Montmirail (3) en diligence. Cela m’empêchera peut-être d’avoir l’honneur de vous voir, pource que je partirai demain au matin. Votre cœur vous en dit-il d’y venir, Mademoiselle ? Si cela est, il faudrait partir mercredi prochain par le coche de Châlons, en Champagne (4), qui loge au Cardinal, vis-à-vis de Saint-Nicolas-des-Champs (5) ; et nous aurons le bonheur de vous voir à Montmirail.

Lettre 38. — L. a — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre semble précéder la lettre 39 de peu de jours.

2). Philippe-Emmanuel de Gondi, ancien général des galères, entré chez les Oratoriens le 6 avril 1627.

3). Petite ville de la Brie dans la Marne. C’était une des terres du R. P. de Gondi. Saint Vincent y avait séjourné maintes fois, en compagnie de Monsieur et de Madame de Gondi ; il y avait prêché une mission en 1621 (Abelly, op. cit., t. I, chap. XIII, p. 55, et établi sa quatrième confrérie de la Charité (ibid., chap. X, fin, p. 47), dont nous avons encore le règlement. Le duc de Retz fonda dans cette localité, en 1644, un établissement de missionnaires.

4). Châlons-sur-Marne.

5). Louise de Marillac connaissait bien l’église Saint-Nicolas-des-Champs, qu’elle avait fréquentée quand elle habitait la rue Cours-

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Je vous prie me mander ce qu’il y a à la Charité de notre bonne demoiselle (6).

Si ce soir je viens de bonne heure, je pourrai avoir le bonheur de vous dire un mot ; sinon, je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre serviteur.

Souscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

39. — A LOUISE DE MARILLAC (1)

Mademoiselle,

Je vous envoie les lettres et le mémoire qu’il vous faut pour votre voyage. Allez donc, Mademoiselle, allez, au nom de Notre-Seigneur. Je prie sa divine bonté qu’elle vous accompagne, qu’elle soit votre soulas (2) en votre chemin, votre ombre contre l’ardeur du soleil, votre couvert à la pluie et au froid, votre lit mollet en votre lassitude, votre force en votre travail et qu’enfin

au-Vilain, sur la paroisse Saint-Sauveur. C’est dans cette église qu’elle fut délivrée de graves tentations contre la foi et que, par une sorte d’illumination d’en haut, elle entrevit ce que Dieu ferait d’elle plus tard. (La Vie de Mademoiselle Le Gras, par Gobillon, Paris, 1676, in-12, p. 17.)

6). Mademoiselle du Fay.

Lettre 39. — Manuscrit Saint-Paul, p. 5.

1). Louise de Marillac se disposait à partir pour Montmirail, où se trouvait saint Vincent. C’était sa première course apostolique, sa première tournée de femme-missionnaire. (Gobillon, op. cit., p. 32.) Elle voyageait d’ordinaire en compagnie de quelques dames pieuses, emportant avec elle une ample provision de linge et de drogues. A peine arrivée dans une localité qui possédait sa confrérie de la Charité, elle en assemblait les membres, stimulait leur zèle, se rendait compte des résultats obtenus et recrutait d’autres adhérents. Elle visitait les malades, distribuait des aumônes, assemblait les enfants et les instruisait des vérités de la foi. S’il y avait une maîtresse d’école dans l’endroit, elle lui donnait d’utiles conseils ; s’il n’y en avait pas, elle en formait une. (Gobillon, op. cit., pp. 33-35.)

2). Soulas, consolation.

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il vous ramène en parfaite santé et pleine de bonnes œuvres (3).

Vous communierez le jour de votre départ, pour honorer la charité de Notre-Seigneur et les voyages qu’il a faits pour cette même et par la même charité, les peines, les contradictions, les lassitudes et les travaux qu’il y a soufferts, et afin qu’il lui plaise bénir votre voyage, vous donner son esprit et la grâce d’agir en ce même esprit et de supporter vos peines en la manière qu’il a supporté les siennes.

Pour ce que vous demandez, si vous ferez plus long séjour que nous n’avons dit, je pense que ce sera assez d’être un jour ou deux en chaque lieu pour la première fois, sauf à y retourner l’été prochain, si Notre-Seigneur vous fait paraître que vous lui puissiez rendre quelque autre service. Quand je dis deux jours, votre charité en prendra davantage, si besoin est, et nous fera celle de nous écrire.

Pour la Charité de Mademoiselle Guérin, vous prendrez le nom de sa paroisse, s’il vous plaît, et si nous allons vers Chartres, nous tâcherons de l’aller servir pour la Charité, ne connaissant personne en ce quartier-là qui soit fait à cet établissement. Adieu, Mademoiselle, ressouvenez-vous de nous en vos prières et ayez sur toutes choses soin de votre santé, que je prie Dieu vous conserver, étant, en son amour…

De Montmirail, ce 6 mai 1629.

3). Saint Vincent s’inspire ici de ce passage de l’Itinéraire des clercs : "Esto nobis, Domine, in procinctu suffragium, in via solatium, in aestu umbraculum, in pluvia et frigore tegumentum, in lassitudine vehiculum, in adversitate praesidium, in lubrico baculus, in naufragio portus, ut, te duce, quo tendimus prospere perveniamus et demum incolumes ad propria redeamus."

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40. — A LOUISE DE MARILLAC, A SAINT-CLOUD

De Paris, ce 19 février 1630.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue Dieu de ce que vous avez la santé pour soixante personnes, au salut desquelles vous travaillez ; mais je vous prie me mander exactement si votre poumon n’est point incommodé de tant parler, ni votre tête de tant d’embarras et de bruit. (1)

Pour Monsieur votre fils, je le verrai ; mais mettez vous en repos, je vous en supplie, puisque vous pouvez espérer qu’il est sous la protection spéciale de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, par tant de dons et d’offrandes que vous lui en avez faites, et qu’il est ami des gens de Dieu, et que, par ainsi, il ne lui peut mésarriver (2) Mais que dirons-nous de cette trop grande tendresse ? Certes, Mademoiselle, il me semble que vous devez travailler devant Dieu à vous en faire quitte,

Lettre 40. — Manuscrit Saint-Paul, p. 6.

1). Nous lisons dans les Pensées de Louise de Marillac, p. 124 : "Je suis partie le jour Sainte-Agathe, 5 de février, pour aller à Saint-Cloud. A la sainte communion, il me sembla que Notre-Seigneur me donnait pensée de le recevoir comme l’époux de mon âme, et même que ce m’était une manière d’épousailles, et me sentis plus fortement unie à Dieu en cette considération, qui me fut extraordinaire, et eus la pensée de tout quitter pour suivre mon époux, de le regarder dorénavant comme tel et regarder les difficultés que je rencontrerais comme les recevant de la communauté de ses biens. Dieu permit, ayant le désir de faire dire la messe ce jour-là, à cause que c’est l’anniversaire de mes noces, et m’en retenant pour faire un acte de pauvreté, voulant être toute dépendante de Dieu dans l’action que j’allais faire, sans en rien témoigner à mon confesseur, qui dit la messe, où je communiai ; et entrant à l’autel, il eut la pensée de la dire pour moi par aumône et de dire celle des épousailles."

2). Mésarriver se dit d’un accident fâcheux amené par quelque faute ou quelque imprévoyance.

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puisqu’elle n’est bonne qu’à vous embarrasser l’esprit et qu’elle vous prive de la tranquillité que Notre-Seigneur désire en votre cœur et [du] dépouillement de l’affection de tout ce qui n’est pas lui. Faites-le donc, je vous en supplie, et vous ferez l’honneur à Dieu, qui est chargé du souverain et absolu soin de M. votre fils et qui ne veut point que vous vous intéressiez que d’une manière dépendante et douce.

Nous sommes de retour il y a trois ou quatre jours, en bonne santé, et notre compagnie est partie aujourd’hui pour aller à Chelles (3), où j’espère me rendre dans deux jours.

Je vous ai adressé une fille de Maisons (4) pour quelque temps. Je vous supplie, Mademoiselle, de lui faire la charité que je vous ai priée, par celle qu’elle vous aura pu rendre, et vous coopérerez au salut de deux âmes à la fois, et de me mander si elle vous est allée trouver, et quand vous pensez avoir fait à Saint-Cloud, et si cette bonne fille de Suresnes a qui vous a vue d’autrefois et qui s’emploie à enseigner des filles, vous est allée voir, comme elle me le promit dimanche dernier, étant ici (6),

En attendant de vos nouvelles, je prie Notre-Seigneur qu’il vous fortifie de plus en plus, Mademoiselle, et suis, en son amour…

3). * Commune du canton de Lagny (Seine-et-Marne)

4). Maisons-Alfort, près de Paris.

5). Localité de la banlieue de Paris.

6). Marguerite Naseau, que saint Vincent appelle la première Fille de la Charité et dont il raconte la touchante histoire dans plusieurs de ses entretiens aux sœurs. (Voir en particulier la conférence du 24 février 1653.) Les sœurs de l’hôpital Saint-éloi de Montpellier ont donné, il y a quelques années, à la maison-mère des Filles de la Charité, un tableau qui la représenterait, dit-on ; mais cette croyance ne repose sur rien.

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41. — A LOUISE DE MARILLAC

[Février 1630] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je loue mille fois Dieu et le bénis de tout mon cœur de ce qu’il vous a redonné la santé, et le prie qu’il la vous conserve et ramène de même (2), Revenez-vous-en donc, Mademoiselle, vers la fin de la semaine et plus tôt même, si l’occasion s’en présente, non pas par eau, mais dans une charrette bien fermée. Mademoiselle du Fay m’a mandé qu’elle n’avait pu trouver de carrosse. Je lui ai envoyé votre lettre ; mais je n’ai point parlé à Monsieur votre fils pour quelque raison que je vous dirai.

Bon Dieu, Mademoiselle, qu’il fait bon être l’enfant de Dieu, puisqu’il aime encore plus tendrement ceux qui ont le bonheur d’avoir cette qualité auprès de lui, que vous n’aimez le vôtre, quoique vous ayez plus de tendresse pour lui que quasi mère que je vois pour ses enfants ! Oh bien ! nous en parlerons à votre retour. Cependant soyez pleine de confiance que celle à qui Notre-Seigneur a donné tant de charité pour les enfants d’autrui, méritera que Notre-Seigneur en, ait une toute particulière pour le sien, et vivez, s’il vous plaît, en repos dans cette confiance, je dis même dans la gaieté d’un cœur qui désire être tout conforme à celui de Notre-Seigneur.

Lettre 41. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Deux détails, la présence d’une troupe de missionnaires à Chelles et celle de Louise de Marillac dans une localité voisine de Paris, et riveraine de la Seine ou d’un de ses affluents, nous portent à rapprocher cette lettre de la lettre 40.

2). Louise de Marillac était très probablement à Saint-Cloud.

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Notre petite compagnie est à Chelles, et moi immuable ici. Il y a un Père jésuite qui fait des merveilles en votre paroisse (3). Mademoiselle de Villars vous écrit, et moi je me recommande à vos prières, et suis, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

42. — A LOUISE DE MARILLAC

[1630] (1)

Mademoiselle,

Quant à votre Charité (2), je ne puis vous dire combien j’en suis consolé. Je prie Dieu qu’il bénisse votre travail et qu’il perpétue ce saint œuvre. Faire M. le vicaire garde de l’argent, il s’en faut bien garder à cause de quantité d’inconvénients qui en arriveraient et que je vous pourrai dire une autre fois, vous disant en avance que l’on a expérimenté que, de tous les moyens, les plus sûrs qu’on puisse pratiquer à la Charité, ce sont ceux que vous avez eus en l’esprit. Si maintenant vous ôtez le soin à chacune de la Charité de faire cuire la viande, jamais plus vous ne le pourrez remettre ; et de la faire cuire ailleurs, si quelqu’une l’entreprend par charité à présent, cela lui sera à charge dans peu de temps ; et si vous la faites apprêter pour de l’argent, il coûtera beaucoup ; puis avec quelque temps les dames de la Charité diront qu’il faut faire apporter la marmite aux malades par la femme qui apprêtera ; et par ce moyen votre Charité viendra à manquer. L’expérience nous fait voir

3. Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

Lettre 42. — Manuscrit Saint-Paul, p.42.

1). Date d’érection de la Charité de Saint-Nicolas, à laquelle cette lettre semble faire allusion.

2). Probablement la Charité de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

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qu’il est absolument nécessaire que les femmes ne dépendent point en ceci des hommes, surtout pour la bourse.

Or sus, cela ne vous console-t-il point, Mademoiselle ? Direz-vous après cela que vous êtes inutile au monde ?

43. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1630] (1)

… et saura, pour Monsieur votre fils, que M. du Ch. (2) m’en a dit des merveilles. Je vous en parlerai au retour et vous remercierai de ce que vous me mandez de la fille de laquelle je vous ai parlé, et de ce que vous avez pensé à elle, vous suppliant bien fort de vous y employer.

Je me réjouis de l’établissement de ces bonnes filles (3), loue votre désir de leur donner quelque tableau, mais non pas que vous donniez lieu aux pensées qui vous occupent pour ce sujet. Vous êtes à Notre-Seigneur et à sa sainte Mère ; tenez-vous à eux et à l’état auquel ils vous ont mise, en attendant qu’ils témoignent qu’ils désirent autre chose de vous, à qui je suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

[Je vous prie d’offrir mes hum] bles recommandations à Mademoiselle du Fay et à M. Bliar.

Lettre 43. — L. a. Dossier des Filles de la Charité, original. Le commencement de la lettre manque.

1). Cette lettre précède l’institution des Filles de la Charité et semble du temps où Michel Le Gras étudiait à Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

2). Peut-être Jérôme Duchesne, un des ecclésiastiques de la communauté fondée par Bourdoise.

3). Peut-être des filles mises à la disposition des dames d’une Charité de Paris pour les aider dans le service des pauvres.

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44. — A LOUISE DE MARILLAC

[1630 1] (1)

Vous voilà peu d’ouvrières pour beaucoup d’ouvrage. Oh bien ! Notre-Seigneur travaillera avec vous. La proposition de nourrir les malades chacune votre jour à vos dépens me semble à propos et se fait ainsi ailleurs jusqu’au jour de l’érection de la confrérie.

45. — A LOUISE DE MARILLAC

[1630] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je vous remercie de la peine que vous avez prise de m’écrire l’état de la Charité (2), Quand il plaira à Notre-Seigneur que je vous voie, vous me direz l’intérêt de la com [munauté].

Il sera voirement à propos que vous appliquiez ces offrandes à l’usage de ces pauvres gens. Je trouve que vous êtes bonnes ménagères, puisque vous ne dépensez qu’environ demi-écu.

Si vous levez la permission d’établir la Charité au

Lettre 44. — Manuscrit Saint-Paul, p. 41.

1). Date d’érection de la confrérie de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à laquelle saint Vincent semble ici faire allusion.

Lettre 45. — L. a. — Dossier de la Mission, fac-similé de l’original.

1). Voir note 2.

2). Louise de Marillac fonda et organisa en 1630 sur la paroisse Saint-Nicolas-du-Chardonnet, avec l’approbation du curé et le concours de quelques dames, une confrérie de la Charité, dont elle fut présidente (Abelly, op. cit., t. I, chap. XXIII, p. 109.) C’est vraisemblablement de cette confrérie, encore à ses débuts, que parle saint Vincent. C’était la seconde confrérie établie à Paris. Rien ne démontre que Louise de Marillac ait eu quelque part à celle de Saint-Sauveur, qui fonctionnait déjà depuis quelques mois.

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greffe de Monsieur de Paris, il vous faudra donner quelque chose ; mais, si c’est Monsieur Guyard (3) qui la vous délivre, rien. Vous y pourrez faire mettre le petit sceau, qui ne coûtera que cinq sols.

Voilà plus de cinq femmes. Je prie Dieu qu’il vous en envoie d’autres. Pour les moyens, Notre-Seigneur y pourvoira

Quant à votre affaire, je trouve très bon que vous parliez à Mademoiselle du Fay ; mais pour le reste qu’il vous demande, prenez avis, s’il vous plaît, quelle réponse vous avez à faire ; et faites-moi la faveur de remercier Mademoiselle du Fay de sa gelée et de lui dire que je me porte toujours de mieux en mieux et que je la prie de demander à Dieu que j’use bien de cette meilleure disposition. Pour cette pauvre fille, qu’est-ce qu’elle demande ?

Ayez soin de votre santé.

Je suis votre très humble serviteur.

46. — A LOUISE DE MARILLAC, A VILLEPREUX (1)

[Avril 1630 2,]

Il est fort difficile, Mademoiselle, de faire quelque bien sans contrariété ; et pource que nous devons, autant qu’il nous est possible, soulager la peine d’autrui, je pense que vous feriez un acte agréable à Dieu de voir

3). Louis Guyard, vicaire général de Paris

Lettre 46. — Manuscrit Saint-Paul, p. 14.

1). Saint Vincent avait eu souvent l’occasion d’aller dans cette localité quand il était chez les Gondi. Il y donna une mission en 1618, et y établit à cette occasion sa seconde confrérie de la Charité. (Cf. Abelly, op. cit., t. I, chap. X, fin, p. 47.

2). C’est la date que suggèrent Gobillon, p. 39, et la lettre qui suit.

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Monsieur le curé (3), de lui faire vos excuses de ce que, sans son avis, vous avez parlé aux sœurs de la Charité (4) et aux filles, que vous en pensiez faire à Villepreux tout simplement comme à Saint-Cloud et ailleurs, et que cela vous apprendra votre devoir une autre fois, et, s’il ne le trouve pas bon, que vous en demeuriez là. Et mon avis est que vous le fassiez. Notre-Seigneur retirera peut-être plus de gloire de votre soumission que de tout le bien que vous pourriez faire. Un beau diamant vaut plus qu’une montagne de pierres, et un acte de vertu d’acquiescement et de soumission vaut mieux que quantité de bonnes œuvres qu’on pratique à l’égard d’autrui. (5)

47. — A LOUISE DE MARILLAC, A VILLEPREUX

Béni soit Dieu, Mademoiselle, de ce que j’ai plus tôt la nouvelle de votre guérison que de votre maladie ! Et je le prie qu’il vous fortifie entièrement et en façon qu’il se puisse dire un jour de vous que ces paroles de la Sainte écriture vous regardent, qui sont : Mulierem fortem quis inveniet (1) ? Vous entendez ce latin, c’est pourquoi je ne le vous expliquerai point.

Pour le temps que vous dites que les enfants sont à l’école, qui ne suffit pas pour leur pouvoir profiter (2), et les deux jours encore qu’ils ont de campos (3), je ne vois point d’inconvénient que vous allongiez un peu ce temps

3). Le curé de Villepreux.

4). Nom donné aux membres des confréries de la Charité.

5). L’acte de soumission conseillé par saint Vincent gagna complètement le curé de Villepreux aux vues de Louise de Marillac, qui se mit au travail avec tant d’ardeur qu’elle en tomba malade. (Gobillon, op. cit, p. 33.)

Lettre 47. — Manuscrit Saint-Paul, p. 13.

1). Livre des Proverbes, XXXI, 10.

2). Louise de Marillac leur enseignait le catéchisme.

3). Campos, jour de congé.

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là et que, pour les raisons que vous m’alléguez, vous les occupiez ces deux jours-là, ni que vous tâchiez de faire venir à l’école celles qui n’ont point accoutumé d’y aller. Mais je pense qu’il sera bon de le faire agréer au bon M. Belin (4) et de rendre capables ceux qui en parleront, que vous en usez ainsi pour le peu de temps que vous avez à demeurer, et leur dire que ce n’est pas là une école, ains un exercice de piété pendant quelques jours.

Pour le petit Michel, soyez en repos ; il n’y a que deux ou trois jours que je le vis aller à sa leçon et qu’il se portait bien.

J’ai fait tenir votre lettre à Mademoiselle du Fay et encouragé Mademoiselle du Fresne (5) d’aller à Villepreux ; ce qu’elle a toutes les envies du monde de faire. Mais, certes, son indisposition ne lui permettra pas ce contentement, qu’elle désire extrêmement. Je la recommande à vos prières, et vous, de bien prendre garde à votre santé et de ne pas trop prendre sur vous ; ce que j’ai peur pourtant que vous fassiez, en ne voulant pas prendre le relâche de ces deux jours, ni vous tenir au temps qu’on a accoutumé d’employer à l’école. C’est pourquoi, en cette appréhension, je vous prie de vous contenter, quoique je vous aie dit ci-dessus, du temps ordinaire. Ce procédé sera plus au gré, comme je pense, du bon Monsieur Belin. Que si vous y voyez un notable détriment, écrivez-m’en, s’il vous plaît, une autre fois, après que vous aurez commencé.

De Paris, ce 4 mai [1630] (6)

4). Chapelain de la maison du R. P de Gondi à Villepreux. Il avait connu saint Vincent chez le général des galères et le suppléait en son absence, auprès des forçats du faubourg Saint-Honoré. (Abelly op. cit., t. I, chap. XIV, p. 60.) Il avait eu, dit ailleurs le saint (lettre du 16 décembre 1634), "une des meilleures parts à la conception, à la grossesse, à la naissance et au progrès de la Mission." Le copiste du manuscrit Saint-Paul a lu Prelin.

5). Sœur de Charles du Fresne, sieur de Villeneuve

6). Date donnée par Gobillon, op. cit., p. 39.

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48. — A LOUISE DE MARILLAC

[Mai 1630] (l)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Béni soit Dieu de ce que vous vous portez mieux et du goût que vous prenez à travailler au salut des âmes ! Mais je me crains bien que vous n’en fassiez trop ; et, afin que vous voyiez que c’est avec sujet, voyez, s’il vous plaît, ce que Monsieur Belin m’en mande. Prenez-y garde, je vous supplie, Mademoiselle. Notre-Seigneur veut que nous le servions avec jugement ; et le contraire s’appelle zèle indiscret.

Pour les sœurs de la Charité (2) je pense qu’il est expédient que vous les assembliez toutes, que vous lisiez le règlement ensemble et tâchiez de remettre toutes choses en la pratique conforme au règlement, qui est différent des autres, pource que c’est le second établissement (3). Mais vous leur pourrez rapporter, s’il vous plaît, la pratique des autres lieux et tâcher à les résoudre de faire de même, notamment à l’égard de la perpétuité des sœurs (4), de se confesser et communier le jour de leur décès, d’aller elles-mêmes visiter les malades le plus qu’elles pourront, et de fréquenter plus souvent les sacrements. Et finalement, pour la viande, recommandez à la bouchère (5) qui est la supérieure, qu’elle distribue bien la viande.

Lettre 48. — L a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Cette lettre a été écrite peu de jours après la lettre 47.

2). Nom donné aux membres de la confrérie de la Charité.

3). La confrérie de la Charité de Villepreux remontait à l’année 1618 ; celle de Châtillon-les-Dombes était de 1617.

4). Les membres de la confrérie n’étaient pas élus à vie.

5). Nom donné à la sœur chargée de distribuer la viande aux pauvres.

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Mon indisposition, dont je vous vois touchée, est des plus petites ; et n’était que l’on m’a fait prendre médecine aujourd’hui, je serais sorti. Je vous remercie du soin que vous en avez.

Nous n’avons point de l’eau. J’en envoie quérir chez Monsieur Deure. Monsieur du Fresne et Mademoiselle sa sœur s’en vont vendredi à Villepreux. Dieu sait si votre considération ne hâte pas un peu le voyage.

Le petit Michel se porte bien. Frère Robert (6) l’est allé voir de ma part. Il lui a témoigné qu’il est fort gai et content. Soyez-le vous aussi, Mademoiselle, je vous prie, puisqu’il plaît à Dieu que vous le soyez. Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Ce mardi à midi.

Nos recommandations à votre Marthe.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras à Villepreux.

49. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1630] (1)

Béni soit Dieu de ce que vous voilà dégagée de la première affection. Nous parlerons de l’autre au premier rencontre ; je dis de celle de votre confesseur (2). Faites

6). Aucun frère coadjuteur ne portait alors le petit nom de Robert. Il s’agit sans doute ici de Robert de Sergis, né le 2 mars 1603 à Auvers, près Pontoise, reçu dans la congrégation de la Mission en juin 1628, ordonné prêtre en avril 1632 et mort en décembre 1640 ou janvier 1641.

Lettre 49 — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de Somma Vesuviana (Italie).

1). La nature des conseils que le saint donne à Louise de Marillac nous fait regarder cette lettre comme antérieure à la fondation des Filles de la Charité

2). Louise de Marillac s’était mise sous la direction de saint Vin-

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cependant ce qu’il vous conseille et tout ce que votre ferveur propose, excepté la discipline, sinon trois fois par semaine. Lisez le livre de l’amour de Dieu (3) notamment celui qui traite de la volonté de Dieu et de l’indifférence. Quant à tous ces 33 actes à l’humanité sainte (4) et aux autres, ne vous peinez pas quand vous y manquerez. Dieu est amour et veut que l’on aille par amour. Ne vous tenez donc point obligée à tous ces bons propos.

Je vous supplie m’excuser de ce que je ne vous ai pu écrire qu’à ce soir, et de prier Dieu pour nous.

Je suis, en son amour et celui de sa sainte Mère, Madame (5), votre très humble serviteur.

V. D. P.

La pratique envers Marie m’agrée, pourvu que vous y procédiez doucement.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

50. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1630] (1)

Il me semble que ce sera assez de mettre en votre notre

cent dès 1624 * ou 1625. Elle s’en trouvait bien, et souffrait beaucoup des absences de son directeur. Le saint aurait désiré plus d’indifférence Le Camus, évêque de Bellay, écrivait déjà à Louise le 26 juillet 1625 : "Pardonnez-moi, ma très chère sœur, si je vous dis que vous vous attachez un peu trop à ceux qui vous conduisent et vous appuyez un peu trop sur eux. Voilà M. Vincent éclipsé, et Mademoiselle Le Gras hors de pile et désorientée." (Dossier des Filles de la Charité, original)

3). Le Traité de l’amour de Dieu [par Saint François de Sales], Lyon, 1620, in 8°.

4). En mémoire des trente-trois années que Notre-Seigneur passa sur la terre.

5). Ce mot a échappé à la plume du saint. Louise de Marillac n’avait pas droit au titre de Madame. La lettre est d’ailleurs adressée à Mademoiselle Le Gras.

Lettre 50. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). La lettre est antérieure à la fondation des Filles de la Charité.

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tableau (2) les mêmes paroles de l’original (3). Mademoiselle, mettez-les-y donc, s’il vous plaît, et moi je conserverai dans mon cœur celles que vous m’écrivez de votre généreuse résolution d’honorer l’adorable vie cachée de Notre-Seigneur, ainsi que Notre-Seigneur vous en a donné le désir dès votre jeunesse (4). 0 ma chère (5), que cette pensée sent l’inspiration de Dieu et qu’elle est éloignée de la chair et du sang ! Or sus, c’est là l’assiette qu’il faut à une chère fille de Dieu. Tenez-vous-y, Mademoiselle, et résistez courageusement à tous les sentiments qui vous arriveront contraires à celui-ci, et assurez-vous que vous serez par ce moyen dans l’état que Dieu vous demande pour vous faire passer à un autre, pour sa plus grande gloire, s’il le juge ainsi expédient ; sinon, vous êtes toujours assurée que vous ferez incessamment la sainte volonté de Dieu en celui-ci, qui est la fin à laquelle nous tendons et à laquelle ont tendu les saints et sans laquelle nul ne peut être bienheureux (6).

Je vous demande pardon de ce que j’ai tant retenu votre garçon, à cause de quantité de divertissements que

2). Votre, parce qu’il était peint par Louise de Marillac ; notre, parce qu’elle le destinait au saint. La fondatrice avait du goût pour la peinture. Nous avons encore des tableaux faits par elle "petites aquarelles d’un dessin délicat, d’un frais coloris, mais plutôt images naïves que véritables œuvres d’art". (La Vénérable Louise de Marillac, par Mgr Baunard, Paris, 1898, p. 8.)

3). Le saint entend parler du tableau que copiait Louise de Marillac. Maynard n’a pas su comprendre cette phrase. Il suppose (Saint Vincent de Paul, troisième édition, Paris, 1886, 4 vol. in-12, t. III, p. 239) que Louise de Marillac avait résumé en un tableau les résolutions et les sentiments contenus dans l’acte de consécration qu’elle fit peu après la mort de son mari.

4). Dans sa jeunesse Louise de Marillac avait eu l’idée d’entrer chez les Capucines ; et elle aurait donné suite à son projet si le mauvais état de sa santé n’y avait mis obstacle.

5). Expression inusitée sous la plume du saint, qui a sans doute voulu écrire : O ma chère fille !

6). Même sens que s’il y avait : vous ferez incessamment en celui. ci la sainte volonté de Dieu, qui, etc.

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j’ai eus, qui vous désire une des plus parfaites images (7) faites à la semblance de Dieu (8)…, et qui ai, en son amour, si me semble, un même cœur avec vous, et suis votre serviteur très humble.

V.D. P.

51. — A ANTOINE PORTAIL, PRêTRE DE LA MISSION, A CROISSY (1)

Du jeudi 27 juin 1630.

Béni soit Dieu, Monsieur, de ce que vous êtes monté en chaire, et plaise à sa divine bonté donner bénédiction à ce que vous y enseignerez de sa part ! Vous avez commencé tard. Ainsi fit saint Charles (2). Je vous souhaite part à son esprit, et j’espère que Dieu vous donnera quelque nouvelle grâce en cette occasion. Je le prie de tout mon cœur que ce soit celle dont vous m’écrivez à la fin de votre lettre, qui est d’être exemplaire à la compagnie, en laquelle il nous manque la sainte modestie, la douceur et le respect dans nos conversations. L’attention à la présence de Dieu est le moyen de les acquérir. J’en ai plus de besoin que tous. Demandez-les, s’il vous plaît, à Dieu pour moi.

7). Allusion à l’image que Louise de Marillac préparait pour saint Vincent. 8). Ces points remplacent un mot que nous n’avons su lire

Lettre 51. — Reg. 2, p. 273.

1). Localité de Seine-et-Oise.

2). Les biographes de saint Charles Borromée racontent que ce prélat eut longtemps à lutter contre une timidité excessive, qui le faisait trembler quand il prêchait. Pendant des années, il parla de l’autel pour être plus loin de l’auditoire ; il n’osa monter en chaire que sur le tard.

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52. — A UNE DAME

1er juillet 1630.

Madame,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Depuis hier que je vous fis réponse à votre dernière, il m’est ressouvenu que je ne vous ai point répondu à l’avis que vous me faites l’honneur de me demander, si vous devez recevoir au nombre des sœurs de la Charité et à la place de feu Madame Brunel, une sienne parente. Or, je vous dirai, Madame, que la défunte l’ayant nommée et présentée avant mourir, et elle ayant les qualités requises à faire ce bon œuvre, que je pense que vous ferez bien de la recevoir, voire même quand la défunte ne l’aurait pas nommée. Mais je pense bien qu’il est expédient que vous avertissiez les sœurs qu’elles se ressouviennent de nommer quelqu’une en leur place quand il plaira à Dieu de vouloir disposer d’elles, pource que c’est l’unique moyen de perpétuer cette sainte confrérie. Je vous supplie, Madame, d’y tenir la main et de leur bien inculquer cela et de saluer ces bonnes sœurs de la Charité et votre procureur de ma part et d’assurer Monsieur votre mari que je suis et serai toute ma vie à lui et à vous, en l’amour de Notre-Seigneur, Madame, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Lettre 52. — Reg. I, f° 8 V°. Le copiste note que l’original était en entier de l’écriture de saint Vincent.

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53. — A LOUISE DE MARILLAC

[Vers 1630] (2)

Déchargez votre esprit de tout ce qui vous fait peine, Dieu en aura soin. Vous ne sauriez vous empresser en cela sans contrister (pour ainsi dire) le cœur de Dieu, parce qu’il voit que vous ne l’honorez pas assez par la sainte confiance. Fiez-vous à lui, je vous en supplie, et vous aurez l’accomplissement de ce que votre cœur désire (3). Je vous le dis derechef, rejetez toutes ces pensées de défiance que vous permettez quelquefois à votre esprit. Et pourquoi votre âme ne serait-elle pas pleine de confiance, puisqu’elle est la chère fille de Notre-Seigneur par sa miséricorde ?

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