Correspondance

Vincent de Paul · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Correspondance, éd. Coste, tomes I-VIII + XV · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

SAINT VINCENT DE PAUL

SAINT VINCENT DE PAUL

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CORRESPONDANCE

TOME I.

1. — A MONSIEUR DE COMET

Monsieur

L’on aurait jugé, il y a deux ans, à voir l’apparence des favorables progrès de mes affaires, que la fortune ne s’étudiait, contre mon mérite, qu’à me rendre plus

Lettre 1. — L. a. — L’original, d’une écriture fine et serrée comprend trois pages in-4°. Son histoire mérite d’être connue. Ii passa, avec l’original de la lettre qui suit, des mains de M. de Comet dans celles de Catherine de Comet, épouse de Jean de Saint-Martin. Saint-Martin d’Agès, leur fils, les trouva en 1658 en dépouillant les papiers de famille. Heureux de sa découverte. il les porta au chanoine de Saint-Martin, son oncle, ami intime du saint. Quel plaisir va éprouver M. Vincent en lisant ces pages ! pensa le bon chanoine ; et aussitôt il en fit prendre copie pour son illustre ami. Les copies ne restèrent pas longtemps aux mains de saint Vincent ; après les avoir lues, il les brûla. En levant le voile qui cachait deux années de sa jeunesse, les plus tragiques et les plus glorieuses à la fois, la révélation de ces documents était de nature à blesser sa profonde humilité. Sa lettre de remerciement fut aussi une lettre de supplication. Il demanda instamment à M. de Saint-Martin de lui envoyer les originaux. Le frère Ducournau, son secrétaire, qui tenait la plume, prévint le chanoine de Dax du danger que courraient les précieux manuscrits s’ils venaient à tomber entre les mains du saint, et il lui conseilla de les adresser à Jean Watebled, supérieur du collège des Bons-Enfants. Ainsi fut fait. (Abelly, op. cit., t. 1, chap. IV, P- 17-)

Jean Watebled communiqua les lettres à Antoine Portail. René Alméras, Thomas Berthe, Jean Dehorgny, le frère Ducournau, d’autres peut-être en prirent connaissance. Inutile de décrire leur étonnement et leur joie. Ces pages étaient une révélation pour eux. On était au mois d’août 1658. Le frère Ducournau s’empressa de remercier le chanoine de Saint-Martin. Le saint attendit longtemps les originaux qu’il avait demandés. Le 18 mars 1660, sentant sa fin prochaine, il renouvela ses instances par une lettre que nous publierons plus loin.

Les deux lettres à M. de Comet restèrent dans les archives de

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envié qu’imité (l) ; mais, hélas ! ce n’était que pour représenter en moi sa vicissitude et inconstance, convertissant sa grâce en disgrâce et son heur en malheur.

Vous avez pu savoir, Monsieur, comme trop averti de mes affaires, comme je trouvai, à mon retour de Bordeaux (2) un testament fait à ma faveur par une bonne femme vieille de Toulouse, le bien de laquelle consistait en quelques meubles et quelques terres, que la chambre mi-partie de Castres (3) lui avait adjugés pour trois ou

Saint-Lazare jusqu’en 1789 ou 1791. Elles furent volées lors du pillage ou confisquées deux ans après avec les autres biens. Comment la première de ces lettres vint-elle aux mains de Pelletier de Saint-Fargeau, puis de son collègue Carnot ? Nous ne savons. Le 31 janvier 1854, elle figurait à une vente d’autographes, ainsi que quelques autres lettres de saint Vincent et plusieurs plans de sermons ou discours pour les assemblées des dames de la Charité de l’Hôtel-Dieu. Au mois de mai de la même année, elle est signalée dans un catalogue de Laverdet, comme provenant de la collection de M. de La Bouisse-Rochefort, et cotée 500 francs. Laverdet l’échangea contre des manuscrits de Montesquieu. Nous la retrouvons peu après à Fontenay-le-Comte dans la collection d’autographes de Madame Joseph Fillon. Benjamin Fillon l’a donnée aux Filles de la Charité qui desservent l’hôpital de Fontenay. C’est là qu’elle se trouve encore aujourd’hui, soigneusement enfermée dans un album de prix, qui la protège contre l’usure. Abelly ne l’a pas reproduite tout entière ; il a omis les passages qui lui semblaient peu dignes d’un saint, entre autres ceux qui pouvaient laisser soupçonner chez saint Vincent la croyance à l’alchimie. Firmin Joussemet, neveu de Madame Fillon, l’a publiée intégralement en 1856 dans la Revue des provinces de l’Ouest.

Le destinataire de la lettre est M. de Comet le jeune. (Cf. Abelly, op. cit., t. I, chap. IV, p. 14.) Nous écrivons Comet et non Commet pour nous conformer à l’orthographe suivie par le saint et les membres de la famille Comet..

1.) Saint Vincent dirigeait alors avec succès à Toulouse un pensionnat très fréquenté.

2.) On a conjecturé que le duc d’Epernon avait appelé le saint près de lui pour lui proposer un siège épiscopal. (Cf. La vie de Saint Vincent de Paul [par Pierre Collet], Nancy, 1748, 2 vol- in-4°, t. 1, p. 15.)

(3.) Chambres établies par l’édit de pacification de 1576 dans le parlement de Paris et dans celui de Toulouse, avec résidence à Castres, pour. juger des causes dans lesquelles étaient intéressés des réformés ; les catholiques et les protestants y étaient en nombre égal.

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quatre cents écus qu’un méchant mauvais garnement lui devait ; pour retirer partie duquel je m’acheminai sur le lieu pour vendre le bien, comme conseillé de mes meilleurs amis et de la nécessité que j’avais d’argent pour satisfaire aux dettes que j’avais faites, et grande dépense que j’apercevais qu’il me convenait faire à la poursuite de l’affaire que ma témérité ne me permet de nommer (4).

étant sur le lieu, je trouvai que le galant avait quitté son pays, pour une prise de corps que la bonne femme avait contre lui pour la même dette, et fus averti comme il faisait bien ses affaires à Marseille et qu’il y avait de beaux moyens. Sur quoi mon procureur conclut (comme aussi, à La vérité, la nature des affaires le requérait) qu’il me fallait acheminer à Marseille, estimant que l’ayant prisonnier, j’en pourrais avoir deux ou trois cents écus. N’ayant point d’argent pour expédier cela, je vendis le cheval que j’avais pris de louage à Toulouse, estimant le payer au retour, que l’infortune fit être aussi retardé que mon déshonneur est grand pour avoir laissé mes affaires si * embrouillés ; ce que je n’aurais fait si Dieu m’eût donné aussi heureux succès en mon entreprise que l’apparence me le promettait.

Je partis donc sur cet avis, attrapai mon homme à Marseille, le fis emprisonner et m’accordai à trois cents écus, qu’il me bailla content (5) étant sur le point de partir par terre, je fus persuadé par un gentilhomme, avec qui j’avais logé, de m’embarquer avec lui jusques à Narbonne, vu la faveur du temps qui était ; ce que je fis pour plus tôt y être et pour

4). Serait-ce le siège épiscopal proposé, a-t-on dit par le duc d’Epernon ?

5). Le saint a écrit content ; mais l’orthographe importe peu ; nous pensons que le mot comptant répond mieux à sa pensée.

En fait il faut bien lire "content" sur le manuscrit, formule consacrée dans ces tractations ; ie. qu’on ne fera pas appel (voir art.B. KOCH, "SV. expert en procédure", BLF 1999. B.K.

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épargner, ou, pour mieux dire, pour n’y jamais être et tout perdre.

Le vent nous fut aussi favorable qu’il fallait pour nous rendre, ce jour, à Narbonne, qu’était faire cinquante lieues, si Dieu n’eût permis que trois brigantins (6) turcs, qui côtoyaient le golfe du Lion pour attraper les barques qui venaient de Beaucaire, où il y avait foire que l’on estime être des plus belles de la chrétienté (7) ne nous eussent donné la charge et attaqués si vivement que, deux ou trois des nôtres étant tués et tout le reste blessé, et même moi, qui eus un coup de flèche, qui me servira d’horloge tout le reste de ma vie (8) n’eussions été contraints de nous rendre à ces félons et pires que tigres, les premiers éclats de la rage desquels furent de hacher notre pilote en cent mille pièces, pour avoir perdu un des principaux des leurs, outre quatre ou cinq forçats que les nôtres leur tuèrent. Ce fait, nous enchaînèrent, après nous avoir grossièrement pansés, poursuivirent leur pointe, faisant mille voleries, donnant néanmoins liberté à ceux qui se rendaient sans combattre, après les avoir volés. Et enfin, chargés de marchandise, au bout de sept ou huit jours, prirent la route de Barbarie, tanière et spélonque (9) de voleurs,

6. Les brigantins étaient alors de petits navires pontés, de la famille des galères, ne gréant qu’une seule voile, ayant de huit à seize bancs à un seul rameur et aux rames larges et minces.

7.) Beaucaire était le marché central des produits venus du Levant. La foire s’ouvrait chaque année le 22 juillet et amenait dans cette ville, de Marseille, Cette, Aigues-Mortes et d’ailleurs, un nombre incalculable de barques. Au départ, les barques qui prenaient la direction de la mer s’escortaient entre elles ou se faisaient accompagner par les galères pour se protéger en cas d’attaque. Les pirates levantins ou barbaresques guettaient leur passage, placés à l’affût le long des côtes, non loin des embouchures du Rhône. (Cf. Théodore Fassin, essai historique et juridique sur la foire de Beaucaire, Aix, 1900, in-8°; Abel Boutin, Les traités de paix et de commerce de la France avec la Barbarie, 1515-1830 in-8°, Paris, 1902.)

8.) Le saint souffrait de sa blessure aux changements de temps.

9.) Du mot latin spelunca, caverne.

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sans aveu du Grand Turc, où étant arrivés, ils nous exposèrent en vente, avec procès-verbal de notre capture, qu’ils disaient avoir été faite dans un navire espagnol, parce que, sans ce mensonge, nous aurions été délivrés par le consul que le roi tient de delà pour rendre libre le commerce aux Français (10).

Leur procédure à notre vente fut qu’après qu’ils nous eurent dépouillés tout nus, ils nous baillèrent à chacun une paire de braies (11), un hoqueton (12) de lin avec une bonnette, nous promenèrent par la ville de Tunis, où ils étaient venus expressément pour nous vendre. Nous ayant fait faire cinq ou six tours par la ville, la chaîne au col, ils nous ramenèrent au bateau, afin que les marchands vinssent voir qui pouvait bien manger et qui non, pour montrer comme nos plaies n’étaient point mortelles ; ce fait, nous ramenèrent à la place, où les marchands nous vinrent visiter, tout de même que l’on fait à l’achat d’un cheval ou d’un bœuf, nous faisant ouvrir la bouche pour visiter nos dents, palpant nos côtes, sondant nos plaies et nous faisant cheminer le pas, trotter et courir, puis tenir des fardeaux et puis lutter pour voir la force d’un chacun, et mille autres sortes de brutalités (13.)

Je fus vendu à un pêcheur, qui fut contraint de se

10) Les Capitulations de 1535 1569, 1581 et 1604 stipulaient que les corsaires barbaresques respecteraient la liberté du commerce français.

11) Braies, culottes.

12) Hoqueton, casaque.

13) Cette description correspond presque trait pour trait à celles que nous ont laissées d’autres esclaves libérés. Abel Boutin résume ainsi leurs témoignages (op. cit., p. 162) : "Durant toute la matinée, il y avait exposition des captifs. Au dire des témoins oculaires, c’était l’heure la plus pénible de la captivité. Entièrement nus, sous les rayons ardents d’un soleil tropical, ils devaient se prêter à toutes sortes d’attouchements de la part des acheteurs. Ceux-ci les palpaient comme sur nos marchés modernes on palpe bœufs ou chevaux. Ils examinaient leur conformation, la valeur de leurs muscles.

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défaire bientôt de moi, pour n’avoir rien de si contraire que la mer, et depuis par le pêcheur à un vieillard, médecin spagirique (14), souverain tireur de quintessences, homme fort humain et traitable, lequel, à ce qu’il me disait, avait travaillé cinquante ans à la recherche de la pierre philosophale, et en vain quant à la pierre, mais fort heureusement à une sorte de transmutation des métaux. En foi de quoi, je lui ai vu souvent fondre autant d’or que d’argent ensemble, les mettre en petites lamines, et puis mettre un lit de quelques poudres, puis un autre de lamines, et puis un autre de poudres dans un creuset ou vase à fondre des orfèvres, le tenir au feu vingt-quatre heures, puis l’ouvrir et trouver l’argent être devenu or ; et plus souvent encore congeler ou fixer de l’argent vif en fin argent, qu’il vendait pour donner aux pauvres. Mon occupation était à tenir le feu à dix ou douze fourneaux ; en quoi, Dieu merci, je n’avais plus (15) de peine que de plaisir. Il m’aimait fort et se

Ils essayaient leur force. Ils les faisaient marcher, courir ou sauter. Ils regardaient leurs dents, les paumes de leurs mains…"

A Alger, la vente se faisait par l’intermédiaire de courtiers. Ceux-ci faisaient successivement le tour du marché, passant devant les arcades, et énuméraient les qualités, vraies ou fausses, des captifs… Ils terminaient leur harangue par le prix demandé : à tant de piastres. Les acheteurs présents enchérissaient, et l’esclave était adjugé au plus offrant et dernier enchérisseur. Mais il y avait aussi des esclaves défectueux, infirmes, malingres ou vieux, qui n’auraient pu trouver acquéreur si on les avait mis individuellement en vente alors on faisait un lot d’esclaves, mi-robustes, mi-malingres, et le tout était adjugé selon la règle ordinaire. (A. Boutin, op. cit., p. 166.)

Pierre Dan Histoire de Barbarie et de ses corsaires, Paris, 2è éd. 1649, in-8°, p. 285) évalue à sept mille le nombre des chrétiens en captivité dans la seule régence de Tunis, aux premières années du XVII siècle. Le maître avait sur son esclave droit de vie et de mort. Il pouvait le garder, le mettre en liberté ou le revendre. L’esclave était sa chose.

14). Les médecins spagiristes expliquaient les changements organiques du corps humain en santé et en maladie comme les chimistes de leur temps expliquaient ceux du règne inorganique. Paracelse fut, au XVI° siècle, le fondateur et le chef de cette école.

15) Je n’avais plus, je n’avais pas plus.

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plaisait fort de me discourir de l’alchimie et plus de sa loi, à laquelle il faisait tous ses efforts de m’attirer, me promettant force richesses et tout son savoir.

Dieu opéra toujours en moi une croyance de délivrance par les assidues prières que je lui faisais et à la sainte Vierge Marie, par la seule intercession de laquelle je crois fermement avoir été délivré. L’espérance et ferme croyance donc que j’avais de vous revoir, Monsieur, me fit être assidu à le prier de m’enseigner le moyen de guérir de la gravelle, en quoi je lui voyais journellement faire miracle ; ce qu’il fit ; voire me fit préparer et administrer les ingrédients. Oh ! combien de fois ai-je désiré (16) depuis d’avoir été esclave auparavant la mort de feu Monsieur votre frère et commaecenas (17) à me bien faire (18), et avoir eu le secret que je vous envoie (19,) vous priant le recevoir d’aussi bon cœur que

(16). Ce mot est répété dans l’original.

(17) Mécène, favori d’Auguste, fut, de son temps, le protecteur des gens de lettres et en particulier de Virgile et d’Horace.

(18). M. de Comet l’aîné, avocat du présidial de Dax et juge de Pouy, avait eu, ainsi que son frère, le mérite de deviner le jeune Vincent. Jusqu’au jour de son départ pour l’université de Toulouse, celui-ci se laissa conduire par les Comet, qui, pour accroître ses faibles ressources, lui confièrent un préceptorat dans leur propre famille. Il ne faudrait pas dire toutefois, avec le janséniste Martin de Barcos (Défense de feu Monsieur Vincent de Paul… contre les faux discours du livre de sa vie publiée par M. Abelly, ancien évêque de Rodez, et contre les impostures de quelques autres écrits sur ce sujet, 1666, in-8°, p. 87), que saint Vincent de Paul est entré dans les ordres sans vocation, pour ne pas contrarier ses deux bienfaiteurs.

(19) Nous lisons dans un ancien cahier manuscrit sans date conservé à l’hospice de Marans (Charente-Inférieure) : "Remède de saint Vincent. de Paul pour la gravelle. Prenez thérébentine de Venise, deux onces ; turbith blanc, deux onces ; mastic, galanga, girofle, cannelle cubes, de chacun demi-once ; bois d’aloès battu, une once. Empâtez le tout ensemble avec demi-livre de miel blanc et une pinte d’eau-de-vie la plus forte. Laissez le tout en digestion quelque temps, puis le distillez. Il faut prendre, le matin, à jeun, la quatrième partie d’une cuillère et observer de l’emplir d’eau de bourrache ou de buglosse, en prendre autant de fois que l’on voudra, parce qu’elle ne peut être nuisible ; au contraire, elle est très bonne pour la santé ;

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ma croyance est ferme que, si j’eusse su ce que je vous envoie, que la mort n’en aurait jà (20) triomphé (au moins par ce moyen), ores que l’on die que les jours de l’homme sont comptés devant Dieu. Il est vrai ; mais ce n’est point parce que Dieu avait compté ses jours être en tel nombre, mais le nombre a été compté devant Dieu, parce qu’il est advenu ainsi ; ou, pour plus clairement dire, il n’est point mort lorsqu’il est mort pource que Dieu l’avait ainsi prévu ou compté le nombre de ses jours être tel, mais il l’avait prévu ainsi et le nombre de ses jours a été connu être tel qu’il a été, parce qu’il est mort lorsqu’il est mort.

Je fus donc avec ce vieillard depuis le mois de septembre 1605 (21) jusques au mois d’août prochain (22), qu’il fut pris et mené au grand sultan (23) pour travailler pour lui mais en vain, car il mourut de regret par les chemins. Il me laissa à un sien neveu, vrai anthropomorphite (24) qui me revendit tôt après la mort de son oncle, parce qu’il ouit dire comme M. de Brèves (25), ambassadeur pour le roi en Turquie, venait, avec bonnes

et la principale opération est pour les urines. C’est pourquoi on n’y est point obligé de garder d’autre régime de vivre, sinon qu’il ne faut manger qu’une heure après, et on peut aller à ses affaires ordinaires. On en verra l’expérience. Ce grand serviteur de Dieu l’a appris en Barbarie, lorsqu’il était captif."

20). Jà, déjà.

21). Il n’était donc resté que de un à deux mois avec son premier maître.

22). Prochain, suivant.

23). Achmet 1er, fils et successeur de Mohammed III.

24). Nom donné à ceux qui attribuent à Dieu une figure humaine. Il a paru étrange à Martin de Barcos (Réplique à l’écrit que M. Abelly, ancien évêque de Rodez a publié pour défendre son livre de la vie de M. Vincent, 1669, in-4°, p. 13) que saint Vincent ait fait ici mention des opinions théologiques de son maître, et il a supposé qu’Abelly avait mal lu l’original. Il est possible qu’après coup Abelly ait eu des doutes, car, dans sa seconde édition, le mot anthropomorphite est omis.

25). François Savary, seigneur de Brèves, ambassadeur à Constantinople de l589 à 1607 et à Rome de 1607 à 1615, gouverneur de

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et expresses patentes du Grand Turc, pour recouvrer les esclaves chrétiens.

Un renégat (26) de Nice, en Savoie, ennemi de nature, m’acheta et m’en emmena en son temat (27) ; ainsi s’appelle le bien que l’on tient comme métayer du Grand Seigneur, car le peuple n’a rien ; tout est au sultan. Le temat de celui-ci était dans La montagne, où le pays est extrêmement chaud et désert. L’une des trois femmes qu’il avait (comme grecque-chrétienne, mais schismatique) avait un bel esprit et m’affectionnait fort ; et plus à la fin, une naturellement turque, qui servit d’instrument à l’immense miséricorde de Dieu pour retirer son mari de l’apostasie et le remettre au giron de l’église, fit me délivrer de mon esclavage. Curieuse qu’elle était de savoir notre façon de vivre, elle me venait voir tous les jours aux champs où je fossoyais,

Gaston, frère de Louis XIII, premier écuyer de la reine et membre du conseil des dépêches, un des négociateurs les plus habiles du règne d’Henri IV, mort en 1628, à l’âge de soixante-huit ans.

Savary de Brèves débarqua à Tunis le 17 juin 1606. Il avait ordre de demander l’élargissement de tous les esclaves français, la restitution des marchandises et des navires pris par les pirates, enfin l’abolition du droit de visite. Au mois d’août, après de longs pourparlers, les Tunisiens s’engagèrent à ne plus troubler le trafic des négociants français et à restituer au consul tout ce que les corsaires enlèveraient à la France. L’ambassadeur repartit le 24 août, accompagné de soixante-douze esclaves. Il n’avait obtenu que des promesses restées vaines et la libération de quelques captifs. (Relation des voyages de Monsieur de Brèves tant en Grèce, Terre Sainte et égypte qu’aux royaumes de Tunis et d’Alger, ensemble un traité fait l’an 1604 par Jacques de Castel, son secrétaire, Paris, 1628, in-4°.)

26). Les renégats étaient nombreux. Ils se recrutaient soit parmi les esclaves, soit parmi les étrangers venus d’eux-mêmes en Barbarie pour se soustraire à leurs créanciers. Ceux qui embrassaient l’Islam étaient, de par la loi musulmane, quittes de toutes dettes. Les esclaves convertis à la religion de Mahomet avaient plus de liberté que les autres et étaient soumis à des traitements moins rigoureux. Les capitaines les plus redoutés dont parle l’histoire de la piraterie barbaresque, étaient presque tous des renégats. Une fois leur fortune faite, ils en jouissaient paisiblement dans de somptueux palais.

27). Mot turc.

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et après tout me commanda de chanter louanges à mon Dieu. Le ressouvenir du Quomodo cantabimus in terra aliena des enfants d’Israël captifs en Babylone me fit commencer, avec la larme à l’œil, le psaume Super flumina Babylonis et puis le Salve, Regina, et plusieurs autres choses ; en quoi elle prit autant de plaisir que la merveille en fut grande. Elle ne manqua point de dire à son mari, le soir, qu’il avait eu tort de quitter sa religion, qu’elle estimait extrêmement bonne, pour un récit que je lui avais fait de notre Dieu et quelques louanges que je lui avais chantées en sa présence ; en quoi, disait-elle, elle avait un si divin plaisir qu’elle ne croyait point que le paradis de ses pères et celui qu’elle espérait fut si glorieux, ni accompagné de tant de joie que le plaisir qu’elle avait pendant que je louais mon Dieu, concluant qu’il y avait quelque merveille.

Cet autre Caïphe ou ânesse de Balaam fit, par ses discours, que son mari me dit dès le lendemain qu’il ne tenait qu’à commodité que nous ne nous sauvassions en France (28), mais qu’il y donnerait tel remède, dans peu de temps, que Dieu y serait loué. Ce peu de jours furent dix mois qu’il m’entretint en ces vaines, mais à la fin exécutées espérances, au bout desquels nous nous sauvâmes avec un petit esquif et nous rendîmes, le vingt-huitième de juin, à Aigues-Mortes (29) et tôt après en Avignon, où Monseigneur le vice-légat 30 reçut publi-

28). Il était impossible de fuir par terre, la régence de Tunis étant entourée de déserts infestés de bêtes fauves. Par mer, la fuite était périlleuse, vu la surveillance continuelle que l’on exerçait sur les côtes. Les renégats en fuite, quand ils étaient repris, payaient de leur vie leur tentative audacieuse.

29). Petite ville du Gard placée sur les bords d’un grand étang, à près de deux lieues de la mer, à laquelle elle est reliée par un canal construit sous Louis XV.

30). Pierre-François Montorio, né en mars 1558 à Narni, évêque de Nicastro en 1593, vice-légat d’Avignon en 1604, nonce à Cologne en 1621 mort à Rome en juin 1643.

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quement le renégat, avec la larme à l’œil et le sanglot au gosier, dans l’église de Saint-Pierre, à l’honneur de Dieu et édification des spectateurs. Mondit seigneur nous a retenus tous deux pour nous mener à Rome, où il s’en va tout aussitôt que son successeur à la trienne (31) qu’il acheva le jour de la saint Jean, sera venu (32). Il a promis au pénitent de le faire entrer à l’austère couvent des Fate ben fratelli (33) où il s’est voué (34), et à moi de me faire pourvoir de quelque bon bénéfice. Il me fait cet honneur de me fort aimer et caresser, pour quelques secrets d’alchimie que je lui ai appris, desquels il fait plus d’état, dit-il, que si io li avesse datto un monte di oro (35,) parce qu’il y a travaillé tout le temps de sa vie et qu’il ne respire autre contentement. Mondit seigneur, sachant comme je suis homme d’église, m’a commandé d’envoyer quérir les lettres de mes ordres, m’assurant de me faire du bien et très bien pourvoir de bénéfice. J’étais en peine pour trouver homme affidé pour ce faire, quand un mien ami, de la maison de mondit seigneur, m’adressa Monsieur Canterelle, présent porteur, qui s’en allait à Toulouse, lequel j’ai prié de prendre la peine de donner un coup d’éperon jusques à Dax pour vous aller rendre la présente et recevoir mesdites lettres avec celles que j’obtins à Toulouse de bachelier en théologie (36) que je vous supplie

31). Les vice-légats d’Avignon étaient nommés pour trois ans.

32). Le successeur de Pierre-François Montorio fut Joseph Ferreri, archevêque d’Urbino.

33). Faites bien, frères, nom vulgaire d’un hôpital tenu par les frères de Saint-Jean-de-Dieu.

34). Abelly ne donne pas la suite de la lettre.

35.) Si io li avesse datto un monte di auro, si je lui avais donné une montagne d’or.

36). On retrouva dans la chambre du saint, après sa mort, ses lettres de bachelier en théologie, recues à l’université de Toulouse, et celles de licencié en droit canon, que lui avait conférées l’université de Paris. (Déposition du frère Chollier au procès de béatification ;

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lui délivrer. je vous en envoie, à ces fins, un reçu. Ledit sieur Canterelle est de la maison et a exprès commandement de Monseigneur de s’acquitter fidèlement de sa charge et de m’envoyer les papiers à Rome, si tant est que nous soyons partis.

J’ai porté deux pierres de Turquie que nature a taillées en pointe de diamant, l’une desquelles je vous envoie, vous suppliant la recevoir d’aussi bon cœur que humblement je la vous présente.

Il ne peut point être, Monsieur, que vous et mes parents n’ayez été scandalisés en moi par mes créanciers, que j’aurais déjà en partie satisfaits de cent ou six-vingts écus, que notre pénitent m’a donnés, si je n’avais été conseillé par mes meilleurs amis de les garder jusques à mon retour de Rome, pour éviter les accidents qu’à faute d’argent me pourraient advenir (ores que j’aie la table et le bon œil de Monseigneur) ; mais j’estime que tout ce scandale se tournera en bien.

J’écris à Monsieur d’Arnaudin (37) et à ma mère. Je vous supplie leur faire tenir mes lettres par homme que Monsieur Canterelle paiera. Si, par cas fortuit, ma mère avait retiré les lettres, à tout événement, elles sont insinuées chez Monsieur Rabel (38). Autre chose (39) sinon que, vous priant me continuer votre sainte affection, je

cf. Summarium ex processu ne pereant probationes auctoritate apostolica fabricato, in-4, p. 5.) Vincent de Paul ne se donne jamais d’autres titres. Ceux qui lui attribuent la licence en théologie (Abelly op cit., t. III, chap. XIII, p.199), ou le doctorat en la même matière (Gallia Christiana, t. II, col. 1413), font certainement erreur.

37). Vraisemblablement Pierre Darnaudin, notaire.

38). Pierre Rabel ou Ravel était, croyons-nous, secrétaire épiscopal. Nous le voyons figurer dans une pièce de 1603 comme procureur constitué de l’évêque de Dax devant le notaire Bayle. (Archiv. non classées du senéchal civil de Dax)

39). Autre chose, rien autre chose.

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demeure, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur

En Avignon, ce 24 juillet 1607.

DEPAUL (40)

Suscription : A Monsieur Monsieur de Comet, avocat à la Cour présidiale de Dax, à Dax.

2. — A MONSIEUR DE COMET

Monsieur,

Je vous ai écrit deux fois par l’ordinaire d’Espagne, qui passe à Paris et à Bayonne, et adressé mes lettres chez Monsieur de la Lande (1) pour les faire tenir à Monsieur le procureur du roi, que je me ressouviens être parents, et ne savoir cui altati vovere vota mea pour

40). Les trois premières lettres de saint Vincent sont signées Depaul, les suivantes Vincent Depaul, ou, par abréviation, V. D., parfois V. D. P. jamais sous la plume du saint on ne trouve de Paul en deux mots, bien que ses contemporains eux-mêmes aient ainsi séparé les deux syllabes de son nom. Dans les registres paroissiaux de son village natal et des lieux environnants et au bas des actes notariés de la famille, nous trouvons l’une et l’autre orthographes. Au reste, la question est sans importance. La particule n’est regardée, et avec raison, par aucun généalogiste comme un signe de noblesse. Il suffit de parcourir les plus anciens registres de catholicité de Pouy pour s’en convaincre ; presque tous les paysan ont un de devant leur nom. La raison en est dans ce fait que, au moins dans cette partie des Landes beaucoup de noms de personnes étaient à l’origine des noms de lieux. Nous trouvons à Pouy deux endroits qui s’appelaient anciennement et s’appellent encore aujourd’hui Paul : une maison sise dans le quartier de Buglose, et un ruisseau qui traverse presque à mi-chemin la route reliant Buglose au Berceau. Il est assez probable que les parents éloignés du saint avaient habité ou cette maison ou les bords de ce ruisseau. Ils étaient de Paul ; le nom leur est resté.

Lettre 2. — L. a. Dossier de la Mission, original. Nous avons déjà raconté l’histoire de l’original de cette lettre en parlant de l’original de la lettre.

1) Très probablement Bertrand de Lalande, conseiller du roi et lieutenant général du présidial de Dax, qui, par son mariage avec Jeanne de Parage, dame d’Escanebaque, est devenu la tige des de la Lalande, seigneurs d’Escanebaque à Sabres (Landes).

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avoir de vos nouvelles, quand Dieu, qui, etiamsi differat, non aufert tamen spei effectus, m’a fait rencontrer ce vénérable Père religieux sur son embarquement, par le moyen duquel j’espère jouir du bien duquel la perfidie de ceux à qui l’on fie les lettres m’avait privé.

Ce bien n’est autre chose, Monsieur, qu’une assurance nouvelle de votre bon portement et de celui de toute votre famille, que je prie le Seigneur féliciter du comble de ses grâces. Je vous rendais grâces par mes précédentes du soin paternel qu’il vous plaît avoir de moi et de mes affaires, et priais mon Dieu, comme je fais encore et ferai toute ma vie, me vouloir faire la grâce de me donner le moyen de m’en revancher par mon service, que vous vous êtes hypothéqué au prix de tout le bien qu’un père peut faire à son fils propre.

Je suis extrêmement marri que je ne vous puisse écrire que (2) trop sommairement l’état de mes affaires pour le hâté départ des mariniers peu courtois avec lesquels ce vénérable Père s’en va, non à Dax, à ce qu’il m’a dit, mais bien en Béarn, où il m’a dit que le Révérend Père Antoine Pontanus, qui a toujours été de mes bons amis, prêche, auquel, comme à celui duquel j’espère un bon office, j’adresse mes lettres, le prie vous vouloir faire tenir la présente, et de me renvoyer, s’il a commodité, comme ce Père m’a dit qu’il aurait, la réponse que j’espère qu’il vous plaira me faire.

Mon état est donc tel, en un mot, que je suis en cette ville de Rome, où je continue mes études, entretenu par Monseigneur le vice-légat qui était d’Avignon (3) qui me fait l’honneur de m’aimer et de désirer mon avan-

2.). Ce mot est répété dans l’original.

3). Pierre-François de Montorio.

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cement, pour lui avoir montré force belles choses curieuses que j’appris pendant mon esclavage de ce vieillard turc à qui je vous ai écrit que je fus vendu, du nombre desquelles curiosités est le commencement, non la totale perfection, du miroir d’Archimède ; un ressort artificiel pour faire parler une tête de mort, de laquelle ce misérable se servait pour séduire le peuple, leur disant que son dieu Mahomet lui faisait entendre sa volonté par cette tête, et mille autres belles choses géométriques, que j’appris de lui, desquelles mondit seigneur est si jaloux qu’il ne veut pas même que j’accoste personne, de peur qu’il a que je l’enseigne, désirant avoir, lui seul, la réputation de savoir ces choses, lesquelles il se plaît de faire voir quelquefois à Sa Sainteté (4) et aux cardinaux. Cette sienne affection et bienveillance donc me fait promettre, comme il me l’a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir, à ces fins, quelque honnête bénéfice en France ; à quoi m’est nécessaire extrêmement une copie de mes lettres d’ordres, signée et scellée de Monseigneur de Dax, avec un témoignage de mondit seigneur, qu’il pourrait retirer par une enquête sommaire de quelques-uns de nos amis, comme l’on m’a toujours reconnu vivant en homme de bien, avec toutes

4). Paul V.

5.) La copie envoyée au saint sur sa demande commençait ainsi : Extrait du quatrième registre des insinuations ecclésiastiques du diocèse d’Acqs ; puis venait le texte des lettres d’ordination, et à la suite : "L’an mil six cent quatre et le vingtième jour du présent mois d’octobre, toutes les susdites lettres d’ordre de prêtrise ont été insinuées et enregistrées au quatrième registre des Insinuations ecclésiastiques du diocèse d’Acqs, ce requérant ledit Vincent de Paul y nommé. Et le quinzième du présent mois de mai mil six cent huit, le tout a été bien et dûment extrait, vidimé et collationné dudit quatrième registre des Insinuations, ce requérant [la place réservée au nom est restée en blanc] son frère, au nom et comme ayant charge dudit Vincent de Paul, pour lui servir ce que de raison. Fait à d’Acqs ledit jour et an

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les autres petites solennités à ce requises. C’est ce que mondit seigneur m’exhorte tous les jours de retirer. C’est pourquoi, Monsieur, je vous supplie très humblement me vouloir faire encore ce bien de vouloir relever une autre cédule de mes lettres et de tenir la main à me faire obtenir de mondit seigneur de Dax cet attestatoire, en la forme que dessus, et de me l’envoyer par la voie dudit Révérend Père Pontanus. Je vous aurais envoyé de l’argent à ces fins, n’était que je crains que l’argent ne fasse perdre la lettre. Voilà pourquoi je vous prie faire, avec ma mère (6), qu’elle fournisse ce qu’il faudra. Je présuppose qu’il y faudra 3 ou 4 écus. J’en ai baillé deux, comme par aumône sans reproche à ce religieux, qui me promit de les rendre audit Père Antoine (7) pour les envoyer à cet effet. Si cela est, je vous prie les prendre ; sinon, je vous promets vous renvoyer ce qu’on aura fourni pendant quatre ou cinq mois, par lettre d’échange avec ce que je dois à Toulouse ; car je suis résolu de m’acquitter, puisqu’il a plu à Dieu m’en donner le juste

que dessus par moi. De Luc, greffier." L’attestation de Jean-Jacques Dusault, évêque de Dax, terminait le tout. "Joannes-Jacobus Dusault, Dei et Sanctae Sedis Apostolicae gracia Aquensis episcopus, omnibus praesentes litteras inspecturis salutem in Domino. notum facimus et attestamur quod praedicte litterae omnium ordinum et dimissoriae magistri Vincentii Pauli, noslrae dioecesis presbyteri, suprascriptae et in registro insinuationum ecclesiasticarum dictae nostrae diocesis ex vero originali insinuatae, exinde extractae fuerunt prou tenore praesentium attestamur ; in cujus rei fldem dictas litteras eertificatorias signo et sigillo nostris signoque secretarii nostri jussimus communiri. Datum Aquis, die die-decima-septima mensis maii, anno Domini millesimo sexcentesimo octavo. J.J. Dusault, episcopus Aquensis. De mandato praefati Domini mei Reverendissimi episcopi, Duclos, secretarius." (Arch. des prêtres de la Mission, copie du XVIII° siècle.)

6). Vincent de Paul avait perdu son père en 1598. (Abelly, op cit., t. I, chap. III, p. 12.)

7) Antoine Pontanus.

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moyen. J’écris à Monsieur Dusin, mon oncle (8), et le prie de me vouloir assister en cet affaire. Je reçus, par celui qui vous alla trouver de ma part, les lettres de bachelier qu’il vous plut m’envoyer, avec une copie de mes lettres, que l’on a jugée invalide, pour n’avoir été autorisée par le seing et apposition du scel de mondit seigneur de Dax. Il n’y a rien de nouveau que je vous puisse écrire, fors la conversion de trois familles tartares, qui se sont venues christianiser en cette ville, que Sa Sainteté reçut la larme à l’œil, et la catholisation d’un évêque ambassadeur pour les Grecs schismatiques. La hâte me fait conclure la présente, mal empatouillée en cet endroit, avec humble prière que je vous fais d’excuser ma trop grande importunité et de croire que je hâterai mon retour le plus qu’il me sera possible pour m’aller acquitter du service que je vous dois ; ce qu’attendant, je demeurerai, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

De Rome, ce 28 février 1608.

DEPAUL.

Suscription. A Monsieur Monsieur de Comet, avocat à la Cour présidiale de Dax, à Dax.

8.) Probablement Dominique Dusin, qui était curé de Pouy ou le devint dans la suite. (Collet, op. cit., t. I, p. 109.)

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3. — A SA MèRE, A POUY (1)

L’assurance que Monsieur de Saint-Martin (2) m’a donnée de votre bon portement m’a autant réjoui que le séjour qu’il me faut encore faire en cette ville 3 pour recouvrer l’occasion de mon avancement (que mes désastres m’ont ravi) me rend fâché pour ne vous pouvoir aller rendre les services que je vous dois ; mais j’espère tant en la grâce de Dieu qu’il bénira mon labeur et qu’il me donnera bientôt le moyen de faire une honnête retraite (4), pour employer le reste de mes jours auprès de vous 5. J’ai dit l’état de mes affaires à Monsieur de Saint-Martin, qui m’a témoigné qu’il voulait succéder à la bienveillance et à l’affection qu’il a plu à Monsieur de Comet nous porter. Je l’ai supplié de vous communiquer le tout. J’eusse bien désiré savoir l’état des affaires de la maison et si tous mes frères et sœurs 6 et le reste de nos

Lettre 3. — Reg. I, f° 1. Le copiste note que l’original était en entier de la main du saint.

1). Aujourd’hui Saint-Vincent-de-Paul (Landes). C’est dans ce petit village, à 6 kilomètres de Dax, que saint Vincent est né. Un vaste ensemble de bâtiments, comprenant hospice, orphelinats, ateliers et séminaire, marque l’endroit où il vint au monde. 2. Probablement Jean de Saint-Martin, époux de Catherine de Comet, frère du chanoine de Saint-Martin et juge de Pouy. M. de Comet le jeune était mort, semble-t-il, avant 1610.

3). D’après Abelly (op. cit., t. I, chap. V, au début, p. 20), saint Vincent serait venu de Rome à Paris vers la fin de 1608, envoyé vers Henri IV par le cardinal d’Ossat. Aucun document de l’époque ne parle de cette mission secrète, et il est sûr que le cardinal d’Ossat n’y fut pour rien, puisqu’il était mort le 13 mars 1604.

4). Saint Vincent eut, le 17 mai, le bénéfice qu’il attendait. Nous donnerons en son lieu le contrat fait à cette occasion.

5). Comme ce langage diffère de celui que saint Vincent tiendra plus tard quand il aura pris davantage contact avec les âmes, vu leurs besoins, senti leurs souffrances, entendu leur appel !

6). Nous savons par Abelly (op. cit., t. II, chap. Il, au début, p. 7)

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autres parents et amis se portent bien, et notamment si mon frère Gayon est marié et à qui, d’ailleurs, comment vont les affaires de ma sœur Marie, de Paillole (7), et si elle vit toujours et fait une même maison avec son beau-frère Bertrand. Quant à mon autre sœur, j’estime qu’elle ne peut être qu’à son aise, tant qu’il plaira à Dieu la tenir accompagnée. Je désirerais aussi que mon frère fît étudier quelqu’un de mes neveux (8). Mes infortunes et le peu de service que j’ai encore pu faire à la maison lui en pourront possible ôter la volonté ; mais qu’il se représente que l’infortune présente présuppose un bonheur à l’avenir.

C’est tout, ma mère, ce que je vous puis dire par la présente, fors que je vous supplie présenter mes humbles recommandations à tous mes frères et sœurs et à tous nos autres parents et amis, et que je prie Dieu

que Vincent de Paul était le troisième enfant d’une famille comprenant quatre garçons et deux filles. Dans un acte notarié, du 4 septembre 1626 signé Vincent Depaul, il est question de "Bernard et Gayon Depaul, frères dudit sieur Vincent Depaul" ce dernier "son frère second" de Marie Depaul, sa sœur, femme de Grégoire", et d’une autre "Marie Depaul, sa sœur", veuve de "Jehan de Paillole". Un document, du 12 mai 1631, publié dans la Revue de Gascogne (1905, p. 354-357), nous parle de "Pierre Depaul, dit de Leschine", fils de "feu Jehan Depaul)". Si nous comparons une lettre de M. Lostalot, du 25 septembre 1682 (Arch. des prêtres de la Mission), avec les registres de catholicité, nous sommes amenés à cette conclusion que Pierre de Paul était neveu du saint, et par suite que son père en était le frère. Jean n’est pas nommé dans l’acte de 1626, parce qu’il était mort à cette date. Jean, Bernard, Gayon, Marie et une autre Marie, tels seraient donc les noms des frères et sœurs de saint Vincent ; mais rien ne nous dit dans quel ordre il faut les placer.

7). Paillole est le nom de la maison qu’habitait la sœur du saint. Cette maison était près de l’église, là où se trouve aujourd’hui celle qui porte le même nom.

8). Un des neveux de saint Vincent étudia et devint prêtre. Nous lisons, en effet, dans un registre des prébendiers de Capbreton (Landes) : "M. François Depaul, prêtre, prébendier de Capbreton en la place de M.Jean de Ponteils, décéda le 8 juin 1678 ; il était de Pouy, proche d’Acqs, et neveu de M. Vincent, prêtre, fondateur de la congrégation des prêtres de la Mission." (Arch. de M. l’abbé Gabarra, curé de Capbreton).

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sans cesse pour votre santé et pour la prospérité de la maison, comme celui qui vous est et vous sera, ma mère, le plus humble, le plus obéissant et serviable fils et serviteur.

DEPAUL

Je vous supplie présenter mes humbles recommandations à tous mes frères et sœurs et à tous nos parents et amis, et notamment à Bétan.

20 juin 1616.

Monsieur,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais ! Il se trouve quelquefois quelques bonnes personnes qui désirent faire confession générale, et pource qu’il s’y rencontre bien souvent des cas réservés et qu’on a peine de les renvoyer, j’ai pensé de vous supplier très humblement de me donner permission de les absoudre desdits cas réservés, vous assurant que je n’en abuserai point et que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

5. — EDME MAULJEAN A SAINT VINCENT

Monsieur,

J’ai tant d’assurance de votre suffisance, prudence, capacité

Lettre 4. — Reg. 1, f° I. — Le copiste note que l’original était en entier de la main du saint.

1). Né au diocèse de Châlons, mort le 1er mars 1617. Vincent de Paul, précepteur des enfants de Philippe-Emmanuel de Gondi général des galères et comte de Joigny, avait souvent l’occasion d’aller avec eux dans cette ville, située au diocèse de Sens.

Lettre 5. — Reg. I, f°1 Edme Mauljean écrivit sa réponse à la suite de la requête de Vincent de Paul.

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et autres mérites que très volontiers je vous accorde ce que vous demandez. Dieu vous donne la grâce de vous en acquitter dignement, comme je l’espère ainsi !

En signe de quoi je vous ai signé ce mot le 20e jour de juin 1616.

Mauljean.

6. — A PHILIPPE-EMMAUEL DE GONDI (1), EN PROVENCE

Août ou septembre 1617 (2).

Saint Vincent écrit de Châtillon-les-Dombes (3), que, n’ayant aucune des qualités requises pour être précepteur dans une famille d’aussi haute noblesse que celle des Gondi, il a quitté secrètement Paris, avec l’intention bien arrêtée d’exercer le ministère paroissial là où il se trouve.

7. — MADAME DE GONDlIA SAINT VINCENT

Septembre 1617. (2)

Monsieur,

Je n’avais pas tort de craindre de perdre votre assistance, comme je vous ai témoigné tant de fois, puisqu’en effet je l’ai perdre. L’angoisse où j’en suis m’est insupportable sans une grâce de Dieu tout extraordinaire, que je ne mérite pas. Si ce n’était que pour un temps, je n’aurais pas tant de peine ; mais

Lettre 6. — Abelly, op. cit., t. I, chap. IX, p. 38.

1). Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères de France, était père du second cardinal de Retz, qui se signala par ses intrigues sous la Fronde. Devenu veuf, il entra chez les Oratoriens et y passa le reste de sa vie dans la pratique des vertus chrétiennes et religieuses. Il mourut à Joigny, le 29 juin 1662. La congrégation de la Mission, l’Oratoire et le Carmel honorent en lui un de leurs plus insignes bienfaiteurs. On peut lire sa notice dans la Bibliothèque oratorienne du P. Ingold, Paris, 1882, 3 vol. in-12, t. I. pp. 421-448 ; et dans les Mémoires domestiques pour servir à l’histoire de l’Oratoire, par le P. Louis Batterel, Paris, 1902-1905, 4 vol. in-8, t. I, pp. 322-361.

2.) Abelly nous dit que le général des galères reçut la lettre de Vincent de Paul à la fin d’août ou dans la première quinzaine de septembre.

3). Aujourd’hui Châtillon-sur-Chalaronne (Ain), dans le diocèse de Belley.

Lettre 7. — Abelly, op. cit., t. I, chap. IX, p. 41.

1). Françoise Marguerite de Silly, épouse de Philippe-Emmanuel de Gondi, était née en 1580 d’Antoine de Silly, comte de Rochepot, baron de Montmirail, ambassadeur en Espagne, et de Marie de Lannoy. Peu après que saint Vincent fut entré dans sa maison comme

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quand je regarde toutes les occasions où j’aurai besoin d’être assistée, par direction et par conseil, soit en la mort, soit en la vie, mes douleurs se renouvellent. Jugez donc si mon esprit et mon corps peuvent longtemps porter ces peines. Je suis en état de ne rechercher ni recevoir assistance d’ailleurs, parce que vous savez bien que n’ai pas la liberté pour les besoins de mon âme avec beaucoup de gens. Monsieur de Bérulle m’a promis de vous écrire, et j’invoque Dieu et la Sainte Vierge de vous redonner à notre maison, pour le salut de toute notre famille et de beaucoup d’autres, vers qui vous pourrez exercer votre charité. Je vous supplie encore une fois, pratiquez-la envers nous, pour l’amour que vous portez à Notre-Seigneur, à la bonté duquel je me remets en cette occasion, bien qu’avec grande crainte de ne pouvoir pas persévérer. Si après cela vous me refuses, je vous chargerai devant Dieu de tout ce qui m’arrivera et de tout le bien que je manquerai à faire, faute d’être aidée. Vous me mettrez en hasard d’être en des lieux bien souvent privée des sacrements, pour les grandes peines qui m’y arrivent et le peu de gens qui sont capables de m’y assister. Vous voyez bien que Monsieur le général a le même désir que moi, que Dieu seul lui donne par sa miséricorde. Ne résistez pas au bien que vous pouvez faire aidant à son salut, puisqu’il est pour aider un jour à celui de beaucoup d’autres. le sais que, ma vie ne servant qu’à offenser Dieu, il n’est pas dangereux de la mettre en hasard ; mais mon âme doit être assistée à la mort. Souvenez-vous de l’appréhension où vous m’avez vue en ma dernière maladie en un village ; je suis pour arriver en un pire état ; et la seule peur de cela me ferait tant de mal que je ne sais si sans ma grande disposition précédente elle ne me ferait pas mourir.

précepteur de ses enfants, elle lui confia la direction de son âme. L’influence du saint ne tarda pas à se faire sentir. La pieuse dame prit l’habitude de visiter et de servir les malades, de distribuer aux pauvres d’abondantes aumônes. Elle fit donner des missions sur ses terres et s’affilia à la confrérie de la Charité de Montmirail. Elle mourut le 23 juin 1625, après avoir fait nommer son saint directeur principal du collège des Bons-Enfants et lui avoir mis en main les moyens, par un don de 45.000 livres, de fonder la congrégation de la Mission. (Voir Abelly, op cit., t. I. chap- VII-XVIII ; Hilarion de Coste, Les éloges et vies des reynes, princesses, dames et damoiselles illustres en piété, courage et doctrine, Paris, 1647, 2 vol. in-4° t. II, p. 383 et suiv. ; Chantelauze, Saint Vincent de Paul et les Gondi, Paris, 1882, in-8°.) Madame de Gondi reçut, le 14 septembre, la lettre par laquelle son mari lui apprenait la résolution de saint Vincent ; ce fut à la suite de cette lettre qu’elle écrivit la sienne.

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8. — A MADAME DE GONDI

Septembre ou octobre 1617. (1)

Vincent de Paul console et encourage Mme de Gondi, tout en l’invitant à se soumettre au bon plaisir de Dieu (2).

5 octobre 1617.

J’ai reçu depuis deux jours celle que vous m’avez écrite de Lyon, où je vois la résolution que vous avez prise de faire un petit voyage à Paris sur la fin de novembre, dont je me réjouis extrêmement, espérant de vous y voir en ce temps-là, et que vous accorderez à mes prières et aux conseils de tous vos bons amis le bien que le désire de vous.

Je ne vous en dirai pas davantage, puisque vous avez vu la lettre que j’écris à ma femme. Je vous prie seulement de considérer qu’il semble que Dieu veut que, par votre moyen, le père et les enfants soient gens de bien.

10. — A CHARLES DU FRESNE (1)

SECRéTAIRE DE PHILIPPE-EMMANUEL DE GONDI

Octobre 1617 (2).

Saint Vincent informe son ami qu’il espère faire un voyage

Lettre 8. — Abelly, op cit., t. I, chap. IX, p. 43. 1. Cette lettre répond à la précédente.

2). La réponse de saint Vincent de Paul ne découragea pas Madame de Gondi ; elle fit écrire ses enfants, les principaux officiers de sa maison, le Père de Bérulle, le cardinal de Retz, évêque de Paris, des docteurs, des religieux, bref toutes les personnes qui pouvaient avoir de l’influence sur son saint directeur. L’intervention du Père Bence, supérieur de l’Oratoire de Lyon, fut de toutes la plus efficace ; le saint lui promit d’aller à Paris prendre conseil de ses amis.

Lettre 9. — Abelly, op. cit., t. I, chap. IX, p. 44.

Lettre 10. — Abelly, op. cit., t. I, chap. IX, p. 44.

1). Sieur de Villeneuve, ancien secrétaire de la reine Marguerite de Valois, entré après la mort de cette princesse, dans la maison d’Emmanuel de Gondi, dont il fut secrétaire, puis intendant. (Abelly, op. cit., t. I, chap. v, p. 21) C’était un des amis les plus intimes de saint Vincent.

2). Cette lettre est, à très peu de jours près, de même date que la précédente.

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à Paris dans deux mois ; là, suivant les lumières que Dieu lui donnera, il prendra une décision définitive sur son retour à Châtillon-les-Dombes ou sa rentrée dans la famille des Gondi (3).

25 juillet 1625.

Supplie humblement Vincent de Paul, principal du collège des Bons-Enfants (2), proche la porte Saint-Victor (3) disant que les bâtiments dudit collège sont grandement ruinés par leur ancienneté ; et pour éviter la chute entière d’iceux il est nécessaire d’y remédier promptement à la chapelle et bâtiment dudit collège, où il y a quantité de grandes réparations à faire (4) ; ce

3). Ce fut à ce dernier parti que Vincent de Paul s’arrêta, après avoir consulté le Père de Bérulle et d’autres personnes éclairées. Arrivé à Paris le 23 décembre, il reprenait sa place, le lendemain, dans la famille des Gondi. * Celui qu’habita Saint Vincent était sur l’emplacement de la maison qui porte aujourd’hui le n° 2, rue des écoles.

Lettre 11. — Arch. Nat. S 6373, copie.

1). Nicolas de Bailleul, seigneur de Vattetot-sur-Mer et de Soisy-sur-Mer, prévôt des marchands de 1622 à 1628, puis président à mortier, surintendant des finances et ministre d’état, mort le 20 août 1652 dans sa soixante-sixième année.

2). Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, avait cédé à saint Vincent de Paul, le 1er mars 1624, le principalat du collège des Bons-Enfants, afin qu’il eût un local pour loger les prêtres désireux de se joindre à lui en vue de donner des missions dans les campagnes. Ce collège, un des plus anciens de l’Université, était presque abandonné ; ses murs tombaient en ruines. Le saint attendit la mort de Madame de Gondi pour venir l’habiter. Il eut, au début, deux auxiliaires : Antoine Portail, qui lui restera fidèle jusqu’à la mort, et un autre prêtre, dont on ignore le nom, mais qui n’est certainement pas Adrien Gambart, comme on l’a supposé à tort, car Adrien Gambart fut ordonné prêtre en 1633. (Voir sa notice en tête du Missionnaire paroissial, éd. Migne, 1866, dans la Collection intégrale et universelle des Orateurs chrétiens, Paris, 1844-1892, 100 vol. in-4°, t. 89.) Quand les missionnaires allaient aux champs, ce qui arrivait souvent, les clefs étaient confiées à un voisin.

3). Il y avait un autre collège des Bons-Enfants dans le quartier du Louvre.

4). Le rapport des experts, daté du 27 juillet, nous donne une idée de l’état des bâtiments. "On y voit que le corps de logis en aile, à

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considéré, mondit sieur, il vous plaise, afin d’être plus certiore (5) des réparations nécessaires audit collège, ordonner qu’il sera vu et visité par deux maîtres jurés maçons, ou tels autres qu’il vous plaira nommer, lesquels en feront leur rapport pour ce faire et ordonner ce que de raison ; et ferez justice (6).

Suscription : A Monsieur le prévôt de Paris ou Monsieur le lieutenant civil conservateur des privilèges de l’Université.

12. — A LOUISE DE MARILLAC (1)

Du 30 octobre 1626.

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

gauche en entrant, le plus considérable de tous, était inhabité pour sa trop grande caducité et qu’il fut jugé nécessaire de l’abattre pour le reconstruire de fond en comble ; que les autres avaient tous besoin de réparations considérables, non seulement relativement aux couvertures, lambris, cloisons, portes et croisées, dont la plupart ne valaient rien, mais aussi par rapport aux gros murs, aux fosses d’aisance, aux planchers et aux escaliers." (Réflexions sur les différents comptes du collège des Bons-Enfants en réponse aux observations du sieur Reboul, archiviste du collège Louis-le-Grand sur le même objet, Arch. Nat. H5 3288.)

5). Plus certiore, plus assuré.

6). Vincent de Paul reçut l’autorisation de faire les réparations jugées urgentes par les experts et d’emprunter pour cela, au besoin en hypothéquant les biens du collège. Il se contenta, faute de ressources, des travaux absolument indispensables ; le reste fut remis à plus tard. (Réflexions sur les différents comptes du collège des Bons-Enfants.)

Lettre 12. — Manuscrit Saint-Paul, p. 2.

1). Louise de Marillac, née à Paris, le 12 août 1591, de Louis de Marillac, frère du pieux Michel de Marillac, garde des sceaux (1626-1630), et du maréchal de Marillac, célèbre par ses disgrâces et sa mort tragique, était veuve d’Antoine Le Gras, secrétaire de la reine Marie de Médicis, qu’elle avait épousé le 5 février 1613 et perdu le 21 décembre 1625. Elle en avait eu un fils, Michel, qui venait d’accomplir ses treize ans. La pieuse veuve avait mis toute sa confiance en celui qui dirigeait sa conscience, Vincent de Paul, dont elle sup-

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J’ai reçu la vôtre en ce lieu de Loisy-en-Brie (2) qui est à vingt-huit lieues de Paris, où nous sommes en mission (3) Je ne vous ai point donné avis de mon départ, pource qu’il a été un peu plus prompt que je n’avais pensé, et que j’avais peine de vous en faire en vous en donnent avis. Or sus, Notre-Seigneur trouvera son compte en cette petite mortification, s’il lui plaît, et fera lui-même l’office de directeur ; oui, certes, il le fera, et de façon qu’il vous fera voir que c’est lui-même. Soyez donc sa chère fille, toute humble, toute soumise et toute pleine de confiance, et attendez toujours avec patience l’évidence de sa sainte et adorable volonté.

Nous sommes ici en un lieu où le tiers des habitants est hérétique. Priez pour nous, s’il vous plaît, qui en avons bien besoin, et surtout moi, qui ne vous réponds point à toutes vos lettres, pource que l’on n’est plus en état de faire ce que vous me mandez.

portait péniblement les longues absences. Ce saint directeur l’appliquait aux œuvres charitables. Le jour était proche où il devait en faire sa collaboratrice dans la création et l’organisation des confréries de la Charité. La vie de Louise de Marillac, que l’église a béatifiée le 9 mai 1920, a été écrite par Gobillon (1676), la comtesse de Richemont (1883), le comte de Lambel, Monseigneur Baunard (1898) et Emmanuel de Broglie (1911). Ses lettres et autres écrits ont été autographiés et en partie publiés dans l’ouvrage qui a pour titre : Louise de Marillac, veuve de M. Le Gras. Sa vie, ses vertus, son esprit, Bruges, 1886, 4 vol. in-l6.

On réservait autrefois aux femmes des chevaliers la qualification de Madame. Les épouses de simples écuyers, quelle que fût la noblesse de leurs maris, n’avaient droit qu’au titre de Mademoiselle. (Historique généalogique et héraldique des pairs de France, par le chevalier de Courcelles. Paris, 1822-1823, 12 vol. in-4° t. I, Introduction, p. 36.) Par son mariage, Louise de Marillac était devenue "Mademoiselle" Le Gras.

2). Petite localité de la Marne.

3). Vincent de Paul avait alors pour associés dans ses travaux des missions Antoine Portail, Louis Callon, François du Coudray et Jean de la Salle. Un de ces missionnaires était avec lui à Loisy.

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13 — A ISABELLE DU FAY (1)

[Octobre ou novembre 1626] (2)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Votre lettre m’a trouvé parti de Paris et m’a été rendue en Ce lieu de Loisy-en-Brie, où nous tâchons à travailler parmi quantité de gens de la religion, où nous avons besoin de prières pour la confirmation des catholiques qui restent, n’espérant rien sur les autres, parce qu’ils ne se trouvent ès lieux où ils pussent profiter. Au reste, je ne vous ai point donné avis de mon départ. Me le pardonnerez-vous pas bien ? Mais, je vous en prie, comment votre cœur a-t-il reçu cela ? N’a-t-il point tancé le mien de rudesse ? Or sus, j’espère qu’ils s’accorderont bien ensemble en celui qui les contient, qui est celui de Notre-Seigneur.

Je ne vous réponds point à la proposition de votre retour à Paris, pource que j’estime que la chose est faite. Quant à l’affaire dont vous me faites l’honneur de m’écrire que vous désirez me communiquer, au retour, s’il vous plaît ; que si la résolution presse, faites ce que Notre-Seigneur vous en conseillera lui-même ; sinon, au retour, s’il vous plaît, comme je vous ai dit.

Mon Dieu ! combien sont différentes les filles de

Lettre 13. — Reg. r, f° 4 v°. — Le copiste note que l’original était en entier de la main de saint Vincent.

1. Femme de grande piété, toute dévouée à saint Vincent, qu’elle aidait de sa fortune. Si une gênante infirmité ne l’en avait empêchée, elle aurait pris une part plus active aux travaux du saint. Son oncle paternel René Hennequin, avait épousé Marie de Marillac, tante de Louise de Marillac.

2. Il suffit de comparer cette lettre avec la lettre précédente pour se convaincre qu’elles ont été écrites à peu de jours d’intervalle, peut-être le même jour.

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votre directeur : l’une toute pleine de respect envers la défense de l’église, et l’autre de confiance à l’égard de l’affaire de Poissy (3) ! Or sus, Notre-Seigneur est également honoré en toutes deux, à ce que je vois de votre communauté, dont je salue la Mère. (4)

Tenez-vous cependant toute gaie, Mademoiselle, je vous en prie, et honorez à cet effet la sainte tranquillité de l’âme de Notre-Seigneur, et soyez toute pleine de confiance qu’il dirigera votre cher cœur par la sainte dilection du sien, en l’amour duquel je suis votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

14. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

J’espère que vous me pardonnerez la liberté que je prends de vous témoigner l’impatience de mon esprit, tant pour le long séjour passé que sur l’appréhension de l’avenir, et de ne savoir le lieu où vous allez, après celui où vous êtes. Il est vrai, mon Père, que la pensée du sujet qui vous éloigne est

3). Les religieuses dominicaines tenaient à Poissy (Seine-et-Oise) un pensionnat renommé, où Louise de Marillac avait passé quelque temps dans sa jeunesse, sous la direction d’une cousine germaine de son père, qui a composé diverses poésies, et de la prieure Jeanne de Gondi. A cette dernière avait succédé Louise de Gondi, sa nièce, dont l’élection fut longtemps contestée, bien que sa validité eût été reconnue par le roi, le R. P. Siccus, général des Dominicains, et le Pape lui-même. En 1625, le R. B. Siccus dressa de nouveaux statuts, qu’il fit approuver par le Saint-Siège. L’article 5 portait "que la Mère Louise de Gondy, maintenant prieure, demeure en sa charge, selon la concession apostolique qui lui a été faite ; mais si elle vient à se démettre ou à décéder de cette vie, qu’une prieure nouvelle soit élue par les sœurs vocales suivant les statuts et règlements du concile de Trente, de nos constitutions et des chapitres généraux ; laquelle prieure, ainsi élue et confirmée par le provincial, soit réellement triennale ; et que l’on observe dorénavant et perpétuellement cela touchant l’élection et le temps des prieures". Cet acte ne ferma pas la bouche aux protestataires. On trouve des détails intéressants sur cette affaire à la Bibl. Nat., fonds Joly de Fleury, 1475.

4). Louise de Gondi.

Lettre 14. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

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un peu d’adoucissement à ma peine, mais elle n’empêche pas que, dans ma fainéantise, les jours quelque fois ne me semblent des mois. Je veux pourtant attendre avec tranquillité l’heure de Dieu et reconnaître que mon indignité la retarde.

J’ai bien reconnu que Mademoiselle du Fay, outre son ordinaire, a un peu le cœur pressé de désir. Nous passâmes le jour de la Pentecôte ensemble. Après le service, elle eut bien voulu avoir liberté de me parler ouvertement, mais nous demeurâmes dans l’attente et désir de faire la volonté de Dieu.

L’ouvrage que sa charité m’a donné est fait. Si les membres de Jésus en ont besoin et qu’il vous plaise, mon Père, que je vous l’envoie, je n’y manquerai pas. Je n’ai pas voulu le faire sans votre commandement.

Enfin, mon très honoré Père, après un peu d’inquiétude, mon fils est au collège et, grâce à Dieu, très content, et s’y porte bien. Si cela continue, je suis prou forte de ce coté là (1)

Permettez-moi, mon Père, de vous importuner encore sur le sujet d’une fille âgée de 28 [ans], qu’on veut faire venir de Bourgogne pour me donner. Elle est de bonne connaissance et vertueuse, à ce qu’on m’a dit ; mais auparavant celle-là, la bonne fille aveugle des Vertus (2) m’avait dit que celle qui était avec elle, âgée de 22 [ans], pouvait peut-être venir céans. Elle est dans la conduite des Révérends Pères de l’Oratoire y a quatre ans et tout à fait villageoise. Je ne suis pas assurée qu’elle veuille venir ; néanmoins elle m’en témoignait quelque désir. Je vous supplie très humblement, mon Père, me mander ce que je ferai pour cela.

La personne qui va en Bourgogne doit partir lundi et, pensant votre retour cette semaine, je lui promis réponse.

Notre bon Dieu a permis à mon âme plus de sentiment de lui que l’ordinaire depuis un mois ; mais je ne laisse d’être toujours dans mes imperfections. Quand je ne mettrai point d’empêchement aux effets des prières que j’espère de votre charité, je crois que je m’amenderai.

J’ai bien eu désir, ces jours passés, que vous vous souvinssiez de me donner à Dieu et que vous lui demandassiez la grâce d’accomplir entièrement en moi sa sainte volonté, nonobstant les oppositions de ma misère. Doncques, mon Père. je

1). Pour favoriser la vocation de son fils, qui désirait se faire prêtre, Louise de Marillac l’avait placé au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qu’avait fondé et que dirigeait l’austère et vertueux Bourdoise. C’est, semble-t-il, ce séminaire qu’elle appelle ici collège.

2). Localité englobée aujourd’hui dans la commune d’Aubervilliers (Seine)

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vous fais en toute humilité cette supplication et vous demande pardon de vous tant importuner, étant, par la bonté de Dieu, Monsieur, votre très obligée servante et indigne fille.

15. — A LOUISE DE MARILLAC

[Octobre 1627 1]

Je vous remercie, Mademoiselle, de l’avis que [vous] me donnez de la charité (2) de la bonne Mademoiselle du Fay, et vous prie de la garder jusques à ce que vous ayez lieu, si elle ne trouve pas bon qu’on la réserve et destine pour aller gagner des pauvres âmes à Dieu en ces pays de Poitou et des Cévennes. Que si elle ne l’entend pas ainsi et qu’elle la désire faire appliquer aux pauvres gens de deça, vous me ferez la faveur de me le mander et d’envoyer deux ou trois chemises à Mademoiselle Lamy (3) à Gentilly (4) pour la Charité (5) de ce lieu-là.

Je vous écris environ la minuit, un peu harassé. Pardonnez à mon cœur s’il ne s’épand un peu plus dans la présente. Soyez fidèle à votre fidèle amant qui est Notre-Seigneur. Soyez de plus toute simple et toute humble. Et moi je serai, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère…

Lettre 15. — Manuscrit Saint-Paul, p. 77.

1). Cette lettre semble devoir être rapprochée de la lettre suivante.

2). Charité, offrande.

3). Catherine Vigor, femme d’Antoine Lamy, auditeur à la chambre des comptes, présidente de la confrérie de la Charité de Gentilly. Antoine Lamy et son épouse fondèrent une mission dans cette localité et à Ferreux, le 30 *décembre 1634.

4). Localité située aux portes de Paris.

5). Les confréries de la Charité, ou plus simplement les Charités, se composaient de femmes ou de filles de bonne volonté unies en vue de venir en aide aux nécessiteux Commencée à Châtillon-les-Dombes (Ain) en 1617, cette institution répondit si bien aux besoins de la

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A LOUISE DE MARILLAC

Verneuil (1), 8 octobre 1627.

Mademoiselle,

Puisque votre bonne demoiselle veut donc que sa charité corporelle présente n’empêche pas la spirituelle à l’avenir et qu’on distribue présentement ce qu’elle vous a baillé (2), je vous prie de nous envoyer par M. du Coudray (3), présent porteur, la somme de cinquante livres, et me ferez la faveur de l’assurer que Notre-Seigneur lui en rendra bon compte lui-même et que j’ai commencé d’en appliquer quatre, étant en ce lieu, pour faire fondement de la Charité qu’on y établit et où nous trouvons de très grandes nécessités temporelles jointes aux spirituelles, quantité de huguenots qu’il y a, riches, se ser-

population que Vincent de Paul l’établit sur les terres des Gondi, à Villepreux, Folleville, Joigny, Montmirail, et partout où il alla donner des missions. Les règlements variaient quelque peu suivant les localités. De cette œuvre naquit la Compagnie des Filles de la Charité. En certains lieux, les Charités de femmes furent complétées par des Charités d’hommes.

Lettre 16. — Pémartin, op. cit., t. I, p. 21.

1). Près de Creil, dans l’Oise.

2). Voir lettre 15.

3). Nous rencontrerons souvent dans la suite le nom de François du Coudray. Né en 1586 dans la ville d’Amiens, ordonné prêtre en septembre 1618, reçu en mars 1626 dans la congrégation de la Mission, dont saint Vincent et Antoine Portail faisaient encore seuls partie, il était doué d’une intelligence peu commune et possédait assez bien l’hébreu pour être jugé capable de faire une nouvelle traduction de la Bible.

Ce fut lui que le saint choisit pour négocier à Rome l’approbation de la congrégation naissante. Il y resta de 1631 à 1635. Nous le retrouvons ensuite à Paris, d’où il rayonna en divers lieux pour secourir les pauvres, assister les soldats ou donner des missions. Le saint lui confia en 1638 la direction de la maison de Toul, qu’il garda jusqu’en 1641. Il fut rappelé à Saint-Lazare en 1641, passa une partie de l’année 1643 à Marseille, occupé à l’évangélisation des galériens et à la fondation d’un établissement dans cette ville, et alla prendre en

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vant de quelques soulagements qu’ils donnent aux pauvres pour les corrompre, en quoi ils font un mal indicible. Vous nous enverrez de plus quatre chemises et présenterez nos très humbles recommandations à votre bonne demoiselle, s’il vous plaît, et vous ferez la faveur d’assurer votre cœur que, pourvu qu’il honore la sainte tranquillité de celui de Notre-Seigneur en son amour, il lui sera agréable, et que je suis, en ce même amour… (4)

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras rue Saint-Victor, au logis où logeait M. Tiron Saint-Priest. (5)

17. — A ISABELLE DU FAY

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je rends mille millions d’actions de grâces de ce beau et bon présent que vous nous avez envoyé, Mademoiselle, et prie Dieu qu’il soit votre unique récompense et qu’il me fasse digne de la mériter par les services que je suis obligé de vous rendre.

1644 la direction de la maison de La Rose (Lot-et-Garonne) Sa vaste érudition n’était malheureusement pas servie par une science théologique assez solide. Il soutint des opinions plus que hasardées et y persévéra, malgré les avis qui lui furent donnés. Les mesures que saint Vincent dut prendre pour l’empêcher de répandre ses erreurs assombrirent les dernières années de sa vie. De la maison de La Rose, il passa en 1646 dans celle de Richelieu. C’est là qu’il finit ses jours en février 1649, dans sa soixante-troisième année.

4). M. Pémartin a cru pouvoir se dispenser de répéter au bas de chaque lettre la formule finale et la signature.

5). Nous empruntons cette suscription à l’Histoire de Mademoiselle Le Gras par la comtesse de Richemont, Paris, 1883, in-8°, p. 46, note 2.

Lettre 17. — Reg. I, f° 24. — Le copiste note qu’il a pris son texte sur une "minute de la main" de saint Vincent.

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J’arrivai hier au soir de notre mission en bonne disposition, et souhaite bien fort que vous vous portiez de même. Soudain que je me serai débarrassé de quelques petites affaires qui m’occupent, je vous irai remercier de tant et tant d’effets de votre bienveillance. Je vous supplie de me la continuer, Mademoiselle, et de croire que mon cœur reçoit une consolation que je ne vous puis exprimer, en la confiance qu’il est un avec le vôtre et celui de Notre-Seigneur, et qu’ils font un même amour en celui du même Seigneur et de sa sainte Mère

18. — A LOUISE DE MARILLAC

Béni soit Dieu, Mademoiselle, de ce que vous vous portez mieux ! Vous serez la bien venue demain pour communier à la messe de Monsieur de la Salle (1), car pour moi, je suis obligé de la dire de matin, ce à cause d’une assemblée d’ecclésiastiques qui se doit faire demain au matin céans, qui tiendra jusques à midi (2), Je ne crains pas maintenant tant la chapelle qu’en été. S’il plaît

Lettre 18. — L. a. — Original à Naples, dans la maison centrale des Filles de l : L Charité.

1). Jean de la Salle, que saint Vincent appelle un "grand missionnaire" et que l’évêque de Beauvais estimait le "plus fort en raisonnement" qu’il eût jamais connu (Conférence de saint Vincent, 5 août 1659), était né à Seux (Somme) le 10 septembre 1598 et avait offert ses services à saint Vincent en avril 1626. En 1631, il prêchait en Champagne ; en 1634, 1635 et 1636, il travaillait dans la Gironde et les régions environnantes. Quand s’ouvrit, en juin 1637, le séminaire interne de Saint-Lazare, on lui en confia la direction. L’année suivante, il reprenait ses missions Les exercices des ordinands l’occupèrent ensuite jusqu’à la fin de sa vie. Il mourut le 9 octobre 1639, très regretté de saint Vincent, qui perdait en lui un de ses meilleurs ouvriers.

2). L’œuvre des conférences spirituelles ne fut définitivement organisée que plus tard, en 1633. Il est permis de croire toutefois que des conférences se donnaient de temps à autre avant cette date au collège des Bons-Enfants. Nous savons que de nombreux ecclésiastiques, attirés par Bourdoise et Le Féron, se réunissaient en ce lieu pour conférer ensemble, avant même que saint Vincent eût pris pos-

I. — 3.

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à Mademoiselle Guérin (3) de venir, elle sera la bien venue, avant que je parte, dont je vous donnerai avis.

Et pour l’argent de la Charité de Mademoiselle du Fay, très volontiers j’approuve l’usage que vous en désirez faire, étant au reste bien aise de la résolution que ces bonnes filles (4) ont prise de mettre tout en commun, et ne manquerai demain à la messe, tout misérable pécheur que je suis, de les offrir à Notre-Seigneur, en l’amour duquel je suis votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.

SAINTE CHANTAL A SAINT VINCENT (1)

Novembre 1627.

Vous voilà donc, mon très cher Père, engagé à travailler dans la province de Lyon, et par conséquent nous voilà privées de vous voir de longtemps ; mais à ce que Dieu fait il

session de l’immeuble. (Histoire du Séminaire de Saint-Nicolas-du-Chadordonnet, par P. Schoenher, 1909-1911, 2 vol. in-8°, t. I, p. 97.)

3). épouse de Gilles Guérin, conseiller du roi et correcteur des comptes. Elle habitait rue Saint-Victor, tout près du collège des Bons-Enfants.

4). Probablement les membres de la Charité.

Lettre 19. — Abelly, op. cit., t. II, chap. VII, 1ère éd., p. 315.

1). En novembre 1627, sainte Chantal était en route pour Orléans ; elle arriva à Paris dans le courant de janvier et n’en partit qu’au mois de mai. Jeanne-Françoise Frémiot, née à Dijon le 23 janvier 1572, avait eu quatre enfants de son mariage avec le baron de Chantal.

Devenue veuve très jeune, elle se mit sous la conduite de saint François de Sales et établit avec lui l’ordre de la Visitation. La fondation du premier monastère de Paris l’attira et la fixa dans cette ville de 1619 à 1622. Elle y connut saint Vincent, qu’elle demanda à Jean-François de Gondi pour supérieur de ses filles. Jusqu’à sa mort, survenue à Moulins, le 13 décembre 1641, au retour d’un voyage à Paris, sainte Chantal resta en rapports suivis avec ce saint prêtre, qu’elle se plaisait à consulter pour sa direction intérieure et pour les affaires de sa communauté. (La Vie de la Vénérable Mère Jeanne-Françoise Frémiot, par Messire Henri de Maupas du Tour. Paris, 1644, in-4°.)

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n’y a rien à redire, ains à le bénir de tout, comme je fais, mon très cher Père, de la liberté que votre charité me donne de vous continuer ma confiance et de vous importuner. Je le ferai tout simplement.

J’ai donc fait quatre jours d’exercices, et non plus, à cause de plusieurs affaires qui me sont survenues. J’ai vu le besoin que j’ai de travailler à l’humilité et au support du prochain, vertus que j’avais prises l’année passée et que Notre-Seigneur m’a fait la grâce de pratiquer un peu. Mais c’est lui qui a tout fait et le fera encore, s’il lui plaît, puisqu’il m’en donne tant d’occasions. Pour mon état, il me semble que je suis dans une simple attente de ce qu’il plaira à Dieu faire de moi. Je n’ai ni désirs ni intentions ; chose aucune ne me tient que de vouloir laisser faire Dieu ; encore je ne le vois pas, mais il me semble que cela est au fond de mon âme. Je n’ai point de vue ni de sentiment pour l’avenir, mais je fais à l’heure présente ce qui me semble être nécessaire à faire, sans penser plus loin.

Souvent tout est révolté en la partie inférieure, ce qui me fait bien souffrir, et je suis là, sachant que, par la patience, je posséderai mon âme. De plus, j’ai un surcroît d’ennuis pour ma charge, car mon esprit hait grandement l’action, et me forçant pour agir dans la nécessité, mon corps et mon esprit en demeurent abattus. Mon imagination, d’un autre coté, me peine grandement en tous mes exercices, et avec un ennui assez grand. Notre-Seigneur permet aussi qu’extérieurement l’aie plusieurs difficultés, en sorte que chose aucune ne me plaît en cette vie que la seule volonté de Dieu, qui veut que j’y sois. Et Dieu me fasse miséricorde, que je vous supplie de lui demander fortement ; et je ne manquerai pas de le prier comme je fais de tout mon cœur, qu’il vous fortifie pour la charge qu’il vous a donnée.

20. — UN ABBé A SAINT VINCENT (1)

Décembre 1627.

Je suis de retour d’un grand voyage que j’ai fait en quatre provinces. Je vous ai déjà mandé la bonne odeur que répand dans les provinces où j’ai été, l’institution de votre sainte com-

Lettre 20. — Abelly, op. cit., liv. II, chap. T, sect. 2, § 8, 1re éd., P 49.

1). Un abbé "fort célèbre", dit Abelly.

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pagnie, qui travaille pour l’instruction et pour l’édification des pauvres de la campagne. En vérité, je ne crois pas qu’il y ait rien en l’église de Dieu de plus édifiant ni de plus digne de ceux qui portent le caractère et l’ordre de Jésus-Christ. Il faut prier Dieu qu’il donne l’infusion de son esprit de persévérance à un dessein si avantageux pour le bien des âmes, à quoi bien peu de ceux qui sont dédiés au service de Dieu s’appliquent comme il faut.

21. — LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT

Monsieur,

Il y a environ trois semaines qu’étant chez Mademoiselle du Fay, je trouvai une occasion par laquelle je vous écrivis ; mais je crains que mes lettres aient été perdues. Le principal sujet était un avis que je vous demandais pour mon fils. Mais maintenant, Monsieur, je ne suis plus aux mêmes termes ; car, soit que Dieu ne le veuille pas tout présentement en la résolution de se faire ecclésiastique, ou que le monde s’y soit opposé, ses ferveurs sont de beaucoup diminuées ; et lui trouvant un si grand changement on l’esprit, j’en ai parlé librement à la Mère supérieure, qui m’a conseillé de le mettre simplement pensionnaire avec ces bons ecclésiastiques (1), pour les raisons que je vous dirai, si Dieu me fait la grâce de voir votre retour, dont j’ai un grand besoin.

Certainement votre absence ne me fut jamais plus sensible, pour les besoins que j’ai eus depuis ; en quoi il faut que j’avoue ma faiblesse, vous assurant, mon Père, que, si Dieu me fait la grâce me souvenir du passé, je n’aurai pas sujet de me glorifier. Je demande force de l’aide de vos prières, pour l’amour de Dieu, et vous remercie très humblement de la peine que vous avez prise de m’écrire et des témoignages de l’honneur de votre souvenir. Je ne le mérite pas, et Dieu est bien bon de me souffrir. Or, mon très cher Père, offrez ma volonté à la miséricorde divine, car je veux, moyennant sa sainte grâce, me convertir et me dire véritablement, Monsieur, votre très humble servante et indigne fille en Notre-Seigneur.

L. DE MARILLAC.

Ce 13 janvier 1628.

Mademoiselle du Fay est toujours dans ses infirmités cor-

Lettre 21. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1. Au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

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porelles et a presque toujours été au lit depuis quinze jours, sans fièvre néanmoins ; elle désire bien votre retour.

Suscription : A Monsieur Monsieur Vincent.

22. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Je ne sais comme je m’étais imaginé, ces jours passés, que vous étiez malade, si bien que je vous regardais toujours en cet état. Or, béni soit Dieu de ce que votre lettre m’a assuré du contraire !

Que vous dirai-je maintenant de votre fils, sinon que, comme il ne fallait pas se beaucoup assurer sur le sentiment qu’il avait de la communauté (1), qu’aussi il ne faut pas se mettre en peine pour le dissentiment qu’il en a maintenant ? Laissez-le donc et le livrez entièrement au vouloir et non-vouloir de Notre-Seigneur. Il n’appartient qu’à lui à diriger ces petites et tendres âmes. Il y a aussi plus d’intérêt que vous, pource qu’il lui appartient plus qu’à vous. Lorsque j’aurai le bonheur de vous voir, ou plus de loisir qu’à présent de vous écrire, je vous dirai la pensée que j’eus un jour et que je dis à Madame de Chantal sur ce sujet, dont elle fut consolée et délivrée, par la miséricorde de Dieu, de quelque peine semblable à celle que vous pouvez avoir (2). A notre première vue donc ; et si votre autre peine vous peine, écrivez-le-moi, je vous ferai réponse.

Lettre 22. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de la rue des Bernardins, 15, à Paris, qui le tiennent de M. Duby ancien curé de la paroisse. Il aurait appartenu autrefois aux religieux de l’abbaye de Saint-Victor.

1). Le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

2). Celse-Bénigne, fils de sainte Chantal, mort le 22 juillet 1627,

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Disposez-vous cependant à faire une charité à deux pauvres filles que nous avons jugé expédient qu’elles sortent d’ici et lesquelles nous vous adresserons d’ici à huit jours et vous prierons de les adresser à quelque honnête recommanderesse qui leur trouve condition, si vous ne connaissez quelque honnête dame qui en ait besoin.

Nous aurons encore ici de l’emploi pour environ six semaines ; et après cela, je serai tout à vous et à Mademoiselle du Fay, laquelle je salue de toute l’étendue de mon cœur, et prie bien Dieu que je vous trouve en bonne disposition, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Joigny (3), ce 17 janvier 1628.

23. — A LOUISE DE MARILLAC

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

J’ai adressé une des filles dont je vous ai parlé (1), à notre bonne Mademoiselle du Fay, pource qu’elle y a de la confiance, l’autre étant demeurée à Joigny et s’étant mise en condition ! Peut-être que madite demoi-

en combattant, dans l’île de Ré, contre les Anglais, fut, toute sa vie surtout par sa passion pour les duels, le tourment de sa mère.

3). Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères, était comte de Joigny, où saint Vincent avait fondé sa troisième confrérie de la Charité. (Abelly, op. cit., t. I, chap. X, 1ère éd., p. 47.)

Lettre 23. — L. a. — Dossier des Filles de la Charité, original.

1). Voir la lettre 22.

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selle jugera à propos qu’elle demeure quelques jours, en attendant, chez vous. Si cela est, je ne doute point que votre charité ne s’y accorde et qu’elle n’agrée la confiance avec laquelle j’agis avec vous.

Je ne vous dis rien de ce que vous m’avez écrit, pource que j’espère de vous voir pendant la fin de ce mois et d’en parler bouche à bouche.

Que diriez-vous, ma chère fille, du département qui m’est tombé en notre mission, en l’une des terres de Monsieur de Vincy (3) ? Certes, il me semble, confessant ces bonnes gens, que je vois devant moi leur bonne Mademoiselle (4), qu’ils aiment tant. Ne pensant pas de vous pouvoir écrire, je l’ai priée, par celle que je lui écris, de vous prier de nous envoyer une douzaine de chemises de toute sorte. Faites-le donc, Mademoiselle, je vous en prie, et tenez-vous bien gaie, dans la disposition de vouloir tout ce que Dieu veut (5). Et pource que son bon plaisir est que nous nous tenions toujours en la sainte joie de son amour, tenons-nous-y et attachons-nous-y inséparablement en ce monde, pour être un jour une même chose en lui, en l’amour duquel je suis, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.

VINCENT DEPAUL.

De Villecien (6), ce 9 février 1628.

2. Département, part.

3). Antoine Hennequin, sieur de Vincy, prêtre, frère de Mademoiselle du Fay, mort en 1645, après avoir été reçu dans la congrégation de la Mission. C’était un grand ami de saint Vincent.

4). Mademoiselle du Fay.

5). Le saint pensait sans doute aux inquiétudes qu’éprouvait Louise de Marillac au sujet de la vocation de son fils. "Soyez gaie", c’est le conseil qu’il ne cesse de lui donner.

6). Petite localité près de Joigny.

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24. — A LOUISE DE MARILLAC

[Février 1628] (1)

Mademoiselle,

La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !

Ce petit nombre de lignes sera pour vous remercier de ce que vous avez pris cette bonne fille chez vous, des douze chemises que vous m’avez envoyées et pour vous dire [que je m’en vas] (2) partir, pour m’en retourner dans huit jours, Dieu aidant, et qu’alors nous parlerons de toutes choses, disant cependant par avance à votre cœur que je loue Dieu de ce qu’il s’est dégagé du trop grand attachement qu’il avait pour le petit (3) et de ce que vous l’avez ajusté à la raison et que [maintenant] il n’y a point danger, ains que vous ferez [selon] son inclination et de lui donner la soutane (4). Dieu veuille que ce soit à sa gloire et au salut des âmes et qu’il vous donne part à la sainte tranquillité de son esprit, étant, en son amour, votre très humble serviteur.

VINCENT DEPAUL.

Suscription. A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras, à Paris.

Lettre 24. — L. a. — Original chez les Filles de la Charité de la rue Mage, n° 20, à Toulouse.

1). Cette lettre a suivi de peu de jours la lettre 23.

2). L’original est mutilé ici et en deux autres endroits.

3). Le petit Michel.

4). Claude Lancelot, du Port-Royal, condisciple du petit Michel au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dit dans ses Mémoires (Mémoires touchant la vie de Monsieur de Saint-Cyran, Cologne, 1738, 2 vol. in-8°, t. I, p.3), avec quelque exagération peut-être, que parmi les séminaristes de son temps pas un ne persévéra.

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25. — COMMANDEUR DE SILLERY (1) A SAINT VINCENT

[* Vers 1631 (2)]

Monsieur mon Révérend et très cher Père,

Je ne doute point que, connaissant, comme vous faites, le cœur de votre chétif fils, que vous n’ayez voulu, par votre tant aimable et si cordiale lettre, le remplir de tant de douceurs de votre exubérante bonté, qu’encore qu’en matière de cordialité il ne cède à personne, vous l’obligez néanmoins à vous rendre les armes et à vous reconnaître, ainsi qu’il fait très volontiers en cela et en tout, pour son maître et son supérieur. Et de vrai, il faudrait être bien rude et bien agreste pour ne pas

Lettre 25. — Abelly, op. cit, t. I, chap. XXXII, 1ère éd., p. 149.

Le texte d’Abelly doit être préféré, semble-t-il, à celui qu’on lit dans la Vie de l’illustre serviteur de Dieu Noël Brulart de Sillery, Paris, 1843, in-l2, p. 30.

1). Noël Brulart de Sillery, chevalier de Malte et commandeur de Troyes, est l’une des plus belles conquêtes de saint Vincent. Après avoir rempli à la cour les plus hautes charges, après avoir été le premier écuyer de la reine, puis son chevalier d’honneur, ambassadeur extraordinaire en Italie, en Espagne et plus tard à Rome auprès des Papes Grégoire XV et Urbain VIII, il renonça à la vie publique, quitta le magnifique hôtel de Sillery, vendit ce qu’il avait de plus somptueux, licencia la plus grande partie de son personnel et vint habiter une modeste maison près du premier monastère de la Visitation. C’était sur la fin de l’année 1632. Saint Vincent, son directeur, avait su opérer ce miracle. Quand il vit le commandeur détaché de tous les biens du monde, il lui apprit à faire bon usage de son immense fortune. Il le conduisit dans les prisons, les hôpitaux et l’initia à la charité sous toutes ses formes. Noël Brulart de Sillery prit la soutane en 1632 et reçut les ordres sacrés et la prêtrise en 1634. Il dit sa première messe le jeudi saint 13 avril 1634 dans la chapelle des sœurs de la Visitation. Sa vie de prêtre fut courte, mais toute de charité. Il donna beaucoup aux congrégations religieuses, plus particulièrement à la Visitation, aux prêtres de la Mission, au monastère de la Madeleine, aux jésuites et au Carmel. Il essaya sans succès d’organiser un séminaire dans la maison du Temple à Paris. Dieu le rappela à lui le 26 septembre 1640, à l’âge de soixante-trois ans. Saint Vincent l’assista à ses derniers moments et fit lui-même la cérémonie des obsèques Cf. Vie de l’illustre serviteur de Dieu Noël Brulart de Sillery ; histoire chronologique, t. I, pp. 290-307 ; Contribution à l’Histoire du monastère de la Visitation Sainte-Marie du faubourg Saint-Antoine au XVIIè siècle, par Martin Fosseyeux, dans le Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France, 1910, pp. 184-202.

* 2). Ce fut vers 1631 que le commandeur de Sillery commença à fréquenter Saint Vincent (cf. lettre 408), et cette lettre semble des premiers temps de leur amitié." La lettre 25 n’est donc pas à sa place

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fondre tout en dilection pour une charité si amoureusement exercée par un si digne et si débonnaire père envers un fils qui ne lui sert qu’à lui donner de la peine. Mais il n’y a remède. Je reçois humblement et volontiers la confusion de toutes Les pauvretés et faiblesses que vous supportez en moi, après vous en avoir, en toute révérence et soumission, requis pardon. je vous promets bien, mon très cher Père, que c’est à bon escient que j’ai bonne envie, moyennant la grâce de Notre-Seigneur, de m’en amender. Oui certes, mon unique Père, il m’est avis que je ne me suis jamais senti touché pour ce regard jusques au point où je me trouve. Oh ! que si nous pouvons et venons à travailler efficacement à un bon amendement de tant de misères dont Votre Révérence sait que je suis rempli et environné de tous cotés, je suis assuré qu’elle en recevra des consolations indicibles. Et quand ce bien n’arriverait pas si promptement ou si notablement que votre piété le désire, je vous conjure, mon bon Père, per viscera misericordiae Dei nostri in quibus visitavit nos oriens ex alto (3) que votre bonté ne se lasse point et ne veuille jamais délaisser ce pauvre fils ; vous savez bien qu’il serait sous une trop mauvaise conduite s’il demeurait sous la sienne.

26. — AU PAPE URBAIN VIII

[Juin 1628 (l)]

Sanctissimo Patri Papae nostro,

Supplicant humiliter Vincentius de Paulo, superior

3. évangile de saint Luc, I, 78.

Lettre 26. — L. a. — Arch. de la Propagande, III, Lettere di Francia, Avignone, Suizzera, 1628, n° 130, f° 31, original. Ce document a été découvert, après de patientes recherches, par M. Jean Parrang, prêtre de la Mission. Il est en parchemin et d’une écriture fort belle, qui recouvre cinq grandes pages in-4°. Le nonce apostolique en France envoya et recommanda cette supplique, le 21 juin 1628, au cardinal-préfet de la Propagande. Le 23 juillet, il transmit à Mgr Ingoli, secrétaire de la même congrégation, deux lettres du roi, l’une au Pape, l’autre à l’ambassadeur de France, M. de Béthune, en faveur de la requête présentée par saint Vincent, et il insista pour l’adoption Ces recommandations n’aboutirent à rien. La supplique fut rejetée par la Propagande dans la congrégation tenue en présence du Pape le 22 août 1628, sur le rapport défavorable fait par le cardinal Bentivoglio. Tout au plus se montrait-on disposé à autoriser, pour la France seulement, une société de vingt à vingt-cinq prêtres, qui ne porterait ni le titre de congrégation, ni celui de confrérie et serait sous la dépendance des évêques.

1). Voir la note générale.

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sacerdotum Missionis Lutetiae Parisiorum fundatae, et magister Ludovicus Callon, doctor Sorbonicus (2), Antonius Portail (3), Franciscus du Coudray, Joannes de la

2). Au dire du R. P. Placide Gallemant (La vie du vénérable prestre de J.-C. M. Jacques Gallemant, Paris, 1653, in-4°, p. 231), Louis Callon, docteur de Sorbonne, était de ces hommes "en qui la sainteté, la science, le zèle et la simplicité avaient fait une belle alliance". A ces dons s’ajoutaient ceux de la fortune, car ses parents lui avaient laissé de cinquante à soixante mille livres, somme importante pour l’époque. Il abandonna la cure d’Aumale, son pays natal, pour entrer en juillet 1626 dans la congrégation de la Mission. Après un séjour d’assez courte durée au collège des Bons-Enfants, il revint à Aumale, du consentement de saint Vincent, qui continua de le regarder comme un des siens. Le bien qu’il y fit est considérable. Il fonda un collège dans sa maison paternelle, acheta une maison pour l’école des filles, vint en aide à l’église paroissiale, à l’hôpital, au couvent des religieux pénitents. Les Feuillants de Rouen et d’autres communautés bénéficièrent également de ses largesses. Le 23 août 1629, il remettait 4.000 livres à saint Vincent pour une fondation de missions qui devaient se donner tous les deux ans par deux prêtres de la congrégation dans le diocèse de Rouen et plus spécialement dans le doyenné d’Aumale. Il prêcha lui-même dans les diocèses de Rouen, Paris, Meaux, Chartres et Senlis. Au milieu de ses travaux, il trouva le temps d’écrire divers ouvrages de piété, entre autres un Traité pour la préparation à la sainte communion, Rouen, et Le catéchisme de la chasteté honorable, Paris, 1639. Sentant sa fin prochaine, il quitta Rouen pour aller mourir à Saint-Lazare ; mais le mal l’empêcha de dépasser Vernon, où il s’éteignit, le 26 août 1647, dans le couvent des religieux du Tiers-Ordre de Saint-François. Le R. P. Placide Gallemant, son ami, lui a consacré quelques pages de son livre sur Jacques Gallemant. (op cit., pp. 319-328.)

3). Antoine Portail, né à Beaucaire, le 22 novembre 1530, vint à Paris pour étudier en Sorbonne. Il y connut saint Vincent vers 1612 et s’attacha à lui. Du jour de son ordination (1622) à celui de sa mort (1660), il fut l’auxiliaire du saint, qui l’employa d’abord au service des galériens, le reçut avant tout autre dans sa nouvelle congrégation, l’initia au ministère des missions et à l’œuvre des ordinands, le choisit comme premier assistant en 1642 et lui donna la direction des Filles de la Charité. Antoine Portail quitta Paris en 1646 pour faire la visite des maisons de sa congrégation ; il commença par l’ouest de la France, puis descendit dans le midi, passa en Italie et ne fut de retour à Saint-Lazare qu’en septembre 1649. Sauf une assez longue absence en 1655, il ne quitta presque plus la maison-mère. On lui doit une nouvelle édition des Méditations de Busée, qu’il remania et augmenta considérablement. Ta mort l’enleva le 14 février 1660, après une maladie de neuf jours. (Notices sur les prêtres, clercs et frères défunts de la Congrégation de la Mission, Paris, 1881-1911, 10 vol. in-8° en 2 séries, 1ère série, t.I, pp.1-94.)

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Salle, Joannes Bécu (4), Antonius Lucas (5), Josephus Brunet (6) Joannes Dehorgny (7), dioecesum Aquensis, Rotho magensis, Arelatensis, Ambianensis, Parisiensis, Claromontensis, Noviomensis, innuentes supranominati supplicantes quod, cum dominus Philippus Emmanuel de Gondy, comes Juniocensis, marquio Insularum Aurearum, eques torquatus utriusque ordinis (8), Regis a con-

4). Jean Bécu était de Braches (Somme), où il naquit le 24 avril 1592. Il fut ordonné prêtre en septembre 1616 et vint, en septembre 1626, se joindre aux premiers compagnons de saint Vincent. Deux de ses frères, Benoît et Hubert, le suivirent dans la congrégation, ce dernier à titre de frère coadjuteur, et une de ses sœurs entra chez les Filles de la Charité. La direction de la maison de Toul lui fut confiée de 1642 à 1646. De retour à Paris, il y passa le reste de sa vie. Il mourut le 19 janvier 1667, après avoir exercé les charges de vice-visiteur, puis de visiteur de la province de France. (Notices, t. I, pp. 125-133.)

5). Antoine Lucas, né à Paris le 20 janvier 1600, avait fait de fortes études en Sorbonne. Il entra dans la congrégation de la Mission en décembre 1626 et fut ordonné prêtre en septembre 1628. Son zèle, son talent pour la prédication, son habileté dans les controverses le firent apprécier du P. de Condren et de Jean-Jacques Olier, qui le demanda un jour à saint Vincent pour son instruction personnelle et la conversion d’un hérétique. Antoine Lucas était de la maison de La Rose en 1645. Il dirigea l’établissement du Mans de 1647 à 16 et fut ensuite placé à Sedan.

6). Jean-Joseph Brunet naquit à Riom en 1597, s’unit aux compagnons de saint Vincent en 1627, donna des missions dans le Bordelais fut placé à Alet, à Gênes et à Marseille, où il mourut le 6 août 1649, victime de son dévouement pour les pestiférés. (Notices, t. I pp. 147-151-)

7). Jean Dehorgny, d’Estrées-Saint-Denis (Oise), entra dans la congrégation de la Mission au mois d’août 1627 et fut ordonné prêtre le 22 avril 1628. En 1632, quand saint Vincent s’établit à Saint-Lazare, Jean Dehorgny prit la direction du collège des Bons-Enfants charge qu’il remplit jusqu’en 1635 et qu’il reprit de 1638 à 1643 et de 1654 à 1659. Il fut de 1642 à 1644 et de 1654 à 1667 assistant du supérieur général, de 1644 à 1647 et de 1651 à 1653 supérieur de l’établissement de Rome, de 1660 à 1667 directeur des Filles de la Charité. En 1640, 1641, 1643, 1644, 1659 et 1660, il visita plusieurs maisons de la compagnie et rétablit le bon ordre partout où il en était besoin. Sa sympathie pour les idées jansénistes nous vaut deux belles lettres de saint Vincent, qui eut la joie de le voir revenir à des idées plus saines. Il vécut jusqu’au 7 juillet 1667. On a de lui vingt-trois conférences aux Filles de la Charité et plusieurs lettres. (Notices, t. I, pp. 153-220)

8). Les ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit.

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siliis, dux quin,quaginta cataphractorum milltum, mari gallicano in Oriente praepositus et generalis regiarurn triremium praefectus, modo congregationi Oratorii Jesu in dicta urbe Parisiensi aggregatus, ab aliquot annis attentius considerasset, cum defuncta domina Francisca Margarita de Silly, tunc temporis ejus uxore, barona Montis-Mirabilis, Trosnay et aliorum locorum, cum dicto Vincentio de Paulo, tunc eorum eleemosynario et supradictae dominae confessore, urbium incolas omni auxilio spirituali sufficienter juvari celebrium doctorum et proborum religiosorum beneficio qui in iisdem urbibus passim habitant, solum populum rure degentem, ignorantia et paupcrtate oppressum, iisdem auxiliis destitui quibus alii in urbibus abundant, proptereaque eumdem populum in perpetua mysteriorum fidei ad salutem necessariorum ignorantia ad senectutem usque remanere, sicque misere in peccatis adolescentiae saepe decedere, quae, nimio pudore praepediti, apud parochos aut vicarios, utpote sibi notos et familiares, non audent deponere, existimaverunt supradicti huic tam urgenti malo remedium aliquod adhiberi posse missionum beneficio, quae tunc in oppidis et pagis intra eorum dominia contentis factae sunt a supplicante Vincentio de Paulo et aliis ecclesiasticis probatis, doctrina et morum integritate conspicuis, autoritate Rcvert ndissimorum Dominorum Episcoporum eorum locorum : quod adeo feliciter successit ut, cognito et praesentia sua comprobato fructu et emolumento quod inde ad gloriam omnipotentis Dei redundaret ex confessionibus generalibus de integra vita quas multa oppida et pagi integri amplexi sunt, emendatione vitae et meliore fruge plurimorum, imo etiam aliquorum haereticorum in sinum sanctae Romanae Ecclesiae receptorum conversione, supramemoratus dominus et domina hoc pium opus mis

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sionum perpetuum reddere decreverunt; quod fecerunt eleemosyna, anno Domini millesimo sexcentesimo vigesimo quinto erogata, quadraginta quinque millium francorum, in sustentationem et alimoniam aliquot ecclesiasticorum, qui, prius relictis omnibus beneficiis et officiis quae in urbibus haberent, imo et spe ad illa in posterum obtinenda deposita, simul habitare et in congregatione vivere decrevissent et in salutem pauperis populi rusticani ex professo incumbere vellent sub direction~ dicti Vincentii de Paulo, supplicantis ; qua fundatione a Reverendissimo Domino Archiepiscopo Parisiensi approbata et confirmata, nominatus Vincentius de Paulo, ab eodem Domino Archiepiscopo constitutus superior, associavit et aggregavit sibi supramemoratos ; qui presbyteri (9), ut facilius et utilius possint saluti pauperum rusticanorum incumbere, relictis beneficiis quibus quidam illorum gaudebant, et aliis conditionibus in quibus alii in urbibus occupabantur, simul congregati sunt, et, societatem conficientes, in ea vivunt sub titulo et nomine Sacerdotum Missionis aut Missionariorum et sub directione et correctione dicti Vincentii de Paulo, toti incumbentes in salutem populi rure commorantis, quem propterea adeunt, ab oppido ad oppidum, a pago in pagum transeuntes, conciones, exhortationes habent ad populum, edocent unumquemque, et publice et privatim, catechismum, mysteria fidei ad salutem necessaria, quae ut plurimum penitus ignorantur, ad confessiones generales de tota vita disponunt easque excipiunt, haereticorum conversionem procurant, terminant lites et dissidia, inimicitias et odia conciliant, confraternitatem Charitatis erectam ad subveniendum saluti corporis et animae pauperum morbo detentorum, ubi necessitas expetit,

9). Tous les signataires de cette supplique étaient prêtres, sauf Antoine Lucas, qui le devint trois mois après.

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instituunt ; haecque omnia pia opera jam exercerlt non modo in pagis et oppidis ad dominum et dominam fundatores pertinentibus, quae loca singulis quinquenniis adire ibique praedicta officia exercere tenentur, verurn etiam in multis aliis partibus et dioecesibus huius regni Franciae felici successu laboraverunt, adjuvante Dei gratia, ut in archiepiscopatu Senonensi, in dioecesibus Catalonensi, in Campania, Trecensi, Suessonensi, Bellovacensi, Ambianensi et Carnutensi, semper cum magna satisfactione Reverendissimorum Dominorum Archiepiscoporum et Episcoporum dictorum locorum, cum salute miseri populi et incredibili omnium aedificatione. Quae omnia pia opera semper suscipiunt sumptibus et impensis dictae congregationis, quae nullam laborum suorum mercedem aut compensationem temporalem recipit aut expectat.

Propter dictas causas, Sanctissime Pater, et quia perpetuitas hujus pii operis ad salutem et conversionem proximi plurimum conferre potest, placeat Sanctitati Vestrae approbare et confirmare dictam congregationem et, in quantum opus est, de novo erigere, Vestram benedictionem supra illam extendere dictumque Vincentium instituere in institutorem praepositum generalem dictorum sacerdotum, necnon et aliorum ad societatem eorum promoveri cupientium et reliquorum ad familiaria officia necessariorum (10) dictae congregationis Missionis nuncupatae, qui simul et in societate religiose vivere et in humilitatis spiritu et piae vitae studiis Altissimo famulatum exhibere et impendere voluerint, quorum principale ac praecipuum institutum erit propriae perfectioni et incolarum rure degentium totaliter incumbere, cum plena et omnimoda facultate, potestate et auctori

10). Ces mots s’entendent des frères coadjuteurs ; il n’y avait alors dans la compagnie que les frères Jean Jourdain et Hector.

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tate eidem Vincentio jampridem per dominum Archiepiscopum Parisiensem ad id assumpto et a dominis fundatoribus summopere desiderato, ut praedictam congregationem hujusmodi tam in civitate Parisiensi quam in omnibus aliis civitatibus, oppidis, terris et locis ad quae a locorum Episcopis vocatus fuerit, et non alias, instituendi (11), ac demum pro felici statu et directione personarum ac bonorum spiritualium et temporalium ejusdem congregationis seu congregationum sic erigendarum, tum circa receptionem et admissionem, numerum, aetatem et qualitates in ipsa congregatione recipiendorum et admittendorum, eorumque instructionem et disciplinam, exercitia, ac modum ac formam divinorum officiorum, precum et orationum aliorumque suffragiorum recitandorum, et alia ipsis congregationibus utilia atque necessaria, quaecumque statuta, ordinationes, a]ia ipsis congregationibus et capitula licita et honesta sacrisque canonibus et constitutionibus apostolicis necnon Concilii Tridentini decretis minime contraria, a Sancta Sede Apostolica postmodum approbanda, confirmanda ac per ipsarum congregationum praepositum, presbyteros, officiales, ministros et coadjutores, sub poenis apponendis, adimplenda et observanda, faciendi, edendi et condendi, factaque, edita et condita, quoties pro illorum ac rerum et temporum qualitate et vicissitudme, seu alias videbitur, corrigendi, limitandi, immutandi, alterandi ac etiam alia, ut praefertur, adimplenda et observanda, ex integro faciendi et condendi, aliaque omnia et singula similium congregationum, necnon quorumcumque ordinum approbatorum constitutoribus aut aliis superioribus etiam generalibus, de jure vel consuetudine, sive ex privilegio, aut alias quomodo-

11). La congrégation de la Mission n'avait alors d'autre établissement que le collège des Bons-Enfants.

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cumque fieri et exsequi solita, faciendi et exequendi, dicta auctoritate deputare et assumere ;

Omnesque alias ad instar supradictae canonice erigendas congregationes quas ab ea Parisiensi et a dicto praeposito generali quocumque locorum stabilitae fuerint, in omnibus dependere plaçeat Sanctitati Vestrae, ex nunc prout postquam auctoritate praedicta erectae fuerint, eisdem auctoritate et tenore perpetuo approbare et confirmare ;

Dictosque praepositum, presbyteros et quascumque personas dictae congregationis liberare a jurisdictione suorum ordinariorum et a Sancta Sede Apostolica dependere placeat Sanctitati Vestrae, ita tamen ut dictae personae obedire teneantur Reverendissimis Dominis Episcopis et Dioecesanis suae residentiae circa missiones, etiam pergere quocumque et ad quoscumque eos mittent, absque ulla excusatione super quovis praetextu lundata, excepta indispositione corporis aut nimio labore praecedente, qui aliquam quietem ad resumendas novas vires requiret ;

Et postremo eisdcm congregationibus, ex nunc prout etiam postquam institutae et erectae fuerint, ut praefertur, pro illarum dote ac dicti Vincentii, necnon praepositi generalis et presbyterorum eorumdem pro tempore existentium sustentatione onerumque illis incumbentium supportatione, omnia et singula, res, bona, fructus, reditus et legata jam facta et facienda tam per dictum dominum Gondium et dominam Franciscam Margaritam de Silly, fundatores, quam alios quoscumque christifideles dictis congregationibus quomodolibet relinquenda, donanda et elargienda, ita quod liceat dicto Vincentio vel alii praeposito generali et presbyteris dictarum congregationum pro tempore existentibus, illorum omnium corporalem, realem et actualem posses

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