Correspondance (page 69)
118. — A GABRIEL DE LESPINAY, Prêtre de la Mission à Marseille
De Paris, ce 30 avril 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Il y a longtemps que je ne vous ai pas écrit. J’ai pourtant fort souhaité de le faire, mais j’en ai été empêché par mes misères. Dieu soit loué, Monsieur, de la mission que vous avez faite à Vins, et des grâces que sa divine bonté y a faites par vous au pauvre peuple. Je crois bien que la difficulté du langage vous a fait de la peine (1) On en trouve toujours dans les commencements, mais peu à peu on vient à bout de tout, et rien ne doit rebuter un ouvrier évangélique, de l’exercice des vertus propres à son état, et de la prétention d’avancer en tout et partout la gloire de son maître.
Je suis consolé de votre courage et de votre patience et j’espère que Dieu continuera de bénir vos travaux, et de bien édifier la famille par votre exemple. Je prie Notre-Seigneur, Monsieur, de vous donner une parfaite santé.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà, sinon que le sacre d’un évêque s’étant fait en notre église ces jours passés il s’en fera un autre Dieu aidant, le jour de l’Ascension ; le premier, de Monseigneur d’Oloron (2), et le second, de Monseigneur de Chalon-sur-Saône (3). Nous attendons Messieurs les Abbés de Chandenier (4) qui reviennent de Rome, et de vous quelque petite nouvelle en l’absence de M. Get sur l’état des choses publiques, particulièrement de l’armement dont on parle.
Je suis en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Lettre 118. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 247-248. La fin du premier paragraphe, depuis "…peu à peu…" jusqu’à "la gloire de son maître", constitue la lettre N° 3118 de l’édition Coste (t. VIII, p. 285) publiée d’après le recueil intitulé "Manuscrit de Marseille".
1). M. de Lespinay. originaire de Normandie, n’était sans doute pas familiarisé avec le dialecte provençal parlé communément dans la région (diocèse de Fréjus) où se trouvait Vins.
2). Armand-François de Maytie, évêque d’Oloron, sacré le 11 avril 1660.
3). Jean de Maupeou, évêque de Chalon-sur-Saône sacré le 9 mai 1660.
4). Claude de Chandenier, abbé de Moûtiers-Saint-Jean (mort en 1710) et son frère Louis. abbé de Tournus, mort à Chambéry le 2 mai 1660, à son retour de Rome, après avoir été reçu la veille dans la Congrégation de la Mission.
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119. — A GABRIEL DE LESPINAY, Prêtre de la Mission à Marseille
De Paris, ce 21 mai 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je loue Dieu de ce que vous avez touché les deux milles livres et que vous avez occasion d’en envoyer mille cinq cents à Tunis. Je suis bien aise que M. Parisy soit à Marseille, je l’y embrasse de tout mon cœur. Je souhaiterais fort de l’y laisser, mais Monseigneur l’archevêque de Narbonne (1) m’a fait promettre de le lui envoyer. Je le prie donc de se tenir prêt pour partir au premier ordre que nous lui en donnerons. Je ne puis lui écrire pour aujourd’hui, non plus qu’à M. Cornier, ainsi que je me le suis proposé. J’ai été accablé d’affaires tout le jour et nous voici dans la nuit ; je ne puis même vous écrire à vous, Monsieur, que brièvement et en courant. Je pense à vous pour les difficultés où vous vous trouvez et pour le remède que vous vous proposez, mais je vous prie d’avoir encore patience et de vous souvenir que le dégoût et le découragement sont des productions de la pauvre nature que l’on porte partout où l’on va, qu’il faut s’abandonner à l’esprit de Notre-Seigneur pour se supporter soi-même, et pour vaincre sa timidité, sa paresse et les autres infirmités. Je prie cet esprit saint et sanctifiant de vous animer de sa force, et de vous combler de ses bénédictions.
Je suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
120. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 28 mai 1660.
Monsieur, La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous écris quoi que je n’ai point reçu de vos lettres, parce que M. de Lespinay me mande que vous seriez de retour à Marseille
Lettre 119. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 248. La fin de la lettre, à partir de "…je vous prie […] de vous souvenir..," jusqu’à "…de ses bénédictions", constitue la lettre N° 3128 de l’édition Coste (t. VIII, p. 293), publiée d’après le recueil intitulé "Manuscrit de Marseille".
1). François Foucquet.
Lettre 120. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 248 249.
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après les fêtes de Pentecôte, c’est pour vous adresser une lettre de change de mille neuf cent trois livres sur MM. Napollon, vous en enverrez mille cinq cents à Alger pour la subsistance de nos confrères, et les autres quatre cent trois livres vous les retiendrez s’il vous plaît pour les besoins de votre maison. Je vous priais il y a quelques semaines, d’envoyer ou à Tunis ou à Alger autres mille cinq cents] ivres sur les deux mille que je vous ai remises, il y a environ deux mois. Or puisque vous ne l’avez pas encore fait, vous enverrez, s’il vous plaît, à M. Le Vacher, à Tunis, ces premières mille cinq cents livres. Je suis bien marri que vous ayez perdu l’occasion d’une barque qui est partie nouvellement pour y aller.
Il faut penser sérieusement à secourir ceux d’Alger, au plus tôt et d’une façon ou d’autre, je ne dis pas seulement pour vivre mais pour payer leurs dettes. Mandez-moi si quelque barque se prépare et ce qu’on dit de l’armement.
Je n’ai autre chose à dire à M. de Lespinay, ni à vous, Monsieur sinon que j’attends de savoir le succès de vos missions.
Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Quand je vous dis d’envoyer de l’argent à Alger, je l’entends avec le grain de sel que les plus sages et expérimentés jugeront qu’il n’y a point de danger, et qu’ils ne feront pas difficulté d’y recevoir des injures (1).
Voici une lettre pour Alger, laquelle il ne faut pas envoyer comme elle est, mais sous une enveloppe au consul.
121. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 4 juin 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Ma joie aurait été pleine, de vous savoir de retour des missions et satisfait du succès, si vos yeux n’étaient malades. Je rends grâces
1). Ce post-scriptum, écrit de la main de Saint Vincent, était moins facile à lire que le corps de la lettre rédigée par le secrétaire (frère Ducournau ou frère Robineau), aussi le copiste ajoute-t-il ces mots, pour marquer son hésitation "Est-ce cela ?"
Lettre 121. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 249-250.
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à Dieu de tout, et je le prie qu’il ait agréable de les guérir. J’espère bien qu’il le fera puisque ce mal est provenu d’une cause extraordinaire qui ne se trouve pas à Marseille où vous êtes.
Je loue Dieu aussi, Monsieur, de ce que la lettre de mille deux cents livres de M. le Curé du Havre (1) a été acceptée, et le paiement promis dans trois jours.
Je vous ai envoyé depuis une autre lettre de change de mille neuf cent trois livres, savoir, mille cinq cents livres pour la subsistance de nos confrères de Barbarie, et le reste pour celle de votre maison.
Je trouve bonnes les raisons que M. de Lespinay m’a marquées pour envoyer M. Cornier en Languedoc, et non M. Parisy. Mais Monseigneur l’Archevêque de Narbonne m’ayant demandé ce dernier, je me suis engagé à le lui envoyer. On m’a mandé depuis que ce bon prélat revient à Paris, et en ce cas, il nous pressera de tenir parole.
Nous avons reçu deux écus pour André de Paris sur la galère de la Reyne, je le mande à M. Huguier.
J’ai écrit à M. de Lespinay la mort de M. l’abbé de Chandenier, mais je ne lui ai, pas dit qu’il a voulu paraître devant Dieu, sous le nom et l’habit de missionnaire. Il les a instamment demandés pendant sa maladie à M. Berthe (2), qui le reçut en la Compagnie, quelques jours avant son décès. Il avait fait la même instance à M. Jolly (3), et il me l’avait faite à moi-même, plusieurs fois depuis quelques années ; mais je ne le voulais pas écouter, je détournais son discours, voyant la pauvre Mission indigne d’un personnage de sa condition et de sa vertu ; jamais je n’en ai connu un plus à Dieu, plus détaché du monde, plus éloigné des créatures, plus affectionné à la vie intérieure, ni plus disposé à l’assistance du prochain. O Monsieur, que c’est une grande perte pour l’église, et très grande pour nous. Il n’y a que notre maison du Ciel qui aie mérité de le posséder en qualité de missionnaire. Il a seulement laissé à celle de la terre les exemples de la sainte vie, autant pour les admirer que pour les imiter. Nous en avons fait une conférence, et ce soir, nous en ferons une autre, Dieu aidant. Je ne sais ce qu’il a vu en cette chétive Compagnie, qu’il ait ainsi voulu se couvrir de ses haillons pour se présenter devant la majesté de Dieu, où j’espère qu’il obtiendra de nouvelles bénédictions pour ceux qui en sont revêtus sur la terre, pour travailler
1). Michel Bourdon, docteur de Sorbonne en 1654, curé du Havre de 1655 a 1668 ; lié à Monsieur Vincent, il avait fait plusieurs retraites à Saint-Lazare, sous la direction du Saint.
2). Alors à Chambéry, revenant de Turin, sans doute en compagnie des frères de Chandenier.
3). Supérieur à Rome lors du dernier séjour qu’y fit Louis de Chandenier.
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toujours plus vaillamment à la vigne du Seigneur. Ceux de Rome (4) y sont appliqués par le Pape même qui en a envoyé huit avec quatre évêques pour visiter les évêchés suffragants de Rome. Sa Sainteté leur envoie aussi les Ordinands aux quatre-temps, depuis l’ordination de septembre dernier. Il plaît aussi à Dieu de bénir partout ailleurs les personnes et les emplois de la Compagnie. Je vous prie de l’en remercier, et de lui demander de bons ouvriers.
Je suis en son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Nous venons de recevoir vingt et une livres pour le nommé Traverse, forçat, et trois livres pour Jacques Fournier, dit Larivière, sur la Saint-Dominique.
122. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur a Marseille
De Paris, ce 18 juin 1660.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du huitième ; elle m’a fait peur d’abord, la voyant écrite d’une autre main que de la vôtre, mais elle m’a fort consolé sur la fin, voyant que vos yeux sont guéris, dont je rends grâces à Dieu.
Après tout, il faut s’ajuster aux ordres de la Providence qui vous octroie les moyens de secourir nos confrères d’Alger, et attendre en patience que Dieu vous en donne l’occasion, laquelle, j’espère, que vous ne laisserez pas s’échapper. C’est un sujet de grande consolation de savoir que les pauvres esclaves français qui sont à Tunis sont proches de leur liberté et de leur retour par la paix qui s’est conclue et qui sera exécutée. Peut-être qu’à l’exemple de cette ville-là, celle d’Alger demandera la même composition et qu’on la réduira par force à rendre les hommes qu’elle a pris, et à n’en plus prendre. O Dieu, quelle grâce s’il plaît à Dieu de l’accorder à nos chétives prières et aux souhaits de toute l’église.
4). Les missionnaires de la maison de Rome.
Lettre 122. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 251.
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Puisque le frère Le Moyne (1) est incommodé à Marseille et qu’il ne l’était pas à Agde (2), je consens qu’il y retourne, et j’écris à M. Durand (3) qu’il le reçoive. J’envoie dès aujourd’hui en Pologne les lettres de M. Truillard (4). Nous avons reçu un [écu] (5) pour Guillaume Laisné, dit La Montagne, forçat sur la Saint-Dominique, ainsi que je le mande à M. Huguier.
Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Puisque vous avez commencé la muraille du cloaque, il est à propos, sans se plaindre, ni pas même en parler (6).
123. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 25 juin 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre et beaucoup de joie de ce qu’il plaît à Dieu de bénir la mission que fait M. de Lespinay. Vous avez bien fait de n’y aller pas, à cause de vos yeux malades. J’en aurais été bien marri
1). Jean Le Moyne, né en 1611 à Saint-Cyr-en-Pail, Diocèse du Mans, entré dans la Congrégation de la Mission comme frère coadjuteur en 1643, placé à Agde en 1655, il y revint après un court séjour à Marseille.
2). Le séminaire d’Adge fut confié à la Congrégation de la Mission en 1654 ; des difficultés répétées firent qu’en 1671, les missionnaires quittèrent l’établissement.
3). Antoine Durand était supérieur du séminaire d’Agde depuis 1656.
4). M. Truillard était un officier français qui avait pris du service en Pologne son père habitait la région de Marseille. La lettre dans laquelle Saint Vincent envoie les lettres de M. Truillard père destinées à son fils est adressée à Guillaume Desdames, supérieur à Varsovie et porte la même date que la présente ; eue se trouve dans l’édition Coste : n° 3144 (t. VIII, p. 309-310). Déjà une fois en 1656 M. Truillard avait fait passer par M. Vincent une lettre pour son fils (voir la lettre du 29 septembre 1656 à Charles Ozenne, supérieur à Varsovie, édition Coste n° 2149, t. VI, p. 96-97).
5). Le copiste a mis ici quelques points de suspension, il n’a pas su lire le mot ; il est fort probable qu’il y avait escu sur l’original.
6). Le post-scriptum est de la main de Saint Vincent, le copiste n’a pas su le lire correctement, ce qu’il donne ne présente pas de sens acceptable.
Lettre 123. — Copie tirée du "Recueil Nodet" publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 251-252.
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et je vous prie de faire ce que vous pourrez pour vous guérir, bien loin de rien entreprendre qui puisse rengréger (1) votre mal. Votre santé est trop chère à la Compagnie, et trop nécessaire au poste que vous tenez, pour ne pas la ménager soigneusement.
Nous accueillerons le plus gracieusement que nous pourrons M. Bayn (2), s’il prend la peine de venir céans, et lui témoignerons le plus de reconnaissance que nous pourrons pour la bonté qu’il a pour votre famille, et les bons offices que vous en avez reçus.
Nous ne pouvons pas nous dispenser d’envoyer M. Parisy à Narbonne, car voilà qu’on nous le demande pour ce que je l’ai fait espérer à Monseigneur l’Archevêque. Il ne faut pas pourtant vous hâter de le faire partir.
Voici une petite lettre de change de cinquante écus que je vous prie de retirer. Ils sont pour Nicolas Chocquart, forçat sur la Montolieu, lesquels il a demandé à sa mère, disant qu’il avait trouvé moyen d’avoir sa liberté pour cette somme-là ; mais c’est lorsqu’il était sur une autre galère, et à présent, il mande qu’il s’en va en voyage pour trois mois, et ne demande que vingt livres pour sa subsistance.
Néanmoins, sa mère, qui avait cet argent prêt, a désiré de le vous remettre afin qu’il ne tienne à cela que son fils se sorte de la misère. Elle vous prie néanmoins de ne lui bailler point cet argent que pour sa délivrance, mais de le garder, tant que vous y verrez de l’incertitude, à la réserve des vingt livres qu’il demande pour ses propres besoins, que vous lui pourrez donner, s’il vous plaît.
Nous avons reçu six écus pour un autre forçat de Toulon nommé Denis-Dubois, sur la galère Princesse. J’écris à M. Huguier, qu’il les lui délivre.
On écrit ici qu’il est arrivé à Marseille un ambassadeur d’Alger. Je vous prie de me mander ce qui en est.
Et suis, Monsieur, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
1). Terme d’ancien français signifiant aggraver.
2. Joseph Bayn, Marseillais, qui, lors de son séjour à Paris, fut reçu et soigné à Saint-Lazare (voir les lettre N° 3215 et 3230 de l’édition Coste, t. VIII, p. 384 et 400.
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124. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 2 juillet 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 22 de juin. Je loue Dieu de ce que vos yeux se guérissent, et de la prévoyance que vous avez eue pour nos confrères d’Alger quand vous avez prié M. Le Vacher, de Tunis, de les assister, s’il en a l’occasion.
Je loue Dieu aussi de l’heureux succès de la mission de M. de Lespinay, particulièrement de la réconciliation des habitants et de l’accommodement de ce grand procès. Plaise à sa bonté d’affermir et de multiplier tous les biens qui s’y sont faits.
Je ferai lever, Dieu aidant, une copie en bonne forme du testament de feue Mme de Vins (1) pour la vous envoyer. Nous en avons déjà levé une mais il n’est pas à propos de nous en défaire.
Je ferai vérifier sur nos mémoires votre compte d’avances faites aux forçats. Il eut été mieux de l’envoyer en détail qu’en bloc.
Il est assuré que la fondation de l’hôpital (2) et les gages des aumôniers ont été mis sur l’état de cette année. Il faut en solliciter le paiement de delà des receveurs ou commis des gabelles. Mais, pour l’année prochaine, je ne sais si l’état en est encore arrêté ; je m’en informerai.
Nous avons reçu trente sols pour Jacques Gabat, forçat sur la Saint-Louis, et trois livres pour Claude Lefebvre, dit Lanal ; celui-ci est à Marseille, l’autre à Toulon. Je vous prie de leur faire donner à chacun son fait ; j’en dis un mot à M. Huguier pour le premier.
Nous sommes fort en peine d’un esclave nommé Vital Bernusset, détenu à Napolly de Romani (3) ou à Scio (4), pour lequel MM. les Abbés de Chandenier ont envoyé à Marseille mille deux cents livres par M. Le Vacher, ce me semble, lequel a employé Mme de Valbelle (5) pour recommander le rachat de ce pauvre homme à un marchand de sa connaissance à qui on a envoyé la somme pour le moins. Il avoue avoir reçu trois cent cinquante-quatre piastres, ainsi que je l’ai vu par l’extrait d’une de ses lettres où son nom, ni sa demeure ne sont point marqués, non plus que la date. Il parle que le Père custode, capucin, a pris la peine d’en écrire à Scio à ses Pères pour en traiter
Lettre 124. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 252-254.
1). Voir la note 4 de la lettre N° 107 de la présente édition.
2). L’hôpital des forçats à Marseille.
3). Napoli di Romagna, dans le Péloponnèse.
4). île de la Mer Egée, proche de l’Asie Mineure.
5). Parente du lieutenant de l’Amirauté de Marseille.
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au meilleur compte qui se pourra, trouvant fort à propos que le rachat soit mené par le Supérieur de son couvent. Cependant dit ce marchand, je ne me dessaisirai point de l’argent que ledit Vital ne soit ici, conformément à mon ordre. Je vous prie, Monsieur, de vous informer soigneusement, de Mme de Valbelle, qui est ce marchand ? Où il est ? Et s’il n’a rien écrit de nouveau touchant cet esclave ? A quoi il tient qu’on ne le rachète ? A quoi on a employé le reste de l’argent ? Enfin, tâchez d’avoir une entière connaissance de l’état présent de cette affaire, et de voir ce qui reste à faire pour l’exécution, afin de l’avancer autant que vous pourrez. Car, outre la charité que vous ferez à ce pauvre captif de lui procurer sa liberté au plus tôt, vous ferez un très grand plaisir à M. l’Abbé de Moûtiers-Saint-Jean (6), frère de feu M. l’Abbé de Chandenier, qui a cette affaire à cœur, parce que cet esclave est frère d’un bon ecclésiastique qui est à lui, et nous avons toutes les obligations imaginables de lui obéir ; ce qu’attendant de votre vigilance ordinaire, je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
125. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 16 juillet 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nous avons eu la consolation de voir M. Bayn, qui nous a fait l’honneur de venir céans par deux fois. Je l’ai envoyé visiter chez lui et par votre frère (1) et par un autre. Nous lui avons témoigné tout le respect et la reconnaissance que nous devons à sa personne et à sa bonté, et si l’occasion se présente de le servir, nous le ferons de grand cœur. Il le mérite bien, car pour si peu que j’ai eu le bien de lui parler, il m’a paru plein d’honneur et de vertu.
Je compatis sensiblement à vos douleurs et aux incommodités dont il plaît à Dieu d’exercer votre petite famille. Plaise à sa bonté infinie d’en tirer sa gloire et votre propre sanctification. Au reste, je vous prie de faire tout ce qui est à désirer pour vous et pour les
6). Voir la note 4 de la lettre N° 118 de la présente édition.
Lettre 125. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 254.
1). Nicolas Get, né en 1635, à Chépy, diocèse d’Amiens, entré dans la Congrégation de la Mission en 1655, il partira, avant son ordination sacerdotale, pour la Pologne, en septembre 1660.
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autres, pour vous bien porter, et de ne vous hâter pas d’envoyer M. Parisy à Narbonne. écrivez à M. Desjardins (2) que je vous ai prié d’attendre un nouvel ordre, lequel je diffère de vous donner, dans l’incertitude du voyage de Monseigneur l’Archevêque de Narbonne à Paris, parce que s’il y venait, les choses pourraient changer.
La maison d’Annecy étant satisfaite des frères qu’elle a, il n’est pas à propos d’y envoyer le Frère Le Moyne. J’écrirai à celles de Lorm (3) et de la Rose (4), pour savoir si l’une ou l’autre se pourront accommoder de lui, et je vous le ferai savoir.
J’ai prié Mme Foucquet (5) de s’informer de ce que vous désirez savoir touchant l’hôpital et les aumôniers. J’en attends la réponse.
J’ai reçu le paquet d’Alger. J’en suis bien aise, et néanmoins je ne l’ai encore pu voir. J’écris à M. Huguier qu’il donne à un forçat nommé Jean Fanson 4 livres 10 sols et à François Fremin (6) livres.
J’espère de vous envoyer au premier jour quelqu’argent pour Monsieur le comte d’Insiguin qui est en Alger et pour vous rembourser des avances faites aux forçats.
Je suis en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
126. — A JEAN PARRE, Frère de la Mission, a Rethel
De Paris, ce 17 juillet 1660.
Mon cher frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Il y a huit jours que je vous ai écrit à Reims et depuis je vous ai encore écrit à Laon et à Saint-Quentin dans le doute si vous étiez
2). Georges Desjardins, né en 1625 à Alençon, diocèse de Sées, ordonné prêtre en 1649, entré dans la Congrégation de la Mission eu 1651 ; il était supérieur de l’établissement de Narbonne depuis 1659.
3). Notre-Dame de Lorm, au diocèse de Montauban, où les missionnaires étaient établis depuis 1652.
4). Notre-Dame de la Rose, au diocèse d’Agen, où les missionnaires étaient établis depuis 1639.
5). Marie de Maupeou, dame Foucquet (1590-1681), Dame de la Charité mère de Nicolas Foucquet, surintendant des finances, de François Foucquet évêque de Bayonne, puis d’Agde, enfin archevêque de Narbonne, de Louis Foucquet, évêque d’Agde.
Lettre 126. — Lettre signée. Original chez les Prêtres de la Mission de Florence (Italie). Sur la "collection" dont fait partie cette lettre, voir la note du P. Combaluzier dans les Annales de la C.M., 1947-1948, p. 307-308.
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encore en Champagne. Je vous écris la présente à Rethel afin que, en quelque lieu que vous soyez, vous y receviez de nos nouvelles.
L’assemblée dernière (1), ainsi que je vous l’ai déjà mandé, vous a ordonné 848 livres pour les employer à réparer quelques églises, les plus ruinées et les plus délaissées que vous trouverez en Champagne et Picardie, non pour entreprendre les grosses réparations, car il n’en faudrait qu’une pour consommer tout, mais pour faire en plusieurs les choses plus nécessaires, afin qu’on y puisse célébrer la sainte messe, avec quelque décence, et que l’autel soit à couvert de la pluie et des vents ; encore faut-il excepter celles où les seigneurs dîmiers (2) et les habitants peuvent faire cette dépense, car s’ils le peuvent ils le doivent, et il faut se contenter de les y exhorter. Nous avons céans lesdites 848 livres que vous pouvez prendre et les tirer sur moi quand il vous plaira, ensemble les 500 livres destinées pour en acheter des grains et les donner à semer aux pauvres gens l’hiver prochain, ainsi que je vous l’ai écrit ci-devant, car ce n’est pas une nouvelle aumône, je vous en parle seulement pour vous en faire souvenir.
J’attends que vous me mandiez où vous voulez que nous vous adressions un petit ballot de linge et d’ornements d’église. Je vous avais écrit que nous vous les enverrions à Saint-Quentin, mais cela n’a pas été fait, ayant pensé qu’il valait mieux attendre votre réponse.
Nous ne pouvons pas vous dire encore si vous prendrez congé de la Champagne.
Je suis en Notre-Seigneur, mon cher frère (3)…
Je viens de recevoir votre lettre du 12. Je ferai savoir aux Dames ce que vous me mandez. Je doute fort qu’elles se veuillent mêler de ces deux filles qui ont désir de se retirer en quelque communauté ;
Texte publie avec l’orthographe de l’original dans les Annales de la C.M.,1947-1948, p. 311.
Photographie aux Archives des Prêtres de la Mission à Paris. Saint Vincent, ignorant ou se trouvait le Frère Jean Parre, lui adressa deux lettres, l’une à Reims, l’autre à Rethel ; celle de Reims a été publiée dans l’édition Coste n° 3158 (t. VIII, p. 324-325). Le fond et la forme des deux lettres sont fort semblables, cependant on note quelques variantes, c’est pourquoi nous donnons ici le texte de la lettre de Rethel.
1). Assemblée des Dames de la Charité de Paris.
2). Ceux qui percevaient les dîmes (gros décimateurs) au lieu et place des curés desservants auxquels elles auraient dû normalement revenir. 3). Le bas de la lettre a été découpé à cet endroit.
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pour la troisième qui veut être de la Charité (4), elle y pourra être reçue dans quelque temps si elle persévère, ayant les bonnes qualités qu’elle a, mais il est à propos de la remettre pour l’éprouver. Vous la pourrez cependant observer. Je suis en Notre-Seigneur, mon cher frère votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
127. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 23 juillet 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai fait parler de votre rente due par les héritiers de feue Mme la Marquise de Vins. Il est à propos avant de passer outre que vous nous envoyiez un mémoire du nom des terres où les missions ont été faites ? Combien elles ont duré ? Et comment elles ont réussi ? Et même que vous y joigniez les certificats que vous avez retirés de Messieurs les Curés pour les montrer ici à ceux qui administrent la succession.
Il a plu à Dieu de nous ôter un de nos bons et meilleurs frères. C’est Sirven (1) qui était à Sedan la règle vivante de la maison. Homme sage et intelligent, bienfaisant à tout le monde, qui s’adonnait volontiers au soin et soulagement des pauvres malades et à la consolation des affligés. Toute la ville l’aimait et a assisté à son enterrement depuis les premiers jusqu’aux moindres, témoignant beaucoup de regret de sa privation ; même les hérétiques qui étaient édifiés de sa modestie et de sa charité.
Nous avons grand sujet de croire que Dieu a déjà récompensé son âme dans le Ciel des bons services qu’il lui a rendus sur la terre. Il ne faut pas, néanmoins, Monsieur, laisser de prier Dieu pour elle dans l’incertitude des jugements de Dieu et pour nous conformer à l’usage de l’église et à la pratique de la Compagnie (2).
4). C’est-à-dire entrer dans la Compagnie des Filles de la Charité.
Lettre 127. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 255-256.
1). Pierre Sirven, Frère coadjuteur, né à Verdun-sur-Garonne (diocèse de Montauban), entré dans la Congrégation de la Mission en 1640, mort à Sedan le 12 juillet 1660.
2). Cet éloge du Frère Sirven se retrouve à peu près dans les mêmes termes dans d’autres lettres de la même époque. Cf. édit. Coste, lettres n° 3160, 3161, 3169, 3181 (t. VIII, p. 326, 327-328, 333, 349-350).
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Je ne puis que vous prier d’assister nos confrères d’Alger dès que vous le pourrez faire sûrement.
M. l’abbé de Chandenier vous remercie et moi avec lui, de ce que vous m’écrivez touchant Vital Bernusset, et nous vous prions de faire changer le premier ordre donné à M. le Consul de Smyrne, en le priant de nouveau de faire tenir l’argent qu’il a pour le rachat de cet esclave, là où il sera nécessaire, et même de fournir ce qu’il faudra, en cas que les 354 piastres ne suffisent. Vous pourrez répondre de son remboursement lequel nous vous enverrons au premier ordre. M. Le Vacher ne nous a pas envoyé celui qu’il a fait donner audit sieur Consul.
Je suis toujours en peine de votre goutte, et nous prions Notre-Seigneur qu’il aie agréable de vous en délivrer.
Nous avons céans trois ou quatre malades qui le sont dangereusement ; c’est de fièvre continue. Il semble que le bon Dieu nous veuille visiter. Son saint nom soit béni et sa volonté toujours accomplie.
J’écris à M. Huguier qu’il donne (3) livres à Laisné dit La Montagne. Nous avons reçu 384 livres pour M. le comte d’Insiguin, esclave en Alger. Nous vous les enverrons au premier jour. Cependant si vous avez l’occasion de les faire tenir à nos confrères pour les lui délivrer, je vous prie de le faire.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
128. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur a Marseille
De Paris, ce 6 août 1600.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 27 juillet. Je viens d’adresser à M. Desdames, en Pologne, celle de M. Truillard. Je n’ai encore pu voir les lettres de Tunis. Je vous ai adressé, la semaine passée, une lettre de change de Messieurs Simonnet sur Messieurs Napollon de 984 livres. Six sont pour vous rembourser des avances faites aux forçats et le reste pour le comte d’Insiguin, esclave en Alger.
Lettre 128. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 256.
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Nous solliciterons le payement de la fondation de Madame de Vins quand vous m’aurez envoyé les certificats des missions que vous avez faites.
M. le Procureur général a dit à Madame sa Mère (1) que non seulement la fondation de l’hôpital (2) est sur l’état, mais encore qu’elle doit être payée. Et par conséquent les gages des aumôniers des galères. En ce cas, vous ferez bien de distribuer à chacun sa part.
Je rends grâces à Dieu de votre meilleure disposition et du bon état de votre petite famille. Nous avons eu quelques malades céans, qui se portent mieux, grâces à Dieu, à la réserve du Frère Le Gouz (3) qui est en danger de mort. La perte sera grande, si elle arrive, car c’est un des meilleurs esprits du Séminaire en tous sens.
M. Alméras a été contraint de s’arrêter à Tours, en s’en revenant de Richelieu (4), pour une grande faiblesse qui lui est arrivée, qui nous a mis dans une grande appréhension, mais par sa dernière qu’il n’a pu écrire de sa main, il me mande qu’il se remet peu à peu.
J’embrasse ces Messieurs qui sont avec vous et votre cher cœur en particulier, étant de tout le mien en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
129. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 13 d’août 1600.
Monsieur.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 3 et les certificats des quatre missions que vous avez faites sur les terres de feue Madame la Marquise de Vins. Nous nous en servirons pour solliciter le payement de sa rente.
M. l’abbé de Chandenier ayant vu que l’on parle de 1 000 piastres pour le rachat de Vital Bernusset, ne veut pas répondre pour une
1). Marie de Maupeou, dame Foucquet, Dame de la Charité, était la mère de Nicolas Foucquet, Procureur général et Surintendant des Finances.
2). L’hôpital des galériens de Marseille.
3). René Legouts, né à Saint-Michel de Chavaignes (diocèse du Mans), entré dans la Congrégation de la Mission en 1658 ; il guérit de sa grave maladie puisque nous le trouvons Prêtre de la Mission à Sedan en 1674.
4). M. René Alméras avait été envoyé à Richelieu à l’occasion du passage dans cette localité du roi et de la reine (le 7 juillet 1660).
Lettre 129. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 257
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si grosse somme ; mais seulement jusqu’à 500 (1) ; je veux dire qu’en cas qu’on le puisse délivrer pour 500 piastres, il prie qu’on fournisse ce qui manque à la somme qui a été envoyée, et qu’il rendra ce surplus-là, tous frais faits. Je vous prie de vous en rendre caution, et non pour davantage.
Nous sommes fort pressés par la mère de La Rue, esclave en Alger, qui demeure chez le Consul, pour 600 livres qu’elle lui a envoyés et que vous ou M. de Lespinay avez reçus, il y a huit ou neuf mois. Si vous lui avez fait tenir ce secours, mandez-le-moi, ou souvenez-vous de l’envoyer à la première commodité.
Gardez, s’il vous plaît, les 130 livres qui vous restent pour un forçat qui est en voyage, jusqu’à ce que sa mère vous fasse savoir ce que vous ferez de cet argent, puisqu’il n’est pas suffisant pour délivrer son fils. Nous ne savons où elle demeure pour l’en avertir, il faut attendre qu’elle vienne ou qu’elle envoie céans.
Je loue Dieu de ce que vous vous portez de mieux en mieux. Nos malades sont aussi hors de danger par la grâce de Dieu.
Je mande à M. Huguier qu’il donne 30 livres à Pierre Laisné.
Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
130. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 20 août 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Voici une nouvelle qui vous affligera : c’est que le bon M. Bayn est malade d’une colique depuis quatre ou cinq jours ; pour moi, j’en suis fort en peine, quoique, grâces à Dieu, il n’y a rien à craindre. Et ce qui augmente ma douleur, c’est que nous n’avons pu le loger céans selon son désir, de quoi il a sujet d’être mésédifié, pouvant penser que nous manquons de reconnaissance et de charité ; et néanmoins, Monsieur, j’ai plus désiré de lui donner cette satisfaction que je ne l’ai jamais désiré pour personne, tant parce que vous nous
1). La copie porte quinze cents ; c’est sans doute une erreur de lecture : le contexte impose le chiffre de cinq cents.
Lettre 130. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C. M., 1943-I944, p. 257-258
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l’avez recommandé que pour la grande bonté que j’ai reconnue en lui. Je me suis même appliqué deux ou trois fois aux moyens de le recevoir, et les ai concertés avec notre Frère Alexandre (1) et avec d’autres ; mais il nous a été impossible de trouver en toute la maison un lieu convenable, nos infirmeries sont occupées de nos malades. Nous n’avons que quatre chambres à cheminée dont l’une sert à Mgr l’évêque d’Oloron (2), une autre à M. l’Abbé de Chandenier, la troisième à M. Pignay, docteur en Sorbonne, notre bienfaiteur, qui tous logent céans ; la quatrième est promise à une personne de condition qui doit venir faire la retraite, et où nous devons loger ensuite un des prédicateurs de la prochaine ordination qui sera un externe. Pour nos petites chambres, vous savez qu’elles sont tout à fait incommodes pour les malades, et qu’au lieu de faire plaisir à M. Bayn en lui en donnant une, nous lui aurions fait tort de le loger si pauvrement. Outre que la plupart de nos prêtres n’en ont point, et qui plus est, nous avons pour l’ordinaire quinze ou vingt exercitants que nous sommes contraints de mettre dans les salles, faute de chambres. Il n’y a donc que la pure impuissance qui nous aie empêché de loger ce bon Monsieur. Nous lui avons offert au reste tout ce qui dépend de nous et lui avons donné un frère pour le servir pendant sa maladie, là où il est.
Je verrai avec Mme la duchesse d’Aiguillon si les nouveaux Fermiers des Gabelles voudront faire payer les gages des aumôniers qui sont sur l’état de cette année. Je crains bien qu’ils en feront difficulté.
On nous a fait espérer, pour le prochain ordinaire, un mandement sur le Receveur des terres de Mme de Vins qui est de là pour recevoir de lui la première année de la rente.
J’écris à M. Huguier qu’il donne à Jean de Bréquigny, forçat, 30 sols, et je prie Dieu qu’il achève de vous guérir et de vous sanctifier par Notre-Seigneur Jésus-Christ en qui je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
1). Alexandre Véronne, frère infirmier de Saint-Lazare.
2). Voir note 2 de la lettre n° 118 de la présente édition.
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131. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 27 d’août 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 17. Mme la duchesse d’Aiguillon a fait parler aux Fermiers des Gabelles de Provence pour les prier d’ordonner à leurs commis de payer les gages des aumôniers, mais je n’ai su quelle réponse ils ont faite.
M. Grimancourt (1), exécuteur honoraire du testament de feue Mme la marquise de Vins (2), nous a promis une ordonnance sur le Receveur de ses terres pour vous payer la rente de la première année de sa fondation. J’ai envoyé chez lui pour la retirer. Si je la reçois avant le départ de l’ordinaire, vous le recevrez avec la présente, sinon ce sera pour le prochain.
C’est assez que vous pensez aux grands et pressants besoins de nos confrères d’Alger ; je suis assuré que vous ferez tout votre possible pour les assister au plus tôt. M. Bayn est guéri grâce à Dieu. J’écris à M. Huguier (3) qu’il donne 6 livres 15 sols à M. Ebran, forçat.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
132. — A DOMINIQUE LHUILLIER, Prêtre de la Mission, à Crécy
De Paris, ce 27 août 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit toujours avec vous !
Voici le bon Frère Servin (1) qui s’en va à Saint-Fiacre (2) avec le dessein de repasser par Crécy. Je vous prie de le recevoir avec toute
Lettre 131. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 258-259
1). Jean de La Roche-Lambert, seigneur de Grimancourt, maître d’hôtel du roi, demeurant à Paris.
2). Ce testament, avec ses deux codicilles, a été publié dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 264-273.
3). Le copiste a lu Gagnaire, erreur évidente de lecture.
Lettre 132. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 259.
1). La copie porte Souvin, il s’agit très probablement de Guillaume Servin Frère coadjuteur, né à Amiens vers 1615, entré dans la Congrégation de la Mission en 1655.
2). Localité proche de Crécy.
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la cordialité possible, comme un des bons serviteurs de Dieu qui sont en la Compagnie.
Monseigneur de Meaux (3) m’a fait mander par M. Brin (4) qu’il désirait vous employer en ses visites ; à quoi j’ai répondu que vous n’êtes pas encore assez exercé pour pouvoir prêcher tous les jours ; mon dit Seigneur se contente de ce que vous pourrez faire. Cela étant, je vous prie de lui rendre tous les services qui vous seront possibles en ce saint emploi.
J’ai mandé à M. Brin de vous délivrer de ce pénible et insupportable fardeau, dont la Providence de Dieu vous avait chargé, et qui vous a fait si continuellement pratiquer la vertu de patience, qu’il y a grand sujet de bénir Dieu de la force qu’il vous a donnée pour supporter si longtemps cet homme si fâcheux et si déraisonnable (5). Je crois qu’à présent cela vaut fait. Je me propose d’envoyer un prêtre à Crécy pour y demeurer pendant que vous serez en visite. Je vous prie de me mander quand est-ce qu’il le faudra faire partir.
Je suis en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
133. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 3 de septembre 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nous n’avons encore pu retirer de M. de Grimancourt l’ordonnance qu’il nous a fait espérer sur le reçu des terres de M. le marquis de Vins pour votre rente. Il tire de longue pour gagner temps, mais le ferai presser, Dieu aidant.
Nous avons reçu 12 livres pour Denis Beauvais, 3 livres pour le nommé Urbain Hanis, 3 livres pour Jean Lavergne, tous forçats à Toulon. J’écris à M. Huguier qu’il leur donne à chacun son fait, plus 3 livres à Desloriers.
3). Dominique de Ligny, évêque de Meaux depuis 1659 ; il mourra en 1681.
4). Prêtre de la Mission, alors Supérieur à Meaux.
5). Pierre de Lorthon, secrétaire du roi, fondateur de la maison, fut, par ses exigences et son humeur changeante, une cause permanente de difficultés pour les missionnaires de Crécy.
Lettre 133. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales C.M., 1943-1944, p. 260.
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Nous n’avons encore eu réponse des Fermiers des Gabelles touchant les gages des Aumôniers.
M. l’abbé de Chandenier n’entend répondre pour le sieur Bernusset, esclave, d’aucune chose, sinon qu’on puisse le délivrer et renvoyer en France pour 500 écus. En ce cas, il répond de ce qui pourra manquer aux 400 écus qu’il a déjà envoyés : savoir les 100 écus d’un côté et les frais faits ou à faire pour le port et autres droits des dits 500 écus, en sorte qu’ils soient rendus nets et liquides au dit Bernusset, supposé qu’on n’en puisse rien faire rabattre à son patron, et comme j’ai dit, qu’il le veuille au moins lâcher pour cette somme-là.
J’ai reçu les lettres de Tunis, nous penserons à ce que nous aurons à faire pour conserver ce consulat-là.
Prenez, s’il vous plaît, 1 000 livres sur la masse des quêtes pour en assister M. Le Vacher, de Tunis, et sur ces 1 000 livres, envoyez-lui les habits et autres provisions qu’il demande, et le reste de la somme vous la lui ferez aussi tenir à même temps. Nous verrons puis après si ces quêtes-là sont pour dégager le dit sieur Le Vacher de Tunis, aussi bien que le Consul d’Alger, ainsi que c’est le sentiment de Mme la duchesse d’Aiguillon (1). Cela étant, cela fera autant de pris. Et en cas du contraire, il faudra remplacer des 1 000 francs du premier argent que nous enverrons à Tunis. Tenez en mémoire s’il vous plaît.
Pour secourir nos frères d’Alger, cela est tout à fait nécessaire. Mais il faut faire la guerre à l’œil pour ne rien hasarder dans le trouble présent. Informez-vous auparavant du succès de l’armée, et prenez la peine de nous en avertir, et nous verrons.
Je n’ai encore pu voir le mémoire qui regarde les Pères Cordeliers (2) dites au Supérieur des Observantins que je lui demande encore huit jours pour penser à ce qu’il propose et pour en prendre avis.
Je suis en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur,
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
1). Bienfaitrice insigne des deux missions d’Alger et de Tunis.
2). Cordeliers et Observantins sont des branches de l’ordre franciscain.
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134. — SAINTE LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
J’ai été priée de vous supplier très humblement, pour l’amour de Dieu, comme je fais, de faire la charité à une pauvre femme qui a très grand besoin d’être enfermée, de faire prier M. Gillot, marchand, demeurant la place aux Chats (1), de lui aider à avoir place à la Pitié (2). Le besoin qui m’a été représenté est tout à fait digne de compassion, tant pour le salut de son âme que pour l’assurance de sa personne. Ce qui fait, Monsieur, que je me suis résolue de vous être importune et vous assurer, par ce mot, que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante.
135. — A LOUISE DE MARILLAC
Les deux lettres que je vous renvoie, Mademoiselle, me semblent bien. Je pense que vous feriez bien de mettre (1) ma Sœur Barbe à la retraite. Je l’entendrai à confesse, Dieu aidant, et lui parlerai par même moyen samedi prochain, ne le pouvant plus tôt, à cause de l’embarras dans lequel je suis, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Mademoiselle, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL.
Lettre 134. — Lettre autographe non datée. Original Archives Mission, Paris. Texte publié avec l’orthographe et la disposition de l’original dans les Annales de la C. M., 1961-1962, p. 16.
1). Place de Paris située près du Cimetière des Innocents.
2). Hôpital de Paris, bâti non loin du Jardin des Plantes.
Lettre 135. — Lettre autographe non datée. Original Archives Mission, Paris. Texte publié avec l’orthographe et la disposition de l’original dans les Annales de la C.M., 1961-1962, p. 16.
1). M. Vincent avait alors écrit :" vous ferez bien de parler…" il a corrigé par : "mettre".
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136. — SAINTE LOUISE DE MARILLAC A SAINT VINCENT
Monsieur,
J’oubliai hier de vous demander si notre Sœur Renée demeurera cette fois pour faire sa retrait e ; c’est à peu près le temps que votre charité lui avait marqué. Et si elle demeure, trouverez-vous bon que notre Sœur Claude (1), de Chinon, aille, ce temps, occuper sa place ? Elle fait ici l’école assez souvent et fait bien.
Je vous supplie très humblement vous souvenir du besoin que nous avons d’une conférence. Que si ce pouvait être cette semaine pour nous servir de meilleure disposition à la fête de la Sainte Vierge, vous nous ferez la charité de nous avertir du jour. Toutes nos sœurs en ont grand désir. Et nos sœurs qui espèrent n’être plus retardées pour se donner tout à Dieu (2), vous supplient de le bien vouloir, et moi que je me dise, Monsieur, votre très humble et très obligée fille et servante. L. M.
La réponse est au bas :
Je pense que vous ferez bien de faire faire à présent la retraite à cette bonne fille et d’envoyer l’autre à sa place pendant cela.
La conférence se pourra faire, comme j’espère, vers vendredi ou samedi et non plus tôt.
Bon soir, Mademoiselle. Je suis votre serviteur.
Suscription : A Mademoiselle Mademoiselle Le Gras.
Lettre 136. — Lettre autographe non datée ; la réponse de Saint Vincent est, elle aussi, autographe, Original chez les Filles de la Charité de l’Hôtel-Dieu de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). Texte publié dans les Annales de la C.M., 1931, p. 293. Photographie aux Archives de la Maison-Mère des Prêtres de la Mission à Paris.
1). Plusieurs Filles de la Charité portaient ce prénom ; il n’est pas possible de savoir de qui parlent Sainte Louise et Saint Vincent.
2). Il s’agit des vœux, donc postérieurement à 1642,
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137-138. — AUX ADMINISTRATEURS DE L’HôPITAL DE NANTES (1)
ET A LOUISE DE MARILLAC
Extrait d’Abelly, Vie du Vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul… Seconde édition, Paris, 1667. 2 Livres (Livre II, p. 234-235).
"… Ayant eu avis que les administrateurs de l’hôpital de Nantes désiraient mettre des religieuses hospitalières en la place des Filles de la Charité qui servaient leurs malades, il leur écrivit aussitôt qu’il avait ouï dire beaucoup de bien de ces religieuses, et que si c’était leur dessein de les établir à Nantes, et de congédier les Filles de la Charité, il les priait très humblement de le faire sans aucune difficulté. Il envoya sa lettre toute ouverte à Mademoiselle Le Gras, supérieure de ces bonnes Filles, et lui manda qu’il en fallait user de la sorte, et n’avoir aucune peine de ce renvoi car, disait-il, l’esprit du christianisme veut que nous entrions dans les sentiments des autres ; Notre-Seigneur même en userait ainsi, s’il conversait encore visiblement sur la terre, et l’on doit espérer que Dieu tirera sa gloire de ce changement et si on le laisse faire."
139. — A LOUISE DE MARILLAC
Extrait de Collet (P.), Traité des devoirs de ta vie religieuse… Lyon, 1765, 2 tomes (T. I, p. 52-53).
"… Tel fut d’abord le caractère de la pieuse Louise de Marillac, si connue et si respectée de nos jours sous le nom de Mademoiselle Le Gras. Vincent de Paul, qu’on n’accusera pas d’être resté oisif pendant la longue carrière qu’il a fournie sur la terre, fut plus d’une fois obligé de modérer le feu saint qui dévorait cette illustre veuve ; et de lui présenter, comme il a fait en bien d’autres occasions, que les œuvres de Dieu ont leurs commencements et leur progrès ; que quand il voulut sauver Noé et sa famille, il lui commanda de faire une arche qui pouvait être achevée en peu de mois, et dont toutefois la construction dura cent ans ; qu’il n’envoya son Fils sur la terre pour remédier au péché du premier homme, que plusieurs siècles après qu’il eut été commis ; que ce Fils, qui aurait pu venir dans un âge
Lettres 137-138. — Non datées.
1). Les Filles de la Charité étaient établies à Nantes depuis 1646 ; elles y connurent un certain nombre de difficultés qui durent plusieurs fois faire envisager leur rappel.
Lettre 139. — Non datée.
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parfait, avait voulu naître petit enfant, et croître en âge comme les autres hommes ; qu’il disait quelquefois, en parlant de ce qu’il avait à faire, que son heure n’était pas encore venue ; pour nous apprendre à ne nous pas trop presser dans les choses qui dépendent plus de Dieu que de nous ; qu’il aurait pu former ses disciples en un jour, et que cependant il y employa plusieurs années ; qu’il aurait pu même établir de son temps l’église par toute la terre ; mais qu’il se contenta d’en jeter les fondements, et qu’il laissa le reste à faire à ses apôtres et à leurs successeurs. Que faut-il donc faire, poursuivait le saint prêtre, aller doucement, prier beaucoup, attendre en paix les moments de Dieu, les saisir avec joie quand ils sont arrivés…"
140. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Extrait d’Abelly (L.), Vie du Vénérable Serviteur de Dieu, Vincent de Paul… Seconde édition, Paris, 1667, 2 Livres. (Livre II, p. 231).
"… Ayant reçu un don fort considérable d’une personne de grande piété, un parent proche du bienfaiteur témoigna en être mécontent, bien qu’il n’eut aucun droit de s’y opposer. Aussitôt que Monsieur Vincent en eut connaissance, il déclara à ce bienfaiteur en présence de ce même parent, qu’il renonçait de bon cœur au bien qui lui avait été donné ; et il écrivit ensuite à un prêtre de sa Congrégation, tout ce qui s’était passé dans cette rencontre, et il ajouta ces paroles dignes de remarque : J’ai déclaré à ces Messieurs que nous renoncions entièrement au bien qui nous avait été fait, préférant l’union de leur famille à notre intérêt temporel ; c’est pourquoi je vous prie de me renvoyer les papiers que je vous avais adressés pour ce sujet. Ne sommes-nous pas heureux, Monsieur, de pouvoir faire cet acte de désintéressement, pour l’union de la famille de notre bienfaiteur. Je vous assure que je prends ceci pour une grâce particulière de Dieu, qui nous donne cette occasion de postposer nos intérêts temporels aux avantages spirituels de cette famille…"
141. — A UN PRêTRE DE LA MISSION
Extrait d’Abelly (L.), Vie du Vénérable Serviteur de Dieu, Vincent de Paul… Seconde édition, Paris, 1667. 2 Livres. (Livre II, p. 168-169)
Lettre 140. — Non datée.
Lettre 141. — Non datée.
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"… Nous devons remercier Dieu […] de la place que nous tenons dans le cœur de ce bon Seigneur, dont vous me faites mention ; elle est convenable aux serviteurs de Jésus-Christ, qui n’en doivent désirer aucun hors de lui, qui leur soit avantageuse ou honorable ; et qui pour se rendre agréable à ses yeux et plus semblables à sa vie, doivent se réjouir de la froideur et du rebut des grands du monde et se plaire dans le rang des petits, car c’est à ceux-ci que le Royaume des cieux appartient. Il y a danger de complaisance ou de vanité pour ceux qui trouvent dans les autres des témoignages de bonne estime ou d’affection particulière, au lieu que dans le contraire l’on trouve de quoi s’humilier et mortifier l’amour-propre, ce qui est un bien incomparable. Plaise à Dieu, Monsieur, nous bien établir dans cette pratique, jusqu’à nous faire estimer le mépris de quelque part qu’il vienne, et nous faire désirer que les autres nous soient préférés aux emplois et aux rangs honorables…"
142. — AU PèRE HILARION RANCATI
Révérendissime Pater,
Postquant didici ex litteris ab Urbe Roma ad me missis quanto cum studio et affectu P. V. Reverendissima in negotio confir1nationis Consitutionum nostrarum nobis favere dignita sit, valde demiratus sum omnino ignorans, unde talis ac tanta P. V. Reverendissimae erga nos tam indignos, et illi inutiles, imo antehac illi penitus ignotos benevolentia processisset. Et cum nullam ex parte nostra tantae gratiae causam esse videam, ullam eximiae charitati suae, quae in hoc nihil aliud praeter Deum potuit intueri, totam compellor adscribere. Quare cum referendis gratiis prorsus imparem me esse sentiam, Deum O M. enixe rogo ut ipsemet P. V. Reverendissimae merces sit magna nimis. Orationes quamplurimas et sacrifia non pauca indixi in hacce domo nostra Parisiensi ; scripsi etiam ad nostros, qui aliis in domibus Congregationis nostrae degunt, ut idipsum facerent pro incolumitate et prosperitate P. V. Reverendissimae, quam Congregatio nostra inter suos praecipuos benefactores semper adnumerabit, et ipsa tota, licet pauca
Lettre 142. — Non datée, étant donné le rapprochement possible avec la lettre 99 de la présente édition, on peut penser qu’elle est de 1658 ou 1659. Le texte latin de la lettre a été publié dans les Annales de la C.M., 1951 p. 375 (avec quelques coquilles faciles à corriger) d’après Fumagalli (A.) Vita del P.D. Ilarione Rancati… Brescia, 1762 (p. 119). Sur le P. Rancati et ses relations avec la Congrégation de la Mission, voir Annales de la C.M., 1951, p. 374-377.
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se perpetuo illi addictam esse gaudebit, et palam profitebitur. Sic vota nostra bonorum omnium desideriis sincerissime consociantes, demissis animis ex justitiae debito offerimus sicque Paternitatem Vestram in dies donis coelestibus et gratiis divinis cumulari cupit.
P. V. Reverandissimae
Humill. et Obseq. servus
Vincentius a Paolo
Congr. Miss. Sup. Generalis.
Traduction :
Révérendissime Père,
Après que j’eus appris, par des lettres expédiées de Rome, le zèle et l’affection avec lesquels Votre Paternité Révérendissime avait daigné nous aider dans l’affaire de la confirmation de nos Constitutions, je me suis demandé, dans l’ignorance où j’en étais, d’où venait cette bienveillance de Votre Paternité Révérendissime envers nous, indignes, incapables de lui rendre service et jusqu’alors absolument inconnus d’Elle. Et comme je vois de notre côté aucune raison à cette bienveillance, je suis obligé de l’attribuer à Votre charité qui, dans cette affaire, n’a eu en vue que Dieu seul. C’est pourquoi, me sentant absolument incapable de rendre ce bienfait, je demande avec ardeur à Dieu qu’il soit lui-même la récompense abondante de Votre Paternité Révérendissime. J’ai ordonné beaucoup de prières et de sacrifices dans notre maison de Pans, j’ai écrit aussi à ceux de nos confrères qui résident dans les autres maisons de notre Congrégation afin qu’ils fissent de même pour le salut et la prospérité de Votre Paternité Révérendissime que notre Congrégation comptera toujours parmi ses principaux bienfaiteurs ; notre Congrégation tout entière, encore que peu nombreuse, proclamera publiquement sa joie d’être pour toujours à votre service. En toute humilité, comme il se doit, nous offrons à Votre Paternité Révérendissime nos vœux unis sincèrement aux souhaits de tous les gens de bien. Que vous soyez comblé des dons célestes et des grâces divines, c’est ce que désire
de Votre Paternité Révérendissime
le très humble et très obéissant serviteur
Vincent de Paul,
Supérieur général de la Congrégation de la Mission
143. — A X… (destinataire Inconnu)
Extrait d’Abelly (L.), La vie du Vénérable Serviteur de Dieu, Vincent de Paul… Paris, 1664, 3 Livres (Livre I, p. 253-254) (1). "Il remettait quelquefois aux siens, devant les yeux la pensée de la mort comme une des plus salutaires, et les exhortait à s’y préparer par
Lettre 143. — Non datée.
1). Ce texte a été repris par Collet (P.), La vie de Saint Vincent de Paul…. Nancy, 1748, 2 tomes (t. II, p. 109) avec quelques modifications sans importance.
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de bonnes œuvres, les assurant que c’était là le meilleur et le plus assuré moyen pour bien mourir. Il voulait pourtant que cette pensée de la mort fut animée de confiance en la bonté de Dieu, et non pas telle qu’elle nous causât aucun abattement ou inquiétude d’esprit. Ce fut l’avis qu’il fit donner à une personne, qui ayant une vive appréhension de la mort, l’avait incessamment dans la pensée, car il lui fit dire, comme il se voit dans une lettre qu’il écrivit sur ce sujet, que la pensée de la mort était bonne, et que Notre-Seigneur l’avait conseillée et recommandée ; mais qu’elle devait être modérée, et qu’il n’était pas nécessaire ni expédient que cette personne l’eût incessamment présente en son esprit, qu’il suffisait qu’elle y pensât deux ou trois fois le jour, sans s’y arrêter néanmoins beaucoup de temps, et même si elle s’en trouvait inquiétée, qu’elle ne s’y arrêtât point du tout, et qu’elle s’en divertît doucement."
144. — LETTRE DE G. PLUYETTE A SAINT VINCENT
Monsieur,
J’avais été il y a quelque temps à Paris, pensant vous y voir et vous parler de mon neveu Matthieu Pluyette, boursier de votre collège, lequel continue ses principes dans le collège de Senlis. Comme je vous avais parlé, j’eusse bien désiré que vous eussiez pris la peine d’écrire un mot, prévenant qu’il demeurât là pour quelque temps. Je crains qu’on ne trouve pas bonne cette demeure ; je pense que cela n’est pas contre l’intention du fondateur. Je vous ai envoyé un mot par mon homme qui retient le premier payement, afin de vous bailler quittance pour le second quartier échu à la saint Rémi. J’avais baillé quelque chose au cousin Etienne Pluyette, sur la croyance qu’il ne recevrait rien du quartier de Pâques, mais je pense qu’il en a reçu quelque chose et que vous gardez le reste. Je vous envoie la quittance en blanc de ce qu’il […], et quand je pourrai, je vous verrai, ce qu’attendant, je demeurerai, Monsieur, votre très humble serviteur.
G. PLUYETTE.
(Sans date).
Lettre 144. — Lettre signée.
Original aux Arch. Nat. (Paris) M.105 (Collège des Bons-Enfants).
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E N T R E T I E N S
1. CANEVAS D’ENTRETIEN
AUX DAMES DE LA CHARITé DE L’HôTEL-DIEU
SUR L’ŒUVRE DE LA VISITE DES MALADES
1638-1642
Entretien pour les 14 de la Charité de l’Hôtel-Dieu (1)
I. Des raisons qu’elles ont pour embrasser ce saint exercice. Il. Ce qu’il faut faire devant la visite. III. Ce qu’il faut faire pendant IV. Ce qu’il faut faire après.
1° Motif que Dieu vous a appelées et choisies pour cela par l’ordre de la Providence.
2° Que par ce bon œuvre, l’on ôte les âmes de l’empire du diable et l’on les rétablit en celui de Dieu ; pensez quelle consolation a un prince chassé de sa principauté, de se voir rétabli.
3° Que vous êtes cause que les pécheurs qui meurent en suite de ces instructions et confessions générales s’en vont droit en paradis et que ceux qui guérissent mèneront une bonne vie.
4° Vous assurez votre salut en sauvant vos âmes.
Ce qu’il faut faire devant.
1° Offrir dès le réveil du matin dont vous devez servir le jour les malades, toutes vos pensées a Dieu afin qu’il vous fasse la grâce de bien faire ce bon œuvre.
2° Communier ce jour-là à cette intention, réellement ou spirituellement.
3° S’humilier en la vue de Dieu et de votre pauvreté pour un si grand œuvre.
I. Canevas d’entretien. Ms. autogr. 4 p. 9 x 21 cm. Ce texte se rattache aux autres canevas d’entretien aux Dames de la Charité publiés au t. XIII des Œuvres se Saint Vincent (édit. Coste), p. 761-802, l’original fait partie de la collection d’autographes de Cardinal Manning à Londres. Photogr. Arch. Miss. Paris. D’après le contenu et l’écriture, ce texte peut être daté des environs de 1638- 1642.
1). La Compagnie des Dames de la Charité comptait, depuis 1636 un groupe de quatorze Dames chargées de préparer les malades à la confession de leurs fautes.
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Ce qu’il faut faire pendant.
1° Leur préparer l’esprit en les saluant gracieusement, et leur disant : "Oh ça, mon enfant, qui pensez-vous qui vous ait envoyé le mal que vous avez ? C’est Dieu. 2 Et pourquoi ? C’est pour vous attirer à Lui, ou pour vous faire mener une meilleure vie.)~
2° Il faut leur dire que pour profiter de leur maladie, il faut faire deux choses : primo, être instruit des choses nécessaires à salut, voici l’autorité : "Haec est vita aeterna ut cogniscant te Deum verum et quem misisti filium" (2). Or, ce qui est nécessaire à salut à savoir qu’il y a un Dieu en trois personnes.
3° Il leur faut dire qu’il faut faire leur confession générale et la raison pour cela c’est qu’il faut savoir que par le baptême nous sommes faits enfants de Dieu, et que, offensant sa divine majesté, nous devenons enfants du diable, que le moyen de revenir à la dignité d’enfant de Dieu, c’est la confession bien faite, et je dis bien faite, pour ce que celles qui ne le sont pas ne font pas cet effet ; qu’une confession bien faite a quatre conditions : 1° de bien examiner sa conscience, etc. Et pour ce que nul ne peut assurer d’avoir bien fait ses confessions passées, ni par conséquent d’être rentre dans la grâce de Dieu, il faut faire une confession générale, laquelle se fait comme les autres excepté que là on ne s’accuse que des passés, etc.
Ce qu’il faut faire après.
1° Au sortir de rende grâces à Dieu de ce que vous aurez fait.
2° De penser en vous en retournant à la manière qua vous vous êtes prises à ce bon œuvre et aux moyens de remédier aux manquements.
3° Si vous avez trouvé quelque secours à donner pour sortir du péché, le faire au plus tôt.
CANEVAS D’ENTRETIEN AUX DAMES DE LA CHARITé
RAPPORT SUR L’ŒUVRE DES ENFANTS TROUVéS
1647
"L’assemblée est à trois fins : 1° L’une pour rendre compte à la Compagnie de l’état des affaires d’icelle ; 2° Pour agiter s’il est expédient qu’elle continue le soin des pauvres à l’Hôtel-Dieu et
2. S. Jean XVII, 3 (citation approximative).
2. Canevas d’entretien. Ms autogr. 2 p. 8 x 21 cm. On peut noter la parenté (même sujet, mêmes motifs développés, même réalisme) avec les canevas d’entretien publiés dans le t. XIII des Œuvres de Saint Vincent (édit. Coste) p. 761-802. Photogr. Arch, Miss. Paris. Quelques fragments du présent texte ont été publiés au t. XIII. N° 197, p. 802, d’après le Catalogue (1914) de S. Kra, marchand d’autographes. L’original a été mis eu vente le 14 décembre 1965 à l’Hôtel des Ventes (rue Drouot, Paris). Offert à 900 Fr, il a été adjugé pour la somme de 3 100 F. Ce document peut être daté de la deuxième moitié de l’année 1647, après le 7 juillet, date probable de l’installation des Enfants trouvés à Bicêtre.
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des enfants trouvés, et au cas qu’il soit jugé quels moyens il faut prendre pour la faire subsister ; 3° Pour procéder à l’élection d’une trésorière des enfants.
PREMIER POINT
Il y a 820 enfants trouvés dont il y a 150 de sevrage et les autres en nourrice. L’on a dépensé cette année à l’Hôtel-Dieu… dont l’on doit encore environ quatre mille livres. L’on a dépensé pour les enfants environ 35 000 livres dont l’on a encore…
Il a plu à la reine de donner le château de Bicêtre aux enfants pour leur logement jusqu’à ce que le public ait besoin de cette maison pour une chose de plus grande importance.
DEUXIèME POINT
Il semble pour quatre raisons que la Compagnie doive abandonner l’œuvre des enfants, à cause qu’il faudra peut-être 40 000 livres l’année prochaine et que les enfants n’en ont qu’environ 13 000 livres ; 2° Pour ce que nous sommes en temps de guerre où les aumônes sont rares à cause des incommodités publiques ; 3° Pour ce qu’il vaut mieux quitter l’œuvre de bonne grâce que d’attendre que la nécessité nous y contraigne ; 4° Et puis, il semble que ce n’est pas là une œuvre de femmes.
Voici la réponse à ces trois (sic) raisons : quant à la première, que le bon Dieu a assisté la Compagnie jusqu’à présent en sorte que sa Divine Providence jusqu’à présent a pourvu à ce bon œuvre, sans qu’on se soit notablement endetté, en quelle conscience peut-on se défier de la Providence de Dieu puisqu’elle ne nous a manqué jusqu’à présent ?
Quant au second point, ce bon œuvre s’est commencé et a été poursuivi pendant la guerre, et nous avons sujet d’espérer que le bon Dieu de paix nous donnera la paix et nous continuera sa Providence pendant la guerre.
Quant au troisième point, qui est de quitter de bonne grâce, hélas, Mesdames, le peut-on en conscience tandis que le bon Dieu assiste l’œuvre par sa Providence qui lui a donné cette année un logement qui a coûté deux cent mille livres et puis à qui le… nous à ceux qui le vous ont donné, en ce cas vous voyez bien où cela ira, pour l’Hôtel-Dieu, ils prétendront que cela n’est pas de leur fait.
Que ce ne soit pas là une œuvre de femmes, sachez, Mesdames que Dieu s’est servi de votre sexe pour faire les plus grandes choses qui se sont jamais faites au monde ; lesquels des hommes ont jamais fait ce que Judith a fait, ce qu’a fait Esther, ce qu’a fait en ce royaume La Pucelle d’Orléans, ce qu’a fait sainte Geneviève qui pourvut Paris de vivres pendant une famine ? et enfin
Tome XV (Mission et Charité)
Ajout d’une notice et de corrections p. 59-61 :
l’original est retrouvé et nous en avons photocopie B. KOCH
- 59 - Samedi 5 septembre 98
7 septembre 1646
Original dans une collection privée, en Allemagne. Photocopie aux Archives de la C. M. Paris.
Publiée dans les Annales de la C. M., 1926, p. 233-235.
Le haut des marges externes étant rongé des souris, les parties manquantes, restituées sont entre crochets droits.
En rouge et entre chevrons : les mots inexacts de l’édition Mission et Charité (tome XV).
Notules des archivistes successifs :
a) Paris. M. Vincent le 22 janvier 1647 b) <2° main> Lettre de consolation
l faut se supporter, car <mot barré> et de la manière qu’il faut recevoir
+ les accidents fâcheux
Le 25 janvier 1647 <3° main> et supporter en Dieu l’empri-
sonnement des frères.
à Monsieur
Monsieur Nouel, prêtre
de la Mission
à Alger. * * *
Folio 1 recto
De Paris, ce 7 septembre 1646
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous po[ur] jamais !
Je prie Notre-Seigneur, qu'il vous fasse conna[ître] la consolation incomparable que vos lettres [m'ont] apportée. Je prie sa divine bonté, qui vous a 2 choisi de toute éternité pour un 3 œuvr[e de] cette importance, qu'il vous donne l'esprit qu'il [a eu] en sa dévotion intérieure dans la soumission externe qu'il rendait à saint Joseph.
O Monsieur, que de démons que le prince des démons a députés, pour vous tenter dans cet état. L'emploi de notre cher frère 4, la diversité des sentiments, le désapprouvement mutuel et réciproque et la naturelle inclination que nous avons que toutes choses nous fassent jour 5 <cèdent>, que toutes ces choses ont chacune un esprit malin, qui travaillent incessamment pour rompre le lien de la charité dont Dieu a uni vos cœurs ! Mais tenez bon, Monsieur ; humiliez-vous très bien pour tous deux ;
Lettre 48. — Lettre autographe. "Original mis en vente par M. Lemasle, marchand d'autographes à Paris, en 1925 ou 1926. Texte publié dans les Annales de la C. M.,1926, p. 233-235".
Remis en vente à Berlin en juillet 1998, à partir de la Collection Geigy, par Stargandt - Autographenhandlung, Katalog 670, nr 1188, pour 2500 DM, acheté par un médecin de Hanovre, qui en a envoyé photocopie aux Archives de la C. M. Paris en août 98. 3 pages écrites de 22,5 x 17 cm en moyenne et la dernière portant l’adresse, la suscription, sur une grande feuille pliée en deux. Le haut des marges extérieures a été rongé par les souris.<B. Koch, samedi 5 septembre 98>
___________________________
1. Boniface Nouelly (ou Nouel, ou Noel), né en 1618 à Collonges, diocèse de Genève, entré déjà prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1643. Arrivé à Alger en 1646 avec Frère Jean Barreau, il y mourra en 1647, victime de la peste contractée au chevet d'un malade qu'il assistait.
2. M. Vincent il avait d’abord écrit "qu’en vous a[mots barrés et rongés ] cela sup", il a alors barré "en", écrivant dessus "i" : "qui vous a choisi".Les mots rongés ayant déjà été barrés, il ne manque donc rien.
3. "Œuvre", comme "rencontre", comme plusieurs autres mots féminins aujourd’hui, étaient alors masculins.
4. Le Frère clerc Jean Barreau, pas encore prêtre. Né en 1612 à Paris, avocat au Parlement, entré en 1645 dans la Congrégation de la Mission, arrivé à Alger en 1646 comme consul de France, il mourra à Paris en 1679 ou peu après.
5. "Faire jour" : céder.
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produisez quantité d'actes intérieurs vers cette chère moitié de vous-même, et vous renverserez ces spectres malins, et les précipiterez au fin fond des enfers, en sorte qu'ils ne vous tenteront jamais plus. Imaginez-vous, Monsieur, que la sainteté de votre emploi et l'état de votre manière font <fait> enrager les démons.
Travaillez cependant à votre ouvrage capital, Monsieur, visitez, consolez, fortifiez et animez de l'esprit de Dieu vos pauvres esclaves 6. C'est là le principal et l'unique sujet de vos emplois; le reste est subalterne à celui-là.
O Monsieur, que M. Chrétien 7 <en (inexistant)> fait bien au gré d'un chacun !
Folio 1 verso 8
Chacun reconnaît que l'esprit de Dieu anime et conduit le sien. Pouvez-vous pas vous entr'écrire l'un à l'autre ? S'il y a moyen, j'en serai consolé, afin que la mutuelle communication vous entr'anime l'un l'autre et vous entr'aide. Si vous le faites, il faut que cela se fasse avec tant de discrétion que personne ne trouve à redire à vos lettres quand elles seraient <seront> interceptées.
J'écris à M. le consul 9 mes <nos> petits avis sur deux sujets. La communication de sa lettre, que vous préviendrez 10 par la vôtre, vous informera de ce que je lui <vous> dis. Aussi bien suis-je extrêmement pressé.
Voici une nouvelle que je m'en vas vous dire, qui vous fera part de la grande affliction en laquelle nous sommes de l'emprisonnement, au Parlement de Rennes, de M. de Beaumont 11, où il court risque de sa vie. Voici le sujet. Monsieur de Saint-Malo 12 nous a établis à Saint-Méen 13 dans son diocèse, où il a fait un séminaire d'ecclésiastiques, auquel il a uni, du consentement du roi, la mense des religieux de l'abbaye, de leur consentement aussi, conformément au concile de Trente et aux ordonnances de nos rois. Les religieux réformés de Saint-Benoît se sont plaints au Parlement et l'ont animé, de sorte qu'ils nous ont chassés de ce lieu-là ; et y ayant été rétablis par l'autorité du roi, ils ont pris prisonnier ledit sieur de Beaumont et ordonné que nous serons chassés de la province, contre les arrêts du roi, qui nous y maintiennent.
___________________________
6. B. Nouelly avait été envoyé à Alger pour le service spirituel des esclaves chrétiens captifs à Alger.
7. Jean Chrétien, né en 1606 à Oncourt, diocèse de Toul, ordonné prêtre en 1631, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640 ; il était, en 1646, Supérieur de la maison de Marseille ; mort après 1667.
8. M. Vincent laissnt assez de marges à gauche, la partie rongée n’a pas touché les mots sur cette page.
9. Le consul était le Frère Jean Barreau, clerc de la Mission, évoqué ci-dessus.
10. "Prévenir" n’a pas ici le sens d’avertir, mais de "venir avant", "devancer". Ceci suppose soit que M. Nouëlly lira la lettre de M. Vincent à Jean de Barreau, ce qui était alors un des devoirs des supérieurs, sauf, il est vrai, pour la correspondance avec les supérieurs majuers, ce qui était le cas ici, - soit qu’il demande à Jean Barreau de lui faire part du contenu après lui avoir parlé de la sienne, selon ce conseil de la montrer avant.
11. Pierre de Beaumont, né en 1617 à Puiseaux, diocèse de Sens, entré dans la Congrégation de la Mission en 1641, ordonné prêtre en 1644, placé à Saint-Méen, il fut emprisonné quelque temps à la suite des affaires soulevées par l'établissement des Missionnaires en 1645. Sur cette pénible affaire, voir Coste : Le grand saint du grand siècle, Monsieur Vincent, t. II, p. 133-144.
12. Achille de Harlay de Sancy, né à Paris en 1581, entré à l'Oratoire en 1620, nommé évêque de Saint-Malo en 1631 ; il mourut à Saint-Malo le 20 septembre 1646.
13. Saint Méen, abbaye bénédictine dont Achille de Harlay, évêque de Saint-Malo, était abbé commendataire, où il ne restait que deux moines âgés qui ne pouvaient plus entretenir les bâtiments. L’évêque avait fait une enquête dont le procès-verbal est conservé aux Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine à Rennes, avec d’autres documents sur cette union de l’abbaye au Séminaire. La "mance", c’est-à-dire la "mense", est l’ensemble des revenus pour assurer la subsistance des personnes d’une institution, diocèse ou abbaye.
- 61 -
Voilà, Monsieur, comme nous avons sujet d'honorer le déchassement de Notre-Seigneur de quelques provinces et celui des apôtres, et comme notre petite Compagnie a commencé à souffrir en prison sans avoir mal fait, ains 14 <ainsi> Dieu ayant béni ses travaux d'une manière particulière et notamment ceux de M. de Beaumont, qui est des plus hommes de bien que j'aie
Folio 2 recto
jamais connus et des meilleurs ouvriers de la Compa[gnie]. Nous souffrons en cela, selon ce qui paraît par [la] haine qu'ils ont conçue <omis> contre mondit sieur l'évêq[ue de] Saint-Malo, à cause qu'il s'est retiré 15 <adressé> au grand C[onseil, au] lieu de se retirer <s'adresser> à eux pour l'enregistrem[ent de] nos lettres d'établissement au Parlement.
Je vo[us fais] part de ma douleur, afin que vous voyiez [que] vous trouvez votre sûreté en <et> travaillant parm[i] les infidèles, tandis que nous souffrons toutes ces choses parmi les fidèles.
Je suis pressé de finir en me recommandant à vos saintes <omis> prières. qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur,
Monsieur,
votre très humble et obéissant serviteur.
Vincens Depaul
Indigne prêtre de la Mission.
___________________________
14. "Ains" était courant en ancien français pour dire "mais". C’est un contresens de le transcrire par "ainsi".
15. Les sens courants, même à cette époque, tournaient autour de "quitter", "chercher une retraite"; il semble très rare de l’utiliser comme ici pour dire "chercher soutien", "chercher garantie", "s’adresser à".
Texte à l’authentique
A Monsieur
Monsieur Nouel, presbtre
de la Mission
à Alger.
Folio 1 recto
De Paris, ce 7 7bre 1646
Monsieur,
La grâce de Nostre Seigneur soit avecq vous po[ur] jamais !
Je prie Nostre Seigneur, qu'il vous face cogno[istre] la consolation incomparable que vos lettres [m'ont] apporté. Je prie sa divine bonté, qui vous a 2 choisi de toute éternité pour un 3 œuvr[e de] ceste importance, qu'il vous donne l'esprit qu'il [a eu] en sa dévotion intérieure dans la soubzmission externe qu'il rendoit à st Joseph.
O Monsieur, que de démons que le prince des démons a députté, pour vous tenter dans cest estat. L'employ de nostre cher frère 4, la diversité des sentimens, le désaprouvement mutuel & réciproque & la naturelle inclination que nous avons que toutes choses nous fasent jour 5, que toutes ces choses ont chascune un esprit maling, qui travaillent incessament pour rompre le lien de la charité dont Dieu a uni vos coeurs. Mais tenez bon, Monsieur; humiliez-vous très bien pour tous deux;
Lettre 48. — Lettre autographe.
"Original mis en vente par M. Lemasle, marchand d'autographes à Paris, en 1925 ou 1926. Texte publié dans les Annales de la C. M.,1926, p. 233-235".
Remis en vente à Berlin en juillet 1998, à partir de la Collection Geigy, par Stargandt - Autographenhandlung, Katalog 670, nr 1188, pour 2500 DM, acheté par un médecin de Hanovre, qui en a envoyé photocopie aux Archives de la C. M. Paris en août 98. 3 pages écrites de 22,5 x 17 cm en moyenne et la dernière portant l’adresse, la suscription, sur une grande feuille pliée en deux. Le haut des marges extérieures a été rongé par les souris.<B. Koch, samedi 5 septembre 98>
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1. Boniface Nouelly (ou Nouel, ou Noel), né en 1618 à Collonges, diocèse de Genève, entré déjà prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1643. Arrivé à Alger en 1646 avec Frère Jean Barreau, il y mourra en 1647, victime de la peste contractée au chevet d'un malade qu'il assistait.
2. M. Vincent il avait d’abord écrit "qu’en vous a[mots barrés et rongés ] cela sup", il a alors barré "en", écrivant dessus "i" : "qui vous a choisi".Les mots rongés ayant déjà été barrés, il ne manque donc rien.
3. "Œuvre", comme "rencontre", comme plusieurs autres mots féminins aujourd’hui, étaient alors masculins.
4. Le Frère clerc Jean Barreau, pas encore prêtre. Né en 1612 à Paris, avocat au Parlement, entré en 1645 dans la Congrégation de la Mission, arrivé à Alger en 1646 comme consul de France, il mourra à Paris en 1679 ou peu après.
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produisez quantité d'actes intérieurs vers ceste chère moitié de vous mesme, & vous renverserez ces spectres malings & les précipiterez au fin fondz des enfers, en sorte qu'ilz ne vous tenteront jamais plus. Immaginez vous, Monsieur, que la sainteté de vostre employ & l'estat de vostre manière font enrager les démons.
Travaillez cependant à vostre ouvrage capital, Monsieur, visitez, consolez, fortifiez & animez de l'esprit de Dieu vos pauvres esclaves 6. C'est là le principal & l'unicque subjet de vos emplois; le reste est subalterne à celuy-là.
O Monsieur, que M. Chrétien 7 faict bien au gré d'un chascun !
Folio 1 verso 8
Chascun recognoict que l'esprit de Dieu anime & conduit le sien. Pouvez-vous pas vous entr'escrire l'un à l'autre ? S'il y a moien, j'en seray consolé, affin que la mutuelle communication vous entr'anime l'un l'autre, & vous entr'aide. Si vous le faictes, il faut que cela se face avec tant de discrétion que personne ne trouve à redire à vos lettres quand elles seroient interceptées.
J'escris à Mr le Consul 9 mes petitz advis sur deux subjets. La communication de sa lettre, que vous préviendrez 10 par la vostre, vous informera de ce que je luy dis. Aussi bien suis-je extrêmement pressé.
Voicy une nouvelle que je m'en va vous dire, qui vous ferra part de la grande affliction en laquelle nous sommes de l'emprisonnement au Parlement de Rennes de Mr de Beaumont 11, où il court risque de sa vie. Voicy le subject. Monsieur de Saint Malo 12 nous a establis à St Méen 13 dans son diocèse, où il a faict un Séminaire d'eclésiasticques, auquel il a uni, du consentement du Roy, la mance des Religieux de l'abbaye, de leur consentement aussi, conformément au Concile de Trente & aux ordonnances de nos Roys. Les Religieux réformés de St Benoict se sont plaintz au Parlement & l'ont animé, de sorte qu'ilz nous ont chassés de ce lieu là; & y ayant esté restablis par l'auctorité du Roy, ilz ont pris prisonier ledict sieur de Beaumont & ordonné que nous serons chassez de la province, contre les arrests du Roy, qui nous y maintiennent.
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6. B. Nouelly avait été envoyé à Alger pour le service spirituel des esclaves chrétiens captifs à Alger.
7. Jean Chrétien, né en 1606 à Oncourt, diocèse de Toul, ordonné prêtre en 1631, entré dans la Congrégation de la Mission en 1640 ; il était, en 1646, Supérieur de la maison de Marseille ; mort après 1667.
8. M. Vincent laissnt assez de marges à gauche, la partie rongée n’a pas touché les mots sur cette page.
9. Le consul était le Frère Jean Barreau, clerc de la Mission, évoqué ci-dessus.
10. "Prévenir" n’a pas ici le sens d’avertir, mais de "venir avant", "devancer". Ceci suppose soit que M. Nouëlly lira la lettre de M. Vincent à Jean de Barreau, ce qui était alors un des devoirs des supérieurs, sauf, il est vrai, pour la correspondance avec les supérieurs majuers, ce qui était le cas ici, - soit qu’il demande à Jean Barreau de lui faire part du contenu après lui avoir parlé de la sienne, selon ce conseil de la montrer avant.
11. Pierre de Beaumont, né en 1617 à Puiseaux, diocèse de Sens, entré dans la Congrégation de la Mission en 1641, ordonné prêtre en 1644, placé à Saint-Méen, il fut emprisonné quelque temps à la suite des affaires soulevées par l'établissement des Missionnaires en 1645. Sur cette pénible affaire, voir Coste : Le grand saint du grand siècle, Monsieur Vincent, t. II, p. 133-144.
12. Achille de Harlay de Sancy, né à Paris en 1581, entré à l'Oratoire en 1620, nommé évêque de Saint-Malo en 1631 ; il mourut à Saint-Malo le 20 septembre 1646.
13. Saint Méen, abbaye bénédictine dont Achille de Harlay, évêque de Saint-Malo, était abbé commendataire, où il ne restait que deux moines âgés qui ne pouvaient plus entretenir les bâtiments. L’évêque avait fait une enquête dont le procès-verbal est conservé aux Archives Départementales d’Ille-et-Vilaine à Rennes, avec d’autres documents sur cette union de l’abbaye au Séminaire. La "mance", c’est-à-dire la "mense", est l’ensemble des revenus pour assurer la subsistance des personnes d’une institution, diocèse ou abbaye.
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Voilà, Mr, comme nous avons subject d'honorer le deschassement de Nostre Seigneur de quelques provinces & celuy des apostres, & comme nostre petite Compagnie a commencé à souffrir en prison sans avoir mal faict, ains 14 Dieu ayant béni ses travaux d'une manière particulière & notamment ceux de Mr de Beaumont, qui est des plus hommes de bien que j'aye
Folio 2 recto
jamais cogneu et des meilleurs ouvriers de la Compa[gnie]. Nous souffrons en cela, selon ce qui paroit par [la] haine qu'ilz ont conçue contre mondict sieur l'évesq[ue de] Saint Malo, à cause qu'il s'est retiré 15 au grand C[onseil, au] lieu de se retirer à eux pour l'enregistrem[ent de] nos lettres d'establissement au Parlement.
Je vo[us fais] part de ma douleur, affin que vous voyiez [que] vous trouvez vostre sûreté en travaillant parm[y] les infidelles, tandis que nous souffrons toutes ces choses parmy les fidelles.
Je suis pressé de finir en me recommandant à vos saintes prières, qui suis, en l'amour de Nostre Seigneur
Monsieur,
vostre très humble & obéissant serviteur.
Vincens Depaul
Indigne presbtre de la Mission.
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14. "Ains" était courant en ancien français pour dire "mais". C’est un contresens de le transcrire par "ainsi".
15. Les sens courants, même à cette époque, tournaient autour de "quitter", "chercher une retraite"; il semble très rare de l’utiliser comme ici pour dire "chercher soutien", "chercher garantie", "s’adresser à".
à "La Chesnaye", le Dimanche 19 Avril 1992, Jour de Pâques.
Sœurs Marie-Catherine DESMARD et Geneviève RABILLER, Filles de la Charité.
Claude LAUTISSIER
CONGRéGATION de la MISSION, Province de Paris,
88, rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS.