Correspondance (page 68)
14 août 1654 (1)
Texte tiré de Collet (t. II, p. 143-144).
"Il félicita le Supérieur de Gênes [Etienne Blatiron], de ce qu’il avait eu recours à la médiation de ce glorieux Patriarche (2) pour se procurer des ouvriers capables de cultiver la vigne du Seigneur. Il lui conseilla de dire ou de faire dire pendant six mois une messe dans une chapelle qui lui était dédiée : il souhaita que dans ses expéditions apostoliques, il portât les peuples à avoir de la dévotion de la confiance en ce gardien fidèle de la Mère Immaculée de Jésus : ce sont ses termes."
4). La reine-mère Anne d’Autriche.
5). Faillon ajoute en marge après ce texte : Attestations aut., p. 235.
Lettre 80. — Original perdu.
1). Date donnée par Collet.
2). Saint Joseph. Sur la dévotion d’E. Blatiron à saint Joseph (dévotion encouragée par Saint Vincent), voir la lettre n° 1956 (édit. Coste, t. V. p. 462-463).
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81. — A EMERAND BAJOUE, Prêtre de la Mission
De Paris, ce 24 novembre 1654.
Monsieur,
La grâce de Notre Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu votre lettre, laquelle m’a beaucoup affligé pour l’indisposition dans laquelle vous êtes. J’espère Monsieur, que l’air d’ici, et l’exercice des fonctions que vous y exerciez ci-devant avec tant de bénédiction feront que vous recouvrerez votre santé.
Pour le fer dont vous avez besoin, l’on vous en fera accommoder un ici, tel qui vous faudra ; vous n’êtes pas seul Monsieur, qui soit attaqué de semblable incommodité ; il y en a même plusieurs dans la Compagnie, et lesquels se servent de pareil remède ; le défunt Roy en avoit un, feu Monsieur Callon s’en servoit aussi, et s’en trouvoient bien.
Vous avez bien raison, Monsieur, de dire que Monsieur du Chesne n’ira pas à Lorm, non certes, Monsieur, il n’ira pas, puisqu’il est allé recevoir la récompense de ses bonnes œuvres. En vérité, Monsieur, la Compagnie perd beaucoup en la mort de ce Serviteur de Dieu, mais que ferons nous à cela, certes rien autre chose, sinon que de nous soumettre au bon plaisir de Dieu, et révérer ses ordres. Je ne vous recommande point de célébrer et faire célébrer par chaque prêtre de la Compagnie les trois messes, que l’on a accoutumé en semblable rencontre, pource que je suis tout assuré que vous n’aurez garde d’y manquer, non plus que nos frères d’offrir une communion et un rosaire à son intention.
J’espère de faire partir, dans quelques jours Monsieur Chrestien et avec lui un bon prêtre d’Annecy pour aller vous relever ; le premier en philosophie et en théologie, et a été curé auparavant son entrée en la Compagnie ; et depuis peu il est de retour de Marseille, où il a exercé l’office de Supérieur avec bénédiction ; j’espère Dieu aidant qu’il fera bien à Lorm, c’est un homme intelligent, et d’une conversation fort douce et agréable ; lorsqu’ils seront arrivés, vous pourrez partir, et vous mettre sur l’eau jusques à Bordeaux ou vous prendrez le carrosse de Bordeaux, qui moyennant vingt-cinq écus y compris votre nourriture par le chemin, vous amenera jusques à Paris, et ainsi, Monsieur, vous n’aurez soin de rien pour
Lettre 81. — Photocopie. Archives de la Mission, Paris.
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ce côté là, j’espère de plus que notre Seigneur bénira votre voyage et que nous aurons le bien de vous embrasser ici avec les tendresses que vous pouvez penser, qui suis en l’amour de Notre Seigneur, Monsieur
Monseigneur de Montauban s’en va retourner, je pense que vous ferez bien de remettre entre ses mains la disposition des choses que vous avez, c’est son affaire, il y pourvoira.
Votre très humble serviteur
VINCENS DE PAUL,
p.d.l.m.
Suscription : A Monsieur Monsieur D’Agan Grand vicaire de Montauban pour faire tenir, s’il lui plaît, à Monsieur Monsieur Bajoue, Supérieur des prêtres de la Mission de Lorm, à Montauban.
82. — A LA CONGRéGATION DE LA PROPAGANDE, à Rome.
[1654] (1)
Le Supérieur général de la Congrégation de la Mission, réputant à grand honneur et faveur que la sacrée Congrégation de la Propagande daigne lui commander quelque chose, et étant très disposé à lui obéir dans la demande qu’elle lui fait de M. Jean Leblanc (2) prêtre de ladite Congrégation, pour être envoyé en Ecosse, prend seulement la confiance de représenter à la même sacrée Congréga-
Lettre 82. — Original perdu. Cette lettre a été publiée dans l’édition Pémartin de 1880 (n° 1014, t. III, p. 9-10). Coste ne l’a pas reproduite dans son édition, non par oubli, mais volontairement, car dans sa Table manuscrite de concordance entre l’édition Pémartin et la sienne, il signale, en face du n° 1014 : pas lettre du saint. On ne voit pas pour quelles raisons Coste a rejeté cette lettre. Certains indices font penser que Pémartin n’a pas eu l’original sous les yeux, par exemple, le fait que la lettre est rédigée en français, alors que les autres lettres que nous connaissons, adressées par Saint Vincent à la Propagande, sont rédigées en italien. La situation et les faits auxquels se rapporte la lettre ne cadrant pas exactement avec ce que nous savons de par ailleurs faut-il voir là une raison de douter de l’authenticité ?
1). Date donnée par Pémartin.
2). Jean Leblanc, sans doute s’agit-il de François Leblanc (1620-1679). On ne saurait dire dans quel séminaire il enseignait alors ; quant à ses "douleurs" au bras, elles ont dû cesser, car peu après nous trouvons notre missionnaire en Ecosse ; c’est là d’ailleurs qu’il mourra, en 1679, après deux courts séjours en France.
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tion que ledit M. Jean Leblanc ne se trouve pas à Paris, mais dans une autre ville à quelque distance, où ayant commencé à enseigner un cours de théologie morale aux ecclésiastiques qui sont dans le séminaire dirigé par les prêtres de la Mission, il pourrait difficilement en être enlevé sans préjudice de cette maison et de ce séminaire, et sans donner grand déplaisir à l’évêque.
En outre, ledit Jean Leblanc souffre depuis quelques années des douleurs à un bras, avec quelque danger de paralysie ; c’est pourquoi il est estimé peu propre aux fatigues de cette mission d’écosse qui demande des hommes d’une santé parfaite, vu qu’il leur faut travailler beaucoup, voyager souvent à pied, et être mal nourris et couchés, ce qui ne convient point pour des personnes de mauvaise santé comme lui, l’expérience en ayant été faite dans ceux qui ont abandonné ladite mission par défaut de bonne santé.
Mais ledit Supérieur général a écrit à deux autres prêtres irlandais gens de savoir et de bonnes mœurs, de bonne santé, et zélés pour, le salut des âmes, et il leur a proposé cette occasion de travailler, et quand il aura reçu leur réponse, il donnera leurs noms à Monseigneur le Nonce, afin que, si la sacrée Congrégation le trouve bon, elle choisisse l’un d’eux (3), et puisse prendre des informations. Du reste, ledit Supérieur général est prêt à obéir à ce que commandera la sacrée Congrégation, non seulement au sujet de M. Jean Leblanc, mais encore pour sa propre personne, s’il était propre à servir à quelque chose, sous l’obéissance de la sacrée Congrégation.
3). Sans doute Guy Dermot, dit Duiguin, mort en 1657, aux missions d’écosse.
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83. — A ADRIEN GAMBART (1)
(entre 1650 et 1660)
Si M. Gambart vient aujourd’hui à l’assemblée (3), je lui dirai un mot dans ma retraite et lui rendrai compte de ce qui s’est passé avec M. le Prieur (4). Je lui ai dit, en un mot, que, s’il n’assiste aux conseils de ces bonnes filles (5), ou ne vous y fait assister, que ces conseils seront inutiles et ne serviront qu’à autoriser l’inclination de Mad. de L. (6). A quoi il ne me dit rien, sinon qu’il verrait.
O, Monsieur, que l’esprit religieux est sur ses gardes ! Il sera bon que vous le voyiez ensuite et lui disiez ce que je vous dis.
Suscription : M. Gambart.
84. — A MADEMOISELLE DE VILLERS (1), en Pologne
De Paris, ce 16 juin 1656.
Mademoiselle,
Je me donne l’honneur de vous faire ici un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle. Je vous supplie très humblement, Mademoiselle, de l’avoir pour agréable.
Lettre 83. — Billet autographe. Original aux archives de la Visitation de Mons (Belgique). Lettre publiée dans les Annales de la C.M, (1929, p. 728).
1). Adrien Gambart (1600-1668), prêtre du diocèse de Noyon, ami de Saint Vincent, associé pendant un temps à Ses travaux missionnaires ; il n’a jamais fait partie de la Congrégation de la Mission, bien qu’on l’ait parfois affirmé ; il fut pendant longtemps confesseur des Visitandines du deuxième monastère de Paris (faubourg Saint-Jacques) et directeur de la communauté religieuse des Filles de la Providence de Saint-Joseph.
2). Il est impossible de préciser davantage.
3). Assemblée tenue à Saint-Lazare, probablement réunion des prêtres de la Conférence des Mardis.
4). Peut-être Claude de Blampignon (1611-1669), prêtre du diocèse de Troyes membre des Conférences des Mardis, visiteur général des Carmélites de France confesseur des Visitandines du premier monastère de Paris (rue Saint-Antoine) prieur de Bussière-Badil, au diocèse de Limoges.
5). Peut-être les religieuses de la Visitation.
6). Peut-être Mademoiselle de Lamoignon, dont les rapports avec la Visitation étaient très étroits.
Lettre 84. — Lettre autographe. L’original se trouvait en 1926 entre les mains de Mgr Jarlin, vicaire apostolique lazariste de Pékin. Texte publié dans les Annales de la C.M. (1926, p. 428-429), avec un commentaire succinct ; nouvelle publication, après révision d’après une photographie, dans les Annales de la C.M. (1937, p. 238).
1). Mlle de Villers, dame d’honneur de Louise-Marie de Gonzague, reine de Pologne ; elle mourra en 1658.
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L’on a fait courir en cette ville des bruits qui nous affligeaient (2). Béni soit Dieu de ce que M. Ozenne (3) nous a soulagés par les bonnes nouvelles qu’il nous a écrites (4) ! O mon Dieu, Mademoiselle, que mon cœur est attendri toutes les fois que je pense au roi (5) et à la reine (6), qui est plus souvent que tous les jours ! Je les offre incessamment à Notre-Seigneur, tout chétif que je suis, et votre chère personne bien souvent.
Plût à Dieu, Mademoiselle, que j’eusse le bonheur qu’a M. Ozenne d’être auprès de la reine, pour admirer la force et la bonne conduite de cette incomparable princesse, comme vous faites ! Je ne puis vous exprimer les merveilles qu’on nous en dit, ni à quel point Notre-Seigneur m’a fait votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENS DE PAUL,
prêtre de la Mission.
Suscription : A Mademoiselle de Villers près la reine de Pologne
2). Allusion aux nouvelles de la situation périlleuse du royaume de Pologne par suite de l’invasion du pays par les Suédois.
3). Charles Ozenne, né à Nibas (diocèse d’Amiens) en 1613, ordonné prêtre en 1637, entré dans la Congrégation de la Mission en 1638, envoyé en Pologne dès 1653, par Saint Vincent, pour prendre la tête de la Mission lazariste eu ce pays, mort à Varsovie en 1658.
4). Allusion a la lettre de Ch. Ozenne, datée du 11 mai 1656, à laquelle Saint Vincent répondit le 9 juin suivant ; Ch. Ozenne (on le déduit de la réponse du saint) signalait une certaine rémission dans les calamites qui, depuis l’année 1655, affligeaient la Pologne.
5). Jean-Casimir, roi de Pologne (1609-1672).
6). Louise-Marie de Gonzague (1612 env.-1667), Dame de la Charité de l’Hôtel-Dieu de Paris jusqu’à son mariage, en 1645, avec Ladislas, roi de Pologne ; veuve en 1648, elle devint l’épouse de Jean-Casimir, frère et successeur de Ladislas ; elle introduisit dans sa nouvelle patrie, en 1651, les Prêtres de la Mission et, en 1652, les Filles de la Charité.
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30 juillet 1656
Suivant la parole que Monseigneur de Meaux (1) vous a donnée ce matin de vous faire savoir sa résolution sur l’affaire dont vous avez pris la peine de lui parler, il m’a recommandé de vous écrire pour vous dire qu’il consentait à ce que Monsieur Des Lions (2) et vous désirez de lui en cette occasion sur la parole que vous lui donnez de la disposition dudit sieur qui ayant été inconnue jusqu’ici, ledit seigneur ne pouvait agir autrement avec M. Des Lions. Ce n’est pas qu’il ne lui fâche fort de faire une brèche à la discipline qu’il prétend faire en son diocèse, mais il considère tellement la personne dudit sieur qu’il espère que le bien dont vous lui faites concevoir l’espérance récompensera abondamment le préjudice que pourra souffrir présentement la bonne cause, mais il me semble, sauf votre meilleur avis, qu’il serait à propos de faire connaître à Monsieur Des Lions que sans fondement il se pique de ce qu’on lui a demandé accusant ceux qui lui ont écrit et le Conseil de M. de Meaux. Comme si on lui avait tendu un piège, puisque, à moins des circonstances et exceptions particulières qui étaient cachées et secrètes aux uns et aux autres, on ne lui a rien demandé que de juste et nécessaire. Si vous ne jugez pas à propos de lui toucher ce point, M. Grandin (3) le pourra faire dans sa réponse, cela pourra servir à mettre son esprit plus en repos. Je vous baise très humblement les mains et demeure, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
SéGUIER, Théologal de Paris.
Lettre 85. — Lettre autographe. Original à La Haye (Pays-Bas) : Algemeen Rijksarchief. P.R. 888. Photographie aux Archives de la Congrégation de la Mission à Paris. Texte publié dans les Annales de la C.M. 1947/1948, p. 312.
1). Dominique Seguier (1595-1659), frère du Chancelier, nommé évêque d’Auxerre en 1631, transféré à Meaux en 1638 ; il conservera ce siège jusqu’à 1659 et mourra à Paris la même année.
2). Jean Des Lions. né à Pontoise en 1615, doyen théologal de Senlis en 1638, exclu de la Sorbonne en 1656 à cause de ses sympathies jansénistes. M. Vincent fit de grands efforts pour l’amener à se soumettre à l’autorité de l’église, surtout au cours des années 1656 et 1657. Sur cette affaire voir Coste (P.) Le grand Saint du grand Siècle, Monsieur Vincent, t. III, p. 202-204). J. Des Lions est l’auteur de plusieurs ouvrages de morale et de spiritualité. Il mourut à Senlis en 1700.
3). Martin Grandin, né à Saint-Quentin en 1604, docteur de Sorbonne en 1638. Professeur et directeur apprécié, il fut le conseiller de nombreux ecclésiastiques. Adversaire du jansénisme, puis du gallicanisme. Auteur d’une Théologie en 5 volumes (Paris. 1710-1712). Mort en 1691.
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86. — A JEAN DES LIONS, Doyen de Senlis
De Paris, ce dimanche, entre une et deux heures, 30 juillet 1656.
Monsieur,
Je ne vous puis exprimer la douleur que cette dernière croix dont Notre-Seigneur vous a exercé m’a affligé, ni combien la consolation m’a été sensible que votre commandement de vous servir en cette affaire, m’a apporté ; je vous en remercie très humblement et vous supplie de ne me pas épargner en toutes rencontres.
D’abord que je vis votre lettre je me défiai que je pusse obtenir de M. de Meaux ce que je lui demanderais, et pensai comme je dis à ce bon Monsieur présent porteur ma petite pensée, ce matin, M. Leschassier est venu auquel j’ai dit ma difficulté, il est tombé dans mon avis, mais la rédaction de la lettre que vous avez écrite à M. Grandin nous a détournés de cette résolution, et je suis allé chez M. Grandin pour m’expliquer avec lui de cette affaire, mais ne l’ayant pas rencontré, je suis allé trouver Mgr de Meaux, et lui ai dit la chose en sa substance et en ses circonstances, mais non pas le secret. Je l’ai trouvé dans l’estime de votre personne, et que je lui disais vrai, et que n’était le désir qu’il m’a dit qu’il avait d’en conférer avec ces Mrs les Docteurs pour faire toutes choses dans les circonspections convenables, il m’aurait dit le bon mot. Il estime votre personne et l’aime, il m’a dit ensuite qu’il croyait que je lui disais vrai, et qu’il en conférerait avec ces Mrs les Docteurs, et me donnerait avis de ce qu’il aurait résolu.
En descendant de sa chambre, j’ai rencontré M. le Théologal auquel pour abréger je vous dirai que j’ai dit ce que j’ai rapporté à mondit Seigneur de Meaux, mais il m’a paru un peu plus ferme, et que cela allait contre la résolution prise de ne pas donner ses chaires pour prêcher à ceux qui refuseront de signer la censure (1) et que néanmoins Mgr de Meaux pourrait dire qu’il ne savait pas cette conclusion, et qu’il le verrait. Je pense qu’il a dîné avec lui.
En m’en revenant j’ai eu diverses pensées sur le sujet de M…. (2) présent porteuret de son retour, la première a été de la retenir, mais après y avoir repensé, j’ai cru qu’il était expédient de vous remercier
Lettre 86. — Donnée ici d’après une copie figurant aux Archives royales de La Haye (Pays-Bas) : Algemeen Rijksarchief. Fonds O.B.C. Amersfoot. Texte publié dans les Annales de la C.M. 1947/1948, p. 313-314.
1). Sans doute la censure de la Sorbonne de janvier 1656 excluant Antoine Arnauld du nombre de ses Docteurs. Dans le scrutin qui précéda cette censure Des Lions avait refusé de voter contre Arnauld, ce qui lui valut d’être exclu à son tour.
2). Le nom a été rendu illisible.
* le texte porte "rédention" ; il faut lire évidemment "rédaction". Cl. L.
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aujourd’hui afin que vous m’envoyiez entre ci et demain à huit heures une lettre à Mgr de Meaux par laquelle vous le priez de vous excuser de ce que quelque petite incommodité qui vous empêche de faire la prédication jeudi, quoi qu’on ait demandé de sa part, et ce que je lui ferai rendre. S’il me fait une réponse contraire, voire même de lui envoyer à Meaux s’il était parti. Voilà, Monsieur, ma petite pensée sur ce sujet, et un renouvellement que je vous fais ici de mon obéissance, qui suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission
87. — A MARIE-ANTOINETTE BRIDOUL (1), Abbesse des Brigittines d’Arras
[début octobre 1656] (1)
Extrait de a Abrégé de la Vie de la vénérable dame Marie-Antoinette Bridoul, très digne abbesse du Monastère de Notre-Dame de la Sainte-Espérance". (Lille 1667, 110 p.) :
"Sur la fin de sa vie, elle [Marie-Antoinette Bridoul] fit écrire au R.P. Vincent de Paul, fondateur et premier supérieur général des missionnaires en France, espérant que ce saint personnage lui donnerait quelque bon conseil et soulagement, comme il fit en effet. Mais sa réponse ne fut reçue qu’après la mort de cette bonne Mère que Dieu voulut encore sevrer de cette joie et consolation. Après un compliment fort civil et respectueux, le R.P. déclare qu’il avait conçu un grand désir de la pouvoir soulager, aider et servir, du moins par ses prières, comme j’ai fait, dit-il, avec notre Communauté, afin qu’il plaise à la divine bonté de vous relever de vos peines ; elles me semblent si sensibles que je vous porte compassion. Je parle selon la chair, car selon l’esprit, je vous estime heureuse d’être éprouvée de la sorte, puisque ce traitement
Lettre 87. — Original perdu. Des passages de la lettre de Saint Vincent sont enchâsses dans le texte donné ici. Cet extrait de l’"Abrégé… " a été publié avec une introduction dans les Annales de la C.M. (1959, p. 399-401).
1).A. Bridoul, née à Lille en 1590, entrée chez les Brigittines d’Arras, elle y fit profession eu 1611 ; élue abbesse en 1623, elle demeura en charge jusqu’à sa mort, le 13 octobre 1656.
2). Date conjecturale, après les données fournies par le texte publié ici : "Sur la fin de sa vie" (terminée le 13 octobre 1656) ; d’autre part la réponse de M. Vincent n’est arrivée qu’après la mort de M. A. Bndoul.
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rigoureux n’arrive qu’aux âmes que Dieu chérit et sur lesquelles il a des desseins extraordinaires. Je n’ai jamais vu personne de mauvaise vie être travaillée de ces afflictions parce que N.S. ne le permet qu’aux âmes qu’il veut sanctifier. Et après l’avoir encouragé de belles raisons sur l’exemple de notre Sauveur, il achève sa lettre disant que ce lui sera un surcroît de bonheur qu’elle ne pourra connaître que dans le ciel, si elle meurt sur cette croix ; sa patience sera couronnée et les douleurs changées en félicités éternelles. Vivez, lui dit-il, dans cette espérance et demeurez humblement soumise à la conduite amoureuse de votre divin époux, en qui je suis, etc."
88. — A JEAN DES LIONS, Doyen de Senlis
De Paris, ce 22 octobre 1656.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais !
Voici ce que m’écrit le Supérieur de la maison de la Congrégation de la Mission de Rome (1) au sujet que vous savez. Le retardement vient de la peste, dont cette ville-là est travaillée, qui a fait cesser les assemblées et a rendu l’accès de Sa Sainteté plus difficile. J’ai fait faire un extrait de toutes les lettres que m’écrit ce bon Supérieur depuis la réception de votre lettre, que je vous envoie, comme aussi le Décret de la Congrégation des Cardinaux établie pour l’approbation des livres. Ce n’est pas celle de l’Inquisition, à ce qu’on m’a dit, mais une autre érigée à cet effet, à cause de la difficulté qu’on fait de recevoir ce qui s’ordonne par l’Inquisition aux pays où elle n’est pas introduite.
Le prêtre auquel M. Jolly a confié votre lettre est chapelain secret du Pape, et très bon serviteur de Dieu ; il a beaucoup de bonté pour nous, à cause qu’il a travaillé en Hibernie d’où il est, avec les Prêtres de la Mission que nous avions envoyé en ces pays-là, et est fort estimé du Pape. J’espère qu’il nous fera avoir réponse du Pape, ou de son Secrétaire d’état (2).
Lettre 88. — Donnée ici d’après une copie figurant aux Archives royales de La Haye (Pays-Bas) : Algemeen Rijksarchief, fonds O.B.C. Amersfoort Texte publié dans les Annales de la C.M. 1947/1948, p. 314-315.
1). Edme Jolly, né en Doue-en-Brie (diocèse de Meaux) en 1622 entré dans la Congrégation de la Mission en 1646, ordonné prêtre en 1649, supérieur de la maison de Rome en 1655, assistant général de la Congrégation en 1661, élu supérieur général en 1673, mort en 1697.
2). Giulio Rospigliosio (1600-1669), choisi comme Secrétaire d’état par le Pape Alexandre VII aussitôt après son élection (1655) créé Cardinal en 1657 il succéda à Alexandre VII en 1667, sous le nom deClément IX.
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Depuis ce dessus écrit, j’ai reçu la réponse que le Secrétaire du Pape nous fait par ordre de Sa Sainteté. Je ne puis vous exprimer la consolation que j’en ai reçue, j’espère que celle que vous recevrez ne sera pas moindre, je vous supplie, Monsieur, de m’en faire part. Voici le moment venu auquel j’espère que Notre-Seigneur vous comblera de nouvelles grâces, notamment celle de retirer du danger de la voie de perdition les âmes qui semblent être au bord du précipice de leur damnation, et c’est ce que j’espère de la bonté de Dieu qui semble être le premier mobile de la conduite de cette œuvre, en considérant l’ordre que sa Divine Providence a tenu pour le mener au point qu’il est, et à l’estime que ceux à qui il a été nécessaire de communiquer votre lettre, ont conçu de vous, Monsieur, et l’espérance qu’ils ont que vous êtes capable de ramener les personnes engagées au parti contraire, ou une bonne partie, à l’union indissoluble avec leur chef, et c’est ce que je demande à la bonté infinie de Notre-Seigneur en l’amour duquel je suis, Monsieur, votre…
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Je vous supplie de me renvoyer le décret de la censure, j’ai promis à une personne de considération de la lui faire voir.
89. — A JEAN MARTINI, Prêtre de Mission, Supérieur a Turin
De Paris, ce dixième novembre 1656.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. !
Puisque le commerce de Gênes est interdit en Piémont, en sorte qu’il est difficile que de longtemps vous puissiez recevoir M. Vincenzo Greco (2), nous tâcherons de pourvoir à votre besoin par un autre moyen, et c’est en vous envoyant un prêtre d’ici. Nous avons la _
Lettre 89. — Lettre signée. Original dans les Archives du Conseil Supérieur des Conférences de Saint Vincent de Paul à Gênes. Photographie et traduction italienne dans les Annales della Missione, 1948,
Texte avec la disposition et l’orthographe de l’original publié dans les Annales de la C.M. 1947/1948, p. 3481. Supérieur de Turin depuis 1655. 2 Vincenzo Greco prêtre italien dont on sait seulement qu’il venait de Rome. qu’il travaillait à Gênes en 1656 ; il n’est pas certain qu’il ait été agrégé à la Congrégation de la Mission.
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pensée de vous donner un autre Savoyard, et Dieu aidant, nous ferons partir, la semaine qui vient, sans remise, ou lui ou quelqu’autre qui soit capable de vous soulager. Monseigneur le Marquis (3) a eu raison de désirer que vous soyez secouru, et je l’ai souhaité, depuis longtemps dans la crainte que vos grandes missions ne vous accablent. Je vous prie au nom de Notre-Seigneur de ne vous surcharger pas, mais de modérer vos travaux, quelque concours qu’il y ait. M. de Musy (4) est maintenant auprès de vous si quelque accident ne lui est arrivé. Les autres qui partirent de céans avec lui sont heureusement arrivés à Marseille, et je prie Dieu qu’il vous fasse parvenir au comble des consolations que mon cœur vous désire, en répandant ses abondantes bénédictions sur votre personne, sur votre famille, sur vos conduites et sur vos emplois. Je suis en lui votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL
i. p. d. l. M.
Suscription : A Monsieur Monsieur Martin, Supérieur des Prêtres de la Mission de Turin, à Turin.
90. — A JEAN DES LIONS, Doyen de Senlis
De Paris, ce 22 novembre 1656.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais
J’ai une très grande confusion de ce que me voici en demeure vers vous depuis la Toussaint pour ne vous avoir écrit, et, quelque excuse que je vous pourrais donner, j’aime mieux recourir au pardon que je vous demande pour cela, accompagné de regret et de bon propos de m’amender, avec l’aide de Dieu, et de faire une autre fois toutes choses à point nommé, que vous me ferez l’honneur de me commander
Voici, Monsieur, la pensée de M. de Saint-Nicolas (1) au sujet de l’affaire dont il est question. Il pense que vous ferez bien, Monsieur,
3). Philippe de Simiane, Marquis de Pianezza, homme d’état piémontais (1608-1677), fondateur de la maison de Turin en 1655. 4. M. de Musy, prêtre, entré dans la Congrégation de la Mission en 16 placé à Turin en 1656, il quitta la Congrégation l’année suivante.
Lettre 90. — Donnée ici d’après une copie figurant aux Archives royales de La Haye (Pays-Bas) : Algemeen Rijksarchief, fonds O.B.C. Amersfoort Texte publié dans les Annales de la C.M. 1947/1948, p, 315-316
1). Hippolyte Feret, curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris. Il travailla en compagnie de M. Vincent à ramener certains jansénisants, entre autres Des Lions, à la soumission aux décisions du Saint-Siège.
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d’user de cette occasion pour la plus grande gloire de Dieu et pour l’édification de son église, selon que votre zèle et votre sagesse le trouveront convenable.
Et que si vous le trouvez bon, qu’il sera à propos d’écrire à ce Seigneur (2) et l’inviter à se déclarer par quelque lettre, ou à Sa Sainteté (3), ou, ce qui paraît suffire, à quelqu’un de ses amis en cette ville, comme il se soumet sincèrement et absolument à la Constitution du défunt Pape (4) et au petit Bref (5) envoyé depuis ladite Constitution, par lequel Sa Sainteté a déclaré d’avoir condamné la doctrine de Jansénius, dans les cinq propositions et au sens de Jansénius, et généralement à tout ce que le Pape défunt a ordonné, et ce que le présent ordonnera sur cette matière, sans aucune réserve, même aux décrets qu’a faits la Congrégation de l’Index.
Voilà, Monsieur, le sentiment de ce bon serviteur de Dieu, auquel souscrit celui qui est indigne de cette qualité, et auquel vous souffrez, celle de, Monsieur, votre…
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
91. — A JEAN DES LIONS, Doyen de Senlis
De Paris, ce 11 décembre 1656.
Monsieur,
Votre lettre du 26 novembre m’a fait aviser de faire chercher, parmi les miennes, les dernières de Rome, qui parlent de celle que vous y avez écrite, dont je vous envoie les extraits. Je n’avais pas seulement oublié de les faire chercher, selon votre premier commandement, mais j’avais même perdu les espèces de ce qu’on m’avait mandé sur ce sujet, en sorte que je pensais qu’elles ne contenaient rien qui méritât de vous être connu, mais la lecture que je viens d’en faire m’a convaincu du contraire ; et je serais bien marri, Monsieur, que ce que M. Jolly (1)
2). Probablement le duc de Liancourt.
3). Alexandre VII, Pape de 1655 à 1667.
4). Constitution "Cum occasione" d’Innocent X, du 31 mai 1653, condamnant les cinq propositions tirées de l’Augustinus.
5. Constitution "Ad sacram beati Petri Sedem", d’Alexandre VII, du 16 octobre 1656.
Lettre 91. — Donnée ici d’après une copie figurant aux Archives royales de La Haye (Pays-Bas) : Algemeen Rijksarchief, fonds 0, B.C. Amersfoort,
Texte publié dans les Annales de la C.M. 1947/1948, p. 316.
1). Edme Jolly, supérieur de Prêtres de la Mission à Rome.
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a mis en la dernière fût demeuré dans l’obscurité. C’est un homme si candide et si judicieux en tout ce qu’il écrit et d’ailleurs si craignant Dieu, qu’il dit les choses comme il les voit et les connaît, et toujours au sens plus véritable. Si bien, Monsieur, que vous pouvez croire à ses paroles, comme à l’évidence de ces choses mêmes, si elles vous étaient présentes. Or ces extraits ont été tirés mot à mot et syllabe à syllabe. Plus je pense à cette affaire, et plus j’y vois le doigt de Dieu, et grande apparence qu’il en veut le succès pour sa gloire et l’édification de son église. Si vous jugez que mon entremise puisse quelque chose vers le Seigneur (2) que vous savez, je m’y emploierai au temps et en la manière que vous m’ordonnerez, désirant de vous obéir en tout.
C’est votre.
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
92. — HENRI DE BOURBON (1), Abbé de Saint-Germain-des-Prés,
A SAINT VINCENT
[entre le 2 et le 13 avril 1657] 2.
Extrait de Faillon, Vie de M. Olier… 4e édition, Paris, 1873, 3 tomes (t. III, p. 478).
"Car ce fut lui [M. Vincent] qui fortifia les disciples de M. Olier dans la résolution de ne pas abandonner ce dessein [l’œuvre du Séminaire de Saint-Sulpice], et qui présida l’assemblée qu’ils tinrent, le 13 du même mois [avril], pour le choix de son successeur. Ce choix ne devait pas être la matière d’une longue délibération, M. de Bretonvilliers (3,) que le défunt avait désigné avant sa mort, fut en effet nommé sur-le-champ et d’une voix unanime. Mais pour attirer la bénédiction de Dieu sur cette première élection, et y procéder avec plus de confiance, ces ecclésiastiques désirèrent que saint Vincent de Paul y fut présent, et qu’il y assistât au nom et de l’autorité de l’abbé de Saint-Germain, leur supérieur. Ce prélat lui écrivit en ces termes :
2). Probablement le duc de Liancourt.
Lettre 92. — Original perdu. Faillon l’a probablement vu car il signale en marge : Lett. aut. de Henri de Bourbon à Saint Vincent.
1). Henri de Bourbon (1600-1682), fils naturel de Henri IV, évêque de Metz sans avoir reçu les ordres) de 1612 à 1652, abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés de 1623 à 1669.
2). La lettre n’a pu être écrite qu’entre la mort de M. Olier (2 avril 1657) et l’élection de son successeur (13 avril de la même année).
3). Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers (1621-1676), né et mort à Paris, continua l’œuvre de M. Olier et présida à l’expansion de la Compagnie de Saint-Sulpice.
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J’ai été averti de la perte de M. Olier, supérieur du Séminaire du faubourg Saint-Germain ; et comme ces Messieurs n’ont point voulu procéder à une nouvelle élection sans me le faire savoir, et m’ont fait l’ouverture de vous prier de vouloir les assister dans cette occasion, et autoriser de votre présence une action qui n’a d’autre but que la plus grande gloire de Dieu, je vous conjure, pour l’amour de moi, de ne leur point refuser ce secours, espérant que Dieu favorisera leur dessein, et que vous serez le moyen dont il se servira pour y parvenir.
93. — A JEAN DES LIONS, Doyen de Senlis
De Paris, ce 6 avril 1657.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais.
Voici une lettre que Mgr l’évêque de Pamiers (1) m’a adressée pour la vous faire tenir ; ma misère a fait que vous ne l’avez reçue plus tôt. Je vous en demande très humblement pardon
Voici aussi la Bulle de Notre Saint Père le Pape (2), qui confirme celles d’Innocent X et des autres Papes qui ont condamné les opinions du temps. Je crois, Monsieur, que vous la trouverez telle qu’il ne vous restera plus de lieu de douter, après l’acceptation et publication de Nosseigneurs les Prélats, tant de fois assemblés sur ce sujet, et depuis peu Nosseigneurs de l’Assemblée du Clergé qui en ont fait imprimer une relation (3), laquelle je vous aurais envoyée, n’était la créance que
Lettre 93. — Donnée ici d’après une copie figurant aux Archives royales de La Haye (Pays-Bas) : Algemeen Rijksarchief, fonds o.s.c. Amersfoort. Texte publié dans les Annales de la C.M. 1947-1948, p. 317-322. Abelly (La vie du vénérable serviteur de Dieu, Vincent de Paul… Paris, 1664. 3 livres), livre II, p. 436-438, a reproduit les principaux passages de cette lettre, non sans leur avoir fait subir des retouches pleines de signification. Coste, dans son édition des lettres de S. Vincent (lettre n° 2238, t. VI, p. 266-270), a reproduit ce texte en lui assignant la date du 2 avril. Nous croyons utile de donner le texte intégral de la lettre d’après la copie de La Haye, qui a toutes chances d’être plus proche de l’original perdu.
1). François-étienne de Caulet (1610-1680), évêque de Pamiers depuis 1645 il se classait alors parmi les adversaires du jansénisme ; par la suite il changea de camp.
2). Constitution d’Alexandre VII "Ad sacram beati Petri sedem" du 16 octobre 1656.
3). L’Assemblée du Clergé avait, en 1657, envoyé à tous les évêque de France le texte de la constitution "Ad sacram".
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j’ai que vous l’avez déjà vue, et enfin après la Censure de Sorbonne (4), et la lettre qui vous a été écrite par ordre de N.S. Père (5). Selon cela, Monsieur, j’espère qu’à ce coup, vous donnerez la gloire à Dieu et l’édification à l’église, que chacun attend de vous en cette occasion, car d’attendre davantage, il est à craindre que l’esprit malin qui emploie tant de souplesse pour éluder la vérité, ne vous mette imperceptiblement en l’état que vous n’aurez plus la force de la faire, pour ne vous être pas prévalu de la grâce, ensuite d’un si longtemps qu’il y a qu’elle vous sollicite par des moyens si suaves et si puissants que je n’ai pas ouï dire que Dieu en ait employé de tels à l’égard de qui que ce soit de ce côté-là.
De dire, Monsieur, que les miracles que fait la Sainte épine à Port-Royal (6), semblent approuver la doctrine que se prêche en ce lieu-là, vous savez celle de Saint Thomas qui est que jamais Dieu n’a fait des miracles pour confirmer les erreurs, fondé sur ce que la vérité ne peut autoriser le mensonge.
Or, qui ne voit que les propositions dont il s’agit, soutenues par ce parti-là, sont de cette nature, puisqu’elles sont condamnées par le Souverain Pontife et que Saint Augustin dit sur ce même sujet : Locutus est Petrus sufficit.
Je vous envoie un imprimé qui a été fait au sujet de ces miracles, qui fait voir comme les miracles ne sont pas des marques infaillibles de la sainteté des personnes qui les font, ni des lieux où ils se font. J’y ajoute une autorité de Jansénius, évêque d’Ypres, dans son Commentaire sur les évangiles (7), dont le témoignage ne peut être reproché par ceux qui, pour le soutenir, paraissent disposés à tout perdre, et jusqu’à leur propre salut. Il dit au 7e chapitre sur Saint Mathieu, verset 22 sur ces paroles : Multi dicent mihi in illa die : "Daemonia ejicere, virtutes multas facere, id est multa effecta virtutis seu potestatis
4). Peut-être la censure d’exclusion prononcée par la Sorbonne contre Arnauld et ceux des Docteurs qui refusaient d’accepter la Constitution "Cum occasione", du 31 mai 1653 par laquelle Innocent X condamnait les Cinq Propositions extraites de l’Augustinus (janvier 1656).
5). Des Lions avait promis sa soumission aux décisions du Saint-Siège si le Pape répondait à ses objections ; M. Vincent. probablement, provoqua une réponse à Des Lions. écrite au nom du Pape ; en dépit de cela Des Lions demeura intraitable.
6). Allusion au miracle survenu à Port-Royal de Paris, le 24 mars 1656 (guérison de Marguerite Périer, nièce de Pascal). Ce miracle divisait l’opinion : les jansénistes y voyaient une sanction divine à leur résistance ; les adversaires du jansénisme proclamaient la supercherie ou l’illusion ; d’autres, plus prudents se contentaient de préciser la portée réelle du miracle.
7). Tetrateuchus sive Commentarius in quatuor Evangelia, publié à Louvain en 1639 (1 vol. in 4°).
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divinae, quae non sunt alia quam multiplicia miracula : quod enim in parte dixerat, generaliter concludit intelligi autem debent verae prophetiae, verae daemonum ejectiones, verae virtutes et miracula. Non enim necesse est ut mentiri intelligantur, qui ista sive voce, sive cogitatione dicturi sunt, nam omnia ista ab improbis fieri posse exemplo Balaam et Caiphae et filiorum Scevae et aliorum patrum ; unde Basilius in Moralibus Reg. 7 vocat ea dona spiritualia quibue occulto Dei consilio ornari sinantur improbi, sed vanam istorum fiduciam esse, si fidei non adsit vita proba, declarat Christus."
D’attendre que Dieu vous envoie un ange pour vous éclaircir davantage, il ne le fera pas ; il vous renvoie à l’église, et l’église assemblée à Trente vous renvoie au Saint-Siège, au sujet dont il est question, ainsi qu’il paraît par le dernier chapitre de ce Concile (8).
D’attendre que le même Saint Augustin revienne s’expliquer lui-même, Notre-Seigneur nous dit que si l’on ne croit aux écritures, l’on ne croira pas à ce que les morts ressuscités nous diront (9), et s’il était possible que ce grand Saint revînt, il se soumettrait, comme il a fait d’autrefois, au Souverain Pontife.
D’attendre le jugement de quelque faculté de théologie fameuse qui décide encore cette question, où est-elle ? On n’en connaît point dans l’état du christianisme une plus savante que celle de Sorbonne, dont vous êtes un très digne membre.
D’attendre d’un autre côté qu’un grand Docteur et très homme de bien, vous marque ce que vous avez à faire, où en trouverez-vous un, en qui ces deux qualités se rencontrent mieux qu’en celui à qui je parle.
Il me semble, Monsieur, que j’entends que vous me dites que vous estimez ne devoir pas vous déclarer si tôt afin d’amener avec vous quelques personnes de condition (10). Cela est bon, mais il est à craindre que pensant sauver du naufrage ces personnes-là, ils ne vous entraînent et noient avec eux. Je vous dis ceci avec douleur, d’autant que leur salut m’est aussi cher que le mien et que je donnerais mille vies pour eux, si je les avais. Il semble que votre exemple les fera bien plutôt revenir que tout ce que vous leur pourriez dire.
Tout cela donc posé, au nom de Dieu, Monsieur, ne différez plus cette action qui doit être si agréable à sa divine bonté, il y va de la risque de votre salut, et vous avez plus de sujets de la craindre, que la plupart de ceux qui trempent dans ces erreurs, parce que vous en
8). Décret de Réforme générale publié dans la dernière Session du Concile de Trente (3 décembre 1563).
9). évangile selon Saint Luc, chap. XVI, vers. 30-31.
10). Saint Vincent vise ici sans doute le duc et la duchesse de Liancourt.
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avez reçu, et non pas eux, un éclaircissement particulier de la part de Notre Saint-Père. Quel déplaisir auriez-vous, Monsieur, si remettant plus longtemps à vous déclarer, on venait à vous y contraindre, ou à vous déclarer contre, ainsi que la résolution en a été prise par Nosseigneurs les Prélats. C’est pourquoi je vous supplie, au nom de Notre-Seigneur, de vous hâter, et de ne pas trouver mauvais que le plus ignorant et le plus abominable des hommes vous parle de la sorte. Si des bêtes ont parlé et des méchants prophétisé, je puis vous dire la vérité, surtout en vous disant ce que vous diraient notre Saint-Père et tous les Prélats du Royaume, s’ils vous parlaient en ce sujet. O ! Monsieur, que ce vous sera un grand sujet de consolation au jugement que Dieu fera de vous sur cette matière, quand vous penserez que vous avez préféré celui du Souverain Pontife et des Prélats, à l’opinion d’une poignée d’esprits.
Plaise à Dieu, Monsieur, qu’il vous parle lui-même efficacement et vous fasse connaître le bien que vous ferez en vous hâtant de lui donner gloire en cette occasion.
Car outre que vous vous mettez en l’état auquel Dieu vous demande, il y a sujet d’espérer qu’à votre imitation, une bonne partie de ces personnes-là reviendront de leur égarement, et au contraire, vous pourrez être cause qu’ils y demeureront. Si vous retardez ce dessein, et je crains sensiblement et avec sujet que vous ne l’exécutiez jamais, ce qui me serait une affliction mortelle, à cause que vous estimant et vous affectionnant au point que je fais, et ayant eu l’honneur de vous servir en la qualité que j’ai fait, je ne pourrais sans une extrême douleur vous voir sortir de l’église. J’espère que Notre-Seigneur ne permettra pas ce malheur, comme je l’en prie bien souvent, qui suis en son amour, Monsieur, votre…
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Si vous n’avez à faire de cette Bulle, je vous supplie de me la renvoyer comme aussi l’imprimé et si vous n’avez vu la relation qu’ont faite MM. de l’Assemblée touchant des opinions, je la vous enverrai.
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94. — LE CHANOINE PIERRE DUCASSE (1) A SAINT VINCENT
A Aire, ce 18 mai 1657.
Monsieur et Très Honoré Père,
Votre bénédiction, s’il vous plaît !
J’ai reçu le paquet qu’il vous a plu m’adresser à Bordeaux, chez M. de Fonteneil (2), avec quatorze pièces de mission (3), parmi lesquelles je n’en ai trouvé qu’une seule des pièces ordinaires de la mission, qui est celle de la confession. J’espère, Monsieur, que vous m’accorderez la grâce que je vous ai demandée par plusieurs lettres, de me faire tenir les autres qui servent à une mission régulière. Plaise à Notre-Seigneur Jésus-Christ, chef de tous les missionnaires, de vouloir, s’il lui plaît, départir ses bénédictions sur nos desseins. Je vous supplie, par les entrailles de sa charité, de recevoir un petit présent, que je vous envoie pour gage de l’affection que je conserve pour votre congrégation très ecclésiastique, c’est un testament solennel, dans lequel je la prie d’accepter mes petits biens, pour les employer en des missions pour ce pauvre pays. J’en ai envoyé un autre à M. de Fonteneil, qui contient la même chose, afin que l’un ou l’autre se trouve après ma mort. Je vous supplie de faire consulter si vous pouvez tenir ledit testament sans vous préjudicier, d’autant que votre communauté y est instituée héritière, car si cela était, vous le pourriez mettre en dépôt entre les mains de quelque personne qui vous soit affidée.
M. de Tastet, que vous avez autrefois vu chez feu Monseigneur le Cardinal de Richelieu, a demandé avec instance que je vous présentasse
Lettre 94. — Lettre autographe. Original aux Archives nationales (Paris) : S. 6699 (liasse d’Aire).
1). Chanoine théologal du diocèse d’Aire qui avait songé à entrer dans la Congrégation de la Mission et qui, pendant un temps, travailla avec les missionnaires (Cf. Saint Vincent, t. IV, p. 333, 568, 569)
2). Jean de Fonteneil (né vers 1605, mort en 1679), vicaire général du diocèse de Bordeaux, instituteur en 1636 d’une communauté de prêtres séculiers : Les Missionnaires du Clergé, dont les œuvres, missions et séminaires, étaient analogues à celles de la Congrégation de la Mission. Vincent de Paul et Jean de Fonteneil se connaissaient et s’estimaient, leur correspondance en témoigne. En 1682, les Prêtres du Clergé (titre sous lequel on les connaissait alors) cédèrent leurs œuvres aux Prêtres de la Mission de Saint-Lazare.
3). Il s’agit du texte des sermons prêchés par les Missionnaires Lazaristes.
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ses respectueux baisemains ; c’est ce que je fais avec votre permission, et avec la même, je prendrai toujours la qualité de, Monsieur et Très Honoré Père, votre très humble et très obéissant enfant et serviteur,
DUCASSE, i.p.d.l.m.
Je vous supplie, Monsieur, de me donner dans ce coin la liberté de saluer votre communauté et de vous supplier de prendre la peine de me faire savoir lorsque ce paquet vous sera rendu.
Suscription : A Monsieur, Monsieur Vincent, Supérieur général des Prêtres de la Mission, à Saint-Lazare-les-Paris.
95. — A PIERRE CABEL (1), Prêtre de la Mission, Supérieur à Sedan
De Paris, ce 2 décembre (1657) (2)
Je prie M. Cabel de voir MM. des Maretz (3), fils de M. l’Intendant (4) de M. le duc de richelieu (5), qui portent les armes dans la citadelle de Sedan (6), et de leur offrir ses services et ceux de la maison, et de
Lettre 95. — Lettre autographe. Original conservé à la Maison-Mère des Sœurs de Saint-Joseph à Montréal (Canada). Texte publié avec l’orthographe et la disposition de l’original dans les Annales de la C.M., 1961, p. 222. Photographie aux archives de la Maison-Mère des Prêtres de la Mission à Paris.
1). Pierre Cabel, né en 1617 à Chézery (diocèse de Genève, département actuel de l’Ain), ordonné prêtre en 1642, entré dans la Congrégation de la Mission en 1643, placé à Sedan en 1643, nommé supérieur de cette maison en 1657, mort à Paris en 1688.
2). Sur la feuille d’adresse une note ancienne donne l’année 1657 ; rien ne s’oppose à ce que cette date soit exacte.
3). On ne sait rien de ces personnages, fils de Jean Desmaretz de Saint-Sorlin sinon qu’ils servaient alors dans un régiment en garnison à Sedan.
4). Jean Desmaretz de Saint-Sorlin (1595-1676), homme de lettres de l’entourage du Cardinal de Richelieu ; peu après la mort de celui-ci (1642) il se retira chez le duc de Richelieu qui fit de lui son intendant ; auteur spirituel diversement apprécié. Tant qu’il subit l’influence de Monsieur Vincent, qu’il appellera (en 1668) son "bon Père spirituel" et qu’il dira avoir consulté souvent, Desmaretz se maintint dans des voies à peu près sages, après la mort de Saint Vincent, il se laissa aller, sur le plan religieux et spirituel comme sur le plan littéraire, à des bizarreries qui ont fait croire qu’il avait plus ou moins perdu la raison. Son ouvrage capital, Les Délices de l’esprit (apologie poétique du christianisme), parut en 1658.
5). Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu (1631-1715), petit-neveu du cardinal de Richelieu, général des Galères de 1653 à 1661.
6). Les Missionnaires étaient établis à Sedan depuis 1643, l’année précédente, la principauté de Sedan avait été annexée au royaume de France ;
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prier MM. Michel (7) ou servant (8) de les entretenir dans l’esprit de piété et de dévotion et à la hantise des Saints-Sacrements, tous les mois une fois ; et j’assure mondit sieur Cabel que lui et lesdits sieurs Michel ou Sevant qu’ils me consoleront plus que je ne leur puis exprimer, parce qu’ils me donneront moyen de reconnaître en quelque façon les infinies obligations que nous avons à mondit sieur des Maretz le père.
VINCENS DEPAUL,
indigne prêtre de la Mission.
Suscription : A Monsieur Monsieur Cabel, Supérieur des Prêtres de la Mission à Sedan.
le roi, par sa fondation de 24 000 livres, avait voulu procurer des missions et par-là, sinon convertir de suite les Calvinistes à la foi catholique, du moins confirmer les catholiques dans leur foi. Le gouverneur, Abraham Fabert, et une solide garnison devaient gagner les cœurs et les esprits à la France, donc logiquement, dans la pensée d’alors, au catholicisme romain. Saint Vincent recommande aux Missionnaires d’aider les catholiques à devenir meilleurs et par le spectacle d’une vie réellement chrétienne, faire tomber les préventions des Calvinistes.
7). Guillaume Michel, né en 1607 à Esteville, diocèse de Rouen, entré déjà prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1646.
8). Jean Servant (il signait Sevant), né en 1617 à Caen, diocèse de Bayeux, entré dans la Congrégation de la Mission en 1654, mort à Richelieu en 1665.
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96. — A JEAN PARRE (1), Frère de la Mission, à Rethel (2)
A Paris, ce 15 décembre 1657.
Mon cher Frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
Notre assemblée (3) d’hier vous a ordonné trois cents livres pour les besoins du quartier de Rethel, vous les prendrez, s’il vous plaît, et en tirerez lettre de change sur Mlle Viole (4). Votre missive du 6 me donne sujet de louer Dieu du voyage que vous avez fait pour le soulagement du pauvre peuple, et des forces qu’il vous donne pour lui continuer vos services. Plaise à sa divine bonté de vous donner ses bénédictions de corps et d’esprit.
Je suis, en son amour, mon cher frère, votre très affectionné serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : A notre Frère, le Frère Jean Parre, de la Congrégation de la Mission à Rethel.
Lettre 96. — Lettre signée. Original chez les Prêtres de la Mission de Florence (Italie). Texte publié dans les Annales de la C.M.,1947-1948, p. 310. Photographie aux Archives de la Maison-Mère des Prêtres de la Mission à Paris.
1). Jean Parre, né en 1611 à Châtillon-en-Dunois, diocèse de Chartres, entré en 1638 dans la Congrégation de la Mission en qualité de Frère coadjuteur, mort après 1660. Il fut l’un des auxiliaires les plus précieux de Saint Vincent (tout comme le Frère Mathieu Regnard) pour enquêter sur les besoins des pauvres dans les provinces dévastées par la guerre (Picardie et Champagne) et pour distribuer les secours conformes aux besoins.
2). Rethel, ville des Ardennes, qui avait beaucoup souffert de la guerre, surtout depuis 1651. Les Frères Regnard et Parre y firent plusieurs séjours pour organiser la répartition des secours envoyés de Paris. Le Frère Parre y institua la Confrérie de la Charité.
3). Il s’agit de l’Assemblée des Dames de la Charité qui, quoique sollicitées de partout, se montrèrent à plusieurs reprises généreuses pour soulager la misère qui régnait à Rethel.
4. Marguerite Deffita, veuve de Jacques Viole, Dame de la Charité, intelligente et active ; elle était très appréciée de Monsieur Vincent ; morte à Paris en 1678.
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97. — A LA MèRE MARIE-AGNèS LE ROY (1) Religieuse de la Visitation
De Saint-Lazare, ce 18 décembre 1658.
Ma chère Mère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
M. Bucher (2) vint céans hier au matin, qui me parla en mêmes termes qu’il vous a parlé, disant qu’il ne vous veut donner que 15 000 livres, qu’il veut une prompte résolution ou, autrement, qu’il est résolu de retirer sa fille. Je vous avoue que j’ai été surpris de ce propos, aussi bien que vous, quoique je fusse auparavant en quelque défiance de ce qu’il ferait. Et partant, ma chère Mère, je ne vois pas qu’on puisse s’attendre autre chose de lui, ni qu’il soit disposé à une remise. C’est pourquoi vous ferez bien de prendre les avis de vos conseillères (3) pour savoir ce que vous avez à faire, et lui donner une réponse résolutive, telle qu’il la demande. Je ne vous dirai rien sur la somme que vous devez demander, parce que je n’ai jamais voulu me mêler de la dot des filles. Mais, quant à la personne, je ne puis vous celer que la qualité de l’esprit du père me fait appréhender celui de la fille ; vous y veillerez (4).
Je prie Notre-Seigneur qu’il vous fasse connaître et suivre sa volonté. Vous me ferez savoir la résolution que vous aurez prise s’il vous plaît, afin que, lorsque ledit sieur Bucher me viendra revoir, comme il m’a dit le vouloir faire, je me comporte selon cela.
Pour Mlles de Bouillon (5), il me semble que vous ferez bien de vous excuser sur leur réception. Je sais bien qu’elles sont bien bonne et qu’il leur serait bien avantageux de passer quelque temps chez vous pour se rendre meilleures. Je considère aussi la circonstance
Lettre 97. — Lettre signée. Original aux Archives du Monastère de la Visitation de Mons (Belgique). Texte publié dans les Annales de la C.M., 1929, p. 726-728.
1). Marie-Agnès Le Roy, née à Mons (Belgique) en 1603, entrée à la Visitation de Paris (premier monastère, rue Saint-Antoine), transférée au second monastère de Paris (faubourg Saint-Jacques), dès sa fondation en 1626 ; elle gouverna ce monastère pendant dix-huit ans, avec des interruptions ; elle y mourut en 1669.
2). Père d’une jeune fille qui avait manifesté le désir d’entrer à la Visitation du faubourg Saint-Jacques.
3). Première rédaction : de votre communauté ; la correction est de la main de Saint Vincent.
4). Après avoir écrit cette phrase (à partir de : Mais, quant…) Saint Vincent la barra ; nous l’insérons quand même ici, car elle reflète la pensée du saint.
5). Il s’agit des filles de Frédéric-Maurice de la Tour, duc de Bouillon : Louise, Emilie-Léonor et peut-être Hippolyte.
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que vous me marquez, que cette retraite les mettrait à couvert de la hantise et du dessein de Mme la maréchale de Turenne (6), leur tante, qui est de la religion prétendue (7). Mais, comme ce n’est que pour trois mois qu’elles se veulent retirer et qu’elles se réservent la liberté de sortir quand il leur plaira, je pense qu’il y aura moins d’inconvénient à les remercier qu’à les recevoir pour si peu de temps et sous cette condition d’aller et de venir.
Voilà mon sentiment et voici que je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, ma chère Mère, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Je vous prie de ne me point nommer en faisant la réponse à ces demoiselles.
J’oubliais à vous dire que M. Bucher m’a dit qu’encore qu’il ne promette que 15 000 livres à sa fille, son dessein est pourtant de n’en demeurer pas là ; mais il ne veut s’engager à rien. Il a une maison de 20 000 écus (8) et il m’a dit qu’il lui en voulait conserver la moitié. Il me dit hier qu’il a encore un fils, âgé de vingt et un ans, qui est à Lyon, qui veut entrer à l’Oratoire, et, cela étant, qu’il pourra égaler ses enfants au partage de ses biens.
Je ne sais si vous devez faire quelque fondement là-dessus.
Il m’a dit, de plus, que, si son fils se retire, Madame sa femme est résolue de se retirer chez vous. Pesez ceci devant Dieu avec vos conseillères, ma chère Mère (8).
Suscription : A ma chère Mère, la Mère supérieure du faubourg Saint-Jacques.
6). Charlotte de Caumont, mariée à Henri, vicomte de Turenne, maréchal de France, morte en 1666.
7). Sous-entendre : réformée ; c’est par cette expression qu’on désignait alors souvent le protestantisme.
8). L’écu valait 3 livres, la livre à peu près 10 de nos francs 1970.
9). Ces deux dernières phrases sont de la main même de Saint Vincent.
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98. — A JEAN PARRE, Frère de la Mission, à Saint-Quentin
De Paris, ce 16 août 1659.
Mon très cher Frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je pense que vous avez raison de remettre vos exercices jusqu’à ce que vous ayez fait ce qui vous a été ordonné par Mgr l’évêque de Noyon à Notre-Dame de la Paix à l’égard de la distribution des semences dont je vous ai écrit, et aussi pour ce qui regarde la distribution des aumônes des pauvres malades et visiter la Charité de Dames de Reims, Rethel et les autres.
Je suis bien consolé de ce que vous me dites de divers soulagements que les malades trouvent à la Sainte Chapelle de Notre-Dame de la Paix.
Les Dames se proposent de faire un effort en faveur des églises ruinées, mais comme elles sont très peu en nombre, et que celui des églises et la ruine de la plupart est très considérable, je doute bien qu’elles puissent faire grand-chose.
Ce bon homme de Saint-Quentin qui veut être ermite, que vous m’avez adressé fait sa retraite pour examiner sa vocation. Je crains bien qu’il n’y ait assez de fermeté pour une condition si sujette aux diverses agitations de l’esprit.
M. l’Archidiacre de Noyon m’écrit l’histoire de l’invention de cette sainte image de Notre-Dame.
Mandez-moi, s’il vous plaît, si la dévotion du peuple continue et les effets de leur dévotion (2).
Lettre 98. — Lettre signée. Original possédé en 1934 par Mme Whitney-Hoff ; un catalogue de sa collection a été publié à Paris, en 1934, sous le titre : Lettres autographes composant la collection de Mme Whitney-Hoff. Cet ouvrage donne, p. 110, un fac-similé de la présente lettre. Texte publié avec l’orthographe de l’original dans les Annales de la C.M., 1936, p. 699-700.
1). Henri de Baradat, évêque de Noyon de 1626 à 1660, avait demandé au Frère Parre de mettre bon ordre à la dévotion mal réglée du peuple, qui se manifestait au sanctuaire de Notre-Dame de la Paix, à l’occasion de la distribution des secours.
2). Ces trois derniers mots sont de la main de Saint Vincent.
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Offrez-nous, s’il vous plaît, à Dieu, par sa sainte Mère ; priez pour notre cher Frère du Corneau (3) que nous avons envoyé prendre l’air pour quelque incommodité qu’il a, et pour moi, qui suis le plus misérable pécheur du monde (4).
Votre frère et serviteur,
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : A notre cher Frère Jean Parre, de la Congrégation de la Mission, étant à présent à Notre-Dame de la Paix, proche Saint-Quentin, à Saint-Quentin.
99. — AU R.P. HILARION (1) à Rome
De Paris, ce 12 septembre 1659.
Mon Révérend Père,
J’apprends par la plupart des lettres que m’écrit le Supérieur de la Mission de Rome (2), que nous contractons tous les jours de nouvelles obligations envers Votre Révérence, par les grâces indicibles qu’elle nous fait incessamment, et que, depuis peu, le Saint-Siège nous a accordé par votre moyen deux brefs (3) considérables,
3). Bertrand Ducournau, né en 1615 à Amou, diocèse de Dax, entré en 1644 dans la Congrégation de la Mission en qualité de Frère coadjuteur, mort en 1677 à Saint-Lazare qu’il n’avait pratiquement jamais quitté, sinon pour raison de santé. Son intelligence et son savoir-faire l’avait fait choisir, par Saint Vincent, pour son secrétaire, dès 1645 ; il le demeura jusqu’à la mort du saint.
4). Ces deux derniers mots sont de la main de Saint Vincent.
Lettre 99. — Lettre signée. Original à la Bibliothèque Ambrosienne de Milan : Manoscritti, B 264, folio 355, recto et verso. Texte publié, d’après une minute (plus longue que l’original) conservée au
Archives de la Mission, dans l’édition Coste : lettre n° 2978, t. VIII, p. 122-123. Les Annales de la C.M.,1951, p. 375-376, ont publié le texte de cette lettre d’après la Vita del P.D. Ilarione Rancati… scritta dal P.D. Angelo Fumagalli (Brescia, 1762), p. 120. A noter que ce texte, tantôt se rapproche de la minute, tantôt s’en éloigne pour devenir conforme à l’original. Photographie aux Archives de la Maison-Mère des Prêtres de la Mission, à Paris.
1). Bartolomeo Rancati, né à Milan en 1594, entré chez les Cisterciens en 1608 (c’est alors qu’il changea son nom de baptême en celui d’Ilarione, Hilarion). Employé à diverses fonctions dans plusieurs Congrégations romaines, il eut l’occasion de rendre service à telle ou telle Communauté, en particulier à celle des Prêtres de la Mission. Mort à Rome en 1663.
2). Edme Jolly.
3). Parmi ces deux Brefs, il y a probablement le Bref A lias nos, du 12 août 1659, déterminant le statut de la pauvreté dans la Congrégation de la Mission.
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de quoi, mon Révérend Père, je remercie Votre Révérence, avec le respect et l’affection que je le puis. Mais d’autant que je ne suis pas digne de lui faire un remerciement proportionné à tant de bienfaits, je prie Notre-Seigneur qu’il en soit lui-même votre rétribution dans le ciel. Qu’il conserve Votre Révérence longuement sur la terre, et que les grands biens qu’elle y fait, aillent croissant à la gloire de Dieu et à l’édification de toute l’église selon le souhait de votre zèle incomparable. Nous prierons Dieu aussi, mon Révérend Père, qu’il nous fasse la grâce de vous rendre quelque petit service, particulièrement moi, qui vous renouvelle les offres de mon obéissance avec toute l’humilité et la reconnaissance que le peut, en l’amour de Notre-Seigneur, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.
VINCENT DEPAUL,
indigne prêtre de la mission.
Suscription (au bas de la première page) : le R.P. Hilarion.
100. — A JEAN PARREI, Frère de la Mission à Saint-Quentin
De Paris, ce 20 septembre 1659.
Mon cher Frère,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Je vous remercie des messes que vous avez fait dire pour nos malades et de la chemise que vous m’avez envoyée, que j’ai reçue. M. Perraud l’a prise. Dieu veuille qu’elle lui profite !
Dieu soit béni des bénédictions qu’il donne à la dévotion de Notre-Dame de la Paix et aux soins que vous en avez !
Lettre 100. — Lettre signée. Original à la Bibliothèque Vaticane. Texte publié dans les Annales de la C.M., 1934, p. 649-652. L’édition Coste (lettre n° 2984, t. VIII, p. 129) donne un résumé et un extrait de cette lettre d’après un catalogue de Laverdet, marchand d’autographes, qui l’avait mise en vente en 1855.
1). Pour les faits et personnages mentionnés dans cette lettre, on peut se reporter à la lettre 96 de la présente édition.
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Vous irez, quand il vous plaira, du côté de Laon et de Rethel.
J’ai fait tenir votre lettre à Mlle Viole. Les Dames n’ont rien ordonné.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, mon cher Frère, votre très affectionné serviteur,
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : A mon frère, le Frère Jean Parre, de la Mission, à Saint-Quentin.
101. — A EDME JOLLY, Prêtre de la Mission, Supérieur a Rome
[fin septembre-début octobre 1659 (1).
Je vous enverrai le Règlement des Filles de la Charité et l’approbation que Mgr le cardinal de Retz en fit à Rome (2), une copie des Lettres Patentes et de leur enregistrement au Parlement, afin de voir comment il faut dresser l’approbation (3). Nous venons d’en
Lettre 101. — Lettre autographe.
Original en possession (1945) de M. l’Abbé Auzou, prêtre du diocèse de Paris. Texte publié avec l’orthographe et la disposition de l’original dans les Annales de la C.M., 1945-1946, p. 199. Coste, dans son édition (lettre n° 2994, t. VIII, p. 138), eu avait donné un résumé d’après le catalogue de Laverdet, marchand d’autographes (janvier 1854).
1). Coste "cerne" ainsi la date vraisemblable de cette lettre : "Cette lettre a été écrite peu de jours après le 12 septembre 1659, date du départ des sœurs pour Narbonne, et avant que le saint eût résolu de différer au printemps l’envoi des Filles de la Charité destinées à la Pologne, par suite avant la lettre 2996 (3 octobre 1659)".
2). Jean-François-Paul de Gondi, cardinal de Retz, après son évasion (8 août 1654) s’était réfugié à Rome, sans cependant renoncer à son siège archiépiscopal de Paris. C’est là que Saint Vincent avait obtenu de lui l’approbation de la Communauté des Filles de la Charité et de son Règlement général (18 janvier 1655).
3). Saint Vincent voulait obtenir la sanction du Saint-Siège, car l’approbation par l’archevêque de Paris était susceptible de révision ; en effet, un nouvel archevêque pouvait supprimer ce que son prédécesseur avait établi et approuvé.
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faire partir quatre (4) ; partie pour Narbonne et partie pour Cahors ; et, dans peu de jours pour la Pologne ; et le moyen de diriger tout cela que par l’attribution de l’autorité de Sa Sainteté.
J’attends l’extra tempora pour notre frère Arthurs.
M. Etienne (4) se dispose pour Madagascar [ainsi que] MM. Boussordec (7) et Feydin (8).
Suscription [au dos] : à Monsieur Monsieur Jolly.
102 A JEAN GICQUEL (1), prêtre de la Mission
De Paris, ce 27 septembre 1659.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
Nos malades sont toujours fort incommodés : M. Perraud en danger ; M. Le Soudier pas tant M. Berthe et M. Martin ont la fièvre quarte à Turin ; M. Alméras est incommodé et notre frère
4). Il s’agit des Filles de la Charité.
5). Arthur (Nicolas), né en 1632 à Cork (Irlande), entré dans la Congrégation de la Mission en 1654, ordonné prêtre en 1659 ; c’est en vue de cette ordination hors des temps prévus, que Saint Vincent sollicite la faveur d’un extra tempora.
6). Etienne (Nicolas), né en 1634 à Paris, entré dans la Congrégation de la Mission en 1653, ordonné prêtre en 1659, parti pour Madagascar en 1660, puis en 1663, il y mourut assassiné en 1664.
7). Boussordec (Charles) né en 1609 à Châtelaudren, diocèse de Tréguier entré dans la Congrégation de la Mission en 1654, mort en 1665 sur les côtes du Cap Vert, se rendant à Madagascar.
8). Feydin (François), né en 1620, à Allanche, diocèse de Clermont, ordonné prêtre en 1645, entré dans la Congrégation de la Mission en 1653, fut à plusieurs reprises désigné pour la mission de Madagascar, mais fut, chaque fois, empêché d’y parvenir ; il quitta la Congrégation ; en 1705, il est curé dans le diocèse d’Arras ; il dépose alors au Procès informatif commencé en vue de la béatification de Monsieur Vincent.
Lettre 102. — Lettre autographe, connue seulement par une photographie dont la provenance est ignorée ; la photographie semble avoir été prise sur un fac-similé inconnu. Rien ne permet de douter de l’authenticité de cette lettre.
1). Gicquel (Jean), né en 1617 à Miniac, diocèse de Saint-Malo, ordonné prêtre en 1642, entré dans la Congrégation de la Mission en 1647, mort en 1672.
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Ducournau aussi, le vôtre se porte assez bien, Dieu merci ; M. Etienne est à Nantes avec MM. Daveroult (2), Feydin et notre frère Patte (3) attendant que le vaisseau soit en état de faire voile Et moi, Monsieur, je [vous] salue très humblement avec toutes les tendresses de mon cœur, qui suis votre très humble serviteur.
VINCENT DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : M. Gicquel.
103. — LETTRE D’HENRI ARNAULD (1), évêque d’Angers, à SAINT VINCENT
[1659] (2)
Texte tiré de Grandet : (3)…
"Avant de revenir en Anjou, il [P. Maillard] (4) voulut faire une retraite à Saint-Lazare sous la conduite de Monsieur Vincent, qui goûta si fort son esprit et sa piété, qu’il pensa dès lors à l’attacher à sa congrégation. Ce dessein aurait sans doute réussi parce que M. Maillard y avait beaucoup de penchant […] Monseigneur […] écrivit […] à Monsieur Vincent pour le prier de dire de sa part à M. Maillard de venir travailler dans son diocèse. Monsieur Vincent n’eut pas plutôt reçu cette lettre qu’il la porta à M. Maillard […] M. Maillard regardant la volonté de son prélat comme celle de Dieu ne balança pas à partir. Il vint à Angers promptement, et fut reçu au séminaire vers la fin de l’année 1659…"
2). Daveroult (Pierre), né en 1614 à Béthune, diocèse d’Arras, ordonné prêtre en 1638, entré dans la Congrégation de la Mission en 1653. Désigné pour Madagascar à deux reprises, il dut chaque fois revenir en France sans avoir pu atteindre l’île.
3). Patte (Philippe), frère coadjuteur, né en 1620 à Vigny, diocèse de Rouen entré dans la Congrégation de la Mission en 1656. Associé aux travaux missionnaires de M. Etienne à Madagascar, il fut, avec lui, massacré en 1664.
Lettre 103. — Lettre perdue, connue seulement par l’allusion de Grandet.
1). Arnauld (Henri) 1597-1692, membre de la célèbre famille Arnauld (Antoine, la Mère Augélique, etc.), évêque d’Angers de 1649 à sa mort. Excellent évêque réformateur.
2). Date probable d’après le texte même cité ici.
3). "Mémoires de Joseph Grandet". Histoire du Séminaire d’Angers depuis sa fondation en 1659 jusqu’à son union avec Saint-Sulpice en 1695, publiée pour la première fois d’après le manuscrit original par G. Letourneau. Angers-Paris, 1893, 2 tomes. Le texte cité est tiré du t. 1, p. 12.
4). Maillard (Pierre), prêtre séculier du diocèse d’Angers, pour lors à Paris il revint à Angers en 1659, fut pendant plus de vingt ans supérieur du Séminaire d’Angers et mourut en 1692.
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104. — A GABRIEL DE LESPINAY (1), Prêtre de la Mission, à Marseille
De Paris, ce 2 janvier 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
Je prie Dieu qu’avec cette nouvelle année, Il nous donne un renouvellement d’esprit en l’amour du sien. Avant de répondre à votre lettre du 23 décembre, je vous dirai qu’il a plu à Dieu de nous ôter le bon M. Perraud qui décéda vendredi dernier. Nous devons nous entretenir à ce soir des vertus que Dieu lui a fait la grâce de pratiquer. Il a beaucoup souffert pendant cinq mois ou environ qu’il a été malade. Il y a sujet de croire après un si long purgatoire qu’il est maintenant bienheureux. Aussi a-t-il vécu et fini comme Notre-Seigneur, en travaillant et mourant pour le salut des âmes. Vous ne laisserez pas, s’il vous plaît, Monsieur, de prier et de faire prier Dieu pour la sienne.
Avant que d’avoir reçu votre lettre où vous parlez de M. de Pourrade pour le faire élire administrateur (2) Mgr le duc de Richelieu (3) m’avait envoyé la lettre qu’il écrit à MM. les Administrateurs par laquelle il leur mande qu’il a choisi MM. Négriau et de Saint-Jacques ; pour le moins, M. Desmaretz (4) m’a ainsi écrit, et ainsi il n’est plus temps de penser à d’autres, si ce n’est qu’il y ait de si notables empêchements pour mettre ceux-là en exercice que ces Messieurs jugent à propos de lui en nommer de nouveau quatre, et en ce cas, il faudrait procéder selon les formes accoutumées et mander à ce bon Seigneur les raisons de cette nouvelle élection.
Lettre 104. — Copie tirée du "Recueil Nodet" constitué à Marseille, au plus tard à la Révolution, vraisemblablement cédé par M. Messonnier dernier Supérieur lazariste de Marseille, à son parent, M. Nodet ; passé de mains en mains, il finit par se perdre… ; avant sa disparition, on eu avait pris de très fidèles copies qui furent trouvées en 1941. L’histoire de ce recueil est retracée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 228-230. Par recoupements, on peut constater la fidélité des copies : les originaux écrits sans doute par le frère Ducournau, secrétaire de Saint Vincent étaient fort lisibles, La copie de la présente lettre, dont l’original a disparu a été publiée dans les Annales de la C.M., p. 231-232.
1). Gabriel de Lespinay, né à Grandchamp, diocèse de Lisieux, entré prêtre dans la Congrégation de la Mission eu 1645, supérieur de la maison de Marseille de 1659 à 1660.
2). Il s’agit, dans ce paragraphe, de l’administration de l’Hôpital des Galériens de Marseille.
3). Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu, général des galères de 1643 à 1661.
4). Jean Desmaretz de Saint-Sorlin, intendant de la maison du duc de Richelieu. Voir les notes 4 et 5 de la lettre 95 de la présente édition.
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Il ne faut pas penser à l’acquisition de la maison qui a vue sur votre jardin : elle est trop chère et nous n’avons pas de quoi la payer, mais nous avons de quoi honorer la sainte pauvreté de Notre-Seigneur. Nous le ferons donc s’il vous plaît en cette occasion.
M. Boussordec est revenu de mission (5). Nous le ferons reposer quelques jours ; l’hiver est si rude de deça que je fais conscience de l’engager à un si long voyage que celui de Marseille et pendant ces grands froids.
Vous avez bien fait, Monsieur, de donner quelque consolation spirituelle aux pauvres des galères à l’occasion des fêtes de Noël, nonobstant les misères des corps où ils sont réduits qui semblent les rendre incapables d’instruction. J’espère que Dieu en aura tiré du fruit, et qu’il ne laissera pas sans récompense les peines que vous y avez prises.
Je suis en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
J’écris à M. Huguier (6) que nous avons reçu deux écus pour Barriot, forçat sur le Richelieu.
105. — A GABRIEL DE LESPINAY, Prêtre de la Mission, à Marseille
De Paris, ce 9 janvier 1660.
Monsieur,
Je prie Notre-seigneur qu’en Monsieur, cette nouvelle année, il renouvelle nos cœurs en son esprit, et qu’Il nous unisse en lui pour toute l’éternité.
Avant de répondre à votre dernière lettre, je m’en vas vous faire part de ma joie, n’ayant pas voulu en donner la semaine dernière à mon affliction, quoi qu’elle fut grande. Je pensais néanmoins être
5). Charles Boussordec était désigné pour Madagascar ; peu avant cette désignation, il "missionnait" avec ses confrères de la maison de Richelieu, Ch. Boussordec connaîtra plusieurs départs pour Madagascar (1655, 1660, 1664). aucun n’aboutira puisqu’il mourra au Cap Vert, en 1665, au cours du voyage.
6). Benjamin-Joseph Huguier, né en 1613, à Sézanne, diocèse de Troyes, entré dans la Congrégation de la Mission en 1647, ordonné prêtre en 1655 ; il était, en 1660, au service spirituel des forçats de Toulon, ses fonctions lui permettaient de servir d’intermédiaire entre les familles et les forçats, pour faire parvenir de l’argent ou de la correspondance.
Lettre 105. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 232-234
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obligé de vous recommander M. Etienne et notre frère Patte comme défunts ; mais ils sont ressuscités ; nous les avons tenus pour morts, et Dieu leur a conservé la vie comme par miracle. Ils partirent de Nantes le 6 décembre pour aller à La Rochelle par mer ; il ne faut qu’un jour pour y arriver, et il s’en est passé plus de vingt, avant qu’on n’ait appris aucune nouvelle certaine. On m’écrivait de ces deux villes-là qu’ils avaient péri, et un jeune homme de Paris qui était en la même barque, et qui, se voyant la mort entre les dents (c’est son terme), se jeta sur un petit esquif, sur lequel il s’est heureusement sauvé, a écrit ici à Madame sa mère, qu’après que M. Etienne eût donné l’absolution générale à trente personnes qui étaient dans la même barque, il l’avait vue s’abîmer devant ses yeux avec tout ce monde-là, de sorte que nous ne pouvions plus douter de la vérité de cet accident ; mais le lendemain que cette lettre affligeante nous a été communiquée, nous en avons reçu deux de ce bon prêtre, qui nous ont assuré du contraire, disant qu’après avoir prononcé la dite absolution, Dieu leur envoya un souffle de vent si favorable, qu’il leur fit éviter un banc de sable où ils allaient échouer, et qu’encore qu’ils aient été quinze jours durant à la veille de mourir, pour n’avoir ni mât, ni voiles, la tempête ayant brisé ceux qu’ils avaient, ni même des vivres, n’en ayant pris que ce qu’il fallait pour un trajet de trente lieues, la bonté de Dieu toutefois les a conduits à Saint-Jean-de-Luz, qui est un port de France sur la frontière d’Espagne, en bonne santé et avec bon appétit ; et enfin à La Rochelle, où ils sont sur le point de s’embarquer pour Madagascar avec MM. Daveroult, Des Fontaines (1) et Feydin, tous prêtres de la Compagnie, qui étaient grandement désolés, pensant avoir perdu leur Supérieur, et nous en étions aussi en une douleur et une consternation inconcevables ; mais le bon Dieu qui mortifie et qui vivifie, nous a également consolés, en nous redonnant ces deux siens serviteurs, que nous croyions noyés. Ils ont pris la poste à Saint-Jean-de-Luz pour venir joindre leurs confrères. Je vous prie, Monsieur, de m’aider à remercier Notre-Seigneur de ces grâces-là et de lui bien recommander le voyage et la Mission de ces cinq missionnaires (2).
Pour revenir à votre lettre du 30 décembre, je vous remercie de la vigilance que vous avez apportée pour nous mander les senti-
1). Pasquier Des Fontaines, né en 1630 à Bailleul-Sire-Berthoult, diocèse d’Arras ; entré dans la Congrégation de la Mission en 1653 ; ordonné prêtre en 1657 ; parti pour Madagascar en 1660, il était de retour à Paris en 1661 sans avoir pu toucher l’île.
2). Les missionnaires aboutirent, à cause du naufrage de leur vaisseau, au Cap de Bonne-Espérance, d’où ils furent rapatriés par un vaisseau hollandais en 1661.
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ments de MM. les Administrateurs, touchant la prétention qu’on a sur M. Chrestien pour une [somme] de l’hôpital, vous me faites espérer de voir s’il est fait mention dans le livre ou les papiers du même hôpital où les comptes des receveurs, de la somme qu’on prétend répéter, cela est important à savoir pour la décharge de M. Chrestien, et je vous prie de me le mander. Je vous ai envoyé la nomination faite par Mgr le duc de Richelieu de deux nouveaux administrateurs, mais M. de Pourrade ne lui ayant pas été présenté à temps ni en la manière accoutumée, aussi ne l’ai-je pas choisi selon votre souhait.
Il est vrai qu’il peut arriver inconvénient qu’un prêtre couche à l’hôpital, et il serait à souhaiter qu’il n’y couchât pas, mais il y a nécessité de le faire à cause du grand nombre de malades qui autrement pourraient mourir la nuit sans assistance. Je vous prie, Monsieur, de veiller sur cela, en attendant que vous ayez moyen d’y pourvoir tout à fait, et ce moyen-là, j’espère de le vous envoyer bientôt, avec l’aide de Dieu.
Faites savoir à M. le Prévôt qu’en tout ce que nous pourrons lui obéir, nous le ferons toujours de grand cœur, mais qu’ayant pour règle de ne point travailler dans les villes épiscopales, hors de nos maisons, si ce n’est à l’égard des pauvres esclaves, vous ne pourrez aussi faire des conférences ni des exhortations aux filles du Refuge, de quoi je vous prie de vous excuser le plus honnêtement que vous pourrez.
Nous avons reçu deux écus pour Nicolas Bonner, deux pour Pierre Le Gros, dit la Pointe, un pour Renault Lepage et trente sols pour Jacques Mauger. C’est en tout seize livres dix sols que je prie M. Huguier de leur distribuer, et vous, Monsieur, de lui en tenir compte.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Nous venons de recevoir encore vingt-sept livres quatorze sols pour François Dardane, sur la Saint-Dominique et cinq livres dix sols, pour Pierre Blondeau, sur la Cologne. [Capitaine ?].
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106. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, supérieur de Marseille, de passage à Montpellier
De Paris, ce 23 janvier 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu votre chère lettre du 13, qui m’a donné une joie très sensible en m’assurant que vous êtes bien guéri de vos yeux, dont je rends grâces à Dieu, et je le prie qu’en vous conservant la vue corporelle, Il vous augmente et perfectionne celle de l’esprit, afin que plusieurs participent à vos lumières et en soient de plus en plus éclairés.
Je loue Dieu du retour de Mgr de Montpellier (l). Je crains comme vous que son séminaire demeure dégarni à cause de la pauvreté de ceux qui aspirent à l’état ecclésiastique, si Dieu n’inspire à ce bon prélat quelque moyen d’en aider quelques-uns à payer leur pension. Certes, c’est le grand besoin des diocèses que d’avoir de bons prêtres, capables et exercés, et c’est le plus grand service qu’on puisse rendre à Dieu et à son église que de contribuer à leur en donner, comme vous faites par sa grâce.
Je vous remercie, Monsieur, de ce que vous avez secouru M. Durand (2) pendant les fêtes de Noël. Il se trouve à présent fort surchargé de la présence de Monseigneur d’Agde (3) et je crains qu’il demeure accablé sous le faix, si vous ne l’assistez de nouveau. Voyez Monsieur, si vous pouvez lui envoyez derechef M. Parisy (4) pour le soulager, pendant le peu de séjour que ce bon prélat fera en son diocèse. Mais si cela ne se peut sans vous incommoder par trop, retenez-le auprès de vous, Dieu pourvoiera à tout s’il lui plaît. Je le prie qu’il
Lettre 106. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 234-235
1). François Bosquet (1605-1676), évêque de Montpellier depuis 1657 ; il rentrait alors de Toulouse où il avait assisté aux états de Languedoc. 2. Antoine Durand, né en 1629 à Beaumont-sur-Oise, diocèse de Beauvais, entré dans la Congrégation de la Mission en 1647, ordonné prêtre en 1654, mort en 1708 ; en 1660, il était supérieur du Séminaire d’Agde.
3. Louis Foucquet, frère du surintendant des Finances, évêque d’Agde depuis 1658, mort en 1702.
4. Antoine Parisy, né en 1632 au Mesnil-Réaume, diocèse de Rouen, entré dans la Congrégation de la Mission en 1651 ; il était à Montpellier depuis 1659 ; en 1660, il ira à Narbonne, puis à Marseille.
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tire sa gloire de vos travaux et vous la plus grande sanctification de votre chère âme que j’embrasse de toutes les affections de la mienne, et suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : A Monsieur Get, Supérieur des Prêtres de la Mission, à Marseille, étant de passage au séminaire de Montpellier.
107. — A GABRIEL DE LESPINAY, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 23 janvier 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu, avec votre lettre du 13 janvier, le paquet de Tunis que je n’ai encore pu voir.
J’approuve le paiement de sa lettre de change de cent piastres sur ce que ceux d’Alger lui doivent. écrivez tout, s’il vous plaît, pour compter avec un chacun nettement. Il eut été bon de me nommer les esclaves rachetés dont vous me parlez et que vous avez accueillis ; pour cette fois, je vous prie d’agréer cette corvée et nous verrons si, à l’avenir, il est à propos de recevoir chez vous ceux qui vous seront adressés.
Vous ne me dites pas pour qui sont ces deux lions (1) que M. le Consul d’Alger (2) envoie en France. Peut-être ne le saviez-vous pas quand vous m’avez écrit, puisque vous n’aviez pas encore reçu ses lettres. Si c’est à nous qu’il les adresse sans autre destination, je suis d’avis que vous en fassiez un présent au roi quand il sera à Marseille. J’écris à cet effet à M. de Saint-Jean (3), aumônier de la reine, et auquel vous pourrez vous adresser, pour aviser à les présenter à Sa Majesté, d’une manière convenable à des personnes de notre condition.
Lettre 107. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M. 1943-1944, p. 235-236.
1). Des lions ? Est-ce que le copiste a bien lu ?
2). Jean Barreau clerc de la Mission.
3). Nicolas de Saint-Jean, aumônier de la reine Anne d’Autriche, très lié avec Saint Vincent.
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Je pense qu’il eût mieux valu remettre à un autre temps les trois séminaristes que vous avez chez vous que de les recevoir à présent que vous êtes chargés des missions de Mme de Vins (4), et n’avez pas des hommes assez pour ces deux emplois. Néanmoins, puisque la Providence en a ainsi ordonné, nous verrons si nous pouvons vous en envoyer de propres. Pour M. Boussordec, il se dispose à partir au premier jour. Il vous portera, Dieu aidant, les feuilles et les méditations que Monseigneur de Marseille (5) demande.
Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
108. — A GABRIEL DE LESPINAY, Prêtre de la Mission à Marseille
De Paris, ce 30 janvier 1660.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu votre lettre du 20 et le mémoire de la dépense faite pour la conduite de votre [famille] qui va bien haut.
Vous avez bien fait de faire discontinuer de coucher à l’hôpital puisqu’on peut administrer le jour, aux malades que l’on voit en danger, les derniers sacrements. Je crains bien, aussi bien que MM. les Administrateurs, qu’on aura de la peine à soutenir l’hôpital, attendu que la subsistance de cette année est déjà à demi-consommée, si ce n’est que la Providence leur suscite quelque secours extraordinaire. Or, je ne vois pas de qui on le peut attendre, si Mgr le Cardinal qui est à présent de delà, le refuse. Je pense que ces Messieurs feront une bonne action, s’ils ont occasion de lui parler, de lui donner la pensée, ou de lui faire représenter par d’autres, la grande nécessité d’assister les forçats malades et de l’impuissance de le faire à cause du retranchement de l’aumône du roi des années passées.
4). Laurence Veyrac de Paulian, marquise de Vins, morte en 1659 ; elle avait, par testament, a fondé" plusieurs missions et était devenue, de ce fait bienfaitrice de la maison de Marseille.
5). Etienne de Puget, évêque de Marseille depuis 1644, il le reste jusqu’à sa mort en 1668.
Lettre 108. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 236-237.
1). Le cardinal Mazarin, premier ministre.
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Les pensions des aumôniers des galères sont sur l’état de cette année. Informez-vous de M. Get ou de quelque autre, à qui il se faut adresser et ce que vous avez à faire pour en recevoir le paiement. Je sais bien qu’elles sont assignées sur les gabelles de Provence, de même que la fondation de l’hôpital, et que M. Amat en est le receveur général. Il a son commis de delà, qui peut-être aura l’ordre de vous payer ! Mais ce ne sera pas si tôt, à mon avis, vous verrez. Si vous recevez quelque chose, on verra comment on en fera la distribution aux aumôniers.
Je remercie M. Cornier (2) de la bonne nouvelle qu’il m’a donnée, qu’il est délivré de ses peines. On ne pouvait attendre autre chose de la bonté de Dieu et de sa patience. Il plaît à Notre-Seigneur d’exercer ainsi les meilleures âmes pour quelque temps, afin de les éprouver et puis tout d’un coup, il apaise la tempête et laisse ses serviteurs en paix. Je lui en souhaite une grande et continuelle avec les bénédictions de Dieu sur ses emplois.
Vous aurez reçu trois livres pour Jacques Fournier, dit la Rivière, sur la Manse, trente sols pour Guillaume Laisné, dit la Montagne, sur la Capitaine, et sept livres dix sols pour Jacques Simon, aussi forçat.
Nous n’avons rien de nouveau de deçà où je suis toujours en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
2). Charles Cornier, né en 1623 à Landujan, diocèse de Saint-Malo, entré prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1659, placé la même année à Marseille.
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109. — A DOMINIQUE LHUILLIER (1), Prêtre de la Mission. Supérieur à Crécy
De Saint-Lazare, ce 6 février 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais
Le Frère Claude (2) arriva hier au soir. Il va travailler à ce qu’il a à faire et dans deux jours nous vous le renvoyerons. Cependant M. [Asseline] (8) s’en va pour vous tenir compagnie, et pour profiter des bons exemples et des avis que vous lui donnerez. Je vous prie de le recevoir.
Je ne vous le recommande pas, sachant que votre charité n’a pas besoin de recommandation. Seulement, je prie Notre-Seigneur qu’Il soit le lien de vos cœurs. Il vous dira nos petites nouvelles.
[C’est] la première fois que je vous écris depuis la mort de notre bon M. Perraud, qui arriva le 26 décembre. Je vous prie de lui rendre les devoirs accoutumés, et de n’oublier pas devant Dieu, Monsieur votre très humble serviteur,
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : A Monsieur Lhuillier, Prêtre de la Mission, à Crécy.
110. — A GABRIEL DE LESPINAY, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 6 février 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu le paquet d’Alger et non pas lu. Vous me proposez par votre lettre du 27 janvier, pour l’entrevue de vous et M. Get, de vous en aller à Montpellier. Mais comme cela ne presse pas, et que
Lettre 109. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 237-238.
1). Dominique Lhuillier, né en 1619 à Barisey-au-Plain, diocèse de Toul entré prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1651, missionnaire à Crécy depuis 1654, mort à Toulon.
2). Claude Le Gentil, frère coadjuteur, né vers 1620 à Berchères diocèse de Châlons, entré dans la Congrégation de la Mission en 1637, place à Crécy
3). Jacques Asseline, né à Dieppe, diocèse de Rouen, entré dans la Congrégation de la Mission en 1653, ordonné prêtre en 1659, placé à Crécy en 1660.
Lettre 110. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 238.
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dans la conjoncture présente, votre plus grande affaire est de garder la maison, je vous prie de n’en bouger point. Je crains quelque trouble, et je prie Notre-Seigneur qu’il n’en arrive point.
M. Boussordec n’est pas parti comme je vous l’ai déjà mandé, à cause de la rigueur de l’hiver ; or, en attendant que le temps soit un peu détendu, nous l’avons envoyé aux Bons-Enfants (1), afin qu’il y voie le Séminaire, qu’il sache ce qu’on y observe et qu’il se puisse aider de ces connaissances au besoin. Il y sera encore sept à huit jours. Et après cela, nous espérons de le faire partir. Peut-être sera-t-il assez tôt à Marseille pour commencer la mission de Vins (2), à la mi-carême, ou à peu près.
Puisque les lions nous sont adressés pour en disposer, il le faut faire en la manière que je vous ai prescrit et à M. de Saint-Jean. Je n’ai rien à ajouter à ce que je vous ai dit. Nous avons reçu un écu pour Pierre Lainé, dit de Rosier, sur la Capitaine. Je le mande à M. Huguier. M. de Saint-Jean me mande qu’il vous verra, il faut vous ouvrir à lui en vos pressants besoins.
Je suis, en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : A M. de Lespinay, Supérieur des Prêtres de la Mission à Marseille.
111. — A GABRIEL DE LESPINAY, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 27 février 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu votre lettre du 17. Puisque le bail de votre jardinier est expiré, il ne faut plus souffrir que les femmes entrent en votre enclos. Je n’ai su jusqu’à présent qu’elles aient eu cette liberté par le passé,
1). Il s’agit du Collège des Bons-Enfants, berceau de la Congrégation de la Mission Maison-Mère de 1625 à 1632 ; depuis 1645 y était organisé un séminaire de clercs et de prêtres où l’on donnait un enseignement surtout pratique.
2). Vins, localité du diocèse de Fréjus, où une mission avait été "fondée" par la marquise de Vins.
Lettre 111. — Lettre signée. Original (en 1944) aux bureaux de la Propagation de la Foi à Lyon. Une copie de cette lettre figure dans le "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M. 1943-1944, p. 238-239.
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pour le moins je n’y ai pas tait réflexion. Il faut tâcher de trouver un autre jardinier qui n’en ait point. Vous me proposez de réduire le jardin en pré, mais c’est un changement trop considérable pour le faire sans y avoir bien pensé.
J’espère que M. Get vous ira voir bientôt à Marseille, vous en concerterez avec lui. Si vous n’avez point de barque pour Alger pressée de partir, il vous aidera à faire ce qu’il faut pour la sûreté de l’argent qu’il y faut envoyer. Il pourra faire quelque séjour avec vous et vous donner moyen de faire la mission de Vins. C’est pourquoi nous différerons le départ de M. Boussordec
Les paroles fâcheuses qui ont échappé au bon Père Rédempteur nous donnent sujet de nous réjouir de n’avoir pas donné lieu à ses calomnies et d’en remercier Dieu. Bienheureux serons-nous, s’il nous trouve dignes de souffrir pour la justice, et s’il nous fait la grâce d’aimer la confusion, et de rendre bien pour mal à ceux qui nous persécutent. Bienheureux sont les serviteurs qui sont traités comme leur Maître, Notre-Seigneur, en qui je suis Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
112. — A DOMINIQUE LHUILLIER, Prêtre de la Mission à Crécy
[fin février 1660] (1)
Il a plu à Dieu de nous priver du bon M.Portail (3). Il décéda le samedi quatorzième de ce mois qui était le neuvième de sa maladie, laquelle commença par une espèce de léthargie qui s’est changée
Le premier paragraphe, depuis "Puisque le bail… Il jusqu’à "… sans y avoir bien pensé." a été publié dans l’édition Coste : N° 3084, t. VIII, p. 247, d’après le Recueil intitulé "Manuscrit de Marseille".
1). Sans doute un Religieux de l’Ordre de Notre-Dame de la Merci, appliqué au rachat [rédemption) des esclaves captifs en Barbarie.
Lettre 112. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 240. Les deux premiers paragraphes de cette lettre, rapportant la mort d’A. Portail et la maladie de Mlle Le Gras, se retrouvent tels quels dans deux lettres déjà publiées (édition Coste. N° 3085, à F. Get, à Marseille, 27 février 1660 (t. VIII, p. 248-249) et N° 3091, à G. Desdames, à Varsovie, 5 mars 1660 (t. VIII
1). D’après la date de la mort, annoncée ici, d’A. Portail (14 février) et la "parenté" avec les lettres du 27 février et du 5 mars.
2). A. Portail était alors le Premier Assistant de Saint Vincent et le Directeur des Filles de la Charité.
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en fièvre continue et en d’autres accidents. Il eut, depuis, l’esprit et la parole assez libres. Il avait toujours appréhendé la mort, mais la voyant approcher il l’a envisagée avec paix et résignation. Il m’a dit plusieurs fois que je l’ai visité, qu’il ne lui restait aucune impression de sa crainte passée. Il a fini comme il a vécu, dans le bon usage des souffrances, la pratique des vertus, le désir d’honorer Dieu et de consommer ses jours, comme Notre-Seigneur, en l’accomplissement de sa volonté. Il a été l’un des deux premiers qui ont travaillé aux missions, et il a toujours contribué aux autres emplois de la Compagnie à laquelle il a rendu de notables services, en toutes les manières ; en sorte qu’elle aurait beaucoup perdu en sa personne, si Dieu ne disposait de toutes choses pour le mieux, et ne nous faisait trouver notre bien, où nous pensons recevoir du dommage. Il y a sujet d’espérer que ce sien serviteur nous sera plus utile au Ciel qu’il n’eut été sur la terre. Je vous prie, Monsieur de lui rendre les devoirs accoutumés.
Lors de son trépas, Mlle Le Gras (3) était aussi à l’extrémité et nous pensions qu’elle s’en irait devant lui, mais elle vit encore et se porte mieux, grâces à Dieu qui n’a pas voulu nous accabler d’une double affliction.
Je loue Dieu de la douceur avec laquelle ce bon pensionnaire vit avec nous. Il est vrai que vous avez besoin de votre logement pour les prêtres qui vous viendront ; si néanmoins, il veut demeurer avec vous jusqu’alors, vous le pourrez retenir pour les cinq cents livres, supposé qu’il soit résolu de les donner et alors s’il ne vous reste point de chambre pour le mettre, il se pourra retirer.
Je suis consolé de ce que vous me mandez de la personne, et j’en rends grâces à Dieu. Je prendrai mon temps pour lui en faire quelque petite congratulation afin de l’encourager à continuer.
M. Maillard (4) vous envoie cent livres. Je suis marri que ce soit si peu. Une autre fois, Dieu aidant, nous vous enverrons davantage. Dieu vous donne la plénitude de son esprit, afin que les opérations en rejaillissent sur tous ceux qui vous approchent. Je suis dans son amour, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
3. Mlle Le Gras mourra le 15 mars 1660.
4. Antoine Maillard, né à Veney (diocèse de Toul), en 1618, entré prêtre dans la Congrégation de la Mission en 1644 ; il était pour lors procureur de la maison de Saint-Lazare.
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113. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 19 mars 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai appris par votre lettre du 2 de ce mois, votre arrivée à Marseille où je vous prie de demeurer et de prendre le gouvernement de la maison et des affaires, si déjà vous ne l’avez pris. Je prie aussi M. de Lespinay (1) de rester quelque temps de delà, pour contribuer aux missions que vous pourrez faire après Pâques. Je lui écris d’une affaire d’Alger ; je vous prie d’en prendre connaissance et de la faire exécuter avec les autres ordres que je lui ai donnés par mes précédentes. Toutefois, il court de deçà un bruit qui est autorisé, à ce que me mande une personne ce matin par le secrétaire de Monseigneur de Vendôme (2), que le Roi fait faire quelque armement pour aller retirer les esclaves de Barbarie (3). Je vous prie de vous en informer et s’il y a quelques apparences de vérité, de suspendre l’envoi des sommes que j’ai marquées.
M. de Lespinay me mande que vous êtes un peu incommodé. J’en suis en peine, je vous prie de me mander ce que c’est, et de vous ménager.
Je suis en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Ce que vous avez dit à Monseigneur de Montpellier (4), en prenant congé de lui, me paraît judicieux.
Lettre 113. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 241.
1). Prédécesseur immédiat de F. Get dans la charge de Supérieur de la maison de Marseille.
2). César de Bourbon, duc de Vendôme, fils naturel de Henri IV (1594-1665).
3). Effectivement une expédition navale contre Alger se préparait alors, elle aura lieu en juillet et août 1660, sous le commandement du fameux chevalier Paul.
114. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 26 mars 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
Je vous envoie une copie du compte que vous m’avez envoyé, lors de votre départ pour Montpellier, des sommes que vous avez laissées dans le coffre pour les esclaves. Or, par les mémoires que M. Le Vacher m’a envoyés, il témoigne avoir emporté de Marseille en Alger celles dont il est parlé au premier feuillet, à la réserve des cinq cents livres de Mathurin Colin, et de vingt livres reçues par M. Guivar pour Edme Guillaume, dont il ne nous fait aucune mention — outre cela il a emporté mille neuf cent soixante-dix piastres pour M. le Chevalier du Brus qu’il a racheté.
Et sur les sommes du second feuillet, il a emporté cinq mille livres sur l’argent des quêtes dont il nous a envoyé le compte de l’emploi, et mille livres sur les trois mille deux cents livres reçues, pour racheter trois prêtres ou religieux esclaves, dont il a délivré le Père Bonaventure de Sainte-Croix, qui est maintenant à Gênes. Il y a apparence qu’il a aussi disposé des huit cent soixante-dix-huit livres, reçues des Pères de la Merci. Néanmoins, il ne m’en a rien écrit, ce me semble. Si les vingt livres d’Edme Guillaume sont encore en votre pouvoir, je vous prie de me les mander, pour les rendre à ce pauvre garçon qui est ici. Comme déjà nous lui avons rendu cent quatre-vingt-neuf livres que sa sœur lui envoyait en Alger et que M. de Lespinay a touchées en votre absence, il y a trois ou quatre mois, qu’il n’a pas néanmoins envoyées en Alger. Or, ces cent quatre-vingt-neuf livres étant donc encore en votre coffre, je vous prie de les faire tenir à Jean Beguin, esclave au dit Alger, parce que nous avons reçu ici pareille somme de Monsieur son père.
J’ai reçu votre lettre du 16. Je suis bien aise que vous ayez repris la conduite (1). Je vous en remercie, et je prie Notre-Seigneur qu’il soit lui-même la vôtre.
J’écrirai à Monseigneur de Montpellier conformément à ce que vous me mandez. Mais ce ne pourra pas être aujourd’hui (2).
Lettre 114. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 241-243
1). C’est-à-dire la charge de supérieur de la maison.
2). Le 26 mars 1660 était le jour du Vendredi-Saint.
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Je loue Dieu de ce que MM. de Lespinay et Beaure (3) sont allés commencer la mission de Vins. Vous ne me dites rien de M. Cornier. Je veux croire que vous ou lui serez allés à leur secours.
Je n’improuve pas l’expédient que vous avez proposé pour envoyer sûrement de l’argent à Alger. Mais je vous prie de ne rien envoyer du provenu des quêtes que je ne vous le mande. J’ai pourtant donné un ordre contraire à M. de Lespinay, mais je ne savais pas une nouvelle que je viens d’apprendre, qui vient de trop bonne part pour nous faire croire qu’elle n’est que trop véritable. C’est que le frère B [arreau] (4) en a encore fait une des siennes en perdant deux mille huit cents écus par sa faute. Vous savez qu’environ le temps que vous êtes allé à Montpellier, il partit un navire anglais de Marseille pour Alger par lequel divers marchands envoyèrent diverses sommes à ce pauvre homme pour racheter des esclaves. Le vaisseau étant arrivé, le capitaine ayant fait savoir au consul l’argent qu’il avait à lui délivrer, le consul en a touché une partie et lui a laisse l’autre, se fiant à sa parole. Or, il est arrivé deux choses, la première est que le consul a racheté les esclaves qu’il avait ordre de délivrer, et les a renvoyés en leur pays, s’étant servi à cet effet de quelques dépôts qu’il avait, dans l’espérance de les remplacer sur ce que ledit capitaine lui devait ; mais il lui a fait banqueroute des deux mille huit cents écus et c’est la seconde chose qui est arrivée. Après cela, Monsieur, et tant d’autres fautes de ce frère qui ont précédé celle-ci, ne devons-nous pas nous défier de sa trop grande facilité, pour ne pas dire faiblesse. Ne devons nous pas craindre si nous lui envoyons de l’argent, qu’il en abuse encore, et qu’au lieu de payer les dettes, il en contracte de nouvelles. Tout considéré, je pense qu’il est à propos de différer à lui envoyer le secours qu’il demande ; dites m’en votre avis. J’attends celui de Madame la duchesse d’Aiguillon à qui j’ai fait savoir cette nouvelle perte. Le remède serait d’envoyer un nouveau consul et de rappeler celui-là.
Nous y penserons. Nous avons reçu dix-huit livres pour Denis Dubois, forçat sur le Capitaine ; je prie M. Huguier de les lui donner.
3). Jacques Beaure, ne à Saint-Léonard-de-Noblat, diocèse de Limoges, en 1627, entré en 1656 dans la Congrégation de la Mission ; il faisait partie de la maison de Marseille depuis 1658.
4). Le frère Barreau, clerc de la Mission, titulaire du consulat de France à Alger, avait, à plusieurs reprises, commis des impudences, conséquences de son zèle intempestif et d’une charité mal réglée à l’égard des esclaves chrétiens ; le dey d’Alger ou ses subordonnés ne lui avaient pas épargné les avanies, et cela fit qu’à cause de lui la religion catholique et la nation française subirent de rudes humiliations.
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Je pense qu’il est bon que vous écriviez vous-même à M. Le Vacher, à Alger, et que vous lui disiez que le bruit étant de deçà, que lui et le consul ont fait la faute que j’ai dite, avec le capitaine anglais, vous le priez de vous mander ce qui en est, parce que nous avons jugé à propos de ne leur envoyer aucun secours de l’argent des quêtes que nous ne soyons éclaircis de la vérité.
J’ai adressé un paquet de livres arabes à M. de Lespinay pour Tunis, où je vous prie de les envoyer.
Je suis, Monsieur, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
115. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 2 d’avril 1660.
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 23 mars. Je loue Dieu de ce que vous avez reçu quatre cent quinze livres d’un côté, et huit cent quatre-vingt-quatre livres d’un autre qui sont ensemble mille cent vingt-neuf livres, des Pères de la Merci. Cette somme, avec les huit cent quatre-vingt-cinq livres reçues ci-devant par M. Le Vacher, à ce que vous me marquez, quoique sa quittance ne porte que huit cent soixante-dix-huit livres, les vingt livres que le Père Sérapion (1) dit avoir laissées à M. B[arreau] et les neuf livres que ces bons Pères nous ont promis, faisant en tout deux mille quatre cents livres à quoi monte l’avanie soufferte par le dit B[arreau] à leur occasion ; vous lui en tiendrez compte, s’il vous plaît.
Quoique vous ayez des commodités assurées pour envoyer de l’argent à Alger, je ne puis me résoudre de confier de nouvelles sommes au consul après la nouvelle perte qu’il a fait, par son imprudence, de deux mille huit cents écus, ainsi que je vous ai mandé. J’en ai la nouvelle de trop bonne part pour en douter, et puisqu’il outrepasse les ordres réitérés que je lui ai donnés, de n’employer jamais l’argent d’un esclave pour un autre, et de ne s’engager pour personne, ce serait lui donner occasion de faire de nouvelles fautes que de lui mettre de l’argent en main, tant il est enclin à l’employer autrement qu’il ne doit. Je pense donc, Monsieur, qu’il faut envoyer quelqu’un en
Lettre 115. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M. 1943-1944, p. 243-245.
1). Religieux de Notre-Dame de la Merci, arrivé à Alger en 1655 ; il semble avoir eu, dès le début des difficultés avec le frère Barreau, consul de France.
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Alger pour prendre connaissance certaine des dettes et en faire lui-même les paiements, des deniers qu’il apportera. M. Huguier (2) ferait bien cela, ce me semble, si vous pouviez mettre à sa place un des autres prêtres que vous avez, propre à faire ce qu’il fait.
Nous avons ici un frère qui avait été destiné pour Alger. Je vous prie de m’en écrire votre avis au plus tôt et cependant de différer l’envoi du secours que ces Messieurs demandent.
Je vous ai mandé qu’Edme Guillaume (3) est en cette ville et qu’il n’a pas reçu en Alger, ni à Marseille, les cent quatre-vingt-neuf (4) livres que sa sœur lui envoyait. Mais nous les lui avons rendues de deça, afin que cet argent-là soit envoyé et délivré à Jean Bègue (6), esclave en Alger. Je sais bien que le dit Guillaume a touché cinq ou six cents livres que vous lui avez fait tenir, il y a trois ou quatre ans, et c’est de cela qu’il s’est racheté, avec une trentaine de piastres que le Père Maturin lui a fournies, mais les dites cent quatre-vingt-neuf livres n’ont été envoyées à M. de Lespinay que depuis cinq ou six mois.
Je serais bien aise de savoir combien il y a que les Cordeliers ont été chassés de Marseille, et pourquoi ? Nous devons nous commettre à Dieu pour tout ce qu’il ordonnera de votre maison et de votre jardin.
Je me donne l’honneur d’écrire à Monseigneur de Montpellier par cet ordinaire, conformément à votre avis. Si vous avez occasion présente et assurée d’envoyer vingt écus en Alger à notre frère B [arreau] ou à M. Le Vacher, je vous prie de le faire pour les distribuer à François de Lestang, esclave, qui est de Paris, peu à peu, et non tout à la fois de peur que son patron ne croit qu’il est plus accommodé qu’il n’est pas. Vous en écrirez à un ou à l’autre. Vous prendrez ces vingt écus sur l’argent des quêtes, lesquels nous remplacerons la prochaine fois que nous vous enverrons quelque lettre de change.
Je suis, Monsieur, en l’amour de Notre-Seigneur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
2). Benjamin Huguier, Prêtre de la Mission, était alors à Toulon, exerçant son ministère auprès des forçats.
3). Esclave chrétien à Alger.
4). La copie porte ici mille huit cent quatre-vingt-dix livres ; ce chiffre énorme vient sans doute d’une faute de lecture, il est vraisemblable qu’il ne s’agit que de cent quatre-vingt-neuf livres (cf. lettre du 26 mars 1660, N° 102 de la présente édition).
5). La copie porte Jean Béguin, mais il est plus probable qu’il faut lire Bègue, c’est le nom d’un esclave qu’on trouve à plusieurs reprises mentionné dans la correspondance de Saint Vincent.
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116. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur a Marseille.
De Paris, ce 9 avril 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais.
J’ai reçu votre lettre du 30 [mars]. Puisque vous êtes d’avis d’envoyer à nos confrères d’Alger cinq ou six mille livres par la barque assurée qu’on prépare, j’en suis content et je vous prie de le faire pour remédier à leurs plus pressants besoins, nonobstant la faute du consul dont je vous ai parlé, et la résolution où nous sommes d’envoyer quelqu’un de delà pour éviter que l’argent se consomme inutilement.
Je vous ai déjà dit que je me suis donné l’honneur d’écrire à Monseigneur de Montpellier au sujet de votre demeure de Marseille, et comme je ne lui ai offert personne, à votre place j’attendrai sa réponse pour voir s’il est expédient de lui faire cette avance. Je suis en peine de l’indisposition de M. Parisy qui ne m’en a rien écrit, et bien aise que vous ayez prié M. Durand de l’aller voir, qui nous en mandera des nouvelles et qui nous fera peut-être savoir qu’elle sont les intentions de mondit Seigneur pour son séminaire et pour la Compagnie.
Nous avons reçu quatre écus blancs (1) pour un forçat de Toulon nommé Armand Duval. J’écris à M. Huguier qu’il les lui donne. Comme aussi au nommé Richard, sur la Fiesque, seize livres qu’on vient de nous apporter. On doit envoyer aujourd’hui, ou par le prochain ordinaire, une lettre de change de MM. Simonnet (2) de six cents livres pour deux esclaves qui sont en Alger, nommés Lafortune et Champagne ; c’est pour leurs petites nécessités. Si vous les recevez assez tôt, je vous prie de les envoyer en Alger par la première barque. Voici qu’on vous en écrit, et la lettre est dedans.
Je suis, en l’amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Lettre 116. — Copie tirée du "Recueil Nodet", publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944 p. 245.
1). L’écu d’argent (écu blanc) valait trois livres.
2). Banquiers de Paris dont il est plusieurs fois fait mention dans la correspondance de Saint Vincent.
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J’écris à MM. Le Vacher frères (3). Je vous prie d’envoyer à celui de Tunis par la première commodité, cent écus que nous avons reçus ici pour lui de Madame la comtesse de Tonnerre (4) pour remboursement de pareilles sommes qu’il a fournies à M. le Chevalier de Tonnerre. Je vous] es ferais tenir lorsque nous aurons quelqu’autre argent à vous remettre. Je mande à M. Le Vacher que nous les lui envoyons.
117. — A FIRMIN GET, Prêtre de la Mission, Supérieur à Marseille
De Paris, ce 16 avril 1660.
Monsieur,
La grâce de Notre-Seigneur soit avec nous pour jamais !
J’ai reçu votre lettre du 6 avec les paquets d’Alger et de Tunis. J’avais pensé que si la barque qui se préparait pour Alger y allait sans rien apporter à nos missionnaires, ils en seraient par trop affligés et peut-être incommodés, et pour cela je vous ai prié par ma dernière de leur envoyer seulement cinq ou six mille livres, en attendant que nous puissions envoyer quelqu’un de delà. Vous me mandez à présent que la barque a changé de dessein, sur le bruit qui court de l’armement, et il semble qu’en effet dans cette conjoncture, il est bon de suspendre toutes choses. Néanmoins, si vous avez occasion de leur faire tenir sûrement quelque secours, je laisse cela à votre prudence.
J’espère de vous envoyer par cet ordinaire une lettre de change de deux mille livres de MM. Simonnet sur MM. Napollon (1) dont les mille cinq cents livres sont pour la subsistance de ceux d’Alger ou
3). Philippe et son frère Jean Le Vacher. De Philippe il a déjà été question (lettre N° 52 de la présente édition, note 16), quant à Jean il est né à écouen, diocèse de Paris, en 1619, entré dans la Congrégation de la Mission eu 1643, ordonné prêtre en 1647, longtemps missionnaire à Tunis, il mourra (vraisemblablement en martyr), à Alger, en 1683.
4). Marie Vignier (1603-1679), épouse de François de Clermont, comte de Tonnerre, mère de Louis de Tonnerre, chevalier de Malte, capitaine de galère, pour lors esclave à Tunis.
Lettre 117. — Lettre signée. Original en possession (1953) de la T.H.M. Blanchot, Supérieure générale des Filles de la Charité. Lettre publiée avec la disposition et l’orthographe de l’original dans les Annales de la C.M., 1952, p. 511-512. Antérieurement cette lettre dont une copie fait partie du "Recueil Nodet" avait été publiée dans les Annales de la C.M., 1943-1944, p. 246-247. La comparaison entre ces deux textes nous permet de vérifier la confiance accordée aux copies du "Recueil Nodet" : la copie est substantiellement exacte, elle diverge de l’original sur des points de détail (conséquence évidente de quelques mauvaises lectures).
1). Jean et Louis Napollon, banquiers à Marseille ; comme celui de MM. Simonnet, leur nom revient souvent dans la correspondance de Saint Vincent.
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de Tunis, reçues de la ferme des coches de l’année passée. Si vous avez occasion de les envoyer à Tunis plutôt qu’Alger, vous le ferez, s’il vous plaît. Nous espérons recevoir bientôt du fermier les autres mille cinq cents livres, et alors nous vous les remettrons pour les faire tenir au lieu où vous n’aurez pas envoyé celles-ci. Pour les cinq cents livres de surplus voici à quoi vous les emploierez. Vous y prendrez, premièrement, trois cents livres que nous avons reçues ici de Madame la comtesse de Tonnerre et que je vous ai prié d’envoyer à M. Le Vacher de Tunis pour son remboursement de pareille somme qu’il a fournie au chevalier de Tonnerre. — Deuxièmement, vous y prendrez soixante livres que nous avons reçues ici pour François de Lestang, parisien, esclave à Alger, et les enverrez, s’il vous plaît, à M. Le Vacher J. ou au consul pour les lui distribuer peu à peu. — Troisièmement, vous y prendrez trente-trois livres que je vous prie d’envoyer aussi en Alger pour être délivrées à l’homme de chambre de M. le comte d’Insiquin, qui est un seigneur irlandais, fait esclave depuis peu avec M. son fils, et les deux jeunes hommes de condition, qui sont de Normandie, nommés Lafortune et Champagne, pour lesquels Madame la marquise de Nantouillet (2), mère du premier, vous envoya une lettre de change de six cents livres la semaine passée. Je donne connaissance à M. Le Vacher de toutes ces sommes et de leur destination. Et enfin vous prendrez sur les dites cinq cents livres, les cent sept livres qui restent en déduction de ce que nous vous devons, des avances faites aux forçats, dont je vous prie de nous envoyer le compte, où vous ferez mention desdites cent sept livres. J’écris à M. Huguier qu’il donne trente sols à Jacques Fournier, dit La Rivière, forçat sur la Saint-Dominique.
Je loue Dieu des missions que vous vous proposez de faire, je prie Notre-Seigneur qu’il les bénisse.
Prenez dans le coffre ce qu’il vous faudra pour la dépense de votre famille (3), nous le remplacerons, Dieu aidant. Tenez compte de tout.
Je suis en Notre-Seigneur, Monsieur, votre très humble serviteur.
VINCENS DEPAUL,
i.p.d.l.m.
Suscription : A Monsieur Monsieur Get, Supérieur des Prêtres de la Mission à Marseille.
2). Louise d’Aguesseau, seconde femme de Henri du Prat, marquis de Nantouillet.
3). Il s’agit évidemment ici des confrères composant la maison de Marseille.
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