Conservation et concours divin
Le monde ne subsiste qu'un instant parce que Dieu le maintient dans l'être à chaque instant.
Le concours divin et la cause seconde
Concursus divinus
Le concours divin
Le concours divin (concursus divinus) est la doctrine selon laquelle Dieu coopère à chaque action de chaque créature (Ia, q. 105). Non seulement Dieu conserve les créatures dans l'être, mais il concourt à chacune de leurs opérations. L'école thomiste parle de « prémotion physique » (praemotio physica) : Dieu premeut la cause seconde à agir avant que celle-ci n'agisse effectivement, une motion réelle, ontologique, qui actualise la puissance d'agir de la créature.
La conservation dans l'être
La conservation divine (conservatio in esse) désigne l'acte par lequel Dieu maintient à chaque instant toutes les créatures dans l'être (Ia, q. 104, a. 1). Les créatures n'ont pas l'être par elles-mêmes : si Dieu retirait son action conservatrice, elles cesseraient immédiatement d'exister, retournant instantanément au néant. Cette doctrine s'oppose au déisme, qui conçoit la création comme un acte ponctuel passé, à la manière d'un horloger fabriquant une horloge puis s'en retirant. Pour saint Thomas au contraire, la création est un acte permanent et toujours actuel, une création continuée (creatio continuata). Le principe fondateur est agere sequitur esse, l'agir suit l'être : toute créature agit dans la mesure où elle est en acte, or elle tient son être de Dieu à chaque instant, donc son agir même dépend du concours divin.
L'instrument et l'artisan
Saint Thomas compare la cause seconde à un instrument mû par l'artisan, comme une hache entre les mains du charpentier : la hache coupe réellement, mais elle est mue par le charpentier. La limite de cette analogie est que Dieu, contrairement au charpentier, ne se contente pas de mouvoir les causes secondes : Il leur donne l'être même et la capacité d'agir. Saint Thomas reproche à l'occasionalisme (doctrine que développera Malebranche) de nier la vraie causalité des créatures. Le thomisme affirme que les causes secondes sont de vraies causes, dotées d'une efficacité propre communiquée par Dieu. Le concours divin fonde la causalité créée sans la supprimer.
Cause première et causes secondes
Le rapport entre la Cause première et les causes secondes n'est pas de concurrence mais de subordination harmonieuse : les deux agissent simultanément, chacune à son niveau propre. Toute action créée est ainsi « doublement causée » : par la cause seconde et par la Cause première. Dieu gouverne le monde par des causes secondes plutôt que seul, parce qu'il est plus noble de communiquer le pouvoir d'agir que de tout faire soi-même. Quant au problème du mal, Dieu concourt au péché en tant qu'acte physique (ce que l'acte a de positif), mais non à son désordre moral, qui vient du défaut de la volonté créée et non de Dieu.
Dieu concourt à chaque action créée comme cause première ; les causes secondes sont de vraies causes, fondées par le concours divin.
Testez-vous : 14 questions
1. Que signifie la « conservation divine » selon saint Thomas d’Aquin ?
- Dieu protège du mal
- Dieu préserve du péché
- Dieu écarte les fléaux
- Dieu maintient l’existence
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Réponse : Dieu maintient l’existence
La conservatio in esse désigne l’acte par lequel Dieu maintient à chaque instant toutes les créatures dans l’être (ST I, q.104, a.1).
2. Que se passerait-il si Dieu retirait son action conservatrice ?
- Tout retourne au néant
- Tout subsiste par soi
- Les anges subsisteraient
- La matière se corromprait
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Réponse : Tout retourne au néant
Saint Thomas enseigne que les créatures n’ont pas l’être par elles-mêmes : sans la conservation divine, elles retourneraient instantanément au néant.
3. Qu’est-ce que le concursus divinus ?
- Concile œcuménique
- Dieu agit avec les causes
- Rivalité Dieu/homme
- Concurrence des créateurs
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Réponse : Dieu agit avec les causes
Le concours divin (concursus divinus) désigne la coopération active de Dieu, Cause première, à chaque opération des causes secondes créées (De Potentia, q.3).
4. Que reproche saint Thomas à l’occasionalisme (doctrine de Malebranche) ?
- Nie la causalité créée
- Confond Dieu et créatures
- Donne trop aux créatures
- Confond foi et raison
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Réponse : Nie la causalité créée
Pour saint Thomas, nier que les créatures soient de vraies causes revient à diminuer la perfection de l’univers créé. Dieu a voulu communiquer aux créatures la dignité d’être elles-mêmes causes.
5. Quel est le rapport exact entre la Cause première et les causes secondes dans l’action ?
- Simultanée, subordonnée
- Causes secondes d’abord
- Dieu remplace les secondes
- Cause première d’abord
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Réponse : Simultanée, subordonnée
Cause première et causes secondes ne sont pas en concurrence : elles coopèrent simultanément, les causes secondes étant subordonnées à la Cause première sans perdre leur causalité propre.
6. En quoi la doctrine de la conservation divine diffère-t-elle d’une vision déiste de la création ?
- Création toujours actuelle
- Acte ponctuel puis retrait
- Dieu ne garde que les âmes
- Aucune différence réelle
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Réponse : Création toujours actuelle
Le déisme voit Dieu comme un horloger qui fabrique le monde puis s’en retire. Pour saint Thomas, la création est un acte continuel : Dieu donne l’être à chaque instant, et la conservation est une création continuée (creatio continuata).
7. Comment l’analogie du charpentier et de la hache illustre-t-elle le rapport entre Dieu et les causes secondes, et quelle est sa limite ?
- Dieu donne aussi l’être
- Deux causes indépendantes
- Créatures sans causalité
- Dieu simple instrument
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Réponse : Dieu donne aussi l’être
L’analogie montre que la cause instrumentale (la hache) agit véritablement mais sous la motion de la cause principale (le charpentier). Sa limite est que Dieu dépasse infiniment le charpentier : Il ne se contente pas de mouvoir les causes secondes, Il leur donne l’être même et la capacité d’agir.
8. Quel principe thomiste fonde la nécessité du concours divin ?
- L’agir suit l’être reçu
- La matière fixe la forme
- L’effet contient la cause
- La foi précède la raison
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Réponse : L’agir suit l’être reçu
Le principe « l’agir suit l’être » (agere sequitur esse) signifie que toute créature agit dans la mesure où elle est en acte. Or, elle tient son être de Dieu à chaque instant. Donc son agir même dépend du concours divin : Dieu est la cause première de tout agir créé.
9. La « praemotio physica » est une motion ____ qui actualise la puissance d’agir de la créature.
- réelle
- morale
- symbolique
- finale
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Réponse : réelle
La praemotio physica (prémotion physique) est une motion réelle par laquelle Dieu actualise la puissance d’agir de la créature. Sans cette motion divine préalable, aucune cause seconde ne pourrait passer à l’acte.
10. Comment le concours divin se distingue-t-il de l’occasionnalisme de Malebranche ?
- Vraies causes secondes
- Dieu seul agit en tout
- La cause créée est niée
- Aucune différence réelle
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Réponse : Vraies causes secondes
L’occasionnalisme de Malebranche nie que les créatures soient de vraies causes : Dieu seul agirait, prenant « occasion » des événements créés. Le thomisme affirme que les causes secondes sont de vraies causes, dotées d’une efficacité propre communiquée par Dieu. Le concours divin fonde la causalité créée sans la supprimer.
11. Saint Thomas compare la cause seconde à :
- Instrument mû par l’artisan
- Automate déjà programmé
- Esclave sans volonté
- Miroir qui reflète
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Réponse : Instrument mû par l’artisan
Saint Thomas compare la cause seconde à un instrument entre les mains de l’artisan. Dieu est la cause première qui meut toute cause créée. La cause seconde agit réellement mais en vertu de la motion divine qui l’actualise.
12. Selon les théologiens classiques, Dieu concourt directement au désordre moral du péché.
- Vrai
- Faux
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Réponse : Faux
Erreur : Dieu, cause première, concourt à l’acte physique de l’agent (l’être) mais non au désordre moral, qui dépend exclusivement de la défaillance de la volonté créée (saint Thomas, Ia q.49).
13. Pourquoi Dieu gouverne-t-il le monde par des causes secondes plutôt que seul ?
- Dieu communique son agir
- Dieu se repose ensuite
- Causes secondes autonomes
- Dieu manque de puissance
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Réponse : Dieu communique son agir
Dieu gouverne le monde par des causes secondes parce qu’il est plus noble de communiquer le pouvoir d’agir que de tout faire soi-même. En associant les créatures à son gouvernement, Dieu manifeste sa générosité et la dignité qu’il accorde à sa création.
14. Toute action créée est « doublement causée ». Par quoi ?
- Cause seconde et première
- Matière et forme
- Intellect et volonté
- Essence et existence
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Réponse : Cause seconde et première
Toute action créée est doublement causée : par la cause seconde (l’agent créé qui agit selon sa nature) et par la cause première (Dieu, qui donne à la cause seconde d’être et d’agir). Ces deux causalités ne se concurrencent pas mais se compénètrent.
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