L'analogie dans les noms divins

Chapitre 28 : L'analogie de l'être · cours « Métaphysique » · 14 questions

Comment nommer Dieu sans le réduire aux créatures ni renoncer à en parler.

Des noms divins

Analogia Nominum Divinorum

Peut-on nommer Dieu ?

Pouvons-nous nommer Dieu ? Denys l'Aréopagite soutient que Dieu dépasse tout nom et tout concept. Maïmonide radicalise : tout attribut positif appliqué à Dieu serait une idolâtrie intellectuelle. Saint Thomas propose une synthèse dans la Prima Pars, question 13 de la Somme théologique : il refuse l'univocité (les noms ne signifient pas exactement la même chose pour Dieu et les créatures) et l'équivocité totale (sinon toute théologie s'effondre, car on ne pourrait rien affirmer ni nier de Dieu), et affirme l'analogie : les noms divins signifient véritablement une perfection qui est en Dieu, mais selon un mode qui dépasse infiniment notre compréhension.

Chose signifiée et mode de signifier

Pour analyser un nom divin, saint Thomas distingue deux aspects. La chose signifiée (res significata) est la perfection réelle (bonté, sagesse, être) que le nom désigne et qui se trouve en Dieu plus pleinement qu'en aucune créature. Le mode de signifier (modus significandi), en revanche, reste toujours lié à notre expérience finie : nous ne pouvons concevoir la bonté divine qu'à travers la bonté créée que nous connaissons. Ainsi les noms divins sont vrais quant à la chose signifiée, mais inadéquats quant au mode de signifier.

La triple voie

Saint Thomas enseigne une triple voie pour nommer Dieu.

  • La première est la voie de causalité (via causalitatis) : puisque Dieu a créé des êtres bons, sages et vivants, il possède lui-même ces perfections en tant que cause.
  • La deuxième est la voie de négation (via negationis) : elle purifie le concept en écartant de Dieu tout ce qui tient à la limitation créée ; la bonté divine n'est pas finie, pas composée, pas changeante.
  • La troisième est la voie d'éminence, qui affirme que ces perfections sont en Dieu à un degré infini.

Saint Thomas répond à Maïmonide que la voie négative seule ne suffit pas : sans affirmation analogique préalable (« Dieu est bon »), on ne saurait même pas quoi nier de Dieu.

Les modes de prédication

La logique classique distingue trois modes de prédication :

Aristote avait déjà posé le principe fondateur : « to on legetai pollachôs », « l'être se dit en plusieurs sens » (Métaphysique, IV, 2), ouvrant la voie à la doctrine de l'analogie.

L'analogie d'attribution fonctionne ainsi : un terme se dit principalement d'un premier analogué et secondairement des autres. L'exemple classique est la santé, qui se dit proprement du corps vivant et secondairement du remède (qui la cause), de l'urine (qui la signifie) et du teint (qui la manifeste). L'analogie de proportionnalité, quant à elle, établit une similitude de rapports : la bonté de Dieu est à l'être divin ce que la bonté de la créature est à l'être créé, sans que le concept soit ni univoque ni purement métaphorique.

Scot, Cajétan et la transcendance

Face à saint Thomas, Duns Scot soutient l'univocité de l'être : le concept d'être s'applique à Dieu et aux créatures dans un sens parfaitement identique. Pour Thomas, l'univocité nierait la transcendance divine. Le cardinal Thomas de Vio, dit Cajétan, a systématisé la doctrine thomiste de l'analogie dans son traité De nominum analogia (1498), distinguant trois types d'analogie : d'inégalité, d'attribution et de proportionnalité propre. Ainsi l'analogie permet de parler de Dieu réellement mais imparfaitement, en respectant à la fois sa transcendance et la capacité naturelle de la raison humaine.

Les noms divins sont vrais quant à la chose signifiée, mais inadéquats quant au mode de signifier : c'est l'analogie.

Testez-vous : 14 questions

1. Dans quelle question de la Somme théologique saint Thomas traite-t-il des noms divins ?

  • IIIa, question 1
  • Ia-IIae, question 90
  • Ia, question 2
  • Ia, question 13
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Réponse : Ia, question 13

Saint Thomas traite la question des noms divins dans la Prima Pars, question 13 de la Somme théologique. C’est là qu’il développe la doctrine de l’analogie appliquée au discours sur Dieu.

2. Que désigne la « chose signifiée » (res significata) dans un nom divin ?

  • La perfection visée en Dieu
  • Notre manière de concevoir
  • Le mot prononcé lui-même
  • L’image sensible jointe
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Réponse : La perfection visée en Dieu

La chose signifiée (res significata) est la perfection réelle (bonté, sagesse, être) que le nom divin désigne. Cette perfection est en Dieu plus pleinement qu’en aucune créature.

3. Quelle est la première étape de la triple voie pour nommer Dieu chez saint Thomas ?

  • La voie d’analogie
  • La voie de négation
  • La voie de causalité
  • La voie d’éminence
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Réponse : La voie de causalité

La voie de causalité (via causalitatis) est le point de départ : puisque Dieu a créé des êtres bons, sages, vivants, Il possède Lui-même ces perfections en tant que cause.

4. Pourquoi saint Thomas refuse-t-il l’équivocité totale des noms divins ?

  • La prière deviendrait vaine
  • Toute théologie s’effondre
  • Dieu serait comme nous
  • La révélation serait inutile
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Réponse : Toute théologie s’effondre

Si « bon » appliqué à Dieu n’avait aucun rapport avec « bon » appliqué à l’homme (équivocité), on ne pourrait rien affirmer ni nier de Dieu : toute théologie naturelle et révélée s’effondrerait.

5. Que fait la voie de négation (via negationis) dans la connaissance de Dieu ?

  • Établir la causalité divine
  • Écarter les limites créées
  • Démontrer la Trinité
  • Affirmer l’existence de Dieu
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Réponse : Écarter les limites créées

La voie de négation purifie le concept en écartant de Dieu tout ce qui tient à la limitation créée : la bonté divine n’est pas finie, pas composée, pas changeante.

6. Pourquoi le mode de signifier reste-t-il inadéquat même pour un nom vrai de Dieu ?

  • Concepts liés au fini
  • Les mots n’ont aucun sens
  • Dieu refuse d’être nommé
  • Raison corrompue par péché
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Réponse : Concepts liés au fini

Le mode de signifier (modus significandi) reste toujours lié à l’expérience finie et créée. Nous ne pouvons concevoir la bonté divine qu’à travers la bonté que nous connaissons dans les créatures. Nos concepts sont vrais mais inadéquats.

7. Saint Thomas répond à Maïmonide que la voie négative seule ne suffit pas. Pourquoi ?

  • Sans positif, on ne nie rien
  • La négation est fausse
  • Maïmonide ignorait tout
  • La Bible interdit la voie
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Réponse : Sans positif, on ne nie rien

Saint Thomas répond que la théologie négative présuppose une théologie positive : sans affirmation analogique préalable (Dieu est bon), on ne saurait même pas quoi nier de Dieu. La voie négative est nécessaire mais insuffisante seule.

8. Quels sont les trois modes de prédication distingués par la logique classique ?

  • même sens, autre, analogue
  • puissance, acte, privation
  • substance, accident, mode
  • genre, espèce, différence
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Réponse : même sens, autre, analogue

La logique classique distingue l’univocité (même sens), l’équivocité (sens totalement différent) et l’analogie (sens partiellement semblable et partiellement différent).

9. Que signifie la formule aristotélicienne « to on legetai pollachôs » ?

  • L’être se dit de plusieurs
  • L’être est un genre suprême
  • L’être ne dit que Dieu
  • L’être est un mot vide
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Réponse : L’être se dit de plusieurs

Cette formule célèbre d’Aristote (Métaphysique, IV, 2) signifie que l’être n’est pas un concept univoque : il se dit en plusieurs sens reliés entre eux, ce qui ouvre la voie à la doctrine de l’analogie.

10. Comment fonctionne l’analogie d’attribution ? Quel en est l’exemple classique ?

  • L’exemple de la santé
  • L’exemple de l’animalité
  • L’exemple du mot bélier
  • L’exemple de la proportion
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Réponse : L’exemple de la santé

Dans l’analogie d’attribution, la santé se dit proprement du corps vivant (premier analogué) et secondairement du remède (qui cause la santé), de l’urine (qui la signifie) et du teint (qui la manifeste).

11. Quelle est la position de Duns Scot sur la prédication de l’être ?

  • L’être nié de Dieu
  • L’être dit équivoquement
  • L’être dit analogiquement
  • L’être dit univoquement
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Réponse : L’être dit univoquement

Duns Scot soutient l’univocité de l’être : le concept d’être s’applique à Dieu et aux créatures dans un sens parfaitement identique. Pour lui, sans cette univocité, aucune connaissance naturelle de Dieu ne serait possible.

12. Quel théologien a systématisé la doctrine thomiste de l’analogie, et dans quelle œuvre ?

  • Suárez, Disputationes 1597
  • Bonaventure, Itinerarium
  • Vasquez, commentaires
  • Cajétan, De analogia 1498
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Réponse : Cajétan, De analogia 1498

Le cardinal Thomas de Vio, dit Cajétan, a systématisé la doctrine thomiste de l’analogie dans son traité De nominum analogia (1498), distinguant trois types d’analogie : d’inégalité, d’attribution et de proportionnalité propre.

13. Comment l’analogie de proportionnalité permet-elle de dire que Dieu est « bon » et que la créature est « bonne » ?

  • Rapport bonté/être analogue
  • Bonté divine métaphorique
  • Sens univoque entre eux
  • Bonté divine englobe tout
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Réponse : Rapport bonté/être analogue

L’analogie de proportionnalité établit une similitude de rapports : la bonté est réalisée en Dieu et dans la créature selon un rapport analogue à leur mode d’être respectif, sans que le concept soit ni univoque ni purement métaphorique.

14. Pourquoi Thomas refuse-t-il univocité et équivocité de l’être, préférant l’analogie entre Dieu et créatures ?

  • Analogie vraie, imparfaite
  • Correction grammaticale
  • Convention sans ontologie
  • Fidélité à Aristote
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Réponse : Analogie vraie, imparfaite

Si l’être était univoque, Dieu et la créature seraient du même ordre (ce qui nie la transcendance). Si l’être était équivoque, on ne pourrait rien dire de vrai sur Dieu à partir des créatures. L’analogie seule permet de parler de Dieu réellement mais imparfaitement, en respectant à la fois sa transcendance et la capacité naturelle de la raison humaine.

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Dans ce chapitre : L'analogie de l'être

  1. Analogie de proportion et de proportionnalité
  2. L'analogie dans les noms divins
  3. Univocité, équivocité et analogie
  4. L'analogie de l'être