L'analogie de l'être
Clé de voûte de la métaphysique thomiste : l'être se dit analogiquement, ni univoquement ni équivoquement.
Analogia Entis
La clé de la métaphysique
L'analogie de l'être est la clé de voûte de toute la métaphysique thomiste. Quand nous disons que Dieu « est » et que la pierre « est », employons-nous le mot « être » dans le même sens ? Si oui, Dieu serait un être parmi d'autres, ce qui est absurde. Si non, tout discours sur Dieu devient impossible, c'est l'agnosticisme. Saint Thomas résout cette difficulté par l'analogie : le mot « être » ne se dit ni univoquement ni équivoquement, mais analogiquement, selon une ressemblance proportionnelle.
Les deux formes d'analogie
Cette intuition fondamentale remonte à Aristote, qui notait déjà dans sa Métaphysique que « l'être se dit de multiples façons » (to on legetai pollachos). Saint Thomas reprend et approfondit cette observation en distinguant deux formes majeures d'analogie. L'analogie d'attribution relie un terme premier (l'analogué principal) à des termes dérivés : ainsi la santé se dit proprement de l'organisme vivant, mais l'urine est dite « saine » parce qu'elle est signe de santé, et le remède est dit « sain » parce qu'il est cause de santé. L'analogie de proportionnalité, plus subtile, établit un rapport entre des rapports : comme la vue est à l'œil, l'intellect est à l'âme. Ce n'est pas une comparaison entre choses, mais entre relations.
Les erreurs évitées
Sans l'analogie, affirmer que « Dieu est bon » conduirait à deux erreurs opposées : ou bien la bonté divine serait identique à la bonté humaine (univocité, qui mène à l'anthropomorphisme), ou bien le mot « bon » n'aurait aucun sens commun appliqué à Dieu (équivocité, qui mène à l'agnosticisme). Dans le monde créé lui-même, l'analogie est à l'œuvre : l'accident « est » en un sens dérivé par rapport à la substance, qui est l'être au sens premier et fondamental.
L'être se dit ni univoquement ni équivoquement, mais analogiquement : clé de voûte de la métaphysique thomiste.
Testez-vous : 7 questions
1. Selon saint Thomas, le mot « être » se dit de Dieu et de la créature de manière :
- Analogique
- Symbolique
- Équivoque
- Univoque
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Réponse : Analogique
Selon saint Thomas, le mot « être » se dit de Dieu et de la créature de manière analogique : ni univoque (même sens), ni équivoque (sens totalement différent), mais selon une proportion. L’être de la créature est une participation à l’Être divin.
2. Si le mot « être » se disait univoquement de Dieu et des créatures, quelle erreur en résulterait ?
- L’agnosticisme
- L’anthropomorphisme
- Le fidéisme
- Le panthéisme
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Réponse : L’anthropomorphisme
Si « être » se disait univoquement de Dieu et des créatures (dans un sens identique), Dieu serait réduit à un être parmi d’autres, comparable aux créatures. C’est l’anthropomorphisme : projeter sur Dieu nos catégories finies comme si elles Lui convenaient identiquement.
3. Quel philosophe grec a remarqué que « l’être se dit de multiples façons » ?
- Parménide
- Héraclite
- Platon
- Aristote
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Réponse : Aristote
Aristote a montré que l’être se dit de multiples façons (pollachôs legetai) : substance, accident, acte, puissance, etc.
4. Dans l’analogie d’attribution, l’urine est dite « saine » parce qu’elle est :
- Saine par elle-même
- Signe de santé
- Bien composée
- Source de pureté
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Réponse : Signe de santé
Dans l’analogie d’attribution, un terme se dit principalement d’un sujet (l’animal sain) et secondairement des autres en référence à lui. L’urine est dite « saine » non parce qu’elle possède la santé, mais parce qu’elle en est le signe.
5. L’analogie de proportionnalité établit un rapport entre :
- Des rapports
- Des noms
- Des accidents
- Des substances
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Réponse : Des rapports
L’analogie de proportionnalité n’établit pas un rapport direct entre deux termes, mais un rapport entre des rapports : la vue est à l’oeil ce que l’intelligence est à l’âme. C’est un rapport de rapports, non une simple comparaison.
6. Sans l’analogie, dire que « Dieu est bon » mènerait à :
- Un dogme nouveau
- Deux erreurs opposées
- Un progrès théologique
- Une certitude
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Réponse : Deux erreurs opposées
Sans l’analogie, « Dieu est bon » serait soit univoque (anthropomorphisme) soit équivoque (agnosticisme) : deux erreurs opposées.
7. L’accident « est » en un sens dérivé par rapport à la ____.
- substance
- relation
- quantité
- qualité
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Réponse : substance
L’accident n’existe pas par soi : il « est » toujours en une substance (la blancheur est dans le mur, la taille est dans l’homme). Son être est dérivé de celui de la substance. C’est un cas fondamental d’analogie : « être » ne se dit pas de la même façon pour la substance et pour l’accident.
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