Univocité, équivocité et analogie

Chapitre 28 : L'analogie de l'être · cours « Métaphysique » · 15 questions

Les trois modes de prédication et la position médiane de l'analogie.

Saint Thomas d'Aquin

Univocitas et Analogia

Trois cas de signification

Quand un mot est employé pour désigner plusieurs choses, trois cas se présentent : l'univocité (même sens exact), l'équivocité (mêmes sons, sens sans rapport), et l'analogie (rapport réel entre les significations selon des modes différents). La tradition thomiste insiste : l'univocité convient aux genres et aux espèces, mais elle est impossible pour l'être.

Scot contre Thomas

Duns Scot soutenait l'univocité de l'être (l'être se dit dans le même sens de Dieu et des créatures). Saint Thomas maintient l'analogie : si « être » signifiait exactement la même chose pour Dieu et pour la pierre, Dieu serait un être parmi d'autres, ce qui compromettrait sa transcendance. L'analogie préserve à la fois la communauté (on peut parler de Dieu) et la différence (Dieu dépasse infiniment notre concept d'être). L'équivocité pure, en revanche, rendrait tout discours sur Dieu impossible, puisque « être » appliqué à Dieu n'aurait plus rien de commun avec « être » appliqué aux créatures. Un exemple classique d'équivocité est le mot « canon », qui désigne à la fois une arme et une règle ecclésiastique sans aucun rapport réel entre ces deux sens.

Participation et attribution

Les créatures possèdent l'être par participation : elles reçoivent leur être de Dieu, qui seul est l'Être par essence (Ipsum Esse Subsistens). Dans l'analogie d'attribution, le terme s'applique en premier lieu à un sujet principal appelé premier analogué : ainsi « sain » se dit d'abord du corps vivant, puis du remède et de l'urine par rapport à cette santé première. Cajétan, dans son traité De nominum analogia (1498), a systématisé la doctrine thomiste en distinguant l'analogie d'inégalité (un même terme avec des degrés d'intensité différents) et l'analogie de proportionnalité. Gilson et Fabro ont proposé une interprétation complémentaire, privilégiant l'analogie d'attribution et la notion de participation. L'analogie demeure nécessaire pour parler de Dieu, car Dieu transcende tout concept univoque : elle est la voie royale de la métaphysique thomiste.

L'analogie est la voie moyenne entre univocité (identité) et équivocité (rupture) : elle sauve la transcendance et l'intelligibilité.

Testez-vous : 15 questions

1. Comment appelle-t-on le mode de prédication où un mot signifie exactement la même chose pour tous ses sujets ?

  • L’univocité
  • L’équivocité
  • La synonymie
  • L’analogie
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Réponse : L’univocité

L’univocité est le mode de prédication selon lequel un terme signifie exactement la même chose pour tous ses sujets. « Animal » se dit du chien et de l’homme selon une définition identique.

2. Quel penseur franciscain soutenait que « être » est un concept univoque applicable à Dieu et aux créatures ?

  • Roger Bacon
  • Guillaume d’Ockham
  • Duns Scot
  • Saint Bonaventure
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Réponse : Duns Scot

Duns Scot, franciscain du XIIIe siècle, soutenait que « être » est un concept univoque applicable à Dieu comme aux créatures. Saint Thomas rejette cette position car elle détruirait la transcendance divine.

3. Pourquoi l’être ne peut-il pas être un genre selon saint Thomas ?

  • Différences seraient des êtres
  • Il n’a pas de définition
  • Il est trop abstrait
  • Il échappe à la raison
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Réponse : Différences seraient des êtres

Si « être » était un genre, il faudrait le diviser par des différences qui ne seraient pas des êtres, ce qui est absurde, car tout ce qui est est un être. L’être transcende les catégories et les genres.

4. Que se passerait-il si « être » était un terme purement équivoque appliqué à Dieu et aux créatures ?

  • On ne dirait rien de Dieu
  • On prouverait la Trinité
  • Dieu serait pleinement connu
  • On démontrerait Dieu exact
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Réponse : On ne dirait rien de Dieu

Si « être » appliqué à Dieu n’avait rien de commun avec « être » appliqué aux créatures, tout discours métaphysique sur Dieu serait impossible. L’équivocité pure détruit l’intelligibilité.

5. Pourquoi l’univocité de l’être détruirait-elle la transcendance divine ?

  • Dieu rangé parmi les êtres
  • Les créatures, infinies
  • Dieu serait inconnaissable
  • L’être disparaîtrait
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Réponse : Dieu rangé parmi les êtres

Si « être » se disait univoquement de Dieu et de la pierre, ils partageraient le même concept d’être. Dieu serait alors un étant parmi d’autres, inscrit dans un genre commun, ce qui détruit sa transcendance absolue.

6. L’analogie maintient deux choses à la fois. Lesquelles ?

  • Communauté et différence
  • La matière et la forme
  • La cause et l’effet
  • Identité totale, négation
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Réponse : Communauté et différence

L’analogie affirme une communauté réelle (la créature participe à l’être) tout en maintenant une différence irréductible (la créature n’est pas l’Être subsistant). C’est la voie moyenne.

7. Le mot « canon » désignant à la fois une arme et une règle ecclésiastique est un exemple de :

  • Univocité
  • Métaphore
  • Analogie
  • Équivocité
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Réponse : Équivocité

« Canon » désignant une arme et une règle ecclésiastique est un cas d’équivocité (pure homonymie) : les deux significations n’ont aucun rapport réel entre elles, c’est un hasard linguistique.

8. Comment les créatures possèdent-elles l’être selon saint Thomas ?

  • Par nécessité
  • Par participation
  • Par essence
  • Par accident
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Réponse : Par participation

Les créatures ont l’être par participation : elles reçoivent leur être de Dieu, qui seul est l’Être par essence.

9. Qu’est-ce qu’un « premier analogué » dans l’analogie d’attribution ?

  • Sujet visé en premier
  • Synonyme exact du terme
  • Sujet le plus récent
  • Sujet le moins important
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Réponse : Sujet visé en premier

Le premier analogué est le sujet principal : « sain » se dit d’abord du corps (premier analogué), puis du remède et de l’urine.

10. Comment Gilson et Fabro interprètent-ils l’analogie thomiste ?

  • par la voie négative seule
  • par la proportionnalité
  • par l’univocité scotiste
  • par attribution participée
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Réponse : par attribution participée

Gilson et Fabro privilégient l’analogie d’attribution et la notion de participation, s’écartant de l’interprétation de Cajétan.

11. Qu’est-ce que l’analogie d’inégalité selon Cajétan ?

  • sens totalement différents
  • terme appliqué à Dieu seul
  • degrés d’intensité variés
  • application identique
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Réponse : degrés d’intensité variés

L’analogie d’inégalité : un même terme s’applique avec des degrés d’intensité différents selon les sujets.

12. Pourquoi l’analogie est-elle nécessaire pour parler de Dieu ?

  • il reste inconnaissable
  • le langage est équivoque
  • il est comme les créatures
  • il dépasse tout concept
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Réponse : il dépasse tout concept

L’analogie est nécessaire car Dieu transcende tout concept univoque : on ne peut parler de Dieu comme d’une créature.

13. Quel traité de Cajétan systématise la doctrine de l’analogie ?

  • De Veritate
  • De nominum analogia
  • De ente et essentia
  • Summa contra Gentiles
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Réponse : De nominum analogia

Le De nominum analogia (1498) de Cajétan est le traité de référence sur la doctrine thomiste de l’analogie.

14. Le terme « être » se dit analogiquement de Dieu et des créatures.

  • Vrai
  • Faux
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Réponse : Vrai

Le terme « être » ne se dit pas de la même manière (univoquement) de Dieu et des créatures, ni de manière totalement différente (équivoquement). Il se dit analogiquement : proportionnellement semblable, mais selon un mode infiniment différent.

15. Un terme utilisé dans un sens partiellement semblable et partiellement différent est dit ____.

  • analogue
  • univoque
  • équivoque
  • synonyme
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Réponse : analogue

Un terme analogue s’applique à des réalités différentes selon un rapport de proportionnalité. « Être » dit de Dieu et des créatures n’est ni univoque (même sens) ni équivoque (sens totalement différent) mais analogue : partiellement semblable, partiellement différent.

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Dans ce chapitre : L'analogie de l'être

  1. Analogie de proportion et de proportionnalité
  2. L'analogie dans les noms divins
  3. Univocité, équivocité et analogie
  4. L'analogie de l'être