L'enthymème et les topiques

Chapitre 1 : Les principes de la rhétorique · cours « Rhétorique » · 8 questions

L'enthymème et les topiques d'Aristote : les outils logiques qui fondent toute argumentation.

Aristote

Enthymema et Topica

L'enthymème

Aristote appelle l'enthymème « le corps de la preuve » en rhétorique. C'est un syllogisme raccourci dont on omet une prémisse, parce que l'auditoire la connaît déjà. Au lieu de dire: « Tout homme est mortel; Socrate est un homme; donc Socrate est mortel », l'orateur dit simplement: « Socrate est mortel, car il est homme. » La prémisse manquante est si évidente que la nommer alourdirait le discours. L'enthymème est plus persuasif que le syllogisme complet car il fait participer l'auditeur au raisonnement: en retrouvant lui-même la prémisse manquante, celui-ci s'approprie la conclusion et y adhère plus fortement.

Les topiques

Les topiques sont les lieux où l'orateur puise ses arguments. Aristote identifie cinq topiques communs, lieux universels utilisables dans tout type d'argumentation: le possible et l'impossible, le fait passé, le fait futur, la grandeur (le plus et le moins), et l'exemple. Parmi les topiques particuliers, le témoignage, ou argument d'autorité, fait appel aux Pères de l'Église, aux Écritures saintes et aux conciles. En rhétorique sacrée, l'autorité scripturaire et patristique a une valeur probante supérieure au raisonnement humain. La comparaison, ou analogie, est un autre topique puissant qui rapproche deux réalités pour éclairer l'une par l'autre: les paraboles du Christ en sont l'exemple parfait.

L'éthos de l'orateur

L'éthos de l'orateur, sa crédibilité, repose sur un triptyque qu'Aristote décrit avec précision. La phronèsis, ou sagesse pratique, désigne la compétence et le bon jugement: l'auditoire fait confiance à celui qui montre qu'il comprend la situation et sait de quoi il parle. L'arétè est la vertu morale perçue de l'orateur, sa droiture. Enfin, l'eunoia est la bienveillance envers l'auditoire: le public se laisse persuader plus volontiers s'il sent que l'orateur veut sincèrement son bien. Ces trois composantes forment le triptyque de la crédibilité oratoire.

L'enthymème est un syllogisme raccourci, les topiques sont les lieux où l'orateur puise ses arguments

Testez-vous : 8 questions

1. Comment Aristote appelle-t-il l’enthymème par rapport à la rhétorique ?

  • Le corps de la preuve
  • L’âme du discours
  • La forme du raisonnement
  • Le cœur de l’élocution
Voir la réponse

Réponse : Le corps de la preuve

Aristote appelle l’enthymème « le corps de la preuve » (sôma tès pisteôs) en rhétorique. L’enthymème (syllogisme abrégé qui omet une prémisse) est le mode de raisonnement central de l’art oratoire, comme le syllogisme complet l’est de la logique. Toute la force argumentative du discours repose sur des enthymèmes bien construits.

2. Quelle est la différence principale entre un syllogisme complet et un enthymème ?

  • Une prémisse est omise
  • L’enthymème n’a pas de fin
  • Le syllogisme est plus court
  • L’enthymème a quatre termes
Voir la réponse

Réponse : Une prémisse est omise

La différence principale entre un syllogisme complet et un enthymème est que l’enthymème omet une prémisse. Le syllogisme complet explicite les deux prémisses et la conclusion (« Tous les hommes sont mortels ; Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel »). L’enthymème saute une prémisse évidente, laissant l’auditeur la compléter mentalement.

3. Combien y a-t-il de topiques communs (lieux universels de l’argumentation) ?

  • Trois
  • Dix
  • Cinq
  • Sept
Voir la réponse

Réponse : Cinq

Aristote identifie cinq topiques communs (lieux universels) utilisables dans tout type d’argumentation : le possible et l’impossible, le fait passé, le fait futur, la grandeur (plus et moins), et l’exemple. Ces lieux fournissent des cadres de raisonnement applicables à n’importe quel sujet.

4. Quel topique commun fait appel aux Pères, aux Écritures et aux conciles ?

  • La comparaison
  • La circonstance
  • La définition
  • Le témoignage
Voir la réponse

Réponse : Le témoignage

Le topique du témoignage (ou argument d’autorité) fait appel aux Pères de l’Église, aux Écritures saintes et aux conciles comme sources de preuves. En rhétorique sacrée, l’autorité scripturaire et patristique a une valeur probante supérieure au raisonnement humain. Le prédicateur qui cite l’Écriture ne donne pas son opinion : il transmet la Parole de Dieu.

5. Comment s’appelle la composante de l’ethos qui désigne la sagesse pratique de l’orateur ?

  • L’eunoia
  • La phronesis
  • Le pathos
  • L’arete
Voir la réponse

Réponse : La phronesis

La phronesis (sagesse pratique, prudence) est la composante de l’éthos qui désigne la compétence et le bon jugement de l’orateur. L’auditoire fait confiance à celui qui montre qu’il comprend bien la situation, qu’il sait de quoi il parle et qu’il peut juger sainement. Avec l’arétè (vertu) et l’eunoia (bienveillance), elle forme le triptyque de la crédibilité.

6. Quelle composante de l’ethos désigne la bienveillance de l’orateur envers son auditoire ?

  • L’eunoia
  • Le logos
  • L’arete
  • La phronesis
Voir la réponse

Réponse : L’eunoia

L’eunoia (bienveillance) est l’une des trois composantes de l’éthos selon Aristote, avec l’arétè (vertu) et la phronèsis (compétence/sagesse pratique). L’eunoia désigne la bienveillance de l’orateur envers son auditoire : le public est plus enclin à se laisser persuader s’il sent que l’orateur veut sincèrement son bien.

7. Pourquoi l’enthymème est-il plus persuasif que le syllogisme complet ?

  • il a plus de prémisses
  • l’auditeur le complète
  • il est trop long
  • il rejette le vrai
Voir la réponse

Réponse : l’auditeur le complète

L’enthymème est un syllogisme abrégé qui omet une prémisse, laissant l’auditeur la compléter mentalement. Il est plus persuasif que le syllogisme complet parce qu’il fait participer l’auditeur au raisonnement : en retrouvant lui-même la prémisse manquante, l’auditeur s’approprie la conclusion et y adhère plus fortement.

8. Quel topique consiste à rapprocher deux réalités, comme dans les paraboles du Christ ?

  • La définition
  • Le témoignage
  • La comparaison
  • La circonstance
Voir la réponse

Réponse : La comparaison

La comparaison (ou analogie) est un topique qui rapproche deux réalités pour éclairer l’une par l’autre. Les paraboles du Christ en sont l’exemple parfait : « Le Royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé… » La comparaison rend accessible une vérité abstraite en la reliant à une expérience concrète et familière.

Faites cette leçon dans Apôtre : les questions en mode interactif, votre progression, des rappels pour ne rien oublier. Gratuit, sans publicité. Commencer la leçon ›

Dans ce chapitre : Les principes de la rhétorique

  1. Bienvenue en Rhétorique
  2. Origines et nature de la rhétorique
  3. Éthos, Logos, Pathos
  4. L'enthymème et les topiques
  5. Le pathos : les émotions selon Aristote
  6. Érasme et l'Éloge de la Folie