Le pathos : les émotions selon Aristote
Le pathos selon Aristote : comprendre et manier les émotions pour persuader justement.
Le pathos, les émotions selon Aristote
Pathos
La carte des passions
Le pathos, troisième moyen de persuasion, ne se réduit pas à « jouer sur les émotions ». Aristote, dans le livre II de la Rhétorique, analyse sept paires d'émotions opposées que l'orateur doit connaître intimement : colère et calme, amour et haine, crainte et confiance, honte et impudence, bienveillance et malveillance, pitié et indignation, envie et émulation. Pour chaque émotion, il étudie trois choses : l'état d'esprit de celui qui la ressent, les personnes envers qui elle est dirigée, et les occasions qui la provoquent. Le prédicateur qui connaît cette carte des passions humaines peut toucher les cœurs sans les manipuler.
L'insinuatio et l'émulation
Parmi les techniques du pathos, l'une des plus subtiles est l'insinuatio, cet exorde indirect que l'orateur emploie lorsque l'auditoire lui est hostile ou prévenu contre sa thèse. Plutôt que d'affirmer brutalement sa position, il commence par trouver un terrain d'entente, captant la bienveillance avant de conduire progressivement les esprits vers la vérité. L'exemple le plus admirable se trouve dans les Actes des Apôtres (chapitre 17) : saint Paul, devant l'Aréopage d'Athènes, ne commence pas par condamner l'idolâtrie des Grecs, mais par louer leur piété (« Je vois que vous êtes en tout point les plus religieux des hommes ») avant de leur révéler le Dieu inconnu. C'est une insinuatio parfaite. Aristote distingue par ailleurs deux passions souvent confondues : l'émulation, en grec zèlos, et l'envie, en grec phthonos. L'émulation est une noble tristesse qui pousse celui qui la ressent à imiter le bien qu'il voit chez autrui et à s'élever vers la même excellence. L'envie, au contraire, voudrait voir disparaître le bien de l'autre. L'une élève, l'autre détruit. Enfin, les maîtres de rhétorique enseignent que le pathos est particulièrement efficace au début et à la fin du discours (dans l'exorde pour capter l'attention et dans la péroraison pour emporter la décision), tandis que le corps du discours fait davantage appel au logos et aux preuves rationnelles. Il serait erroné de considérer que l'appel aux émotions constitue toujours un sophisme : lorsqu'il est ordonné à la vérité et proportionné à son objet, le pathos est un instrument légitime et même nécessaire de la persuasion.
Sept paires d'émotions (colère/calme, crainte/confiance, pitié/indignation…) : l'orateur les connaît pour toucher les cœurs sans les manipuler
Testez-vous : 7 questions
1. Combien de paires d’émotions opposées Aristote analyse-t-il dans sa Rhétorique ?
- Trois
- Cinq
- Sept
- Douze
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Réponse : Sept
Dans le livre II de sa Rhétorique, Aristote analyse sept paires d’émotions opposées : colère/calme, amitié/haine, crainte/assurance, honte/impudence, bienveillance/malveillance, pitié/indignation, envie/émulation. Cette cartographie des passions permet à l’orateur de comprendre quels leviers émotionnels utiliser pour chaque situation.
2. Pour chaque émotion, Aristote étudie trois dimensions. Laquelle n’en fait PAS partie ?
- La couleur associée
- Les personnes visées
- Les occasions qui causent
- L’état de celui qui ressent
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Réponse : La couleur associée
Pour chaque émotion, Aristote étudie trois dimensions : la disposition de celui qui éprouve l’émotion, l’objet contre (ou envers) lequel elle est dirigée, et les circonstances qui la provoquent. « La couleur associée » n’en fait pas partie : c’est une invention qui n’a rien à voir avec l’analyse aristotélicienne des passions.
3. Comment appelle-t-on un exorde indirect, utilisé quand l’auditoire est hostile ?
- La captatio
- L’insinuatio
- L’exorde direct
- L’apostrophe
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Réponse : L’insinuatio
L’insinuatio est un exorde indirect, utilisé quand l’auditoire est hostile, prévenu ou fatigué. Au lieu d’annoncer frontalement son sujet, l’orateur entre obliquement : il commence par des points de convergence, des concessions ou des anecdotes, pour désarmer les résistances avant d’aborder le cœur de son propos. C’est une stratégie de captatio benevolentiae détournée.
4. Saint Paul devant l’Aréopage (Ac 17) commence par louer la piété des Athéniens. Quelle technique emploie-t-il ?
- Le modus tollens
- L’insinuatio
- L’antithèse
- L’anaphore
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Réponse : L’insinuatio
Devant l’Aréopage d’Athènes (Ac 17, 22-31), saint Paul commence par louer la piété des Athéniens : « Je vois que vous êtes en tout point très religieux. » Il emploie l’insinuatio, exorde indirect qui commence par un point de convergence avec l’auditoire hostile ou indifférent pour gagner sa bienveillance avant d’annoncer le Christ ressuscité.
5. Quelle est la différence entre l’émulation (zèlos) et l’envie (phthonos) selon Aristote ?
- L’émulation imite le bien
- L’envie est plus forte
- L’émulation est un péché
- Aucune différence
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Réponse : L’émulation imite le bien
L’émulation (zèlos) veut imiter le bien d’autrui, tandis que l’envie (phthonos) veut le détruire, selon Aristote.
6. À quels moments du discours le pathos est-il le plus efficace ?
- Au début et à la fin
- Dans la narration des faits
- Au milieu seulement
- À chaque phrase
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Réponse : Au début et à la fin
Selon Aristote, le pathos est le plus efficace au début et à la fin du discours. L’exorde capte l’attention et crée une disposition émotionnelle favorable ; la péroraison récapitule et frappe un grand coup émotionnel pour emporter la décision. Le corps du discours, lui, repose davantage sur le logos (argumentation rationnelle).
7. L’appel aux émotions (pathos) est toujours un sophisme en rhétorique.
- Vrai
- Faux
Voir la réponse
Réponse : Faux
C’est faux. L’appel aux émotions (pathos) n’est pas toujours un sophisme. Aristote le reconnaît comme l’un des trois modes légitimes de persuasion, avec l’éthos et le logos. Les émotions (crainte, pitié, espérance, indignation) sont des réponses naturelles de l’âme humaine. Le sophisme ne réside pas dans l’émotion elle-même mais dans son usage trompeur.
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Dans ce chapitre : Les principes de la rhétorique
- Bienvenue en Rhétorique
- Origines et nature de la rhétorique
- Éthos, Logos, Pathos
- L'enthymème et les topiques
- Le pathos : les émotions selon Aristote
- Érasme et l'Éloge de la Folie