La causalité instrumentale

Chapitre 12 : La causalité · cours « Métaphysique » · 15 questions

L'instrument agit en vertu de l'agent principal : clef de la théologie sacramentelle.

Saint Thomas d'Aquin

La causalité

De causalitate

Les quatre causes

La doctrine des quatre causes constitue le fondement de la philosophie naturelle d'Aristote. La métaphysique thomiste l'approfondit en distinguant la cause per se (essentielle) de la cause per accidens (accidentelle). La cause per se produit son effet en vertu de sa nature propre : le feu chauffe par sa nature même de feu. La cause per accidens produit un effet non lié à sa nature de cause : un musicien qui bâtit une maison en est cause per accidens, car bâtir ne relève pas de l'art musical.

Le premier moteur

Le principe fondamental « quidquid movetur ab alio movetur » (tout ce qui est mû est mû par un autre) est le point de départ de la prima via de saint Thomas. Rien ne peut se mouvoir soi-même, car cela supposerait d'être simultanément en puissance et en acte sous le même rapport.

Deux séries causales

Ce principe conduit à distinguer deux types de séries causales.

  • Dans une série essentiellement ordonnée (per se), chaque cause intermédiaire dépend actuellement de la cause supérieure pour exercer sa causalité : la main meut le bâton qui meut la pierre, et le bâton ne meut que tant que la main agit. La régression à l'infini y est impossible, car sans cause première actuelle, aucune cause intermédiaire ne pourrait agir.
  • Dans une série accidentellement ordonnée (per accidens), chaque cause possède sa causalité propre indépendamment : un père engendre un fils qui engendre un petit-fils, sans que le père ait besoin d'agir encore. Thomas admet qu'une telle série pourrait être infinie, tout en rejetant l'infinité dans la série essentielle.

La causalité instrumentale

Cette distinction est décisive pour la causalité instrumentale. L'instrument agit non par sa vertu propre seule, mais en tant qu'il est mû par la cause principale. Saint Thomas nomme virtus instrumentalis la vertu transitoire que l'instrument reçoit de l'agent principal tant qu'il est mû par lui. Cette vertu élève l'instrument au-dessus de sa capacité naturelle : lorsque le sculpteur pose le ciseau, celui-ci n'exerce plus la causalité artistique. L'instrument possède ainsi une double causalité : sa causalité propre (le ciseau coupe la pierre) et une causalité participée reçue de l'agent principal (le ciseau donne la forme artistique voulue). La causalité finale, elle, ne relève pas de l'instrument mais de l'intention de l'agent.

L'humanité du Christ est l'instrument conjoint de la divinité, car elle est unie au Verbe dans l'unité de la personne divine. Les sacrements sont des instruments séparés : l'eau du baptême, par exemple, n'efface pas les péchés par sa nature propre, mais en vertu de la motion divine qu'elle reçoit. Dieu agit par les causes secondes sans que sa toute-puissance soit diminuée : les créatures agissent réellement comme causes instrumentales, mais en dépendance de Dieu comme cause principale. Ainsi Thomas évite l'occasionnalisme, qui nie toute causalité créée, comme le déisme, qui nie l'action continue de Dieu.

Dans une série causale essentiellement ordonnée, la régression à l'infini est impossible : il faut une Cause première.

Testez-vous : 15 questions

1. Qu’est-ce qui distingue la cause instrumentale de la cause principale ?

  • Mû par la cause principale
  • L’instrument est naturel
  • L’instrument n’agit pas
  • La principale est seconde
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Réponse : Mû par la cause principale

La cause instrumentale agit non pas en vertu de sa propre forme mais en vertu de la motion qu’elle reçoit de la cause principale. Le ciseau n’a pas en lui l’art de la sculpture.

2. Comment saint Thomas appelle-t-il la vertu transitoire reçue par l’instrument ?

  • L’habitus operativus
  • L’actus primus
  • La virtus instrumentalis
  • La causa formalis
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Réponse : La virtus instrumentalis

La virtus instrumentalis est la vertu transitoire, un influx que l’instrument reçoit de l’agent principal tant qu’il est mû. Elle élève l’instrument au-dessus de sa capacité naturelle.

3. En théologie sacramentelle, qu’est l’eau du baptême selon saint Thomas ?

  • Un simple symbole
  • Instrument de la grâce
  • La cause principale
  • Cause seulement seconde
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Réponse : Instrument de la grâce

L’eau du baptême est un instrument : elle agit non pas en vertu de sa nature propre (l’eau ne peut effacer les péchés par elle-même) mais en vertu de la motion divine qu’elle reçoit. Dieu est la cause principale.

4. Le ciseau du sculpteur possède une double causalité. Laquelle n’en fait pas partie ?

  • La cause finale
  • La cause propre
  • La cause participée
  • La cause matérielle
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Réponse : La cause finale

L’instrument a une double causalité : sa causalité propre (le ciseau coupe) et une causalité participée, reçue de l’agent principal (le ciseau donne forme artistique). La causalité finale ne relève pas de l’instrument mais de l’intention de l’agent.

5. Pourquoi l’humanité du Christ est-elle appelée « instrument conjoint » de la divinité ?

  • Unie au Verbe en personne
  • Sans causalité propre
  • Elle agit seule sans Dieu
  • Séparée de la divinité
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Réponse : Unie au Verbe en personne

L’humanité du Christ est l’instrument conjoint de sa divinité parce qu’elle est unie au Verbe dans l’unité de la personne divine. C’est par sa nature humaine que le Verbe accomplit les miracles et distribue la grâce.

6. La virtus instrumentalis est-elle permanente dans l’instrument ?

  • Transitoire et reçue
  • Elle est permanente
  • Innée dans l’outil
  • Permanente aux sacrements
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Réponse : Transitoire et reçue

La virtus instrumentalis est une vertu transitoire : l’instrument la reçoit tant qu’il est mû par l’agent principal. Quand le sculpteur pose le ciseau, celui-ci n’exerce plus la causalité artistique.

7. Un stylo écrit un poème. Qui est la cause principale du poème ?

  • Le poète
  • L’encre
  • Le papier
  • Le stylo
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Réponse : Le poète

Le poète est la cause principale : c’est lui qui possède l’art poétique et qui communique au stylo (instrument) un mouvement ordonné à l’écriture du poème. Le stylo a sa causalité propre (tracer des lignes) mais le contenu poétique vient de l’agent principal.

8. La cause instrumentale agit en vertu de la cause principale qui la meut.

  • Vrai
  • Faux
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Réponse : Vrai

C’est exact. La cause instrumentale (le pinceau du peintre, la plume de l’écrivain) agit en vertu de la cause principale qui la meut. Elle produit un effet supérieur à sa propre nature grâce à l’influx de la cause principale.

9. Une cause qui agit non par sa propre vertu mais en étant mue par un agent supérieur est une cause ____.

  • instrumentale
  • principale
  • finale
  • formelle
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Réponse : instrumentale

La cause instrumentale agit non par sa propre vertu mais en étant mue par un agent supérieur. Le marteau n’a pas en lui-même le pouvoir de bâtir une maison : il agit comme instrument du maçon, cause principale.

10. Quelle est la différence entre une cause per se et une cause per accidens ?

  • Per se : par nature propre
  • Per se divine, autre non
  • Per se éternelle, autre non
  • Per se sur la substance
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Réponse : Per se : par nature propre

Le feu chauffe per se car cela relève de sa nature. Le musicien qui bâtit une maison en est cause per accidens car bâtir ne relève pas de l’art musical.

11. Que signifie le principe « quidquid movetur ab alio movetur » ?

  • Tout mû l’est par autre
  • Tout mouvement a une fin
  • Tout existant est créé
  • Tout tend vers une fin
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Réponse : Tout mû l’est par autre

Ce principe fondamental signifie que rien ne peut se mouvoir soi-même, car cela supposerait d’être simultanément en puissance et en acte sous le même rapport. C’est le point de départ de la prima via de saint Thomas.

12. Pourquoi la régression à l’infini est-elle impossible dans une série causale essentiellement ordonnée ?

  • Sans Premier, rien n’agirait
  • L’infini choque la raison
  • Toute cause s’épuise en acte
  • L’infini n’est pas en acte
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Réponse : Sans Premier, rien n’agirait

Dans une série per se ordonnée, chaque cause intermédiaire n’agit que comme instrument de la cause supérieure. Sans cause première actuelle, aucune cause intermédiaire ne pourrait agir : la série s’effondrerait tout entière.

13. Quelle est la différence entre une série causale essentiellement ordonnée et une série accidentellement ordonnée ?

  • dépendance per se en acte
  • Substance contre accident
  • Série finie contre infinie
  • Temporelle contre éternelle
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Réponse : dépendance per se en acte

Exemple de série per se : la main meut le bâton qui meut la pierre, et le bâton ne meut que tant que la main agit. Exemple de série per accidens : un père engendre un fils qui engendre un petit-fils, et le père n’a pas besoin d’agir pour que le fils engendre.

14. Pourquoi Thomas admet-il l’infini dans une série causale accidentelle, mais le rejette dans une série essentielle ?

  • Causalité propre ou prêtée
  • Limite naturelle observée
  • Décret divin sur l’infini
  • Temporel contre spatial
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Réponse : Causalité propre ou prêtée

Dans une série per accidens, chaque membre possède sa propre capacité causale (le fils engendre indépendamment du grand-père). Mais dans une série per se, la causalité de chaque membre est empruntée actuellement : sans premier terme, tout le reste est privé de causalité.

15. Comment la distinction entre cause principale et cause instrumentale évite-t-elle occasionnalisme et déisme ?

  • créatures comme instruments
  • lois posées puis abandon
  • créatures simples occasions
  • cause divine seule réelle
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Réponse : créatures comme instruments

Thomas évite l’occasionnalisme (qui nie la causalité créée) et le déisme (qui nie l’action continue de Dieu). La cause instrumentale agit réellement (le pinceau étale la couleur), mais elle tire sa motion de la cause principale. Ainsi Dieu et les créatures sont co-causes à des niveaux différents.

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Dans ce chapitre : La causalité

  1. Les types de causes per se et per accidens
  2. La causalité instrumentale
  3. Impossibilité du regressus in infinitum