La charité comme forme des vertus : l'amour du prochain et l'aumône (II-II, q. 23, a. 8 ; q. 30-33)

Chapitre 8 : L'amitié et la charité · cours « Éthique » · 8 questions

Aimer le prochain, faire l'aumône, pardonner.

Saint Thomas d'Aquin

Forma Virtutum

La forme des vertus

La charité est la « forme de toutes les vertus » (forma virtutum). Elle ordonne chaque vertu à sa fin ultime, Dieu, et lui donne sa perfection. Sans la charité, justice, tempérance et force restent des vertus imparfaites ; avec elle, tout acte vertueux devient un acte d'amour de Dieu (II-II, q. 23, a. 8). C'est pourquoi les vertus morales acquises par les païens vertueux, si louables soient-elles, demeurent imparfaites : n'étant pas ordonnées à la fin dernière par la charité, elles n'atteignent pas leur plénitude.

Amour de Dieu et du prochain

Saint Jean écrit : « Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur » (1 Jn 4, 20). L'amour de Dieu et l'amour du prochain sont inséparables : on ne peut aimer Dieu qu'on ne voit pas si l'on n'aime pas le frère que l'on voit. La charité ne rend pas la justice inutile : elle la présuppose et l'accomplit en la dépassant par l'amour. Rendre à chacun son dû est le minimum ; la charité pousse à donner au-delà de ce qui est strictement exigé.

L'ordre de la charité

Saint Thomas enseigne un « ordre de la charité » (ordo caritatis) : après Dieu, nous devons d'abord nous aimer nous-mêmes d'un amour bien ordonné, car on ne peut donner ce que l'on ne possède pas. Vient ensuite l'amour du prochain, qui se traduit concrètement par la miséricorde, dont l'acte propre est de compatir à la misère d'autrui et d'y remédier. Cette miséricorde s'exerce par l'aumône, que saint Thomas distingue en aumône corporelle (nourrir, vêtir, héberger) et aumône spirituelle (instruire, corriger, consoler). L'aumône spirituelle surpasse de soi la corporelle, car elle touche l'âme immortelle et procure un bien plus durable que le secours matériel.

Cet amour concret se traduit dans les œuvres de miséricorde, notamment l'aumône, corporelle (nourrir, vêtir, héberger) et spirituelle (instruire, corriger, consoler), par laquelle le chrétien soulage la misère du prochain.

Testez-vous : 8 questions

1. Que signifie dire que la charité est la « forme de toutes les vertus » ?

  • Elle les remplace
  • Elle les affaiblit
  • Elle les supprime
  • Elle les ordonne à Dieu
Voir la réponse

Réponse : Elle les ordonne à Dieu

La charité est « forme des vertus » car elle ordonne toutes les autres vertus à la fin ultime qu’est Dieu.

2. Selon saint Jean, celui qui dit aimer Dieu mais qui hait son frère est un :

  • Menteur
  • Sage
  • Ignorant
  • Prophète
Voir la réponse

Réponse : Menteur

Saint Jean enseigne que celui qui hait son frère tout en prétendant aimer Dieu est un menteur (1 Jn 4, 20).

3. Saint Thomas distingue deux sortes d’aumône : l’aumône corporelle et l’aumône :

  • Publique
  • Financière
  • Politique
  • Spirituelle
Voir la réponse

Réponse : Spirituelle

L’aumône spirituelle (conseil, enseignement, prière) complète l’aumône corporelle dans l’exercice de la charité.

4. Selon saint Thomas, la charité rend-elle la justice inutile, puisqu’elle la dépasse ?

  • Oui, elle la remplace
  • Oui, elle l’efface
  • Non, elle l’ignore
  • Non, elle la requiert
Voir la réponse

Réponse : Non, elle la requiert

La charité ne rend pas la justice inutile : elle la présuppose et l’accomplit en la dépassant par l’amour.

5. Selon saint Thomas, les vertus morales acquises par les païens vertueux sont-elles de « vraies vertus » sans la charité ?

  • Imparfaites seulement
  • Totalement fausses
  • Pleinement parfaites
  • Absolument nulles
Voir la réponse

Réponse : Imparfaites seulement

Sans la charité, les vertus morales restent imparfaites car elles ne sont pas ordonnées à la fin dernière.

6. Saint Thomas enseigne que la miséricorde est un effet de la charité. Quel est son acte propre ?

  • Fuir le monde
  • Commander avec autorité
  • Compatir à la misère
  • Juger les pécheurs
Voir la réponse

Réponse : Compatir à la misère

La miséricorde est un effet de la charité dont l’acte propre est de compatir à la misère d’autrui et d’y remédier.

7. Saint Thomas enseigne un « ordre de la charité » (ordo caritatis). Qui devons-nous aimer en premier après Dieu ?

  • Les plus pauvres
  • Nous-mêmes
  • Nos ennemis
  • Les étrangers
Voir la réponse

Réponse : Nous-mêmes

L’ordo caritatis place après Dieu l’amour de soi bien ordonné, car on ne peut donner ce qu’on ne possède pas.

8. Selon saint Thomas, l’aumône spirituelle est-elle supérieure à l’aumône corporelle ?

  • Supérieure de soi
  • L’inverse
  • Elles sont égales
  • Selon les époques
Voir la réponse

Réponse : Supérieure de soi

L’aumône spirituelle (conseil, instruction, prière) surpasse de soi la corporelle car elle touche l’âme immortelle.

Faites cette leçon dans Apôtre : les questions en mode interactif, votre progression, des rappels pour ne rien oublier. Gratuit, sans publicité. Commencer la leçon ›

Dans ce chapitre : L'amitié et la charité

  1. L'amitié selon Aristote : nature, conditions et nécessité (Éthique à Nicomaque, VIII)
  2. La charité comme perfection de l'amitié : saint Thomas et Aelred de Rievaulx
  3. Saint Thomas et l'amitié avec Dieu : la charité comme amicitia (II-II, q. 23)
  4. La charité comme forme des vertus : l'amour du prochain et l'aumône (II-II, q. 23, a. 8 ; q. 30-33)
  5. Aelred de Rievaulx : l'amitié spirituelle (De Spiritali Amicitia)