Saint Thomas et l'amitié avec Dieu : la charité comme amicitia (II-II, q. 23)

Chapitre 8 : L'amitié et la charité · cours « Éthique » · 9 questions

L'amitié avec Dieu selon la Somme théologique.

Saint Thomas d'Aquin

Caritas Amicitia

La charité comme amitié

Le coup de génie de saint Thomas est d'avoir appliqué la notion aristotélicienne d'amitié à la relation entre l'homme et Dieu. Dans la Somme théologique (II-II, q. 23, a. 1), il pose la question : la charité est-elle une amitié ? Et il répond oui, en montrant qu'elle remplit toutes les conditions requises :

La grâce comble l'écart

Aristote pensait qu'une véritable amitié entre les dieux et les hommes était impossible, tant la distance entre eux semblait infranchissable. Saint Thomas renverse cette objection : la grâce divine comble l'écart infini entre le Créateur et la créature, rendant possible une amitié réelle et non métaphorique. La charité n'est pas un habitus naturel que l'homme acquiert par ses propres efforts ou par la répétition d'actes vertueux : c'est une vertu théologale infuse directement par Dieu dans l'âme au moment du baptême, puis nourrie par les sacrements et la prière.

Charité et bienveillance

Saint Thomas distingue soigneusement la charité de la simple bienveillance. La bienveillance consiste à vouloir du bien à quelqu'un, même de loin. La charité, elle, ajoute à la bienveillance l'union affective : c'est un lien d'amitié réciproque qui unit véritablement l'âme à Dieu et au prochain. Par la charité, le fidèle n'est plus seulement serviteur mais ami de Dieu, selon la parole du Christ : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jn 15, 15).

Croissance et communion

Cette vertu peut croître indéfiniment dans l'âme : il n'y a pas de limite à l'amour de Dieu en cette vie, et chaque acte de charité dispose l'âme à en recevoir davantage. Mais le péché mortel la détruit entièrement, car il détourne l'homme de sa fin dernière qu'est Dieu. Enfin, la charité ne se limite pas aux vivants d'ici-bas : elle s'étend à tous ceux qui sont en état de grâce (les fidèles sur terre, les âmes du purgatoire et les bienheureux du ciel), formant ainsi la communion des saints dans un unique lien d'amour.

Par la charité, l'homme devient non seulement serviteur mais ami de Dieu : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jn 15, 15).

Testez-vous : 9 questions

1. Selon saint Thomas, sur quelle « communication » se fonde l’amitié entre l’homme et Dieu ?

  • Les biens matériels
  • La béatitude divine
  • La science humaine
  • Le plaisir sensible
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Réponse : La béatitude divine

Pour saint Thomas, la charité est une amitié fondée sur la communication de la béatitude divine à l’homme.

2. Quel verset de l’Évangile de saint Jean montre que le Christ appelle ses disciples « amis » et non plus « serviteurs » ?

  • Jean 3, 16
  • Jean 1, 1
  • Jean 15, 15
  • Jean 20, 28
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Réponse : Jean 15, 15

En Jean 15, 15 le Christ dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis », fondant l’amitié divine.

3. La charité est-elle un habitus naturel que l’homme acquiert par ses propres efforts ?

  • Par l’exercice
  • Par le seul mérite
  • Par la philosophie
  • Elle est infuse
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Réponse : Elle est infuse

La charité est une vertu infuse par Dieu dans l’âme : aucun effort humain ne peut la produire par lui-même.

4. Aristote pensait que l’amitié entre les dieux et les hommes était impossible à cause de la trop grande distance. Que répond saint Thomas ?

  • Aristote avait raison
  • L’homme s’élève seul
  • L’amitié est inutile
  • La grâce comble l’écart
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Réponse : La grâce comble l’écart

Saint Thomas répond qu’avec la grâce, Dieu comble la distance et rend possible une vraie amitié avec l’homme.

5. Selon saint Thomas, la charité peut-elle croître dans l’âme du fidèle ?

  • Oui, indéfiniment
  • Non, seulement au baptême
  • Oui, jusqu’à un maximum
  • Non, elle est fixe
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Réponse : Oui, indéfiniment

La charité peut croître indéfiniment dans l’âme : il n’y a pas de limite à l’amour de Dieu en cette vie.

6. Selon saint Thomas, par quel péché la charité est-elle détruite dans l’âme ?

  • L’imperfection morale
  • Le péché véniel
  • La simple tentation
  • Le péché mortel
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Réponse : Le péché mortel

Le péché mortel détruit la charité dans l’âme en détournant l’homme de sa fin dernière qu’est Dieu.

7. Saint Thomas distingue la charité de la simple bienveillance (benevolentia). Quelle est la différence essentielle ?

  • L’objet matériel
  • L’union affective
  • Le nombre d’actes
  • La durée du temps
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Réponse : L’union affective

La charité dépasse la bienveillance par l’union affective : c’est un lien d’amitié réciproque avec Dieu et le prochain.

8. Selon saint Thomas, la charité s’étend-elle aussi aux âmes du purgatoire et aux bienheureux du ciel ?

  • Oui, à tous en grâce
  • Non, aux vivants seuls
  • Oui, au ciel seulement
  • Oui, aux saints canonisés
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Réponse : Oui, à tous en grâce

La charité s’étend à tous ceux qui sont en grâce : fidèles sur terre, âmes du purgatoire et saints du ciel.

9. Saint Thomas définit la charité comme une ____ entre l’homme et Dieu.

  • amitié
  • obligation
  • crainte
  • alliance
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Réponse : amitié

Saint Thomas définit la charité comme une amitié entre l’homme et Dieu, fondée sur la grâce sanctifiante.

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Dans ce chapitre : L'amitié et la charité

  1. L'amitié selon Aristote : nature, conditions et nécessité (Éthique à Nicomaque, VIII)
  2. La charité comme perfection de l'amitié : saint Thomas et Aelred de Rievaulx
  3. Saint Thomas et l'amitié avec Dieu : la charité comme amicitia (II-II, q. 23)
  4. La charité comme forme des vertus : l'amour du prochain et l'aumône (II-II, q. 23, a. 8 ; q. 30-33)
  5. Aelred de Rievaulx : l'amitié spirituelle (De Spiritali Amicitia)