L'amitié selon Aristote : nature, conditions et nécessité (Éthique à Nicomaque, VIII)

Chapitre 8 : L'amitié et la charité · cours « Éthique » · 16 questions

L'ami est un autre soi-même (Éthique VIII).

Aristote

De Amicitia

La nature de l'amitié

« Sans amis, personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens » : cette affirmation d'Aristote (Éthique à Nicomaque, VIII, 1) montre l'importance capitale de l'amitié (philia) dans la vie morale. Aristote consacre deux livres entiers de l'Éthique à Nicomaque (les livres VIII et IX) à l'analyse de l'amitié, signe de la place éminente qu'elle occupe dans sa pensée. L'amitié n'est pas un simple sentiment, mais un habitus stable, une vertu (ou du moins ce qui accompagne la vertu). Aristote pose trois conditions essentielles de l'amitié : la bienveillance mutuelle (eunoia), la réciprocité reconnue (antiphilia) et un fondement stable qui unit les amis. L'amitié implique une vie commune (suzèn), un « vivre ensemble » qui se manifeste dans le partage des activités, des pensées et des joies. Aristote va jusqu'à dire qu'il faut « partager le sel » ensemble pour se connaître véritablement : l'amitié demande du temps et une fréquentation assidue.

Les trois espèces d'amitié

Aristote distingue trois espèces d'amitié selon leur motif : l'amitié fondée sur l'utile, celle fondée sur le plaisir, et celle fondée sur la vertu. Les deux premières sont fragiles, car elles dépendent d'un avantage ou d'un agrément passagers. Seule l'amitié vertueuse est véritable et durable, car elle repose sur le bien stable de la vertu : les amis s'aiment pour eux-mêmes et pour le bien qu'ils reconnaissent l'un en l'autre. C'est pourquoi les gens âgés et les gens austères sont peu portés à l'amitié selon Aristote : étant peu agréables, la fréquentation qui nourrit l'amitié leur est plus difficile.

L'ami, un autre soi-même

Au livre IX, Aristote désigne l'ami comme « un autre soi-même » (heteros autos) : aimer son ami, c'est en quelque sorte retrouver en l'autre ce qu'il y a de meilleur en soi. L'amitié parfaite suppose donc un juste rapport à soi-même : l'égoïste, qui n'aime pas le vrai bien en lui-même, est incapable d'aimer véritablement autrui. Aimer son ami, c'est vouloir son bien pour lui-même.

De Cicéron à Aelred

La réflexion antique sur l'amitié ne se limite pas à Aristote. Cicéron, dans son traité De Amicitia, définit l'amitié comme un accord parfait sur toutes les choses divines et humaines, uni à la bienveillance et à l'affection. Au XIIe siècle, le moine cistercien Aelred de Rievaulx reprend la doctrine de Cicéron et la transpose dans un cadre chrétien dans son De Spirituali Amicitia, montrant que l'amitié véritable est un chemin vers Dieu.

L'amitié parfaite suppose donc d'abord un juste rapport à soi-même.

Testez-vous : 16 questions

1. Selon Aristote, l’amitié est-elle un simple sentiment passager ou un habitus stable ?

  • Un devoir légal
  • Un instinct naturel
  • Un sentiment passager
  • Un habitus stable
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Réponse : Un habitus stable

Pour Aristote, l’amitié est un habitus stable, une disposition ferme, et non un simple sentiment passager.

2. Quelle célèbre phrase d’Aristote ouvre son traité de l’amitié au livre VIII de l’Éthique ?

  • Le bonheur est divin
  • La vertu est un milieu
  • Nul ne vit sans amis
  • L’homme est un animal
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Réponse : Nul ne vit sans amis

Aristote ouvre le livre VIII par : « Sans amis, nul ne choisirait de vivre », soulignant la nécessité de l’amitié.

3. Quelles sont les trois conditions essentielles de l’amitié selon Aristote ?

  • Force, beauté, richesse
  • Plaisir, utilité, devoir
  • Bienveillance, retour, lien
  • Vertu, science, foi
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Réponse : Bienveillance, retour, lien

Aristote exige trois conditions : bienveillance mutuelle, réciprocité reconnue et un lien fondé sur le bien.

4. Comment Aristote appelle-t-il l’ami dans un passage célèbre du livre IX de l’Éthique ?

  • Un maître de vertu
  • Un frère de sang
  • Un compagnon d’armes
  • Un autre soi-même
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Réponse : Un autre soi-même

Aristote appelle l’ami « un autre soi-même » (heteros autos), soulignant l’intimité de l’amitié vertueuse.

5. Selon Aristote, l’amitié peut-elle exister sans réciprocité ?

  • Parfois à demi
  • Toujours
  • Elle l’exige
  • Entre sages
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Réponse : Elle l’exige

L’amitié exige la réciprocité selon Aristote : sans bienveillance mutuelle, il n’y a que bienveillance unilatérale.

6. Aristote insiste sur la nécessité d’une « vie commune » (suzèn) entre amis. Que signifie cette exigence ?

  • Habiter ensemble
  • Avoir mêmes biens
  • Partager les activités
  • Être de même famille
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Réponse : Partager les activités

Le suzèn (vivre ensemble) signifie partager activités et conversations, condition de l’amitié selon Aristote.

7. Aristote pose que l’amitié parfaite suppose un juste rapport à soi-même. Pourquoi l’égoïste ne peut-il pas être un vrai ami ?

  • Il manque de science
  • Il n’aime pas le bien
  • Il évite le plaisir
  • Il aime trop autrui
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Réponse : Il n’aime pas le bien

L’égoïste n’aime pas le vrai bien en lui-même : il ne peut être ami car l’amitié exige l’amour du bien de l’autre.

8. Aristote enseigne que les gens âgés et les gens austères sont peu portés à l’amitié. Quelle raison donne-t-il ?

  • Ils sont trop jeunes
  • Ils manquent de raison
  • Ils sont peu agréables
  • Ils sont trop vertueux
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Réponse : Ils sont peu agréables

Les gens âgés et austères sont peu agréables, ce qui rend la fréquentation et l’amitié plus difficiles.

9. Combien de livres de l’Éthique à Nicomaque Aristote consacre-t-il à l’amitié ?

  • Deux
  • Un seul
  • Trois
  • Quatre
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Réponse : Deux

Aristote consacre deux livres entiers (VIII et IX) de l’Éthique à Nicomaque à l’analyse de l’amitié.

10. Combien d’espèces d’amitié Aristote distingue-t-il selon leur motif ?

  • Cinq
  • Trois
  • Deux
  • Quatre
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Réponse : Trois

Aristote distingue trois espèces d’amitié selon leur motif : l’utile, le plaisir et la vertu.

11. Quel auteur romain a écrit le traité « De Amicitia » (De l’amitié), œuvre majeure sur ce thème ?

  • Cicéron
  • Sénèque
  • Virgile
  • Tite-Live
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Réponse : Cicéron

Cicéron a écrit le De Amicitia, traité majeur sur l’amitié fondée sur la vertu et le bien commun.

12. Selon Aristote, laquelle des trois espèces d’amitié est la seule véritable et durable ?

  • Toutes sont égales
  • Celle de l’utile
  • Celle de la vertu
  • Celle du plaisir
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Réponse : Celle de la vertu

L’amitié vertueuse est la seule véritable et durable car elle est fondée sur le bien stable de la vertu.

13. Quelle est la célèbre définition de l’amitié par Cicéron dans le « De Amicitia » ?

  • Échange de services
  • Accord sur tout, divin
  • Alliance politique
  • Plaisir partagé
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Réponse : Accord sur tout, divin

Cicéron définit l’amitié comme un accord parfait sur les choses divines et humaines, uni à la bienveillance.

14. Aristote enseigne qu’une condition fondamentale de l’amitié est la réciprocité. Pourquoi est-elle nécessaire ?

  • Proximité physique
  • Égalité de rang
  • Bienveillance mutuelle
  • Intérêt partagé
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Réponse : Bienveillance mutuelle

La réciprocité est nécessaire car l’amitié requiert une bienveillance mutuelle et reconnue entre les amis.

15. Quel moine cistercien du XIIe siècle a écrit le « De Spirituali Amicitia », transposant la doctrine de Cicéron dans un cadre chrétien ?

  • Hugues de Saint-Victor
  • Bernard de Clairvaux
  • Aelred de Rievaulx
  • Pierre Lombard
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Réponse : Aelred de Rievaulx

Aelred de Rievaulx, cistercien du XIIe siècle, transpose Cicéron dans un cadre chrétien dans le De Spirituali Amicitia.

16. Quelle expression Aristote emploie-t-il pour signifier qu’une amitié vraie exige du temps partagé ?

  • Boire le vin
  • Sceller un pacte
  • Partager le sel
  • Rompre le pain
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Réponse : Partager le sel

Aristote dit qu’il faut « partager le sel » pour se connaître : l’amitié exige du temps et une vie partagée.

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Dans ce chapitre : L'amitié et la charité

  1. L'amitié selon Aristote : nature, conditions et nécessité (Éthique à Nicomaque, VIII)
  2. La charité comme perfection de l'amitié : saint Thomas et Aelred de Rievaulx
  3. Saint Thomas et l'amitié avec Dieu : la charité comme amicitia (II-II, q. 23)
  4. La charité comme forme des vertus : l'amour du prochain et l'aumône (II-II, q. 23, a. 8 ; q. 30-33)
  5. Aelred de Rievaulx : l'amitié spirituelle (De Spiritali Amicitia)