La connaissance intellectuelle

Chapitre 16 : La connaissance intellectuelle · cours « Métaphysique » · 7 questions

Comment l'esprit humain saisit l'universel à partir du particulier sensible.

Saint Thomas d'Aquin

Cognitio Intellectualis

Des sens à l'intellect

La connaissance intellectuelle humaine commence toujours par les sens : « Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu », rien n'est dans l'intellect qui n'ait d'abord été dans les sens. L'homme n'a pas d'idées innées : il naît comme une « tablette vierge » (tabula rasa) sur laquelle l'expérience sensible vient s'inscrire. Le processus central est l'abstraction : l'intellect agent illumine les phantasmes de l'imagination pour en dégager la forme intelligible universelle (species intelligibilis).

Les trois opérations de l'esprit

Saint Thomas distingue trois opérations fondamentales de l'esprit humain, qui structurent tout l'édifice de la connaissance. La première est l'appréhension simple : l'intellect saisit l'essence d'une chose sans rien affirmer ni nier ; il conçoit, par exemple, ce qu'est un « arbre » ou un « homme ». La deuxième opération est le jugement, par lequel l'intellect compose ou divise, c'est-à-dire affirme ou nie quelque chose d'un sujet : « cet arbre est vert », « Socrate n'est pas un cheval ». C'est dans le jugement, et dans le jugement seul, que résident la vérité et la fausseté, car la vérité consiste dans l'adéquation de l'intellect à la chose. La troisième opération est le raisonnement, par lequel l'esprit passe d'une vérité connue à une vérité inconnue, enchaînant les jugements en syllogismes.

Le verbe intérieur

Le fruit de l'appréhension simple est le concept, que saint Thomas appelle verbum mentis : le verbe intérieur, la parole silencieuse de l'esprit. Ce concept intérieur produit par l'intellect n'est pas un simple mot : c'est la forme intelligible même de la chose, conçue dans l'acte de comprendre. Or, bien que toute connaissance commence par les sens et dépende des phantasmes (ces images sensibles conservées dans l'imagination), l'intellect humain dépasse infiniment les sens. Il atteint l'universel là où les sens ne perçoivent que le particulier, le nécessaire là où les sens ne saisissent que le contingent, l'immatériel là où les sens restent prisonniers de la matière. C'est ainsi que l'homme, enraciné dans le sensible, peut s'élever jusqu'à la contemplation des réalités les plus hautes.

Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu : rien n'est dans l'intellect qui n'ait d'abord été dans les sens

Testez-vous : 7 questions

1. Selon la théorie thomiste, par quoi commence toute connaissance humaine ?

  • Par les sens
  • Par la raison pure
  • Par des idées innées
  • Par l’illumination divine
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Réponse : Par les sens

Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu : toute connaissance intellectuelle humaine commence par l’expérience sensible. L’homme naît comme une tabula rasa, sans idées innées.

2. Qu’est-ce que l’abstraction dans la théorie de la connaissance thomiste ?

  • L’universel tiré du sensible
  • Séparation de l’âme
  • Vue des idées divines
  • Division en espèces
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Réponse : L’universel tiré du sensible

L’abstraction est le processus par lequel l’intellect agent extrait la forme intelligible universelle (species intelligibilis) des phantasmes particuliers, en séparant l’essence des conditions matérielles individuantes.

3. Quelles sont les trois opérations de l’esprit selon saint Thomas ?

  • Saisie, jugement, raison
  • Mémoire, esprit, volonté
  • Intuition et déduction
  • Sens, image, intellection
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Réponse : Saisie, jugement, raison

Les trois opérations de l’intellect sont : l’appréhension simple (saisie d’une essence), le jugement (affirmation ou négation), et le raisonnement (passage d’une vérité à une autre, comme le syllogisme).

4. Qu’est-ce que le « verbum mentis » ?

  • concept formé en l’esprit
  • parole dite à voix haute
  • texte de l’Écriture sainte
  • définition d’une chose
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Réponse : concept formé en l’esprit

Le verbe mental (verbum mentis) est l’expression intérieure de la chose connue, produit par l’intellect possible une fois informé par la species intelligibilis. C’est une similitude spirituelle de la chose, non une image matérielle.

5. Dans quelle opération de l’esprit réside la vérité ou la fausseté ?

  • Dans l’appréhension simple
  • Dans le jugement
  • Dans le raisonnement
  • Dans la mémoire pure
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Réponse : Dans le jugement

C’est dans le jugement (composition et division) que réside la vérité ou la fausseté, car c’est là que l’intellect affirme ou nie un prédicat d’un sujet. L’appréhension simple ne fait que saisir une essence sans rien affirmer.

6. Que sont les « phantasmes » dans la théorie thomiste de la connaissance ?

  • Images de l’imagination
  • Illusions du démon
  • Concepts universels
  • Formes intelligibles reçues
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Réponse : Images de l’imagination

Les phantasmes sont les images sensibles conservées par l’imagination en l’absence de l’objet perçu. L’intellect agent les « illumine » pour en abstraire la species intelligibilis universelle.

7. Comment l’intellect humain peut-il dépasser les sens alors qu’il en dépend pour commencer ?

  • L’universel et l’immatériel
  • Illumination divine directe
  • Méditation sans les sens
  • Illuminations angéliques
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Réponse : L’universel et l’immatériel

Les sens ne connaissent que le particulier concret. L’intellect, par l’abstraction, atteint les essences universelles, les premiers principes nécessaires et même, par analogie, une certaine connaissance de Dieu, dépassant ainsi immensément l’ordre sensible.

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Dans ce chapitre : La connaissance intellectuelle

  1. La connaissance intellectuelle
  2. L'abstraction
  3. Le verbe mental et le concept
  4. La connaissance de soi et des singuliers