La connaissance de soi et des singuliers
L'esprit peut-il se connaître lui-même ? Peut-il atteindre le singulier concret ?
Cognitio Sui
La connaissance des singuliers
Si l'intellect humain connaît d'abord l'universel par abstraction, comment peut-il connaître les singuliers concrets ? L'objet propre de l'intellect est la quiddité saisie par abstraction des conditions individuantes ; or le singulier est précisément ce qui est individualisé par la matière. Saint Thomas (Ia, q. 86) répond : l'intellect connaît les singuliers indirectement (per quamdam reflexionem), en retournant vers les phantasmes dont il a abstrait l'universel. C'est la reflexio ad phantasmata : l'intellect se tourne vers les images sensibles d'où il a tiré le concept pour rejoindre la réalité singulière.
Deux niveaux de connaissance de soi
La connaissance que l'âme a d'elle-même obéit à une logique analogue. Saint Thomas distingue deux niveaux de connaissance de soi. Le premier est immédiat : la perception de son propre acte de penser. En pensant, je sais que je pense, c'est une conscience actuelle qui accompagne chaque opération intellectuelle. Le second niveau est plus profond : la connaissance de la nature même de l'âme. Celle-ci n'est pas donnée par une intuition directe de l'essence. L'âme se connaît par ses actes, et ses actes par leurs objets. C'est en connaissant les choses extérieures que l'intellect découvre ensuite, par réflexion, sa propre nature. Comme le formule saint Thomas : intellectus se cognoscit non per essentiam suam, sed per actum suum : l'intellect se connaît non par son essence mais par son acte.
Contre le cogito de Descartes
Cette position distingue radicalement saint Thomas de Descartes. Pour le philosophe moderne, le cogito est la première certitude : la connaissance de soi est immédiate et fondatrice de tout savoir. Pour l'Aquinate, au contraire, la connaissance de soi présuppose la connaissance des choses extérieures ; elle en dérive et ne la fonde pas.
La découverte de l'immatérialité
L'intellect découvre également par cette réflexion sa propre immatérialité. Il connaît des formes universelles et immatérielles ; or seule une faculté elle-même immatérielle peut recevoir de telles formes sans les dénaturer. En réfléchissant sur la nature de ses propres actes de connaissance, l'intellect révèle ainsi qu'il transcende la matière.
L'intellect connaît le singulier par réflexion sur le phantasme et se connaît lui-même par ses actes, non par son essence
Testez-vous : 7 questions
1. Pourquoi l’intellect humain ne connaît-il pas directement les singuliers ?
- Singulier tient à la matière
- Singuliers sans existence
- Intellect trop faible
- Dieu seul les connaît
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Réponse : Singulier tient à la matière
L’intellect connaît en abstrayant la forme universelle de la matière individuante. Or c’est précisément la matière qui rend un être singulier. L’intellect ne peut donc saisir directement le singulier matériel en tant que singulier.
2. Comment l’intellect connaît-il indirectement le singulier selon saint Thomas ?
- par les seuls sens externes
- par intuition de l’essence
- par révélation spéciale
- par retour aux images
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Réponse : par retour aux images
L’intellect humain saisit directement l’universel. Pour atteindre le singulier matériel, il doit opérer un retour aux phantasmes (reflexio ad phantasmata), c’est-à-dire se tourner vers les images sensibles d’où il a abstrait le concept.
3. Saint Thomas distingue deux niveaux de connaissance de soi. Lequel est immédiat ?
- Sentir que l’on pense
- La nature de l’âme
- Les premiers principes
- L’essence divine
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Réponse : Sentir que l’on pense
Saint Thomas distingue la connaissance habituelle de soi (savoir confusément qu’on existe) et la connaissance actuelle. Le niveau immédiat est la perception de son propre acte de penser : en pensant, je sais que je pense.
4. Comment l’âme connaît-elle sa propre nature selon saint Thomas ?
- Par ses actes et objets
- Par pure introspection
- Par la seule révélation
- Par intuition d’essence
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Réponse : Par ses actes et objets
L’âme ne se connaît pas directement par intuition de son essence. Elle se connaît indirectement : par ses actes (je pense, donc je suis pensant), et ses actes sont connus par leurs objets. C’est en connaissant les choses que l’âme découvre sa propre nature.
5. En quoi la position de saint Thomas sur la connaissance de soi diffère-t-elle de celle de Descartes ?
- Soi via le monde vs cogito
- Soi nié, cogito affirmé
- Aucune différence réelle
- Soi premier chez les deux
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Réponse : Soi via le monde vs cogito
Pour Descartes, le cogito est la première certitude : la connaissance de soi est immédiate et fondatrice. Pour saint Thomas, la connaissance de soi présuppose la connaissance des choses extérieures : c’est en connaissant les objets que l’intellect découvre ensuite son propre acte.
6. Comment l’intellect sait-il qu’il est immatériel ?
- Il saisit l’universel
- Dieu le lui révèle
- Il ignore le matériel
- La matière n’existe pas
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Réponse : Il saisit l’universel
L’intellect connaît des formes universelles et immatérielles. Or, seule une faculté elle-même immatérielle peut recevoir de telles formes. En réfléchissant sur ses propres actes de connaissance, l’intellect découvre ainsi sa propre immatérialité.
7. Que signifie la formule « intellectus se cognoscit non per essentiam suam, sed per actum suum » ?
- L’esprit se sait par l’acte
- Acte et essence identiques
- L’esprit s’ignore lui-même
- L’essence précède l’acte
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Réponse : L’esprit se sait par l’acte
Cette formule signifie que l’intellect humain ne se connaît pas par une intuition directe de son essence. Il se connaît par son acte : c’est en percevant qu’il pense que l’intellect sait qu’il existe et découvre progressivement sa nature.
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Dans ce chapitre : La connaissance intellectuelle
- La connaissance intellectuelle
- L'abstraction
- Le verbe mental et le concept
- La connaissance de soi et des singuliers