La doctrine du double effet

Chapitre 2 : Morale thomiste approfondie · cours « Éthique » · 7 questions

Un acte peut avoir un bon et un mauvais effet : comment discerner quand il est moralement licite.

Saint Thomas d'Aquin

Duplex Effectus

Un acte aux effets mixtes

Il arrive qu'un acte bon en lui-même produise, en plus de l'effet voulu, un effet mauvais que l'on n'a pas recherché. Puis-je me défendre contre un agresseur si ma défense risque de le tuer ? Puis-je administrer un sédatif à un malade en fin de vie si cela risque d'abréger ses jours ? Ces questions, parmi les plus délicates de la morale, trouvent leur réponse dans un principe que saint Thomas d'Aquin formule dans la Somme théologique (IIa-IIae, q. 64, a. 7) : la doctrine du double effet.

Les quatre conditions

Cette doctrine pose quatre conditions cumulatives pour qu'un acte aux conséquences mixtes demeure licite. Premièrement, l'acte doit être bon ou au moins indifférent en lui-même : se défendre, administrer un soin, sont des actes bons par nature. Deuxièmement, l'intention de l'agent doit être droite : celui qui se défend doit viser à sauver sa propre vie, non à tuer l'agresseur ; le médecin doit viser à soulager la douleur, non à provoquer la mort. C'est l'intention droite qui est décisive dans le cas du sédatif en fin de vie. Troisièmement, l'effet bon ne doit jamais être obtenu par le moyen de l'effet mauvais, car la fin ne justifie pas les moyens : on ne peut tuer pour ensuite prélever un organe salvateur. Quatrièmement, il faut une proportion raisonnable entre le bien poursuivi et le mal toléré : on ne saurait tuer un homme pour éviter une simple gifle, le mal causé excédant alors démesurément le bien défendu. Ce manque de proportion rendrait l'acte immoral.

Confirmation du Catéchisme

Le Catéchisme de l'Église catholique reprend fidèlement cette doctrine thomiste aux numéros 2263 et 2264, confirmant que la légitime défense peut être non seulement un droit mais un devoir grave, notamment pour qui a la charge d'autrui, pourvu que la force employée reste proportionnée à la menace.

Un acte bon peut avoir un effet mauvais non voulu, si quatre conditions sont réunies (S. Thomas, IIa-IIae, q.64, a.7).

Testez-vous : 7 questions

1. Dans quel article saint Thomas formule-t-il la doctrine du double effet ?

  • Ia-IIae, q.18, a.4
  • Ia-IIae, q.94, a.2
  • IIa-IIae, q.40, a.1
  • IIa-IIae, q.64, a.7
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Réponse : IIa-IIae, q.64, a.7

Saint Thomas formule la doctrine du double effet en IIa-IIae, q. 64, a. 7, à propos de la légitime défense.

2. Combien de conditions la doctrine du double effet exige-t-elle ?

  • Trois
  • Quatre
  • Cinq
  • Deux
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Réponse : Quatre

Le double effet exige quatre conditions : acte bon en soi, intention droite, effet bon non causé par le mauvais, proportion.

3. Selon saint Thomas, que doit viser l’intention de celui qui se défend ?

  • Sauver sa propre vie
  • Fuir le danger
  • Punir l’injustice
  • Tuer l’agresseur
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Réponse : Sauver sa propre vie

Celui qui se défend doit viser à sauver sa propre vie, non à tuer l’agresseur selon saint Thomas.

4. Pourquoi ne peut-on pas tuer un homme pour éviter une gifle ?

  • Manque de proportion
  • Intention mauvaise
  • L’acte n’est pas bon
  • La loi l’interdit
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Réponse : Manque de proportion

Le double effet exige la proportion : on ne peut tuer pour éviter une gifle, le mal causé excédant le bien défendu.

5. L’effet bon peut-il être obtenu par le moyen de l’effet mauvais ?

  • Avec proportion
  • Si nécessaire
  • Parfois seulement
  • Jamais
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Réponse : Jamais

L’effet bon ne peut jamais être obtenu par le moyen de l’effet mauvais : la fin ne justifie pas les moyens.

6. Quel document du magistère reprend la doctrine thomiste de la légitime défense ?

  • Rerum Novarum
  • Humanae Vitae
  • Veritatis Splendor
  • Le Catéchisme
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Réponse : Le Catéchisme

Le Catéchisme (CEC 2263-2264) reprend la doctrine thomiste du double effet pour la légitime défense.

7. Un médecin donne un sédatif à un mourant pour le soulager, sachant que cela peut abréger sa vie. Quelle condition est décisive ?

  • Le consentement
  • Le diagnostic
  • L’intention droite
  • La loi civile
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Réponse : L’intention droite

Le principe du double effet requiert une intention droite : soulager la douleur, non provoquer la mort.

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Dans ce chapitre : Morale thomiste approfondie

  1. La doctrine du double effet
  2. L'épikie
  3. Justice commutative, distributive et légale
  4. Les onze passions de l'âme