La loi : règle et mesure des actes

Chapitre 1 : La justice, mère du droit · cours « Droit Civil » · 7 questions

La loi comme ordonnance de la raison dirigeant les actes humains vers le bien commun.

Saint Thomas d'Aquin

La loi selon saint Thomas

De Lege apud Thomam

La définition de la loi

Qu'est-ce qu'une loi ? Pour les modernes, c'est la volonté du législateur : celui qui a le pouvoir commande, et cela suffit. Pour saint Thomas d'Aquin, cette réponse est radicalement insuffisante. Dans la Somme théologique (Ia-IIae, q. 90, a. 4), il donne une définition devenue classique : la loi est « une ordonnance de raison en vue du bien commun, promulguée par celui qui a la charge de la communauté ». Quatre mots-clefs, quatre conditions, et si l'une manque, ce n'est plus une loi.

Les quatre conditions

  • Première condition : la loi est une ordonnance de raison. Elle n'est pas un caprice ni un acte arbitraire de la volonté du prince. La loi doit être raisonnable, c'est-à-dire conforme à l'ordre des choses tel que la raison le découvre.
  • Deuxième condition : la loi est ordonnée au bien commun, non au bien particulier du législateur. Un tyran qui imposerait un édit pour son seul enrichissement ne promulguerait pas une vraie loi mais une corruption de la loi, car l'intérêt privé du prince ne saurait fonder une obligation morale pour les sujets.
  • Troisième condition : seul celui qui a la charge de la communauté peut légiférer, car la loi concerne le tout et non la partie.
  • Quatrième condition : la loi doit être promulguée, c'est-à-dire rendue publique et portée à la connaissance de tous. Un décret secret, jamais publié, ne peut obliger personne, car nul ne saurait obéir à ce qu'il ignore.

Contre le positivisme juridique

Cette conception s'oppose frontalement au positivisme juridique, qui réduit la loi à un simple acte de volonté du pouvoir en place : il suffirait que le souverain commande pour que la loi existe. Saint Thomas refuse cette position : si la loi n'est pas conforme à la raison, elle n'est pas une vraie loi. Plus profondément, la loi humaine participe de la raison divine, c'est-à-dire de la loi éternelle par laquelle Dieu gouverne l'univers. Toute loi juste est un reflet de cet ordre divin que la raison humaine peut découvrir dans la nature des choses. Ainsi la loi n'est jamais une invention arbitraire du législateur mais la traduction prudente, dans les circonstances concrètes, d'un ordre voulu par Dieu et inscrit dans la création.

La loi est une ordonnance de raison en vue du bien commun. (Saint Thomas, STh Ia-IIae q. 90)

Testez-vous : 7 questions

1. Selon saint Thomas, la loi est avant tout une ordonnance de quoi ?

  • De volonté
  • De force
  • De coutume
  • De raison
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Réponse : De raison

Saint Thomas définit la loi comme une ordonnance de raison (non un caprice de la volonté) en vue du bien commun (STh Ia-IIae, q. 90, a. 4).

2. À quelle fin la loi doit-elle être ordonnée selon saint Thomas ?

  • Au bien commun
  • À l’ordre public
  • Au progrès matériel
  • Au bien du prince
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Réponse : Au bien commun

La loi est ordonnée au bien commun. Une loi qui ne servirait que l’intérêt privé du législateur ne serait pas une vraie loi.

3. Quelle est la quatrième condition de la loi selon saint Thomas ?

  • L’ancienneté
  • La sanction pénale
  • L’unanimité
  • La promulgation
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Réponse : La promulgation

La loi doit être promulguée, rendue publique. Une loi secrète n’oblige personne, car nul ne peut obéir à ce qu’il ignore.

4. Que soutient le positivisme juridique que saint Thomas refuse ?

  • La loi vient de Dieu
  • La loi vise le bien
  • La loi doit être juste
  • Loi par pure volonté
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Réponse : Loi par pure volonté

Le positivisme réduit la loi à la volonté du pouvoir en place. Saint Thomas refuse : la loi est une ordonnance de raison, pas un caprice.

5. De quoi la loi humaine participe-t-elle selon saint Thomas ?

  • De la force publique
  • De la raison divine
  • Du consensus social
  • De la coutume
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Réponse : De la raison divine

Saint Thomas enseigne que la loi participe de la raison divine. Elle n’est pas une invention arbitraire mais un reflet de l’ordre voulu par Dieu.

6. Un décret secret, jamais publié, peut-il obliger les sujets selon saint Thomas ?

  • Cela dépend du sujet
  • S’il est juste
  • Car le prince l’a voulu
  • Pas sans promulgation
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Réponse : Pas sans promulgation

Sans promulgation, pas de loi. Nul ne peut obéir à ce qu’il ne connaît pas. C’est la quatrième condition posée par saint Thomas.

7. Un tyran impose un édit pour son seul enrichissement. Est-ce une vraie loi pour saint Thomas ?

  • Elle est promulguée
  • Cela dépend
  • Pur intérêt privé
  • C’est le prince
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Réponse : Pur intérêt privé

Une loi doit viser le bien commun. Un édit au seul profit du prince n’est pas une loi mais une corruption de la loi.

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Dans ce chapitre : La justice, mère du droit

  1. Qu'est-ce que la justice ?
  2. La loi : règle et mesure des actes
  3. Droit naturel et droit positif