Le principe de subsidiarité

Chapitre 1 : Doctrines et adversaires · cours « Philosophie Politique » · 7 questions

Quadragesimo Anno et la défense des corps intermédiaires contre le centralisme étatique.

Pie XI

Principium subsidiarietatis

Un principe ancien

Le principe de subsidiarité est un principe de philosophie politique qui définit la juste répartition de l'autorité entre les différents niveaux de la société. Avant même de recevoir son nom dans l'encyclique Quadragesimo Anno (1931), il était déjà présent dans toute la tradition philosophique classique et chrétienne.

Les communautés emboîtées d'Aristote

Aristote pose les fondements dans la Politique (I, 2) : la cité est composée de communautés emboîtées, le foyer (oikos), le village (kômè), puis la cité (polis). Chaque communauté a sa fin propre et son autorité propre. Le foyer vise la vie quotidienne, le village la vie suffisante, la cité la vie bonne. L'autorité politique ne crée pas ces communautés : elle les trouve devant elle. La cité n'absorbe pas le foyer, elle le complète.

Aider sans absorber

Le mot même de subsidiarité vient du latin subsidium, qui signifie « aide » ou « secours » : l'autorité supérieure n'existe pas pour commander les communautés inférieures, mais pour les aider quand elles ne suffisent plus. Pie XI, dans Quadragesimo Anno, en fait un principe de justice : retirer aux communautés ce qu'elles peuvent accomplir par elles-mêmes n'est pas simplement imprudent, c'est une injustice, car cela viole l'ordre naturel voulu par Dieu. La famille, première communauté naturelle, possède des droits antérieurs à ceux de l'État : le droit d'éduquer ses enfants, de gérer son patrimoine, de pratiquer librement sa religion. L'État ne concède pas ces droits ; il les reconnaît et les protège. Saint Thomas d'Aquin enseigne que l'autorité du père de famille vient de la nature même de la paternité, non d'une délégation de l'État ou d'un contrat social.

Deux erreurs symétriques

La subsidiarité s'oppose ainsi à deux erreurs symétriques : le centralisme, qui absorbe toute initiative dans l'appareil étatique, et l'individualisme, qui isole les personnes en détruisant les corps intermédiaires. Prenons un exemple concret : si les familles d'un quartier gèrent déjà une crèche qui fonctionne bien, le maire doit respecter cette initiative locale plutôt que de créer une crèche municipale qui s'y substituerait. Voilà la subsidiarité appliquée : aider sans absorber, soutenir sans remplacer.

D'Aristote à Thomas d'Aquin : l'autorité supérieure aide l'inférieure, elle ne la remplace jamais. Un principe de justice naturelle, pas une simple technique de gouvernement.

Testez-vous : 7 questions

1. Quelle encyclique formule explicitement le principe de subsidiarité ?

  • Quadragesimo Anno
  • Rerum Novarum
  • Pacem in Terris
  • Centesimus Annus
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Réponse : Quadragesimo Anno

Quadragesimo Anno (1931) de Pie XI formule explicitement le principe de subsidiarité, pilier de la doctrine sociale de l’Église contre l’étatisme.

2. Que signifie le mot latin subsidium, racine de « subsidiarité » ?

  • Pouvoir, autorité
  • Liberté, autonomie
  • Ordre, hiérarchie
  • Aide, secours
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Réponse : Aide, secours

Subsidium signifie aide ou secours en latin : la subsidiarité veut que l’autorité supérieure aide sans absorber les communautés inférieures.

3. Selon Pie XI, violer la subsidiarité est :

  • Un choix politique
  • Un moindre mal
  • Une imprudence
  • Une injustice
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Réponse : Une injustice

Selon Pie XI, violer la subsidiarité est une injustice, car cela prive les communautés naturelles de leur autonomie légitime au profit de l’État.

4. Quelle communauté naturelle possède des droits antérieurs à ceux de l’État ?

  • L’entreprise
  • La famille
  • Le parti politique
  • Le syndicat
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Réponse : La famille

La famille possède des droits antérieurs à ceux de l’État, car elle est la première communauté naturelle voulue par Dieu pour l’éducation et la vie.

5. À quelles deux erreurs la subsidiarité s’oppose-t-elle ?

  • Centralisme, individualisme
  • Monarchie et démocratie
  • Théocratie et laïcisme
  • Libéralisme et socialisme
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Réponse : Centralisme, individualisme

La subsidiarité s’oppose au centralisme qui absorbe tout et à l’individualisme qui isole : elle préserve les communautés naturelles intermédiaires.

6. Un maire veut créer une crèche municipale alors que les familles du quartier en gèrent déjà une. Que dit la subsidiarité ?

  • Respecter l’usage local
  • Municipaliser la crèche
  • Fermer les deux structures
  • Subventionner puis contrôler
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Réponse : Respecter l’usage local

La subsidiarité commande de respecter l’initiative locale : si les familles gèrent déjà une crèche, la commune n’a pas à s’y substituer.

7. Chez saint Thomas, d’où vient l’autorité du père de famille ?

  • D’un contrat social
  • D’une délégation de l’État
  • Du consentement des enfants
  • De la nature de la paternité
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Réponse : De la nature de la paternité

Chez saint Thomas, l’autorité du père de famille vient de la nature même de la paternité, non d’une délégation de l’État ou du contrat social.

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Dans ce chapitre : Doctrines et adversaires

  1. Le principe de subsidiarité
  2. La doctrine des deux glaives
  3. Hobbes et le Léviathan
  4. Rousseau et le contrat social