Le temps comme mesure du mouvement

Chapitre 17 : Le temps et l'éternité · cours « Métaphysique » · 7 questions

Le temps n'existe pas tout seul : il est la mesure du mouvement selon l'avant et l'après.

Aristote

Tempus Mensura Motus

La définition d'Aristote

La nature du temps est l'une des questions les plus difficiles de la philosophie. Saint Augustin avouait : « Qu'est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l'expliquer, je ne le sais plus. » Aristote (Physique, IV) propose la définition qui fera autorité : le temps est « le nombre du mouvement selon l'avant et l'après » (arithmos kinèseôs kata to proteron kai husteron).

La mesure du mouvement

Le temps n'est pas le mouvement lui-même : c'est la mesure du mouvement, la numération de ses phases successives. Il suppose un avant et un après, donc un intellect qui numère. Saint Thomas en déduit que le temps n'existerait qu'en puissance sans une âme pour le mesurer ; et que là où il n'y a pas de mouvement (en Dieu), il n'y a pas de temps.

Le maintenant et l'éternel présent

Mais pourquoi le temps n'est-il pas simplement le mouvement ? Parce que deux mouvements de vitesse différente se produisent dans le même temps : le soleil parcourt le ciel tandis que la fourmi traverse une feuille, et pourtant c'est le même intervalle temporel. Le temps est donc la mesure commune des mouvements, non un mouvement particulier. Plus subtilement, Aristote introduit la notion de « maintenant » (nunc) : cet instant est la limite du temps, non une partie du temps, de même que le point est la limite de la ligne sans en être un segment. Le nunc ne dure pas ; il articule le flux du passé vers le futur. Saint Thomas pousse l'analyse : le mouvement est réel (c'est l'aspect objectif du temps), mais sa numération requiert une intelligence qui mesure (c'est l'aspect formel). Sans intellect, le temps n'existerait qu'en puissance. Enfin, être « soumis au temps » signifie qu'un être ne possède jamais son être tout entier à la fois : il est dispersé dans la succession du passé qui n'est plus, du présent fugitif et du futur qui n'est pas encore. Seul Dieu, acte pur sans mouvement, échappe à cette dispersion : Il possède la totalité de Son être dans un éternel présent.

Le temps est le nombre du mouvement selon l'avant et l'après (Aristote, Physique IV)

Testez-vous : 7 questions

1. Comment Aristote définit-il le temps dans la Physique ?

  • Nombre du mouvement ordonné
  • Écoulement continu du tout
  • Succession des jours seuls
  • Durée subjective intime
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Réponse : Nombre du mouvement ordonné

Aristote définit le temps comme « le nombre du mouvement selon l’avant et l’après » (Physique IV). Le temps n’existe pas indépendamment du mouvement : il en est la mesure. Cette définition implique que le temps présuppose un mouvement réel et une intelligence capable de le mesurer.

2. Pourquoi Aristote distingue-t-il le temps du mouvement ?

  • Deux vitesses, même temps
  • Le temps précède le mouvant
  • Temps existe sans mouvement
  • Le mouvement est irréel
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Réponse : Deux vitesses, même temps

Aristote distingue le temps du mouvement car deux mouvements de vitesses différentes peuvent se produire dans le même temps. Le temps n’est donc pas le mouvement lui-même, mais la mesure (le nombre) du mouvement selon l’avant et l’après.

3. Pourquoi Aristote se demande-t-il si le temps existe sans l’âme ?

  • Nombre sans nombreur ?
  • L’âme crée le mouvement
  • Le temps est illusoire
  • Passé et futur séparés
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Réponse : Nombre sans nombreur ?

Le temps, défini comme « le nombre du mouvement selon l’avant et l’après », suppose un acte de numération. Or nombrer est l’acte d’une intelligence. Aristote se demande donc si le temps, en tant que nombre, peut exister sans une âme qui nombre : question que saint Thomas résoudra en distinguant fondement réel et mesure formelle.

4. Comment saint Thomas résout-il le problème de l’existence du temps ?

  • Réel, numéré par l’esprit
  • Temps purement subjectif
  • Temps identique au mouvement
  • Temps créé hors mouvement
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Réponse : Réel, numéré par l’esprit

Le temps pose un problème : le passé n’est plus, le futur n’est pas encore, le présent est un instant sans épaisseur. Saint Thomas résout cela en distinguant l’aspect objectif (le mouvement est réel) et l’aspect formel (sa numération requiert une intelligence qui mesure).

5. Qu’est-ce que le « maintenant » (nunc) selon Aristote ?

  • Le présent éternel de Dieu
  • Une durée très courte
  • Un segment du temps
  • La limite, non une partie
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Réponse : La limite, non une partie

Le « maintenant » (nunc) n’est pas une partie du temps mais sa limite : le point de jonction entre passé et futur. Comme le point n’est pas une partie de la ligne mais sa limite, le nunc n’a pas de durée. C’est l’instant indivisible qui articule le flux temporel sans en faire partie.

6. Que signifie pour un être d’être « soumis au temps » ?

  • Être dispersé en succession
  • Éternel mais limité
  • Il ne peut se mouvoir
  • Il existe seulement au passé
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Réponse : Être dispersé en succession

Être « soumis au temps » signifie ne jamais posséder son être tout entier à la fois : l’être temporel est dispersé dans la succession du passé (qui n’est plus), du présent (fugitif) et du futur (qui n’est pas encore).

7. Quel père de l’Église a exprimé célèbrement la difficulté de définir le temps ?

  • Saint Ambroise, De officiis
  • Saint Augustin, Confessions
  • Saint Grégoire, Morales
  • Saint Jérôme, ses lettres
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Réponse : Saint Augustin, Confessions

Saint Augustin, dans les Confessions (livre XI), exprime célèbrement la difficulté de définir le temps : « Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer, je ne le sais plus. »

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Dans ce chapitre : Le temps et l'éternité

  1. Le temps et l'éternité
  2. Le temps comme mesure du mouvement
  3. L'aevum des anges
  4. L'éternité divine : tota simul