Les cas de conscience et le respect de la vie
Tuer est-il toujours interdit ? Les cas limites qui éprouvent la conscience chrétienne.
De Vita Tuenda
Le respect de la vie
La morale chrétienne ne se contente pas de principes abstraits : elle affronte les cas concrets de la vie. Le serment d'Hippocrate, prononcé par les médecins depuis l'Antiquité, engage à « ne pas administrer de poison à qui le demande » et à « ne pas provoquer d'avortement ». Les moralistes chrétiens ont intégré ce serment dans leur enseignement : la vie humaine, créée à l'image de Dieu, est sacrée du premier instant à la mort naturelle. La médecine est un art au service de la vie, jamais un instrument de mort.
Le principe du double effet
Saint Thomas d'Aquin posa le principe du double effet (Somme théologique, IIa-IIae, q. 64, a. 7), qui permet de résoudre les dilemmes moraux les plus épineux. Les moralistes en ont tiré quatre conditions simultanées, que Jean-Pierre Gury fixa au XIXe siècle :
- l'acte posé doit être bon en lui-même
- l'intention de l'agent doit être droite
- l'effet bon ne doit pas être causé par l'effet mauvais
- une raison proportionnée doit justifier de tolérer l'effet mauvais
Ainsi, tuer directement un innocent demeure intrinsèquement mauvais, aucune circonstance, fût-ce le salut du plus grand nombre, ne saurait le justifier. Saint Thomas enseigne également qu'en cas de nécessité extrême, comme une famine, les biens matériels deviennent communs : le droit de propriété cède devant le droit imprescriptible à la vie.
Création et vérité
La Genèse (2, 15) confie à l'homme le jardin « pour le cultiver et le garder », fondant ainsi la responsabilité de l'homme envers la Création. Saint François d'Assise, au XIIIe siècle, célèbre cette fraternité universelle avec toutes les créatures dans son Cantique des créatures, louant frère Soleil et sœur Lune. Enfin, saint Augustin, traitant du mensonge, enseigne qu'il est interdit de mentir même pour sauver un innocent, mais qu'il demeure légitime de se taire ou de recourir à la restriction mentale pour protéger une vie sans offenser la vérité.
L'éthique appliquée dans la tradition chrétienne
Le serment d'Hippocrate (Ve s. av. J.-C.) engage le médecin à ne pas nuire, enrichi par l'Évangile : « J'étais malade et vous m'avez visité » (Mt 25,36). Les monastères furent parmi les premiers hôpitaux d'Europe. La Règle de saint Benoît forge une éthique du travail (« L'oisiveté est l'ennemie de l'âme », RB 48). Saint Thomas condamne l'usure (IIa-IIae, q.78) et exige le juste prix (IIa-IIae, q.77). Le principe du double effet (IIa-IIae, q.64, a.7) résout la légitime défense. La Magna Carta (1215) pose les premières bornes au pouvoir royal.
Le principe du double effet résout les dilemmes moraux : la vie est sacrée, la Création confiée à l'homme comme un jardin à garder
Testez-vous : 7 questions
1. Quel serment antique engage le médecin à ne pas administrer de poison ni provoquer d’avortement ?
- Le serment d’Hippocrate
- La règle de Salerne
- Le vœu de Paracelse
- Le serment de Galien
Voir la réponse
Réponse : Le serment d’Hippocrate
Le serment d’Hippocrate engage le médecin à ne jamais administrer de poison ni provoquer d’avortement.
2. Combien de conditions le principe du double effet exige-t-il selon saint Thomas ?
- Deux
- Cinq
- Trois
- Quatre
Voir la réponse
Réponse : Quatre
Le double effet exige quatre conditions : acte bon, intention droite, effet bon non causé par le mauvais, raison proportionnée.
3. Selon la morale catholique, peut-on tuer directement un innocent pour en sauver plusieurs ?
- Jamais, en aucun cas
- Si le nombre est grand
- Avec accord du pape
- En temps de guerre
Voir la réponse
Réponse : Jamais, en aucun cas
Tuer directement un innocent est intrinsèquement mauvais : aucune circonstance ne peut le justifier.
4. Selon saint Thomas, que deviennent les biens matériels en cas de nécessité extrême (famine) ?
- Ils restent privés
- Ils deviennent communs
- Ils appartiennent à l’Église
- Il faut demander au seigneur
Voir la réponse
Réponse : Ils deviennent communs
En nécessité extrême, les biens deviennent communs : le droit de propriété cède devant le droit à la vie.
5. Quel verset de la Genèse fonde la responsabilité de l’homme envers la Création ?
- Gn 3, 19
- Gn 2, 15
- Gn 1, 1
- Gn 9, 1
Voir la réponse
Réponse : Gn 2, 15
Genèse 2, 15 confie à l’homme le jardin « pour le cultiver et le garder », fondant la responsabilité écologique.
6. Quel saint du XIIIe siècle chante la fraternité avec la Création dans le Cantique des créatures ?
- Saint François d’Assise
- Saint Thomas d’Aquin
- Saint Bernard
- Saint Dominique
Voir la réponse
Réponse : Saint François d’Assise
Saint François d’Assise chante la fraternité universelle avec la Création dans le Cantique des créatures.
7. Selon saint Augustin, peut-on mentir pour sauver un innocent ?
- C’est un devoir
- Un petit mensonge permis
- Mentir sous serment
- Se taire sans mentir
Voir la réponse
Réponse : Se taire sans mentir
Saint Augustin interdit le mensonge même pour sauver un innocent, mais permet le silence ou la restriction mentale.
Faites cette leçon dans Apôtre : les questions en mode interactif, votre progression, des rappels pour ne rien oublier. Gratuit, sans publicité. Commencer la leçon ›
Dans ce chapitre : Éthique et société médiévale
- Les trois ordres : oratores, bellatores, laboratores
- La chevalerie chrétienne et l'idéal du miles Christi
- La paix de Dieu et la trêve de Dieu
- L'aumône et les œuvres de miséricorde
- La doctrine sociale avant la lettre : Thomas d'Aquin sur le travail et la propriété
- Les cas de conscience et le respect de la vie