Ad Catholici Sacerdotii

Pie XI · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : https://www.vatican.va/content/pius-xi/fr/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_19351220_ad-catholici-sacerdotii.html · 4 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

AD CATHOLICI SACERDOTII LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XI SUR LE SACERDOCE

1. Depuis que, par un mystérieux dessein de la divine Providence, Nous Nous sommes vu élevé à ce sommet suprême du sacerdoce catholique, Nous n’avons jamais cessé, parmi les innombrables fils que Dieu Nous a donnés, de consacrer Nos soins les plus empressés et les plus affectueux à ceux qui, revêtus du caractère sacerdotal, ont la mission d’être le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13.14), et d’une manière encore plus spéciale, à ceux qui sont élevés à l’ombre du sanctuaire et se préparent à cette très noble mission.

Déjà dans les premiers mois de Notre Pontificat, avant même d’adresser Notre parole solennelle à tout l’Univers catholique (1), Nous Nous sommes empressé, par la Lettre apostolique Officiorum omnium, adressée à Notre très cher Fils le Cardinal-Préfet de la Sacrée Congrégation des Séminaires et des Universités (2), de tracer les directives dont doit s’inspirer la formation sacerdotale des jeunes lévites. Et toutes les fois que la sollicitude pastorale Nous pousse à considérer d’une façon plus particulière les intérêts et les besoins de l’Eglise, Notre attention, avant toute autre chose, se dirige vers les prêtres et les clercs qui forment toujours l’objet principal de Nos soins.

De cet intérêt spécial, que Nous portons au sacerdoce, sont la preuve éloquente les nombreux Séminaires que Nous avons érigés, là où ils n’existaient pas encore, ou bien munis, et non sans grande dépense, d’édifices nouveaux et imposants, ou bien mieux pourvus de moyens et de personnes qui leur permettent d’atteindre plus dignement leur but élevé.

Si ensuite, à l’occasion de Notre jubilé sacerdotal, Nous avons consenti à ce que l’on fêtât solennellement cet heureux anniversaire, et si, avec une paternelle complaisance, Nous avons secondé les manifestations d’affection filiale qui Nous venaient de toutes les parties du monde, ce fut parce que, plus que comme un hommage à Notre personne, Nous considérions cette célébration comme une juste exaltation de la dignité et du caractère sacerdotal.

Et de même, la réforme des études dans les Facultés ecclésiastiques, que Nous avons décrétée par la Constitution apostolique Deus scientiarum Dominus du 24 mai 1931, fut voulue par Nous surtout dans leur but d’accroître et d’élever toujours davantage la culture et la science des prêtres (3).

2. Mais le sujet est d’une importance si grande, on pourrait dire universelle, qu’il Nous semble opportun de le traiter plus expressément dans cette Lettre encyclique, afin que non seulement ceux qui déjà possèdent le don inestimable de la foi, mais encore tous ceux qui, avec droiture et sincérité de cœur, recherchent la vérité, reconnaissent la sublimité du sacerdoce catholique et sa mission providentielle dans le monde, et par-dessus tout afin que ceux qui y sont appelés le reconnaissent et l’apprécient ; sujet particulièrement opportun à la fin de cette année qui, à Lourdes, aux purs rayons de l’Immaculée et dans la ferveur d’un triduum eucharistique ininterrompu, a vu le sacerdoce catholique, de toute langue et de tout rite, auréolé d’une lumière divine dans la splendide clôture du Jubilé de la Rédemption étendu de la Ville de Rome à l’Univers catholique, de cette Rédemption dont Nos prêtres chers et vénérés sont les ministres, jamais plus actifs et bienfaisants qu’en cette Année Sainte extraordinaire par laquelle on célébrait aussi le dix-neuvième centenaire de l’institution du sacerdoce, comme Nous l’avons dit dans la Proclamation apostolique Quod nuper (4).

3. Et de plus, comme cette Encyclique se relie harmonieusement à Nos précédentes par lesquelles Nous avons voulu projeter la lumière de la doctrine catholique sur les plus graves problèmes qui travaillent la vie moderne, Nous avons conscience de donner à Nos enseignements solennels un complément opportun. En effet, le prêtre est, par vocation et par commandement divin, l’apôtre principal et le promoteur infatigable de l’éducation chrétienne de la jeunesse (5) ; le prêtre, au nom de Dieu, bénit le mariage chrétien et en défend la sainteté et l’indissolubilité contre les attentats et les déviations suggérées par la cupidité et la sensualité (6), le prêtre porte la plus solide contribution à la solution ou, du moins, à l’atténuation des conflits sociaux, en prêchant la fraternité chrétienne, en rappelant à tous les devoirs mutuels de la justice et de la charité évangélique, en pacifiant les esprits aigris par le malaise moral et économique, en montrant aux riches et aux pauvres les uniques biens véritables auxquels tous doivent et peuvent aspirer (7) ; le prêtre, finalement, est le plus efficace héraut de cette croisade d’expiation et de pénitence à laquelle Nous avons invité tous les gens de bien pour réparer les blasphèmes, les turpitudes et les crimes qui déshonorent l’humanité à l’heure présente, une heure qui, comme peu d’autres dans l’histoire, a grandement besoin de la miséricorde divine et de ses pardons (8). Et les ennemis de l’Eglise savent bien l’importance vitale du sacerdoce, contre lequel précisément, comme Nous l’avons déjà déploré pour Notre cher Mexique (9), ils dirigent en premier lieu leurs coups, afin de le supprimer et de se frayer la voie à la destruction, toujours désirée et jamais obtenue, de l’Eglise elle-même.

4. Le genre humain a toujours éprouvé le besoin d’avoir des prêtres, c’est-à-dire des hommes qui, par une mission officielle à eux confiée, soient des médiateurs entre Dieu et l’humanité et qui, consacrés entièrement à cette médiation, en fassent la tâche de leur vie ; des hommes choisis pour offrir à Dieu des prières officielles et des sacrifices au nom de la société qui, elle aussi, comme telle, a l’obligation de rendre à Dieu un culte public et social, de reconnaître en Lui le suprême Seigneur et le premier principe, de tendre à Lui comme à sa fin dernière, en le remerciant et en cherchant à se le rendre propice. En fait, chez tous les peuples dont nous connaissons les usages, lorsque du moins ils ne sont pas contraints par la violence à renier les lois les plus sacrées de la nature humaine, on trouve des prêtres, quoique souvent au service de fausses divinités ; partout où l’on professe une religion, partout où se dressent des autels, il y a également un sacerdoce, entouré de marques spéciales d’honneur et de vénération.

5. Mais à la splendeur de la révélation divine, le prêtre se montre revêtu d’une dignité beaucoup plus grande, déjà annoncée de loin par la mystérieuse et vénérable figure de Melchisédech (cf. Gn 14, 18), prêtre et roi, que rappelle saint Paul, en le rapprochant de la personne et du sacerdoce de Jésus-Christ lui-même (cf. Hb 5, 10 ; 6, 20 ; 7, 1. 10. 11. 15). Le prêtre, suivant la magnifique définition qu’en donne le même saint Paul est, sans doute, un homme choisi parmi les hommes, mais établi pour les hommes dans les choses qui regardent Dieu (Hb 5, 1) : sa fonction n’a pas pour objet les choses humaines et transitoires, aussi hautes et estimables puissent-elles sembler, mais les choses divines et éternelles; choses dont, par ignorance, on peut se moquer et que l’on peut mépriser, auxquelles aussi on peut faire obstacle avec une malice et une fureur diaboliques, comme une triste expérience l’a souvent prouvé et le prouve même aujourd’hui, mais qui occupent toujours la première place dans les aspirations individuelles et sociales de l’humanité, cette humanité qui sent irrésistiblement qu’elle est faite pour Dieu et ne peut se reposer qu’en Lui.

6. Dans la loi mosaïque, au sacerdoce institué par une disposition divine positive, promulguée par Moïse sous l’inspiration de Dieu, sont minutieusement assignés ses devoirs, ses fonctions et ses rites déterminés. Il semble que Dieu, dans sa sollicitude, ait voulu imprimer dans l’esprit encore primitif du peuple hébreu une grande idée centrale qui, dans l’histoire du peuple élu, répandit sa lumière sur tous les événements, les lois, les dignités, les emplois: l’idée de sacrifice et de sacerdoce, afin que, par la foi dans le Messie futur, cette idée devînt source d’espérance, de gloire, de force et de libération spirituelle. Le temple de Salomon, admirable de richesse et de splendeur, et encore plus admirable dans son ordonnance et dans ses rites, élevé à l’unique vrai Dieu comme tabernacle de la divine Majesté sur la terre, était aussi un sublime poème chanté en l’honneur de ce sacrifice et de ce sacerdoce qui, n’étant pourtant qu’une ombre et un symbole, renfermait un mystère assez grand pour faire incliner avec respect le vainqueur Alexandre le Grand devant la figure hiératique du Grand Prêtre (10); et Dieu lui-même faisait sentir sa colère au roi impie Balthasar, parce qu’il avait profané le sanctuaire et fait des orgies avec les vases sacrés du temple (cf. Dn 5, 1-30). Et cependant, ce sacerdoce ancien tirait uniquement Sa majesté et sa gloire du fait qu’il était une préfiguration du sacerdoce chrétien, du sacerdoce du Nouveau et éternel Testament, confirmé par le sang du Rédempteur du monde, de Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme !

7. L’Apôtre des Gentils résume en traits sculpturaux tout ce qu’on peut dire au sujet de la grandeur, de la dignité et des devoirs du sacerdoce chrétien, par ces paroles : Que l’homme nous regarde comme des ministres du Christ et des dispensateurs des mystères divins (1 Co 4, 1). Le prêtre est ministre de Jésus-Christ ; donc instrument entre les mains du divin Rédempteur pour la continuation de son œuvre rédemptrice dans toute son universalité mondiale et sa divine efficacité, pour la construction de cette œuvre admirable qui transforma le mande ; bien plus, le prêtre, comme avec raison on a coutume de le dire, est vraiment un autre Christ, parce qu’il continue en quelque manière Jésus-Christ lui-même: Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie (Jn 20, 21), continuant lui aussi, comme Jésus, à rendre gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Lc 2, 14).

8. Et en premier lieu, comme l’enseigne le Concile de Trente (11), Jésus-Christ, pendant la dernière Cène, institua le sacrifice et le sacerdoce de la Nouvelle Alliance : " Notre Dieu et Seigneur, bien que devant s’offrir lui-même par sa mort sur l’autel de la Croix à Dieu son Père pour y opérer la rédemption éternelle, cependant parce que son sacerdoce ne devait pas s’éteindre par sa mort (cf. Hb 7, 24), à la dernière Cène, la nuit où il était livré (cf. 1 Co 11, 23), voulant laisser à son épouse bien-aimée, l’Eglise, un sacrifice qui serait la représentation de ce sacrifice sanglant qu’il allait accomplir sur la croix, voulant que le souvenir en demeurât jusqu’à la fin des siècles (cf. 1 Co 11, 24-25) et que sa vertu soit appliquée en rémission de ces péchés que nous commettons tous les jours, se déclarant prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech (cf. Ps 109, 4), offrit à Dieu le Père son corps et son sang sous les espèces du pain et du vin ; et sous les symboles de ces mêmes espèces les présenta, pour qu’ils les prissent, aux Apôtres qu’il constituait alors prêtres du Nouveau Testament, et à eux et à leurs successeurs dans le sacerdoce, il commanda de les offrir par ces mots Faites ceci en mémoire de moi (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24). "

9. Depuis lors, les Apôtres et leurs successeurs dans le sacerdoce commencèrent à élever vers le ciel cette oblation pure prédite par Malachie (Ml 1, 11), grâce à laquelle le nom de Dieu est grand parmi les nations et qui, offerte désormais dans toutes les parties de la terre et à chaque heure du jour et de la nuit, continuera à l’être d’une façon permanente jusqu’à la fin du monde. C’est un vrai sacrifice et non un pur symbole, qui a une réelle efficacité pour la réconciliation des pécheurs avec la divine Majesté, " car le Seigneur apaisé par cette oblation accorde la grâce et le don de la pénitence, pardonne des péchés et des crimes énormes (12) ". Le même Concile nous en dit la raison par ces paroles : " Il y a, en effet, une seule et même hostie, une même personne qui s’offre maintenant par le ministère des prêtres et qui s’est offerte autrefois sur la Croix, seule la manière de l’offrir est différente (13). "

De là apparaît lumineuse l’ineffable grandeur du sacerdoce humain, qui a pouvoir sur le corps même de Jésus-Christ, le rendant présent sur nos autels et au nom du Christ lui-même, l’offrant en victime infiniment agréable à la divine Majesté. " Ô miracle ! s’écrie justement saint Jean Chrysostome, ô bénignité de Dieu ! (14) "

10. Outre ce pouvoir qu’il exerce sur le corps réel du Christ, le prêtre a reçu d’autres pouvoirs très hauts et sublimes sur son Corps mystique. Nous n’avons pas besoin, Vénérables Frères, de Nous étendre sur cette belle doctrine du Corps mystique de Jésus-Christ, si chère à saint Paul ; cette belle doctrine qui nous montre la personne du Verbe fait chair uni à tous ses frères, chez qui se répand l’influence surnaturelle qui dérive de lui, formant avec lui, comme Chef, un seul Corps dont ils sont les membres. Or, le prêtre est constitué dispensateur des mystères divins (1 Co 4, 1) en faveur de ces membres du Corps mystique de Jésus-Christ, puisqu’il est le ministre ordinaire de presque tous les sacrements qui sont les canaux à travers lesquels coule, pour le bien de l’humanité, la grâce du Rédempteur. Le chrétien, presque à tous les moments importants de sa carrière mortelle, trouve à ses côtés le prêtre pour lui communiquer ou accroître en lui avec le pouvoir reçu de Dieu cette grâce qui est la vie surnaturelle. A peine est-il né à la vie du temps, le prêtre le fait renaître par le Baptême à une vie plus noble et plus précieuse, la vie surnaturelle, et il le fait fils de Dieu et de l’Eglise de Jésus-Christ ; pour le fortifier et le préparer à combattre généreusement dans les luttes spirituelles, un prêtre, revêtu d’une dignité spéciale, le fait soldat du Christ par la Confirmation ; dès qu’il est capable de discerner et de goûter le Pain des anges, le prêtre le lui donne, nourriture vivante et vivifiante descendue du ciel ; s’il est tombé, le prêtre le relève au nom de Dieu et le fortifie par la Pénitence ; si Dieu l’appelle à former une famille et à collaborer avec lui à la transmission de la vie humaine dans le monde pour augmenter d’abord le nombre des fidèles sur la terre et ensuite celui des élus dans le ciel, le prêtre est là pour bénir son mariage et ses chastes amours ; et quand le chrétien, parvenu au seuil de l’éternité, a besoin de force et de courage avant de se présenter au tribunal du Juge divin, le prêtre s’incline sur les membres endoloris du malade, il le consacre de nouveau et le fortifie par l’Extrême-Onction ; après avoir ainsi guidé le chrétien à travers le pèlerinage terrestre jusqu’aux portes du ciel, le prêtre accompagne son corps à la sépulture avec les rites et les prières de l’espérance immortelle, et il suit son âme au-delà du seuil de l’éternité pour lui donner l’aide des suffrages chrétiens, si jamais elle a encore besoin d’être purifiée et soulagée. Ainsi, du berceau à la tombe ou plutôt jusqu’au ciel, le prêtre est auprès des fidèles guide, réconfort, ministre du salut, distributeur de grâces et de bénédictions.

11. Mais parmi tous ces pouvoirs qu’a le prêtre sur le Corps mystique du Christ au profit des fidèles, il en est un pour lequel Nous ne pouvons Nous contenter de la simple allusion faite tout à l’heure : c’est le pouvoir " que Dieu n’a donné ni aux anges ni aux archanges ", comme dit saint Jean Chrysostome (15), c’est-à-dire le pouvoir de remettre les péchés : Ceux à qui vous aurez remis les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus (Jn 20, 23). Pouvoir formidable, tellement propre a Dieu que l’orgueil humain lui-même ne pouvait admettre qu’il pût être communiqué à l’homme : Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? (Mc 2, 7) Et le voyant exercé par un simple mortel, il y a vraiment lieu de se demander, non par scandale pharisaïque, mais par un respectueux étonnement pour une si grande dignité : Quel est celui qui remet même les péchés ? (Lc 7, 49) Mais précisément l’Homme-Dieu, qui avait et a le pouvoir sur terre de remettre les péchés (Lc 5, 24), a voulu le transmettre à ses prêtres pour aller, avec une libéralité et une miséricorde divine, au-devant de ce besoin de purification morale inhérent à la conscience humaine. Quel réconfort pour l’homme coupable, brisé par le remords et le repentir, d’entendre la parole du prêtre qui, au nom de Dieu, lui dit : " Je t’absous de tes péchés ! " Et l’entendre de la bouche de quelqu’un qui, à son tour, aura besoin lui aussi de la réclamer pour lui à un autre prêtre, non seulement n’avilit pas le don miséricordieux, mais le fait apparaître plus grand, en faisant mieux entrevoir, à travers la créature fragile, la main de Dieu par la vertu de laquelle s’opère la merveille. C’est pourquoi — pour Nous servir des paroles d’un écrivain qui traite aussi des choses sacrées avec une compétence rare chez un laïque — " quand un prêtre frémissant intérieurement à la pensée de son indignité et de la hauteur de ses fonctions, a posé sur notre tête ses mains consacrées quand, humilié de se trouver le dispensateur du Sang de l’Alliance, étonné chaque fois de proférer des paroles qui donnent la vie, pécheur il a absous un pécheur, nous relevant, nous sentons que nous n’avons pas commis une bassesse... Nous avons été aux pieds d’un homme qui représentait Jésus-Christ... nous y avons été pour acquérir la qualité d’hommes libres et d’enfants de Dieu (16) ".

12. Et ces pouvoirs élevés, conférés au prêtre par un sacrement institué spécialement dans ce but, ne sont pas en lui transitoires et passagers, mais stables et perpétuels, unis qu’ils sont à un caractère indélébile imprimé dans son âme, par lequel il est devenu prêtre pour l’éternité (Ps 109, 4), à la ressemblance de Celui qui possède le sacerdoce éternel dont il est fait participant, caractère que le prêtre, même dans les plus déplorables aberrations où peut le faire tomber la fragilité humaine, ne pourra jamais effacer de son âme.

13. Mais avec ce caractère et ces pouvoirs, le prêtre reçoit aussi, par le sacrement de l’Ordre, une grâce nouvelle et spéciale, avec un droit à des secours particuliers, par lesquels, si sa coopération libre et personnelle seconde fidèlement l’action divinement puissante de la grâce elle-même, il pourra dignement s’acquitter de toutes les obligations difficiles de l’état sublime auquel il a été appelé, et porter, sans en être accablé, les redoutables responsabilités qui sont inhérentes au ministère sacerdotal et qui faisaient trembler même les plus forts athlètes du sacerdoce chrétien, comme saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Grégoire le Grand, saint Charles et tant d’autres.

14. Mais le prêtre catholique est encore ministre du Christ et dispensateur des mystères divins (cf. 1 Co 4, 1) par la parole, par ce ministère du verbe (Ac 6, 4) qui est un droit inaliénable et à la fois un devoir imprescriptible qui lui est imposé par Jésus-Christ lui-même : Allez, enseignez toutes les nations... leur enseignant à garder tout ce que je vous ai ordonné (Mt 28, 19-20). L’Eglise du Christ, dépositaire et gardienne infaillible de la divine révélation, par le moyen de ses prêtres répand les trésors des vérités célestes, prêchant Celui qui est la vraie lumière illuminant tout homme venant en ce monde (Jn 1, 9), répandant avec une divine profusion cette semence, bien petite et méprisée au regard profane du monde, mais qui, comme le grain de sénevé (cf. Mt 13, 31-32), a en elle la vertu de pousser des racines solides et profondes dans les âmes sincères et altérées de vérité et les rend capables de résister, comme des arbres vigoureux, même aux plus fortes tempêtes.

15. Au milieu de toutes les aberrations de la pensée humaine ivre d’une fausse liberté qui l’exempte de toute loi et de tout frein, au milieu de la corruption effroyable de la malice humaine, se dresse, phare lumineux, l’Eglise qui condamne toute déviation à droite ou à gauche de la vérité, qui indique à tous et à chacun la voie droite à suivre, et malheur si même ce phare, Nous ne disons pas venait à s’éteindre, ce qui est impossible grâce aux promesses infaillibles sur lesquelles il est fondé, mais venait à être gêné dans la large diffusion de ses rayons bienfaisants ! Nous voyons déjà combien néfaste a été pour le monde le fait d’avoir rejeté orgueilleusement la révélation divine et d’avoir suivi, fût-ce même sous le titre spécieux de science, de fausses théories philosophiques et morales ! Que si, sur la pente de l’erreur et du vice, on n’est pas encore tombé plus bas, on le doit aux rayons de la vérité chrétienne sans cesse répandus dans le monde. Or, l’Eglise exerce son " ministère du verbe " par le moyen des prêtres, sagement répartis à travers les degrés variés de la hiérarchie sacrée. Elle envoie sur tous les rivages des hérauts infatigables de la bonne nouvelle qui seule peut conserver, ou porter, ou faire revivre la vraie civilisation. La parole du prêtre, même au milieu du tourbillon des passions, s’élève sereine, annonce sans crainte la vérité et le bien : cette vérité qui éclaire et résout les plus graves problèmes de la vie humaine ; ce bien qu’aucun malheur, pas même la mort, ne peut enlever, que la mort plutôt assure et rend immortel.

16. Si l’on considère une à une les vérités que le prêtre doit inculquer fréquemment pour être fidèle aux devoirs de son ministère, et si l’on en pèse la force intime, on comprend combien grande et bienfaisante est l’influence du prêtre pour l’élévation morale, la pacification et la tranquillité des peuples. Cela ne s’avère-t-il pas quand il rappelle aux grands et aux petits le caractère éphémère de la vie présente, la caducité des biens terrestres, la valeur des biens spirituels et de l’âme immortelle, la sévérité du Souverain Juge, la sainteté incorruptible de l’œil divin qui scrute les cœurs de tous et rendra à chacun selon ses œuvres ? (Mt 16, 27) Rien de plus approprié que ces enseignements et autres semblables pour tempérer cette avidité fébrile de jouissance, cette cupidité effrénée des biens temporels, qui dégradent aujourd’hui tant d’âmes et poussent les diverses classes de la société à se combattre, au lieu de s’aider tour à tour par une collaboration mutuelle. Au milieu de tant d’égoïsmes qui s’entrechoquent, de tant de haines qui s’enflamment, parmi tant de sombres projets de vengeance, rien de plus opportun et de plus efficace que de proclamer hautement le commandement nouveau (Jn 13, 34) de Jésus, le précepte de la charité, qui s’étend à tous, ne connaît ni barrière ni frontière de nations ou de peuples, n’excepte pas même l’ennemi.

17. Une expérience glorieuse, vieille déjà de vingt siècles, démontre toute l’efficacité salutaire de la parole sacerdotale qui, étant l’écho fidèle et la répercussion de cette parole de Dieu qui est vivante et efficace et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, atteint, elle aussi, jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit (Hb 4, 12), suscite des héroïsmes de tout genre, dans toute classe et en tout lieu, et crée l’action désintéressée des cœurs les plus généreux. Tous les bienfaits que la civilisation chrétienne a portés dans le monde sont dus, du moins à leur origine, à la parole et à l’action du sacerdoce catholique. Et un tel passé suffirait par lui-même à donner confiance même pour l’avenir, si nous n’avions une parole plus ferme (2 P 1, 19) dans les promesses infaillibles du Christ.

18. L’œuvre missionnaire aussi, qui manifeste d’une manière si lumineuse la puissance d’expansion dont est dotée l’Eglise par vertu divine, est formée et réalisée principalement par le prêtre qui, pionnier de la foi et de la charité, au prix d’innombrables sacrifices, étend et dilate le Royaume de Dieu sur la terre.

19. Le prêtre, finalement, continuant encore en cela la mission du Christ qui passait la nuit entière à prier Dieu (Lc 6, 12) et vit toujours pour intercéder en notre faveur (Hb 7, 25), à titre d’intercesseur public et officiel de l’humanité auprès de Dieu, a la charge et le mandat d’offrir à Dieu au nom de l’Eglise, non seulement le sacrifice de l’autel, mais aussi le sacrifice de louange (Ps 49, 14) avec la prière publique et officielle ; par des psaumes, des prières et des cantiques empruntés en grande partie aux livres inspirés, il paie à Dieu chaque jour, à plusieurs reprises, ce tribut obligatoire d’adoration, et accomplit ce devoir nécessaire d’impétration pour l’humanité, aujourd’hui plus que jamais dans l’affliction et le besoin de Dieu. Qui peut dire combien de châtiments la prière sacerdotale éloigne de l’humanité prévaricatrice et que de bienfaits elle lui procure et lui obtient ? Si la prière, même privée, a des promesses divines aussi magnifiques et aussi solennelles que celles que Jésus-Christ lui a faites (cf. Mt 7, 7-11 ; Mc 11, 24 ; Lc 11, 9-13), combien plus puissante sera la prière faite d’office au nom de l’Eglise, Epouse bien-aimée du Rédempteur ! Et le chrétien, même si trop souvent il oublie Dieu dans la prospérité, conserve au fond de l’âme la confiance en la prière ; il sent que celle-ci peut tout, et par une sorte d’instinct surnaturel, en toute difficulté, en tout péril privé ou public, il recourt avec une singulière confiance à la prière sacerdotale. C’est à elle que demandent un réconfort les malheureux de toute sorte ; c’est à elle que l’on recourt pour implorer l’aide divine dans toutes les vicissitudes de cet exil terrestre. Vraiment, " le prêtre est placé entre Dieu et la nature humaine : nous communiquant les biens qui viennent de Lui, lui portant nos prières, apaisant le Seigneur irrité (17) ".

Du reste, comme Nous l’indiquions dès le début, les ennemis de l’Eglise eux-mêmes montrent à leur façon qu’ils sentent toute la dignité et l’importance du sacerdoce catholique, dirigeant contre lui leurs traits les plus acérés et les plus féroces, sachant parfaitement combien est intime le lien qui unit l’Eglise et ses prêtres. Les ennemis les plus acharnés du sacerdoce catholique sont aujourd’hui les ennemis mêmes de Dieu ; voilà un titre d’honneur qui rend le sacerdoce plus digne de respect et de vénération.

20. Elle est donc très sublime, Vénérables Frères, la dignité du sacerdoce. Les faiblesses de quelques indignes, si déplorables et douloureuses qu’elles soient, ne peuvent obscurcir la splendeur d’une si haute dignité ; elles ne doivent pas faire oublier les mérites de tant de prêtres remarquables par leur vertu, leur savoir, les œuvres de leur zèle, leur martyre. D’autant plus que l’indignité du sujet ne rend pas invalides les actes de son ministère : l’indignité du ministre ne porte pas préjudice à la validité des sacrements qui tirent leur efficacité du Sang du Christ indépendamment de la sainteté de l’instrument : comme on dit en langage scolastique, ils produisent leur effet " ex opere operato ".

21. Il est pourtant très vrai qu’une pareille dignité exige par elle-même de celui qui en est revêtu une élévation de pensées, une pureté de cœurs, une sainteté de vie qui répondent à la sublimité et à la sainteté de la fonction sacerdotale. Celle-ci, comme nous l’avons dit, fait du prêtre un médiateur entre Dieu et l’homme, au nom et par délégation de celui qui est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus homme (1 Tm 2, 5). Le prêtre doit donc s’approcher, autant qu’il est possible, de la sainteté de celui dont il tient la place et se rendre toujours plus agréable à Dieu par la sainteté de sa vie et de ses œuvres ; car, plus que le parfum de l’encens, plus que l’éclat des temples et des autels, Dieu aime la vertu et s’y complaît. " Ceux qui sont médiateurs entre Dieu et le peuple — dit saint Thomas — doivent briller devant Dieu par leur bonne conscience et devant les hommes par leur bonne renommée (18). " D’autre part, si celui qui touche et administre les choses saintes mène une vie coupable, il les profane et devient sacrilège : " Ceux qui ne sont pas saints ne doivent pas toucher les choses saintes (19). "

22. C’est pourquoi, déjà sous l’Ancienne Loi, Dieu commandait à ses prêtres et à ses lévites : Qu’ils soient saints, parce que moi le Seigneur qui les sanctifie je suis saint (Lv 21, 8). Et Salomon le Sage, dans le cantique pour la dédicace du temple, demandait précisément ceci pour les fils d’Aaron : Que tes prêtres se revêtent de la justice, et que tes saints exultent (Ps 131, 9). Or, Vénérables Frères, " si une telle justice, une telle sainteté et une telle promptitude — dirons-nous avec saint Robert Bellarmin — étaient demandées à ces prêtres qui sacrifiaient des brebis et des bœufs et louaient Dieu pour des bienfaits temporels, qu’est-il exigé, je vous le demande, de prêtres qui sacrifient l’Agneau divin et rendent grâces pour des bienfaits éternels ? (20) ". " C’est une grande dignité, s’écrie saint Laurent Justinien, une charge plus grande encore ; placés sur un degré élevé, il faut aussi qu’ils s’élèvent au sommet de la vertu ; autrement, ce n’est pas pour leur mérite, mais pour leur condamnation qu’ils sont au-dessus des autres (21). "

23. Et, en vérité, toutes les raisons que Nous avons invoquées plus haut pour démontrer la dignité du sacerdoce catholique, reviennent ici comme autant d’arguments pour démontrer le devoir qui incombe aux prêtres d’une sublime sainteté, car, comme l’enseigne le docteur angélique, " pour s’acquitter dignement des fonctions sacerdotales, il ne suffit pas d’une vertu quelconque, mais il faut une vertu excellente, afin que, de même que ceux qui reçoivent les ordres sont placés au-dessus des autres par le rang, ils leur soient aussi supérieurs par le mérite de leur sainteté (22) ". De fait, le Sacrifice eucharistique, dans lequel s’immole la Victime immaculée qui enlève les péchés du monde, exige d’une façon particulière que le prêtre, par une vie sainte et droite, se rende le moins indigne possible du Dieu à qui, tous les jours, il offre cette Victime adorable, le Verbe de Dieu lui-même incarné par amour pour nous. " Reconnaissez ce que vous faites, imitez ce que vous accomplissez (23) ", dit l’Eglise par la bouche de l’évêque aux diacres qui vont être consacrés prêtres. En outre, le prêtre distribue la grâce de Dieu dont les sacrements sont les canaux ; mais il répugnerait par trop que ce dispensateur fût lui-même privé de cette grâce si précieuse, ou même qu’il en fit une piètre estime et s’en montrât gardien négligent.

24. De plus, il doit enseigner la vérité de la foi ; or la vérité religieuse ne s’enseigne jamais si dignement et si efficacement que lorsqu’elle est enseignée par la vertu, car, selon l’adage courant : " Les actes de vertu convainquent, mais les exemples entraînent. " Il doit annoncer la loi évangélique, mais pour obtenir que les autres l’embrassent, l’argument le plus accessible et le plus persuasif, avec la grâce de Dieu, c’est la vue de cette loi mise en pratique dans la vie de celui qui en prêche l’observation. Et saint Grégoire le Grand en donne la raison : " La voix qui pénètre le plus facilement dans le cœur des auditeurs est celle que la vie du prédicateur appuie, car ce qu’il enseigne par ses paroles, il aide à le faire par son exemple (24). " Aussi la Sainte Ecriture dit précisément du divin Rédempteur qu’il commença par faire et enseigner (Ac 1, 1), et si les foules l’acclamaient, ce n’est pas tant parce que personne n’a jamais parlé comme cet homme (Jn 7, 46), mais bien plutôt parce qu'Il a bien fait toute chose (Mc 7, 37).

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