Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 10)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE 5 Des diverses traductions grecques

On compte neuf éditions grecques de l’ancien testament, en plus de celle dont se souvient Clément d’Alexandrie (livre 1 stromate) qui, a été faite, avant le règne d’Alexandre, par un auteur incertain, de laquelle Platon et d’autres auteurs ont puisé certaines choses. Mais à cause de la célébrité de la traduction des septante, cette antique traduction fut négligée et finit par tomber en désuétude, de sorte qu’on s’en souvient à peine, et qu’elle n’est plus cataloguée.

Celle dont on a coutume de parler d’abord et avant tout, est celle que, sur l’ordre de Ptolémée Philadelphie, les septante ont éditée, et dont nous parlerons dans le chapitre suivant. Voir, à ce sujet, Eusèbe (histoire de l’église, livre 6, chapitre 13), saint Athanase dans sa synopsis, et Épiphane (dans son livre des mesures et des poids), auteurs qui recensent méthodiquement les traductions.

La deuxième traduction de l’ancien testament de l’hébreu en grec, a été faite par Aquila Pontico, la douzième année de l’empereur Adrien, comme le rapporte Épiphane à l’endroit cité. Aquila a d’abord été païen avant de devenir chrétien. Il fut ensuite chassé de l’Église parce qu’il s’adonnait à l’astrologie, et se tourna vers les Juifs. Et comme c’est à cette époque qu’il fit sa traduction de l’ancien testament, on pense qu’elle n’a pas été faite complètement de bonne foi.

La troisième traduction a été faite sous l’empereur Théodotion. Bien que cet auteur ait été un hérétique marcioniste devenu prosélyte Juif, sa traduction, au témoignage d’Épiphane, est plus fidèle que d’autres semblables. C’est pourquoi l’Église lit toujours l’histoire de Daniel d’après la traduction de Théodotion, comme l’atteste saint Jérôme dans sa préface de Daniel.

La quatrième est celle de Symmaque, qui a été faite au temps de l’empereur Sévère Auguste. Je ne sais trop ce qui a induit en erreur saint Athanase et Épiphane quand ils nous expliquent que c’est sous Sévère que Symmachus a écrit, et Théodotion sous Commode, le fils de Marc-Aurèle, alors qu’il ne fait aucun doute que Commode ait précédé Sévère. Et pourtant, les auteurs placent Symmaque en premier, et Theodotion en second. Quand à Symmaque, il fut d’abord un ébionite, si nous en croyons Eusèbe. Et parce qu’il ne put, chez eux, obtenir le premier rang, il s’est joint aux Juifs, et s’est fait circoncire une deuxième fois. Épiphane explique en marge qu’il ne faut pas s’étonner que Symmaque se soit fait circoncire une seconde fois, car, avec la technique médicale de l’époque et à l’aide de certains instruments, on pouvait rétablir le prépuce coupé, ou l’étirer. Et c’est ce que saint Paul dit aux Corinthiens (1, 7) : « Si tu étais circoncis quant tu as été appelé, ne greffe pas de nouveau un prépuce », ou comme le veulent les paroles grecques : « ne l’étire pas ! »

La cinquième édition grecque ne porte pas de nom d’auteur. On l’a trouvée dans des ruines près de la ville de Jéricho, l’an 7 d’Antoine Caracallas, qui a succédé à son père Sévère, comme nous le rapporte Épiphane.

La sixième est également sans nom d’auteur. Selon le témoignage d’Épiphane, on l’a trouvée dans des ruines près de la ville de Nicée, sons l’empereur Alexandre. De toutes ces traductions, Origène en composa une autre qu’on appelait hexaple ou tetraple ou octaple. Car, il disposa toutes les pages en six colonnes. Dans la première, il plaça le texte hébreu en lettres hébraïques, dans la seconde le texte hébreu en lettres grecques, dans la troisième la traduction d’Aquila, dans la quatrième celle de Symmaque, dans la cinquième celle des septante, dans la sixième celle de Théodotion. On appela ce regroupement de textes un tetraple à cause des quatre traductions, et un exhaple à cause des sept colonnes. Il ajouta ensuite la cinquième et la sixième traductions dans les deux autres colonnes, ce qui donna le nom de octaple.

La sixième traduction d’Origène, n’est pas une traduction de l’hébreu, mais une relecture de celle des septante. Il l’a tellement amendée en empruntant de Thedotion, et en changeant les caractères, qu’il en fit presque une nouvelle version. Cette traduction obtint une telle autorité qu’elle remplit vite toutes les bibliothèques, comme le rapporte saint Jérôme à saint Augustin dans la lettre 89 (qui est la onzième dans les épitres de saint Augustin), Dans sa préface d’Isaïe, saint Jérôme écrit que cette traduction d’Origène a été adoptée par tous.

La huitième édition est celle de saint Lucien prêtre et martyr. Ayant noté plusieurs défauts aux traductions précédentes, il s’est imposé le labeur d’une nouvelle traduction. Saint Athanase rapporte que cette traduction, écrite de la main du martyr, et conservée dans un mur, a été découverte en Nicomédie au temps de l’empereur Constantin. Saint Lucien a été martyrisé sous Dioclétien et Maximin, alors que Maximin exerçait la tyrannie en Orient, comme l’indique brièvement saint Athanase dans synopsis, et comme le raconte plus longuement Eusèbe (histoire de l’église, livre 9, chap 6).

La neuvième et dernière édition est celle d’Hesychius, qui amenda la traduction des septante, et remit son texte aux églises d’Égypte. De ces éditions, saint Jérôme parle ainsi dans sa préface (dans le livre des parip) : « Alexandrie et l’Égypte lisent les septante amendée par Hesychium. De Constantinople à Antioche on utilise la traduction du martyr Lucien. Les provinces médianes lisent les codex palestiniens, ceux qui, provenant d’Origène, ont été vulgarisés par Eusèbe de Césarée et le martyr Pamphyle. 29 juillet 2017 à 18:24 fin

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11 mars 2017 à 19:21 début

CHAPITRE 6 La traduction des septante

Cinq questions se posent au sujet de la traduction faite par les soixante-dix anciens, laquelle occupe le premier rang parmi toutes les autres traductions grecques. La première. En quel temps a-t-elle était faite ? La deuxième. De quels livres s’agit-il ? La troisième. Comment cette traduction a-t-elle était faite ? La quatrième. Quelle est son autorité ? La cinquième. Avons-nous encore aujourd’hui le texte original ?

Il est facile de répondre à la première question. Car, même si saint Irénée, (livre 3, chap 25), et Clément d’Alexandrie (au livre 1 des stromata) écrivent qu’elle a été faite sous le règne de Ptolémée, fils de Lagus, tous les autres donnent à ce Ptolémée le nom de Philadelphus (Aristée dans son histoire de la traduction, Joseph, dans le livre 12, chap 2 des antiquités, Philon dans le livre 2 de la vie de Moïse, Tertullien au chapitre 18 de son apologie, Athanase dans sa synopsis, Épiphane dans les mesures et les poids, etc) Mais le laps de temps qui les sépare n’est pas tellement grand, car ce Ptolémée a succédé de près au précédent.

Cette dernière opinion est supérieure à l’autre parce qu’elle a pour elle des témoins plus nombreux et plus anciens. De plus, Épiphane prit soin d’indiquer non seulement le règne, mais l’année. Il dit, en effet, que cette traduction a été faite la dix-septième année du règne de Ptolémée Philadelphus, et que 291 ans se sont écoulés de cette date à la naissance du Christ. Que cette traduction ait été faite tant d’années avant la naissance du Christ, ce n’est pas sans une inspiration divine. Car, comme l’écrit Eusèbe dans le livre 8, chapitre 1 de sa préparation évangélique, s’il avait fallu la faire cette traduction après le Christ, ou les Juifs, par envie, auraient caché les Écritures, ou ils nous auraient donné une traduction fautive. De toute façon, ou aurait eu de bonnes raisons de douter qu’ils nous aient donné une vraie traduction.

La seconde question est un peu plus ardue. Car, saint Jérôme (dans ses questions hébraïques, dans son chapitre 5 d’Ezéchiel, et dans le chapitre 2 de Michée), semble pencher vers l’affirmation que seul le pentateuque ait été traduit. Et il le prouve en citant Aristée dans son livre de la traduction des septante, la préface de Joseph dans son livre des antiquités 12, 2. Vous pouvez ajouter à ceux-là Philon au livre 2 de sa vie de Moïse. Ces auteurs ne font mention que de la loi. Mais d’autres affirment qu’ils ont tout traduit, (comme saint Justin dans son dialogue avec Triphon, saint Irénée livre, chap 25, Clément d’Alexandrie au livre 1 des stromata, Épiphane dans le livre des mesures et des poids, Eusèbe de Césarée au livre 8, chap 1 de sa préparation.) Cette opinion est de beaucoup plus probable, car les apôtres, en citant les psaumes, se sont servis de la traduction grecque. Or, au temps des apôtres, il n’existait pas d’autre traduction de l’ancien testament que celle des septante.

Or, il n’est pas vraisemblable que ce roi qui faisait venir de tous les pays du monde des livres pour sa bibliothèque, se soit contenté de la thora, et n’ait pas voulu que soient aussi traduits les oracles des prophètes, et les autres livres très anciens des Juifs. De plus, comment s’étonnerait-on qu’ils aient pu faire leur traduction en 72 jours, s’ils n’avaient traduit que le pentateuque, car, sans aucun miracle, on peut le traduire en moins de temps. Saint Jérôme n’enseigne pas le contraire en affirmant, mais en doutant. Car il lui arrive parfois, dans ses commentaires des prophètes, de faire mention de la traduction des soixante-dix, et de l’expliquer. Il faut savoir aussi qu’Aristée n’entendait pas, par le mot loi, le seul pentateuque, à la façon des Juifs, mais tous les livres sacrés. Car tous les livres tiraient leur nom de la loi, qui était le livre principal. C’est ce qu’on trouve dans saint Jean 10 et 15, où le Seigneur dit qu’est écrit dans la loi des Juifs ce qui est écrit dans les psaumes. Saint Paul enseigne aussi, 1 Corinth 14, qu’est écrit dans la loi ce qui est écrit dans Isaïe.

Au sujet de la troisième question, c’est une chose certaine, célébrée par le consentement unanime, que soixante-douze hommes Juifs âgés, provenant de chacune des tribus d’Israël, connaissant parfaitement l’une et l’autre langue, ont mis, auprès du Pharaon d’Égypte, 72 jours à traduire, de l’hébreu au grec, avec une unité de vue admirable, les divines Écritures. Cette traduction, l’ont-ils faite séparément, deux par deux, ou en se consultant tous les uns les autres ? La question se pose, et elle n’est pas encore pleinement résolue. Épiphane dit dans son livre des poids et des mesures, que les traducteurs se sont renfermés deux par deux dans des cellules, et que, par un miracle divin, chaque groupe de deux avait produit la même traduction, de sorte qu’ils présentèrent 36 exemplaires de la même version.

Saint Justin, lui, dans son exhortation aux Gentils, raconte qu’ils étaient tous un par cellule, et que, par un miracle plus grand encore, toutes les traductions étaient semblables; qu’il avait lui-même vu, à Alexandrie, des vestiges de ces cellules. Plusieurs ont adopté le récit de saint Justin, comme saint Irénée, livre 3, chap 25, saint Cyrille de Jérusalem dans sa catéchèse 4, Clément d’Alexandrie au livre 3 des stromata, et saint Augustin dans son livre 18, chap 42 de la cité de Dieu. Mais dans le livre 2, chap 15 de la doctrine chrétienne, il n’ose pas affirmer la chose. À ceux-ci s’joutent de plus récents témoignages sur ces cellules, comme Philon au livre 2 de la vie de Moïse, Tertullien dans son apologie, chap 19, et saint Jean Chrysostome dans son homélie 5 sur Matthieu. Mais ces trois n’ont pas de souvenir précis sur les cellules. Ils disent seulement que, d’une façon admirable, ils se sont tous rencontrés dans la même formulation des faits et des idées, et dans les mêmes mots.

Mais, saint Jérôme dans sa préface au pentateuque rit ouvertement de cette histoire : « Je ne sais pas quel est le premier auteur qui ait construit, avec son mensonge, soixante-dix cellules à Alexandrie. » Saint Jérôme estime donc que les 72 interprètes étaient assis dans le même palais royal quand, en se parlant entre eux, ils ont traduit la bible. Cela, il le prouve par le témoignage d’Aristée, qui fut présent, lequel affirme que, en se consultant les uns les autres à chaque jour jusqu’à l’heure de none, ils achevèrent la traduction en 72 jours. Saint Jérôme prouve la même chose en citant Josèphe, lequel, tout avide qu’il était de la gloire de son peuple, n’a aucun souvenir de ces cellules, quand il raconte cette histoire dans le livre 12, chap 2 des antiquités.

Nous pouvons ajouter, nous, Eusèbe de Césarée qui, dans son livre 8, chap 1 de la préparation évangélique, raconte, toute l’histoire, en citant Aristée, sans faire mention de cellules. Ajoutons également Tertullien, Philon, et saint Jean Chrysostome, cités plus haut, qui, en racontant cette histoire, on passé les cellules sous silence. Ils auraient dit un mot sur cette partie principale du récit s’ils y avaient prêté foi. Le fait de parler d’un consentement unanime dans la même phrase et dans les mêmes mots n’implique pas nécessairement qu’on se réfère à des cellules. Il est vrai que ce fut un miracle que tant d’hommes puissent arriver, en se consultant entre eux, à traduire de la même façon. Car, là où il y a une multitude, on ne peut éviter la diversité des jugements. Ou bien, on n’arrive pas à s’entendre, ou bien ce n’est qu’après de longues heures de discussion qu’on finit par tomber d’accord, et non sans faire des compromis. C’est pourquoi saint Augustin, dans le livre 2, chap 15 de la doctrine chrétienne, estime que, en admettant tous que les septante aient traduit la bible comme d’une seule bouche, ils sont d’accord sur l’essentiel autant ceux qui admettent des cellules que ceux qui les rejettent.

La position de ceux qui rejettent les cellules me semble plus probable. Elle a semblé aussi plus probable à Titelmannus dans son prologue apologétique pour l’édition de la vulgate, et à André Masio dans la préface à ses annotations sur Josué. Car, il a pu facilement arriver que les Juifs soient parvenus à persuader saint Justin de croire dans une fable inventée par eux, et, en lui montrant des ruines quelconques, de lui faire croire que c’était les cellules des septante. Et il est facile aussi de comprendre que les auteurs qui vinrent après lui l’aient cru sur parole. Mais que Aristée, qui était présent, ait pu faire un faux récit, cela n’est pas croyable. Car je ne suis pas troublé par ce que prétendent Louis Vives dans le chap 42, livre 18 de la cité de Dieu, et Leo a Castra dans sa préface au commentaire d’Isaïe, chap 35. Ils disent que ce livre n’est pas d’Aristée, mais qu’il a été composé par les Juifs. Car, tout ce que Tertullien, Eusèbe de Césarée et saint Jérôme ont cité d’Aristée, nous l’avons mot pour mot dans le texte qui nous avons de lui encore aujourd’hui.

Mais, ils répliquent. Épiphane lit Aristée, et le cite, et pourtant, il se souvient de cellules, ce qu’il n’aurait pas fait si Aristée avait exclu les cellules, Je ne sais pas ce que Leo a Castro veut prouver par ce témoignage d’Épiphane. Car, ou il veut en conclure qu’au temps d’Épiphane, le livre d’Aristée était intègre, et qu’il a été corrompu ensuite, --ce qui est manifestement réfuté par Josèphe et Eusèbe de Césarée qui ont écrit avant Épiphane, et qui pourtant ne trouvèrent pas de cellules dans Aristée—ou il veut qu’avant le temps d’Épiphane, le livre d’Aristée n’ait pas encore été inventé, mais qu’on l’avait trouvé alors. Mais, même cela on ne peut pas le dire car saint Jérôme qui vécut au même temps qu’Épiphane, et même un peu après, dit clairement que le recours au livre d’Aristée ne prouve pas les cellules, mais les réfute.

De plus, Épiphane, contrairement à l’opinion de tous, pose trente six cellules, là où les autres en mettent soixante-douze, ou aucune. Or, il n’est pas logique de faire passer Épiphane avant tous les autres. Il est donc plus vraisemblable ou qu’Épiphane n’ait pas lu Aristée, ou qu’il ait cru ce que rapportaient les autres, ou que, quant il écrivait, il n’ait pas eu le livre sous la main, et que sa mémoire l’ait trahi. Ce qui est le plus vraisemblable c’est qu’il ait reçu cette histoire des cellules de saint Justin et de saint Irénée. Et nous constatons pourtant que l’oubli lui a fait raconter la chose autrement que ces auteurs la rapportent.

Venons-en à la quatrième question. L’autorité de la traduction des septante. Dans sa préface au pentateuque, saint Jérôme affirme que les soixante-dix traducteurs ne sont pas des prophètes, mais des traducteurs; et il fait souvent des reproches à leur traduction (dans les questions hébraïques, dans son livre de la meilleure façon de traduire, dans son épitre à Sunam et Fratellam, et dans son commentaire sur les prophètes). Néanmoins, il est absolument certain que les septante ont fait une excellente traduction, et qu’ils ont bénéficié d’une manière particulière, de l’aide du Saint Esprit pour qu’ils ne fassent pas d’erreur, de sorte qu’ils ne semblent pas tellement des traducteurs que des prophètes.

On le prouve cela à partir de la sentence commune. Car c’est ce qu’affirment constamment tous les auteurs cités : Aristée, Philon, Josèphe, saint Justin, saint Irénée, Eusèbe de Césarée, Clément d’Alexandrie, Épiphane, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille, et, parmi les latins, Tertullien, saint Augustin, saint Hilaire dans sa préface des psaumes, et tous les autres. On ne doit pas exclure de ce nombre saint Jérôme, lui qui dans la préface 1 au Paral a écrit : « Si on avait la traduction des 70 telle qu’ils l’ont éditée, en travaillerait en vain à faire d’autres traductions. » Et dans la préface 2, il dit que les 70 traducteurs étaient remplis du Saint Esprit et que leur traduction est véridique. Et dans son apologie contre Ruffin, il déclare qu’il n’a jamais voulu se détourner des 70.

De quoi nous pouvons déduire que, quand il blâme la traduction des septante, ce n’est pas la traduction elle-même qu’il trouve en défaut, mais les fautes qui s’y sont glissées ensuite, ou par négligence, ou par malice, ou par ignorance. Lorsqu’il dit qu’ils étaient des interprètes et non des prophètes, il ne s’oppose pas à ceux qui affirment qu’ils ont été plus des prophètes que des interprètes, car ces auteurs n’entendaient pas dire qu’ils étaient de véritables prophètes, mais qu’ils avaient reçu une aide spéciale du Saint Esprit. Saint Jérôme ne nie pas cela non plus, comme nous l’avons montré, avec ses propres paroles.

Il est même arrivé que les apôtres aient recours à cette traduction, et souvent même, comme leurs citations le révèlent. Saint Irénée l’affirme en toutes lettres, et même saint Jérôme dans sa préface de l’évangile de saint Damase. Et de plus, l’Église catholique a utilisé cette traduction pendant plusieurs siècles, comme le reconnait saint Jérôme dans sa préface 1 dans les Paralipomènes. Ce n’est donc pas sans miracle que, avec une telle rapidité et une telle unanimité, une œuvre aussi considérable ait pu être menée à bien. Et Philon rapporte que, à chaque année, dans le lieu même où a été finalisée la traduction, une fête est célébrée pour perpétuer le souvenir d’une chose aussi mémorable.

La dernière question. Je n’ignore pas qu’il y en ait qui estiment que la traduction faite par les septante soit disparue au complet. Mais je crois qu’il est plus raisonnable de penser qu’elle existe toujours, mais qu’elle est faussée et viciée au point de paraître une toute autre traduction. Qu’elle existe toujours nous le démontrent plusieurs citations faites par les anciens, que nous retrouvons telles quelles dans notre texte à nous. De plus, comme elle a toujours été la traduction la plus célèbre et la plus généralement utilisée, qui pourra croire que, après l’avoir négligée ou abolie, on en ait conservé une autre à sa place ? Qu’elle ait été corrompue, et grandement viciée en plusieurs passages, au point qu’il ne soit plus à conseiller d’y recourir pour corriger des codex latins ou grecs, on peut le prouver par plusieurs arguments.

Premièrement, par le témoignage de saint Jérôme qui, dans sa préface aux paralipomènes et à celle d’Esdras, et ailleurs, nous avertit souvent que la traduction des septante a été viciée de plusieurs et de diverses façons. Deuxièmement, les soixante-dix traducteurs ont, dit-on, traduit mot pour mot. Cela est si vrai que celui qui connaîtrait parfaitement les deux langues se rendrait donc compte immédiatement de la fidélité de leur traduction. C’est ce qu’écrit Philon au livre 2 de la vie de Moïse : « Les mots grecs employés par les traducteurs correspondent parfaitement aux mots chaldéens. En font la preuve quotidiennement aussi bien les chaldéens qui ont appris la langue grecque, que les grecs qui ont appris la langue chaldéenne. Tous s’étonnent de l’exactitude et de la fidélité de la traduction, et n’ont que de l’admiration pour le choix des mots. » Que ne trouble pas le fait qu’il appelle chaldéenne la langue hébraïque, car il parle ainsi parce que ces langues sont apparentées, et parce que la chaldéenne était alors plus connue à cause de l’empire des Assyriens. Que la chaldéenne soit différente de l’hébraïque saint Jérôme nous le fait remarquer au chapitre 1 de Daniel, où il est écrit que Daniel reçut du roi Nabuchodonosor l’ordre d’apprendre la langue chaldéenne.

Ce n’est pas seulement Philon, mais même Aristée avant lui, qui attestent qu’il y avait une correspondance admirable des choses et des mots dans les codex hébraïques et grecs. Et il ajoute à la fin de son livre que, avant d’être placée dans la bibliothèque du roi, cette traduction a été lue attentivement, examinée et discutée par plusieurs; qu’elle a été acclamée par tous comme une traduction sainte et fidèle, à laquelle il n’y avait rien à ajouter ou à ôter. Mais la version des septante que nous possédons maintenant diffère en plusieurs endroits de l’hébreu, n’a pas tous les passages que l’on trouve en hébreu, mais en a, par contre, qui ne s’y rencontrent pas, comme le savent tous ceux qui la pratiquent régulièrement. Que ceux qui, à cause de l’ignorance des langues, ne peuvent pas juger par eux-mêmes, lisent la préface de saint Jérôme au pentateuque, son épitre à Suniam et Fretellem, ses questions hébraïques, son commentaire sur les prophètes, et son livre sur l’art de traduire.

Ne parait pas satisfaisante l’objection de ceux qui prétendent que, à chaque fois qu’il diffère du grec, le texte hébreu a été corrompu. Car cela, même les hérétiques qui placent le texte grec avant l’hébreu, ne l’admettent pas. Les catholiques ne doivent pas non plus admettre ni enseigner que la vulgate latine, dont se sert l’Église depuis tant de siècles, et que le concile de Trente a jugée authentique, soit totalement corrompue. Car, à l’exception du psautier, la traduction latine correspond davantage aux codex hébreux qu’aux grecs.

Je n’ignore pas que certains Pères de l’église (Épiphane dans son livre des poids et des mesures, saint Jérôme dans sa préface au pentateuque, et dans son livre sur la traduction, saint Augustin dans le livre 18, chap 42 et 44 de la cité de Dieu) ont écrit que les soixante-dix traducteurs aient volontairement omis, ajouté ou traduit autrement certains passages, comme le leur dictait l’Esprit Saint. Mais ces Pères cherchaient pieusement des raisons pour excuser et défendre la traduction que l’Église utilisait alors. S’il en avait été vraiment ainsi, comment Philon aurait-il pu dire qu’il y avait une concordance parfaite entre les choses et les mots ? Comment Ariste aurait-il pu affirmer que tous ceux qui l’ont lue au début l’ont acclamée pour sa parfaite correspondance avec le texte hébreu ? N’auraient-ils pas plutôt déploré que tant de choses étaient été omises, tant de choses ajoutées, tant de choses traduites de travers ?

Troisièmement, on le prouve par plusieurs phrases que l’on rencontre dans cette traduction, et qui ne sont en aucune façon conformes à la réalité. Comme la computation des années de Mathusalem, Genèse, 5. Car, selon l’édition grecque, Mathusalem aurait vécu 14 ans après le déluge, sans avoir été dans l’arche. Car huit personnes seulement ont été sauvées dans l’arche, Noé, Sem, Cham, Japhet, et leurs épouses, comme le rapporte la Genèse, 6, 1, et Pierre 1, 3. Saint Jérôme (dans les questions hébraïques) et saint Augustin (au livre 15, chap 13 de la cité de Dieu), et Eucherius n’on pu solutionner ce problème qu’en admettant que le texte grec qu’ils utilisaient était fautif. Cette erreur, ils se gardaient bien de l’attribuer aux septante, mais aux copistes qui sont venus après. Ils ne purent donc pas nier que les codex que nous possédions alors étaient viciés. Voici un autre exemple tiré de la Genèse 26. Les septante écrivent que les serviteurs ont dit au sujet du puits : « nous n’avons pas trouvé d’eau », tandis que les codex hébreux et latins ont : « nous avons trouvé de l’eau ». Une seule de ces deux traductions est la bonne. Et il est certain que notre traduction est plus véridique, puisque, tout de suite après, on nous dit qu’Isaac a donné à ce lieu le nom d’abondance. Un autre exemple vient de Jean 3. Les septante écrivent : « encore trois jours, et Ninive sera détruite ». Mais les codex latins et hébreux ont : « encore quarante jours ». En commentant ce passage, saint Jérôme montre qu’on ne peut en aucune façon défendre cette traduction des septante. Et saint Augustin, au livre 18, chap 44 de la cité de Dieu, déclare que Jonas a dit quarante et non trente jours. On pourrait en citer encore d’autres, mais que ceux-là suffisent.

On le prouve, enfin, car il est connu que la traduction des soixante-dix a été corrompue en plusieurs lieux, comme saint Justin l’affirme dans son dialogue avec Triphon. Il est notoire que cette traduction est celle qui a été le plus corrigée par Origène, Lucien, Hesichius, saint Jérôme. Or on ne corrige que ce qui a été faussé. Il n’est pas croyable que cette traduction qui, pendant les trois premiers siècles, a été souillée de tant de taches, soit demeurée inviolée et intègre pendant les autres 1200 années. De plus, il est attesté qu’au temps de saint Jérôme, comme il l’écrit lui-même dans la lettre 89 à saint Augustin, qui est la onzième épitre de saint Augustin, tous les codex grecs de la version des septante avaient plusieurs choses provenant de la traduction de Théodotion, avec des guillemets d’abord, puis sans guillemets. La traduction de Théodotion étant malheureusement perdue, la plus grande confusion doit nécessairement régner là, car il n’est plus possible de distinguer ce qui vient des septante de ce qui vient de Théodotion.

CHAPITRE 7 L’édition grecque du nouveau testament

On a l’habitude de soulever deux questions au sujet de l’édition du nouveau testament. La première porte sur les auteurs de cette édition. La deuxième, sur l’autorité et sur l’intégrité de cette édition.

La première question n’est pas du tout nécessaire, et elle est très facile à résoudre. Car il est évident que le nouveau testament a été écrit en grec par les apôtres ou les disciples, dont le nom figure dans chacun de ces écrits, à l’exception des évangiles de saint Mathieu et de saint Marc, et de l’épitre aux Hébreux. Saint Matthieu a écrit son évangile en langue hébraïque, comme l’attestent saint Irénée, livre3, chap 1, saint Athanase dans sa synopsis, saint Jérôme dans sa préface au commentaire de saint Matthieu, au chap 11 d’Osée, et dans son livre des écrivains ecclésiastiques, dans Matthieu, et tous les autres.

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