Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 11)
Saint Athanase estime, au livre cité, que l’évangile de saint Matthieu a été traduit de l’hébreu en grec par l’apôtre saint Jacques. D’autres par saint Jean l’apôtre, et d’autres par saint Matthieu. Mais quel qu’en ait été le traducteur, cette traduction a été reçue par l’Église comme si saint Matthieu l’avait d’abord écrite en grec. C’est pourquoi nous ne sentons pas le besoin de l’évangile hébraïque que Munster a édité. Ni non plus de celui que Jean Tilius a pris soin récemment d’éditer, dans lequel manquent beaucoup de choses, où sont nombreuses les choses vaines, et où on se rend compte que beaucoup de choses ont été changées. Et Dieu sait si, par une astuce juive, cela n’a pas été fait pour détruire la confiance dans l’édition grecque et dans l’édition latine, car, c’est de leur arsenal qu’elle vient.
Le livre de saint Marc a été écrit en latin à Rome par saint Marc lui-même, et a été ensuite traduit en grec par lui-même à Aquilejae, d’après ce qu’enseigne Adrien Finus, dans le livre 6, chap 80, et au livre 8, chap 62 des flagellations des Juifs, ainsi que Petrus Antonius Beuther qui est de l’avis de Finus, dans ses annotations 8 et 9 à la sainte Écriture. Dans la vie de saint Pierre, qui vient en premier lieu dans le pontifical de Damase, il est indiqué assez clairement que l’évangile de Marc écrit d’abord en latin, a été traduit par lui en grec. De l’épitre aux Hébreux, nous avons déjà amplement parlé. Nous avons démontré que cette épitre a été écrite en grec par saint Paul lui-même, ou qu’elle a été traduite de l’hébreu au grec par un apôtre. En conséquence, toute l’édition grecque du nouveau testament a pour auteurs des apôtres ou des évangélistes.
En ce qui a trait à l’autorité, il ne saurait y avoir de doute que l’édition apostolique soit d’une suprême autorité, à moins d’avoir la preuve qu’elle ait été corrompue. Je pense, à ce sujet, la même chose que pour les codex hébreux, à savoir que l’édition grecque du nouveau testament n’est généralement pas corrompue; et qu’il n’y a pas de fontaines d’une pureté absolue qui nous oblige à corriger tout ce qui s’éloigne d’elles, comme le pensent faussement Calvin, Major, Kemnitius, et les autres hérétiques de ce temps.
Que les codex grecs ne sont pas, généralement parlant, corrompus, on peut facilement en faire la preuve. Car, bien que de nombreux hérétiques se soient efforcés de les corrompre, il ne manqua jamais de catholiques qui détectèrent leurs faussetés, et qui ne permirent pas que les livres sacrés en soient corrompus. L’hérétique du deuxième siècle Marcion, comme l’atteste Tertullien dans son livre 5 contre Marcion, enleva plusieurs choses du nouveau testament. Mais Épiphane les a toutes relevées, dans son hérésie 42, et tous nos codex les ont conservées. Les Ariens enlevèrent eux aussi de l’évangile de saint Jean « l’esprit est Dieu ». Mais saint Ambroise a signalé leur omission, et tous nos codex grecs ont la phrase sacrifiée.
Ils ne sont pas partout sans faute, et quelques erreurs se sont glissées ici et là par la négligence des copistes. Voilà pourquoi il n’est pas à conseiller de toujours corriger le texte latin par le texte grec. Exemple. Il est certain que dans l’épitre aux Corinthiens 1, 15, il faut lire : « le premier homme est de la terre, et il est terrestre; le second est du ciel et il est céleste », comme l’a non seulement le texte latin , mais comme le prouve Calvin au chap 7, de ses institutions, 12. Mais les Grecs lisent tous : « le second homme le Seigneur est du ciel ». Que cette déformation de la phrase provienne des corruptions faites par Marcion, le prouve le livre 5 de Tertullien dans contre Marcion.
De plus, dans Corinth 1, 7, nous avons, nous : « Celui qui est avec une femme se soucie des choses du monde, comment plaire à l’épouse, et il est divisé. La femme qui n’est pas mariée et la vierge pensent aux choses du Seigneur ». Les codex grecs ont une traduction différente, car ils unissent ce « est divisé » avec ce qui suit : « l’épouse est divisée, et la vierge ». Cette reddition du texte saint Jérôme affirme, dans son livre 1 contre Jovinien, qu’elle n’est pas conforme à la vérité apostolique. Autre exemple. Aux Romains 12, nous lisons : « servant le Seigneur ». Mais les codex ont le mot temps au lieu du mot Seigneur : « servant le temps ». Que notre traduction soit la plus véridique saint Jérôme nous l’explique dans son épitre à Marcella qui commence par les mots : « après une première épitre ». Il nous dit là que les codex grecs corrigés n’ont pas le mot temps, mais seigneur. Nous avons de plus le témoignage d’Origène, de saint Jean Chrysostome, et de Théophylacte qui ont lu et expliqué le texte comme le comporte la traduction latine.
On doit aussi ajouter que dans plusieurs codex grecs sont absentes plusieurs véritables parties de la sainte Écriture, comme l’épisode la femme adultère,(Jean 8), le dernier chapitre de saint Marc, le très beau témoignage de la trinité de saint Jean, et d’autres passages dont nous avons parlé plus haut. On trouve aussi dans les codex grecs des passages qui ne font pas partie de la divine Écriture, comme ce qui est ajouté après l’oraison dominicale, « car à toi est le règne, la puissance et la gloire dans les siècles ». Que ces mots ne fassent pas partie du texte et qu’ils soient des ajouts, deux choses peuvent nous le faire comprendre. La première. Tertullien, saint Cyprien, saint Ambroise, saint Jérôme, et saint Augustin ont expliqué l’oraison dominicale, sans jamais faire mention de ces mots. Ils connaissaient pourtant bien le grec. La seconde. Les Grecs, dans leur liturgie, récitent ces mots, mais non après l’oraison dominicale.
CHAPITRE 8 Les éditions latines
Au sujet des éditions latines, nous avons trois explications à donner. D’abord, combien ont été autrefois, et quelles ont été les éditions latines ? Ensuite, quel est l’auteur de celle que nous appelons vulgate ? Enfin, quelle est son autorité ?
Pour commencer par la première, disons d’abord que les traductions latines de l’ancien testament du grec des septante, et du nouveau testament ont été innombrables avant l’époque de saint Jérôme. C’est ce qu’affirme saint Augustin dans son livre 2, chap 11 de la doctrine chrétienne : « On peut compter sur les doigts ceux qui ont traduit l’ancien testament de l’hébreu au grec. Mais, pour les traducteurs latins, ce n’est pas possible. Car, dans les premiers temps de la foi, dès que le texte grec tombait dans les mains de quelqu’un qui savait les deux langues, il n’hésitait pas à le traduire. » Saint Jérôme enseigne la même chose dans sa préface à Josué : « Chez les latins, il y a autant de traducteurs que de lecteurs; chacun, à sa guise, a ajouté ou a enlevé ce qui lui semblait bon. »
Il y en avait quand même une qui était plus usitée que les autres. On l’appelait l’ancienne édition, ou la vulgate, comme nous le montre saint Grégoire dans la préface à son livre de la morale chap 5, et saint Jérôme dans les chapitres14 et 49 d’Isaïe, et ailleurs. Il semble que ce soit cette traduction italienne que (dans le livre 2, chap 15 de la doctrine chrétienne), saint Augustin place avant toutes les autres : « Pour les traductions de ces passages, la traduction italienne est préférable à toutes les autres, car elle est plus littérale, tout en conservant le sens de la phrase ».
Saint Jérôme, pour sa part, traduisit deux fois l’ancien testament, une fois, à partir du grec, d’après le texte des septante, comme on peut le comprendre par ce qu’il dit dans son livre 2 contre Ruffin, par la lettre 10 de saint Augustin, et la onzième qui est de saint Jérôme à saint Augustin, et aussi par la préface à Job. Il fit une autre traduction à partir de l’hébreu, comme il l’atteste lui-même dans son livre des hommes illustres, à la fin, et dans les préfaces de chacun des livres qu’il a traduits en latin. Le nouveau testament, il ne l’a pas traduit du grec au latin, mais il ne l’a que corrigé en enlevant de nombreuses erreurs qui s’étaient introduites par la faute des copistes. Voici comment il parle de son travail dans son livre des hommes illustres : « j’ai rendu le nouveau testament à la foi grecque ». Et, dans sa préface des évangiles à saint Damase : « Nous avons limité notre travail à corriger seulement ce qui devait être modifié pour respecter le sens véritable du texte. Le reste, nous l’avons laissé comme il était ».
Si quelqu’un pense que saint Jérôme a traduit le nouveau testament du grec au latin parce que saint Augustin lui dit dans son épitre 10 à saint Jérôme : « ce ne sont pas de petites actions de grâce que nous rendons à Dieu parce que tu as traduit l’évangile du grec… ». qu’il écoute saint Jérôme répondre à ce même saint Augustin, dans son épitre 89, qui est la onzième de saint Augustin : « Si tu acceptes la correction que j’ai faite du nouveau testament… »
Sa traduction de l’hébreu au latin a été rapidement acceptée par les églises, et lue dans les églises, comme la lettre 10 de saint Augustin à saint Jérôme le démontre, sans que pour autant l’édition antique ne soit méprisée. Ce que l’on voit clairement chez saint Grégoire dans son épitre avant la préface de son livre de la morale au chapitre 5, où il dit qu’en son temps l’Église a coutume d’utiliser l’une et l’autre traduction, c’est-à-dire l’ancienne traduite du grec, et la nouvelle traduite de l’hébreu. » Après l’époque de saint Grégoire, toutes les traductions disparurent sauf une, que nous appelons maintenant ancienne et vulgate. Nous parlerons bientôt de son auteur. En notre siècle, il semble que nous soyons retournés à l’époque où tous ceux qui le peuvent font continuellement de nouvelles traductions des livres sacrés. Der sorte qu’on peut à peine énumérer les traductions latines, surtout celles faites par les hérétiques.
CHAPITRE 9 L’auteur de la traduction vulgate
Ce n’est pas une petite question que pose notre vulgate. Est-ce la traduction ancienne qui existait avant saint Jérôme, ou une traduction faite par saint Jérôme lui-même, ou un mélange des deux. Parmi ceux qui pensent qu’elle n’est pas de saint Jérôme, ou qui ont de forts doutes, on trouve Sanctes Pagninus dans sa préface à l’interprétation des bibles dédiée à Clément 7, pontife suprême, Paulus Foro évêque, au livre 2, chapitre 1 du jour de la passion du Seigneur. Ceux qui, au contraire, pensent qu’elle est de lui, ce sont Augustinus Eugubinus, Jean Pic de la Mirandole dans les livres qu’il a édités à ce sujet, et quelques autres. Qu’elle soit un mélange des deux l’enseignent Jean Driedo dans le livre 2, chap 1, de l’Église, des dogmes et des Écritures, et Sixte de Sienne dans le livre 8 de sa bibliothèque. Mais, nous, pour plus de brièveté et de clarté, nous présenterons notre position en quatre propositions.
Première proposition. Le nouveau testament que nous avons est l’ancienne traduction latine corrigée par saint Jérôme. Nous le prouvons ainsi. Les nombreux passages de l’ancienne version que saint Jérôme a critiqués, nous les trouvons maintenant corrigés comme il affirmait qu’il devait l’être. Prenons quelques exemples. Dans son commentaire à l’évangile de saint Matthieu, chap 2, il affirmait que : « dans Bethléem de Judée » devrait être : « dans Bethléem de Juda ». Dans son livre 1 à Jovinien, il blâme la traduction de 1 Corinth 7 : « la femme est divisée et la vierge ». Et il veut qu’on lise : « la femme non mariée et la vierge ». Dans l’épitre à Marcella, à la fin du second volume, il rejette la traduction de Romains 12 : « servant le temps », au lieu de : « servant le Seigneur ». Il reprend aussi la traduction de Timothée 1 « parole humaine », et enseigne qu’il faut lire : « parole fidèle ». Dans son commentaire de l’épitre aux Galates, chap 2, il blâme la traduction qui donne : « A qui un moment nous avons cédé ». Et il restitue : « auxquels nous n’avons pas cédé un instant ». Et dans son commentaire au chapitre 5, il reprend la traduction suivante : « votre persuasion est de Dieu ». Et il veut que nous lisions : « elle n’est pas de celui qui vous appelle ». Dans son commentaire aux Éphésiens, chapitre 1, il reprend la phrase suivante : « qui est le gage de l’hérédité dans la rédemption de l’adoption », et veut qu’on lise : « dans la rédemption de l’acquisition ». Toutes ces choses, et beaucoup d’autres semblables, nous les avons maintenant dans l’édition de la vulgate comme il voulait qu’elles soient rendues.
De plus, il est connu que c’est sous l’ordre du pape Damase que saint Jérôme a corrigé l’ancienne traduction du nouveau testament. Il est notoire également que sa traduction a été reçue, et qu’elle a plu énormément aux hommes de son temps, comme l’épitre 10 de saint Augustin à saint Jérôme nous le fait comprendre. Il n’est donc pas vraisemblable qu’elle ait été par la suite rejetée, mais plutôt retenue et conservée. Il ne faut pas se laisser troubler par le fait que quelques passages n’ont pas été corrigés comme saint Jérôme l’aurait souhaité. Comme, par exemple, (Rom 12) « goûter sobrement ». Alors que saint Jérôme (dans son livre 1 à Jovinien) voulait qu’on lise : « goûter pudiquement ». Et cet autre passage de 1 Corinth 13 : « si je livre mon corps de façon à ce qu’il brûle », que saint Jérôme (Galt, chap 5) aurait voulu qu’on lise ainsi : « au point de m’en glorifier ». Et d’autres que lui-même corrigea dans son commentaire des épitres aux Galates, aux Éphésiens et à Tite. Car lui-même reconnait, dans sa préface à l’évangile destinée à Damase qu’il n’a pas tout corrigé ce qu’il pensait devoir être corrigé, pour ne pas sembler vouloir tout bouleverser.
Il a pu aussi arriver que, pendant qu’il écrivait ces commentaires, il ait pensé a devoir changer certaines choses qu’après mure réflexion, quand il se mit au travail, il jugea préférable de ne pas changer. Car, qu’il ait écrit ces commentaires avant d’entreprendre sa correction du nouveau testament, nous l’apprenons de son livre sur les hommes illustres, à la fin. Et il est certain que notre traduction de ces deux passages est préférable à celle que saint Jérôme voulait d’abord lui substituer.
La deuxième proposition. Le psautier de l’édition de la vulgate latine n’est pas celui que saint Jérôme a traduit de l’hébreu, ni celui qu’il a traduit du texte des septante, mais celui qu’il a lui-même corrigé, et qui avait été traduit par un ancien traducteur à partir de l’édition du saint martyr Lucien. Car, saint Jérôme a travaillé quatre fois à la traduction des psaumes. Il a traduit d’abord le psautier de l’hébreu en latin, comme il le dit lui-même dans son épitre à Sophrone. Il le traduisit aussi du grec de la traduction épurée des septante, comme elle existait dans les hexaplis d’Origène, ainsi qu’il l’affirme lui-même dans sa lettre à Sunia et Fratella. Il corrigea ensuite deux fois la traduction latine dite commune et vulgate, qui avait été faite à partir du grec, comme il appert de la préface au psautier faite à l’intention de Paula et d’Eustache. Nous allons les prendre une par une pour en faire brièvement la démonstration.
Nous disons que notre psautier n’est pas celui que saint Jérôme traduisit à partir de l’hébreu. Rien n’est plus certain, car cela ressort des travaux de saint Jérôme; et le texte hébreu diffère presque partout du nôtre, du moins dans le choix des mots. Nous ajoutons que ce n’est pas celui qu’il a traduit à partir du texte établi par Origène. Mais celui de la traduction commune, dite vulgate qu’il a corrigé deux fois. C’est ce que démontre l’épitre à Sunia et à Fratella. Car il dit là que le psaume 5 « dirige sous ton regard sur ma voie », est rendu différemment dans les septante et dans toutes les autres traductions, à l’exception de la commune, dite vulgate. Et notre traduction est semblable à celle de cette vulgate. Notre traduction est donc celle de la traduction commune dite vulgate, distincte de la traduction des septante épurée d’Origène. De plus, le même saint Jérôme nous informe que le psaume 73 est traduit par tous : « Incendions, brûlons tous les jours de fête ». Et la commune, dite vulgate, est la seule à traduite : « Faisons reposer de la terre tous les jours de fête de Dieu ». Et c’est ce sens que nous avons dans notre traduction actuelle. Autre exemple, Dans le psaume 103, nous avons, nous : « pierre refuge des hérissons ». Alors que les septante disent : « refuge des lièvres ». Notre traduction n’est donc pas celle des septante.
De plus, dans toute cette épitre, il donne souvent les mots du psautier latin, tels qu’ils étaient communément employés, et chantés dans les églises. Et nous les trouvons tous tels quels dans notre traduction. Notre psautier est donc celui de la traduction commune dite vulgate. De plus, saint Jérôme donnait le nom de commune à la traduction qu’Origène et saint Lucien corrigèrent. La lettre à Sunia et à Fratella nous l’indique clairement, car voici ce que saint Jérôme dit au début de cette épitre : « Sachez qu’autre est la traduction qu’appellent commune et vulgate Origène, Eusèbe de Césarée, et tous les traducteurs grecs, et autre est la traduction faite par les septante.
La troisième proposition. Il est probable que notre traduction des livres de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et des Maccabées, ne soit pas de saint Jérôme, mais provienne d’une ancienne traduction d’un auteur inconnu. Voici pourquoi. Saint Jérôme n’a jamais déclaré qu’il avait traduit ces livres, et nous n’avons de lui aucune préface de ces livres, alors qu’il affirme (dans l’épitre 89 à saint Augustin, qui est la onzième de saint Augustin) avoir composé des préfaces pour tous les livres qu’il a traduits. Deuxièmement. Saint Jérôme considérait ces livres comme apocryphes. Il est donc vraisemblable qu’il ait, pour cela, négliger leur traduction. Troisièmement, Plusieurs pères plus anciens que saint Jérôme ont cité des passages de ces œuvres (comme saint Cyprien dans son exhortation au martyre), dans les mêmes mots que ceux de notre traduction.
La quatrième proposition. Toutes les autres choses que saint Jérôme a traduites de l’hébreu nous les avons dans la traduction de la vulgate. En premier lieu, c’est une chose admise de tous que saint Jérôme a été le premier et le seul parmi les anciens à traduire l’ancien testament de l’hébreu au latin. Et il apparait avec évidence que notre traduction est celle qui a été faite de l’hébreu au latin, à l’exception des psaumes, de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et des Maccabées. Qu’il ait vraiment traduit l’ancien testament de l’hébreu, lui-même l’atteste dans son livre des hommes illustres, à la fin. Qu’il ait été le premier des anciens à le faire, les lettres de saint Augustin 8 et 10, et son livre 18, chap 43 de la cité de Dieu nous l’apprennent, ainsi que toutes les préfaces de saint Jérôme, dans lesquelles ils se plaint toujours d’avoir été calomnié pour avoir osé traduire l’ancien testament de l’hébreu. Qu’après lui et jusqu’à nos jours, personne n’ait tenté rien de semblable, rien n’est plus certain.
Car, que l’édition de la vulgate soit une traduction de l’hébreu c’est elle-même qui le proclame du fait qu’elle concorde presque partout avec le texte hébreu, et diffère du grec. Il y a, de plus, de surs indices de cette chose, dans presque tous les livres. Car, dans le pentateuque, surtout dans Genèse 5, presque tous les livres anciens, parce qu’ils provenaient de la traduction des septante, contenaient une erreur dans le nombre des années. Mais notre traduction est conforme à la vérité hébraïque. Dans les livres d’Esther et de Daniel, nous rencontrons souvent des annotations de saint Jérôme disant qu’il avait exprimé fidèlement ce qui se trouvait dans le texte hébreu, et que les autres choses qu’il avait ajoutées provenaient de la vulgate et de celle de Théodotion.
Dans sa préface à Job, il dit que dans l’ancienne traduction latine et dans l’édition grecque du livre de Job, il manque 800 vers, qu’il a mis, lui, dans sa traduction à partit de l’hébreu. Or, notre édition est complète et entière, tout comme l’édition hébraïque. De plus, dans son commentaire sur les prophètes, il présente presque partout deux traductions, la sienne qui est celle de notre vulgate, et une autre qui est celle des septante. Deuxièmement, nous trouvons dans notre édition de la vulgate toutes les choses que saint Jérôme (dans sa préface au pentateuque et dans son livre de la meilleure façon de traduire) dit ne pas exister dans la traduction des septante, et qu’il a ajoutées dans sa traduction de l’hébreu. Comme, par exemple : « de l’Égypte, j’ai appelé mon fils ». Osée 11. Et cet autre : « Ils me regarderont moi, qu’ils ont transpercé », Zacharie 12. Et cet autre encore : « l’œil ne voit pas, Dieu, ce que tu as préparé à ceux qui espèrent en toi », Isaïe 64.
Troisièmement, on le prouve par ces mêmes passages que saint Jérôme nous informe avoir traduits autrement que n’avaient traduits les Septante. Or, nous les avons tous ces passages dans notre traduction, comme il les a traduits. Dans son épitre 89 à saint Augustin, qui est la onzième des épitres de saint Augustin, il dit qu’il a traduit Jonas 4 par « courge » ce que les septante avaient rendu par « lierre ». Autre exemple. Dans les questions hébraïques sur la Genèse, il dit qu’il faut lire ainsi Genèse 2 : « Dieu a complété le septième jour son œuvre », là ou les septante lisent : « le sixième jour ». Il dit aussi ailleurs qu’il faut lire « elle a été appelée virago », là où les septante lisent : « femme ». Il dit aussi qu’il faut lire : « il envoya un sommeil profond à Adam » là où les septante parlent d’ « extase ». On trouve beaucoup de choses semblables autant dans ses questions hébraïques que dans son commentaire des prophètes.
Saint Grégoire dans son livre 20 chap 32 sur la morale dit, en expliquant : « tu t’es changé pour moi en homme cruel » (Job 30) que l’ancienne traduction était très différente, mais que cette nouvelle traduction faite de l’hébreu était meilleure. Et c’est exactement ce que nous avons dans notre traduction. On le prouve quatrièmement, par les préfaces. Car lui-même déclare dans son épitre à saint Augustin déjà citée, qu’il a fait une préface pour chacun des livres qu’il a traduits de l’hébreu. Ces préfaces, nous les avons dans l’édition de la vulgate latine, et personne n’a jamais nié qu’elles étaient bel et bien de saint Jérôme. Et il n’est certainement pas croyable que tout ait été perdu à l’exception des préfaces. Car, ceux qui auraient rejeté ou mis de côté la traduction de saint Jérôme, pourquoi ont-ils été conservé ses préfaces ?
Pour prouver le contraire, on met de l’avant trois arguments. Le premier argument est celui de Paul Foro et de saint Pagini. On le tire des nombreux endroits où notre texte latin diffère de l’hébreu. Car il n’est pas possible qu’un homme versé dans l’hébreu comme saint Jérôme ait pu ainsi se tromper. Je réponds que notre texte parait différer du texte hébreu pour deux raisons. La première vient de l’incurie des copistes, dont il se plaint souvent lui-même dans ses préfaces. La seconde, est que souvent saint Jérôme ne cherche pas tant à rendre les mots que le sens, comme il enseigne qu’il faut faire dans son livre sur la meilleure façon de traduire. Prenons pour exemple ces mots de l’Ecclésiaste1 : « les pervers se corrigent difficilement, et le nombre des fous est innombrable. » Car paroles semblent très éloignées des mots de l’hébreu : « le pervers ne pourra pas changer de direction, et le fou ne peut pas être compté ». Mais il est certain que saint Jérôme en a rendu élégamment le sens. Nous parlerons plus longtemps de cet argument dans le prochain chapitre.
Le deuxième argument. Dans sa préface aux psaumes, à Job et aux paralipomènes, saint Jérôme nous avertit qu’il a marqué sa traduction par des astérisques et des obélisques. Or, dans notre vulgate actuelle, nous ne voyons pas ces signes. Notre édition de la vulgate n’est donc pas de saint Jérôme. Je réponds avec l’aide de saint Jérôme lui-même qui, dans son épitre à saint Augustin ci-haut citée, nous apprend que c’est l’édition qu’il a faite du grec qu’il a marquée de ces signes, non celle qu’il a faite de l’hébreu. Donc, dans notre psautier, les astérisques et les obélisques devraient exister, ces signes dont nous parle saint Jérôme dans sa préface, mais ils sont disparus par la négligence des copistes. Il n’y a pas là de quoi s’étonner, car, du vivant même du traducteur, ils commencèrent à disparaître, comme nous l’apprenons de sa préface à Sunia et Fretalla. Mais dans les livres de Job et des paralipomènes de notre édition de la vulgate, il n’y a jamais eu d’astérisques et d’obélisques, et il ne devait pas y en avoir. Car c’est deux préfaces que nous avons sur Job comme sur les paralipomènes. La première qui ne fait aucune mention d’obélisques et d’astérisques, se rapporte à notre traduction, laquelle a été faite de l’hébreu. La deuxième, dans laquelle il est fait mention d’astérisques et d’obélisques, se rapporte à la traduction qu’il a faite du grec.
Le troisième argument. On trouve, dans notre traduction de la vulgate, beaucoup de passages qu’il a enseignés devoir être traduits autrement. Comme, par exemple, dans ses questions hébraïques, dans son livre sur la meilleure façon de traduire, dans son commentaire des prophètes. Notre traduction ne peut donc pas être celle qu’il a faite de l’hébreu. Je réponds que c’est pour quatre raisons que saint Jérôme a blâmé des choses que nous avons dans notre texte. La première. La négligence des traducteurs. La seconde. La diversité du sens des mots. Car il peut arriver qu’un mot ait deux sens. Saint Jérôme a pu adopter un sens une fois, et un autre une autre fois, puisque les deux son possibles. Nous avons de cela un exemple dans l’Ecclésiaste. Car, il a traduit deux fois l’Ecclésiaste, comme il apparait dans son commentaire sur l’Ecclésiaste, et dans sa préface au Proverbes. Dans sa première traduction, il rend ainsi une phrase du chapitre 2 : « J’ai pensé à traîner ma chair dans le vin ». Et c’est ainsi qu’il l’a présentée dans son commentaire. Mais, dans son autre traduction, il a préféré dire : « J’ai pensé à retirer ma chair du vin ». C’est cette traduction que nous avons, et c’est la meilleure. Car le mot hébreu peut aussi bien signifier dans le vin que du vin. Le contexte plaide pour « de » plutôt que pour « dans », car voici quelle est la phrase qui vient après : « pour transférer mon âme à la patience ».
Que l’on confonde souvent deux lettres hébraïques (depuis, de, par), on peut facilement s’en rendre compte par ces passages de l’Exode 12, verset 43; 35, verset 32. Exode 38, verset 8, Lévitique 8, verset 32, paralipomène chap 16, verset 6. Que saint Jérôme ait pris pour habitude de traduire différemment quand les mots s’y prêtaient, lui-même le déclare dans son apologie 1 contre Ruffin. Il dit, en effet, qu’il a traduit « Adorez purement », mais que dans son commentaire il a donné comme explication : « Adorez le Fils », parce que le mot hébreu est ambigu.
La troisième raison est qu’il a changé d’idée, et qu’il s’est corrigé. Comme exemple, nous tirerons quelque chose de son livre sur la meilleure traduction, et sur sa préface au pentateuque. Il dit qu’on ne doit pas lire dans Isaïe 11 « la fleur montera de sa racine », mais « le nazaréen montera de sa racine ». Et il dit que les septante ont donc mal traduit. Mais le texte d’Isaïe que saint Matthieu a rendu ainsi : « pour que soit accompli ce qui a été prédit par les prophètes : « il sera appelé nazaréen », saint Jérôme, finalement, le traduit comme les septante : « la fleur montera de sa racine ». Et dans son commentaire sur Isaïe, au chapitre 11, il en donne la raison en comparant deux mots hébreux (tsade et zain). Il ajoute ensuite que ce que saint Matthieu a dit il ne l’a pas puisé dans ce passage d’Isaïe, mais de tous les prophètes qui ont prédit que le messie serait le Seigneur saint. Pour une raison semblable, dans le livre 5 de son commentaire sur Isaïe, il avoue avoir mal traduit le chapitre 19 par : « la terre de Judée sera en fête en Égypte », alors qu’il aurait du écrire : « dans l’effroi ». Et c’est cette dernière traduction que nous avons dans la vulgate.
La quatrième cause est que même si saint Jérôme a pensé, en cours de route, qu’il devait changer sa traduction, et qu’il l’a noté ainsi dans ses commentaires, l’Église, elle, a considéré comme vraie sa première traduction, et c’est elle qu’elle a préféré conserver dans sa vulgate. Car, au livre 5 de son commentaire sur Isaïe où saint Jérôme dit qu’il a traduit « fête » à la place d’ « effroi », il dit aussi avoir mal traduit quand il a mis « qui refrène » à la place de « qui rend lascif ». Et pourtant, nous voyons, dans notre vulgate actuelle que la première correction a été admise, et que l’autre ne l’a pas été. Cela ne s’est certainement pas fait par hasard, mais par le jugement de la postérité, ou plutôt de l’Église elle-même. C’est de cette façon qu’on pourrait répondre à beaucoup d’objections de ce genre. Car l’édition de la vulgate, bien qu’elle soit en très grande partie, de saint Jérôme, n’est pas exclusivement celle qu’il a traduite de l’hébreu. Elle est une sorte de mélange, car on lui a ajouté des passages des septante qui ne sont pas dans l’hébreu. Et cela est encore plus évident dans les livres des Rois 1 et des proverbes.
À toutes ces choses on peut ajouter que, à certains moments, saint Jérôme a semblé blâmer notre traduction, alors que ce n’était pas des reproches qu’il lui faisait, mais il ne faisait qu’expliquer la force d’un mot hébraïque. Comme quand, dans ses questions hébraïques, il dit que ce que nous avons, nous, dans Genèse 1 : « L’esprit du Seigneur était porté sur les eaux », se dit en hébreu : « il incubait, ou réchauffait, à la façon d’un oiseau qui couve ».
TTTTTT
17 mars 2017 à 17:53
CHAPITRE 10 L’autorité de la vulgate latine