Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 9)
Comme il est clair que le livre d’Esdras est plein de mots chaldéens, et que les livres de la loi et des prophètes ont été écrits dans le pur idiome hébraïque, il est donc évident que les livres de la loi et des prophètes que nous possédons n’ont pas été écrits par Esdras, mais par Moïse et les prophètes.
CHAPITRE 2 Est-ce que l’édition hébraïque est corrompue ?
Suit maintenant une autre question. L’édition hébraïque est-elle conforme à l’original ou viciée et corrompue ? En tout premier lieu, les hérétiques modernes, en raison de la haine qu’ils portent à l’édition de la vulgate latine, accordent trop de poids à l’édition hébraïque. Car, Calvin dans son antidote au concile de Trente, et Kemnitius dans son examen du même concile, ainsi que Georgius dans sa grande préface au psautier, veulent que tout soit examiné et amendé d’après le texte hébraïque, qu’ils appellent souvent la fontaine la plus pure.
Cette affirmation est manifestement fausse. Car, en premier lieu, Calvin, dans son institution chap 6, 11, soutient qu’il ne faut pas lire dans Isaïe 9 « et il sera appelé admirable » etc.; que le texte hébreu n’a pas « être appelé », mais « appelé ». Mais il n’ignorait pas que, en cet endroit, la traduction de la vulgate latine était supérieure à l’édition hébraïque. Car il a dit ceci : « Les Juifs n’ont rien à objecter (aboyer), et ils inversent ainsi la phrase : voici le nom que Dieu lui donnera, fort, père du siècle futur. (Ces attributs, en latin, se rapportent grammaticalement à Dieu, au nominatif, et non à l’enfant, à l’accusatif). Et le dernier nom « prince de la paix », est le seul qu’ils attribuent au Fils. Comment ont-ils pu attribuer tous ces noms à Dieu et non au fils ? » Donc, par l’aveu de Calvin lui-même, elle est trouble cette fontaine qu’il voulait partout pure. Pour une raison semblable, Calvin veut qu’on lise dans Jérémie 23 : « Et ceci est le nom qu’ils lui donneront, Seigneur, notre justice ». Mais la source hébraïque donne constamment : « il l’appellera » et non ils l’appelleront.
Ensuite, dans le psaume 21, il n’y a aucun chrétien qui ne lise pas : « ils ont percé mes mains et mes pieds ». Or les textes hébraïques ont : « comme le lion, ils ne percèrent pas ». Ce qui est dit au psaume 18, les bibles hébraïques le lisent comme suit : « sur toute la terre, est sortie leur ligne ou leur règle » Mais les septante traduisirent ainsi : « sur toute la terre ont retenti leurs voix », et cette traduction saint Paul l’a faite sienne dans l’épitre aux Romains, 10, où il cite ce psaume. Que dire de ce que saint Jérôme ait donné comme traduction littérale de l’hébreu : « est sorti leur son ? » Il faut donc, de toute évidence, ou faire un reproche à saint Paul et à saint Jérôme, ou reconnaître que, en ce lieu, la fontaine n’est pas pure. Il est vraisemblable que l’on doive lire (mot hébreu); et si, à ce mot, on ajoute seulement une lettre, il devient un autre mot (mot hébreu). Ajoutons que manquent des phrases complètes dans le texte hébreu qui sont présentes dans les septante et dans la vulgate de saint Jérôme. Prenons comme exemple l’Exode 2, où fait défaut tout ce qui suit : « Il en engendra aussi un autre, et lui donna le nom d’Éliazer en disant : le Dieu de mon Père m’a aidé, et m’a libéré de la main du Pharaon ».
Ces choses omises ne peuvent que confondre ceux qui attribuent faussement une très grande pureté à la source hébraïque. Il y en a d’autres, par contre, qui, dans un zèle certainement bon mais non selon la science, soutiennent dur comme fer que les Juifs, en haine de la foi chrétienne, corrompent volontairement, ou ont corrompu plusieurs passages de l’Écriture. C’est ce qu’enseigne l’évêque Jacques Christopolitanus dans sa préface aux psaumes, et Canus au livre 2, chapitre 13 des lieux théologiques. Contre cette assertion militent plusieurs arguments. Le premier est d’Origène, dans son livre 8 sur Isaïe, comme saint Jérôme, qui est du même avis, le rapporte au chapitre 6 d’Isaïe : « Si les Hébreux ont corrompu les Écritures, ils l’ont fait avant la venue du Christ ou après. Si c’est avant la venue du Christ qu’ils les ont corrompues, pourquoi, le Christ et les apôtres ne leur ont-ils jamais reproché un si grand crime, eux qui les ont sévèrement blâmés pour des choses beaucoup moins importantes ? Pourquoi le Christ a-t-il dit en Jean 5 : « scrutez les Écritures ? », et en Matthieu 23 : « C’est sur la chaire de Moïse que sont assis les scribes et les Pharisiens. Observez et faites donc tout ce qu’ils vous disent ? » Qui croira que le Christ, sans aucune mise en garde, invite les hommes à lire des Écritures corrompues, et les envoie écouter et suivre des corrupteurs ? Si la corruption a été faite après la venue du Christ, comment se fait-il que les citations faites par le Christ et les apôtres se trouvent maintenant presque toutes dans Moïse et les prophètes, de la façon dont elles ont été écrites ? Les ont-ils faites, ces citations, parce qu’ils savaient par l’Esprit que les Écritures seraient par la suite corrompues par les Juifs ? Donc, si les saintes Écritures n’ont été viciées ni avant ni après la naissance du Christ, il faut en conclure qu’elles n’ont jamais été viciées. Voilà quel est l’argument d’Origène et de saint Jérôme.
Un autre argument est donné par saint Augustin au livre 15, chapitre 13 de la cité de Dieu. Il ne semble aucunement crédible que les Juifs aient voulu retirer la vérité de leurs écrits pour enlever toute autorité aux nôtres. Car même s’ils l’avaient voulu, il n’aurait vraisemblablement pas pu le faire. Mais écoutons ses propres paroles : « Si je me demande qu’est-ce qu’il y a de plus croyable : que la nation juive, dispersée pendant si longtemps et si loin, ait pu conspirer, d’un commun accord, pour écrire un mensonge; et, parce qu’elle enviait les autres, se priver elle-même de la vérité ? Ou que les 70 hommes, qui étaient eux-mêmes Juifs, placés en un seul lieu, aient communiqué la vérité aux Gentils païens, et cela, d’un commun accord ? Qui ne voit ce qui est plus facile à croire ? Mais qu’un homme prudent se garde de penser les Juifs capables d’une perversité et d’une malice telles qu’ils aient fait une pareille chose à leurs manuscrits, eux qui étaient éloignés les uns des autres par de si grandes distances, et que les Septante, ces hommes mémorables, aient par envie, d’un seul chœur, refusé de communiquer la vérité aux Gentils. » Voilà ce que pense saint Augustin.
Quelqu’un dira peut-être que cette corruption des livres hébreux s’est faite après l’époque de saint Augustin et de saint Jérôme. Leurs opinions importent donc peu. Mais les raisons apportées par saint Augustin valent pour tous les temps. Si c’est après leur siècle que la corruption des livres sacrés a eu lieu, comment expliquer que la traduction de saint Jérôme correspond en tout aux texte hébreu existant actuellement ? Car, la contestation porte surtout sur la corruption des psaumes. Saint Jérôme a-t-il traduit de la façon dont les Juifs allaient plus tard corrompre le texte ? Ne nous contredit en rien la traduction de saint Jérôme du psaume 22 : « ils percèrent ». Car les rabbins qui écrivirent après le temps de saint Jérôme découvrirent là une erreur de scribes, et la corrigèrent (mot en hébreu).
Le troisième argument vient du respect incroyable que les Juifs avaient envers leur Écriture. Dans le livre de la sortie d’Égypte des fils d’Israël, Philo écrit (et Eusèbe de Césarée le cite au livre 8 chapitre 2 de la préparation évangélique) que jusqu’à son temps, c’est-à-dire pendant plus de deux mille ans, aucun mot de la loi des Hébreux n’a été changé; et que chaque Juif aurait préféré mourir cent fois plutôt que d’accepter que la loi ne soit changée d’un iota ». Au sujet de la superstition des Juifs plus récents, qui adorent presque la bible comme une divinité, et qui s’imposent un jeûne public s’ils ont le malheur de la laisser tomber par terre, voyez Jean Isaac dans sa réponse aux livres de Landan, sur la meilleure façon d’interpréter l’Écriture.
Le quatrième argument. Si Les Juifs avaient voulu falsifier les divines Écritures en haine des Chrétiens, ils auraient certainement enlevé les principales prophéties. Cela, ils ne l’ont pas fait. Les choses qui dans les codex grecs et latins sont discordantes sont souvent de peu d’importance en ce qui a trait à la foi et à la religion; et il arrive souvent que les textes hébraïques vexent plus les Juifs que les codex grecs ou latins. Il est certain que dans le psaume 2, les latins et les grecs ont : « Apprenez la discipline, de peur que ne se fâche le Seigneur ! » De ce texte, on ne peut rien tirer ouvertement contre les Juifs. Mais, dans le texte hébreu on trouve : « Embrassez le Fils pour qu’il ne se fâche pas ». Ce qui veut dire : « portez du respect au Fils de Dieu pour qu’il ne se fâche pas ! » Ce passage, sans contredit, est contre les Juifs. Sera-t-il alors croyable que les Juifs aient changé le texte pour apporter un témoignage au Fils de Dieu ? Dans Isaïe 53, nous avons, nous : « Et nous le considérions nous comme un lépreux, comme quelqu’un frappé par Dieu, et humilié ». Dans le texte hébreu nous avons : « frappé par Dieu et humilité » Le mot lépreux aurait certainement apporté une arme supplémentaire aux Juifs qui ne croyaient pas que le Christ serait Dieu.
Le cinquième et dernier argument se tire de la providence dont a toujours fait preuve Dieu envers son Église. Car, il n’est pas vraisemblable que Dieu ait supporté que les paroles de tant d’illustres prophètes soient en grande partie faussées. Surtout que c’est pour cette fin que Dieu a dispersé les Juifs par toutes les parties de la terre; et qu’il a voulu qu’ils apportent avec eux les livres de la loi et des prophètes : pour que nos ennemis rendent témoignage de la vérité chrétienne. Saint Justin a fait cette réflexion dans son discours exhortatoire, et saint Augustin dans son livre 18, chap 45 de la cité de Dieu, et on le déduit clairement du psaume 58 : « Ne les tue pas, de peur qu’on oublie mon peuple. Disperse-les dans ta vertu… ». La raison donc pour laquelle les Juifs ont été dispersés apportant avec eux les livres saints, c’était pour que, quand les païens ne croiraient pas aux prophéties que nous disons avoir été faites du Christ, et les considéreront comme des fables par nous inventées, nous les envoyions à nos ennemis, les Juifs, qui portent avec eux les prophéties.
Mais on objecte à cela d’abord des témoignages des Pères qui ont soupçonné que les Juifs aient effacé certains passages de leurs codex en haine des chrétiens, Comme saint Justin, dans son dialogue avec Triphon, Eusèbe de Césarée dans le livre 4, chap 18 de son histoire ecclésiastique, Origène dans son homélie 12 sur Jérémie, saint Jean Chrysostome, homélie 5 sur Matthieu, et saint Jérôme dans son épitre 59 à saint Augustin, au chapitre 5 de Michée, et au chapitre 3 des Galates. Je réponds que saint Justin et Eusèbe de Césarée n’ont jamais écrit que le texte hébreu a été corrompu par les Juifs, mais le texte des Septante. Voici les mots de saint Justin dans son dialogue avec Triphon : « Et je veux que vous sachiez qu’ils ont enlevé plusieurs passages entiers de la traduction faite par les anciens qui étaient avec Ptolémée, passages qui montrent clairement que celui qui a été crucifié était Dieu et homme; que sa crucifixion et sa mort avaient été annoncées d’avance ». Voilà quelles sont les paroles de saint Justin. Il n’a jamais parlé ailleurs de la corruption du texte hébreu. Eusèbe de Césarée ne dit rien d’autre que Triphon a été convaincu par saint Justin que ses ancêtres avaient enlevé quelques passages de l’Écriture. Ce qu’on ne peut comprendre qu’au sens où saint Justin l’entend.
Origène parle ouvertement de la corruption de la version des septante. Car, il dit que le mot « Juda » (Jérémie 17) a été enlevé par les Juifs de la traduction des septante : « Le péché de Juda est écrit avec un stylet de fer ». Et voici ce qu’en dit Origène « Suit ensuite une autre prophétie que ne trouvant pas, je ne sais trop pourquoi, dans les Septante, nous trouvons dans d’autres éditions qui correspondent au texte hébreu. » Et plus bas : « Les Juifs, qui ont faussé quelques exemplaires, même en ce passage, ont mis leurs péchés au lieu de celui de Juda. » Saint Jérôme rapporte cette corruption du texte dans ce livre de Jérémie. Enfin, saint Jean Chrysostome parle des traducteurs Juifs, c’est-à-dire d’Aquila, de Symmachus et de Théodotion, qui, dans leur traduction de l’hébreu au grec, ont rendu faussement certains passages en haine des chrétiens, et en dépréciant la traduction des septante. Saint Jérôme parle de cela dans son épitre à saint Augustin, qui est la onzième parmi les épitres de saint Augustin. Il dit qu’il a voulu traduire, de l’hébreu, les divins livres de l’Écriture « pour restituer ce que les Juifs avaient omis ou corrompu ». Et dans les textes cités, saint Jérôme doute, mais n’affirme pas. Et dans ses commentaires sur Isaïe, qu’il a écrits après, comme on le voit dans sa préface aux commentaires d’Isaïe, et dans son livre des hommes illustres, vers la fin, il rit ouvertement de ceux qui pensent que les codex hébraïques ont été falsifiés.
En second lieu, on nous objecte la confession des Juifs qui affirment souvent que plusieurs choses ont été changées par leurs sages dans les livres sacrés; et ces corrections ils les appellent des amendements (mot hébreu) de scribe. Je réponds de deux façons. Il se peut, d’abord qu’il ne soit pas vrai qu’une émendation quelconque ait été faite par les scribes. L’origine de cette croyance est le Talmud, lequel est un livre des plus fabuleux. Pourquoi ni Épiphane ni saint Jérôme, qui sont plus anciens que le Talmud, n’ont-ils jamais parlé d’un Tikum Sophrim ? Autre chose. Tikum Sophrim n’est pas une fable, ce n’est pas une corruption mais une épuration faite non par quelques Juifs quelconques, mais par Esdras et les autres saints prophètes, qui, au retour de la captivité, réparèrent les livres sacrés. Comme les Juifs le rapportent, ils convoquèrent une grande assemblée, qu’ils nomment une grande synagogue, parce que de grands hommes y participèrent, et restituèrent dans leur intégrité les livres sacrés qui, au temps de la captivité, avaient été dispersés et corrompus. Il est certain que, dans notre édition de la vulgate, nous avons de ces passages que l’on dit avoir été corrigés par les scribes. Et saint Jérôme, dans son commentaire des prophètes, indique qu’il a lu ainsi ces passages.
On dit que, dans la Genèse 18, là où nous avons : « Abraham était encore devant le Seigneur », on avait autrefois : « Le Seigneur était encore devant Abraham ». Et que ce passage a été modifié par les Juifs. Mais l’édition de la vulgate conserve la première leçon. Ainsi, au nombre 11, là où nous avons maintenant : « Je trouverai grâce à tes yeux, et je ne verrai pas mon malheur », on prétend qu’on avait autrefois : « ton malheur »; et que c’est là une correction de scribes. La vulgate donne encore la première leçon. On ajoute, en plus, qu’en Osée 9, on lisait autrefois (mots hébreux) « dans ma chair d’eux », et que les scribes auraient corrigé le texte pour lui faire dire : « quand je me retirerai d’eux ». L’édition de la vulgate lit : « quand je me retirerai d’eux », et c’est aussi ce que lit saint Jérôme. On dit aussi que Habacuc 1 se lisait comme suit : « Seigneur, mon saint, n’as-tu pas été mon Dieu depuis le début ? Tu ne mourras pas ». Un scribe aurait corrigé : « Nous ne mourrons pas ».C’est de cette dernière façon que s’exprime la vulgate, ainsi que saint Jérôme. On dit aussi que dans Malachie, il y avait : « Et vous avez soufflé sur moi ». Et un scribe aurait corrigé : « Et vous avez soufflé cela ». Et il est certain que l’édition latine de saint Jérôme et celle des septante n’ont pas «moi », mais « cela ». Je dis la même chose des autres corrections des scribes qu’a ramassées Prochetus dans son livre de la victoire contre les Juifs, et Figuerola Valentinus au chapitre 3 de la première partie de son livre contre les Juifs.
Il appert de tout cela que c’est fort imprudemment qu’agissent ceux qui en pensant combattre les Hébreux, attaquent l’Église elle-même. Car si ces corrections des scribes sont des corruptions du texte hébreu, il s’ensuit nécessairement que l’édition de la vulgate est des plus corrompues. Or, l’Église nous la présente comme une version authentique. On nous objecte, troisièmement, que dans le psaume 13, manquent huit vers, dans toutes les bibles juives imprimées : « Leur gorge est un sépulcre ouvert. Ils agissent malicieusement avec leurs langues. Il y a un venin d’aspic sous leurs lèvres. Leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume. Leurs pieds sont rapides à verser le sang. La contrition et le malheur est dans leurs voies. Et ils n’ont pas connu le chemin de la paix. Il n’y a pas de crainte de Dieu devant leurs yeux ». Ces vers sont quand même cités par l’apôtre saint Paul aux Romains 3, et se trouvent dans les Septante. Cela ne se serait pas produit par la négligence des scribes, mais par la pure malice des Juifs, qui ont enlevé ces mots de l’hébreu pour montrer que l’apôtre n’avait pas correctement cité le psaume.
Dans sa préface au livre 16 sur Isaïe, saint Jérôme répond à cette objection qui lui avait été faite en disant que ces vers n’appartiennent pas proprement au psaume 13, mais que l’apôtre avait puisé à plusieurs endroits de l’Écriture; et qu’un autre les aurait par la suite introduits dans le psaume en question. Car, on trouve le premier et le deuxième de ces versets dans le psaume 5, le troisième dans le psaume 139, le quatrième dans le psaume 9, le cinquième, le sixième et le septième sont tirés d’Isaïe 59, le dernier du psaume 35. Et il ajoute que ces versets ne se trouvent pas dans la traduction des Septante; et qu’aucun auteur grec n’a voulu faire de commentaire sur ces vers. Origène, également, dans son commentaire de l’épitre aux Romains, chap 23, affirme que ces vers ont été pris de différents passages de l’Écriture. Par ces paroles, il déclare clairement que ces vers ne se trouvent ni dans le texte hébreu ni dans celui des septante.
Mais ils insistent et prouvent que ces versets ont été autrefois dans le texte hébreu, parce qu’on les retrouve dans un certain codex anglais très ancien. Je réponds que ces versets du codex anglican sont manifestement adventices, car ces mots ne sont pas tous hébraïques, comme ce mot (mod hébreu) sort; ni même cette phrase, surtout dans le dernier vers : « dont la bouche est remplie de duplicité et d’amertume ». Car les Hébreux n’ont pas l’habitude de placer le verbe à la fin de la phrase. Pour en savoir davantage là-dessus, voir le livre des annotations aux lectures diverses de l’édition de la vulgate par le franciscain Luc Brugensis.
Tu diras : s’il en est ainsi, pourquoi l’Église, dans l’édition de la vulgate, accepte-t-elle ces vers ? Pour aucune autre raison qu’ils sont, eux aussi, des parties de la sainte Écriture. Et aussi, parce que, après un si long temps, ils ne pourraient pas être enlevés sans émoi et sans scandale. C’est de la même façon qu’on supporte quelques erreurs d’imprimerie.
Canus objecte enfin qu’il est évident que les manuscrits hébraïques ont été corrompus par les Hébreux, parce qu’on lit, en hébreu, dans Genèse 8 : « le corbeau sortait et revenait ». Mais l’édition de la vulgate, les septante et tous les Pères lisent : « il ne revenait pas ». Je réponds que, dans l’hébreu, nous n’avons pas « et revenait », mais (mots hébreux), c’est-à-dire « et il sortit, sortant et retournant jusqu’à ce que la terre soit sèche ». Ce qui ne signifie pas que le corbeau soit revenu dans l’arche, mais qu’il ait voltigé autour de l’arche, allant et retournant au toit de l’arche, et y repartant. Et cela, aussi longtemps que la terre n’ait pas été sèche. Ce qui concorde avec « il sortait et ne revenait pas », car il ne revenait pas dans l’arche. Ajoutons que ne manquent pas les codex latins qui ont « il sortait et ne retournait pas », comme on peut s’en rendre compte par les différentes leçons annotées à la bible de Louvain,
Après avoir réfuté ces deux premières objections, il en reste une troisième, que j’estime personnellement très vraie, celle de Driedon dans le livre 2, chap 1 des dogmes ecclésiastiques et de l’Écriture, et d’autres auteurs. Ils enseignent que les Écritures hébraïques n’ont pas été corrompues par l’œuvre et la malice des Juifs, mais qu’elles ne sont quand même pas intègres et pures, que s’y sont glissées quelques erreurs, par la négligence ou l’ignorance des copistes, surtout quand on considère comme il est facile, en hébreu, de se tromper en raison de la similitude des lettres (l donne des exemples), et en partie par l’ignorance des rabbins qui ajoutèrent des points. Car, en l’absence de points, on peut lire les mots de diverses façons. Il n’y a pas à s’étonner qu’ils se soient parfois éloignés du vrai dans leur annotation des points. Et il a pu aussi arriver qu’un sentiment dépravé et une haine envers les chrétiens leur ait fait choisir une lecture moins favorable aux chrétiens.
Mais, tout compte fait, ces erreurs ne sont pas importantes au point, que, dans les choses qui relèvent de la foi et de la morale, nous ayons à déplorer le manque d’intégrité de la sainte Écriture.
29 juillet 2017 à 22:51 début
CHAPITRE 3 De l’édition chaldéenne
C’est en langue chaldaïque qu’ont été édités les livres de Tobie et de Judith, et, en partie, ceux d’Esdras et de Daniel. De plus, toute l’Écriture ancienne a été traduite, sous forme de paraphrase, de l’hébreu dans le chaldéen, paraphrase qu’on nomme targum. Rabbi Aquila rapporte que le Pentateuque aussi a été ainsi traduit, -qu’on appelle en chaldéen Onkelus-, les prophètes, anciens et récents, c’est-à-dire Josué, les juges, et les livres des Rois. De même Isaïe, Jérémie et les autres prophètes. Par rabbi Jonathan, fils d’Uziel, les psaumes, Job, Ruth, Esther ; et les œuvres de Salomon par le rabbi Joseph l’aveugle.
Ces traductions paraphrasées jouissent d’une grande autorité chez les Juifs, et nous sont donc utiles à nous aussi, car elles nous servent à convaincre les Hébreux. Mais l’Église ne l’a pas, jusqu’ici, tenue en grande estime, et on ne peut pas non plus en tirer d’argument décisif. Et comme l’observe avec raison le cardinal François Ximenius (dans la préface compluten biblior), les paraphrases chaldaïques, à l’exception de celle de la pentateuque, sont remplies de fables judaïques, et de lubies talmudiques. Pourra le vérifier quiconque voudra lire les paraphrases sur les thrènes, le cantique, Job, les psaumes et les prophètes.
Il est certain que le chapitre 53 d’Isaïe qui traite ouvertement de la passion du Christ, est complètement détourné par la paraphrase vers les calamités du peuple des Juifs. Dans la paraphrase qui se trouve dans le cantique et dans les thrènes, on y lit souvent le contenu des livres du Talmud, le troisième temple, les deux Messies, la libération de la captivité de Tite et de Vespasien, les menaces envers les chrétiens et les mahométans, représentés respectivement par Ésaü et Ismaël. Il y a ensuite un grand nombre de fables sur la lamentation de Dieu, sur l’ascension de Moïse dans le ciel, sur les tables de la loi excisées du saphir du trône de Dieu, et d’autres choses du même genre. Mais même la paraphrase d’Aquila sur le pentateuque ne peut être considérée comme intègre et non corrompue. Elle a, elle aussi, ses erreurs, même si elles sont moins nombreuses et moins grosses que les autres et que celles de Joseph.
Et pour donner un exemple de traduction, dans la Genèse (chapitre 4, verset 23), le texte hébreu a : (mots hébreux), et concorde avec le grec oti andra apeikteina, et avec le latin : « parce que j’ai tué un homme ». La paraphrase chaldéenne ajoute une négation : je n’ai pas tué d’homme, et donne le sens contraire. Dans le chapitre 22, numéro 18, le chapitre 26, numéro 4, et le chapitre 28, numéro 14, le texte hébreu a : « seront bénies dans la semence toutes les nations de la terre ». Le texte grec et le texte latin concordent avec celui-là. Et l’apôtre Paul aux Galates 3 ordonne d’observer les promesses qui ont été faites à Abraham, et à sa semence, non à ses semences, mais à sa semence, comme étant unique, « ta semence qui est le Christ » Mais la paraphrase chaldaïque rend l’idée de la multitude des semences : tous les peuples de la terre seront bénis à cause de tes fils.
Dans l’Exode, (chapitre 12, numéro 44), nous lisons dans le texte hébreu : « tout fils d’étranger n’en mangera pas ». Le texte grec et le texte latin concordent avec ce sens. Mais la paraphrase chaldéenne met, en haine des néophytes : tout fils d’Israël détruit. C’est ainsi que, souvent, les Juifs appelaient ceux qui, après avoir abandonné le judaïsme, se convertissaient au christianisme. Dans le Lévitique (chapitre 10, numéro 6, chapitre 21, numéro 10), le texte hébreu a : « vous ne raserez et vous ne dénuderez pas vos têtes ». Les textes grec et latin disent la même chose, Mais la paraphrase chaldéenne dit le contraire : tu ne multiplieras pas la chevelure.
Dans le livre des Nombres (chapitre 21, numéro 19), on présente la fable du puits. Ils ont imaginé que le puits descendait avec les fils d’Israël vers les torrents, et des torrents, montaient avec eux jusqu’aux collines, et des collines, descendaient de nouveau dans les vallées. Et au chapitre 23, numéro 9, là où le texte hébreu a : « seul le peuple habitera », c’est-à-dire, qu’il ne se mêlera pas aux autres peuples, la paraphrase chaldéenne traduit, d’une façon juridique : voici que seul le peuple possèdera le siècle, ce qui veut dire qu’ils espèrent qu’ils seront les seuls à dominer la terre.
Enfin, dans le Deutéronome (chapitre 4, numéro 28, et chapitre 28, numéro 64) les textes hébraïques, grecs et latins prédisent que les Juifs serviront des dieux étrangers, ce que nous savons être arrivé plusieurs fois. La paraphrase chaldaïque fait dériver ce crime d’idolâtrie des Hébreux aux nations, car elle traduit ainsi : vous servirez des peuples qui servent des idoles. Ajoutons maintenant quelques mots sur l’édition syriaque.
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29 juillet 2017 à 18:24 CHAPITRE 4 l’édition syriaque
Il y a trois choses à dire sur l’édition syriaque. Premièrement, quelle différence il y a entre la langue syriaque et la chaldaïque. Ensuite, quels livres écrits en langue syriaque avons-nous encore ? Enfin, quelle est l’autorité de cette édition.
Disons d’abord que la langue syriaque est un croisement de la langue hébraïque et de la langue chaldéenne. Jusqu’à la captivité de Babylone, les Hébreux n’écrivirent que dans leur langue à eux. Quand ils furent déportés à Babylone, ils commencèrent à oublier leur propre langue, et à en apprendre une autre, la chaldaïque. Mais comme ils n’arrivaient pas à la prononcer correctement, et qu’ils conservaient toujours des mots hébraïques, une troisième langue est née, une mixture d’hébreu et de chaldéen, et c’est cette langue qui est devenue la langue populaire et maternelle des Hébreux. On l’appelle syriaque à cause de la région où elle a été le plus florissante, ou jérusolymite, à cause de la cité principale des Hébreux. Tout comme la langue chaldaïque, qui tire son nom de la région chaldéenne, est appelée aussi babylonienne à cause de la cité la plus noble de la Chaldée. Mais, ces deux langues se distinguent l’une de l’autre par leurs caractères, les conjugaisons des verbes, les liaisons, la notation des points, le son des voyelles, les idiotismes, et presque toute la structure de la langue, et par plusieurs mots qui leurs sont propres.
Disons ensuite qu’il est tout à fait certain qu’aucun livre de l’ancien testament n’a été écrit en cette langue, à l’exception peut-être du premier livre des Maccabées, et de l’Ecclésiastique. Mais saint Jérôme, dans le prologue Galeato, écrit avoir vu le premier, en hébreu. Et, dans le prologue des proverbes, il dit la même chose du deuxième. Car il est crédible que les livres qui existent aujourd’hui seulement en grec aient été écrits d’abord dans la langue vulgaire de l’hébreu, c’est-à-dire en syriaque. Pour les autres livres, il est attesté qu’ils ont été écrits par les premiers auteurs ou en hébreu, ou en chaldéen, ou en grec.
Pour le nouveau testament, on doute grandement. Et il est plus que probable que l’évangile de saint Matthieu et l’épitre aux Hébreux aient été écrits en langue syriaque. Cela a été prouvé avec des arguments décisifs par le chancelier de l’empereur Ferdinand Widmestadius, qui fut le premier en Occident à faire imprimer le nouveau testament en syriaque; et par Guido Fabritius qui a fait une traduction latine du nouveau testament syrien dans les bibles royales.
Les anciens écrivains (saint Irénée, Origène, Eusèbe, Athanase, Épiphane, saint Jérôme) n’ont rien à objecter, puisqu’ils enseignent eux-mêmes que l’évangile de saint Matthieu, surtout, a été écrit en hébreu. Car ils parlent de la langue hébraïque qui était courante au temps des apôtres, comme nous lisons souvent dans l’évangile que telle chose a été dite en hébreu, alors que c’est en syriaque qu’elle a été dite. Exemple : saint Jean 19 : « Il sortit dans le lieu qui s’appelle calvaire, et en hébreu, golgotha. Si vous consultez saint Jérôme au sujet de ces mots (dans le livre des noms hébreux), vous verrez que sont syriaques les mots que les évangélistes appellent hébreux. En plus de ces deux livres, tout le nouveau testament a été traduit du grec dans le syriaque par saint Marc l’évangéliste lui-même, comme le pensent les Syriens.
Si cela était vrai, on n’aurait aucune raison de douter de l’autorité de cette édition. Mais, on ne peut pas facilement m’amener à croire qu’il ait légué à l’Église de Syrie et d’Egypte une édition syriaque du nouveau testament. De cette édition ne font aucune mention Clément d’Alexandrie, Origène, Eusèbe, Athanase, Théophile, Épiphane, Jérôme, Cyrille, Théodoret, saint Jean Damascène, et les autres pères qui en Syrie ou en Egypte ont été évêques ou prêtres, et qui ont disputé en connaisseurs des différentes éditions des Écritures, ou qui ont laissé d’importants commentaires de l’Écriture à la postérité.
Si l’édition syriaque est postérieure à l’époque de ces pères, comme j’en suis moi-même persuadé, son autorité ne peut pas être telle qu’elle puisse être comparée à celle des éditions latine et grecque. Je passe sous silence que ne manquent pas dans cette édition des choses qui déplaisent aux doctes et aux pieux. Mais cette édition a un grand avantage que ne possèdent pas les autres. Avec les titres et les divisions des chapitres, elle fait mention des jeûnes, de la vénération de la sainte croix, des prières pour les défunts, des vigiles, des mémoires des saints, et d’autres choses du même genre, que les luthériens détestent comme étant des traditions du pontife romain. Cette édition a apporté la preuve que les luthériens étaient de fieffés menteurs. Mais j’en ai dit suffisamment sur les éditions chaldaïque et syriaque. Venons-en maintenant à la grecque.