Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 101)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Il est donc nécessaire que nous apparaisse avec une certitude infaillible quelle est l’assemblée des fidèles qui est la vraie église. Car, comme les transmissions des écritures, et tous les dogmes dépendent du témoignage de l’église, si nous ne savons pas avec certitude quelle est la vraie église, tout le reste sera incertain. Et on ne pourra pas déterminer en toute certitude quelle est la vraie église, si la foi interne est requise dans un membre, ou une partie de l’église. Car, qui sait avec certitude dans quelles personnes se trouve cette foi. Pour que quelqu’un appartienne à l’église n’est donc requise ni la foi, ni rien d’invisible ou d’occulte. À cet argument, ils répondent de deux façons. Le premier. On peut connaître l’assemblée des fidèles avec assez de certitude, de façon qu’on dise même qu’on la voit quand on aperçoit l’effet de la foi, lequel est la profession de foi. Car, on dit qu’on voit un homme véritablement, même que quand on ne voit son âme que dans les effets. Ils ajoutent ensuite qu’il n’est pas nécessaire qu’on sache distinctement quels sont ceux qui font l’église, mais qu’il suffit que soit assigné un rassemblement dans lequel nous croyons que tous ceux qui s’y trouvent font partie de l’église. Si on montrait à quelqu’un tout le peuple romain rassemblé dans le forum ou dans un théâtre, même si quelques étrangers s’y trouvent mêlés, on pourrait dire qu’il a vraiment vu le peuple romain.

Mais aucune de ces réponses n’est satisfaisante. Il est facile de réfuter la première. Car la connaissance par les effets n’est pas une connaissance certaine, mais conjecturale. L’exemple de l’homme ne convainc pas, non plus, car les effets de la vie dans l’homme sont naturels, et nécessaires, tandis que les effets de la foi sont volontaires, et donc moins certains. De plus, ce n’est pas l’homme lui-même que nous voyons, de façon à ce que nous soyons absolument surs que l’homme est celui que nous voyons. Car, il se peut que quand nous pensons voir un homme, nous voyions un ange ou un démon en forme humaine. Il est certain qu’Abraham, Loth et Tobie ont cru qu’étaient des hommes ceux qui étaient des anges. Nous, c’est une certitude infaillible que nous désirons au sujet de l’église, celle que nous avons non de l’homme lui-même, mais de sa figure, de ses couleurs externes, de son empreinte digitale et de son ADN, toutes choses qui ne peuvent tromper. La deuxième réponse est insuffisante pour plusieurs raisons. Car il peut arriver que croisse le nombre des hypocrites à un point tel qu’ils deviennent plus nombreux que les catholiques vrais et parfaits. Personne alors ne pourrait dire vraiment que cette congrégation est l’église du Christ, du fait que, dans cette assemblée que l’on montre, la plus grande partie n’appartient pas l’église. Nul ne sait, non plus, quels sont les peu nombreux qui font l’église. Et même s’il est préférable de croire que la plus grande partie de ceux qui professent la foi sont sincères, on ne peut en être certain.

Deuxième raison. Jamais toute l’église ne se rassemble en un seul lieu, de façon à ce qu’on puisse dire : c’est cette assemblée qu’est l’église. Mais elle est éparpillée par divers lieux, et d’aucune partie nous ne saurons avec certitude si elle n’est pas totalement sans foi. Nous nous demanderons toujours : communie-t-elle vraiment avec la vraie église du Christ.

Ne répugne pas à ceci ce que j’ai affirmé ailleurs, à savoir que l’église romaine particulière ne peut pas être totalement privée de la vraie foi. Car même cette église romaine particulière ne peut être assemblée en entier à quelque part. Elle est répartie en plusieurs basiliques, qui sont dans la ville de Rome. Et nous ne savons certainement pas, de certitude infaillible, si dans cette assemblée où nous nous dirigeons, il n’y a pas des brebis sans foi dans le cœur. Deuxième raison. Car il peut aussi arriver qu’un concile général entier soit à l’extérieur de l’église. Quoi d’étonnant si, parmi les milliers qui professent la foi chrétienne, trente ou quarante hommes présents au concile, sont privés de la vraie foi ? De cette façon, des choses très connues par ailleurs, qui ont besoin d’être tout à fait sures, seront mises en doute. Comme nous l’avons noté dans la dispute sur les pontifes, il est certain que la raison pour laquelle Brentius nie toute autorité aux conciles, c’est que nous ne sommes pas certains que chacun de ces pères ait la vraie foi dans le cœur, et donc, soit de l’église. Car ce n’est pas une fausse église qui est une colonne et un firmament de vérité, mais la vraie.

Quatrièmement. Parce que si nous ne savons pas clairement quels sont ceux qui constituent l’église, nous ne saurons pas tellement ce que fait l’église, mais où elle le fait, ou plutôt où elle se cache. Ce qui ne suffit pas pour sauver la visibilité de l’église, dont nous parlerons dans le prochain chapitre. Mais voyons déjà ce qu’on objecte. Ils objectent d’abord, que le fondement et la quasi forme de l’église est la foi, comme le dit saint Paul (1 Cor 3) : « Comme un bon architecte, j’ai posé le fondement. » Et : « Personne ne peut poser un fondement autre que celui qui a été posé, le Christ Jésus. » Et aux Éphésiens 2 : « Sur édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, la pierre angulaire étant le Christ Jésus. » Et, aux Éphésiens : « Un Dieu, une foi, un baptême. » Je réponds que la forme de l’église n’est pas la foi interne (à moins de vouloir avoir une église invisible), mais la foi externe, c’est-à-dire la profession externe de la foi. Ce qu’enseigne ouvertement saint Augustin (libre 19, chapitre 1, contre Faustus), l’expérience aussi l’atteste : sont admis à l’église ceux qui professent la foi. Dans les textes allégués, la foi n’est pas appelée forme, ou fondement de l’Église, mais fondement de la justice ou de la doctrine qui est dans l’église. Ajoutons qu’en même temps que les Écritures posent la foi, elles posent aussi la charité, et tous les dons du Saint-Esprit. Et pourtant, aucun catholique n’enseigne que ne sont pas dans l’église ceux qui n’ont ni charité ni dons du Saint-Esprit.

Ils nous objectent en second lieu, la définition du concile du Latran (que l’on trouve dans le canon firmiter, de la sainte trinité et de la foi catholique) : « L’église universelle des fidèles est une, en dehors de laquelle personne ne se sauve. » Cette définition est semblable à celle du pape Nicolas (consécration, dist 1, canon de ecclesia) : « L’église est une réunion de catholiques. Car ne sont pas des fidèles ceux qui n’ont pas la foi dans le cœur, même s’ils la professent de bouche. » Je réponds que ce ne sont pas des définitions de l’Église, car tout ce que le concile du Latran a voulu affirmer c’est que l’église est une. Il n’a pas cherché à définir avec précision ce qu’est l’église. Il l’a appelée l’église des fidèles, parce que c’est par ce non que l’on distingue les baptisés de ceux qui sont manifestement infidèles, ainsi que des catéchumènes. Car les anciens ne donnaient pas aux catéchumènes le nom de fidèles, comme nous l’avons montré plus haut. Voilà pourquoi c’est comme si le concile avait dit : il n’y a qu’une seule église de chrétiens, non plusieurs. Ajoutons, en second lieu, qu’on peut entendre aussi le mot fidèle au sens de celui qui professe sa foi publiquement, comme nous le dirons bientôt du mot catholique. Ajoutons, en troisième lieu, qu’on aurait pu dire, en toute vérité : une est l’église des fidèles, au sens de ceux qui ont la vraie foi dans le cœur. Car l’église n’a l’intention de réunir que les fidèles.

Quand des chrétiens fictifs qui ne croient pas vraiment, se mêlent aux vrais, cela arrive sans qu’elle le veuille vraiment. Car, si elle les connaissait, elle ne les admettrait pas, et elle les exclurait immédiatement, s’ils entraient frauduleusement.

Au sujet de la définition du pape Nicolas : l’église est une assemblée de catholiques, nous sommes forcés de dire qu’il appelle catholiques ceux qui professent la foi catholique, quoi qu’il en soit de la foi interne. Car il ordonne qu’on ne fasse pas d’églises, (des congrégations de fidèles, comme il explique), sans l’autorisation du siège apostolique. Il est évident qu’on ne peut avoir d’assemblées de catholiques sans que soient appelés dans un même lieu ceux qui sont catholiques, c’est-à-dire ceux qui professent publiquement qu’ils sont chrétiens. Ils nous objectent, en troisième lieu, des témoignages de pères de l’église qui disent que « les hérétiques ne sont pas de vrais chrétiens. » Comme Tertullien (livre de la pudeur), saint Cyprien (livre 4, épitre 2), saint Athanase (sermon 2 contre les Ariens), saint Augustin (livre de la grâce du Christ, chapitre 2). Et « que l’église du Christ ne peut être composée que de chrétiens. » N’appartiennent donc pas à l’église ceux qui n’ont pas la vraie foi. Je réponds que ces pères parlent des hérétiques manifestes, qui n’ont la foi du Christ ni dans le cœur ni dans la bouche. Car le mot chrétien est un mot de profession, et sont dits chrétiens ceux qui témoignent publiquement de la loi et la foi du Christ, et qui la suivent.

Ils objectent, quatrièmement, qu’avant la venue du Christ, appartenaient à l’église du Christ non seulement la synagogue, mais tous les Gentils, qui, dispersés ici et là, rendaient un culte sincère à un seul Dieu. Il semble suivre de là que la foi soit le lien de l’église, et que, en conséquence, celui qui ne l’a pas ne fait pas partie de l’église. Je réponds que, pendant tous les siècles, les seuls à avoir constitué l’église de Dieu sont ceux qui étaient réunis dans la confession et la protestation d’une seule foi dans un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, soit par des sacrifices, soir par d’autres moyens. Ils objectent enfin ceci.

La principale raison pour laquelle ne sont pas inclus dans l’église des hérétiques occultes, semble être la suivante : on doit savoir d’une certitude infaillible quelle assemblée d’hommes est l’église. Or, cette certitude on ne peut l’avoir, si l’on dit que les hérétiques occultes font partie de l’église. Ce que l’on confirme par les arguments suivants. Le premier. Ne sont pas membres de l’église ceux qui n’ont pas été baptisés. Or, personne ne sait avec certitude quels sont ceux qui ont été vraiment baptisés, parce que le caractère est invisible, et parce que, même quand ils est administré en public, peu sont présents qui voient ce qui se passe vraiment; et parce que les autres devraient se contenter d’une foi humaine. La deuxième. L’Église ne peut pas exister sans évêques et sans prêtres, comme l’enseigne saint Jérôme contre les lucifériens. Or, qui connait avec certitude ceux qui sont les vrais évêques et les vrais prêtres, comme cela dépend de l’intention de l’ordinant et d’un caractère invisible ? La troisième. Les excommuniés ne sont pas dans l’église, comme nous l’avons enseigné plus haut. Or plusieurs sont excommuniés de façon occulte, car, selon le code de droit canonique, ils sont excommuniés par le fait même, même si leur excommunication n’est pas proclamée publiquement. Ce qui nous force à nous demander anxieusement quand nous voyons quelqu’un : est-il dans l’Église ou pas ? La quatrième. Il arrive souvent, ou il est certain que cela peut arriver, que des hérétiques manifestes se fassent passer pour des catholiques, et qu’ils se mêlent aux fidèles, comme les Juifs, les Turcs, les païens. Ou nous disons que ces gens-là ne sont pas de l’Église, ou nous dirons que l’église est une assemblée d’hérétiques et de païens hypocrites.

Je réponds à la première. Pour que quelqu’un soit du corps de l’église, seul le baptême externe est requis, non le caractère. Le baptême externe n’est pas non plus requis pour que soit considéré et soit de l’église, mais seulement pour qu’il y soit admis. Car, si quelqu’un demande d’être admis à l’église, cela ne peut pas se faire sans le baptême. Cependant, si quelqu’un affirme avoir été baptisé, et qu’on n’a pas de preuve du contraire, il sera admis aux autres sacrements, et il sera, par là, du corps de l’Église. Et le signe en est que si, par après, on apprend qu’il n’a pas été baptisé, on l’expulse de la congrégation, s’il en est personnellement responsable. Mais si c’est sans faute de sa part, on ne le repousse pas, mais om lui donne les connaissances qui lui font défaut. Et on ne jugera pas qu’il n’a pas été dans l’église, mais qu’il y est entré autrement que par la porte ordinaire. Voilà pourquoi Innocent 111 (canon apostolicam), a porté le jugement suivant sur un prêtre non baptisé. Le prêtre non baptisé a vraiment été dans l’église, et il a été ordonné d’offrir pour lui le sacrifice comme pour les autres fidèles.

Et saint Denys d’Alexandrie, (livre 7, chapitre 8 de l’histoire de l’église), a jugé qu’était vraiment dans l’église quelqu’un qui n’avait pas été baptisé, mais qui participait aux autres sacrements en tant que baptisé. Cela semble être la sentence de Jean Driedon ( llivre 4, de l’écriture et des dogmes, chapitre 2, part 2) : « Tous ceux qui sont inscrits visiblement comme membres de l’église par le sacrement de la foi, qui conservent corporellement la paix avec le peuple chrétien, sont dits être dans l’église, tant qu’ils n’ont pas été séparés d’elle par une condamnation, ou tant qu’ne sortent pas d’eux-mêmes en méprisant et persécutant l’église. » Il dit assez clairement que sont dans l’église non seulement les baptisés, mais tous ceux qu’on considère avoir été baptisés. On pourrait aussi répondre, et mieux, que ceux qui n’ont pas été baptisés mais qui sont considérés comme des baptisés, sont dans l’église selon l’apparence extérieure seulement, c’est-à-dire de façon putative, mais non vraiment. Il ne s’ensuit pas, cependant, que l’église soit invisible, car même si quelques-uns ne peuvent pas prouver qu’ils ont été baptisés, la très grande majorité le peut. Et le baptême, par sa nature, est visible.

À la deuxième confirmation, je réponds qu’on peut considérer deux choses dans les évêques. La première. Ils tiennent la place du Christ, et c’est pourquoi nous leur devons obéissance; et ils ne peuvent pas nous tromper dans les choses qui sont nécessaires au salut. La seconde. Ils ont le pouvoir d’ordre et de juridiction. Si on les considère de la première façon, nous sommes certains d’une certitude infaillible, que ceux que nous voyons sont de vrais évêques, et nos pasteurs. Car, à cela ne sont requis ni la foi, ni le caractère d’ordre, ni l’élection légitime, mais qu’ils soient considérés tels par l’église. Car, ils sont évêques pour l’église, non contre. Dieux assiste ceux qui sont tels pour qu’ils n’errent pas dans l’enseignement de la doctrine. Ils sont donc de vrais évêques et pasteurs, non absolument parlant, mais par rapport aux trois choses dont nous avons parlé. Ce qui est comme si nous aurions dit qu’ils ne sont pas en eux-mêmes de vrais évêques, mais que tant qu’ils sont considérés comme tels par l’église, nous leur devons obéissance, puisque même la conscience erronée oblige. De même.

Ils tiennent la place du Christ de fait, non de droit, quand ils régissent réellement le peuple au nom du Christ. L’Église ne peut pas être trompée par eux, puisque l’église ne peut pas errer. Et il faut suivre ceux que l’église présente comme de vrais pasteurs. On peut prendre cela dans un bon sens : si ces évêques s’entendent tous sur une doctrine, ou s’ils sont des souverains pontifes. Car, il n’est pas douteux qui certains évêques particuliers peuvent se tromper s’ils se séparent des autres. Si on les considère de la deuxième manière, nous n’avons qu’une certitude morale qu’ils soient de vrais évêques, bien qu’ils soient certains, d’une certitude infaillible, que quelques-uns au moins, sont vrais. Autrement, le Christ aurait abandonné son église. Mais suffit la première considération pour tenir que l’église est certaine et visible, en ce qui a trait à la tête et aux membres.

Je répons à la troisième confirmation, qu’il est difficile d’imaginer que ces sortes d’hommes ne soient pas détectés sur-le-champ. Même s’ils trompent l’église pendant une longue période de temps, elle ne pourra pas en recevoir de dommage, car l’église ne les range parmi les siens qu’à cause de la profession externe, (car elle ne juge pas des intentions). Or, cette profession externe est en elle-même très sainte, même si elle été usurpée par eux. Ils sont donc du corps de l’église, tant qu’ils sont joints aux fidèles par le lien de la profession et de l’obéissance, qui lie l’église universelle, et la réduit en un seul corps. Il ne s’ensuit pas qu’elle soit, pour autant, une assemblée d’hérétiques et de païens hypocrites. Car, même si quelques-uns sont tels dans l’église, nous sommes certains d’une certitude de foi divine, que dans la même église, il y a un grand nombre de vrais fidèles, pieux et élus. Même dans le corps humain on trouve des ongles et des cheveux qui n’ont pas la vie, mais personne ne déduit de cette constatation, que dans un corps humain il n’y a que des ongles et des cheveux.

Cela a été dit selon la sentence de Driedon. Car, selon l’autre sentence, que nous venons tout juste de considérer plus vraie, il faudra répondre que les Juifs, les Turcs, les païens et les hérétiques manifestes qui feignent d’être chrétiens et catholiques, ne sont de l’église que selon son apparence externe, ou d’une façon putative, mais pas véritablement. Et il ne s’ensuit pas que l’église devienne invisible. Car, même s’il arrivait qu’il soit nécessaire de savoir si, oui ou non, des hommes de cette sorte sont des membres de l’église catholique, on pourra les forcer à montrer leur admission à l’église, c’est-à-dire ou qu’ils ont été baptisés, ou réconciliés, toutes des choses qui sont visibles et accessibles aux sens externes. L’autre raison porte sur la foi, et les autres vertus internes qui sont requises dans tous les membres de l’église. Ces membres font une église purement invisible, et connue par Dieu seul, comme Petrus a Solo a eu raison de l’objecter aux brentiens.

CHAPITRE 11

On propose une autre controverse. L’église est-elle toujours visible, peut-elle errer ?

Nous avons expliqué ce qu’est l’église. Nous allons dire maintenant quelle elle est. La dissension entre nous et les hérétiques consiste en trois choses. La première.

Ils disent que la vraie église est invisible et connue de Dieu seul. Frederic Staphylus nous explique (dans sa première apologie, part 3) que les luthériens avaient fait, au début, l’église invisible, mais que, quand ils virent les conséquences absurdes qui en résulteraient, ils ont statué dans un concile secret qu’il fallait dire que l’église était visible, mais de façon telle qu’elle soit visible de nom, et invisible réellement. Et d’abord, Luther, dans son livre sur le serf arbitre, répondit à Érasme qui lui opposait qu’il n’est pas croyable que Dieu ait abandonné si longtemps son église, que Dieu n’avais jamais déserté son église; que ce n’était pas la vraie église celle qu’on appelait communément église c’est-à-dire le pape, les évêques, les clercs et les moines, et la grande multitude des catholiques; mais que la vraie église était certains hommes pieux que Dieu conservait comme des reliques. Et il est toujours arrivé dans le monde que la vraie église n’était pas celle qu’on disait être la vraie église, mais seulement quelques homes pieux. Et (dans son livre contre Carharin), il dit que l’église est spirituelle, et qu’elle n’est perceptible que par la foi. Dans son livre sur l’abrogation de la messe (partie 1), le même Luther parle ainsi : « Qui nous montrera l’église puisqu’elle est cachée dans l’Esprit, et qu’on ne peut que croire ? Comme quand on dit je crois en l’église sainte.

Les magdebourgeois (centurie 1, livre 1, chapitre 4, colonne 170), définissent l’église une assemblée visible. Cependant, à la colonne 171, ils distinguent deux églises, et à la colonne 178, ils ajoutent que la véritable église est la plupart du temps un groupe restreint, et que la fausse est très achalandée, car à la vraie, seuls participent ceux qui entrent pas la porte étroite, c’est-à-dire ceux qui sont vraiment pieux, et que, par conséquent, l’église est invisible. À la colonne 181, ils disent que, au temps du Christ, il y a eu, dans la vraie église, les pasteurs, les mages, Zacharie, Siméon, Marie, Anne, mais non les pontifes et les prêtres, car les premiers étaient pieux, et les autres, impies. Philippe Mélanchton (dans les lieux, au lieu 12 qui est de l’église), il répète plusieurs fois que l’église est visible, mais il dit, cependant, au même endroit, que, dans les controverses, il faut soutenir que le verbe de Dieu est auprès de la confession de la vraie église; que cette vraie église n’est ni le pape, ni les évêques, ni la majorité du concile, mais quelques hommes pieux et élus, illuminés par Dieu. Au même endroit, il dit que, au temps d’Élie, la vraie église était Élie, Élisée, et le petit groupe de ceux qui les suivaient, mais non la multitude des Juifs restante; et que, au temps du Christ, l’église a été Siméon, Zacharie, les pasteurs, parce qu’ils étaient pieux.

Brentius, (dans la confession de Vittemberg, chapitre sur les conciles), dit que l’église de Dieu a la promesse, mais qu’il ne faut pas s’en tenir aux jugements des conciles, parce que les élus y sont peu nombreux, et parce que souvent la plus grande partie l’emporte sur la meilleure. Et, dans les prolégomènes : « Vois (en parlant à Petrus a Soro) ce qui fait l’église visible et perceptible aux sens. Il faudra donc effacer cet article du symbole apostolique : je crois en l’église catholique sainte, et le reformuler ainsi : je vois et je sens l’église catholique. » De même Calvin (livre 4, c.1 , verset 7 des institutions) : « Les saintes lettres parlent de l’église de deux façons. Car, de temps en temps, quand ils se remémorent l’église, ils pensent à celle qui est vraiment devant Dieu. » Et plus bas, parlant d’elle, il dit : « Il est nécessaire que nous croyions que l’église invisible n’est perceptible qu’aux yeux du seul Dieu. » Et, au verset 3 : « Du reste, pour percevoir l’unité de l’église, il n’est nul besoin de l’apercevoir avec les yeux de notre corps, ou de la palper avec nos mains. »

En second lieu, ils enseignent que l’église visible a erré dans la foi et les mœurs au point d’être presque totalement détruite. C’est ce que dit Calvin, dans la préface de ses institutions. « Il ne dévient pas peu du vrai quand ils ne reconnaissent, en fait d’église, que celle qu’ils voient avec leurs yeux de maintenant. » Et, plus bas : « Ils frémissent à moins que l’église ne leur soit montrée du bout du doigt. » Et plus bas : « Pourquoi ne pas plutôt permettre à Dieu, puisqu’il est le seul à savoir quels sont les siens, d’enlever de la vue des hommes, la connaissance extérieure de son église ? » Ils enseignent en troisième lieu, que la vraie église, c’est-à-dire, l’invisible, ne peut ni dévier ni errer dans les choses qui sont nécessaires au salut, mais qu’elle peut errer dans le reste. C’est ce qu’enseigne Calvin (livre 4, chapitre 8, verset 13, des institutions, et ailleurs. » Nous autres, nous affirmons le contraire, et nous le prouverons par des arguments appropriés.

CHAPITRE 12

L’église est visible

Que l’église est visible, on le prouve par toutes les Écritures. Vous aussi vous avez trouvé le nom de l’église, et toujours par le nom de l’église, une assemblée visible est signifiée. Et Calvin n’a pas pu et ne pourra jamais citer un seul texte où ce nom soit donné à une congrégation invisible. Quand on dit dans Nombres 20 : « Pourquoi avez-vous fait sortir l’église dans le désert ? », il est certain que le mot église signifie ici ce peuple d’Israël très connu qui était sorti d’Égypte. Même chose 3 rois 8, c’est manifestement de l’église visible que parle l’Écriture, quand elle dit : « Le roi tourna sa face et bénit toute l’église d’Israël, tandis que toute l’église d’Israël se tenait debout. » Matthieu 16 : « Sur cette pierre, je bâtirai mon église. » Que par le mot pierre on entende le Christ ou la confession de foi, comme le veulent les hérétiques, ou Pierre, comme nous le croyons, nous, le fondement d’un édifice est toujours quelque chose de sensible, et l’église est donc sensible, ou visible. Car, même si, maintenant, nous ne voyons ni le Christ ni Pierre, l’un et l’autre s’est autrefois offert à la vue, et chacun des deux est vu, aujourd’hui, non en lui-même, mais en son vicaire ou son successeur. Exemple. Le roi de Naples n’est pas invisible même s’il est éloigné, car il est vu dans son pro roi. Matthieu 18 : « Dites-le à l’église. S’il n’écoute pas l’église, etc. »

Il est sur que ni l’un ni l’autre ne pourrait être conservé si l’église était invisible (actes des apôtres 28) : « Prenez grand soin du troupeau universel, dans lequel l’Esprit Saint vous a placés en tant qu’évêques pour régir l’église du Christ. » Comment auraient-ils pu régir une église qu’ils ne connaissaient pas ? Actes 15 : « Mis à part par l’église, ils parcouraient la Phénicie. » Et, au même endroit : « Quand ils arrivèrent à Jérusalem, ils furent reçus par l’église. » Et, au chapitre 18 : « Pierre monta et salua l’église. » Comment ces textes pourraient-ils convenir à une église invisible ? Saint Paul (1 Col 15, Galat 1,Philip 3) dit qu’il a persécuté l’église du Christ, (actes ,chapitre 9). Ensuite (1 Timothée 3) : « Je t’écris ces choses, fils Timothée, pour que tu saches comment tu dois te comporter dans la maison de Dieu, qui est l’église du Dieu vivant. » Et pour le faire, il devait savoir ce qu’elle était. En second lieu, on le prouve par d’autres textes bibliques, où l’église n’est pas nommée explicitement, mais seulement décrite. Psaume 18 : « Il a placé son tabernacle dans le soleil. » Selon saint Augustin (traité 2 sur l’épitre de saint Jean,), c’’est au grand jour qu’il a placé son église, car comme le soleil ne peut pas se cacher, l’église ne peut pas être cachée. De même, dans Isaïe (2), Daniel 2) et Michée (4), l’église est comparée à une montagne haute et imposante, qui ne peut en aucune façon se dissimuler. Voir le commentaire qu’en donnent saint Jérôme et saint Augustin dans le traité un de l’épitre de saint Jean. De même, dans Matthieu 5 : « Une ville construite sur une montagne ne peut pas être cachée. » Saint Augustin (dans le livre sur l’unité de l’église, chapitre 14 et ailleurs) applique souvent cette image à l’église. Ensuite, les paraboles du terrain, du filet, du troupeau montrent toutes que la vraie église, qui est le royaume des cieux, est visible.

On le prouve, ensuite, par la naissance et la croissance de l’église. Car, sans parler de l’ancien testament où l’église était si visible que l’on portait dans sa chair le signe visible de la circoncision, il est certain que, dans le nouveau testament, l’église chrétienne était, au début, tout entière dans les apôtres et dans les disciples du Christ, qui étaient visibles au point où l’Esprit saint a pu descendre sur eux le jour de la pentecôte. Ensuite, à ceux-ci se sont adjoints visiblement, en un seul jour, trois mille hommes, et de nouveau cinq mille hommes, par la confession de la foi et le baptême, comme on le voit dans les actes (1, 2, 3, 4), et, par la suite, seuls furent comptés parmi les membres de l’église ceux qui, par le baptême et la profession de foi, rejoignirent les premiers, ceux qui ne se sont pas éloignés par le schisme ou l’hérésie, ou qui ne furent pas expulsés par l’excommunication. Quatrièmement, on le prouve par la nature elle-même de l’église. L’Église n’est pas une société d’anges ou d’animaux, mais d’hommes. On ne peut pas parler de société d’homme à moins qu’elle ne se manifeste par des signes externes et visibles. Car il n’y pas d’association à moins que ne se reconnaissent ceux qui se disent associés. Et ils ne peuvent se connaitre que si les liens de la société sont visibles et externes. Et on le confirme par la façon de faire de toutes les sociétés humaines, car ce n’est que par des signes visibles que les hommes s’inscrivent à ces sociétés. Voilà pourquoi saint Augustin dit contre Faust, chapitre 11 : « Les hommes ne peuvent s’associer sous aucun nom religieux, vrai ou faux, sans signe quelconque ou sacrement visible. »

Cinquièmement. Au temps du Christ, comme le veulent Philippe et Illyricus, l’église n’était que dans Zacharie, Siméon, Anne et Marie, et dans autres personnes pieuses, mais non dans les pontifes, ou la multitude des Juifs. Or, il appert que Zacharie, Siméon et les autres communiaient avec les pontifes dans le temple et les sacrifices (Anne ne sortait pas du temple; Marie allait à toutes les années au temple. Le Christ lui-même envoyait les lépreux guéris aux prêtres, et ils disaient : faites ce qu’ils disent. Ou ils faisaient mal, eux, en communiant avec une fausse église, ou les luthériens agissent mal en ne communiant pas avec nous, en n’obéissant pas au souverain pontife. Sixièmement. On le prouve pas la nécessité. Car nous sommes tous tenus, sous peine de mort éternelle de nous adjoindre à la vraie église, et d’y persévérer, c’est-à-dire d’obéir à sa tête, et de communiquer avec les autres membres. (Cyprien, la simplicité des prélats, saint Augustin, livre 4 du baptême, chapitre 1). Mais on ne peut pas faire cela si l’église est invisible. Septièmement. À partir de ce que nous avons dit dans une question précédente. Si l’église est une congrégation d’hommes qui se servent de sacrements, et qui professent la foi du Christ, sous la conduite de pasteurs légitimes, il s’ensuit nécessairement qu’elle est invisible. Et pour finir, les témoignages des anciens. Origène (homélie 30 sur Matthieu) : « L’église est pleine d’éclairs de l’orient à l’occident ». Saint Cyprien (livre sur l’unité de l’église) : « L’église, perfectionnée par la lumière du Seigneur, répand ses rayons sur toute la terre. » Saint Jean Chrysostome (homélie 4, chapitre 6 d’Isaïe) : « Il est plus facile au soleil de s’éteindre qu’à l’église de s’obscurcir. » Saint Augustin (livre 3, chapitre 5, contre l’épitre de Parmenius) : « Il n’y a pas d’autre assurance de l’unité que les promesses du Dieu qui déclare qu’une maison établie sur le sommet d’une montagne ne peut pas être cachée. » Traité 1 sur la lettre de saint Jean : « Offensons-nous l’église en la montrant du doigt ? N’est-elle pas perceptible par tous ? » Et, au traité 2 : « Que dire de plus aux aveugles qui ne voient pas une montagne si haute ? Qui devant une chandelle posée sur un candélabre, ferment les yeux ? »

CHAPITRE 13

L’église visible ne peut pas faire défaut

Qu’une vraie église visible ne puisse pas faire défaut, on peut facilement le prouver. Il est à noter que plusieurs des nôtres ne prennent pas le temps de prouver que l’église ne peut absolument pas faire défaut. Car, Calvin et les autres hérétiques l’admettent cela, même s’ils disent qu’il faut l’entendre de l’église invisible. Nous voulons donc prouver que l’église visible ne peut pas faire défaut. Par le mot église nous n’entendons pas un ou l’autre des chrétiens, mais la multitude unie des chrétiens, dans laquelle sont les prélats, et leurs sujets.

On le montre cela, d’abord, par les écritures, où l’on parle explicitement de l’église. Matth 16 : « Sur cette pierre j’édifierai mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » Saint Paul dit quelque chose de semblable (1 Timothée 3) : « Pour que tu saches comment te comporter dans la maison de Dieu, qui est l’église du Dieu vivant, la colonne et le firmament de la vérité. » Dans les deux passages, il s’agit de l’église visible, comme nous l’avons montré, et, cependant c’est la vérité elle-même que nous avons entendue affirmer que les portes de l’enfer ne prévaudront point contre l’église. » En second lieu, à partir d’autres passages, où la promesse est clairement exprimée, mais sans le mot église. Matthieu (dernier chapitre) : « Je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle. » Ces paroles sont dites à l’église visible, les apôtres et les autres disciples, ceux à qui il a parlé le jour de son ascension. Mais comme ces hommes ne sont pas demeurés dans leurs corps jusqu’à la fin du monde, il est nécessaire que cette promesse ait été faite aussi à leurs successeurs. C’est de la durée perpétuelle de l’église qu’entend ce passage saint Léon (épitre 31 à Pulchérie Auguste, et dans l’épitre à Constantin Auguste.) De plus, saint Paul (Ephes 4) : « Lui-même en a fait quelques-uns apôtres, d’autres prophètes, d’autres évangélistes, pasteurs, docteurs, pour le perfectionnement des saints dans le travail du ministère, pour l’édification du corps du Christ, jusqu’à ce que nous accourrions tous dans l’unité de la foi, et de la connaissance du Fils de Dieu, jusqu’à la taille de l’homme parfait, et à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ. »

L’Apôtre enseigne là que demeureront dans l’église ces ministères de pasteurs et de docteurs, la construction continuelle du corps du Christ, et donc une église visible, jusqu’au jour du jugement. Car, s’il n’y avait que la seule église invisible, on ne trouverait pas ces ministères, qui ne peuvent être exercés que si les pasteurs et les agneaux se connaissent. Et il faut noter que même si certains pères de l’église voient dans ce passage la mesure spirituelle du corps mystique, et certains plus récents la mesure corporelle des corps bienheureux (qui disent qu’ils seront de la taille qu’ils avaient à l’âge parfait ), tous entendent ce passage des derniers temps, quand sera complété le nombre des élus. Voir Saint Autustin (livre 22, chapitres 15, 17, 18 de la cité de Dieu) où il touche à l’une et l’autre des explications.

De plus, au psaume 47 : « Dieu l’a fondée pour l’éternité. » C’est-à-dire son église qui est sa cité, comme l’explique saint Augustin, et comme la chose elle-même le proclame. Car tout le psaume porte sur la fondation de l’église chrétienne, en tant que connue, une cité visible, car elle commence ainsi : « Grand est le Seigneur et digne de louanges, dans la cité de notre Dieu, dans son saint mont : elle est fondée dans l’exultation de toute la terre. » Et, de nouveau, en Isaïe, 61. Que ce chapitre s’entend de l’église du nouveau testament le Christ l’a enseigné (Luc 4) quand il le cita dans la synagogue, et appliqua à sa venue le commencement de ce chapitre : « L’Esprit du Seigneur est sur moi. » Le voici : « Je ferai avec eux une alliance perpétuelle, et on connaitra parmi les Gentils leur semence, et leur germe au milieu des peuples. Tous ceux qui les verront les connaitront, car ce sont eux qui sont la semence qu’a bénie le Seigneur. » Ce texte parle si clairement qu’il n’a pas besoin d’explication. Car, comment sera invisible l’assemblée de laquelle il est dit : « Tous ceux qui les verront les connaitront, car ils sont la semence que le Seigneur a bénie. »

Se présentent, en troisième lieu, des témoignages tirés de paraboles, qui, de l’avis de tous, signifient l’église. Car, l’aire où se trouvent le grain et la paille, le filet dans lequel sont les bons et les mauvais poissons, le champ où se trouvent le froment et la zizanie, le festin où sont attablés les bons et les mauvais convives, et le bercail où se trouvent les brebis et les béliers, signifient l’église visible, comme les hérétiques eux-mêmes le reconnaissent. Car l’église invisible n’a pas de bons et de mauvais, mais seulement des bons, selon leur opinion. Et ces mêmes paraboles enseignent que l’église visible ne périra jamais jusqu’au jour du jugement. Car, en Matthieu 3, on lit : « Il nettoiera son aire, il ramassera le froment dans son fenil, et les pailles, il les brulera dans un feu inextinguible. », ce qui ne peut arriver avant le jour du jugement. Et (Matth 13) il est dit : « Laissez-les croitre tous deux jusqu’à la moisson. » Et plus bas : « La moisson c’est la consommation des siècles. » Et plus bas : « C’est ce qui arrivera à la consommation des siècle : les anges sortiront et sépareront les mauvais du milieu des justes. » Quatrièmement, on le prouve pas les textes de l’écriture qui parlent du royaume du Christ. Le psaume 88 : « Son trône est comme le soleil devant mon regard, et comme la lune éternellement parfaite, et un témoin fidèle dans le ciel. » Au même endroit : « Et je placerai dans les siècles des siècles sa semence, et son trône comme un jour céleste. » Daniel 2 : « Dans les jours de ces règnes. Dieu suscitera un royaume du ciel qui ne disparaitra jamais pendant toute l’éternité. Et son royaume ne sera pas livré à un autre peuple. » Et Luc 1 : « Et son règne n’aura pas de fin. » On ne peut entendre ces textes que d’une vraie visible église du Christ qui ne passera jamais. Car la vraie église est surement le royaume de Dieu. Et on ne peut pas appeler église quelques hommes occultes, dispersés ici et là, séparés les uns des autres, et qui ne se connaissent pas, comme est l’église invisible de Luther. Car, un royaume est une multitude d’hommes rassemblés qui se connaissent les uns les autres. De plus, dans le psaume 88 où il est question du règne éternel du Christ, on dit aussi qu’en lui il y a des bons et des mauvais, et que, en conséquence, l’église est visible : « Si ses fils l’abandonnent, ne gardent pas ma loi et mes jugements, je les visiterai avec la verge de leurs iniquités, et avec des coups de fouet leurs péchés. Mais je n’éloignerai pas d’eux ma miséricorde. » Ce passage saint Cyprien l’applique aux châtiments que l’église impose aux apostats. Et aussi le chapitre 2 de Daniel où il est dit que le royaume du Christ est perpétuel, nous lisons aussi que son royaume est une haute montagne, qui remplit toute la terre, qu’Isaïe (chapitre 2) et Michée (chapitre 4) ont appelé un mont manifeste, selon les septante.

Cinquièmement, on le prouve par les témoignages des anciens. C’est ce qu’affirment Origène et saint Jean Chrysostome, aux lieux cités, mais plus clairement saint Augustin et saint Bernard. Saint Augustin (préface, 101 débat 2), disputant contre les donatistes qui prétendaient que toute l’église visible avait péri, et était demeurée dans les seuls justes de l’Afrique, leur répondit : « Mais cette église qui fut celle de toutes les nations, n’est plus et a péri, disent ceux qui ne sont plus en elle. O parole impudente ! Elle n’est pas parce que tu n’es pas dedans ? Vois à ce que ce ne soit pas pour cela que tu n’y es pas, car elle sera, même si tu n’y es pas. » Et plus bas, il fait parler l’église ainsi : « Combien de temps serai-je dans ce siècle ! Annonce-le-moi à cause de ceux qui disent qu’elle a été et qu’elle n’est plus. Elle a apostasié et a péri chez toutes les nations. Elle me l’a annoncé, et ne fut pas vaine cette voix. Qui me l’annoncera si ce n’est la Voie elle-même ? Quand l’a-t-elle annoncé ? « Je serai avec vous jusqu’à la consommation du siècle. » Il dit des choses semblables dans son commentaire du psaume 147, et dans son livre sur l’unité de l’église, chapitres 13 et 20, et ailleurs.

On ne peut pas répondre que saint Augustin parle de l’église invisible, car elle n’a pas péri et ne périra pas, comme l’admettent les donatistes eux-mêmes, car ils s’appliquaient à eux-mêmes ces mots du Seigneur Jésus : « Je serai avec vous jusqu’à la consommation du siècle. », comme saint Augustin le rapporte dans le lieu cité au psaume 101. Saint Bernard (sermon 79 sur le cantique des cantiques) : « Il en est ainsi. Alors et jusqu’à aujourd’hui n’ont pas fait défaut les chrétiens, ni la foi de la terre, ni la charité de l’église. Les inondations, les ouragans sont venus et ils se sont rués sur elle avec impétuosité, mais elle n’a pas tombé, parce qu’elle est fondée sur la pierre, la pierre qui était le Christ. C’est pourquoi ni les discours des philosophes, ni les insinuations perfides des hérétiques, ni les glaives des persécuteurs, n’ont pu ni ne pourront la séparer de la charité du Christ. » On ne peut pas entendre cela non plus de l’église invisible. Car les glaives des tyrans ne peuvent pas la persécuter, ni la verbosité des philosophes, ni les subtilités des hérétiques. L’église visible ne fera donc jamais défaut. Que se présente Vincent de Lérins qui, dans son avertissement, reprend comme une grave erreur la sentence de Nestorius qui disait que « toute l’église s’était trompée dans le mystère de l’incarnation, parce qu’elle avait suivi des maîtres aveugles »

On le prouve, enfin, par la raison naturelle. S’il ne restait dans le monde qu’une église invisible, deviendrait aussi impossible le salut pour ceux-là qui se trouvent en dehors de l’église. Car, ils ne peuvent être sauvés que s’ils entrent dans l’église, comme au temps de Noé, périssaient ceux qui n’allaient pas s’abriter dans l’arche. Or, on ne peut pas entrer dans une église qu’on ne connait pas. Ils n’ont donc aucun remède. De plus, c’est de la nature d’une vraie église qu’elle soit visible.

Si donc l’église visible périt, il n’en restera plus d’autre. Que dire d’autre ? Ces hommes occultes qui constituent l’église invisible professent ouvertement la vraie foi et s’abstiennent du culte des idoles ou non ? S’ils professent la foi, l’église n’est donc pas invisible, mais tout à fait visible, comme elle était au temps des martyrs. S’ils ne professent pas la foi, il n’y a pas d’église, car il n’y a pas d’église vraie, dans laquelle ceux qui s’y trouvent ne sont pas bons, mais sont sauvés quant même. Ils ne sont pas bons et ne sont pas sauvés ceux qui ne confessent pas la foi; qui y sont présents de cœur, mais qui, à l’extérieur, professent la perfidie et l’idolâtrie, comme le dit saint Paul aux Romains (10) : « Quand on croit de cœur pour être justifié, la confession orale apporte le salut. » Et Matt 10 : « Celui qui me reniera devant les hommes, je le renierait devant mon père. » Ce sont donc des propos contradictoires qui affirment en même temps que l’église existe, et qu’elle manque de forme visible, à moins qu’on ne la place en dehors du monde, là où il n’a jamais été nécessaire de professer la foi.

CHAPITRE 14

L’Église ne peut pas errer

Il nous reste à prouver que l’église ne peut pas errer du tout. Il faut d’abord expliquer les sentences des adversaires et la nôtre. Cette proposition de Calvin : l’église ne peut pas errer, est vraie si on la comprend en faisant deux restrictions. La première. Si l’église ne propose pas de dogmes en dehors de l’Écriture, par exemple, si elle rejette les traditions orales et ne présente comme objet de foi que ce qui se trouve dans l’Écriture. Il répond que l’église propose toujours fidèlement ce qui se trouve dans les Écritures, dans les choses nécessaires au salut, mais pas dans les autres, et par conséquent, demeurent toujours dans l’église, certains nuages d’erreur. La seconde restriction est la suivante. Si on n’étend pas l’inerrance de l’église aux évêques qui sont les représentants de l’église, comme le disent les nôtres. Car chaque évêque tient la place de son église particulière, ce que font tous les évêques. C’est ce qu’enseigne Calvin (livre 4, chapitre 8, versets 11-15 de son institution majeure; et chapitre 8, versets 146, 148, 149, 150 de l’institution mineure.) À cet endroit, il explique notre doctrine d’une façon mensongère et frauduleuse, en nous faisant dire que l’église ne peut pas errer, qu’elle se serve de la parole de Dieu ou pas. Car, il n’est pas sans ignorer que nous ne parlons pas de la parole de Dieu tout court, mais seulement de celle qui se trouve dans l’Écriture, et que nous disons que l’église ne peut pas errer soit qu’elle explique ce qui se trouve dans l’Écriture, soit qu’elle définisse des dogmes en dehors de l’Écriture. Notre sentence est donc que l’égalise ne peut pas du tout errer, ni dans les choses absolument nécessaires, ni dans les autre qu’elle nous présente comme devant être crues ou mises en pratique, qu’elles soient dans l’Écriture ou pas.

Quand nous disons que l’Église ne peut pas errer, nous l’entendons autant de l’universalité des fidèles que de l’universalité des évêques, de sorte que le sens de cette proposition est que ce que tous les fidèles considèrent comme de foi est nécessairement vrai et de foi.

Et, semblablement, ce qu’enseignent tous les évêques comme faisant partie de la foi, est nécessairement vrai et de foi.

Après ces explications, prouvons cette vérité. L’église universelle, en tant qu’elle contient tous les fidèles, comme le dit saint Paul (1 Tim 3) : « L’église de Dieu est une colonne et un firmament de la vérité. » Calvin répond que l’église s’appelle une colonne et un firmament de vérité parce qu’elle conserve, comme un gardien très fidèle, la prédication de la parole de Dieu écrite, et non parce qu’elle ne peut errer en rien. Mais, au contraire, c’est de cette façon que les librairies sont des colonnes de vérité, celles qui conservent avec soin les écritures. Mais, dans ce passage, l’apôtre ne pensait pas aux Écritures, mais disait tout simplement qu’elle est une colonne et un firmament de vérité. De plus, être une colonne est plus important qu’être un simple gardien, car c’est sur une colonne que s’appuie une maison, et si on l’enlève, la maison s’écroule. Quand l’apôtre appelle l’église une colonne de vérité, il veut signifier que, pour nous, la vérité de la foi s’appuie sur l’autorité de l’Église; qu’est vrai ce que l’église approuve, et faux ce qu’elle réprouve.

Ajoutons que l’église a été aussi une colonne quand n’existaient pas les Écritures. D’où il suit qu’on ne dit pas colonne à cause de la garde des Écritures. De plus, s’il est question de garde, saint Paul préfère comparer l’église à une arche plutôt qu’à une colonne. Ensuite, en second lieu, l’Église est gouvernée par le Christ, comme sa tête et son époux, et par l’Esprit-Saint, comme par son âme, comme on le voit dans Éphésiens (4) : « Un corps, et un Esprit. » Et aux Éphésiens 5 : « L’homme est la tête de la femme, comme le Christ est la tête de l’Église. » Donc, si l’Église errait dans les dogmes de la foi et des mœurs, il faudrait attribuer cette erreur au Christ et à son Esprit. Voilà pourquoi Jésus dit en saint Jean dit (16) : « L’Esprit de vérité vous enseignera toute vérité. » Calvin répond que le Christ et l’Esprit Saint enseignent à l’église toute vérité absolument nécessaire, mais qu’il laisse toujours un certain flou. Il ne suit pas de cela qu’il faille attribuer l’erreur au Christ ou à l’Esprit Saint, comme on ne leur attribue pas l’ignorance qui est certainement dans l’Église. Je réponds. Comme l’homme qui est la tête de la femme, n’est pas tenu d’enlever à son épouse toute forme d’ignorance, mais il est tenu d’enlever toute erreur de laquelle résulterait un grand mal, même si la femme aurait l’ignorance pour excuse. De la même façon, le Christ est tenu à enlever de son église toute erreur qui engendrerait un grand mal, une erreur dans les choses de la foi. Car, ce serait un grand malheur et un grand mal que l’église rende un culte à Dieu avec une fausse foi, puisque le culte divin consiste principalement dans la foi, l’espérance et la charité, comme saint Augustin l’enseigne dans l’enchiridion.

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