Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 103)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2018 02 18 17h09 fin FIN de l'Eglise dispersée sur toute la terre.

Suite = les Notes de la véritable Eglise de Jésus Christ (qui est la sainte Eglise catholique romaine et aucune autre)

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Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps

JesusMarie.com

Saint Robert Bellarmin

Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps

Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.

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2018 02 25 20h52 début LIVRE 4

LES NOTES DE LA VÉRITABLE ÉGLISE (18 chap.) CHAPITRE 1

Il est très utile de traiter des notes de l’Église

Il reste la controverse sur les notes de la vraie Église, qui est d’une extrême utilité car tous admettent que c’est dans la seule vraie église que se trouvent la vraie foi, la vraie rémission des péchés, la véritable espérance du salut éternel, et cela, au point que la simplicité de certains prélats a fait dire à saint Cyprien : « Ils ne peuvent pas demeurer avec Dieu ceux qui n’ont pas voulu être avec les autres chrétiens dans l’église de Dieu. S’ils sont rôtis à petit feu, s’ils sont jetés dans des brasiers ardents, s’ils remettent leur âme à Dieu après avoir été livrés aux bêtes, ce ne sera pas pour eux la couronne de la foi, mais la peine de leur perfidie. De tels hommes peuvent être tués, mais couronnés, jamais ! » Tous les pères enseignent des choses semblables; et les hérétiques ne le nient pas, non plus. Car, chaque hérésie draine à elle seule toute l’église, et place tous les autres en dehors de l’église, comme l’enseigne Lactance (livre 4, dernier chapitre) : « L’église catholique est la seule qui retienne le vrai culte. Elle est la fontaine de vérité, la maison de la foi, le temple de Dieu. Si quelqu’un n’y entre pas, ou s’il en sort, il devient étranger à la vie et au salut éternel. Et, pourtant, tous les membres des sectes hérétiques se croient des chrétiens par excellence, et pensent que leur église est la catholique. » Voilà pourquoi si nous tombons tous daccord sur cette question, toutes les autres se résoudront facilement. Il faut donc parler de deux choses. La première. La réfutation de la doctrine des hérétiques de nos jours sur les notes de l’église. La deuxième. La présentation et l’explication de la position des catholiques.

CHAPITRE 2

Réfutation de la sentence des hérétiques

Dans la dernière partie de son livre sur les conciles et l’église, Luther propose sept notes :

N°1 La prédication de l’évangile véritable et non corrompue.

N°2 L’administration légitime du baptême.

N°3 Le rite légitime de l’eucharistie.

N°4 L’usage légitime des clefs.

N°5 L’élection légitime des ministres qui prêchent et administrent les sacrements.

N°6 La prière publique, la psalmodie, le catéchisme, mais dans une langue que tous comprennent.

N°7 Le mystère de la croix, c’est-à-dire des tribulations à l’intérieur et à l’extérieur, de sorte qu’à l’intérieur on trouve la douceur, la pusillanimité, et les terreurs et, à l’extérieur, la pauvreté et le mépris, le fait d’être considérés comme des démons par les hérétiques. Il est à noter que Luther s’est bien gardé de ne nommer aucune des notes qui se trouvent dans le concile de Constantinople. Mais c'est pourtant par ces notes que tous les anciens conciles ont distingué la vraie église des sectes hérétiques.

Les autres hérétiques de nos jours n’ont coutume de proposer que deux notes, qui comprennent les cinq premières notes de Luther, c'est-à-dire, la prédication sincère de la parole de Dieu, et l’usage sincère des sacrements. Avec ces deux notes, chaque secte se démontre à elle-même qu’elle est la vraie église. C’est ce qu'enseigne la confession augustinienne (article 6) et son apologie, Brentius (dans sa confession de Wittemberg, livre 4, chapitre 1, versets 9, 1- et 11), les centuriates (centurie 1, livre 1, chapitre 4, colonnes 173, 174; et centurie 1, livre 2, chapitre 4, colonne 279-381.) À ces deux notes, ils en ajoutent deux autres, qu’on peut ramener à la cinquième et à la septième de Luther, c’est-à-dire la constance dans la profession de la foi, ou la persévérance, et l’obéissance aux ministres du verbe, en tant qu’ils sont des administrateurs de la parole.

Ces notes sont tous à fait insuffisantes. Car, tout d’abord, elles n’indiquent la véritable église que conjecturalement, puisque nous ne pouvons pas savoir qui sont les élus et les justes. Elles nous montrent plus où l’église se cache que ce qu’elle est. De plus, ces notes sont si générales que chaque secte peut s’en servir comme preuves. Je réponds donc que les notes doivent être propres à la seule vraie église, et non communes à toutes les prétendues églises. Car, si je voulais te décrire un homme que tu n’as jamais vu, pour que, quand tu l’apercevras, tu le distingues des autres, je ne devrai pas te dire qu’il a deux yeux, deux mains et deux oreilles, car ce sont là des choses que tous possèdent. Je ne dois pas, non plus, te le décrire par des notes qui, bien qu’elles soient réellement propres à cette personne, ne le sont pas, cependant, selon l’opinion des autres, parce que plusieurs les revendiquent pour eux. Car, même de cette façon, on ne pourrait pas trouver, non plus, celui qu’on cherche. En effet, une prédication sincère de la vérité est une note commune à toutes les sectes, selon l’idée, du moins, qu’elles s’en font. Car, ou bien elle doit être une prédication exempte de toute erreur, ou bien elle ne doit être vraie que pour les choses essentielles et fondamentales.

Selon la première hypothèse, nous tirons de cette note la conclusion que l’église n’est chez aucun luthérien, car ils admettent eux-mêmes que leurs églises ne manquent pas de taches ou de verrues. Dans son livre sur l’église, Luther dit clairement que la parole de Dieu est connue, même si elle est prêchée avec plus ou moins de pureté. Calvin enseigne la même chose (livre 4, chapitre 1, verset 12 de ses institutions). Selon la seconde hypothèse, cette note sera commune à beaucoup de sectes. Il est certain que les disciples de Luther et de Zwingli ne différent pas sur le fondement principal de la foi, la trinité et l’incarnation. Les pélagiens eux-mêmes auraient eu la vraie foi, car, avant d’avoir enfanté les nestoriens, ils admettaient ces deux mystères. Et c’est par ce raisonnement que Célestin (selon saint Augustin,livre 2, chapitre 22, sur le péché originel) s’efforçait de démontrer qu’il n’était pas en dehors de l’église universelle. Et pourtant, il n’y a personne que les luthériens et les calvinistes exècrent autant que les pélagiens; et ils nous placent, nous, en dehors de l’église, parce qu’ils nous voient comme des pélagiens. De plus, même si, selon cette deuxième hypothèse, cette note ne convient pas réellement à quelques-uns, comme aux anabaptistes, elle convient à tous, selon l’idée qu’ils se font d’eux. Car, y a-t-il jamais eu une secte qui ait affirmé ne pas avoir une prédication sincère de la vérité ? Saint Augustin (dans son épitre sur le fondement, chapitre 4), dit qu’on peut connaitre l’église catholique par plusieurs notes; que les hérétiques n’ont rien d’autre que la promesse d’enseigner la vérité. C’est-à-dire qu’ils ne font que promettre que leur prédication est vraie et sincère.

Ensuite, les notes doivent être plus connues que la chose dont elles sont les notes, car autrement, elles ne seront pas connues, mais ignorées. Voilà pourquoi les adversaires eux-mêmes ne veulent pas seulement la prédication externe de la parole, mais sa réception. Car, ils disent que la vraie église est celle où est prêchée, écoutée et crue la parole de Dieu. Mais qui peut savoir où la parole est crue ? De plus, par la prédication externe, on connait surement plus qui est la vraie église que quelle est la véritable prédication du Verbe, car cela, c’est de l’église que nous l’apprenons, comme l’enseignent saint Irénée, Tertullien, saint Augustin, et tous les anciens. Saint Irénée (livre 3, chapitre 4) : « Si une dissension surgit au sujet d’un point de doctrine, ne faudrait-il pas recourir aux plus anciennes églises, et recevoir d’elles une réponse certaine et limpide. » Tertullien (dans son livre sur la prescription)

: « Ce que les apôtres ont prêché, ce que le Christ leur a révélé, j’ai déjà écrit à ce sujet qu’on ne peut le démontrer autrement que par les églises fondées par les apôtres, celles qui l’ont été vraiment. Il appert donc que toute doctrine de foi qui concorde avec ce qu’enseignent les églises apostoliques, maternelles et originelles, doit être réputée vraie. Le reste, c’est la prédication du mensonge." Nous allons prouver la même chose par la raison. Car la vraie prédication est en même temps une prédication et une interprétation de la vraie Écriture divine. Or, quelle est la vraie Écriture, et quel est son vrai sens, nous ne pouvons le savoir sans le témoignage de la vraie Écriture, comme le dit saint Augustin (dans son livre contre le fondement, chapitre 5; et dans son livre sur l’utilité de croire, chapitre 14). Ainsi que Brentius (dans sa confession de Wittemberg, au chapitre sur l’Écriture), et Philippe (lieux cités, chapitre sur l’église) qui requiert le témoignage de l’église pour mettre fin aux litiges. Mais le gardien du trésor doit être plus connu que le trésor, le docteur plus que la doctrine, et non l’inverse. L’église est donc plus une note de la vraie prédication que la prédication ne l’est de la vraie église.

Troisièmement. Les vraies notes sont inséparables de la vraie église. Les églises auxquelles écrivait saint Paul, celle des Corinthiens et des Galates, étaient de vraies églises, mais elles n’avaient pas toujours la vraie prédication de la parole, comme on l’apprend par les lettres de saint Paul aux Corinthiens et aux Galates, puisque les uns enseignaient qu’il n’y avait pas de résurrection des corps, et les autres qu’il fallait conserver la loi de Moïse avec l’évangile. Mais, tu diras : comment ont-elles pu être de vraies églises si elles ont enseigné l’hérésie ? Je réponds que autre est errer quand on est prêt à apprendre ce qu’on ignore, et à obtempérer quand on a appris; et autre est ne pas vouloir apprendre quand on entend la vérité, et ne pas obtempérer. Aucune de ces attitudes ne peut se trouver dans l’église universelle, mais, dans une église particulière, il ne faut pas se surprendre de voir la première. Mais la seconde, ni dans l’une, ni dans l’autre; seulement dans les synagogues de satan, et dans les églises des mauvais. Mais, dans une fausse église, il peut y avoir une doctrine exempte de toute erreur, car les schismatiques, comme les lucifériens et les donatistes, avaient, au début, la doctrine intacte, ce qui ne les empêchait pas d’être en dehors de l’église. Si on dit qu’ils n’avaient pas la doctrine parfaite, parce que la vraie doctrine enseigne qu’il faut demeurer dans l’unité de l’Église, il nous faut montrer notre désaccord, parce que ce serait faire une pétition de principe, car c’est dans cette même note que se trouve être dans l’église. De plus, les schismatiques croient qu’il faut être dans la vraie église, et obéir à la vraie tête, même s’ils ne le font pas. Ils n’errent donc pas dans la foi, mais manquent de charité.

Mais, au sujet de cette note, Brentius, Philippe et Calvin nous opposent certains passages de l’Écriture. Comme Jean 10 : « Mes brebis entendent ma voix. » L’Église est donc là où on écoute la parole de Dieu. De même, aux Éphésiens 5 : « La purifiant par l’eau du baptême dans la parole de vie. » L’Église est purifiée dans la parole. Donc où se trouve une parole purifiante, là est l’Église. C’est ce que dit Philippe dans l’apologie. Calvin (livre 4, chapitre 1, verset 9) se contente de ce passage de Matt 18 : « Où sont deux ou trois… »

Brentius (dans sa confession de Wittemberg, chapitre sur l’église) : « Il appelle dieux ceux à qui ce discours a été adressé. » Et, au chapitre 15 : « Vous, vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai dite. » L’Église est celle qui est pure devant Dieu. Et saint Paul (aux Romains) : « L’évangile est, pour tout croyant, une vertu de Dieu menant au salut. » Saint Jean Chrysostome ajoute (homilie 49 sur Matthieu) : « Celui qui veut savoir quelle est la véritable église du Christ, comment la connaitra-t-il si ce n’est par les Écritures ? » Et saint Augustin (épitre 166) : « Dans l’Écriture nous apprenons le Christ; dans l’Écriture, nous apprenons l’église. » De même (dans le livre de l’unité de l’église, chapitre 2 : « Une question est posée parmi vous : où est l’Église ? Que vais-je donc faire ? Vais-je chercher la réponse dans nos paroles, ou dans les leurs ? Je pense que nous devrons plutôt chercher dans les paroles de celui qui est la Vérité, et qui connait très bien son corps. » Et, dans le troisième chapitre : « N’écoutons pas : je dis cela ou tu dis cela, mais plutôt : voici ce que dit le Seigneur. » Et plus bas : « Je ne veux pas qu’on me démontre la sainte église avec des documents humains, mais avec des oracles divins. »

Je réponds que le premier passage n’enseigne pas où est l’église, mais il enseigne plutôt qui sont les élus, ceux qui écoutent de tout leur coeur en persévérant, et qui retiennent la parole, comme l’enseigne saint Augustin. Puisqu’on ne peut pas savoir quels sont ceux qui écoutent de tout leur cœur, cela ne peut pas être une note de l’église visible. C’est une note qui suffit à chacun pour connaitre conjecturalement son élection. Le deuxième texte ne prouve rien, car cette purification est invisible, et aussi parce que saint Paul ne veut pas enseigner ce qu’est, mais où est la vraie église. De plus, si être rassemblé au nom du Christ est une note de l’Église, il ne s’agit certes pas d’un rassemblement quelconque. Au nom du Christ ? Toutes les hérésies et tous les schismes se rassemblent au nom du Christ. Ce sera donc être rassemblé par ceux qui jouissent de l’autorité de Dieu, comme les évêques légitimement ordonnés, qui ont succédé à ceux qui avaient été légitimement ordonnés, et cela, en remontant jusqu’aux apôtres, qui ont été placés chacun par Dieu dans leur territoire de mission. Cette note coïncide avec nos notes, comme nous le verrons plus loin. Le quatrième texte ne prouve rien, car on parle là des seuls princes de Dieu à qui Dieu a confié quelque chose. Car, c’est cela devenir la parole de Dieu pour quelqu’un. Ensuite, parce que la parole de Dieu ne fait pas des dieux, si elle n’est que prêchée; il faut aussi qu’elle soit reçue et crue. Mais cela, c’est quelque chose d’invisible. Le cinquième texte est semblable au second, celui où Brentius dit que l’église est pure devant Dieu, c’est-à-dire, non devant les hommes. Il n’indique pas qu’il découle de cette note que l’église apparait manifestement devant Dieu et non devant nous.

Le sixième texte ne prouve rien, car l’effet produit par l’évangile est invisible. Mais Calvin insiste. La parole de Dieu est féconde, et partout où elle est prêchée, elle fructifie. Donc l’Église se trouve partout où la parole de Dieu est prêchée. Je réponds que si ce raisonnement prouve quelque chose, il ne prouve que partout où la parole est prêchée, il y a de bonnes personnes. Mais, ces personnes-là nous ne les connaissons pas. Mais il ne prouve même pas cela, car la parole de Dieu fructifie toujours quand elle est légitimement prêchée, c’est-à-dire quand elle est prêchée par des prédicateurs envoyés par le pouvoir ordinaire. Autrement, il ne poussera que de l’ivraie et de la zizanie, si elle est prêchée par les hérétiques des différentes sectes. J’ai souvent répondu à la citation de saint Jean Chrysostome. Et, au sujet du texte de saint Augustin, je réponds qu’on prouve où est l’église par l’Écriture, non par la note de l’église, mais parce que l’Écriture enseigne quelles sont les notes, en enseignant quelle elle est, où elle a commencé, et comment elle s’est développée.

Tu en concluras que l’Écriture est antérieure, et plus connue que l’église, puisque c’est elle qui la fait connaitre comme vraie. Je réponds que, absolument parlant, l’église est antérieure et plus connue que l’Écriture. Car, l’église a existé avant l’Écriture, et c’est à elle que l’Écriture a été donnée par Dieu; que c’est elle qui la communique aux autres, et qui l’explique. Mais, à un certain point de vue, on peut dire que l’Écriture est plus connue, quand elle est reçue, et quand elle s’exprime clairement sur une question qui se pose sur l’église. On peut dire la même chose de l’église quand elle est reçue et connue, et qu’une question se pose sur l’Écriture. L’une est donc prouvée par l’autre. Exemple. Quand on disputa du baptême des hérétiques, dont l’Écriture parle obscurément, alors que l’Église était bien connue, saint Augustin prouva que le baptême était licite selon les Écritures par le fait qu’il l’était pour l’Église. Inversement, quand on discuta de l’Église en se demandant si elle existait dans la seule Afrique, saint Augustin alla chercher dans l’Écriture des preuves claires admises par tout le monde.

La seconde note est réfutée par ces mêmes arguments. Car, d’abord, tous la revendiquent comme leur appartenant en propre. En effet, en plus de l’être des catholiques, les calvinistes sont séparés des luthériens, tout en pensant avoir seuls le vrai sacrement de l’eucharistie. Les anabaptistes sont séparés des uns et des autres, car ils pensent être les seuls à avoir le vrai usage du baptême. De plus, les pélagiens avaient tous les sacrements, ainsi que l’ont tous les schismatiques. Ensuite, l’usage légitime des sacrements est moins connu que l’église. Car l’usage légitime des sacrements est celui qui est conforme à l’Écriture, comme eux-mêmes l’enseignent. Or, les Écritures dépendent de l’église, et non le contraire, comme nous l’avons souvent dit. Troisièmement, l’Église des Corinthiens était une vraie église, et pourtant (1 Corinthiens 2), saint Paul leur reproche de ne pas recevoir avec sincérité le principal des sacrements. On peut dire la même chose des églises africaines, au temps de saint Cyprien et des 36 évêques dont il rapporte la sentence dans la lettre à Quirinus. Elles étaient, elles aussi, de vraies églises. C’est ce qu’enseignent saint Augustin et saint Jérôme contre les Lucifériens qui ne prenaient pas au sérieux le sacrement du baptême.

La sixième note à réfuter est la psalmodie et la prière. Si on parle de l’invocation qui vient du cœur, c’est une note invisible. Si on parle de l’invocation externe et de la psalmodie externe, c’est une note qui est commune à toutes les églises et à toutes les sectes. Car, à notre époque, toutes les sectes, même celle des anabaptistes, disent l’oraison dominicale, et chantent des psaumes en langue vulgaire, comme le faisaient autrefois aussi les ariens, au témoignage de Socrate (livre 6, chapitre 8), et de saint Ambroise (les basiliques qu’il fallait livrer aux ariens par ordre de l’empereur.) Ajoutons que, à cette époque, on pouvait considérer comme une note de la vraie église le chant des cantiques en langue latine. Cette note, seule la possède encore l’antique église catholique, qui ne change pas à chaque jour comme les sectes des hérétiques.

La quatrième note à réfuter est la septième de Luther, à savoir la douceur, la pusillanimité, les persécutions externes, et la persécution interne qui vient du fait d’être appelé hérétique. C’est évidemment une fausse note. Car les persécutions internes sont invisibles, si elles sont vraiment internes. On peut dire aussi que la pusillanimité est un vice. Et saint Paul exhorte partout à la joie interne, et dit que le royaume de Dieu est joie dans l’Esprit Saint. Voir Romains 14, Coloss 3, Philippe 4, Éphésiens 5. Mais la persécution externe n’est pas une note perpétuelle, même s’il est vrai que dans les premiers siècles, l’Église en a souffert beaucoup. Car, par la suite, elle a été triomphante, comme tout cela avait été prédit. Voir saint Augustin épitre 50.

La cinquième note est celle des centuriates, selon lesquels la vraie église se trouve chez ceux qui persévèrent dans la confession de la foi jusqu’à la mort. Ce qui a été déjà réfuté, car la confession de la vraie foi n’est pas plus une note de l’église que la prédication de la vraie écriture et l’usage légitime des sacrements. Ensuite, parce qu’on pourrait en conclure qu’elle n’existe pas chez les luthériens, puisqu’ ils disent que, pendant plusieurs siècles avant la venue du Luther, la confession de la vraie foi avait cessé, et que l’église s’était conservée dans des refuges ou dans des cachettes, et qu’elle a donc été invisible. L’église de Luther est neuve, et donc fausse. Cette note, nous la voyons dans toutes les sectes, et dans aucune moins que celles des luthériens. Car, d’abord, notre église a des martyrs innombrables, qui ont persévéré avec constance dans la profession de la foi. Les montanistes se glorifiaient aussi de leurs martyrs, comme le rapportent Eusèbe (livre 5, chapitre 18 de son histoire de l’église), et Tertullien dans son livre sur la fuite dans la persécution, qu’il a écrit contre les catholiques quand i l était devenu montaniste, leur reprochant de mal agir en fuyant. De même les Messaliens, d’après Épiphane (hérésie 80). On leur donna même le nom de « martyriens », parce qu’ils se glorifiaient extrêmement du nombre de leurs martyrs. Saint Augustin constate la même chose au sujet des donatistes (épitre 68) : « Ils vivaient comme des voleurs, et étaient honorés comme des martyrs. » Au sujet des anabaptistes qui vivaient de son temps, saint Bernard écrit ceci dans le sermon 66 sur les cantiques des cantiques : « On admirait le fait qu’ils étaient conduits à la mort non seulement avec constance, mais allègrement. » Au sujet des adamites, Énée Sylvius écrit (dans son livre sur l’histoire des Bohémiens, chapitre 41) : « Les hommes avec leurs épouses avaient coutume de se diriger vers le bucher en riant et en chantant. » À notre époque, personne n’ignore que les anabaptistes occupent le premier rang dans leur obstination de mourir pour leur perfidie. Mais c’est le dernier rang qu’occupent les luthériens, qui sont les seuls à proposer cette note de la vraie église.

CHAPITRE 3

On propose les notes de la vraie Église

Après avoir réfuté brièvement ces pseudos notes, il nous reste à proposer les vraies notes. Il faut noter, au tout début, que l’Église catholique est comme un soleil, qui darde des rayons de lumière translucides dans toutes les parties de l’univers, qui la font connaitre facilement. Car, elle a plusieurs notes, ou témoignages ou signes, qui la distinguent de toutes les fausses religions des païens, des Juifs et des hérétiques. Ces notes ne démontrent pas avec une certitude absolue qu’elle est la vraie église de Dieu, mais elles rendent cela évidement crédible. Comme chacun sait, évidemment vrai, et évidemment crédible, ce n’est pas la même chose. Car, évidemment vrai se dit de ce qui est vu en soi ou en ses principes. Évidemment crédible se dit de ce qui n’est pas vu en soi, ni dans ses principes, mais qui a des témoignages si nombreux et si importants, qu’un sage se doit d’y croire. Comme, par exemple, si un juge voit un homme être tué par un voleur de grands chemins, ou être blessé mortellement, et puis après, expirer, il a l’évidence de la vérité que ce larron est un homicide. Mais s’il n’a pas vu le meurtre, mais a vingt témoins très véridiques qui disent l’avoir vu tuer, il a une évidence de crédibilité.

Nous disons donc que les notes de l’Église que nous présentons ne produisent pas une évidence de vérité au sens fort du terme, car, autrement, ce ne serait pas un article de foi que cette église est la vraie église. Et il n’y aurait personne qui le nierait, comme on ne trouve personne qui nie les axiomes. Mais, elles produisent une évidence de crédibilité, selon le psaume 92 : « Tes témoignages sont grandement crédibles. » Chez ceux qui acceptent les Écritures divines, elles font aussi une évidence de vérité. Car, même si la vérité d’un article de foi ne peut pas nous être totalement évidente, elle peut l’être par hypothèse, en présupposant la vérité des Écritures. Car, ce qui est déduit avec évidence des Écritures est évidemment vrai, si on présuppose que les Écritures sont vraies.

Ces notes reçoivent différents noms de différents auteurs. Saint Augustin (dans son livre contre l’épitre du fondement, chapitre 4), présente six notes. Et saint Jérôme, dans son livre contre les lucifériens, à la fin, n’en présente que deux. Vincent de Lérins, lui, trois. Parmi les plus récents, Driedo (livre sur l’église et les dogmes, livre 4, chapitre 2, part 2), Petrus a Soto (première partie de sa défense, chapitre 44, et ailleurs), trois. Le cardinal Hosius, dans l’explication du symbole, 4. Nicolas Sanderus (livre 8, chapitre 50 de la monarchie visible,) six. Michaël Medina (livre 2 de la foi droite), dix. Et, dans son livre 7, au chapitre 66, il en ajoute une onzième. Cunerus Petri (dans son petit livre sur les notes de l’église), en met douze, si je ne m’abuse. Car, quand nous avons écrit ceci nous n’avions pas son écrit entre nos mains. Nous, nous proposons 15 notes, que l’on pourra, si on y tient, réduire à quatre, celles qui sont attribuées au concile de Constantinople : une, sainte, catholique et apostolique.

CHAPITRE 4

On explique la première note

La première note est le nom lui-même de l’église catholique et de chrétiens. Car, comme saint Augustin l’enseigne (dans son livre contre l’épitre du fondement, chapitre 14), même si toute hérésie veut être considérée comme église catholique, quand des païens demandent à des hérétiques où est l’église catholique, personne n’ose montrer sa maison. C’est ce que dit saint Cyrille, dans sa catéchèse 18 : « Si tu vas dans une ville, tu ne demanderas pas où est l’église ou la maison de Dieu, car les hérétiques disent qu’ils ont, eux aussi, une maison de Dieu. Mais tu demanderas où est l’église catholique, car c’est là le nom qui est propre à l’unique sainte église, la mère de nous tous. Si tu demandes cela, aucun hérétique ne t’indiquera son église. » Pacianus dans l’épitre à Symprhonien, qui porte sur le nom catholique : « Ce mot catholique ne désigne ni Marcion, ni Apelles, ni Montan. Les hérésiarques ne se l’ont pas attribué. » Et plus bas :

« Mon prénom est chrétien, mon nom de famille catholique.

Le premier m’appelle, le deuxième me montre. » Et, au même endroit, il dit que le nom catholique est à la cime et au tronc de cet arbre, d’où plusieurs branches sortent en leur temps. Car, les sectes hérétiques sont des branches, c’est-à-dire des parties de l’arbre qui ont été coupées. L’arbre lui-même, qui se nourrit de sa racine, demeure toujours le même.

Il est ce qu’on appelle catholique. De la même façon, il n’est pas d’hérésie qui ne reçoive pas son nom d’un homme qui est son auteur, et qui ne laisse pas le nom catholiques à ceux qu’elle a quittés. Ainsi en était-il des schismatiques au temps de saint Paul (1 Cor 3) : « Je suis de Paul, je suis de Céphas, je suis d’Apollon. »

Saint Justin dans Tryphon, dit : « Et ils sont différents par leurs noms, ayant été dénommés par quelqu’un qui a été l’auteur d’une nouvelle doctrine. Quelques-uns, parmi eux, s’appellent marcionistes, valentiniens, d’autres basiliens, d’autres saturniens, d’après le nom de ceux qui ont inventé leurs dogmes. » Saint Irénée (livre 1, chapitre 20) : « Ils tirent leur nom du dit Simon, le prince de leur doctrine impie. » Lactance livre 4, chapitre 30 : « Quand ils se sont nommés marcionistes ou ariens, ils ont cessé d’être chrétiens, eux qui, après avoir perdu le nom du Christ, se sont affublés d’autres noms. » Athanase (semon 2 contre les Ariens) : « Ce n’est jamais de ses évêques que le peuple a reçu son nom, mais du Seigneur dans lequel il a cru. Il est certain que nous n’avons pas tiré nos noms des saints apôtres, nos précepteurs, mais du Christ Jésus. Ceux qui tirent d’ailleurs l’origine de leur foi ont raison de préférer le nom de leur auteur. Comme c’est du Christ que nous nous disons et que nous sommes chrétiens, quand Marcion inventa son hérésie, ceux qui restèrent fidèles au Christ retinrent le titre de chrétiens et ceux qui ont suivi Marcion n’ont plus été appelés chrétiens, mais marcionistes. Il en de même des autres hérétiques, qui ont pris le nom de leur secte. »

Saint Jean Chrysostome (homélie 33, dans les actes des apôtres) : « Eux ont quelqu’un de qui ils tirent leur nom. Car la secte porte le nom de son hérésiarque. Nous, aucun homme ne nous a donné notre nom, mais la foi. » Saint Jérôme contre les lucifériens, à la fin, dit : « Quand vous en entendez qui se disent chrétiens , et qui ne tirent pas du Christ leur nom, mais d’un autre, qui s’appellent, par exemple, martionites, ou valentiniens, sachez que ce n’est pas l’église du Christ, mais la synagogue de l’antichrist. » Comme donc les hérétiques de nos jours se disent maintenant martinistes, luthériens, zwingliens, et calvinistes, et comme aucun de nous ne s’est jamais appelé d’après un homme, il appert que seule la nôtre est la vraie église du Christ.

Mais, ils nous répliquent, vous êtes souvent appelés papistes, romains, romanisants. Je réponds que, même autrefois, les catholiques ont été appelés homoousiniens (« consusbstantialistes »), mais c’était pour attester une vérité par ce nom. Ce ne fut pas le nom d’un nouvel auteur, ou d’un hérésiarque, comme le sont leurs noms à eux. Homoousinien signifie celui qui croit que le Fils est consubstantiel au Père, ce qui est un dogme archi vrai. Le mot papiste est déduit du mot pape, ce que Pierre a été, et même le Christ. Les mots romains et romanisants ont été, pendant 1100 ans synonymes de catholiques, comme l’oraison funèbre de Satyre, le frère de saint Ambroise nous le montre. Ajoutons que saint Jean Chrysostome (homélie 33) enseigne qu’il n’y a pas de mal à ce que les catholiques soient appelés du nom de ceux qui gouvernent l’église au nom du Christ, pourvu qu’ils ne prennent pas le nom d’un homme privé, comme le font les hérétiques. Il semble là avoir prévu qu’il nous faudrait un jour porter le nom de papistes. Mais il faut ajouter que les seuls à nous donner ce nom sont les luthériens de Germanie, nos voisins. Ce n’est pas ainsi qu’on nous appelle en Grèce, en Asie, en Afrique, dans les Indes, sans parler de l’Italie et de l’Espagne.

CHAPITRE 5

La deuxième note

La deuxième note est l’antiquité. Car, sans aucun doute, la vraie église est plus ancienne que la fausse, comme Dieu a existé avant le diable. C’est pourquoi on nous dit, en Matthieu (13) que la bonne semence a été semée avant la zizanie. L’église est dite catholique parce que, en tout temps, elle a été et est purement et simplement catholique, puisqu’elle a été fondée par les apôtres, et est donc très ancienne. Que notre église est plus ancienne que tous les conventicules des païens, Tertullien le démontre dans son apologie, chapitre 19 et 20, et saint Augustin (dans la cité de Dieu, chapitres 37 et 38). Que notre église que nos adversaires appellent papiste, est celle-là même que le Christ a instituée, et est donc plus âgée que toutes les sectes des hérétiques, on peut le déduire du raisonnement suivant. Dans tout changement majeur de religion, on peut toujours démontrer six choses.

La première, son auteur. La deuxième, son nouveau dogme.

La troisième, le temps où il a commencé. La quatrième.

Le lieu où il a commencé. La cinquième. Qui s’y est opposé. La sixième. Un petit cercle d’adeptes au début, qui s’accroit peu à peu par l’arrivée d’autres recrues. Nous trouvons toutes ces choses même dans l’église du Christ, qui ne fut pas une nouvelle religion, mais seulement une mutation du statut ecclésial, selon les prédictions des prophètes. Nous savons, d’abord, que l’auteur en fut le Christ, d’où le nom de chrétiens que nous portons. En second lieu, on a commencé alors à croire explicitement aux nouveaux dogmes de la trinité et de l’incarnation. Troisièmement, on a commencé à prêcher ces choses en l’an 15 du règne de Tibère César. Quatrièmement, elle a commencé en Judée. Cinquièmement. Elle fut très tôt combattue cette religion par les scribes et les pharisiens, et ensuite par les Gentils, avec rage et férocité. Sixièmement, nous savons qu’au début, quand la séparation a été faite, les chrétiens étaient moins nombreux que les Juifs. Si donc dans le changement de statut de cette église, on peut démontrer ces six points, on pourra les démontrer plus facilement encore dans n’importe quelle autre mutation. Toutes ces choses nous les démontrons aisément au sujet de chacune des sectes hérétiques; les adversaires n’ont jamais pu en démontrer aucune au sujet de notre église, après les temps apostoliques.

Et pour illustrer la chose par des exemples. Nous savons que le fondateur de l’arianisme fut Arius, un prêtre d’Alexandrie, que Nestor, évêque de Constantinople, fut le père des nestoriens, que Luther, moine de l’ordre de saint Augustin, fut celui des luthériens. Deuxièmement, nous savons quels dogmes ils ont inventés. Arius, en effet, enseigna que le Fils de Dieu était une créature; Nestorius, que, dans le Christ, il y avait deux personnes; Luther, que les hommes étaient justifiés par la foi seule, mot qu’il entendait d’une façon toute spéciale, c’est-à-dire par le seul fait qu’ils se croyaient justes. Il a nié aussi que l’eucharistie était un sacrifice. Troisièmement, nous connaissons les temps. Arius commença son hérésie en l’année du Seigneur 324, Nestorius en 431, Luther en 1517. Quatrièmement, nous connaissons les lieux. L’arianisme commença en Égypte, l’hérésie nestorienne en Thrace, le luthérianisme, en Saxe. Cinquièmement, nous savons que les ariens ont été très tôt combattus par le pape Sylvestre, par le concile de Nicée, par Athanase, Hilaire et les autres. L’hérésie nestorienne a été combattue par le pontife Célestin, par le concile d’Éphèse, par saint Cyrille, et par beaucoup d’autres. L’hérésie luthérienne a été combattue par le pape Léon X, par le concile de Trente, par un grand nombre de professeurs et de docteurs catholiques. Sixièmement. Nous savons que les débuts de ces sectes hérétiques furent minimes, que, au début de la séparation, les catholiques répandus par toute la terre étaient incomparablement plus nombreux, --ce que ne nient pas les hérétiques eux-mêmes.

Il est absolument certain qu’ils ne peuvent démontrer aucune de ces choses à notre sujet. Car, d’abord, ils ne nous objectèrent jamais d’avoir eu un auteur de notre secte, ni de tirer notre nom d’un homme particulier, ce qu’ils auraient certainement fait s’ils avaient pu le faire. Ensuite, ils ne dénoncèrent jamais l’origine première de notre dogme. Bien plus, les centuriates, dans chacune de leurs centuries, au chapitre 4, vers la fin, écrivent en note les noms des auteurs qui défendent nos dogmes qu’ils combattent, sans trouver d’origine autre que celle des apôtres. Car ils nomment aussi saint Justin et saint Irénée parmi nos auteurs, qui étaient proches du temps des apôtres. Et, au chapitre 5, dans chacune de leurs centuries, ils énumèrent les hérésies de chacun des siècles, sans trouver jamais une hérésie inventée par un souverain pontife, mais plutôt des hérésies condamnées par lui. Ils ne nous opposent pas non plus beaucoup d’hérésies.

Il est vrai que Tilmann Heshusius a un livre sur les six cents hérésies des papistes. Car ces pseudos hérésies, si on ignore les mensonges de Tilmann, sont des dogmes très anciens, dont on peu prouver l’ancienneté par les centuries elles-mêmes. Car, Illyricus trouve nos dogmes dans tous les livres des pères. Mais ce qu’il appelle dans les pères, taches ou verrues, il les appelle dans nos livres, des hérésies. L’astuce de nos adversaires consiste en cela. Pour montrer que nous sommes en dehors de l’Église, ils appellent nos dogmes des hérésies; et pour ne pas sembler se séparer de l’enseignement des pères, ils appellent taches ou verrues ces mêmes dogmes, quand ils sont enseignés par eux. Troisièmement. Ils n’ont jamais pu indiquer le temps précis de notre sortie de l’église. Ils disent qu’après les premiers cinq cents ans, cette secte a commencé à croitre, mais quand eu lieu ce commencement, ils n’ont jamais pu le dire. Quatrièmement, ils ne montrèrent jamais en quel lieu elle a commencé. Car, après les premiers cinq cents ans, a vécu saint Grégoire, avec lequel toute la terre était en relations épistolaires. On peut s’en rendre compte par ses lettres qu’il envoyait dans toutes les provinces. De même, après la mort de saint Grégoire, fut célébré le sixième concile général. Ce qui nous fait comprendre que, à cette époque, tout l’Orient et l’Occident étaient unis au pontife de Rome, comme les membres à leur tête.

Cinquièmement, ils ne nommèrent jamais ceux qui se sont opposés à une hérésie papale, comme venant de naître, et les conciles qui la condamnèrent. Ils nous opposent le concile de Constantinople sous Copronyme, qui semble avoir été général, celui qui a condamné les images que les romains défendaient. Mais ce concile ne fut pas un véritable concile général, puisqu’aucun vrai patriarche ne fut présent. De plus, ce concile ne condamna pas un dogme nouveau qui venait d’apparaitre, mais un dogme antique, reçu dans toute l’église. Car, il ne statue pas que ne soit pas reçu le culte des images, mais qu’il soit aboli, c’est-à-dire que les images, qui y étaient déjà, soient chassées des temples. Voir Cedrenus, Zonara, Paul diacre. Sixièmement. On ne peut, en aucune façon, montrer que notre église se soit jamais séparée d’une plus grande église, de sorte que ceux qui adhéraient au pape auraient été beaucoup moins nombreux que les autres chrétiens, car les lettres que saint Grégoire envoyait partout nous montrent que l’Orient et l’Occident étaient d’un seul cœur et d’une seule âme avec lui.

Cet argument de l’antiquité ou de l’ancienneté, les pères l’ont utilisé abondamment contre les hérétiques, pour démontrer la vraie église. Tertullien, dans son livre sur la prescription : « Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Quand êtes-vous venus ? Où vous êtes-vous cachés pendant si longtemps ? » Optatus (livre 2, contre Parménien, dit : « Montrez l’origine de votre chaire, vous qui revendiquez le nom de sainte église ! » Saint Jérôme (dans son épitre à Pammachius et à Océanus : « Toi qui es un promoteur de nouveaux dogmes, je te demande d’épargner les oreilles romaines, d’épargner la foi qui a été louée par la bouche apostolique. Pourquoi, après quarante ans, t’efforces-tu de nous enseigner ce que nous ne savions pas avant? Jusqu’à ce jour, sans votre doctrine, le monde a été chrétien. » Et, dans le livre contre les lucifériens, à la fin, il dit : « Du seul fait qu’ils ont été institués après, ils indiquent qu’ils sont ceux que l’apôtre a prédits devoir apparaitre plus tard. » Voilà pourquoi saint Augustin, dans son livre contre l’épitre du fondement, chapitre 4, place l’ancienneté parmi les notes de l’Église.

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