Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 104)
Ils répondent quatre choses à cet argument.
La première. Calvin affirme (livre 4, chapitre, 2, verset 3 des institutions) qu’on ne peut pas tirer d’argument de l’antiquité, car Ismaël fut plus âgé qu’Isaac, et on a, quand même, dit : « Faites sortir la servante et son fils. » Or, Ismaël ne fut pas la figure d’une fausse religion, mais de l’ancien testament, qui était bon, et qui venait de Dieu. Mais parce que le statut des hommes de ce testament était celui de serviteurs, qui étaient motivés par la crainte, un nouveau testament plus parfait a du lui succéder, auxquels appartiennent des hommes libres, conduis par l’amour. Galates 4 : « Il est écrit qu’Abraham eut deux fils, ce qui a été dit par allégorie, ces deux fils étant deux testaments. »
Ils disent ensuite au sujet de notre église, qu’on ne peut montrer en quel temps, en quel lieu, et par quel auteur elle a commencé précisément, non parce qu’elle n’était pas réellement neuve, mais parce que la mutation ne s’est pas faite tout d’un coup, les erreurs pénétrant sans qu’on s’en aperçoive, et pendant le sommeil des pasteurs. Que ces mutations n’aient pas été toutes faites en même temps, mais peu à peu, c’est Luther qui nous le fait comprendre, lui qui, au début, ne nia que les indulgences. Et pourtant, nous savons de chacune quand et comment elles sont nées. De plus, en Matthieu 13, on ne dit pas que la zizanie est née pendant le sommeil des hommes, mais qu’elle a été semée pendant leur sommeil, qu’elles poussèrent vite et qu’on les connue rapidement. Comment donc concevoir que nos hérésies n’aient pas été détectées pendant mille ans ? Ce ne sont pas seulement les pasteurs qui ont dormi, mais Dieu lui-même, si pendant tant de siècles, il ne s’est trouvé personne pour résister à ces erreurs. Il faudrait aussi effacer cette phrase de l’évangile : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Ils répondent, en troisième lieu, que même si on ne peut montrer quand a commencé le début de cette dépravation, on peut quand même montrer quand une insigne mutation a été opérée. Car, au début de l’année 600, le pape s’est ouvertement transformé en antichrist quand le pontife romain obtint de l’empereur Phocas d’être nommé tête des évêques, quand il ouvrir le panthéon le temple de tous les dieux. C’est ce qu’enseignent les magdebourgeois (centurie 7, chapitre 1,) avec la plupart des adversaires. Car même Theodore Bibliander (dans les tables de sa chronologie, au début des années 600), place à cette époque l’apparition de l’antichrist, c’est-à-dire du pape. Luther, dans sa supputation des temps, veut que saint Grégoire ait été le dernier pape; et la plupart des calvinistes et luthériens étendent la pureté de l’église jusqu’aux premières 500 ou 600 années. Or, après l’année 679, longtemps après le temps de Phocas, a été célébré un concile général (le sixième) que les adversaires non seulement reçoivent, mais appellent sacrosaint, comme on le voit pas la confession des Tiguriens et les centuries des magdebourgeois. Dans ce concile, le pape Agathon occupa le premier plan, car sa sentence et sa lettre lues et expliquées par les légats, ont été suivies par tous, comme les centuriates eux-mêmes le décrivent (centurie 7, chapitre 9). Ou le pape n’était donc pas encore l’antichrist, ou toute l’église et le saint concile ont vénéré et suivi l’antichrist.
De plus, il est faux que Phocas soit le premier à attribuer au souverain pontife le nom de tête de l’Église. Justinien sénior, qui vécut à peu près cent ans avant Phocas, (dans sa lettre à Jean 11), l’appelle, entre autres, « tête de toutes les églises ». On trouve la même chose dans la lettre de Jean11, en réponse à celle de Justinien, où le pape rappelle tous les titres que l’empereur lui a donnés. On trouve ces deux lettres dans le code (livre 1, lois 4 et 5) » Les centuriates n’étaient pas sans le savoir car, ( à la centurie 10, chapitre 10, colonne 670), ils se sont souvenus de la quatrième loi du code, laquelle est tirée de la lettre du pape Jean. Ils ont donc menti contre leur conscience. Ensuite, avant le temps de Justinien, le concile de Chalcédoine, dans l’épitre à Léon, l’appelle « la tête de tous les évêques ». Et saint Léon lui-même (sermon 1 sur saint Pierre et saint Paul), parle ainsi : « Par le siège sacré de Pierre, tête de l’univers, présidant plus loin par la religion divine que par la domination terrestre. » Et plus bas : « Ce que l’effort de guerre t’a conquis est plus petit que ce que la paix chrétienne t’a soumis. » Phocas n’est donc pas le premier à attribuer ce nom au pontife romain, mais le premier à avoir abaissé la superbe de l’évêque de Constantinople, qui voulait s’égaler au pontife romain.
Et au sujet de l’église dite Panthéon, je réponds d’abord que c’est plutôt un argument à retourner contre les adversaires. Car, en Daniel 2, nous lisons que l’antichrist luttera contre tous les dieux, et qu’en secret seulement il adorera le dieu Maosie. Et saint Paul (e Thess 2) enseigne qu’il s’élèvera lui-même contre tout ce qui se dit dieu. Si donc le pape a, comme vous le prétendez, ouvert un temple à tous les dieux, il ne peut pas être l’antichrist. De plus, avant que le panthéon ait été consacré à Dieu, en mémoire de tous les saints, il y avait à Rome des temples de saint Pierre, de saint Paul, de saint Laurent, de saint Sébastien etc. Mais Mélanchton objecte dans sa confession et dans son apologie (article 21), que l’invocation aux saints n’existait pas avant l’époque de saint Grégoire le grand, et que c’est alors qu’elle débuta. Je réponds que c’est un mensonge flagrant, car plusieurs pères parlent de l’invocation aux saints, comme nous en avons déjà abondamment parlé.
Quatrièmement, Calvin répond que son église n’est pas neuve, mais très ancienne, celle-là même que le Christ a fondée; qu’elle a été sans vie pendant plusieurs siècles, et qu’elle est apparue maintenant.
Saint Augustin raisonne en sens contraire contre les donatistes (livre 3, chapitre 2, le baptême). Ou cette église qui apparait maintenant, avait péri avant et ressuscite aujourd’hui; ou elle n’a pas péri, mais se cachait seulement, et maintenant sort de son trou. Ce ne peut pas être la première hypothèse, car ils n’auraient pas pu renaître si la mère avait péri : « Si elle a péri, dit-il, d’où donc Donat est-il apparu ? De quelle terre a-t-il germé ? De quelle mer a-t-il émergé ? De quel ciel est-il tombé ? » Et aussi, fausses seraient les promesses du Christ en Matthieu 16 : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. » La seconde hypothèse non plus. Car, cette église cachée professait sa foi, ou ne la professait pas. Si elle la professait, elle n’était pas cachée, mais visible à l’œil nu. Si elle crevait les yeux, comment se fait-il que personne ne l’ait remarquée ? Comment n’étaient ils pas attrapés et écroués par les inquisiteurs qui avaient commencé d’exister dans l’église de Dieu longtemps avant le temps de Luther ? Comment se fait-il qu’il ne reste aucun vestige, aucun souvenir d’eux ? S’ils ne professaient pas la foi publiquement, mais se cachaient dans lieux retirés, ils ne furent donc pas l’église, et il n’y eut pas, dans le monde, de vraie église. Car, ils le disent eux-mêmes, la confession de foi est une notre de la vraie église. Romains 10 : « C’est par la bouche que se fait la confession qui mène au salut. »
S’il en est ainsi, comment se fait-il que, à l’apparition de Luther ou de Calvin, on n’ait trouvé personne qui se joigne immédiatement à eux à part ceux qu’il aurait séduits ? Si plusieurs calvinistes , plusieurs luthériens étaient cachés, ils devaient, à la prédication de Luther et de Calvin, connaître rapidement leurs compagnons, accourir à eux, sans même avoir été appelés. Mais, les choses ne se sont pas déroulées ainsi. Ils avouent avoir été auparavant des nôtres, et n’avoir jamais pensé à la nouvelle doctrine. Bien plus, Luther lui-même avoue qu’il fut un temps où il n’était pas Luther, mais un moine catholique, qu’il a célébré la messe pendant quinze ans, et dévotement. Voir le livre sur la messe angulaire, ou Jean Cochlaeus, dans les actes de Luther en l’an 1534. De même, le livre 2 de Luther contre Zwingli, ou le soixante-dixième de Jean Cochlaeus, chapitre 14.
De plus, si l’égalise était cachée, comme le dit Calvin, il s’ensuivrait que l’église du Christ pourrait être pire ou plus misérable que n’importe laquelle secte, et même que le peuple des Juifs après la destruction de Jérusalem, ce qui est certainement un blasphème, puisque Dieu, par ses prophètes, a prédit souvent la gloire de l’église, et a promis qu’il demeurerait toujours avec elle. Les conséquences qu’il faut en tirer sont claires. Car, chaque secte hérétique a eu ses temples, ses évêques, ses sacrements. Et les Juifs eurent toujours des synagogues où ils purent pratiquer librement leurs cérémonies, comme saint Grégoire nous l’apprend (livre 7, épitre 5). Et on ne les a pas contraints, la plupart du temps, à adorer d’autres dieux. Or l’église que Calvin imagine cachée, pendant à peu près mille ans, n’eut, pendant tout ce temps, ni de temples, ni sacrements, ni évêques, ni même un coin de terre où exercer librement les actes de sa religion. Et, ce qui est pire encore, elle aurait été forcée de servir des dieux étrangers, d’adorer des idoles, de communier à des sacrifices. N’est-ce pas là une captivité plus horrible et plus longue que n’a jamais été celle des Juifs ? Cette église n’est-elle pas plus difforme que les ruines mêmes de la synagogue ?
CHAPITRE 6
La troisième note
La troisième note est une longue durée jamais interrompue. Car, l’Église est dite catholique, non seulement parce qu’elle a toujours été, mais aussi parce qu’elle sera toujours, selon ces paroles de Daniel 9 : « Un règne qui ne cessera jamais pendant toute l’éternité. » Et dans les actes 5 : « Si ce projet ou cette entreprise vient des hommes, il se dissipera. S’il vient de Dieu, vous ne pourrez pas l’abattre. » Au sujet des hérétiques, saint Paul dit (2 Tim 3 : « Mais ils n’avanceront pas plus loin. » Saint Cyprien (livre 4, épitre 2) dit que les schismatiques en resteront toujours à leurs débuts, qu’ils ne pourront pas avoir de véritable croissance, mais s’écrouleront, avec leur ambition dépravée. » Et saint Augustin (psaume 57, commentant ce verset : « Ils n’aboutissent à rien, comme de l’eau qui coule », écrit : « Que ne vous terrifient pas, frères, certains cours d’eau qu’on appelle torrents.
L’eau y circule à flots pendant un certain temps, mais elle cessera bientôt. Ils ne peuvent pas durer longtemps. Beaucoup d’hérésies sont déjà mortes, elles ont coulé dans leur rivières tant qu’elles ont pu. Elles ont reflué, leurs rives sont sèches, on en conserve à peine un souvenir, on ne se souvient même plus de leur existence. » Il est prouvé et établi que notre Église a duré depuis le début du monde jusqu’à aujourd’hui.
Et si on s’en tient à l’église du nouveau testament, elle a duré depuis le Christ jusqu’à 1577. C’est en vain que l’ont attaquée les Juifs, les païens et les hérétiques. Non seulement elle a duré, mais elle s’est développée grâce aux persécutions. C’est comme pour les eaux du déluge. Elles renversèrent les palais des rois, et mirent tout en pièces, mais elles soutinrent d’autant plus puissamment l’arche de Noé. De la même façon, les persécutions détruisent les royaumes terrestres, mais le royaume du Christ qui est l’église, non seulement elles ne le détruisent pas, mais elles l’exaltent. Voilà pourquoi saint Justin dans le Tryphon, dit que les persécutions de l’église sont comme l’émondage de la vigne : l’une et l’autre favorisent la fertilité et la fécondité. C’est un fait que l’église croit par les persécutions. Tertullien, dans le dernier chapitre de son apologie, en une formule célèbre, appelle « le sang des chrétiens la semence des martyrs ». C’est ce qu’explique saint Léon dans son sermon 1 sur saint Pierre et saint Paul : « L’église n’est pas diminuée par les persécutions, mais elle est augmentée. Et le champ du Seigneur se revêt d’un froment plus abondant quand sont multipliés les grains qui tombent seuls. »
Bien que les hérétiques de notre époque ne concèdent pas que notre église ait duré jusqu’ l’année 1577, ils admettent, cependant, qu’elle a duré, sans interruption, jusqu’à saint Grégoire le Grand, c’est-à-dire environ six cents ans. Si cette durée de l’église était la seule et la plus longue, elle serait quand même plus longue que celle de toutes les hérésies. Mais, il est faux qu’elle n’ait pas duré plus longtemps, car ils ne peuvent même pas montrer, par aucune histoire ou par aucun écrit des anciens, qu’il se soit fait une mutation de l’église romaine au temps de saint Grégoire le grand. Que notre église est la vraie, on peut aussi le prouver par l’argument suivant. Avant le temps de Luther, les seules religions qui existaient dans le monde étaient le paganisme, le judaïsme, le mahométisme, le grécisme, le nestorianisme, l’hérésie des Hussites, et l’église romaine. Or, il est certain que la vraie église du Christ n’a été dans aucune de ces religions ou sectes. Elle était donc dans l’église romaine, ou la vraie église visible aurait péri et serait disparue, ce qui ne peut pas arriver, comme nous l’avons déjà démontré. Or toutes ces fausses religions ou ces sectes ont eu la vie brève, et n’existent que dans les livres d’histoire.
Theodoret rapporte dans son livre sur les fables des hérétiques soixante-dix-sept hérésies différentes apparues avant lui. Et au livre 3 de cette même œuvre, il atteste que toutes sont éteintes, à l’exception de quelques-unes. Saint Augustin (dans son livre sur les hérésies), énumère 88 hérésies, dont un grand nombre ont péri, comme il l’atteste dans son commentaire du psaume
57. Jusqu’au temps de Luther, nous énumérons, nous, 200 familles différentes d’hérétiques. De toutes ces hérésies, ne survivent que quelques églises nestoriennes et eutychiennes en Orient, et hussites en Tchécoslovaquie. Toutes les autres sont complètement disparues. Il faut grandement admirer la providence de Dieu, parce que les deux cents hérésiarques qui avaient attiré à eux plusieurs évêques, qui avaient contrôlé plusieurs églises, et reçu la protection de puissants personnages, des empereurs et des rois, qui avaient écrit des livres innombrables, et semblaient ne devoir jamais cesser, sont disparus au point que leurs écrits, leurs livres, leurs dogmes, et même leurs noms, ne survivent que dans les livres des catholiques. Et cela est si vrai que si les catholiques n’avaient pas écrit les noms de ces hérésiarques dans leurs livres, on ne saurait plus s’ils ont jamais existé. Quelles profondes racines ne semblait-elle pas avoir poussé l’hérésie arienne au temps de saint Athanase et de saint Hilaire ? Et maintenant, je le demande, où est-elle ? Elle s’est évaporée. Elle est comme la poussière que le vent a projetée loin de la terre. Au douzième siècle, régnait en Gaule l’hérésie des Albigeois, qui, en plus des richesses de leur doctrine, jouissait de l’appui et du secours des soldats et des princes, plus que n’en a jamais connu l’hérésie des calvinistes, comme le rapporte Paul Émile dans son livre 6 sur les choses gauloises. Mais où sont aujourd’hui les albigeois ? Qui pense à eux, qui même les nomme ?
Les luthériens, à peine nés, commencèrent à croitre. Le règne de Luther commença en l’an 1517. Mais, il n’a régné pacifiquement que pendant sept ans. Car, en l’an 1525, survint Zwingli, et après deux autres années, les anabaptistes, qui séparèrent de Luther la plus grande partie des luthériens pour l’amener à eux. Les luthériens qui demeurèrent changèrent à ce point la doctrine de Luther que c’est à peine si on trouvait encore de vrais luthériens. C’est de quoi se plaint amèrement Illyricus dans les préfaces de ses centuriates. Mais Zwingli ne régna pas non plus très longtemps. Car en 1538, Calvin est apparu qui, en peu de temps, sut s’imposer tellement qu’il ne laissa aux zwingliens que quelques villes de la Suisse. Par la suite, le nombre des calvinistes a été réduit progressivement par les libertins en France, les puritains en Angleterre, les trinitaires en Pologne, les Samosatènes en Transylvanie.
Calvin, qui était perspicace, prévit que son règne ne durerait pas longtemps, et il le prédit, dans la préface du catéchisme de Genève, qu’il envoya à ses ministres dans la Frise orientale : « De la postérité je suis à ce point anxieux que j’ose à peine y penser. À moins que, dans sa grande miséricorde, Dieu ne nous secoure du haut du ciel, il me semble qu’une grande barbarie menace de frapper notre terre. Je crains que, dans quelque temps, nos fils n’arrivent à penser que cette parole évangélique a été une conjecture plutôt qu’un discours prophétique. » Cette anxiété de Calvin démontre assez clairement que sa secte était une chose humaine, qui n’avait pas été conçue par l’esprit de Dieu, mais par l’ingéniosité et la témérité humaines. Qu’elle était donc loin de l’Esprit qui dit : « Sur cette pierre j’édifierait mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point sur elle. »
Les centuriates aussi, dans la préface de la seconde centurie, prédisent la même chose de leur luthéranisme : « Des variations et des détournements semblent s’insinuer dans la doctrine la plus importante. Et c’est ce que méritent les péchés des hommes, qui sont chaque jour plus atroces qu’au temps du prophète germanique Martin Luther, par la voix et le ministère duquel la lumière de l’évangile a été rappelée des ténèbres égyptiennes au temps des apôtres. Mais maintenant, après l’avoir laissé de côté, nous semblons être entrés dans un autre âge de l’évangile, dans lequel plusieurs fanatismes commencent à pulluler, et à régner petit à petit. » Et, dans la préface de la centurie 5, il déplore que les principaux articles du libre arbitre, de la foi justifiante, des bonnes œuvres, ne soient plus défendus par la plupart des luthériens, mais compris dans le sens des papistes. Nous concluons donc, avec saint Jérôme, dans son dernier dialogue avec les lucifériens : « Je vais exposer ma pensée en mots brefs et clairs : il faut demeurer dans l’église qui a été fondée par les apôtres, et qui dure jusqu’aujourd’hui. » Et avec saint Augustin, dans son livre sur l’utilité de croire, chapitre 17 : « Hésiterons-nous à demeurer dans le sein de cette église qui, par le siège apostolique et la succession des évêques, obtint la victoire sur les vains assauts des hérétiques ? »
CHAPITRE 7
La quatrième note
La quatrième note est l’amplitude, ou la multitude et la variété des fidèles. L’église catholique n’a pas seulement embrassé tous les temps, mais aussi tous les lieux, toutes les nations, toutes les sortes d’hommes. C’est ce qu’enseigne Vincent de Lérins, quand il explique ce que c’est qu’être chrétien. Il dit que sont des catholiques ceux qui tiennent ce qui a été tenu toujours, partout et par tous. Et c’est ce qui avait été prédit dans le psaume 2 : « Je te donnerai les nations pour ton héritage et ta possession, tous les territoires de la terre. » Et le psaume 71 : « Il dominera d’une mer à l’autre. » Et le Seigneur lui-même dans saint Luc et les actes des apôtres, dit qu’on « doit prêcher l’évangile à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. »
Il faut faire quelques remarques avant de déployer nos preuves. La première. Pour que l’église soit catholique, comme l’enseignent saint Augustin (l’unité de l’église, chapitre 6) et Bède le vénérable (chapitre 6 des cantiques), il est d’abord requis qu’elle n’exclue aucun temps, aucun lieu, aucune sorte d’hommes. En quoi elle se distingue de la synagogue, qui était une église particulière, non catholique, qui était d’une époque, celle de l’attente du Messie, d’un lieu, c’est-à-dire, le temple de Salomon, en dehors duquel on ne pouvait pas sacrifier, et d’une famille, c’est-à-dire les fils de Jacob (et d’une tribu, celle de David). » En second lieu, notons avec saint Augustin (épitre 80 à Hesychius) que, pour que l’église soit catholique, il n’est pas requis qu’elle soit dans tous les lieux de toutes les parties de la terre. Il suffit qu’elle soit connue par toutes les provinces, qu’elle fructifie en toutes, de sorte que, de toutes les provinces, il y en ait qui soient dans l’église, car le Christ ne peut pas revenir avant que cela ne soit arrivé (Matth 24). Troisième remarque. Comme le dit Triedone (livre 4, chapitre 2, par 2, les dogmes de l’église), cette note ne requiert pas que tout cela se fasse simultanément, de sorte qu’il soit nécessaire qu’à une époque donnée, il y ait des fidèles dans toutes les provinces. Il suffit que cela se fasse successivement. Il s’ensuit de cela que si une seule province retenait la foi, on pourrait encore l’appeler vraiment et proprement église catholique, pourvu que l’on démontre qu’elle est seule à être la même que celle du passé, comme aujourd’hui un diocèse est dit catholique quand il est en continuité avec les autres qui constituèrent autrefois l’église catholique.
Mais tu diras que c’est tomber dans l’erreur de Petilien et des donatistes. Ils disaient que l’église avaient été, pendant quelque temps, dans tout le monde, mais qu’elle avait péri dans toutes les provinces, et n’était demeurée que dans la seule Afrique. Ce sont ceux-là que blâme saint Augustin (dans le psaume 101, sermon 2). Il répond que les donatistes se trompent de deux façons. La première. En voulant que le christianisme n’existe qu’en Afrique, en un temps où elle était manifestement florissante par toute la terre. La seconde. Que l’église africaine ne pouvait pas continuer celle qui avait existé dans toute la terre, car, dans l’église universelle, il y a toujours eu des bons et des mauvais, alors que dans l’église donatiste, il n’y a que des bons. Enfin, notons que même si l’église ne doit pas nécessairement être présente dans tous les lieux , cependant, en ce temps, elle doit nécessairement être ou avoir été dans la plus grande partie de la terre. Car l’église, du consentement de tous et même des hérétiques, a vieilli.
Si donc, dans son adolescence et sa jeunesse, elle n’a pas cru, comment croitrait-elle dans sa vieillesse ? Pour qu’elle ait cru, il faut donc qu’elle ait occupé si non toute la terre, du moins une grande partie. Que notre église ait occupé la plus grande partie de la terre, et soit donc catholique, nous l’avons déjà prouvé. Car, c’est au temps des apôtres qu’elle commença à fructifier dans tout le monde, comme saint Paul le dit aux Colossiens 1. De même, au temps de saint Irénée, elle était répandue sur toute la terre, c’est-à-dire dans toutes les provinces alors connues. C’est ce que rapporte de son temps Tertullien (livre contre les Juifs, chapitre 3). Saint Cyprien raconte aussi la même chose (dans son livre sur l’unité de l’église). La même chose saint Athanase (dans son livre sur l’humanité du Verbe), La même chose, ensuite, saint Jean Chrysostome (Matt 24) et saint Jérôme (Matt 24), saint Augustin (épitres 70 et 80 à Hésychius), ainsi que Theodoret (dans son livre des lois), et saint Léon le grand (sermon 1 sur les saints Pierre et Paul), et saint Prospère (dans son livre sur les ingrats, il rime ainsi : « Rome, siège de Pierre, que l’honneur pastoral a fait la tête du monde, tient par la religion ce qu’elle n’a pas tenu par les armes. »
Mais cela, peut-être, nos adversaires ne le nieront pas. Montrons donc la même chose dans les temps qui sont venus après. Au temps de saint Grégoire le Grand, notre église a été présente sur tout le globe. C’est une chose connue, et nous l’avons plus haut démontré grâce aux lettres de saint Grégoire aux évêques d’Orient, d’Afrique, d’Espagne, des Gaules, de l’Angleterre et de la Sicile; du commentaire des cantiques de Bède le vénérable, au chapitre 6, des paroles de saint Bernard, qui, disputant devant le roi Roger de Sicile, soutenait que, en son temps, obéissaient au pape tout l’Orient, et tout l’Occident, la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal, et un grand nombre de nations barbares. (Voir la vie de saint Bernard, livre 2, chapitre 7). Enfin, à notre époque, en plus de l’Italie, de toute l’Espagne, de presque toute la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Grèce, la Syrie, l’Éthiopie, l’Égypte, dans lesquels on trouve beaucoup de catholiques, et dans le nouveau monde lui-même, elle a des églises sans aucun hérétique, et dans les quatre parties du monde : dans l’Orient, les Indes; en Occident, l’Amérique septentrionale, et la Laponie; au midi, le Brésil, et la partie externe de l’Afrique. Or, les sectes hérétiques n’ont jamais occupé toute la planète, mi même la dixième partie.
La secte mahométane, avec les hérésies de Nestor et d’Eutychès qui survivent en Orient, ne sont jamais passées en Occident. Les hérésies de Luther n’ont jamais traversé l’océan, et n’ont vu ni l’Asie, ni l’Égypte, ni l’Afrique, ni la Grèce. Ce qui nous fait comprendre l’énormité du mensonge que l’on voit au début de la préface de la concorde des luthériens, éditée en 1580. Car, ils disent que la confession augustinienne est parvenue à tout l’univers, qu’elle a été prêchée et reçue par tous ! Or, de ces trois parties de la terre, deux majeures, l’Asie et l’Afrique, n’ont jamais entendu le nom de la confession; en Europe, plusieurs provinces, comme toute la Grèce, l’Italie, l’Espagne, ou ne savent pas ce qu’il y a dans la confession augustinienne, ou l’exècrent. La Gaule, la Suisse, et l’Angleterre ne la reçoivent pas. En somme, rares sont les cités qui soient possédées complètement par une secte hérétique. Même si les hérétiques semblent, en ce temps, obtenir une grande partie du septentrion, cependant, ces pays ne sont pas tenus par une secte, mais par plusieurs, qui ne sont pas moins en guerre entre elles qu’avec nous. Saint Augustin a donc raison d’enseigner (dans son livre sur les pasteurs, chapitre 8) que l’Église est partout, et que l’hérésie, elle aussi, est partout; mais que, étant une, l’église est la même partout, alors que, parce qu’elle n’est pas la même, l’hérésie est multiple, revêt des formes diverses, qui ne se connaissent pas ou qui se combattent. L’hérésie ne peut donc pas être catholique. Voilà pourquoi il compare les hérésies à des branches coupées, qui demeurent là où elles sont tombées de l’arbre, tandis que, pendant ce temps, l’église, comme une vigne vivace, étend ses sarments. Il se sert souvent de cet argument dans son livre contre l’épitre du fondement, et dans son livre sur l’utilité de croire, chapitres 1 et 17, et ailleurs. »
Les hérétiques ne peuvent pas espérer que leur secte occupera toute la terre, car l’église ne peut pas commencer à croitre quand elle est déjà vieille, comme nous l’avons dit plus haut. Et si saint Augustin a jugé qu’il serait absurde de penser que l’hérésie des donatistes, née aux troisième siècle à Carthage, se propagerait, un jour, sur toute la terre, (livre de l’unité de l’église, chapitres 14 et 15), combien plus absurde encore est-il de penser que, en l’année 1577, l’hérésie luthérienne ou l’hérésie calviniste est destinée à se répandre, de Wittemberg et de Genève, sur toute la terre.
CHAPITRE 8
La cinquième note
La cinquième note est la succession des évêques, dans l’église de Rome, depuis les apôtres jusqu’à nous. Cette succession ininterrompue, tous les anciens l’ont utilisée comme un argument imparable pour démontrer la vraie église. Saint Irénée (livre 3, chapitre 3) énumère tous les évêques de Rome, de saint Pierre à Éleuthère, qui siégeait en son temps; et affirme que, par cette succession, les hérétiques sont confondus. Tertullien (au livre de la prescription), écrit : « Que les hérétiques indiquent les origines de leurs églises, qu’ils déroulent la succession de leurs évêques, qu’ils montrent que le premier de leurs évêques provient de l’un des apôtres, ou a eu comme prédécesseurs des pères apostoliques. Or, c’est de cette manière que l’église des romains relie Clément à Pierre. » Eusèbe dans son histoire et dans sa chronique, saint Jérôme et Prospère, qui continuèrent la chronique d’Eusèbe, insistent énormément sur la succession des évêques de Rome, pour en tirer la preuve de la continuité de l’église. Épiphane (hérésie 27, qui est celle de Carpocrate) énumère, par ordre, tous les pontifes romains, en ajoutant : « Et que personne ne s’étonne que nous les ayons ainsi nommés dans l’ordre, l’un après l’autre, car c’est ainsi qu’on démontre la grandeur de l’église romaine. »
Optat de Milet (livre 2, contre Parménien) énumère tous les pontifes romains jusqu’à Syricius qui siégeait alors, pour montrer que, chez les donatistes, il n’existe pas d’église capable, par une succession semblable, de remonter jusqu’aux apôtres. Et il ajoute : « Montrez-nous l’origine de votre chaire, que vous voulez revendiquer comme la sainte église ! » Ensuite, saint Augustin (dans son épitre 165 à Generosus) énumère, dans le même but, tous les pontifes romains, de saint Pierre jusqu’à Anastase, qui siégeait alors. Et dans les psaumes, il dit contre le parti de Donat : « Énumérez les prêtres, qui ont succédé à Pierre sur son siège, dans l’ordre même de succession, et examinez ses successeurs. C’est elle la pierre que ne vaincront pas les portes de l’enfer. » Et (au livre contre l’épitre du fondement, chapitre 4) : « Que le seigneur Jésus me retienne dans l’église auprès du siège de l’apôtre Pierre, à qui le Seigneur a commandé de paitre ses brebis jusqu’à son successeur actuel dans l’épiscopat et le sacerdoce. » Si donc, pour démontrer la vraie église, les anciens ont fait un si grand cas de la succession ininterrompue de 12 ou 20 ou 40 souverains pontifes, ne devons-nous pas attacher une importance encore plus grande à la succession interrompue de 200 pontifes ? Surtout quand nous voyons s’effondrer d’autres sièges apostoliques, comme ceux d’Antioche, d’Alexandrie, et de Jérusalem. Après que, dans les années 900, les Perses ou les Sarazins ont enlevé ces églises aux Romains, la succession des évêques fut interrompue ou devint problématique. Or, dans la ville de Rome, où fut changée si souvent la forme de gouvernement temporel, tantôt par les empereurs, tantôt par les rois des Goths, les exarques des Grecs, et même des consuls, dominant justement ou injustement, et qui a même été pillée et saccagée, le siège de Pierre n’a jamais fait défaut, n’a jamais été renversé, mais est demeuré toujours immobile.
Mais, pour mieux comprendre cet argument, il faut donner quelques explications. La première. L’Église ne peut, en aucune façon, exister sans pasteurs et sans évêques, comme l’enseigne saint Cyprien (épitre 9, livre 4). Il dit que « l’église est le peuple de Dieu uni à l’évêque; que l’évêque est dans l’église, et l’église dans l’évêque. » C’est pourquoi, saint Jérôme (dans son livre contre les lucifériens) écrit : « Il n’existe pas d’église qui n’ait pas de prêtres. » Ce que l’on prouve par un texte de saint Paul (Ephèsiens 4) : « Et lui-même a donné des apôtres, des prophètes, des pasteurs, des docteurs, pour le perfectionnement des saints, dans l’édification du corps du Christ, jusqu’ à ce que etc. » L’apôtre enseigne là qu’il y a aura des pasteurs dans l’église, jusqu’au jour du jugement. C’est alors que nous accourrons au Seigneur dans l’unité de la foi, en un homme parfait, selon la mesure de l’âge de la plénitude du Christ. Que les évêques soient les pasteurs de ce troupeau, c’est ce que le même apôtre enseigne (actes 20) : « Veillez attentivement à tout le troupeau où le Saint-Esprit vous a placés comme évêques devant régir l’église de Dieu. » Mais même un Luther ne nie pas cela. Dans son livre sur l’église et les conciles, il place parmi les notes de l’Église le fait d’avoir de vrais pasteurs. Il s’ensuit donc nécessairement que n’est pas la vraie église celle qui n’a pas de vrais pasteurs.
La deuxième explication. Ceux-là seuls sont de vrais évêques, et sont regardés comme tels, qui peuvent montrer qu’ils descendent des apôtres par une légitime succession et ordination. Tous les autres sont des voleurs et des larrons, qui ne sont pas entrés par la porte, mais par la fenêtre. Car, il est appert que le Christ, qui a institué l’église du nouveau testament, n’a appelé au sacerdoce et à l’épiscopat que douze apôtres, et leur a communiqué un pouvoir semblable d’en ordonner d’autres. C’est ce que montrent non seulement les historiens anciens, comme Eusèbe, mais les centuries elles-mêmes des magdebourgeois. Et Paul, qui, en dehors l’ordre établi par le Christ dans son église, a été fait apôtre par le Christ lui-même, après son ascension, n’aurait pas été reconnu par l’Église s’il n’avait pas été baptisé par elle, et n’avait pas accepté les décisions du concile des apôtres; et s’il n’avait pas été ordonné par eux, comme nous le montrent les actes des apôtres (9 et 13) et Galates 1. Comme dans le peuple de l’ancien testament, qui se propageait par la génération charnelle, nul n’était du peuple de Dieu sans descendre d’un des douze fils de Jacob, et nul n’était prêtre sans descendre de Lévi par Aaron, (et c’est pour cela qu’on conservait soigneusement les généalogies), de la même façon, dans le peuple du nouveau testament, qui se multiplie par la génération spirituelle, nul n’est chrétien sans avoir été converti par les apôtres, ou leurs successeurs, ou leurs légats; et nul n’est évêque sans succession légitime. Voilà pourquoi les historiens annotent si scrupuleusement les successions d’évêques.
La troisième explication. Deux choses sont requises pour qu’on dise d’un évêque qu’il descend légitimement des apôtres, et qu’il est donc un évêque légitime. La première est la succession, et l’autre l’ordination. Quant à la succession, il est nécessaire que quelqu’un qui veut être un vrai évêque, succède à un apôtre, comme saint Clément a succédé à saint Pierre, et comme saint Polycarpe a succédé à Jean, ou à quelqu’un que saint Jean avait fait évêque. Comme saint Ignace a succédé à Évodius, et Anien à Marc, que Pierre avait faits évêques. Et s’il s’agit d’un nouvel épiscopat, il suffit que le nouvel évêque soit ordonné par celui qui a l’autorité apostolique, l’évêque de Rome. Car, comme saint Augustin le dit dans l’épitre 162, « dans l’église romaine, la principauté de la chaire apostolique a toujours été en vigueur. » La raison en est que l’institution de nouveaux épiscopats ne peut pas appartenir à quelqu’un qui régit une région particulière et limitée, comme les évêques diocésains, mais à celui qui préside à toute l’église, et à qui incombe, en propre, le devoir de la propagation de la foi, comme l’ont été les apôtres. Car Pierre l’a, d’office, et les autres, par délégation. Et quiconque entre autrement n’est pas de l’église apostolique, puisqu’il ne peut montrer qu’il origine des apôtres. Mais nous ne nions pas que les patriarches et les métropolitains puissent parfois ériger de nouveaux épiscopats, comme l’a fait saint Athanase en Orient, et saint Boniface en Allemagne, car ils avaient l’autorisation du siège apostolique.
Quant à l’ordination, il est requis que le candidat à l’épiscopat soit sacré par trois évêques, qui ont été eux-mêmes ordonnés par ceux qui ont été ordonnés par les apôtres. C’est ce que nous voyons clairement exprimé dans le canon 1 des apôtres, où il est prescrit que l’ordination d’un évêque doit se faire par deux ou trois évêques, c’es-à-dire par deux évêques assistant le métropolitain, ou par plusieurs. De même, Anaclet (dans la lettre 2) enseigne que Jacques a été ordonné évêque de Jérusalem par Pierre, Jacques et Jean, et que c’est de cette façon, par au moins trois évêques, qu’un nouvel évêque doit être sacré. On trouve la même chose dans le concile de Nicée 1, chapitre 4, et dans celui de Carthage 4, chapitre 2. L’apôtre lui-même en parle (1 Timothée 4) : « Ne néglige pas la grâce qui est en toi, qui t’a été donnée par l’imposition des mains du presbytérium. » Par presbytérium, il entend l’assemblée des évêques, qui, avec l’ordonnant, imposaient les mains sur la tête de l’ordonné, comme l’exposent saint Jean Chrysostome, Theophylactus, et Oeconomius. Il n’est pas étonnant qu’on appelle presbytérium l’assemblée des évêques, car le mot presbyte était alors un nom commun aux évêques et aux prêtres, comme on le voit dans l’épitre de saint Irénée à Victor, (que l’on trouve dans l’histoire d’Eusèbe, livre 5, chapitre 24). Dans cette lettre, saint Irénée appelle presbytes les pontifes romains Victor, Anicet, Pie, Telephorus, et Xystus. Il ne peut donc pas y avoir de doute qu’on requière ordinairement trois évêques pour l’ordination d’un nouvel évêque, sauf le cas d’une dispense, quand, par exemple, l’évêque consécrateur est accompagné de deux abbés qui tiennent la place d’évêques, ce qui arrive quand on a de la difficulté à trouver des évêques.
La quatrième explication. Les hérétiques anciens avaient coutume d’imiter, la plupart du temps, l’église dans l’ordination des évêques, comme nous le montrent saint Cyprien (livre 1, épitre 3) et saint Augustin (épitre 165). Voilà pourquoi les saints pères ne leur ont reproché que le défaut de succession, et c’est par ce défaut seul qu’ils ont prouvé qu’ils n’étaient pas de vrais évêques, qu’ils n’appartenaient donc pas à l’église apostolique, puisqu’ils ne tiraient pas leur origine de la succession des apôtres. Les hérétiques de notre époque n’ont ni l’une ni l’autre, c’est-à-dire ni l’ordination, ni la succession; et c’est avec beaucoup plus d’insolence que les hérétiques anciens qu’ils usurpent le nom et la charge d’évêques. Nous tirons de cela l’argument irréfutable, que voici. L’Église ne peut exister sans évêques, comme nous l’avons prouvé. Or, chez les luthériens, il n’y a ni évêque, ni succession apostolique, ni ordination. Il n’y a donc pas chez eux, d’église. Et ni Luther, qui est considéré comme évêque de Wittemberg, ni Zwingli, qui est considéré comme l’évêque de Tigurinus, ni Oecolompadius, qui sur l’épitaphe de son tombeau est appelé évêque de Bâle, ni Calvin, qu’on appelle l’évêque de Genève, ni aucun des autres n’ont été ordonnés par trois évêques, ni même pas un seul, par dispense, en présence de deux abbés. Cela est très connu, et eux-mêmes ne le nient pas. Donc, au moins pour les pères de Nicée et de Carthage, qui ont statué qu’un évêque doit être ordonné par trois évêques, ceux-là ne sont pas évêques. Et leur va comme un gant ce que Cyprien a écrit de la simplicité de certains prélats : « Voici ceux qui s’entendent avec des téméraires, s’avancent sans disposition divine, qui se constituent préposés sans la loi de l’ordination, qui, sans avoir reçu l’épiscopat d’aucun évêque, s’arrogent le nom d’évêques. »
Brentius répond : « Nous avons été, nous, légitimement appelés par le peuple et la magistrature, c’est par eux que nous avons reçu l’épiscopat. Nous ne nous sommes pas intronisés nous-mêmes. » Voici ce qu’on peut rétorquer à cela. Nous ne discutons pas de l’élection d’un évêque, que nous savons avoir été faite, par le passé, de différentes façons. Il est avéré, en effet, que les apôtres et les anciens pontifes romains ont envoyé des évêques à des peuples sans avoir sollicité, au préalable, en aucune manière, leur consentement. Il est avéré aussi que le peuple, avec le clergé, a élu un évêque, et parfois seulement le clergé. Or, quel qu’ait été le mode l’élection, l’ordination a toujours été nécessaire, que non le peuple mais les évêques, au nombre de trois, conféraient. Cela personne ne l’ignore, sauf ceux qui ne lisent pas. Que Luther dise donc par quels évêques il a été ordonné évêque de Wittemberg. Que les autres disent aussi par quels évêques ils ont été ordonnés. Ils ne le diront pas, parce qu’ils ne peuvent pas le dire.
De plus, qu’ils n’aient pas succédé aux anciens évêques dans l’épiscopat, cela est tout à fait certain, parce que dans toutes les villes où ils se sont faits évêques, il y avait alors et il y a encore, presque partout, des évêques catholiques, qui avaient succédé légitimement à leurs prédécesseurs. Or, on ne succède qu’à un évêque défunt ou déposé. Et aussi parce qu’ils prétendent avoir été les premiers évêques de ces villes. Certes, à Bâle, est encore debout l’épitaphe du tombeau d’Oecolampadius où il est écrit, comme je l’ai noté un peu avant, car je l’ai lu moi-moi-même, et non sans rire : « Oecolampadius premier évêque de cette ville ! » On peut donc dire d’eux ce que saint Cyprien a dit à Magnus (livre 1, épitre 6) : « Novatien n’est pas dans l’église, ni ne peut être compté parmi les évêques, lui qui, après avoir méprisé la tradition apostolique, a été ordonné par lui-même, » Et plus bas : « Comment peut-il être considéré comme un pasteur celui qui, pendant que demeure encore le vrai pasteur dans l’église de Dieu, se fait président par une ordination factice, ne succède à personne, commence par lui-même, et devient étranger et profane ? » Ces textes sont similaires aux citations que nous avons faites d’Irénée, de Tertullien, d’Épiphane, d’Optatus et de saint Augustin, au sujet de la succession légitime.
Mais ils nous objectent d’abord que, ayant abandonné la vraie foi, les évêques papistes ne sont plus de vrais évêques; que les pieux ministres sont donc en droit de prendre leurs places. Je réponds à l’objection de Brentius (en admettant qu’il y ait un doute sur où est la vraie foi, ce qui est, toutefois, pour nous quelque chose de très certain), que les évêques catholiques qui, pendant tant de siècles, possédèrent leurs sièges en paix, ne peuvent en être dépossédés sans qu’ils aient été légitimement jugés et condamnés. Car, dans toute controverse, la position du possédant est la meilleure. Or, il s’avère que les évêques catholiques n’ont été condamnés par aucun tribunal légitime. Car, qui donc les a condamnés à part Luther ? Or, ils sont, eux, des accusateurs, non des juges. Car qui les a constitués nos juges? De plus, même si les nôtres étaient déjà condamnés, ils ne leur succèdent pas dans la continuité, puisque personne ne les a institués évêques, personne, dis-je, qui ait eu l’autorité de le faire. Ils ne sont pas de vrais évêques puisqu’ils n’ont été ordonnés par personne qui ait le pouvoir de les ordonner, comme nous l’avons montré plus haut.