Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 105)
Brentius nous faut une seconde objection au même endroit, c’est-à-dire dans le prolégomène contre Pierre a Soto.
Caïphe a succédé légitimement aux anciens pontifes, et a pu nommer ses ancêtres jusqu’à Aaron. Cependant, les apôtres ne demandèrent pas d’être ordonnés par Caïphe, mais malgré Caïphe et tous les autres pontifes qui l’avaient précédé légitimement, ils ont été faits évêques et pontifes sans succession. Puisque les évêques ordinaires d’aujourd’hui imitent Caïphe, il est permis de devenir évêque sans leur ordination et leur succession. Je réponds que le sacerdoce d’Aaron fut temporaire, et qu’il n’a duré que jusqu’au début du nouveau testament. Car, alors a débuté le sacerdoce selon l’ordre de Melchisédech institué par le Christ, dont les prémices sacerdotales furent les apôtres. Ils n’avaient pas à succéder à Caïphe, mais à être le principe d’un nouveau sacerdoce, comme on le voit dans le psaume 109 « Tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech », et dans le chapitre 7 de l’épitre aux Hébreux. Comme d’Aaron jusqu’au Christ ne furent de vrais prêtres que ceux qui succédèrent à Aaron, de la même façon, des apôtres jusqu’à la fin du monde, ne seront de vrais prêtres que ceux qui succéderont aux apôtres. Il est vrai, cependant, que le sacerdoce d’Aaron a été vénéré et honoré jusqu’à sa sépulture. Les apôtres eux-mêmes le respectaient, (comme on le voit dans le livre 1 de Cyprien , épitre à Corneille, et dans le livre 4, épitre 9 à Florence Pupianus) où il cite ce texte des actes des apôtres 23 : « Je ne savais pas, frères, qu’il était le prince des prêtres. »
Troisièmement, Calvin (au livre 4, chapitre 2, versets 2 et 3 des institutions) fait l’objection suivante : « Pourquoi n’énumérons-nous pas les évêques d’Afrique, d’Égypte, et de toute l’Asie, selon l’ordre de succession ? » Et il répond avec insolence : « Parce que cette sacrosainte succession a péri » Je réponds à Calvin en lui posant la question suivante :
du fait que la succession a péri dans ces villes, entend-il conclure qu’il n’y a plus d’église, ou qu’il y a quand encore une église. Car, s’il n’y a pas d’églises dans ces villes, parce qu’il n’y a plus de succession, il reconnait donc qu’il y a une église quand il y a une succession. S’il y a une église, ceux qui appartiennent à cette vraie église ne peuvent, il est vrai, montrer la succession de leurs évêques particuliers, mais ils peuvent montrer la succession continue des évêques universels qui sont les évêques romains, à qui ils se déclarent soumis. Voilà la raison pour laquelle les anciens écrivains se sont souciés surtout de la succession des évêques de Rome plutôt que de celle des leurs. Saint Irénée était évêque de Lyon, dans les Gaules, Optatus et Augustin étaient des évêques d’Afrique, Épiphane de Salamine, en Chypre, Eusèbe de Césarée en Palestine, et pourtant aucun d’entre eux n’a pensé à donner la liste de tous leurs évêques successifs, mais seulement celle des évêques de l’église de Rome. Car il leur semblait démontrer suffisamment la continuité apostolique par la succession dans l’église principale, dont ils se réjouissaient d’être membres.
Quatrièmement. Calvin a encore quelque chose à nous opposer. L’église grecque a conservé la succession ininterrompue des évêques, et pourtant, selon nous, elle n’est pas la vraie église. La succession n’est donc pas une note de la vraie église. Je réponds d’abord qu’on ne peut pas démontrer que la succession de leurs évêques n’ait pas été interrompue. Et Calvin lui-même reconnait qu’en Asie et en Égypte, à Jérusalem, à Alexandrie et à Antioche, la succession apostolique a été, de fait, interrompue. De toutes les églises patriarcales, il ne reste plus que celle de Constantinople qui semble ne jamais avoir été privée de son patriarche à elle. Or, l’église de Constantinople n’est pas apostolique, et n’a pas, non plus, d’origine apostolique. Même si le patriarche Nicéphore, dans sa chronologie, essaie de faire remonter à saint André la succession des évêques de Constantinople, cette origine apostolique n’a été rapportée par aucun ancien, et jamais par les pères de l’église byzantine n’ont donné à l’église de Constantinople le titre d’apostolique. Au contraire, les pères du premier concile de Constantinople reconnaissent ouvertement, dans l’épitre au pape Damase, que l’église de Constantinople « est une nouvelle église » Elle a, il est vrai, une succession ininterrompue de Constantin à aujourd’hui, mais non depuis les temps apostoliques. Et c’est ce que nous recherchons principalement.
Je dis, en second lieu, que l’argument tiré de la succession ininterrompue nous sert surtout pour démontrer qu’il n’y a pas d’église là où il n’y a pas de succession. Ce qui est l’évidence même. Mais on ne va pas jusqu’à lui faire dire que là où il y a succession, il y a nécessairement une vraie église. Et c’est par cet argument que nous prouvons qu’il n’y a pas d’église chez les luthériens. Que chez les Grecs il n’y a pas d’église, nous le prouvons d’une autre façon. Car, ils ont été légitimement condamnés de schisme et d’hérésie par trois conciles pléniers, ceux du Latran, de Lyon, et de Florence. Et surtout de l’hérésie de la procession du saint Esprit du seul Père, ce qui est une hérésie manifeste, comme les luthériens et les calvinistes le reconnaissent. Ajoutons ensuite que toutes ces églises patriarcales ont eu, pendant de longues époques, des évêques manifestement hérétiques, et que, en conséquence, la succession a de bonnes chances d’avoir été interrompue. Cinquièmement. Calvin revient à la charge. Les anciens pères qui démontraient l’église par la succession des évêques de Rome, le faisaient parce que, à cette époque, la foi n’avait pas connu de mutation à Rome. Mais, aujourd’hui, c’est le contraire que l’on constate.
Je réponds ceci à Calvin. Pense-t-il que, à cette époque, les catholiques seuls ou bien les catholiques et les hérétiques ensemble se rendaient compte que la foi n’avait jamais changé à Rome. S’il dit que seuls les catholiques le notaient, il parle pour ne rien dire, car, aujourd’hui aussi, les catholiques considèrent que l’église de Rome n’a jamais changé. S’il dit que les hérétiques s’en rendaient compte autant que les catholiques, il ment ouvertement, car il n’y aurait jamais eu d’hérétiques s’ils avaient été persuadés que la vraie foi était toujours à Rome. De plus, les donatistes combattaient l’église romaine, comme le font aujourd’hui les luthériens et les calvinistes. Optatus (live 1 contre Parménien) écrit : « D’où vient que vous, les donatistes, vous cherchiez à usurper les clefs du royaume, vous qui, avec votre présomption et votre audace sacrilège, militez contre la chaire de Pierre. » Et saint Augustin (livre 2 contre Petil, chapitre 51) : « Que t’a donc fait la chaire de l’église romaine, dans laquelle a siégé Pierre, et dans laquelle siège maintenant Anastase ? Pourquoi appelles-tu la chaire apostolique une chaire de pestilence ? » Or, c’est avec cette succession que saint Augustin et Optatus argumentèrent contre les donatistes, comme nous l’avons déjà dit.
CHAPITRE 9
La sixième note
La sixième note est l’enseignement de la même doctrine que celle de l’église antique. Car, la vraie église est dite apostolique, au témoignage de Tertullien (dans son livre de la prescription), non seulement à cause de la succession ininterrompue des évêques depuis les apôtres, mais à cause de la ‘consanguinité’ de la doctrine, pour employer son expression. Parce qu’elle conserve la même doctrine que celle que les apôtres ont enseignée. Il est certain que, pendant les cinq premiers siècles, l’église antique a été la vraie église, et qu’elle a donc retenu la doctrine des apôtres.
2018 02 25 20h52 fin 2018 03 03 22h24
Sozomène loue l’empereur Théodose (livre 7, chapitre 12 de son histoire) pour la façon astucieuse avec laquelle il a confondu les hérétiques de son temps. Il a ordonné aux chefs des sectes de se réunir, et il leur demanda s’ils estimaient que les anciens pères qui ont dirigé l’église avant la séparation avaient la vraie foi, et étaient de vrais saints et de vrais apôtres ceux qui les avaient suivis. Et, sur leur réponse positive, il ajouta : « Examinons donc votre doctrine d’après leurs écrits, et si elle concorde avec la leur, on la retiendra; quand elle diffèrera, on la rejettera. »
Nous pouvons de deux façons prouver, avec cette note, que c’est notre église qui est la vraie, et non celle des adversaires. La première, en présentant les sentences des anciens avec lesquelles nous confirmerons chacun de nos dogmes, et réfuterons nos adversaires. L’autre est plus courte et plus sure. En montrant, par la confession de nos adversaires, que nos dogmes sont la doctrine des anciens. Et ensuite, que les dogmes de nos adversaires sont des hérésies connues et condamnées par les anciens.
Commençons donc. Quand Calvin nous combat dans son livre, il admet souvent qu’il rejette toute l’antiquité. D’où il suit que notre doctrine concorde avec celle de l’antiquité. Voici ce qu’il dit (livre2, chapitre 2, verset 4) : « Chez les latins, le mot libre arbitre a tout jours existé; les Grecs ont un mot encore plus prétentieux. » Et plus bas : « Quant à moi, je ne voudrais jamais faire mien un mot semblable, et je conseillerais aux autres, s’ils me demandent mon avis, de s’en abstenir. » C’est ce que tous les anciens disent, à l’exception de saint Augustin.
Il a soit exalté les forces humaines et le libre arbitre, quand il écrivit contre les manichéens, ou exalté la grâce, quand il écrivit contre les pélagiens, de telle sorte qu’on ne peut rien tirer de certain de ses livres. Voilà pourquoi Calvin professe ne suivre aucun ancien, sauf saint Augustin. Car (livre 2, chapitre 3, verset 7), il réprouve la sentence de saint Augustin (tirée de l’épitre 106), selon laquelle on coopère à la grâce par notre volonté, non en la prévenant, mais en l’accompagnant. Car il n’admet pas la coopération sous forme d’accompagnement : il remet tout à la grâce. Et (au livre 3, chapitre 11, verset 15) : « On ne peut pas accepter en tout la doctrine de saint Augustin, qui réfère la sanctification à la grâce, car c’est par l’Esprit que nous sommes régénérés à une vie nouvelle. » De même, dans l’article sur la grâce et le libre arbitre, il admet que toute l’antiquité lui répugne.
Et (au livre 2, chapitre 14, verset 3) : « On ne peut pas excuser l’erreur des anciens, qui, ne considérant pas la personne du Médiateur, font fi de toute la doctrine que nous lisons dans l’évangile de saint Jean, et s’impliquent eux-mêmes par de longs discours. » Calvin enseigne, en cet endroit, que le Fils de Dieu est sujet au Père même selon la divinité. Parce que tous les anciens enseignent le contraire, il dit qu’ils ont erré, et que leur erreur est inexcusable.
Il dit la même chose (livre 2, chapitre 16, verset 9) : « La fable du lieu sous terrain qu’on appelle limbe, même si elle est enseignée par de grands auteurs, n’est rien d’autre qu’une fable. » Ce sont les anciens pères qu’il appelle de grands auteurs; les scolastiques, il a coutume de les appeler des sophistes. De même (livre 3, chapitre 3, verset 10) : « Quand les lecteurs veulent connaitre l’opinion des anciens sur un sujet, ils ne le demandent qu’à saint Augustin. Or, entre lui et nous nous voyons cette différence. Pour lui, la maladie de la concupiscence ne devient un péché que quand la volonté cède à la convoitise. Mais nous, nous considérons que la concupiscence est un péché, parce que de n’importe quel désir désordonné l’homme tire un plaisir contraire à la loi de Dieu. En somme, cette concupiscence qui engendre en nous toutes les cupidités, nous affirmons qu’elle est un péché. » Calvin affirme ici clairement qu’il est contraire à tous les pères, et même à saint Augustin, sur cette question de la concupiscence. C’est une question fondamentale, car c’est de là qu’ils déduisent que nous n’avons pas la justice véritable, mais seulement l’imputative; qu’il n’y a pas de mérites, et que toutes les actions sont des péchés.
De même (au livre 3, chapitre 4, verset 38) : « Presque tous les anciens dont les livres ont survécu, ont parlé de la satisfaction en termes trop forts ou trop durs. » De même (livre 3, chapitre 5, verset 10) : « Avant le treizième siècle, il était d’usage de prier pour les défunts. Mais je pense que les anciens écrivains ont erré. » De même (livre 3, chapitre 15, verset 2) : « Où sont les anciens docteurs qui ont mérité ce nom ? » Et plus bas : « Il a rendu un mauvais service à la sincérité de la foi celui qui a inventé ce mot. » De même ( au livre 4, chapitre 4, verset 10) : « L’antiquité a péché par une sévérité excessive, en exigeant plus d’un évêque que ce que Paul exigeait de lui, et surtout le célibat, au cours de siècles. » De même (livre 4, chapitre 12, verset 8) : « On ne peut excuser en aucune façon l’austérité excessive des anciens, qui outrepassait le précepte du Seigneur. Et elle était grandement périlleuse la pénitence solennelle de trois, quatre ou sept ans ou perpétuelle qu’ils infligeaient au pécheur. » Notons que la raison pour laquelle Calvin trouve cela si excessif, c’est qu’il pense qu’un homme est justifié par la foi de façon telle qu’il ne reste rien à expier. Si cela était vrai, il aurait raison d’accuser tous les anciens. Il s’ensuit donc que, selon le jugement de Calvin, la satisfaction qu’il reste à faire après que la faute a été remise est la doctrine des anciens.
De même (livre 4, chapitre 11, verset 20) : « Je n’ose pas excuser en tout les anciens, eux qui ont jeté certaines semences de superstition, et ont fourni une occasion à la tyrannie qui est née après. Ils ont parfois jugé superstitieuse l’observance quadragésimale, par laquelle le peuple estime faire une offrande insigne à Dieu, et que les pasteurs recommandent comme une chose sainte à imiter. » Et plus bas : « Ce fut donc une pure lubie, pleine de superstition, qu’ils avaient ordonnée soi disant pour imiter le jeûne du Christ. » De même (verset 23) : « Que le mariage ait été interdit aux prêtres, cela a été fait par une impie tyrannie. » Il inscrit en marge l’époque où le mariage aurait été interdit selon lui, au temps du pape Syricius dans une lettre aux évêques d’Espagne. Or, Syricius a vécu au quatrième siècle. Et plus bas, il ajoute au sujet de cette loi : « Cette chose qui semblait devoir faire respecter les prêtres, a été reçue avec applaudissements par l’antiquité, je l’avoue. » De même (livre 4, chapitre 15, verset 20) : « Je constate que c’est depuis de nombreux siècles, et même depuis le début de l’église que, en péril de mort, les laïques baptisent, si aucun prêtre n’est présent. Et je ne vois pas par quelle raison solide on pourrait le défendre. » De même (livre 4, chapitre 18, verset 21) : « Je ne vois pas comment on peut excuser les anciens de tout péché, car ils ont imité la coutume judaïque du sacrifice, plutôt que ce que le Christ avait commandé, ou plus que ce que la bonne nouvelle de l’évangile ne permettait. » Voilà pour Calvin.
Les centuriates, dans chacune de leurs centuries, annotent, à la fin du chapitre 4, presque tous les docteurs du passé qui ont enseigné les dogmes que nous tenons aujourd’hui, dogmes qu’ils appellent des taches ou des verrues des saints pères. Et parce qu’il serait trop long de tout dire, je ne citerai que certaines passages des 2, 3, 4, ,5 centuries. Dans la seconde centurie, (chapitre 4, colonne 59) sur le libre arbitre, ils disent que ceci a été admis par tous les auteurs de ce siècle : « De la même manière, Clément affirme partout le libre arbitre. Et il semble bien que non seulement tous les auteurs de son siècle l’ont suivi dans ses ténèbres, mais que, pendant les siècles qui ont suivi, ces ténèbres ont augmenté et se sont épaissies. » Il faut noter que les luthériens ont pour fondement de leur doctrine, un article sur le libre arbitre. Car, Luther, dans la présentation de l’article 36 dit que cet article est excellent, et le sommet de toutes choses, comme on peut appeler des lubies ou des nuages les articles sur le pape ou les conciles. Donc, dans cette controverse de première importance, les anciens nous sont favorables, au témoignage même des magdebourgeois. De plus, (colonne 60) : « La doctrine de la justification a été présentée par ces auteurs négligemment et obscurément, c’est-à-dire qu’ils n’enseignent pas que nous sommes justifiés par la seule foi. » Et (dans la centurie 3, chapitre 4, colonne 83) : « Tu verras dans les écrits des docteurs de ce siècle des vestiges non obscurs de l’invocation des saints. » Et la colonne 85 : « Tous les docteurs de ce siècle ont porté aux nues le martyre, sans aucune retenue. » Car les luthériens ne veulent pas que le martyre soit une sorte de baptême, ou qu’on puisse expier quoi que ce soit par le martyre. »
Accédons, maintenant, à une autre partie. Disons d’abord que, dans l’église ancienne, les erreurs proviennent des hérésies que l’on trouve dans les catalogues d’Irénée, de Jérôme, d’Épiphane, de Philastrion, d’Augustin, de Theodoret, de Damascène, et d’autres docteurs approuvés. Car ces doctes étant aussi des saints, ils n’auraient jamais osé recenser dans leurs catalogues des dogmes considérés douteux dans l’église. Et de plus, nous n’avons jamais vu personne qui conteste la justesse du jugement porté par les pères sur ces hérétiques. Cela dit, consultons maintenant le catalogue. Saint Irénée (livre 1, chapitre 20), rapporte que les Eunomiens enseignaient que les péchés ne pouvaient nuire à personne, pourvu qu’on ait la foi. Saint Augustin dit la même chose (livre des hérésies, chapitre 54, et aussi dans le livre de la foi et des œuvres, chapitre 14). Il affirme que cette hérésie de la seule foi qui suffit pour le salut sans les œuvres, a pris naissance au temps des apôtres, par une mauvaise compréhension de saint Paul; et que c’est contre cette hérésie que les apôtres ont lancé leurs attaques dans leurs lettres : Pierre, Jean, Jacques et Jude. Cette doctrine était celle de tous les sectaires de cette époque.
Luther, dans le livre de la captivité de Babylone, au chapitre de l’eucharistie : « L’homme ne peut pas communiquer avec Dieu, agir, ou croire, par une autre voie. Dieu ne se soucie pas des œuvres. » Au même endroit : « Le chrétien est tellement riche qu’il ne peut pas périr même même s’il le voulait, quelle que mauvaise que soit sa vie, à moins qu’il ne veuille plus croire. » Même si Brentius, Calvin et d’autres tentent d’adoucir cette sentence en disant que les bonnes œuvres étaient nécessaires en tant qu’effet de la foi, ils continuaient à hériter de la même erreur.
Car, même après avoir indiqué cette nécessité, ils n’enseignent pas moins que les œuvres ne méritent en aucune façon la vie éternelle, même si Dieu les requiert comme témoignages de foi.
C’est la même hérésie que celle de Simon le magicien, qui disait que l’homme était sauvé par la grâce, non par les œuvres justes. De plus, même après avoir enseigné la nécessité des œuvres, tous les sectaires enseignent la même chose : si après avoir commis tous les crimes quelqu’un a la foi en acte, aucun péché ne lui est imputé, ce qui n’est pas différent de ce qu’enseignent Eunome et Luther. Ajoutons que l’hérésie de Florin enseignait que Dieu est la cause des péchés. Saint Irénée, d’après Eusèbe, livre 5, chapitre 20 de son histoire) disait que c’était plus qu’une hérésie, mais un blasphème. Cette hérésie, Vincent de Lérins l’attribue à Simon le magicien. C’est ce qu’enseigne Calvin (livre 1, chapitre 18, verset 2 de ses institutions) sans rougir : «Ce n’est pas seulement par la permission de Dieu, mais par la volonté expresse de Dieu que les hommes pèchent, de sorte qu’ils ne font rien d’autre en délibérant que ce que Dieu avait en lui-même décrété et constitué par une décision secrète. » Et, (au livre 3, chapitre 23, verset 24), il dit qu’Adam est tombé dans le péché non seulement de par la prévision ou la permission de Dieu, mais aussi de par la volonté de Dieu. » Et plus bas (chapitre 24, verset 14 : « Que quelques-uns méprisent la parole de Dieu, cela vient de leur méchanceté, mais ils sont conduits par Dieu dans cette méchanceté, pour qu’il montre en eux sa puissance et sa sévérité. »
Luther a enseigné la même chose ouvertement dans son livre sur le serf arbitre, où il dit que cette volonté qu’eut Judas de vouloir trahir le Christ fut l’œuvre de Dieu, et qu’il ne fut au pouvoir ni de Judas ni d’aucune autre créature de changer cette volonté. Pierre martyr a enseigné la même chose dans son commentaire (chapitre 2, livre 1, Rois), et Philippe Mélanchton dans son commentaire de l’épitre aux Romains (chapitre 8) où il dit que la trahison de Judas fut l’œuvre de Dieu de la même façon que la conversion de Paul. Ce commentaire plut à Luther au point où il lui sembla que Philippe venait en deuxième après Paul. Mais pourtant, Phiippe rétracta plus tard cette erreur dans ses lieux et dans son apologie (art 19 de la confession augustinienne.) Selon l’hérésie d’Origène, Adam a perdu l’image de Dieu avec laquelle il avait été créé, au témoignage d’Épiphane (hérésie 64.) Calvin enseigne la même chose (livre 1, chapitre 1, verset 5 de ses institutions) : « Par le péché du premier homme a été oblitérée la céleste image. » Une autre erreur d’Origène fut que l’enfer n’était rien d’autre que l’horreur de la conscience, au témoignage de saint Jérôme (dans son épitre à Avitus). Calvin enseigne la même chose (livre 3, dernier chapitre, dernier verset).
Les hérétiques Péputiens, selon saint Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 27), accordent aux femmes le pouvoir au point de les honorer elles aussi du sacerdoce. Luther (article 13 des choses que Léon a condamnées) dit que, dans le sacrement de pénitence, une femme ou un enfant peuvent absoudre aussi bien qu’un évêque ou un pape. Chez les calvinistes et en Angleterre, une femme est pontife suprême. L’hérétique Proclus, d’après Épiphane (hérisie 65) enseignait que, dans les renés, le péché vivait encore; que la concupiscence, qui est un vrai péché, n’était pas enlevée par le baptême, mais seulement par la foi. Les hérétiques messaliens enseignèrent la même chose, selon Theodoret (livre 4 sur les fables hérétiques). C’est exactement ce qu’a enseigné Luther (articles 3 et 31, et dans les introductions de ses articles). Philippe a enseigné aussi la même chose (lieux communs, chapitre sur le péché originel), et Calvin (livre 4, chapitre 15, verset 10 de ses institutions). La principale erreur des novatiens ne consistait pas dans l’assertion que l’église ne possédait le pouvoir de réconcilier les hommes à Dieu que par le baptême, cars ils soutenaient aussi que le baptisé ne devait pas être oint de chrême par l’évêque. C’est ce que rapportent Théodoret (livre 3 sur les fables hérétiques) et le pape Corneille, d’après Eusèbe (livre 6, chapitre 33 de son histoire).
La première partie de cette proposition appartient expressément aux calvinistes. Car, Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 17), enseigne que, après le baptême, le sacrement de pénitence n’a aucune raison d’être. : « Ce que dit Jérôme, que le baptême est une seconde arche après le naufrage, est tout à fait impie, et absolument inexcusable. » L’autre partie appartient aux luthériens. Car Luther, dans sa captivité de Babylone, ne reconnait que trois sacrements : le baptême, la pénitence et le pain. Cependant, plus bas, au chapitre de l’extrême onction, il rejette la pénitence. La confession augustinienne (article 12) rejette explicitement la confirmation. Et Calvin (livre 4, chapitre 19, verset 5, et souvent ailleurs), dit que notre saint chrême est « une huile du diable polluée par des mensonges » Voilà pourquoi les calvinistes oignent leurs jambières avec cette huile, quand ils le peuvent. Sabellius a enseigné qu’il n’y avait qu’une seule personne dans la trinité, au témoignage d’Épiphane (hérésie 56). Michel Servet enseigna la même chose en notre temps (livre 1 de la trinité) en toute clarté. Et cette proposition trône en reine maintenant en plusieurs endroits.
La huitième hérésie des manichéens, selon saint Jérôme, (préface du dialogue contre les pélagiens), consiste en ce que « la nature des hommes est condamnée, et le livre arbitre enlevé. » Et saint Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 46), écrit : « Les manichéens n’attribuent pas l’origine des péchés au libre arbitre. » C’est ce qu’enseignent ouvertement tous les sectaires. Luther (article 36) enseigne que le libre arbitre n’est quelque chose que par le seul titre. Dans les explications de cet article il précise que c’est un titre sans la chose, et que toutes choses adviennent selon une nécessité absolue. Et voilà pourquoi (dans le livre qu’il écrit qu’il a écrit contre le libre arbitre pour réfuter Érasme), il a inventé le mot « serf arbitre ». Calvin (livre 2, chapitres 2, 3, verset 4), enseigne qu’un libre choix n’est permis à l’homme en aucune chose, au point où il ne peut même pas en tolérer le mot. Calvin se révèle un plus grand impie que Manès, parce que c’est à un dieu mauvais que Manès attribuait l’origine des péchés, alors que c’est au Dieu bon que Calvin l’attribue.
De plus, les manichéens accusèrent souvent les pères de l’ancien testament comme Abraham, Samson, Rébecca, et d’autres, comme l’atteste saint Augustin contre Faust (livre 22), et dans ses deux livres contre les adversaires de la loi et des prophètes). Or, Calvin a fait la même chose. Car (livre, 3, chapitre, 3, verset 31), il écrit : « Sara a péché de plusieurs façons, quand elle a proposé sa servante à son mari. Rébecca par des fraudes et des impostures a corrompu la vérité de Dieu, quand avec un méchant artifice, elle procura la bénédiction de son fils, trompa son mari, et força son fils à mentir. » De même (livre 3, chapitres 5 e 7) : « Ce que Judas Macchabée a fait ne manque pas de superstition et de zèle fanatique quand il offrit, à Jérusalem, une oblation pour les morts. » De même, (livre 3, chapitre 20, verset 15) : « Quand Sanson dit : « Fortifie-moi, Seigneur », ce fut une cupidité vicieuse dominée par la vengeance. » De même (livre 4, chapitre 14, verset 11), où il dit qu’Abraham « a été un idolâtre. » De même (livre 4, chapitre 15, verset 22), après avoir déclaré qu’il n’était permis, en aucun cas, à la femme de baptiser, il ajoute : « On ne doit pas prendre pour exemple la sotte femme Séphora, qui circoncit elle-même son fils, péchant gravement en cela, de plusieurs façons. »
Les donatistes ont voulu que l’église ne contienne que des justes. De quoi ils déduisaient que l’église visible avait péri sur la surface de la terre, et était demeurée dans la seule Afrique, comme saint Augustin l’enseigne (au livre de l’unité de l’église, chapitre 12. Les mêmes trucidaient cruellement les chrétiens. Ils haïssaient surtout les moines et les évêques, qu’ils appelaient pharisiens, et plus que tout l’évêque de Rome, dont ils appelaient le siège une chaire de pestilence. Ils brisaient les autels, pillait les églises, vendaient les vases sacrés, donnaient les saintes hosties aux chiens, jetaient à la poubelle le saint chrême, comme nous le raconte saint Augustin (livre 2 contre Petilianus, chapitres 51 et 61, livre 3, chapitre 40, épitre 163, et ailleurs.). Optatus rapporte la même chose (livres 2 et 6 contre Parménien). Il est certain que la doctrine et la vie des calvinistes sont tout à fait les mêmes. Car, Calvin enseigne que l’église ne contient que des bons (livre 4, chapitres 1, verset 7). Il enseigne la même chose à l’article 7 de la confession augustinienne. Il écrit que l’église visible a péri depuis plusieurs siècles, et que maintenant, elle existe seulement dans les pays septentrionaux où ils sont eux-mêmes. Tous enseignent cela, surtout Calvin (livre 4, chapitre 2, verset 2). De plus aucun des blasphèmes, aucune des cruautés, aucun des sacrilèges qu’ont commis en paroles ou en actes les donatistes sur les sacrements et les autels, n’a été omis par les calvinistes. Mais qu’ils en firent encore plus et de pires, l’histoire de Surius nous le montre, le livre récemment apparu intitulé : des fureurs gauloises, et d’autres autorités dignes de foi.
Les Ariens enseignaient que le Fils de Dieu est inférieur au Père, selon Épiphane (hérésie 69). De plus, les mêmes ariens ne recevaient aucunement les traditions non écrites, comme l’enseigne l’évêque des ariens Maximin, d’après saint Augustin (livre 1, chapitre 2 et dernier contre Maximin. » Cette hérésie plusieurs l’ont imitée par la suite, comme Nestor, Dioscore, Eutychès, comme on le voit dans le septième concile œcuménique à l’acte 1. De plus, ces mêmes ariens commirent de plus grands sacrilèges que les donatistes dans les sacrements, les autels, les prêtres, les moines, les religieuses, comme nous le révèlent l’apologie d’Athanase sur sa fuite, Ruffin (livre 2, chapitre 3 de son histoire), Theodoret (livre 4, chapitres 19 et 20 de son histoire,) Victor Uticensus (livres 2 et 3 de la persécution des vandales. »
Enseignent l’hérésie arienne plusieurs auteurs de notre temps qui se disent trithéites, comme on peut l’apprendre des Prophètes de Valentin Gentilis. Même si Luther, Philippe, Calvin et les autres tiennent Arien pour un hérétique, on ne peut nier que dans leurs écrits se trouvent les semences de cette hérésie, d’où ont pu sortir plus tard de nouveaux ariens qu’ils combattent, comme nous l’avons montré dans les livres sur le Christ. De plus les hérétiques de notre temps enseignent tous l’autre erreur. Car, tous les sectaires de notre temps rejettent la tradition, comme nous le montrent Brentiius dans les prolégomènes, Calvin (livre 4, chapitre 8, verset 8 des institutions). De plus, les crimes sacrilèges commis par les donatistes sont absolument semblables à ceux commis par les calvinistes. Les hérétiques ariens, au témoignage d’Épiphane, (hérésie 77) et d’Augustin (livre sur les hérésies, chapitre 33) enseignèrent trois erreurs : « Il ne faut ni prier ni offrir d’oblations pour les morts. Il ne faut pas observer les jeûnes institués solennellement, mais que chacun jeûne quand il le voudra, pour ne pas paraitre être sous la loi. » De plus on ne doit faire aucune différence entre les évêques et les prêtres. Épiphane ajoute qu’ils ont plutôt l’habitude, eux, le vendredi, pendant le carême, et surtout pendant la semaine sainte, de manger gras; et que quand ils veulent jeûner, ils préfèrent le faire le dimanche plutôt qu’à tout autre jour.
Les calvinistes et les luthériens enseignent et font la même chose. Calvin, (livre 3, chapitre 5, versets 6 et 7, et dans les suivants) disserte doctoralement contre la prière pour les morts. Le même (livre 4, chapitres 12 et 20), argumente contre le jeune quadragésimal, et l’appelle surérogatoire. Ensuite (livre 4, chapitre 3, verset 8), il dit : « Les évêques, les presbytes, les pasteurs, et les ministres ont la même fonction et la même province. » Les centuriates (centurie 4, chapitre 5, colonne 401), quand ils énumèrent les erreurs des autres hérétiques, ont coutume d’omettre ceux qu’ils reconnaissent pour leurs. Quand ils en vinrent à Aetius et qu’ils s’aperçurent que ces trois erreurs seulement avaient été attribuées en propre à Aetius par Épiphane et saint Augustin, ils n’ont pas pu les omettre. Ils les présentèrent donc, mais peu après, ils ajoutèrent que ces propositions n’étaient pas des erreurs, mais tout le contraire. Ils avouent donc qu’ils ont en commun ces trois sentences avec Aetius, même s’ils ne nient pas qu’elles aient été condamnées comme hérétiques par l’église antique.
Jovinianus soutenait que l’homme ne pouvait pas pécher après le baptême, s’il avait été vraiment baptisé, c’est-à-dire s’il avait vraiment reçu la foi et la grâce de Dieu. Ensuite, que l’abstinence et le jeune n’étaient pas méritoires; que le mariage égalait, en dignité et en mérite, la virginité consacrée. Voilà pourquoi quelques-unes de leurs nones se marièrent après les avoir entendus exalter le mariage. De même, ils disent que toutes les récompenses des bienheureux sont égales. Enfin, ils enseignaient qu’en enfantant, la sainte Vierge avait perdu sa virginité, selon saint Jérôme (livres 1 et 2 contre Jovinianus) et saint Augustin (livre des hérésies, chapitre 81).
La première de ces erreurs est celle de Calvin qui (livre 2, chapitre, versets 11 et 12). Il dit là que la vraie foi qui, une fois obtenue, ne peut pas, selon son opinion, être séparée de la grâce, ne peut jamais être perdue. La deuxième est aussi celle de Calvin (livre 4, chapitre 12, verset 19). Il réprouve tous les anciens qui ont loué le jeune comme quelque chose de méritoire. On trouve cette même erreur de Jovinien dans la confession augustinienne( à l’article 24, et dans les lieux de Philippe, au chapitre de la mortification.) La troisième erreur est celle de Martin Luther dans l’épithalame, où, expliquant le chapitre 7 de la première épitre aux Corinthiens, il fait quatre comparaisons. La première : la chasteté et le mariage, en eux-mêmes. Il avoue que la chasteté est un don plus noble.
La deuxième : la chasteté et le mariage devant Dieu. Et il déclare qu’ils sont égaux. La troisième. Une femme mariée et une vierge, et il dit : « Il faut admettre que, devant Dieu, une femme mariée l’emporte sur une vierge. » La quatrième. L’état des époux et celui des religieux, et le célibat prétendu des ecclésiastiques.
Il déclare que l’état des époux est, de par sa nature, spirituel, divin, céleste, et comparable à de l’or; que celui des célibataires est séculier, terrestre, et comparable à de la boue. La confession augustinienne dit des choses semblables (à l’article 23), ainsi que Calvin (livre 4, chapitre 13, verset 3). Au sujet de ces erreurs, les centuriates (centurie 4, chapitre 5, colonne 381) reconnaissent qu’elles ont été condamnées par saint Jérôme et saint Augustin, et qu’ils seraient hérétiques s’ils pensaient le contraire.
La quatrième erreur est celle de Bucer et de Molina. Ce Bucer (dans la troisième partie de l’union évangélique) affirme que Jésus naissant avait ouvert la vulve de la bienheureuse Marie. La cinquième est celle de Luther (dans le sermon de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie, et dans le commentaire de la première épitre de Pierre). Il enseigne que tous les chrétiens sont tous également saints et justes, comme l’est la mère de Dieu. Il s’ensuit donc que tous sont également heureux. Vigilantius a enseigné lui aussi beaucoup de choses. Les prières que les saints font pour les autres ne sont pas exaucées : c’est en vain qu’on les prie. Les ecclésiastiques devraient être mariés. Il ne convient pas de tout quitter pour le donner aux pauvres, ou d’entrer en religion après avoir quitté le siècle. C’est ce qu’attribue à Vigilance saint Jérôme.
Les sectaires de nos jours enseignent la même chose. Dans son sermon sur la sainte croix, Luther dit que les reliques des saints sont pour les fidèles une séduction; on devrait donc les enfoncer en entier sous terre Dans la livre de l’abrogation de la messe, il affirme, dans la troisième partie, que Dieu ne se soucie pas plus du saint sépulcre du Seigneur que de bœufs, dont saint Paul a dit : « Dieu se soucie-t-il des bœufs ? » Le même Luther dit aux Uvaldenses que l’invocation des saints est sotte et pernicieuse. Il dit aussi dans l’épithalame, que le mariage est un précepte pour tous, de droit divin, et pour les moines qui sentent qu’ils n’ont pas le don de la continence. Ce qu’il appelle don de la continence ce n’est pas la grâce par laquelle nous résistons aux tentations charnelles, mais par laquelle nous ne sommes pas tentés, don que personne ne possède. De même, dans son livre sur les vœux monastiques, il détourne explicitement de la religion, et ne permet de demeurer dans les monastères qu’aux femmes de soixante ans, et aux hommes de quatre-vingt ou de quatre-vingt-dix ans. La confession augustinienne prescrit la même chose contre l’invocation des saints (article 21), contre la continence des clercs et des moines (article 23).
De la même manière, Calvin parle contre l’invocation des saints. (livre 3, chapitre 20, verset 21) Il dit aussi que les papistes, dans leurs litanies, dans leurs hymnes et leurs prières,-- dans lesquelles il n’est rien qu’ils n’attribuent aux saints morts--, ne font même pas mention du Christ, ce qui est un mensonge éhonté. Il écrit aussi contre la visite aux reliques des martyrs (livre 4, chapitre 13, verset sept.) Et, dans le livre qu’il a intitulé : « Avertissements au sujet des reliques ». Et, en fait, les calvinistes ont brulé et consumé les corps de saint Irénée, de saint Martin, de saint Hilaire, de saint Bonaventure etc. Il dispute contre le célibat des clercs et les vœux des religieux (livre 4, chapitres 12, et 13, et dans tous les chapitres). De plus, les centuriates ne voulurent pas compter Vigilantium parmi les hérétiques, même s’ils écrivirent sur lui (centurie 4, chapitre 8, colonne 602). Ils racontent là qu’il y eut un différend entre deux saints presbytres, Vigilance et Jérôme au sujet des reliques, et l’invocation des saints etc ; que Jérôme ne faisait que crier, mais que Vigilance avançait de solides raisons. Au même endroit, ils ont le front d’attribuer à saint Grégoire une censure d’Érasme sur le livre de saint Jérôme contre Vigilance, comme si le saint pape avait désiré un plus de modestie chez Jérôme. Mais, de cela, ailleurs.
Les pélagiens enseignaient, parmi d’autres, deux choses en particulier. La première. Il n’y a pas de péché originel, surtout dans les fils des fidèles, comme le rapporte saint Augustin dans son livre contre Julien (chapitres 2 et 3, et dans le livre 4 à Boniface, chapitres 2 et 4). La deuxième. Par n’importe lequel péché, même le plus léger, on perd la justice; et tout péché est donc un péché mortel. C’est ce que rapporte saint Jérôme (livre 2, contre les pélagiens). La première de ces deux hérésies est enseignée clairement par Zwingli (dans son livre sur le baptême), par Martin Buccerus (chapitre 3 de saint Matthieu), et par Calvin (4, chapitre 15, verset 20 de ses institutions). À la différence que Zwingli nie le péché originel dans tout homme, et veut seulement que, par Adam, des misères aient été contractées. Buccerus et Calvin ne nient le péché originel que dans les fils des fidèles, qu’ils déclarent saints à leur naissance. Il dit aussi qu’ils se sauvent sans le baptême. La deuxième erreur tous les sectaires l’enseignent. Luther (assertions, article 32), Philippe (dans les lieux, au chapitre de la différence entre le péché mortel et le péché véniel), Calvin (livre 2, chapitre 8, verset 58; livre 3, chapitre 4, verset 28.) Tous les autres veulent que le péché soit mortel par sa nature.
Les nestoriens ont enseigné que dans le Christ, il y a deux personnes et deux natures, selon Theodoret (livre 4, des fables hérétiques), ce qui a été condamné par tous les auteurs, au témoignage de Vincent de Lérins. Or, c’est ce que pensent Luther, Calvin et les autres. À notre époque, Théodore de Bèze enseigne, soit par ignorance, soit par malice, dans son livre sur l’union hypostatique des deux natures, déclare mettre deux unions hypostatiques dans le Christ, une de l’âme avec la chair, l’autre de l’humanité avec la divinité. Au même moment, il y en avait quelques-uns, qui étaient peut-être eux aussi nestoriens, qui enseignaient que, dans l’eucharistie, le corps du Christ ne demeurait pas, si on le conserve un jour de plus. Ceux qui pensaient ainsi saint Cyprien (dans sa lettre à l’évêque à Calosiris) les déclarait fous. Buccer a renouvelé cette erreur en enseignant que, dans l’eucharistie, le corps du Christ n’est présent que quand on le mange. Voir Cochlaeus (traité 8, livre 3, mélanges). Philippe enseigna plus tard la même chose (dans ses lieux, au chapitre de la cène du Seigneur), ainsi que Calvin (livre 4, chapitre 17, verset 39).
Les eutychiens enseignèrent qu’il n’y avait en Jésus qu’une seule nature et une seule personne, comme le rapporte Theodoret (livre 4 des fables hérétiques). Cette hérésie a été enseignée par plusieurs à notre époque. Gaspard Swenckfeldius (dans le livre sur la divine majesté de l’humanité du Christ) affirme que, après la résurrection, l’humanité du Christ s’est convertie en la nature divine, et qu’elle est désormais un vrai Dieu, et non une créature. Bremtois semble enseigner quelque chose de semblable ou de pire quand, dans son sermon sur l’ascension, il enseigne que l’humanité du Christ, depuis son union hypostatique, a toujours été partout. La même chose est enseignée par Jacques Smidelinus (dans sa dispute Tubigensis, au chapitre 34). A ce sujet, voir nos livres sur le Christ.