Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 106)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le perse Xenaias a été le premier à affirmer publiquement qu’on ne devait pas vénérer les images du Christ et des saints, au témoignage de Nicéphore (livre 16, chapitre 27).

La même chose est maintenant enseignée par Calvin (livre 1, chapitre 11, verset 7). Il ne veut en aucune manière que soit érigé le signe de la croix. Il se montre par là le frère du diable, et le vainc en impiété. Car le diable exècre la croix parce qu’il la craint, et en la craignant, il l’honore. Mais Calvin l’exècre parce qu’il la méprise ou en fait un objet de risée. Au même endroit (au verset 13), il dit que, dans les cinq premiers siècles, il n’y a eu aucune image dans les temples des chrétiens. Ce qui est un mensonge insigne, même au témoigne de Calvin, car, dans la préface de ses institutions, il dit qu’Épiphane, dans sa lettre à Jean de Jérusalem, écrit qu’il a vu une image du Christ dans le temple, ou de je ne sais trop quel saint. De plus, il y a plusieurs écrivains anciens qui attestent que, de leur temps, il y avait des images de saints dans les églises, comme Lactance dans sa poésie sur le crucifix, saint Basile dans son sermon sur Barlaam, vers la fin, Paulin dans la vie de Félix, Prudence sur saint Cassien, Evodius (livre 2 des miracles de saint Étienne), saint Athanase à Antioche (question 16). Tous ces saints ont vécu dans les premiers siècles, comme chacun le sait. Ajoutons que Nicéphore (livre 14, chapitre 2) dit que l’image de la bienheureuse Marie peinte par saint Luc, avait été placée dans l’église que Pulchérie, sœur de Théodose de Constantinople, construisit en l’honneur de la bienheureuse vierge Marie.

Les lampetiens ont enseigé que les moines devaient demeurer libres, c’est-à-dire non liés par des vœux perpétuels. C’est ce que rapporte saint Jean Damascène dans son livre des cents hérésies, vers la fin. Luther, de nos jours, a enseigné la même chose dans son livre sur les vœux monastiques. Il a dit qu’on ne pouvait faire de vœux dans un monastère que de la façon suivante : je fais vœu de chasteté, d’obéissance et de pauvreté jusqu’à la mort en toute liberté, c’est-à-dire que je pourrai changer d’idée quand il me plaira. IL y en a qui nient que l’eucharistie est vraiment la chair du Christ, et qui ne veulent y voir qu’une figure, ou une image du corps du Christ, comme le rapporte le synode 7, acte 6, tome 3. Et saint Ignace, longtemps avant, rapporte que la même chose était enseignée de son temps, selon Theodoret (dans le dialogue dit impassible. À notre époque cette hérésie est enseignée par Zwingli, dans son livre sur les paroles de la cène du Seigneur, et par Calvin (livre 4, chapitre 17, verset 12).

Voilà vingt hérésies d’hérésiarques qui ont été condamnées par l’église qui vécut dans les premières sept cents années. Ces hérésies nous les considérons toujours comme des hérésies, tandis que nos adversaires les tiennent pour des articles de foi. Il s’ensuit donc que notre doctrine est en continuité avec la doctrine de l’église antique. Les adversaires, eux, continuent les hérésiarques anciens.

CHAPITRE 10

La septième note

La septième est l’union des membres entre eux et avec la tête, car l’église est un seul corps, une seule épouse, un seul bercail, comme l’Écriture l’enseigne souvent. Aux romains 12, le cantique 6, saint Jean 10. Et, dans le symbole de Constantinople, nous disons « une église. » L’unité principale du corps consiste dans l’union des membres entre eux et avec la tête. Il nous faudra parler de l’une et de l’autre union. Parce que nous avons ailleurs traité de la tête de l’Église qui est le pontife romain, nous ne démontrerons qu’une seule chose, avec quelques citations : que les anciens ont toujours vu l’union avec le pape comme une note de l’église. Saint Irénée (livre 3, chapitre 3) dit, en toutes lettres, qu’il est nécessaire que l’église entière, c’est-à-dire les fidèles de partout, soit en communion avec l’église romaine « à cause de sa plus puissante principauté. » Saint Cyprien (livre 1, épitre 3) écrit : « En plus, après s’être donné un pseudo évêque, les hérétiques osent naviguer vers la chaire de Pierre, à l’église principale, d’où est née l’unité sacerdotale, pour apporter des lettres de schismatiques et de profanes, sans penser que ce sont des romains, chez qui la perfidie ne peut pas avoir accès. »

Et, parlant de la chaire de Pierre (livre 4, épitre 8), il écrit : « On exhorte les nôtres à la reconnaitre et à la ternir comme la matrice et la racine de l’église catholique. » Saint Ambroise dans son sermon sur la mort de son frère Satyre : « On lui a demandé s’il serait du même sentiment que les évêques catholiques, c’est-à-dire l’église romaine. » Saint Jérôme (dans son épitre à Damase sur le mot hypostase) : « L’église est divisée en trois parts, Lui a hâte de venir me chercher. Moi, pendant ce temps, je m’écrie : si quelqu’un se joint à la chaire de Pierre, il est mien. Meletiius, Vital et Paulin disent avoir hérité de toi. Je pourrais le croire si un seul le déclarait. Ou deux mentent, ou tous mentent. » Et dans sa lettre antérieure : « Je m’associe à ta béatitude, à la communion de la chaire de Pierre. C’est sur cette pierre qu’a été édifiée l’église, je le sais. Celui qui mangera l’agneau en dehors de cette maison est un profane. Si quelqu’un n’est pas dans l’arche de Noé, il périra quand surviendra le déluge. Je ne connais pas Vital, je répudie Mélétius, et j’ignore Paul. Celui qui ne ramasse pas avec toi disperse. C’est-à-dire que celui qui n’est pas du Christ est de l’antichrist. » Et, dans l’épitaphe de Marcelle, il écrit : « Saint Athanase, et son successeur Pierre, évêques d’Alexandrie, fuyant la persécution de l’hérésie arienne, se sont réfugiés à Rome, le port commun très sur de leur communion ».

Optatus (dans le livre second contre Parménien), enseigne, dès le début, et pendant plusieurs pages, que la première richesse de la vraie église et la principale est la chaire de Pierre, qui est à Rome. Il en tire la conclusion que les donatistes n’appartiennent pas à la vraie église, parce qu’ils ne sont pas en communion avec Syricius qui siégeait alors sur la chaire de Pierre. Saint Augustin (dans sa lettre 162), parlant de l’évêque Cécilien, écrit : « Qui pourrait ne pas être angoissé à la pensée de la conspiration des nombreux ennemis, quand il se voit uni par lettres d’échange avec l’église romaine, dans laquelle a toujours été en vigueur la principauté de la chaire apostolique. » Et dans sa préface contre le parti de Donat : « Venez, frères, si vous le voulez, pour être greffés dans la vigne ! C’est une grande douleur pour moi de vous voir coupés de la vigne, gisant par terre. Énumérez les prêtres, depuis la foi de Pierre, dans l’ordre de ceux qui lui ont succédé. Voyez ! Là est la pierre, dont ne triomphent pas les portes orgueilleuses de l’enfer ! » Saint Léon (épitre 47 aux évêques de la province de Vienne, écrit : « Le sacrement de la prédication évangélique le Seigneur a voulu qu’il soit le lot de tous les apôtres, d’une façon telle qu’il a voulu qu’il habite dans la pierre suprême de tous les apôtres, pour que de lui, comme d’une tête, il répande ses dons dans tout le corps, pour que l’on comprenne qu’est étranger au mystère divin celui qui a osé se séparer de la solidité de Pierre. »

À tout cela, ajoutez l’expérience. Nous voyons que toutes les églises qui ont fait sécession avec cette église, se sont, comme des branches coupées d’un arbre, assez tôt asséchées. Il est certain que les églises asiatiques et africaines étaient autrefois florissantes au point d’avoir célébré de nombreux conciles, qu’elles eurent plusieurs hommes qui se sont illustrés par la doctrine, la sainteté ou par l’une et l’autre. Mais quand elles firent sécession avec l’église de Rome, elles ne célébrèrent plus de conciles, elles n’eurent plus d’hommes réputés pour leur sainteté ou leur doctrine, connus par toute la chrétienté. Et maintenant, on ignore tout d’eux.

Venons-en, maintenant, à l’union des membres entre eux. Il est certain que la concorde est un signe du royaume de Dieu qui doit demeurer toujours; et que la discorde est un signe du règne de Satan, qui doit toujours être en ruines. Voir Matthieu 12 : « Tout royaume divisé contre lui-même deviendra une désolation. » Et 1 Cor 14 : « Dieu n’est pas un dieu de dissension mais de paix. » Et saint Augustin (dans le livre 18 de la cité de Dieu, chapitre 52), dit : « Ce que le diable désire effectuer par les hérétiques c’est que, dans l’église de Dieu, soient autorisées des dissensions, comme dans les académies des philosophes. Pour que, comme ils se détruisent par leurs multiples sectes et se dévorent les uns les autres, la même chose se passe dans l’église. »

Cette note nous fait clairement comprendre que notre église est la seule vraie église. Dans notre église, d’abord, tous les auteurs sacrés sont tous sur la même longueur d’ondes, même s’ils ont écrit dans des lieux, des temps différents, et même dans des langues différentes. Saint Augustin y voit là le doigt de Dieu (livre 18, chapitre 41, de la cité de Dieu). Ensuite, les décrets des conciles légitimes et des souverains pontifes concordent entre eux dans tous les dogmes sans exception, même s’ils ont été promulgués par des hommes de lieux et de temps différents, ainsi que d’occasions différentes, contre des hérésies différentes et souvent contraires. Ce qui est un signe clair d’un unique et même Saint Esprit gouvernant cette Église. Que cela soit vrai, le démontrent les assauts des hérétiques qui, en dépit de toutes leurs recherches et leurs tentatives, n’ont jamais rien pu trouver à redire, comme nous l’avons démontré dans la dispute des conciles. De plus, maintenant, tous les catholiques répartis sur toute la terre pensent la même chose sur tous les dogmes de foi. Et ils ne peuvent pas autrement penser puisque tous se soumettent à la décision d’un seul et même pasteur suprême, dirigeant l’église de la chaire de Pierre, en union avec les autres pasteurs. Que jamais n’ait existé une secte de Gentils ou d’hérétiques dans laquelle se soit trouvée une telle unanimité, on peut facilement le démontrer.

Au sujet des sectes des païens, saint Augustin enseigne (férie 2, paroles du Seigneur) que Junon, Hercule et les autres dieux étaient tous de la même religion, mais étaient divisés et séparés les uns des autres au point de se combattre. Au sujet des philosophes, c’est une chose connue de tous, comme le dit saint Basile (dans le premier sermon de l’œuvre des six jours), que nous n’avons pas à terrasser les philosophes, car, par leurs mutuelles dissensions, ils suffisent à eux seuls pour renverser leurs doctrines. C’est ce que dit aussi Theodoret (dans son livre sur la foi), et saint Augustin (livre 18, chapitre 41 de la cité de Dieu.)

IL est tout à fait certain, cependant, que ce soit le comportement habituel des hérétiques. Saint Irénée (livre 1, chapitre, et souvent ailleurs) enseigne que l’hérésie du premier hérésiarque Simon se divisa bientôt, et que d’elle naquirent les sectes des Ménandriens, des basilidiens, des saturniniens, etc. Dans le livre 1, chapitre 5, il dit, en parlant des valentiniens, que bien qu’ils aient été très nombreux, deux ou trois seulement s’entendaient dans les mêmes dogmes. Au sujet des donatistes, saint Augustin écrivait (dans le livre sur le baptême, chapitre 26) que l’hérésie donatiste a été, de son temps, fractionnée en plusieurs unités. Les marcionites ont été encore beaucoup plus divisés. Ils ont donné naissance aux Lucianites, aux Apellianiens, et aux Sévériens, selon Épiphane (livre 1, tome 3 contre les hérésies). Les montanites ont été divisés en pépusiens, artotyrites, phrygates etc, comme l’écrit Épiphane (livre 2, tome 1.) Saint Augustin (livre 1 sur les hérésies, 46) atteste également que les manichéens ont été divisés en sectes différentes. Les Messaliens ont été divisés en martyriens, sathaniens, enthousiastes, selon Épiphane (hérésie 80), Théodoret (livre 4 sur les fables hérétiques.) Les ariens se sont rapidement divisés en acaciens, macédoniens, eunomiens, comme nous l’explique Ruffin (livre 10, chapitre 25, de son histoire). Ces mêmes ariens changeaint de foi à chaque année, comme l’écrit saint Hilaire dans ses deux livres contre Constance. Pour une raison semblable, les eutychiens furent tellemenet divisés que presque toutes les sectes qui apparurent par la suite en Orient en proviennent, comme l’écrit Évagre (livres 3 et 4) et saint Jean Damascène dans son livre des cents hérésies.

Or, à notre époque, comme nous le révèle le libelle de Frédéric Staphylus sur la concorde des disciples de Luther, les luthériens, à peine nés, se sont divisés en anabaptistes, confessionistes, et sacramentaires, lesquelles sectes se sont divisées en d’autres sectes jusqu’au chiffre de 34. Et cela, au temps de Staphylus. Actuellement, on compte une centaine de sectes différentes provenant de Luther. On peut y voir à l’œuvre la providence de Dieu, car, de cette façon, les hérésies se détruisent elles-mêmes. C’est pourquoi il est dit en Isaïe : « J’opposerai les égyptiens aux égyptiens.

» Et saint Hilaire, au livre 7 de la trinité : « La guerre interne des hérétiques est la paix de l’Église. » Ajoutons que les auteurs hérétiques ne sont pas toujours d’accord avec eux-mêmes, ce qui est une note sure de fausse doctrine, comme le même Luther le dit dans les vœux monastiques : « Tu ne peux pas connaitre les mensonges avec plus de certitude que quand ils se contredisent eux-mêmes. Car, il a été ainsi ordonné par Dieu que les impies s’empêtrent dans leurs nouvelles doctrines, et la dissonance de leurs mensonges témoigne toujours contre eux. » Or, les innombrables contradictions de Luther Jean Cochlaeus les a toutes relevées. Et à la fin de son travail, il ajoutait 36 sentences différentes du même Luther sur le même article, la communion sous les deux espèces. La confession augustinienne, que tous tiennent pour sacrosainte, ils l’ont modifiée et éditée de façon si différente que les luthériens eux-mêmes ne savent plus quelle est la vraie confession augustinienne. À ce sujet, consulter l’harmonie de Fabrice Leodius. Vous y verrez que l’édition de l’année 40 est deux fois plus épaisse que celle de l’année 30.

Mais, à cet argument les adversaires répondent comme ils peuvent. Calvin, dans la préface de ses institutions, dit qu’il ne faut pas s’étonner que de sa religion naissent des divisions, et des sectes contraires, car cela est arrivé même à l’église des apôtres. D’elle naquirent les simoniens, les nicolaïtes. Car, le démon arrive toujours dès qu’il voit qu’une bonne semence a été mise en terre, et il sème par-dessus la zizanie. De plus, le même Calvin (livre 4, chapitre 13 et 14) écrit qu’on peut déduire de cette note que la vraie église n’est pas parmi nous, car il y a autant chez nous de conventicules de schismatiques, et de divisions que de monastères. Autrefois, les moines vivaient séparément, mais ne participaient pas aux sacrements isolément.. Ils accourraient plutôt aux églises des ministres ordinaires. Ils assistaient là avec la foule au saint sacrifice de la messe. Maintenant, chaque monastère a érigé son hôtel propre, et les moines ne reçoivent pas la communion avec les fidèles. Ils sont donc séparés du peuple du Christ, comme on le voit pas les noms qu’ils se donnent : bénédictins, franciscains, dominicains etc. Il ajoute que nous avons, nous aussi, plusieurs sectes comme les scotistes, les thomistes, les molinistes.

Je réponds à la première objection en disant que la différence qu’il y a entre la séparation des hérétiques de l’Église, et la division existant entre les différentes sectes consiste en ceci. Dans l’église, on trouve une règle certaine pour régler les controverses, à savoir la décision du souverain pontife, ou d’un concile plénier. Et voilà pourquoi une dissension ne provient pas de la doctrine de l’église, mais de la malice du démon. De plus, partout où nait une hérésie, elle est rapidement condamnée. Et, une fois l’hérétique expulsé, la plaie se cicatrise, et la maladie ne fait plus de nouveaux progrès dans l’église. Mais chez les hérétiques, il n’existe pas de règle capable de mettre fin aux controverses. Chacun se met avant les autres, et veut être le juge des autres. Voilà pourquoi une nouvelle hérésie en engendre aussitôt d’autres, jusqu’à ce qu’elle soit consumée par de nombreuses divisions, de telle sorte que cela semble un miracle de voir une hérésie durer longtemps. En résumé, la doctrine de l’église engendre par elle-même l’union, la cohésion, l’harmonie, tandis que, de par sa nature, l’hérésie engendre des divisions et des schismes. Quand donc nous voyons que, à la façon des autres hérésies, la secte luthérienne a été si rapidement divisée en un si grand nombre de sectes, et que, jour après jour, elle continue à se diviser, sans qu’on espère une fin à ces divisions, nous jugeons que les luthériens sont des hérétiques, car le nom luthérien est presque disparu.

À la deuxième objection, je réponds que Calvin ment quand il prétend que les anciens moines n’avaient pas leur propre autel, mais qu’ils allaient participer aux sacrements dans les églises paroissiales, avec les fidèles. Car, Épiphane, dans sa lettre à Jean de Jérusalem, atteste avoir ordonné le prêtre Paulinien dans le monastère de saint Jérôme, et avoir administré les sacrements aux autres moines dans le même monastère, parce que saint Jérôme, par une humilité presque excessive, n’osait pas offrir le sacrifice de l’autel. De même, Cassien, (dans la conférence 18, chapitre 15, qui est celle de l’abbé Pyamon), raconte que, dans son ermitage, les moines avaient leurs prêtres qui étaient aussi moines, qui administraient aux autres les sacrements. Saint Augustin (livre 1, chapitres 31 et 33 sur les mœurs de l’église), enseigne que non seulement dans le désert, mais aussi dans les villes comme Milan et Rome, les moines avaient dans leurs monastères un presbytre préposé, qui était surement prêtre, qui administrait les sacrements dans le monastère, pour que les moines ne soient pas forcés de sortir de leurs maisons pour aller prier dans les églises paroissiales.

De plus, saint Jean Damascène (dans son histoire de Barlaam et de Josaphat), écrit que l’ermite Barlaam avait célébré le sacrifice de la messe dans sa cellule, en présence du seul Josaphat. Je dis ensuite que quelqu’un ne devient pas schismatique à cause d’un autre autel matériellement différent, mais formellement différent. Autrement, tous les paroissiens seraient schismatiques, car ils ont des autels différents dans des villes différentes. Seuls donc sont schismatiques ceux qui érigent un autel à eux parce qu’ils jugent profane l’autel des autres.

Il est évident que les moines d’aujourd’hui ne sont pas schismatiques, puisqu’ils obéissent tous au seul souverain pontife, sont ordonnés prêtres par les évêques ordinaires, et sont reconnus par les fidèles. De plus les noms de dominicains, franciscains, bénédictins n’ont pas été donnés par l’auteur d’une nouvelle doctrine, mais par l’instituteur d’une discipline plus sévère, comme chacun le sait.

À la troisième objection, je dis que les thomistes, les scotistes et les molinistes ne diffèrent entre eux que dans des choses qui ne se rapportent pas à la foi, comme saint Augustin l’explique des dissensions entre les docteurs de son temps, dans le livre premier contre Julien. Et de plus, tous ces catholiques se soumettent toujours eux-mêmes et leurs opinions aux définitions de l’église romaine. Voilà pourquoi, même s’ils semblent se combattre en paroles, ils sont tous d’accord sur les vérités de foi, puisqu’ils professent tous croire en une seule et même chose, en ce que l’église catholique a jugé qu’on devait croire. Or, les hérétiques différent entre eux sur les principales vérités de la foi, et reconnaissent, cependant, Luther pour père. Voir, à ce sujet Hosius (premier livre contre Brentius), et Canisius (dans sa préface aux livres des excuses de Vega Colonia). Les adversaires ne peuvent pas s’en tirer si facilement. D’abord, les anabaptistes ne nient pas que, pour les luthériens et les calvinistes, ils sont des hérétiques. Et pourtant, ils procèdent tous du même Luther. Les zwingliens sont des hérétiques pour les autres luthériens, comme on le voit dans le testament de Brentius, et dans plusieurs livres de Luther. Or, les zwingliens et les calvinistes n’osent pas exécrer Luther, même s’ils diffèrent de lui dans des choses très graves, comme on le voit dans les livres de Calvin, de Bèze et du martyr, sur la cène du Seigneur et sur le corps du Christ.

De plus, les luthériens rigides et les luthériens accommodants sont en guerre entre eux, comme nous le montrent les livres de Jean Wigandus, et l’Illyricus contre Georges majeur, et Philippe Melanchton, et les livres de ces derniers contre les premiers. Voici ce que disent d’eux les centuriates (dans leur préface à la centurie 5,) : « Même si les docteurs de l’église de Dieu sont dispersés dans différents lieux, cependant, ils sont enviés, molestés, affligés, affaiblis, et frappés, non seulement par les fils de ce siècle, mais même par leurs propres confrères, qui les proclament séditieux, stoïques, et qui leur imputent les crimes d’hérésie et de sédition. »

Jean Wigandus (dans son livre des erreurs de Georges le majeur), écrit : « C’est toi, Georges, qui troubles Israël ! Ce n’est pas nous, qui t’avertissons d’erreurs sur la foi, qui sommes en lutte avec la parole de Dieu. Car c’est toi la zizanie, toi qui sèmes et plantes dans l’église tes noires erreurs par des livres que tu envoies un peu partout. Or, nous, nous exhortons l’église de Dieu à persévérer dans la pureté de la doctrine de Dieu, vraie, acceptée et reconnue, qui nous a été présentée par l’organe du salut, Luther. » Et plus bas : « Car, ce n’est pas de laine ou de lin que nous discutons, mais des chapitres très graves de la doctrine chrétienne, qui sont corrompus par Majeur et par d’autres. »

Et, un peu après la quatrième erreur : « Majeur, avec une immense audace, tu te vantes de ne pas t’être éloigné d’un cheveu de la doctrine de Luther, et pourtant, tu réprouves toute la doctrine de Luther sur le serf arbitre. Et tu fais asseoir le démon sur la chaire de Luther. » Et, un peu plus bas, après la septième erreur : « Ces erreurs pernicieuses de Majeur, Luther les avait réfutées dans ses écrits et dans ses débats publics. »

De plus, parmi les rigides eux-mêmes, une question dépravée est née sur le péché originel. Illyricus soutient que le péché originel est une substance, et appelle la sentence contraire un spectre pélagien. Jean Wigandus et Tilmann Heshusius et d’autres qui écrivent contre Illyricus, l’appellent un manichéen manifeste. Et il est certain que, au commencement de l’antidote contre Illyricus, Heshusius enseigne que cette question appartient aux fondements de la foi. De plus, dans la même province de Saxe, apparurent, pendant dix ans, des sentences contradictoires sur la chose la plus grave de toutes. Car, dans le synode de Dresde célébré en l’an 1571, a été condamnée d’un commun accord la doctrine de Brentius, d’Illyricus et d’autres sur la personne du Christ. Et pourtant, cette sentence condamnée par eux-mêmes, ils la reçurent, en l’année 1580, dans le livre de la concorde; et le synode et la concorde ont été publiés ensemble, en même temps, à Wittemberg, et sous l’autorité du même prince.

CHAPITRE 11

La huitième note

La huitième note est la sainteté de la doctrine.

La vraie église est non seulement catholique et apostolique, une, mais elle est aussi sainte, comme le professe le concile de Constantinople. On dit que l’église est sainte parce que sa profession est sainte, ne contenant rien de faux relativement à la doctrine de la foi, rien d’injuste par rapport à la doctrine des mœurs. Voilà pourquoi le psaume 18 appelle la loi de Dieu immaculée un témoignage fidèle, un précepte limpide du Seigneur. Cette note montre qu’il n’existe pas de vraie église en dehors de la nôtre, car il n’y a aucune secte de païens, de philosophes, de Juifs, de Turcs ou d’hérétiques, qui ne contienne des erreurs dénoncées, et manifestement contraires à la raison droite. Au sujet des adorateurs païens des faux dieux, Minutius Félix, dans Octave, Arnobes (livres 4, 5 ,6, 7, contre les Gentils) et saint Augustin (dans la cité de Dieu) montrent en quelles choses absurdes et honteuses ils crurent. Théodoret, parlant des philosophes antiques (dans son livre sur les lois, qui est le neuvième chez les Grecs), dit que les lois de Lycurgue permettaient l’adultère, que celles des perses permettaient les noces incestueuses de mères, filles, sœurs; que les lois des massagètes permettaient aux proches de dévorer les moribonds et les vieux; celles des tibarénens, de lancer les vieux du haut des tours, celles des hiraniens de jeter aux chiens des cadavres humains, celles des scythes, d’enterrer vivants avec les morts ceux qui les aimaient. Les lois de Platon, qui semblent les meilleures à certains, prescrivent ou louent des vices horribles, comme la communauté des femmes, l’amour honteux, l’extinction des concepts, les meurtres d’enfants, et d’autres semblables.

Les mahométans (le Coran, chapitre 2) enseignent que tous, les Juifs, les chrétiens et les turcs, se sauvent dans leurs lois s’ils les observent (chapitre 25, 8, 47 et 48).

Et le coran enseigne que la béatitude de la vie future consiste dans la nourriture, le breuvage, et la multitude des femmes.

Jamais, dans tout le coran, il n’est fait mention d’actes spirituels de vision et d’amour de Dieu. Au chapitre 43, il est dit que Dieu et les anges prient pour Mahomet. Le coran contient d’autres choses aussi absurdes. On sait, par leurs livres, ce que pensent les Juifs qui ont écrit après l’avènement du Christ. D’abord, dans le Talmud qui est leur parole de Dieu non écrite, on trouve d’innombrables erreurs, dont a parlé Sixte Senensis (au livre 2 de la bibliothèque sainte). Le rabbi Salomon, que les Juifs ont en grande estime, dit, dans soncommentaire de la Genèse chapitre 2 : « Voilà maintenant un os de mes os. », qu’Adam s’était uni charnellement avec toutes les bêtes domestiques et sauvages, et qu’il n’avait pas pu satisfaire sa passion, jusqu’à ce qu’il parvint à l’étreinte d’Ève. De même, dans le chapitre 28 des nombres, commentant « aux calendes, vous offrirez un holocauste « au » Seigneur », il lit un holocauste « du » seigneur. Et il explique que le précepte ordonnait d’offrir un holocauste le jour de la pleine lune pour le péché que Dieu a commis quand il a diminué la lumière de la lune. Cette fable Salomon la raconte au chapitre 1 de la Genèse en commentant : « deux grands luminaires ». De même, au chapitre 4 du Deutéronome, il dit qu’Adam fut tellement grand qu’avec sa tête il pouvait toucher le ciel. On rencontre des choses semblables dans les livres des Juifs.

On peut montrer la même chose au sujet des hérétiques du passé. Il n’y eut aucune hérésie qui n’enseignât des erreurs manifestes. Les gnostiques enseignaient qu’il fallait fréquenter les putains, et s’adonner à toute sorte de luxure, mais qu’il fallait empêcher la conception, et qu’au cas où un fœtus s’ensuivrait, il fallait l’extraire de l’utérus de la femme enceinte, le déposer dans un mortier, et le manger après l’avoir fait cuire avec du miel et du poivre. Ils disaient qu’ils célébraient ainsi une grande pâque. C’est ce que raconte Épiphane à l’hérésie 26. Les carpocratiens enseignaient qu’ils étaient tenus à commettre tous les crimes. Et si, avant de mourir, ils ne les avaient pas tout commis, ils enseignaient que leurs âmes retournaient à leur corps, et cela, autant de fois qu’il fallait pour qu’ils remplissent la mesure des crimes. C’est de cette façon qu’ils expliquaient ce passage de l’évangile : « Tu n’en sortiras pas tant que tu n’auras pas remboursé le dernier centime. » C’est ce qu’Épiphane rapporte à l’hérésie 27.

Les montanistes faisaient un sacrifice avec le sang d’un enfant d’un an. C’est avec une incroyable cruauté qu’ils en extrayaient le sang avec des ongles de fer. Témoin, Augustin, hérésie 25. Les manichéens enseignaient qu’arracher une feuille d’un arbre et tuer un homme était un péché de même nature. Ils affirmaient aussi que des parties de la divine essence étaient tenues captives par les princes des ténèbres, et que d’autres devaient être condamnées pendant toute l’éternité. (Augustin, hérésie 46). Les donatistes, pour se faire martyrs, se précipitaient du haut des montagnes, ou se jetaient dans la mer ou dans un brasier. Ou bien ils menaçaient de mort, et tuaient ceux qui ne voulaient pas se tuer eux-mêmes. C’est ce que rapportent saint Augustin (épitre 50) et Theodoret (livre 4 sur les fables hérétiques. Que cela suffise, car on pourrait rapporter un grand nombre d’extravagances de ce genre.

Venons-en maintenant à nos sectaires. Ils enseignent que chaque homme est justifié par cette seule foi toute spéciale, par laquelle chacun croit être juste devant Dieu à cause du Christ. Ce qui défit tous les paradoxes. Car cela n’est pas au-dessus ou en marge de la raison, mais tout à fait contraire à la raison. Car, je fais la demande suivante : quand je commence à croire que je suis juste, je suis soit juste, soit injuste. Si je suis juste, je ne suis donc pas justifié par la foi par laquelle je crois que je suis juste, car cette foi est postérieure à ma justice. Si je suis injuste, cette foi est donc fausse, et n’est pas la foi divine justifiante, à moins de dire que les hommes sont justifiés par le mensonge. De plus, tous les luthériens font un grand cas des prières mentales et orales. Mais cette foi enlève l’oraison dominicale, car si je crois avec certitude que je n’ai pas de péché, je mens puisque par cette foi je dis : remettez-nous nos dettes. De plus, les calvinistes condamnent les anabaptistes, et pensent qu’ils ne peuvent être ni justifiés ni sauvés, à moins qu’ils se convertissent de leurs erreurs. Et, cependant, ils savent pertinemment que les anabaptistes croient dur comme fer qu’ils sont sauvés. Ils sont donc forcés de dire qu’ils sont en même temps justes et non justes.

En plus de ce dogme commun, tous ont leurs dogmes qui leur sont propres, remplis d’une absurdité manifeste. Les anabaptistes, en plus de beaucoup d’autres choses, ont des conventicules nocturnes, que Jean Cochlaeus a dévoilés, et ils s’unissent publiquement à leurs sœurs propres. Voici quel est l’article 11 des anabaptistes : personne ne doit prêcher en public. L’article 19 : il est permis à un frère d’épouser sa sœur. Les luthériens ont eux, aussi, une erreur manifeste. Ils enseignent que, quand ils sont baptisés, les enfants se servent de leur raison, écoutent la parole de Dieu, croient et aiment. C’est ce que le synode de Wittemberg de 1536 a défini solennellement. Cela n’en répugne pas moins avec la vérité, comme saint Augustin l’écrit à Dardanus (épitre 57). Il dit que c’est faire injure aux sens humains de parler ainsi : « Comment est-il crédible qu’un enfant qui pleure, qui regimbe tant qu’il peut pendant qu’on le baptise, comprenne ce qui se passe ? » De plus, les calvinistes ont cet enseignement, qui répugne non seulement à la piété mais aussi à la raison, que toutes choses arrivent nécessairement, que Dieu est la cause des péchés, ce que rejettent presque tous les luthériens.

Mais l’église catholique n’a aucune de ces erreurs, aucune de ces turpitudes. Elle n’enseigne rien de contraire à la raison, même si elle croit à beaucoup de choses qui sont au-dessus de la raison. De plus, elle est la seule à être absolument sainte, et c’est à elle seule que convient ce que nous disons dans le symbole des apôtres : « Je crois dans la sainte église. » C’est ce qu’on démontré contre les païens Justin dans l’une et l’autre de ses apologies, Tertullien (dans son apologie, chapitre 36), Arnobius (livres 1, 2, 3 contre les Gentils), Minutius Felix (dans Octave), et saint Augustin (dans les livres de la cité de Dieu, contre les païens). Et saint Thomas dans sa somme contre les gentils, en fait la démonstration contre les païens et les hérétiques. Concluons donc avec saint Augustin (cité de Dieu, chapitre 28) : « Dans les églises catholiques, il n’y a rien de honteux, de criminel qui soit présenté come devant être admiré ou imité, là où les préceptes de Dieu sont enseignés, ou les miracles racontés, ou les dons loués, ou les bienfaits demandés. » Et (au livre 2, chapitre 7) : « La vérité a été persuadée par des moyens nouveaux, mais qui n’étaient pas contraires à la raison. »

CHAPITRE 12

La neuvième note

La neuvième note est l’efficacité de la doctrine. Car, seule la vrai église a une doctrine non seulement immaculée, mais qui convertit les âmes, comme on le dit dans le psaume 18 : « La parole de Dieu est vivante et pénètre jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit ». Les philosophes anciens, même s’ils faisaient montre d’une grande sagesse, et d’une éloquence suffisantes pour persuader le peuple de suivre leurs lois, n’ont jamais pu faire adopter leurs lois par les villes voisines, comme l’enseignent saint Athanase (dans le livre sur l’humanité du verbe), et Theodoret (dans son livre sur les lois), parce que leurs paroles n’étaient pas vivantes, mais mortes, non selon l’Esprit de Dieu, mais selon l’esprit de l’homme. Les mahométans en attirèrent un grand nombre, mais par la terreur des armes, non par la vie et l’efficacité de la doctrine. Voilà pourquoi Mahomet, dans le Coran, enseigne (aux chapitres 18 et 19), qu’il faut obliger les hommes à croire. De plus, on ne lit jamais qu’ils ont converti des Juifs ou des païens à leur foi, mais qu’ils n’ont perverti que des chrétiens, ce que Tertullien avait à l’avance noté dans son livre sur la prescription des hérétiques : « Que dirai-je de l’administration du verbe ? « Comme leur plan était non de convertir des païens, mais de nous abattre, ils détruisent ce qui est à nous pour édifier ce qui est à eux. »

Mais, tu répliqueras que, dans sa chronique (tome 2, livre 4, chapitre 20, Freculphus rapporte que, au temps de l’empereur Valens, toute la tribu des Goths a été, par les ariens, convertie du paganisme à la foi. Je réponds que les Goths n’ont pas été convertis par les ariens, mais trompés misérablement.

Car, une fois sortis de leurs territoires, les Goths militaient sous les drapeaux de l’empire romain. Et, après avoir entendu dire beaucoup de belles choses des chrétiens, de leur propre mouvement, et sans être contraints par personne, ils demandèrent à l’empereur des évêques pour qu’ils leur enseignent leur religion, car ils étaient prêts à croire tout ce qu’ils leur diraient. Hélas, l’empereur qui était arien, envoya des évêques ariens. Voilà comment les Goths ont été misérablement trompés. En voulant devenir chrétiens, ils sont devenus ariens, mais sans vertu ou miracle des ariens. Car quelle difficulté y a-t-il à instiller un poison à celui qui est prêt à le prendre ?

Ajoutons que Freculphus ne raconte pas toute l’histoire. Car, on apprend par Socrate (livre 4, chapitre 27), par Sozomène (livre 6, chapitre 37), par Theodoret (livre 4, dernier chapitre), que la plus grande partie de ces Goths était chrétienne et catholique, et qu’a elle été ensuite trompée par les ariens. Les hérétiques n’ont donc pas converti des hommes à la foi, ni ne le peuvent. Car les hérétiques ont l’Écriture, mais ils n’ont pas le vrai sens des Écritures, lequel est un glaive spirituel, car les paroles ne sont pas tant le glaive que le fourreau qui contient le glaive de l’esprit. Comme ils ne se battent pas avec le glaive, mais avec le fourreau seulement, quoi d’étonnant s’ils ne blessent pas les cœurs des infidèles ? Il n’y a pas non plus à s’étonner qu’ils aient perverti des catholiques, car les hommes sont disposés à accepter de descendre plutôt que de monter, et de prendre la voie large et facile qu’ils leur ouvraient. Dieu a permis cela à cause de l’ingratitude de ceux qui avaient été illuminés, et qui, après avoir reçu l’illumination, n’ont pas répondu par de bonnes actions.

Mais l’église est vraiment sainte et apostolique, elle qui, autrefois, rapidement, par des hommes méprisables, de race et de culture différentes, sans armes, sans éloquence a attiré à elle le monde entier, c’est-à-dire des grands et des petits, des savants et des ignorants, des jeunes et des vieux, des hommes et des femmes, non pour jouir des plaisirs de la vie, mais pour croire dans des choses qui dépassent la raison, pour les disposer à accepter la croix, les souffrances, une vie parfaite qui répugne à la chair et au sang, et tout cela pour aucune récompense pendant cette vie, mais seulement dans le futur. Ils les persuadèrent de préférer perdre plutôt toutes les richesses, les honneurs, les amis, les terres, la vie même, plutôt que la foi dans le Christ. C’est ce dont ont parlé saint Athanase et Theodoret dans les textes cités, et saint Augustin (livre 22, chapitre 5 de la cité de Dieu. Il considère là comme un des plus grands miracles que quelques apôtres, par la seule efficacité de la parole divine, sans éloquence, sans armes, ait conquis l’univers. De plus, du temps de saint Grégoire jusqu’à notre époque, plusieurs ont été convertis par les nôtres. On peut même le prouver par le témoignage des adversaires, car qu’au sixième siècle, sur l’ordre du pape saint Grégoire, ce ne sont pas des hérétiques, qui n’existaient pas alors, qui ont converti les Angles païens à la vraie foi, mais les moines du souverain pontife, les centuriates en témoignent (centurie 6, chapitre 2, colonne 37).

De plus, au temps du pape Conon, un envoyé du pape saint Kilianus, a converti les Francons, comme le reconnaissent les centuriates (centurie 7, chapitre 2 , colonne 31.) Ensuite, au temps des papes Grégoire 11, Grégoire 111 et Zacharie, une grande partie de l’Allemagne a été convertie, non par les hérétiques iconomaques, dont le monde abondait alors, mais par l’évêque martyr saint Boniface, que le pape Grégoire 11 avait envoyé, comme l’admettent les centuriates (centurie 8, chapitre 1, col 20). Ils font même sa louange en ces termes : « En ce siècle, quand arrive le temps que le Seigneur avait préparé dans sa miséricorde, de grands fruits furent produits. Car le Seigneur a suscité Winofridus, que les Romains appellent Boniface, avec ses collègues, pour propager la foi en Germanie. Cette œuvre c’est par leurs mains qu’il la conduisit et la promut. » S’ils parlent si bien de saint Boniface à cet endroit, c’est qu’ils avaient oublié qu’il était papiste.

Car, dans la préface de cette même centurie (blasphème), ils parlent ainsi en se montrant ingrats envers leur apôtre : « Pour ce projet, le pape avait à sa disposition des aventuriers illustres, toujours prêts à ce genre d’emploi, audacieux, téméraires, qui, alléchés par les honneurs et les récompenses, entreprenaient une œuvre semblable dans tous les royaumes. » Et plus bas : « Tel fut l’aventurier Boniface, que l’on appelle l’apôtre des Allemands, qui mit tout son zèle, son énergie et son savoir faire pour remettre entre les mains du pape la Germanie entière. Même si, en certains endroits, il semble avoir éliminé l’idolâtrie païenne, il ne sema pas la religion chrétienne dans toute sa pureté, et sans aucune corruption. » Et plus bas : « Ce pseudo apôtre fut enflé d’une telle insolence que non seulement il méprisa ceux qui lui faisaient des reproches, mais les livra au tyran des romains comme hérétiques et perturbateurs de l’Église. » Voici comment ils parlent de l’apôtre de la Germanie, dont les auteurs contemporains font le plus grand éloge.

Ensuite (à la centurie 9, chapitre 2, colonne 15), ils reconnaissent que ce sont les moines de Corbeienses qui ont converti les Vandales, et à la colonne 18, ils admettent que les bulgares, les slaves, les polonais, les danois et les moraves ont été convertis par les pontifes romains auxquels ils se sont soumis. C’est donc par des papistes qu’ils ont été convertis. De même (dans la centurie 11, chapitre 2, colonne 19,) ils enseignent que plusieurs rois et des peuples ont été convertis à la foi par l’opération d’Henri 1, et du bohémien Adalbert, et de saint Méthode, l’archiprêtre des moraves. Qu’ils aient été des papistes, les centuriates ne peuvent pas le nier, puisque ces convertis étaient soumis à l’évêque de Rome. Ensuite ( à la centurie 11, chapitre 2, colonne 27, ils enseignent que c’est en ce siècle que les Hongrois ont été convertis en grande partie, et que c’est le roi des hongrois Étienne, récemment converti, qui a demandé leur confirmation. Après ce temps, ne manquèrent pas, même dans l’église catholique, de semblables conversions. Le pape Adrien 1V, avant son pontificat, a été envoyé par le pape Eugène, pour convertir la Norvège à la foi, comme Platina et d’autres le rapportent, ainsi que les centuriates, dans la centurie 12 qui a été éditée en même temps que la treizième, dit-on. Mais je ne l’ai pas vu. Par le seul saint Vincent, de l’ordre des prédicateurs, on a calculé qu’il a converti à la foi 25000 personnes, y compris des Juifs et des Sarrasins, comme l’écrit saint Antonin (partie 3, 23, chapitre 8, verset 4) qui vécut à la même époque.

De plus, en notre siècle, dans une nouvelle ville, plusieurs milliers de Gentils sont devenus chrétiens. À chaque année, sont convertis et baptisés à Rome des Juifs par des chrétiens rattachés au pape. Et il ne manque pas de gens qui en Turquie ou à Rome sont convertis par des catholiques. Les luthériens en ont converti un ou l’autre. Mais ils sont loin de ressembler aux apôtres et aux évangélistes; et, en Germanie elle-même, ils ont plusieurs Juifs, et en Pologne et Hongrie, des Turcs tout proches. Saint Augustin (livre 13, chapitre 12, contre Faust) a raison de comparer les hérétiques à des perdrix qui recueillent des poussins qu’elles n’ont pas couvés. L’Église, au contraire, est, comme la colombe, d’une très grande fécondité, puisque, à chaque jour, elle fait éclore de nouveaux poussins.

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