Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 107)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE 13

La dixième note

La dixième note est la sainteté de vie de nos auteurs, ou des premiers pères de notre religion. La vraie église n’a pas seulement une doctrine sainte et efficace, mais des docteurs saints et célèbres par la gloire des signes et des miracles. Parlons d’abord de la probité, puis des miracles. Si quelqu’un considère les maîtres de l’Église catholique, les patriarches et les prophètes, ensuite les apôtres, ainsi que les docteurs qui ont lutté contre chacune des hérésies, ensuite les fondateurs des ordres religieux, il trouvera que tous étaient si chastes, si pieux, si saints, si sobres, que les adversaires n’ont rien d’autre à leur reprocher qu’une trop grande sainteté, comme le dit saint Augustin des moines de son temps (livre sur les mœurs de l’église, chapitre 31, et le livre 2 sur les docteurs catholiques, contre Julien). Voici ce qu’il dit : « Ceux-ci sont des évêques, des pasteurs instruits, graves, saints, ardents défenseurs de la vérité, qui sucèrent la foi catholique avec le lait, et qui distribuèrent magnifiquement la nourriture aux petits. Après les apôtres, c’est par de tels planteurs, laboureurs, constructeurs, pasteurs et nourriciers que l’Église a cru. » Ajoutons que saint Bernard, saint Dominique, saint François ont été reconnu comme saints par Luther (livre de la captivité babylonienne, chapitre 2), par Philippe dans son apologie (articles 5 et 17), et par d’autres hérétiques.

Or, les docteurs des païens furent ou des poètes légers ou des philosophes superbes. Les uns et les autres étaient impurs, car les principaux savants grecs furent impurs outre mesure. À un point tel que même les leurs les considéraient comme infâmes, surtout à cause des vices contre nature, comme en témoignent Atheneus (livrfe 13, chapitre 27), et, parmi les nôtres, Theodoret (livre des lois), et même aussi saint Paul (Romains 1). À Mahomet rien ne pouvait sembler trop incontinent, car, il dit lui-même dans le coran (c.43) qu’il avait reçu de Dieu, comme privilège spécial, de s’unir à toutes les femmes qu’il aimait, même à celles qui étaient consanguines (même ses nièces). Des hérésiarques, on peut dire beaucoup de choses. Mais, le vice principal qu’ils ont en commun est l’orgueil. Saint Augustin (livre des pasteurs, chapitre 8) : « Provenant de différents endroits, ils sont tous différents, mais une mère les a tous engendrés, l’orgueil, comme notre mère catholique a enfanté tous les fidèles chrétiens disséminés partout sur le globe. » En effet, aucune hérésie n’arrive intentionnellement, ou après avoir été recherchée pour elle-même, mais fortuitement, malencontreusement, comme on pense que les monstres ont été engendrés.

Au sujet de Theobute, le premier de tous les hérétiques, Égésippe écrit ceci, d’après Eusèbe (livre 4, chapitre 22) : « L’Église était alors appelé vierge, parce qu’elle n’avait pas encore été corrompue par une parole adultère. Mais un certain Theobute, parce qu’il mérita d’être éloigné de l’épiscopat, commença à tout troubler, et à tout corrompre. » Après lui a été Simon le magicien (actes 8). Ayant par ambition, convoité l’épiscopat, il a voulu l’acheter avec de l’argent. Et quand il fut exclu de l’église, il conçut une hérésie nouvelle, afin que celui qui ne pouvait pas dans l’église exercer l’autorité, le fasse du moins à l’extérieur. Après Simon, est venu Valentin.

Tertulien (dans son livre contre les valentiniens, non loin de la fin) parle ainsi : « Valentin espérait obtenir l’épiscopat, parce qu’il était d’une grande intelligence et d’une grande éloquence. Indigné outre mesure parce qu’un autre avait été choisi en vertu de la prérogative du martyre, il rejeta la règle authentique de l’église, comme ont coutume de faire pour se venger ceux qui ont la passion du pouvoir. » Parlons donc maintenant de Marcion. Voici ce que rapporte de lui Épiphane (hérésie 42 au début) : « Dévoré par la jalousie, parce qu’il n’obtint pas la présidence et le premier rang, il s’inventa une église. » Et plus bas : « Troublé par l’envie, rempli d’indignation et de superbe, il fit scission, se fabriquant une hérésie en disant : je séparerai en deux votre église, et j’y mettrai une fissure perpétuelle. En vérité, ce n’est pas une petite fissure qu’il pratiqua, mais ce n’est pas l’église qu’il coupa en deux, mais c’est lui-même qu’il sépara d’elle, lui et ceux qui lui ont obéi. »

Au sujet de Montan, Theodoret écrit ceci (livre 3 sur les fables hérétiques) : « Mu par l’ambition, par le désir d’obtenir la première place, il s’appela lui-même Paraclet. » Il écrit la même chose au sujet de Novatien, (en citant la lettre de Corneille à Fabius, livre 6, chapitre 36 de son histoire) : « C’est par le désir qu’il avait de l’épiscopat, qu’il couvait à l’intérieur de lui, qu’il prit cette décision. » « Sabellius, selon Épiphane (hérésie 57) rêva d’un plus grand faste, délira au point de dire qu’il était Moïse, et Arius, son frère Aaron. » Et voici ce que rapporte de lui Théodoret (livre 4 des fables hérétiques, au début) : « Quand ils était compté parmi les prêtres de l’église d’Alexandrie, et qu’il vit le grand Alexandre assis sur la chaire pontificale, il fut percé par le glaive de l’envie. Et quand il chercha un sujet pour entrer en compétition avec lui, il trouva une occasion dans l’impiété des dogmes. » Au sujet de l’hérésie des semi-ariens, Épiphane parle ainsi (hérésie 37) : « Ils entrèrent en conflit les uns avec les autres, eux et leurs adeptes. Poussés par la haine et la jalousie, ils se firent la guerre, luttant pour la première place. » Au sujet de Aetius, le même Épiphane dit (hérésie 75)

: « Quand Eustache parvint à l’épiscopat, qu’Aetius convoitait grandement, sans pouvoir l’obtenir, c’est alors que commença la rivalité. » Dans son livre 4 sur les fables hérétiques, Thedoret écrit que Nestor employait la majeure partie de son temps à faire la cour au peuple, avec un habit en lambeaux, une pâleur simulée, des paroles étudiées, jusqu’enfin il parvienne à l’épiscopat. Au sujet de l’hérésiarque Sabbatius, Socrate écrit (livre 5, chapitre 20 de son histoire) : « Il brulait du désir d’obtenir l’épiscopat. »

De la même façon, les sectes de notre époque sont nées de l’ambition, de l’orgueil, de l’envie, et de la haine. Cela, les adversaires ne peuvent pas le nier, car le début de toutes les hérésies de ce temps a été l’envie et l’ambition de Luther, supportant mal que la prédication des indulgences ait été transférée des moines de son ordre à ceux de saint Dominique, comme l’écrit Jean Cochlaeus dans les actes de Luther, en l’année 1517. Voilà pourquoi, dans le premier débat qui eut lieu à Lipsis, entre Luther et Eck, Luther s’exclama : « Cette cause n’a pas été commencée à cause de Dieu, et elle ne finira pas à cause de Dieu. » De même, dans l’épitre aux Argentins, il dit qu’il nierait volontiers que le corps du Christ n’est pas présent dans l’eucharistie, si les Écritures n’étaient pas si claires, car, par ce moyen, il paraitrait incommoder grandement la papauté. De même, dans son livre contre le roi d’Angleterre, il s’élève à un tel degré d’orgueil qu’il dit que les rois, les princes et les pontifes ne sont pas dignes de délier les lacets de ses chaussures; et que c’est ainsi qu’il sera, qu’on le veuille ou pas. Il disait aussi qu’il compte pour rien mille Augustins et mille Cypriens. Et, dans le livre de la messe angulaire, pour montrer que son père est celui qui est roi sur tous les fils d’orgueil, il dit avoir appris du diable que la messe était une chose mauvaise, et que, convaincu par les raison du diable, il avait aboli la messe. De plus, l’arrogance de Luther fut telle que les siens eux-mêmes ne pouvaient pas la tolérer. Car, voici ce qu’écrit de lui Conrad Cesnerus dans sa bibliothèque universelle : « On ne peut pas dissimuler que Luther un homme violent, emporté, impatient, et qui ne pouvait supporter que ceux qui acceptaient tout ce qu’il disait. » Et plus bas : « Le seigneur pourvut à ce qu’il ne fasse pas de tort par la violence et l’impudence de sa bouche à son église qu’il avait si heureusement promue autrefois.. »

En réponse au livre que Luther avait écrit contre Zwingli, les ministres de Turinge écrivent : « Les prophètes et les apôtres recherchaient la gloire de Dieu, non leur honneur propre, non leur opiniâtreté, non leur orgueil. Luther recherche, lui, son intérêt, il a la tête enflée, et est d’une insolence extrême. Dans ses réprimandes, on remarque plus l’action d’un malin esprit que celle d’un ami ou d’un père. » Les disciples de Luther sont semblables à lui. Si de tous leurs livres on enlevait les vantardises, les mensonges, les menaces, les malédictions, on ferait de gros volumes de petits libelles.

En ce qui a trait au peuple, il y a, il est vrai, dans l’église catholique, plusieurs mauvais chrétiens, mais, parmi les hérétiques, aucun n’est bon. La chose est bien connue de ceux qui connaissent les mœurs des uns et des autres, et il ne faut pas mépriser ce témoignage de Luther que lui a arraché la vérité (une note sur l’évangile du premier dimanche de l’avent)) : « Le monde empire de jour en jour. Les hommes sont maintenant plus désireux de vengeance, plus avares, plus éloignés de toute forme de miséricorde, plus immodestes, plus indisciplinés, beaucoup plus mauvais qu’ils n’étaient sous le pape. » Ce témoignage est vrai. N’est pas différent le témoignage de Jacques André Smidelin, (dans le sermon 4 sur le chapitre 21 de Luc. On trouve une partie de ce discours dans un livre de Canisius, livre 1, chapitre 4, sur les corruptions de la parole de Dieu). Voici comment parle de ses coreligionnaires luthériens Smidelus : « Pour que le monde entier sache qu’ils ne sont pas papistes, et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans les bonnes œuvres, ils ne pratiquent absolument aucune de ces œuvres. Ils boivent nuit et jour, au lieu de faire du bien aux pauvres. Ils tournent les promesses en jurements et en blasphèmes, et en exécrations du nom divin, et cela à un point tel que le Christ n’est pas autant blasphémé par les Turcs que par eux. Au lieu de l’humilité, règne la superbe, l’orgueil. Et ils disent que ce genre de vie a été institué par l’évangile. »

Ajoutons le troisième témoignage d’Érasme, qui les connaissait bien, et qui ne semblait pas avoir tellement horreur de leur doctrine. Voici ce qu’il écrit à Vulturius Neocomus, en 1529 : « Examine le peuple évangélique, et observe s’il s’adonne moins au luxe, à la luxure, à l’argent, que ne font ceux que vous détestez. Montre-moi celui que cet évangile a, de bambocheur, fait un sobre, de féroce, un doux, de rapace, un libéral, de maudit, un béni, d’un impudique un chaste. Mais moi je peux t’en montrer plusieurs qui sont devenus pires. » Et regardez, si le cœur vous en dit, la préface du livre de Jean Cochlaeus sur les actes et les écrits de Martin Luther.

CHAPITRE 14

2018 03 03 fin

2018 03 07 19h34 début

CHAPITRE 14

La onzième note

La onzième note est la gloire des miracles. Il faut donner deux explications préalables. La première. Les miracles sont nécessaires pour la prédication d’une foi nouvelle, ou pour une mission extraordinaire. La deuxième. Ils sont efficaces et suffisants. Nous déduisons de la première remarque que la vraie église n’existe pas chez les adversaires; et de la deuxième, qu’elle est chez nous.

Que les miracles sont nécessaires, nous le prouvons d’abord par l’Écriture (Exode 4). Quand Moïse a été envoyé au peuple par Dieu, il a dit : « Ils ne me croiront pas, et ils n’écouteront pas ma parole. » Dieu n’a pas répondu qu’ils doivent croire, qu’ils le veuillent ou non, mais il lui a donné le pouvoir de faire des miracles, en lui disant : « Pour qu’ils croient que le Seigneur t’a apparu. » Et par le nouveau testament (Matt 10) : « En chemin, prêchez en disant que le royaume de Dieu est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, et chassez les démons ! » Et en Jean 15 : « Si je n’avais pas fait, parmi eux, des œuvres que personne n’a faites, ils n’auraient pas de péché. »

De plus, celui qui est envoyé doit montrer son mandat par le sceau de celui qui l’a envoyé. Autrement, personne n’est tenu de le recevoir. Car, quiconque est envoyé pour prêcher est envoyé par Dieu, soit par l’intermédiaire des prélats ordinaires, soit, exceptionnellement, par Dieu seul. Celui qui est envoyé par un prélat ordinaire doit montrer un témoignage de ce prélat, c’est-à-dire des lettres qui portent son sceau. Celui qui est envoyé par Dieu seul doit montrer le sceau de Dieu, qui n’est autre que le miracle. Car, c’est ce qui est dit en Marc (fin) : « Étant partis, ils prêchèrent partout, le Seigneur coopérant et confirmant leurs paroles par de nombreux signes. » Et cela est tellement vrai que non seulement saint Augustin (livre 22, chapitre 4 de la cité de Dieu) enseigne que les miracles ont été nécessaires pour que le monde croie, mais même un Philippe Mélanchton l’admet. Car, (au chapitre 3 de Matth) il dit que, quand sont grandes les ténèbres, Dieu appelle de nouveaux docteurs, et ajoute toujours des miracles pour que nous soyons surs qu’ils ont été envoyés par Dieu.

Et au sujet de la deuxième, à savoir que les miracles sont un témoignage suffisant, et que là où sont des miracles, là est la vraie foi, il est facile de le prouver. Les miracles, en effet, ne peuvent pas se produire sans l’intervention de Dieu, car un miracle est ce qui surpasse les forces humaines. Voilà pourquoi il est admirable pour toutes les créatures. Et voilà pourquoi aussi on les appelle, dans l’Écriture, des témoignages de Dieu, comme nous l’avons vu plus haut. En conséquence, ce qui est confirmé par un miracle est confirmé par un témoignage de Dieu. Et comme Dieu ne peut pas être le témoin d’un mensonge, ce qui est confirmé par un miracle est nécessairement vrai. On ne peut pas objecter que les vrais miracles ne servent pas toujours à confirmer la foi, mais à illustrer la vie des saints, car quand des miracles se font pour démontrer la gloire de tel saint, ces miracles montrent que cet homme est saint. Et comme personne n’est saint sans la vraie foi, (parce que « mon juste vit de la foi, Hebr 10 »), ces miracles montrent et confirment la vraie foi.

Après avoir posé ces bases, il sera facile montrer que chez les païens, les turcs, les juifs et les hérétiques, la vraie foi n’est pas présente, car il n’y a, chez eux, aucun vrai miracle. Et pourtant ils enseignent tous une nouvelle doctrine et ne sont pas envoyés par les évêques ordinaires. Chez les païens, on nous parle de phénomènes de peu d’importance, du genre de ceux que rapporte Valère Maximus (libre 8) : des statues et des animaux qui parlent, la vierge vestale, de l’eau puisée avec un crible, des augures, des prophéties. Il est facile de démontrer que toutes ces choses proviennent de démons. C’est ce qu’ont fait Tertullien (dans son apologie, chapitres 22 et 23), et saint Augustin ( livre 10, chapitre 16 de la cité de Dieu).

Au sujet des Juifs, il est connu que, après l’avènement du Seigneur, ils n’ont eu aucun miracle; et que celui de la piscine probatique, qui continuait pendant la prédication du Christ, a cessé après. Au sujet des mahométans, saint Jean Damascène atteste (dans son livre sur les cents hérésies, vers la fin) que Mahomet n’a pu prouver sa loi par aucun miracle. Et, dans le Coran, il reconnait qu’au Christ a été donné des miracles, à lui un glaive. Cependant, au chapitre 64, il dit qu’il a seulement fait un miracle dans la lune, sans donner plus d’explications. Les commentateurs disent que la lune était autrefois divisée en deux parties, que Mahomet l’a prise dans ses mains, l’a réparée et l’a replacée dans le ciel. Mais Mahomet est le seul à avoir vu ce miracle.

Au sujet des faux prophètes, il n’est pas moins certain qu’après avoir tenté plusieurs fois de faire des miracles, ils ont toujours été déboutés de leur espérance. L’histoire des prophètes de Baal est bien connue. Ils voulaient, par l’évocation de Baal, faire descendre le feu du ciel, mais échouèrent lamentablement. Elie, lui, put le faire par la seule invocation de Dieu (livre 3, chapitre 18 des rois). Semblablement, Simon le magicien mordit la poussière quand il tenta de ressusciter un mort, et de voler dans les airs. Rien ne lui réussit, comme le rapporte Egésippe (livre 3, chapitre 2, de la destruction de Jérusalem). Epiphane (hérésie 66) raconte que Manès a essayé en vain de guérir la fille malade d’un roi. Grégoire de Tours (livre 2, chapitre 3 de son histoire des francs) écrit que le patriarche des ariens Cyrola avait rendu aveugle un misérable qui feignait de l’être, et qui lui demandait de l’aide. Jean Cassien raconte (conférence 15, chapitre 3) qu’un eunomien a été vaincu par Macaire dans une compétition publique sur la résurrection d’un mort. Et les actes du sixième synode (action 15) attestent que le monothélite Polychronius a tenté en vain de ressusciter un mort.

Les donatistes ont fait un miracle contre eux quand ils ont projeté sur la pierre l’ampoule du saint chrême, car un ange l’a soutenue de sa main, et l’a empêchée de se casser; et ceux qui voulaient jeter l’eucharistie aux chiens, ont été dépecés par ces mêmes chiens. C’est ce que raconte Optatus (dans son livre contre Parminien). Theodore raconte dans son livre des sermons 1 que l’eutychien Timothée Aelurus allait souvent, pendant la nuit, dans les cellules des moins, vêtu de noir, en leur disant qu’il était un ange envoyé par Dieu, pour leur faire comprendre qu’ils ne devaient pas communier avec Proterius (qui était un saint homme, et l’évêque catholique d’ Alexandrie), mais avec Timothée Aelurus.

Le diacre Paul écrit (dans son livre sur les choses romaines) qu’un iconoclaste était entré dans un sépulcre, et qu’il fit de là fit un éloge dithyrambique de l’iconoclaste Constantin, pour confirmer leur hérésie par les témoignages des morts.

On constate la même chose chez les hérétiques de notre époque. Luther tenta deux fois d’abord de faire un miracle. Il essaya une fois, de chasser le démon d’une de ses disciples, mais il fut très prêt d’être tué par le démon. Voir le témoignage de Staphylus qui fut présent à la tentative d’exorcisme. De plus, comme l’écrit Jean Cochlaeus (dans les actes de Luther, 1523), il essaya en vain de rappeler miraculeusement à la vie par ses prières Nesenus qui s’était malheureusement noyé à Albe. Même si, pendant sa vie, il ne parvint à faire aucun miracle, mais après sa mort il brilla d’un grand miracle. On transporta son cadavre en plein hiver, et, à cette époque, on conservait les corps morts pendant plusieurs jours. Il était dans un cercueil hermétiquement fermé, en attendant qu’on l’enterre à Wittemberg. Or, en dépit de la froide température , il se mit à dégager une odeur si infecte et si repoussante que personne ne pouvait la supporter. On fut donc forcé de laisser le corps en chemin. Voir l’histoire de la mort de Luther, qu’on a coutume d’annexer au livre de Cochlaeus sur la vie et les actes de Martin Luther. Félicien Ninguarda rapporte un autre miracle dans le livre contre Anne Burgensen, ainsi que Lindanus dans Indubidantio, et Alanus coopus (livre 6 des dialogues de ce même ministre).

Ce ministre, en l’an 1558, à la frontière de la Pologne et de la Hongrie, voulait ressusciter un homme du nom de Matthieu qu’il avait persuadé de feindre la mort. Et il mourut pour vrai.

Au sujet de Calvin, Jérôme Bolseco raconte la même chose, mais d’une façon plus détaillée, dans la vie de Calvin (chapitre 13). Il me plait d’en citer quelques lignes : « Je ne dois pas laisser de côté cette arnaque, ce tour sinistre qu’il joua à quelqu’un qui s’appelait Bruleus, originaire d’Ostie. Calvin avait projeté de ressusciter un mort, pour s’attribuer le nom de saint, de prophète du Dieu glorieux, et de thaumaturge. En voici donc le récit. Bruleus avait émigré d’Ostie à Genève. Comme il était pauvre, lui et sa femme, il escomptait, grâce à Calvin, de devenir bénéficiaire de la quête faite pour les pauvres. Calvin leur promit charitablement des subsides s’ils ne cherchaient pas à s’opposer à un projet qui lui tenait à cœur, et qu’il voulait réaliser par leur intermédiaire. C’était, disait-il, un travail qui demandait de la foi et une grande discrétion. Ils s’offrirent à lui, et dirent qu’ils étaient prêts à faire ce qu’il attendait d’eux. Et comme Calvin le lui avait demandé, le pauvre simula la maladie. Calvin lui apprit alors à simuler aussi la mort. Les ministres dans leurs sermons, demandèrent au peuple de l’aider par leurs prières, et par leurs aumônes, de venir en aide à la pauvreté. Peu de temps après, il revêt la personne du mort, c’est-à-dire qu’il feint la mort.

Calvin en fut averti secrètement. Entouré d’une grande troupe d’admirateurs, il alla donc marcher par là, comme s’il était ignorant de tout. Quand il arriva là où retentissaient des cris, les hurlements de l’épouse, qui la montraient si misérable et si désolée, il chercha à savoir ce qui se passait. On le supplia, alors, d’entrer dans la maison. Il se jeta aussitôt à genoux, lui et toute sa troupe, et récitant des prières à haute voix, il suppliait Dieu de montrer sa puissance en restituant la vie au mort; de déclarer ainsi sa gloire à tout le peuple, et de manifester par là qu’il était, lui, son serviteur tout particulier et agréé, vraiment et particulièrement appelé par lui à la réforme de son ministère évangélique et de l’église. Après ces prières, il s’approcha du mort, et, ayant saisi une main du pauvre homme, il lui commande au nom du Seigneur de se lever. Il le répète encore plusieurs fois à voix basse ou à tue tête. Que se passe-t-il donc ? Le mort n’entend rien, ne dit rien, et ne bouge pas. Car, par le juste jugement de Dieu, qui déteste les hypocrites et les menteurs, celui qui feignait d’être mort fut trouvé vraiment mort. Et la femme, même si elle le secouait, même si elle lui criait dans les oreilles, ne put obtenir ni de se faire entendre ni de le faire bouger. Il était entièrement froid et raide. S’étant rendu compte de ce qui se passait, la femme se mit à avaler ses pleurs et ses cris, et à invectiver Calvin, le traitant d’imposteur, de sicaire, de larron, de meurtrier de son mari. Et elle raconta à haute voix, depuis le tout début, comment tout s’était passé. » Et plus bas : « Que les disciples de Calvin nient cela tant qu’ils le voudront. C’est une histoire bien connue et démontrée, et confirmée par l’épouse elle-même. »

Nous pouvons donc leur opposer ce que dit Tertullien dans son livre de la prescription : « S’ils prêchent un autre Dieu, pourquoi se servent-ils des choses et des lettres de celui contre qui ils prêchent ? Peut-il être en même temps le même et un autre ? Ou qu’ils prouvent donc qu’ils sont de nouveaux apôtres. Qu’ils disent que le Christ est de nouveau descendu, qu’il leur a donné le pouvoir d’opérer les mêmes signes. Je serais prêt à proclamer leurs vertus, si je ne comprenais pas que leur plus grande vertu est celle de se faire les émules des apôtres à rebours. Car les apôtres ressuscitaient des mors, tandis qu’eux apportent la mort aux vivants. »

Calvin répond dans sa préface que nous leur faisons injure quand nous exigeons d’eux des miracles, puisque la doctrine qu’ils prêchent a été confirmée par les nombreux miracles des apôtres et par les martyrs. Mais c’est le contraire qui est vrai.

Nous avons montré plus haut que leur doctrine était nouvelle, qu’elle était en lutte avec toute l’antiquité. Il est donc avéré qu’ils enseignent autrement que les pasteurs ordinaires de l‘église; qu’ils n’ont pas été envoyés par les pasteurs ordinaires de l’église; que nous ne sommes pas tenus à les recevoir, et que nous ne pouvons le faire en toute sureté que s’ils prouvent leur mission et leur apostolat par un témoignage divin. Calvin répond que saint Jean Baptiste fut un envoyé extraordinaire, mais qu’il n’a fit aucun signe (Jean 10). Je réponds que même si saint Jean n’a pas fait de miracles, Dieu en a fait en lui de nombreux et de grands. D’abord qu’il soit né d’une mère âgée et stérile; ensuite, que sont père soit devenu muet, et qu’il ait retrouvé sa voix à la naissance de son fils. Qu’il ait exulté dans le sein de sa mère, qu’il soit allé vivre dans le désert quand il était encore enfant (Luc 1). Ensuite, Jean était fils de prêtre, et donc prêtre lui-même, et ministre ordinaire. De plus, il n’enseigna rien contre la doctrine commune, et ne s’est séparé ni des prêtres ni du peuple. Et bien que les pharisiens et les princes le haïssaient parce qu’il prêchait le Christ, quand le Christ (Matt 21) leur demanda ce qu’ils pensaient du Baptiste, ils n’ont pas osé le réprouver. Enfin, au livre 18 de l’antiquité, Joseph atteste que Jean le baptiste a été considéré par les Juifs comme un homme important, en raison de sa justice et de son honnêteté. C’est donc un mensonge ce que disent les centuriates (centurie 1, livre 1, chapitre 10, colonne 363) : « que les prêtres et les pharisiens ont tenu Jean le baptiste comme un hérétique. »

Venons-en maintenant à l’autre partie, et démontrons que notre église est la vraie église par les miracles attestés qu’elle a eus en grand nombre, à chaque siècle. Pour les onze premiers siècles, la chose est claire, selon les magdebourgeois eux-mêmes. Car, dans chacun de ces siècles, au chapitre 13, ils annotent les miracles rapportés par les auteurs contemporains. Et, dans chacun de ces siècles, ils trouvent plusieurs miracles qui confirment des dogmes, comme celui de la confession sacramentelle, des reliques, des images, de l’eucharistie, du pontificat, du monachisme, de l’invocation des saints, de la résurrection etc. Ce sont eux-mêmes qui les rapportent soigneusement, et même si, après, ils disent que ce sont là des illusions des démons, de faux récits, ils n’apportent aucune preuve pour appuyer leurs dires, si ce n’est qu’ils s’opposent à l’évangile de Luther.

Il nous semble profitable de raconter brièvement comment, pendant tous les siècles, l’église brilla par ses miracles, pour que nous comprenions que la vraie église est celle qui est semblable à l’ancienne, c’est-à-dire celle dans laquelle dure ce don. Dans le premier siècle, nous avons les miracles du Christ, et des apôtres dans les évangiles et les actes. Dans le deuxième siècle, nous avons les miracles de l’armée de Marc Antonin, dont parlent Tertullien (dans le livre sur le scapulaire, et dans son apologie, chapitre 5), Eusèbe (livre 5, chapitre 5 de son histoire), et Orosius (livre 7, chapitre 15 de son histoire), et la lettre elle-même de l’empereur annexée aux œuvres de saint Justin. Au troisième siècle, nous avons les miracles de saint Grégoire le thaumaturge, dont parlent saint Basile (dans son livre sur le saint esprit, chapitre 29, saint Grégoire de Nysse, dans sa vie, saint Jérôme (dans les hommes illustres) et dans la version d’Eusèbe faite par Ruffin (livre 7, chapitre 25). Au quatrième siècle, nous avons les miracles de saint Antoine, de saint Hilarion, de saint Martin, de saint Nicolas et d’autres, racontés par saint Athanase, saint Jérôme, saint Sulpice, et d’autres. Dans le cinquième, nous en avons un grand nombre que rapporte saint Augustin au livre 12, et au chapitre 8 de la cité de Dieu. Au sixième, nous avons les miracles que raconte saint Grégoire dans ses dialogues, dont deux faits par des papes, Jean et Agapet (livre 3, chapitres 2 et 3).

Au septième, nous avons les miracles faits en Angleterre par saint Augustin et ses compagnons, dont parlent Grégoire de Tours et Bède le vénérable (livre 1, chapitre 31 de son histoire). Et par le roi Oswald, le roi de la croix (livre 3, chapitre 2). Dans le huitième, les miracles de saint Cuthberg et de saint Jean en Angleterre, au témoignage de Bède le vénérable (livres 4 e 5 de son histoire.) Au neuvième, les miracles de Tharasius, écrits par Ignace de Nicée. Ensuite une quantité innombrable de miracles de toutes sortes faits dans la cité de suessionsis lors de la translation des reliques de saint Sébastien martyr, qui a été faite en l’année du Seigneur 826, dont parlent les annales des Francs écrits par un auteur digne de foi, qui vécut à cette époque. Dans le dixième siècle, nous avons les miracles de saint Romuald, écrits par Pierre Damien, ainsi que ceux du roi des bohémiens Wenceslas, de saint Uldaric et de saint Dunstan, selon Surius. Nous avons, au onzième siècle, les miracles du roi saint Édouard, et de la sainte Vierge, de saint Anselme, du pape Grégoire V11, et d’autres. Au douzième siècle, l’église catholique brilla par les miracles de saint Bernard, et de saint Malachie. De saint Malachie, légat du pontife romain, saint Bernard parle ainsi, dans sa vie : « Par quelle sorte de miracles des anciens Malachie n’a-t-il pas brillé ? Si nous y regardons de plus près, les prophéties, les révélations ne manquèrent pas, ni la grâce des guérisons, ni le changement des cœurs, ni même la résurrection des morts ».

Le saint moine Bernard lui-même, et père de moines, et très ferme soutien des papes, s’est rendu célèbre par plus de miracles que n’en ont faits les autres saints dont la vie est racontée par écrit. Car, on rapporte qu’un jour, dans le diocèse de Constance, il a rendu la vue à onze aveugles, a guéri dix manchots, dix-huit boiteux. C’est ce qu’a écrit Gotfritd qui a vécu avec lui au livre 4, chapitre 4 de sa vie. Il est impossible de les énumérer tous, car ses cinq livres en sons pleins. Au treizième siècle, il y a plus plusieurs grands saints dans l’église catholique, mais surtout saint François d’Assise, dont la vie a été remplie de miracles, selon le témoignage de saint Bonaventure. Saint Dominique, dont la vie n’est pas parfaitement racontée, a quand même ressuscité trois morts. Furent célèbres aussi, pendant ce siècle, pour leurs miracles Pierre le martyr, saint Thomas de l’ordre des prêcheurs, saint Bonaventure de l’ordre des mineurs, d’après saint Antonin (troisième partie, chapitres 23 et 24 de son histoire). À la fin de ce siècle, a été connu aussi pour ses miracles saint Célestin V, autant avant son pontificat qu’après, selon le cardinal Pierre qui écrivit sa vie.

Au quatorzième siècle, s’illustrèrent par de nombreux miracles saint Bernardin, Catherine de Sienne, Nicolas de Tolentino, dont a parlé le même Antonin. Au quinzième siècle, saint Vincent Ferrier a fait sur les vivants et les morts de nombreux miracles. Saint Antonin précise même qu’il a ressuscité 38 morts (part 3, tit 23 de son histoire). Ce même Antonin a été connu pour ses miracles, qu’a racontés Surius. Dans notre siècle, ont fait de nombreux miracles saint François de Paule, (bulle de canonisation par Léon X), saint François Xavier, prêtre de la société de Jésus. On apprend par les lettre que ses compagnons d’apostolat ont écrites qu’il a guéri des paralytiques, des sourds, des muets et des aveugles, et qu’il aussi rappelé à la vie un mort. Et quand, après sa mort, on transportait son cadavre de Malacca à l’île Goam, une tempête s’est déchainée, et, quinze mois après, son corps a été trouvé, intègre, dégageant une suave odeur. Et on a toutes les raisons de penser que, jusqu’à ce jour, son corps s’est conservé intact et intègre.

Que l’on compare tout cela avec la vie et la mort de Luther. Sa vie. Luther a abandonné son monastère, a pris femme après avoir fait vœu de continence perpétuelle, a déclaré la guerre au pape. François, après être entré dans un ordre religieux, a conservé soigneusement son vœu de chasteté, et s’est lié au pape par un voeu spécial d’obéissance. Le pape l’envoie au bout du monde, et il y va. Il est certain que ces deux là ont suivi des chemins différents, et il faut que l’en des deux soit sorti de la voie droite. Qui pourra être un meilleur juge que Dieu, qui scrute les reins et les cœurs ? Comment Dieu pouvait-il plus clairement exprimer son jugement qu’en attribuant à l’un un don singulier de miracles, et en conservant son corps sans corruption, tandis que l’autre ne pouvait même pas ressusciter une mouche, et que son corps a commencé rapidement à se putréfier. Et c’est en hiver, quand tout était congelé, que son corps dégageait une telle puanteur que nul ne pouvait la supporter ! C’est avec raison que saint Augustin (dans son livre sur l’utilité de croire, chapitre 17, et dans celui sur le fondement, chapitre 4) déclare qu « ’il faut se sentir lié par les chaines des miracles ». Et Richard de Saint Victor (dans son livre 1, chapitre 2 sur la trinité), ose dire : « Seigneur, s’il y a une erreur dans ce que nous croyons, c’est par toi que nous avons été trompés. Car cela a été confirmé par des signes et des prodiges qui ne pouvaient avoir été faits que par toi. »

Mais Calvin répond dans sa préface des institutions, et les magdebourgeois dans chacune de leurs centuries, que les miracles des saints sont fictifs ou imaginaires. C'est-à-dire que les choses ne se sont pas vraiment passées ainsi, mais que les historiens en ont fait une fausse narration; et que, dans les cas où les choses se seraient déroulés comme ils les racontent, c’était l’œuvre du démon. Les magdebourgeois (centurie 5, chapitre 10, colonne 1393) disent que s’ils sont vrais les miracles de saint Martin rapportés par Sulpice Sévère, Martin a été un nécromancien. Or, ceux qui disent que ces miracles ont été fictifs, ne font que l’affirmer sans apporter aucune preuve. Ils s’efforcent de prouver que ces pseudo miracles étaient l’œuvre du démon en affirmant que les vrais miracles confirment l’évangile, tandis que ces faux miracles confirment l’idolâtrie, le culte des reliques et des images, l’invocation des saints, le sacrifice eucharistique, et autres choses semblables. Ils ajoutent, en second lieu, qu’on ne peut pas tirer des miracles, d’argument solide pour prouver la v raie foi, ce qu’ils démontrent par quatre arguments. Le premier, parce que l’antichrist fera des miracles et de grands prodiges, (Matt 24, Apocalypse 13, et 2 Thess 2).

Le second. Dans son traité 13 sur saint Jean, saint Augustin dit qu’on ne pourrait pas croire les donatistes même s’ils faisaient des miracles. Et, par mépris, il les appelle des « mirabiliaires ». Et, dans son livre sur l’unité de l’église (chapitre 16), après avoir dit qu’il ne faut pas croire aux miracles opérés par des donatistes, il ajoute qu’il ne faut pas croire non plus à ceux opérés par des catholiques : « Ceux qui sont tels dans l’église, on les approuve parce qu’ils sont dans l’église. On n’approuve pas l’église parce qu’ils sont en elles. » Le troisième. Les miracles qui se faisaient autrefois sur la tombe de Jérémie étaient faits par les démons, car ils étaient faits pour l’utilité de ceux qui rendaient un culte à Jérémie plutôt qu’à Dieu par des sacrifices et des honneurs divins. Le quatrième. Suétone raconte que l’empereur Vespasien a rendu la vue à un aveugle, la marche à un boiteux, à son retour. De même les centuriates (centurie 5, chapitre 13, colonne 1463) citent l’historien Socrate, livre 7, chapitre 17 de son histoire) qui rapporte un miracle de l’évêque novatien Paul. On ne peut pas, à cause de ces miracles, conclure que la religion que pratiquaient Vespasien et le novatien est vraie.

Nous répondrons à chacune de ces preuves. Le premier.

Je réponds que quand ils nient les miracles rapportés par les nôtres, ils agissent honteusement. Car, il est fou de croire plutôt à Calvin et à Illyricus se prononçant sur des choses anciennes, dont ils n’ont pas été témoins, qu’à saint Bernard, qu’à saint Bonaventure, ou saint Antonine, qui étaient des contemporains. De plus, comme saint Augustin répondit aux païens qui niaient les récits de nos miracles, (au livre 10, chapitre 18 de la cité de Dieu), que s’il est permis de nier sans raison ces faits miraculeux, la confiance dans tous les livres périra, et ce n’est pas seulement notre religion qu’on enlèvera, mais toutes les autres. Car tous ceux qui se considèrent comme dieux persuadent le monde de leur divinité, vraie ou fausse, par des œuvres merveilleuses. Le second. Quand ils parlent de prodiges du démon, je dis d’abord que c’est une ancienne calomnie, car c’est ainsi que les pharisiens et les scribes parlaient des miracles du Christ (Matt 12) et que les païens dénaturaient les miracles des martyrs, en les attribuant à des magiciens ou des nécromanciens. Les ariens, les eunomiens et les vigilantiens disaient la même chose des miracles des catholiques, comme l’attestent saint Ambroise (dans son sermon sur les saints Gervais et Protès), saint Jérôme (conre Vigilantius) et Victor (dans la livre 2 sur la persécution des vandales). Enfin, il n’y a aucune probabilité que saint Martin et saint François qui étaient des hommes très simples, aient utilisé l’art magique.

Mais ils disent que ces miracles renversent l’évangile. Je dis que c’est vrai, mais que l’évangile qu’ils renversent n’est pas celui du Christ, mais de Calvin. Qu’ils prouvent donc ce qu’ils affirment si effrontément ! Il ne sera pas plus difficile de réfuter les deniers arguments qui prouvent que les miracles ne font pas une foi certaine. Je réponds d’abord que les miracles de l’antichrist seront des mensonges, comme l’apôtre le dit (2 thess 2), c’est à-dire qu’ils ne seront pas réels, solides, mais purement apparents, tels qu’ils peuvent être faits par l’art du démon. C’est ce que nous montre l’apocalypse (chapitre 13). Comme un magicien, l’antichrist fera descendre de l’eau du ciel, parler des statues etc… Mais les miracles des saints portent sur des guérisons d’aveugles, de boiteux, de résurrection des morts, choses que ne peut faire que celui que célèbre le psaume 135 : « Qui est le seul à faire des choses admirables. » Je dis ensuite que les miracles faits par les donatistes que saint Augustin a méprisés n’étaient pas de vrais miracles, semblables à ceux que font les saints, mais des visions secrètes, sans témoin, dont on se vantait. Des visions du genre de celle qu’eut Zwingli qui, dans son livre intitulé « un soutien apporté à l’eucharistie », raconte avoir vu un esprit, sans pouvoir discerner s’il était blanc ou noir. C’est une vision semblable qui est rapportée dans le livre intitulé : querelle ou sommeil de Luther. On raconte, là, que Luther est apparu à quelques luthériens, le visage triste, se plaignant de ce que bientôt ses propres disciples allaient abandonner sa doctrine. Ce n’est donc pas sans raison que saint Augustin appelle ce genre de miracles des fables.

Que saint Augustin fasse le plus grand cas des vrais miracles, nous le montre la cité de dieu (livre 2, chapitre 8). Il oppose aux païens de grands miracles faits par les reliques des saints, surtout par celles du proto martyr Saint Étienne. À ce qu’a déclaré saint Augustin qu’on ne démontrait pas l’église par des miracles, mais par l’Écriture, je réponds qu’il dit exactement le contraire dans l’épitre du fondement : on démontre l’église par des miracles non par l’Écriture, parce que l’Écriture est démontrée par l’Église. Ce n’est pas qu’il se contredise, car dans les deux textes, il parlait en tenant compte de ce que les manichéens admettaient les miracles et niaient les Écritures. Car, ils disaient que l’ancien testament avait été corrompu par le diable, et le nouveau par des faussaires. Dans son livre contre l’épitre du fondement des manichéens, saint Augustin démontre l’Église par les miracles, et ensuite, par l’église, il démontre l’Écriture. Mais, comme les donatistes croyaient à l’Écriture, tant à celle de l’ancien que du nouveau testament, se vantaient de leurs visions, et méprisaient les miracles de l’Église, saint Augustin suivit un autre chemin contre les donatistes. Il démontre l’Église à partir de l’Écriture, et, ensuite c’est par l’Église qu’il veut juger des miracles.

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