Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 108)
Il est important d’observer qu’on démontre l’Église par les miracles, et les miracles par l’Église, mais par un genre de démonstration différent, comme on démontre l’effet par la cause, et la cause par l’effet. Car, avec les miracles on démontre l’église non selon l’évidence ou la certitude de la chose, mais selon une évidence et une certitude de crédibilité. Et la raison en est que, avant l’approbation de l’Église, il n’est ni évident ni certain d’une certitude de foi que tel miracle soit vrai. Mais il a tout ce qu’il faut pour rendre une chose évidemment crédible. Il ne s’agit pas d’une certitude de foi, car on n’est pas absolument sur qu’il ne soit pas faux, et produit par le démon. Car, le démon, même s’il ne peut pas faire de vrais miracles, est fort capable de faire apparaitre vrai ce qui ne l’est pas. Tu demanderas : pourquoi donc étaient-ils tenus de croire à la prédication du Christ ceux qui voyaient ses miracles ? Je répons en disant que l’homme ne peut pas se sauver sans croire au Christ. Ils sont donc tenus à accepter cette foi comme moyen nécessaire à leur salut. Dieu n’a pas voulu obliger les hommes à croire des choses incroyables, sans ce que ces choses ne deviennent crédibles par des miracles ou des raisons de croire similaires. Or, c’est l’église qui démontrer le miracle quant à la certitude de la chose, parce que quand l’Église déclare que tel miracle est un vrai miracle, nous sommes certains qu’il l’est vraiment.
Au troisième, je dis que c’est un mensonge de Calvin que les peuples ont rendu un culte à Jérémie par des sacrifices et des honneurs divins. Car, il ne présente aucun témoin de ce fait, en dehors ce que saint Jérôme a écrit en marge, dans sa préface à Jérémie. Du reste ni dans la préface de Jérémie traduite par saint Jérôme, ni dans les commentateurs de la préface de Jérémie, on ne trouve de mention de ce racontar. Nous a été conservée une autre préface dans les livres de Benoit, pourtant le nom de Jérémie, à laquelle Calvin semble se référer.
Mais, elle n’est pas de saint Jérôme, et on n’y fait aucune mention de sacrifices, d’honneurs divins, mais uniquement que des miracles se sont produits à son sépulcre. De plus, Épiphane et Isidore, dans la vie de Jérémie, parlent eux aussi des miracles qui y ont été faits, mais ils ne disent pas un mot sur des sacrifices ou des honneurs divins. Au quatrième, je réponds que ce n’est pas un vrai aveugle ni un vrai boiteux qui ont été guéris par Vespasien, car, comme l’écrit l’historien Tacite, quand on demanda aux médecins si c’étaient des maladies curables ou incurables, ils répondirent qu’elles étaient curables. Il n’est donc pas étonnant que le démon ait guéri des malades qui pouvaient recouvrer leurs santés naturellement. Ajoutons que, comme Tertullien l’enseigne dans l’apologétique, (chapitre 22) il est croyable que cette maladie ait été causée par le démon qui, pénétrant dans l’œil de l’un et la jambe de l’autre, empêchait l’usage normal des membres, afin de paraitre guérir ce qu’il cessait de paralyser.
Au dernier qui est celui du miracle du novatien, je réponds que ce miracle a été fait non pour confirmer la foi novatienne, mais le baptême catholique. Voici comment Socrate raconte la chose. Quand un certain imposteur Juif se rendit auprès de l’évêque novatien Paul pour être baptisé par lui, en se moquant intérieurement du baptême, l’eau des fonds baptismaux disparut subitement. Ce ne fut donc pas un miracle de l’erreur novatienne, mais du vrai baptême. On peut s’en rendre compte par ce que Socrate ajoute : on apprit, peu après, que ce Juif avait été baptisé dans le rite catholique par l’évêque de Constantinople Atticus. Donc, parce que Dieu ne voulait pas qu’on se moque d’un baptême validement reçu dans l’église catholique, il ne permit pas à l’imposteur Juif d’être baptisé une seconde fois.
CHAPITRE 15
La douzième note
La douzième note est la lumière des prophètes. Comme le Christ (Marc, à la fin) promit à l’église le don des miracles, de même, en Joël (comme l’explique saint Pierre, actes 2), il a promis le don de prophétie, qui est certes un don plus grand, puisqu’il est certain que, en dehors de Dieu, nul ne connait les futurs contingents. Isaïe 41 : « Annoncez les évènements futurs pour que nous sachions que vous êtes dieux. » Et le Deutéronome (18) appelle une fausse doctrine une prophétie qui ne se réalise pas. Chez les païens et les hérétiques, il n’y eut aucune vraie prophétie, mais beaucoup de fausses, à moins qu’elle n’ait été faite en témoignage de notre foi, comme les prophéties des sibylles et de Balaam. Même si les païens eurent plusieurs oracles d’Apollon, les prophétesses répondaient de façon ambigüe quand Apollon ne le savait pas, ou les prédisaient clairement quand c’était les démons qui allaient les réaliser. Et les choses qui avaient déjà commencé à se produire elles les prédisaient à ceux qui ne les connaissaient pas comme devant arriver dans le futur, et annonçaient d’avance des faits qui avaient des causes naturelles à nous inconnues, mais que l’intelligence supérieure des démons comprenait. Voir, sur ce sujet, la vie d’Antoine de saint Athanase, (au livre de la divination des démons), le livre sur les oracles de Theodoret.
À toutes les fois que les hérétiques ont voulu prédire quelque chose, ils se sont trompés. Comme le livre des rois (3, 22) nous le montre des faux prophètes. Au temps du nouveau testament, il y eut autrefois Montan, qui voulait être considéré comme prophète, avec deux prophétesses, Prisca et Maximilla. Ils prédirent que telle chose arriverait. Mais, c’est le contraire qui arriva, comme le note Eusèbe (livre 5, chapitres 16 et 18).
À notre époque, Luther, que les luthériens appellent toujours le prophète allemand, et l’Hélie allemand, prédit (d’après Cochlaeus, dans les actes de Luther de l’année 1525), que s’il prêchait encore sa doctrine pendant deux ans, le pape s’évanouirait, ainsi que les cardinaux, les évêques, les moines, les moniales, les clochers, les cloches, et les messes. Il prêcha après cela non pas deux ans, mais vingt-deux ans, car il mourut en l’année 1546. Mais aucun ne s’évanouit de ceux qu’il avait nommés. De même Cochlaeus rapporte ceci au sujet d’un certain Thomas Muncerus, qui s’appelait Gédéon. Il avait armé un nombre infini de paysans pour faire la guerre aux princes de l’Allemagne. Et il avait prédit une victoire certaine aux siens s’ils mettaient dans leurs manches une boule de leurs machines de guerre à lancer des traits. Mais bientôt après, tous ces paysans sont tombés, Thomas a été capturé, et tué à coups de hache. Le même Coehlaeus, dans les actes de Luther, écrit en 1535, que les prophètes de Luther avaient prédit que le jugement dernier allait arriver la même année. Ils avaient même indiqué le jour fatal, et plusieurs, en ce jour, ne voulurent ni labourer ni traire les vaches. On a vite découvert que c’étaient des menteurs.
Mais, dans l’église catholique, en plus des prophètes de l’ancien testament et de ceux qui vécurent pendant les cinq premiers siècles de l’Église, comme Agabon (actes 11), Grégoire le Thaumaturge (dont parle saint Basile dans son livre sur le saint Esprit), Antoine (dont parle saint Athanase dans la vie de saint Antoine), et l’abbé Jean (dont parle saint Augustin dans la cité de Dieu, livre 5, chapitre 26), il y eut d’autres aussi dans les siècles postérieurs, pendant lesquels, selon Luther, l’église avait péri, de vrais prophètes, dévoués au pontife romain. Au sujet de saint Benoit, voici ce qu’écrit saint Grégoire (livre 2, chapitre 15 de ses dialogues) : « Saint Benoit reprocha à un roi ses mauvaises actions, et, dans quelques-uns de ses sermons, il lui prédit tout ce qui allait lui arriver, en précisant : « Tu fais de grand maux, tu as fait de grands maux. Il est temps de laisser l’iniquité reposer en paix. Tu entreras à Rome, tu traverseras la mer, tu règneras pendant neuf années, et tu mourras pendant la dixième. » Le même Grégoire atteste qu’il a vu ces prédictions se réaliser. On dit de saint Bernard (livre 4, chapitre 3 de sa vie), qu’il avait prédit la conversion à trois personnes qui n’y pensaient pas du tout, et à un quatrième, qui était fort éloigné de le désirer. Mais, tout s’est passé comme il l’avait prédit.
C’est une chose admirable aussi ce qu’on raconte d’un noble. Quand le fils d’un noble demandait à saint Bernard de prier pour la conversion de son père, le saint lui répondit : « Ne crains rien. Je l’ensevelirai moi-même à Clairvaux, comme un moine éprouvé. » Combien de prédictions n’y a-t-il pas dans cette phrase ! Qu’il deviendrait un jour un moine; qu’il persévérerait dans l’ordre monastique jusqu’à sa mort; qu’il terminerait sa vie pieusement et saintement, et cela avant saint Bernard, et à Clairvaux ; qu’il serait enseveli par les mains de saint Bernard. Six prédictions en tout. Et toutes se sont accomplies, non sans une providence singulière de Dieu. Le même auteur continue ainsi : « Et il devint un moine parfait, et il fut enseveli par un père saint à Clairvaux (comme il l’avait prédit). Et comme s’il ne pouvait pas mourir en l’absence du saint, il fut malade pendant cinq mois, et tint le coup jusqu’au retour de son saint père, qui, comme il l’avait promis, l’ensevelit lui-même. »
Comme une armée chrétienne était sur le point d’engager le combat avec les Sarrasins, saint François (comme l’écrit saint Bonaventure), avertit les chefs de ne pas se battre ce jour-là. Dieu lui avait révélé qu’en ce jour, la victoire appartiendrait aux ennemis. Mais les chefs militaires méprisèrent l’avertissement de saint François, et les chrétiens subirent une défaite écrasante qu’on on en voit rarement. On pourrait en ajouter beaucoup de ce genre. Presque tous les saints que l’église vénère ont, en plus du don des miracles, brillé par celui de prophétie. Mais ces quelques exemples devraient suffire.
CHAPITRE 16
La treizième note
La treizième note est la confession des adversaires. La force de la vérité est si grande qu’elle oblige les adversaires à lui rendre témoignage, selon ce mot du Deutéronome 32 : « Que notre Dieu ne soit pas comme leurs dieux, nos ennemis eux-mêmes en sont juges. » Or, on n’a jamais trouvé de catholiques qui aient loué ou approuvé la doctrine ou la vie des païens et des hérétiques. Car, nous savons qu’il n’y a qu’une seule foi, et que, sans elle, il n’y a pas de vraie justice. Voilà pourquoi nous affirmons constamment qu’errent ceux qui ne suivent pas notre doctrine. Mais ce n’est pas ainsi que parlent de nous les païens, les Juifs, les Turcs et les hérétiques.
Nous avons quand même beaucoup de témoignages des païens.
Pline 11, (dans son épitre à Trajan, livre 10 de ses épitres), écrit que « les chrétiens détestent tous les vices, qu’ils vivent très saintement; que la seule chose qu’on puisse leur reprocher est qu’il soient trop prompts à renoncer à la vie pour leur Dieu; qu’ils se lèvent tôt le matin pour chanter des louanges au Christ. » Tertullien, dans son apologie, (chapitre 1, verset 2) atteste que les païens ne voulaient pas intenter de procès aux chrétiens, et qu’ils les condamnaient sans avoir prouvé leur culpabilité, parce qu’ils savaient qu’ils ne trouveraient en eux aucune mauvaise action. Et (au chapitre 5, verset 6), il affirme que les meilleurs empereurs ont été favorables aux chrétiens (comme Marc Aurèle, Vespasien, Antonin le pieux); et que ceux qui les ont persécutés ont été considérés, même par les païens, comme très méchants, comme Néron et Domitien. Il nous reste encore une lettre de l’empereur Marc Aurèle qui atteste que, quand pendant cinq jours, l’armée romaine a souffert de la soif, et était entourée d’une quantité innombrables de Germains, de sorte qu’il était impossible de s’en sortir par les seules forces humaines, il s’est réfugié en vain aux dieux de ses pères. Des soldats chrétiens qui étaient dans l’armée, lui demandèrent alors qu’il leur permette à eux aussi de prier leur Dieu. Ils se sont alors mis à genoux en prière, et, aussitôt, une pluie abondante tomba du ciel, et sur les ennemis, des éclairs mêlés de grêle. Cette lettre de l’empereur, c’est Tertullien qui la rappelle à la mémoire des romains dans son apologie.au chapitre 5, et dans le scapulaire. On vient de la découvrir et de l’imprimer dans les œuvres de saint Justin.
De plus, des saints comme saint Antoine, saint Hilarion, saint Martin furent honorés et vénérés par les païens, comme l’écrivent saint Athanase, saint Jérôme et saint Sulpice, dans leur vies respectives. Au sujet des Juifs, nous avons le témoignage de Joseph, (livre 18, chapitre 6 des antiquités), où il affirme que le Christ a été plus qu’un homme, et le vrai Messie. Philo écrit un livre remarquable dans lequel il comble de louanges les chrétiens qui vivaient en Égypte sous la conduite de Marc l’évangéliste. Que ce livre à la louange des chrétiens ne s’adresse pas à une secte juive, comme le pensent les centuriates (centurie 1, livre 2, chapitre 3, colonne 18), l’attestent Eusèbe (1 histoire, chapitre 16 de son histoire), Épiphane (hérésie 29), c’est ce qu’attestent saint Jérôme (les hommes illustres, Philo), Sozomène (livre 1, chapitre 12), et Bède (sa préface sur Marc).
Mahomet, dans le Coran, enseigne que les chrétiens se sauvent, (chapitre 2), et que le Christ était le plus grand des prophètes. Saint Bonaventure atteste aussi qu’un sultan d’Égypte, tout mahométan qu’Il était, honorait et vénérait saint François, même s’il savait qu’il était chrétien et catholique. On peut dire la même chose des hérétiques. Car le catholique saint Benoit a été fort honoré par le roi arien Totila. Il l’a considéré comme un vrai serviteur de Dieu, et un prophète, comme l’écrit saint Grégoire (livre 2, chapitre 15, du dialogue). Et Luther, qui était déjà hérétique, écrit ainsi, dans son livre contre les anabaptistes, qui, en haine du pape, rejetaient le baptême des petits enfants : « Nous avouons que sous la papauté, il y a une plus grande partie du bien chrétien, et même tout le bien chrétien, qui s’est rendu jusqu’à nous. Nous reconnaissons donc que dans la papauté se trouve la vraie Écriture sainte, le vrai baptême, le vrai sacrement de l’autel, les vraies clefs pour la rémission des péchés, le vrai ministère de la parole, et le vrai catéchisme, comme sont aussi l’oraison dominicale, les dix commandements, et les articles de foi. Je dis, en plus, que c’est sous la papauté qu’existe la vraie chrétienté, le vrai noyau de la chrétienté. »
Calvin (chapitre 10, verset 17 de ses institutions), appelle saint Bernard un pieux écrivain. Et, il est certain que saint Bernard fut un papiste; et personne n’est pieux sans la vraie foi. Philippe (dans son apologie, articles 5 et 27 de la confession augustinienne), dit que Bernard, François et Dominique sont des saints. Et c’est ce que dit aussi Luther dans son livre sur l’abrogation de la messe, près de la fin. De même, comme l’a écrit Cochlaeus dans les actes de Luther 1531, après plusieurs batailles entre les catholiques et les hérétiques suisses, un traité de paix avait été signé, et Luther déclara vouloir renvoyer ses confédérés en paix vers sa foi catholique ancienne et indubitable. Les catholiques, eux, n’eurent pas à préciser à quelle foi ils retournaient.
CHAPITRE 17
La quatorzième note
La dixième note est la fin malheureuse de ceux qui combattent l’Église. Car, si Dieu punit même les siens et les afflige, cependant c’est dans le feu qu’il projette sa verge. Deutéronome 32 : « Louez nations son nom, car il venge le sang de ses serviteurs, et montre sa vindicte aux ennemis des siens. » La misérable fin du Pharaon, premier persécuteur de l’Église, nous la lisons dans l’Exode 14. Celle de Dathan et d’Abiron, les premiers schismatiques, nous la lions dans Nombres 16. Celle de Jézabel, dans 4 Rois 9. Celle d’Antiochus, dans Macchabées 9, Celle de Pilate, qu’il se soit suicidé lui-même, c’est Eusèbe qui le rapporte (livre 2, chapitre 7 de son histoire, et au dernier chapitre). Il raconte brièvement la tragique fin de Jérusalem, que Josèphe a rapportée tout au long dans sa guerre juive. Joseph (livre 17, chapitre 9 de ses antiquités) raconte qu’Hérode d’Ascalon mourut dévoré par les vers, après avoir d’abord tué sa femme et ses fils, et avoir voulu se suicider lui-même. Joseph dit aussi (livre 18, chapitre 14), qu’après avoir perdu son royaume, Hérode le tétrarque, fut relégué à un exil perpétuel, et y mourut misérablement.
Au sujet de sa fille, Hérodiade, voir Nicéphore (livre 1, chapitre 20) . Au sujet d’Hérode Agrippa, voir actes 12.
Néron, Domitien, et tous les autres empereurs qui ont persécuté les chrétiens, ont été tués cruellement par d’autres, ou se sont tués eux-mêmes, ou ont misérablement péri, comme nous le révèlent les chroniques et toutes les histoires. Car, Trajan s’est éteint à la suite d’une horrible paralysie accompagnée d’une hydropisie.
Dioclétien abdiqua, attristé qu’il était de n’avoir pas pu détruire tous les chrétiens. Galère Maximien et Maximin étaient tourmentés par des douleurs si grandes et si insupportables que même les médecins païens y voyaient une punition divine. Voir Eusèbe dans sa chronique, et au livre 8 et 9 chapitre ultime de son histoire.
Venons-en maintenant aux hérésiarques et aux apostats.
Pendant qu’il voulait s’envoler, Simon le magicien fut rabattu par les prières de Pierre, et il mourut peu après, couvert de honte. Témoins Égésippe (livre 3, chapitre 2, de la destruction de Jérusalem) et Arnobius (dans sa chronique, et dans son livre contre les Gentils). Le roi des Perses a arraché la peau à Manès quand il était encore vivant, non pour la foi, mais parce qu’il tua la fille du roi en la soignant. (Épiphane hérésie 66). Montan, Theodote et leurs prophétesses se tuèrent avec leurs nœuds coulants, selon Eusèbe (livre 5, chapitre 16 de son histoire). Quand des donatistes jetèrent des hosties consacrées aux chiens, ils furent déchiquetés par ces chiens. (Optatus livre 2, contre Parmenien). Quand Arius voulut entrer dans l’église, il sentit subitement le besoin d’accéder aux latrines publiques, et avec les excréments il expulsa ses intestins et son âme. Voir saint Athanase (discours 1 contre les Ariens), et Ruffin (livre 10, chapitre 13 de son histoire). Julien l’apostat fut tué par Dieu, et privé de sépulture, car il a été absorbé par la terre soudainement ouverte, au dire de saint Grégoire de Naziance, son contemporain et condisciple à Athènes (dans son sermon sur Athanase, vers la fin). L’arien Valens, qui succéda à Julien dans la persécution des chrétiens, a été brûlé vivant par les Goths ariens. (Ruffin, livre 2, chapitre 7 de son histoire.) Hunnericus, le roi arien des Vandales, et le persécuteur de l’Église, a été dévoré vivant par les vers avant de mourir. Voir Victor livre 3, à la fin. L’empereur Anastase, soutien des hérétiques eutychiens, mourut après avoir été frappé par la foudre, comme l’écrivent Cedrenus, Zonaras, et Paul diacre dans sa vie. Au temps de Léon l’iconoclaste, une peste suivit la combustion d’images sur la place de Constantinople. Trente mille hommes en moururent. Voir la chronique de Matthieu Palmerius, en l’an 741. Au sujet de Constantin Copronyme, voir Paul diacre.
Luther a été enlevé par une mort subite (il se serait suicidé selon son serviteur) après avoir fait un copieux repas, pendant lequel il s’était montré joyeux, débordant de vie, et avait provoqué le rire par ses facéties. La nuit même, il était mort. Voir Cochlaeus dans la vie de Luther. Zwingli a trouvé la mort dans un combat contre les catholiques. Peu après, son frère spirituel Oecolampadius s’est couché, un soir, plein de santé, mais fut trouvé le matin par sa femme, mort dans son lit. Voir Cochlaeus dans les actes de Luther, l’an 1531. André Carolstade fut tué par le démon d’après une lettre des ministres de Bâle qu’ils éditèrent à la mort de Carlostade. Calvin expira après avoir été dévoré vivant par des vers, comme Antiochus, Maximin, Hunnericus, comme l’atteste Jérôme Bolsecus dans sa vie. Il ajoute même que, après avoir invoqué les démons, il mourut en blasphémant et maudissant.
CHAPITRE 18
La quinzième note
La dernière note est la félicité temporelle accordée divinement à ceux qui défendirent l’Église. Car les princes catholiques qui ont vraiment eu foi en Dieu ont toujours triomphé facilement de leurs ennemis. Sont bien connues les victoires que, dans l’ancien testament remportèrent Abraham, Moïse, Josué, Samson, Gédéon, Samuel, David, Ézéchias, Josias, et les Macchabées. Dans le nouveau testament, Constantin, qui fut le premier des empereurs romains à défendre publiquement l’Église, battit Maxence à peu près comme Moïse défit le Pharaon. Voir Eusèbe (livre 9, chapitre 9 de son histoire) : « L’empereur Constantin, non en suppliant les démons, mais en adorant le vrai Dieu, accomplit de si grandes choses dans tant de domaines que nul n’aurait osé en désirer davantage. Il gouverna et défendit à lui seul l’empire romain dans son entier. Il fut toujours victorieux dans les nombreuses guerres qu’il mena. Il eut toujours la force voulue pour opprimer les tyrans. Il réussit dans toutes ses entreprises. Il mourut dans son lit à un âge avancé, et légua son royaume à ses enfants. » Au sujet de Théodose sénior, saint Augustin (au chapitre 5 du même endroit) écrit qu’il était pieux et catholique. Et tout lui réussit à un point tel que dans les combats qu’il livrait aux ennemis de l’empire, les traits lancés sur lui retournaient à ceux qui les avaient lancés. Theodoret ajoute (livre 5, chapitre 24 de l’histoire), que les apôtres saint Jean et saint Philippe apparurent sur des chevaux blancs pendant un combat que livrait Théodose, et combattant pour lui.
Honorius, qui était un vrai catholique et qui était très attaché au pontife romain, comme on le voit par les lettres qu’il écrivit au pape Boniface, ( saint Augustin, livre 5, chapitre 23 de la cité de Dieu), a reçu une aide de Dieu si manifeste que, dans un seul combat, plus de cent mille Goths ont été fauchés, le roi Radagaisus pris avec ses fils, sans qu’aucun soldat romain n’ait été tué ou même blessé. Au sujet de Théodose junior, Socrate (livre 7, chapitre 18 de son histoire) rapporte que quand il se battit contre les barbares, pendant que dans la ville on avait cessé toute activité pour prier Dieu, environ cent mille sarrasins périrent misérablement, frappés par les anges à l’Euphrate. Justinien senior, tant qu’il demeura catholique, gouverna avec bonheur, au point qu’il restitua à l’empire romain l’Italie, l’Afrique et d’autres provinces, comme nous le raconte Évagre (livre 4, chapitre 16 de son histoire). Mais, quand il devint hérétique, et qu’il voulut émettre un édit pour imposer son hérésie, il fut frappé de mort subite, libérant l’Église d’une grand crainte (Évagre, livre 4, dernier chapitre). Héraclius également, (comme on l’apprend de Zonare et d’autres historiens), remporta, quand il était encore catholique, une victoire éclatante sur les Perses, et il reçut la croix du Seigneur quand tout semblait perdu. Mais quand il tomba dans l’hérésie des monothélites, il ne rencontra que déboires et échecs; et il mourut d’une maladie nouvelle et inouïe.
Les historiens montrent clairement que, à partir du moment où, à cause de leur refus de vénérer les images, les empereurs orientaux se séparèrent de l’église romaine, ils ont décliné de jour en jour jusqu’à ce qu’ils perdent le peu qui restait encore de leur empire. En occident, les historiens montrent que les empereurs ont été florissants ou pas, selon qu’ils ont été amis ou ennemis de l’église romaine. Au temps d’Urbains 11, en l’an 1098, les chrétiens firent une guerre sainte, prêchée par le pape, pour la récupération des lieux saints. Il y avait un nombre infini de soldats turcs et perses, et les croisés étaient peu nombreux. Ils étaient si épuisés par la faim que même les hommes les plus forts marchaient appuyés sur un bâton. Ils manquaient aussi de chevaux. Godefroid était le seul à posséder un cheval, et les autres chefs avançaient assis sur des ânes. Or, Dieu leur révéla où se trouvait la lance sacrée. En l’utilisant comme étendard, ils remportèrent la victoire, et tuèrent cent mille Turcs. Ils ne perdirent, eux, que quatre mille soldats. Il tomba même divinement une rosée qui réanima leurs âmes et leurs corps. Apparurent même dans le ciel, trois saints qui combattaient pour eux. Voir Paul Émile (livre 4), et Guillaume de Tyr (livre 6) et Dodechinum, le continuateur de Marianus Scot.
Au temps d’innocent 111, dans la Gaule, furent tués, en un seul combat, par huit mille catholiques, cent mille Albigeois hérétiques, comme l’écrit Émile (au livre 6 de l’histoire des Francs.) À notre époque, en l’an 1531, les catholiques suisses ont livré pour la foi cinq combats contre les suisses hérétiques. Les catholiques vainquirent toujours, même s’ils étaient inférieurs en nombre et en arme. Voir Jean Cochlaeus dans les actes de Luther, en 1531. En Gaule aussi, et en Belgique, les catholiques ont remporté, non sans miracle, beaucoup de victoires contre les hérétiques. Les ennemis ne furent presque jamais supérieurs quand on livra une guerre juste.
Et voilà pour les notes de l’Église.
2018 03 07 19h34 fin
Fichier placé sous le régime juridique du copyleft avec seulement l'obligation de mentionner l'auteur de la première édition de cette première traduction en français des Controverses de Saint Robert Bellarmin : JesusMarie.com, France, Paris, 18 mars 2019.
Saint Robert Bellarmin Les Controverses de la Foi Chretienne contre les Heretiques de ce Temps
JesusMarie.comSaint Robert Bellarmin
Saint Robert Bellarmin
Les Controverses de la Foi Chrétienne contre les Hérétiques de ce Temps
Disputationes de controversiis christiniæ fidei adversus hujus temporis hæreticos.
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2018 03 18 19h20 début
LA SECONDE CONTROVERSE GÉNÉRALE
LES MEMBRES DE L’ÉGLISE MILITANTE
LIVRE PREMIER
Les clercs
Préface
Chapitre 1 Du nom des clercs et des laïcs.
Chapitre 2 Sous le nom de clercs et de laïcs, est proposée la question de l’institution des ministres de l’Église.
Chapitre 3 Il n’appartient pas au peuple d’ordonner les ministres.
Chapitre 4 Ce n’est pas au peuple, mais aux évêques à appeler les ministres.
Chapitre 5 L’élection des ministres ne se fait pas par Dieu seul.
Chapitre 6 Il ne convenait pas aux prêtres chrétiens de se propager par une succession charnelle.
Chapitre 7 Il ne revient pas au peuple, par un droit divin, d’élire le pontife et les autres ministres de l’Église
Chapitre 8 L’élection des évêques n’appartient pas au clergé ou au peuple de droit divin, mais au souverain pontife.
Chapitre 9 La façon d’élire le souverain pontife par les seuls cardinaux est la meilleure de toutes.
Chapitre 10 À qui appartient l’élection du souverain pontife s’il n’y a plus de cardinaux.
Chapitre 11 Du nombre des ordres ecclésiastiques.
Chapitre 12 De l’antiquité des ordres.
Chapitre 13 Des offices des ministres
Chapitre 14 De la distinction entre épiscope et presbyte
Chapitre 15 Réfutation des erreurs
Chapitre 16 Les cardinaux
Chapitre 17 Les chorépiscopes
Chapitre 18 Le célibat des prêtres. Est-il de droit divin ?
Chapitre 19 Le célibat est-il de droit apostolique ?
20On répond aux objections de Calvin
21On réfute les arguments de Philippe
22On réfute les arguments des magdebourgeois
23La bigamie
24On réfute les objections de Luther
25La dime
Doute 1. Le précepte de la perception des dimes peut-il être abrogé par une coutume contraire ?
Doute 2. Les laïcs pauvres sont-ils tenus de donner à des clercs riches ?
Doute 3. Peuvent-ils être excusés de péché ceux qui ne payent pas la dime là où aucune coutume n’existe dans ce sens ?
Doute 4. Quelle raison peut-on donner pour montrer qu’est juste la prescription qu’a faite aux chrétiens l’Église de payer la dixième partie de leurs revenus ?
Chapitre 26. Les possessions des clercs obtenues par les dons des laïcs.
Chapitre 27. Les dons des séculiers.
Chapitre 28. Les clercs sont-ils libres du joug de la puissance séculière ?
Chapitre 29 L’exemption des clercs provient-elle du droit de la nature ?
Chapitre 30. Réfutation des arguments contraires.
PRÉFACE
AUX TROIS LIVRES DES MEMBRES DE L’ÉGLISE MILITANTE
CHAPITRE PREMIER
Du nom de clercs et de laïcs
Ce que veulent dire ces mots de laïc et de clerc, je pense que personne ne l’ignore. Même s’ils ont une origine grecque, ce sont des mots qui nous sont familiers, et archi connus. Car qui ignore que le mot laon signifie, pour les Grecs, ce que le mot populus (peuple) signifie pour les latins. Que ce qu’ils nomment klèron signifie pour nous, fort ou héritage ? Les laïcs sont donc des gens de la plèbe ou du peuple à qui n’est demandée aucune part du ministère ecclésiastique. Les clercs sont comme l’héritage du Seigneur. Consacrés au culte divin, ils ont reçu, par l’ordre de Dieu, la charge de pourvoir à la religion et aux choses sacrées. Saint Jérôme, dans son épitre à Nepos, dit qu’il faut d’abord chercher à définir le mot clerc par son origine. S’il vient du mot grec kliros, qui veut dire sort en latin, on les nomme clercs parce qu’ils sont du sort du Seigneur, ou parce que le Seigneur est lui-même le sort, ou la part des clercs. Pourquoi appelle-t-on sort l’héritage, probablement parce que l’héritage est la plupart du temps divisé entre plusieurs. D’où ce mot du prophète (psaume 77 ) : « Il a divisé au sort la terre avec le cordeau de l’arpenteur. »
Si l’héritage entier est échu à une seule personne, cela ne se fait pas par un choix, mais par la nécessité. Car, on nait héritier, on ne le devient pas. Qui a jamais dépensé du temps et de l’énergie pour naître le fils et l’héritier de celui-ci plutôt que de celui-là ? C’est ce dont, selon saint Jean Chrysostome, parlait saint Paul, quand il a dit aux Colossiens : « Dieu nous a rendus dignes d’avoir part au sort des saints. » Et de plus, aux Éphésiens : « Dans lequel nous sommes appelés par le sort. » Non pas (comme le veulent les luthériens) parce que la béatitude éternelle s’acquiert sans aucun mérite, mais parce que nous sommes appelés à la grâce et à l’adoption des fils, sans aucune de nos œuvres. Car, ils se trompent les pélagiens eux qui, dans la conversion et la pénitence du pécheur, attribuent les premières parties à l’homme, et les dernières à Dieu. Car, comment sommes-nous appelés par le sort, si c’est pas notre travail et notre effort que nous prévenons Dieu ? Personne donc, n’invoque la grâce sans avoir été prévenu par la grâce; personne ne choisit Dieu sans avoir été préalablement choisi par Dieu; personne n’aime Dieu sans avoir été aimé par Dieu. Celui-ci convertit des gens qui s’étaient détournés de Dieu, cet autre appelle des errants, il est trouvé par ceux qui ne le cherchent pas, et il apparait à ceux qui ne l’interrogent pas. Que Dieu soit pour nous un sort, cela vient de la providence et de la prédestination divine. C’est don avec sagesse que l’apôtre joint l’un à l’autre quand il dit : « Dans lequel nous sommes appelés par le sort, prédestinés selon le propos de sa volonté. » Et voilà pour la signification des mots clerc et laïc.
À ce sujet, entre les hérétiques et nous, nait une première question. A-t-on raison ou pas de diviser les chrétiens en clercs et laïcs ? Les luthériens et les calvinistes ne nient pas que le ministère de la parole et des sacrements n’appartient pas également à tout le monde, puisqu’ils ont eux aussi leurs ministres et leurs pasteurs, qu’ils appellent des surintendants, et à qui ils confient le soin pastoral des âmes. Mais comme leurs contestations et leurs schismes sont nées de la haine des clercs et de l’estime des laïcs, le mot clerc n’exprime plus pour eux aucune excellence ou dignité, et il a été remplacé par le mot ministre. C’est pourquoi Luther, dans son livre infernal de l’abolition de la messe privée, écrit, en commentant ce passage de saint Pierre : « Ne dominant pas sur les clercs », « Cette traduction (ne dominant pas sur les clercs) vient de l’incurie d’un traducteur, qui a fait en sorte que, dans ce mot, on voie des clercs, qu’une impie tradition avait séparés des laïcs. » Et plus bas : « Réjouissons-nous parce qu’il a dit que le peuple chrétien est une réalité simple, dans laquelle ne doivent exister aucune secte, aucune différence de personnes, aucun clerc, aucun laïc, aucun oint, aucun tondu, aucun moine. » Et Calvin (livre 4, chapitre 4, verset 9 de son institution) écrit : « Ce nom est né ou d’une erreur, ou d’un sentiment dépravé, d’une tradition impie, puisque c’est toute l’église qui est appelée par Pierre clerc, c’est-à-dire héritage du Seigneur. » Et (dans son commentaire du chapitre 5 de la première épitre de Pierre), il écrit : « Plût à Dieu que ne soit jamais venue à la pensée des anciens pères d’employer ce mot ! » J’aurais le goût de leur demander : en quel temps, en quel lieu, par quels auteurs croient-ils que cette appellation soit née ?
Si les luthériens pouvaient démontrer qu’au bout de quelques années, dans un coin quelconque, ce mot a été fabriqué par un ambitieux, par un fabriquant de mots ignorant, nous pourrions, nous aussi, facilement croire qu’il est le produit d’une erreur, d’un sentiment dépravé, ou d’une tradition impie. Mais comme ce mot origine des lettres divines, est prononcé par tous les conciles, tous les pères, toute l’église, et par tout l’univers, à tous les âges, à tous les siècles, qui pourra admirer suffisamment l’effronterie et l’insolence de tels hommes ? S’il est question des décrets des conciles et des écrits des saints pères, la question à se poser n’est pas tant à quel endroit ce mot se trouve-t-il, que à quel endroit ne se trouve-t-il pas ? Et ce mot apparait souvent à plusieurs reprises dans une seule page des livres des pères et des décrets des conciles, ce mot que Luther et Calvin affirment être né d’une erreur, d’un sentiment dépravé ou d’une tradition impie.
Parmi les anciens auteurs, qu’on appelle à la barre Tertullien, qui est non seulement très ancien, mais très savant. Voici comment il s’exprime dans son livre sur la monogamie : « Quand nous nous enflons la tête et nous nous emportons contre un clerc, nous sommes alors tous une seule et même chose, tous prêtres, car le Christ nous a tous faits prêtres pour Dieu le Père. Quand on regarde la péréquation de la discipline sacerdotale, nous déposons l’insularité et nous apparaissons tous inégaux. » Et plus bas : « Parce que la monogamie ne convient pas aux laïcs, les autres choses aussi leurs sont étrangères. » Tertullien pouvait-il dire quelque chose de plus clair contre Luther et Calvin ? Il dit qu’ils sont arrogants et superbes les laïcs qui s’élèvent et s’emportent contre les clercs. On peut peut-être, sans témérité, condamner le témoignage d’auteurs particuliers.