Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 123)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE SIX

On évente des mensonges et on réfute des calomnies

Nous rapporterons brièvement quelques mensonges manifestes et quelques déclarations absurdes des trois princes de ce temps, Luther, Calvin, Mélanchton, qu’ils ont présentés contre les moines dans leurs disputes. Car la réfutation de leurs mensonges vaut plus, pour les discréditer, que plusieurs arguments subtils. Dans son épithalame, Luther affirme que « les femmes n’ont été créées que pour le mariage ». S’il en est ainsi, il n’y aura plus de femmes au ciel, puisqu’il n’y a pas de mariage; et nous retomberons dans l’hérésie d’Origène qui nie la distinction des sexes dans la vie future. Hérésie que saint Jérôme a réfutée dans sa lettre contre Jean de Jérusalem. Et c’est inutilement qu’existèrent dans le monde tant de milliers de saintes vierges, si la femme n’est créée pour rien d’autre que pour le mariage. Il dit ensuite que « c’est la même chose de se demander si on va prendre femme ou s’il faut manger ou boire ». Pour la première chose (le mariage) tous consultent les sages, même les païens (Gellius, livre 1, chapitre 5), mais pour la seconde, seulement les fous les non fous. Il dit ensuite que Dieu a prescrit le mariage à tous les Juifs, et d’une façon telle que, dans l’ancien testament, il n’était pas permis de vivre sans femme. Alors, comment Élie, Élisée, Jérémie et saint Jean-Baptiste ont-ils pu vivre, eux qui ont vécu sans femme ?

Saint Jérôme prouve (dans son livre 1 contre Jovinien), qu’ils ont bel et bien vécu sans femme. Mais ce précepte Luther ne l’a pas pris dans les lettres divines, mais dans les délires rabbiniques. Car, le rabbi Salomon (au chapitre 4 de la Genèse) veut que « soit coupable d’homicide celui qui ne procrée pas d’enfants »; et le rabbi Isaïe affirme que c’est une sentence des anciens Juifs que « celui qui ne laisse pas de fils est excommunié par Dieu ». Il dit, ensuite, et il répète souvent pour enfoncer le clou, que quand Paul a dit qu’il pourrait, lui aussi, amener avec lui une sœur épouse, il voulait dire qu’il pouvait, lui aussi, prendre femme, ce qui est d’une incompétence ou d’une malice intolérable. Il dit ensuite que saint Paul affirme que la virginité l’emporte sur le mariage, « mais que cependant une femme mariée est meilleure devant Dieu qu’une vierge ». Si ces deux affirmations vont bien ensemble, c’est à lui d’y voir. Saint Augustin parle, certes, autrement de la sainte virginité (au chapitre 31) : « Quand donc ceux qui professent la continence perpétuelle se comparent, d’après les textes de l’Écriture, à ceux qui sont mariés, et découvrent que ceux qui sont mariés leurs sont inférieurs en mérite et en récompense, qu’il leur vienne immédiatement à la pensée ce qui est écrit : plus tu es grand, plus tu dois être humble, et plus humble que tous. »

Luther dit des choses semblables sur les vœux monastiques. Il dit d’abord que « l’église primitive et le nouveau testament ignorent complètement l’usage des vœux ». Or, saint Augustin enseigne que la sainte Vierge avait fait vœu de virginité (chapitre 4 de la sainte virginité) : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? Chose qu’elle n’aurait pas dite si elle n’avait pas voué sa virginité à Dieu. » Les apôtres, et beaucoup d’autres dans l’église primitive ont fait vœu de continence et de pauvreté, comme nous le montrerons plus tard dans la question des vœux. Et Luther lui-même, dans le livre cité plus bas, affirme que « tous les baptisées font vœu d’obéir à tous les préceptes ». Ce vœu, l’église primitive ne l’aurait ignoré que si elle avait ignoré le baptême.

Il dit ensuite que si on voulait vivre pieusement, la forme du vœu devrait être la suivante : « je voue la chasteté, la pauvreté et l’obéissance, librement jusqu’à ma mort, mais de façon à pouvoir le changer ce vœu quand je le voudrai » Si on s’engage pour la vie, comment est-on encore libre d’en disposer à sa guise ? Si on est toujours libre de changer, que vient faire l’engagement jusqu’à la mort ? Troisièmement, il dit que « le Christ n’a jamais conseillé la virginité, mais nous en a plutôt détournés; et que l’apôtre reconnait ne pas avoir de précepte de la part du Seigneur, mais ne donner qu’un conseil. Or, quand il disait cela, il voulait dire : « je ne conseille pas, mais je m’abstiens. » Qu’il y a-t-il de plus sublime que cette glose ?

Ajoutons que le même Luther, dans son article 30, dit qu’il n’y a aucun conseil évangélique, sauf sur la virginité. Il dit, en quatrième lieu, que, devant Dieu, une vie n’est pas meilleure qu’une autre, mais que toutes sont semblables, comme l’enseignait Jovinianus au temps de saint Jérôme (quatrième siècle). Et comme il savait que saint Jérôme avait réfuté cet enseignement de Jovinianus, il dit que saint Jérôme n’a parlé ainsi que pour plaire à ses amis; qu’il avait corrigé inconsidérément ce passage de l’Écriture, et l’avait détourné dans son sens. Et il ajouta : « pour ne pas dire qu’il l’a corrompu. »; que Jovinianus n’avait pas été vaincu par une solide érudition, mais par la seule autorité. Et il conclut ainsi : « Qui sait, si Jérôme n’a pas été de ceux dont parle le Seigneur en Ézéchiel : «Quand un prophète se trompera et dira un mensonge, c’est moi qui aurai induit en erreur ce prophète. » Or, saint Augustin (dans son épitre 29 à saint Jérôme) appelle les livres de Jérôme contre Jovinianus une dispute suave et lumineuse, et les livres de Jovinien du bavardage.

Il dit, en cinquième lieu, que la meilleure loi qu’on pourrait faire « ce serait de n’admettre personne à la profession religieuse avant 70 ou 80 ans ». Cela ne mérite pas une réfutation, car c’est parler pour se moquer du monde. Il est certain que, dans son épitre à Eustochium, sur la sauvegarde de la virginité, saint Jérôme a dit, en parlant des cénobites : « Qu’on fasse manger souvent les vieux et les enfants, pour soutenir la faiblesse de leur âge. » Ces paroles nous font comprendre qu’il fut un temps où, dans les monastères d’hommes, on trouvait des moines de tous âges : des vieux, des enfants et des hommes d’âge mur. Et que les plus âgés et les plus jeunes étaient moins aptes aux rigueurs de la vie monastique, puisqu’il leur fallait manger pendant que les autres jeunaient.

Philippe Mélanchton, (dans son confession augustinienne, art 27, et dans l’apologie de ce même article), dit que, au temps de saint Augustin, les monastères étaient des associations libres, non astreintes à des vœux. Or, saint Augustin (dans le psaume 75) dit : « Qu’aucun frère résidant dans un monastère ne dise : « Je sors du monastère, parce que les moines ne sont pas les seuls à parvenir au royaume des cieux, et parce qu’on ne peut pas dire que ceux qui ne sont pas moines n’appartiennent pas à Dieu. » Qu’on lui réponde : eux n’ont pas fait de vœux, toi, tu en as fait ! » Et, dans le psaume 99 sur les apostats, il dit : « Celui qui ne persévèrera pas et n’accomplira pas ce qu’il a promis par un vœu, qu’il soit un déserteur d’un si saint propos, et un coupable d’un vœu non observé. »

Il dit, en second lieu, que les monastères ont été des écoles de lettres sacrées et d’autres disciplines. Mais, saint Basile, dans ses constitutions monastiques, Cassien, dans les institutions de cénobites, saint Jérôme dans son épitre à Rustique, et dans les autres à Paulin sur l’institution des moines, et saint Augustin, (livre 1, chapitre 31 des mœurs de l’Église), et les autres anciens parlent toujours de l’oraison, des jeûnes, des psalmodies, de la continence, de la pauvreté et de l’obéissance. Des écoles de lettres ou de sciences, aucun mot.

Il dit, en troisième lieu que saint Bernard et saint François ont fondé une communauté religieuse pour la seule utilité du corps. Il appelle utilité du corps être soulagé des problèmes qu’apporte le support d’un conjoint, et l’éducation des enfants. Mais que saint François ait marché nus pieds (et dans la neige), qu’il n’ait eu qu’une seule bure, qu’il ait porté un cilice qui lui comprimait le corps, qu’il ait dormi sur le sol, qu’il ait veillé pendant des nuits entières, qu’il ait jeuné presque continuellement, qu’il se soit contenté de pain et d’eau, qui d’autre qu’un insensé réfèrera cela à l’utilité du corps ? De plus, saint Bernard ne vécut pas seulement comme un ascète, mais (dans le sermon 30 sur le cantique des cantiques) il enseigne que « ce n’est pas le propre d’un moine, mais d’un médecin de se soucier de son corps et de sa bonne santé; que c’est l’utilité spirituelle que le moine doit rechercher, et que, pour que l’esprit vive et soit vigoureux, il faut crucifier la chair et châtier le corps ».

Il dit, en quatrième lieu, que le monachisme est une invention récente. À quel point il ment nous l’avons déjà démontré, quand nous avons fait remonter la vie monastique jusqu’au temps des apôtres. De plus, j’aimerais savoir ce que Philippe entend par le mot « récent ». Car, même s’il nie qu’il y ait eu des moines au temps des apôtres, et même s’il prétend que les moines d’aujourd’hui n’ont rien en commun avec ceux du temps d’Augustin, il ne peut nier que le monachisme qui existe aujourd’hui ait commencé au moins au temps de saint Benoit. Car, cela, les luthériens eux-mêmes l’admettent, puisqu’ils voient que sont encore observées les règles qu’il a édictées, et que sont encore debout les monastères qu’il a fondés. Or, saint benoit a vécu mille ans avant nous. À moins que mille ans soit, pour Philippe, comme un an, qu’il nous explique donc comment le monachisme peut être dit une institution récente ?

Il dit, en cinquième lieu, que nous affirmons, nous, que la vie monastique mérite la justification et la rémission des péchés, qu’elle sauve les autres quand ont leur en applique nos mérites, et qu’elle est de loin meilleure que le baptême. Mais ceci c’est de la calomnie pure, et jamais aucun catholique n’a enseigné cela. Ce que nous disons c’est que les œuvres de la religion, c’est-à-dire vivre chastement, ne rien posséder en propre, obéir aux supérieurs, sont des œuvres bonnes et méritoires pour la vie éternelle, si elles sont faites par des justes, et qu’elles servent de satisfaction pour les péchés, comme toutes les autres bonnes œuvres. Qu’elles méritent la justification personne ne l’a jamais dit.

Nous disons aussi que les religieux peuvent rendre les autres participants de leurs bonnes œuvres, comme le peuvent tous les autres fidèles. Car, les membres d’un même corps communiquent entre eux. Mais qu’un moine puisse sauver les autres par ses œuvres, ou leur mériter la grâce ou la gloire, aucun catholique ne l’a jamais prétendu. Nous disons enfin que, entre le baptême et la profession religieuse, il y a une certaine ressemblance. Car, comme au baptême, nous renonçons au diable, et nous commençons une nouvelle vie, par la profession religieuse nous renonçons au siècle et à tous ses plaisirs licites, et nous commençons une nouvelle vie. Et comme, dans le baptême, les péchés sont parfaitement remis, en ce qui a trait à la faute et à la peine, dans la profession religieuse aussi, quand elle est prononcée avec l’intention requise, est remise, croyons-nous, la peine temporelle pour laquelle il fallait faire une satisfaction; et qu’est remise aussi la faute.

Nous ne faisons pas, pour autant passer la profession religieuse avant le baptême, et nous ne mettons pas, non plus, la profession religieuse et le baptême sur le même pied. Que le baptême enlève la peine et la faute, nous le savons avec certitude. Mais que la profession religieuse enlève la peine et même la faute, nous ne l’affirmons pas comme s’il s’agissait d’une vérité démontrée ou de foi. Nous le pensons seulement. Mais ce n’est pas nous qui avons inventé cela, car saint Athanase, dans la vie d’Antoine, atteste que, dans une vision, saint Antoine a entendu des anges lui assurer que tous ses péchés lui avaient été remis, quand il s’engagea dans la vie monastique.

Saint Jérôme (dans l’épitre 25 sur la mort de Blesille), dit : « Comme, par une grâce du Christ, avant d’avoir terminé quatre mois, elle se lava comme une deuxième fois dans les eaux du baptême, et vécut désormais de façon à que, après avoir foulé aux pieds le monde, elle pensa continuellement à un monastère. » Saint Bernard (dans son livre sur le précepte et la dispense, non loin de la fin) dit : « Vous voulez apprendre de moi pourquoi, parmi toutes les formes de pénitence, la discipline monastique a mérité la prérogative d’être appelée un second baptême, je pense que c’est à cause du renoncement parfait au monde, et de l’excellence toute spéciale de sa vie spirituelle. Elle l’emporte tellement sur tous les genres de vie humaine, qu’elle fait ce ceux qui la professent et l’aiment de tout leur cœur, des humains semblables aux anges, et différents des autres hommes. Car, elle reforme l’image divine en l’homme, nous configurant au Christ, à l’instar du baptême, et comme si nous étions de nouveau baptisés. Et en mortifiant nos membres qui sont encore sur la terre, nous revêtons le Christ, étant replantés dans la similitude de sa mort. »

Et dans le sermon 30 sur le cantique des cantiques, il dit que le labeur monastique est un genre de martyre; et que personne n’ignore que le martyre est un genre de baptême. Enfin, saint Thomas (2,2, question ultime, article 3) enseigne qu’on a raison de croire que, par la profession monastique, on satisfasse à tous les péchés; et que cette profession est un autre baptême.

De même, Mélanchton (lieux communs, chapitre des conseils et des préceptes) dit d’abord qu’il faut déplorer notre cécité qui nous fait orner de plus grands titres la mendicité, ou d’autres œuvres semblables non commandées, que la loi divine, puisqu’on ne peut imaginer aucune œuvre plus grande que ce qu’ordonne le premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Nous répondons brièvement à cette calomnie. Il n’y a personne, parmi les catholiques, qui place les conseils avant les préceptes. Saint Thomas (2,2, question 184, article 3) dit précisément le contraire. Car, il veut que la perfection chrétienne consiste essentiellement dans l’observation des préceptes, et instrumentalement, dans l’observation des conseils.

On peut quand même placer les conseils avant les préceptes de trois façons. La première. En comparant les conseils non pas à n’importe lequel précepte, mais aux préceptes qui se rapportent à la même matière. Exemple. Le précepte suivant porte sur la matière externe des œuvres : « tu ne voleras pas ». Il y a un conseil qui porte sur la même matière : « Vends tout ce que tu as, et donne-le aux pauvres. » Il est certain que ce conseil de tout donner aux pauvres est supérieur au précepte de ne pas voler. De la même façon, le conseil de la virginité est supérieur au précepte de ne pas commettre l’adultère. Et, il en va ainsi des autres.

La deuxième façon. En comparant non les conseils avec les préceptes, mais l’état des hommes qui observent les préceptes et les conseils avec celui de ceux qui n’observent que les préceptes. Il n’y a aucun doute que le premier état est supérieur au deuxième, puisqu’il ne fait qu’ajouter aux préceptes sans rien enlever. Voilà pourquoi le Seigneur a dit à celui qui voulait observer tous les commandements : « Va, vends ce que tu as. »

La troisième façon. En comparant les conseils avec n’importe lequel précepte, et même avec le premier : « Tu aimeras ton Dieu. » Mais en considérant dans les conseils non les œuvres externes des conseils, mais la charité qu’ils présupposent, et à laquelle ils tendent. Car, par le précepte de l’amour divin, Dieu ne prescrit pas une charité infinie, mais un certain degré, une certaine quantité de charité, par laquelle rien ne nous parait égal ou supérieur à Dieu. Or, il nous faut un degré de charité plus grand pour renoncer, à cause de Dieu, à toutes les richesses et à tous les plaisirs licites. Voilà pourquoi saint Augustin a dit dans son sermon 18 sur les paroles de saint Paul sur la virginité : « Un plus grand amour s’impose un plus grand fardeau. »

Mélanchton dit, en second lieu, que nous pensons faussement que la loi de Dieu ne porte que sur la discipline externe; que nous estimons que la loi : tu ne tueras pas, n’interdit qu’un meurtre injuste, non le désir personnel de vengeance, la malveillance, les haines injustes. Et il déduit cela de ce que nous n’estimons pas péchés les premiers mouvements de la concupiscence, auxquels on ne consent pas. En parlant ainsi, il pèche trois fois. La première. Il ment en affirmant que nous ne reconnaissons comme péchés que les œuvres externes. C’est un mensonge si énorme qu’il est presque incroyable. La seconde. Qu’il déduise cela de ce que nous ne considérons pas comme péchés les premiers mouvements de la concupiscence auxquels on ne consent pas, comme s’il n’y avait d’actes internes que les involontaires. La troisième. Qu’il affirme que sont des péchés les mouvements involontaires, les tendances naturelles, les puissances naturelles par lesquelles la chair lute contre l’esprit. Vouloir que cela soit un péché c’est tout à fait contraire à la raison. Car, par le mot de péché, tous entendent un acte mauvais volontaire. Voilà pourquoi saint Augustin (dans le dernier livre de la perfection de la justice), dit que celui qui ne consent en aucune façon aux mouvements licites de la concupiscence ne doit pas, même s’il les ressent, dire à Dieu : pardonnez-nous nos péchés, mais seulement : ne nous induisez point en tentation.

Jean Calvin (livre 4, chapitre 13, verset 3 des institutions) dit que « nous donnons le nom de pollution au mariage que Dieu a institué ». C’est un mensonge éhonté. Car, ce que Dieu a institué, nous l’appelons, nous, un sacrement, avec saint Paul, non une pollution. Mais la concupiscence et la désobéissance des membres, que Dieu n’a pas instituées, et sans quoi, cependant, ne se consomme pas le mariage, nous l’appelons une pollution et une maladie, qui n’est pas un péché, mais qui est née du péché. Voir ce que saint Augustin dit de la concupiscence et du mariage.

Il dit ensuite (au même endroit, verset 8) que les hommes pieux qui se faisaient moines n’avaient pas d’autre intention que de se préparer, par la discipline monastique, au gouvernement des églises. Ce qui est un mensonge méprisant pour tous les saints qui, des monastères, ont été appelés à l’épiscopat. Car, si nous en croyons Calvin, c’étaient des homes dévorés par l’ambition, alors que l’histoire nous montre que c’est malgré eux qu’ils ont été faits évêques. Il est certain que saint Augustin, (dans le premier sermon de la vie commune des clercs) déclare que quand il n’était que moine, il n’a jamais désiré devenir évêque, et que, pour cette raison, il fuyait les lieux privés d’évêques, pour ne pas être forcé d’accepter l’épiscopat.

Saint Jean Chrysostome et saint Basile avec quelle ardeur ils fuirent l’épiscopat, afin de pouvoir demeurer perpétuellement dans leur monastère ! C’est ce que rapporte saint Jean Chrysostome lui-même dans son livre sur le sacerdoce. Saint Jérôme, dans sa lettre à Pammachius, contre Jean, évêque de Jérusalem, affirme que c’est malgré lui qu’il a été sacré prêtre par l’évêque Paulin, parce qu’il avait décidé d’être moine et non prêtre. Saint Grégoire, dans sa lettre à saint Léandre, que l’on trouve au début de son livre sur les morales, déplore lamentablement son sort, pace qu’ayant choisi de vivre perpétuellement dans un monastère, il avait été contraint de devenir pape.

Et même si Calvin nous oppose la lettre 81 de saint Augustin aux moines de l’île de Capri, nous ne craindrons pas de la reproduire parce qu’elle est plus favorable à nous qu’à lui. Voici donc la lettre controversée : « Frères, nous vous exhortons dans le Seigneur de maintenir votre engagement, et de persévérer jusqu’à la fin. Et si notre mère l’Église avait besoin de votre labeur, recevez cette charge sans être avides d’élévation, ne la rejetez pas par une fausse humilité, mais obéissez à Dieu dans l’humilité et la douceur du cœur de Jésus. Ne faites pas passez vos loisirs avant les nécessités de l’Église. Car si aucun homme bon n’avait servir à son enfantement, vous n’auriez pas trouvé comment naître. »

C’est de ce passage que se sert Calvin pour prouver que, puisqu’on avait coutume autrefois d’aller chercher dans les monastères les prêtres et les évêques, ceux qui se faisaient moines faisaient profession de vie religieuse afin d’être promus à l’épiscopat. Mais qu’on ne peut pas déduire ceci de cela, cela saute aux yeux. D’autant plus que les paroles de saint Augustin disent expressément le contraire. Car, si ces moines de l’ile de Capri se préparaient à recevoir des hautes fonctions, pour quelle raison saint Augustin les exhortait-il à ne pas refuser ces charges si jamais on les leur offrait ? De plus, pourquoi les exhorte-il à rester fidèles à leur engagement et à persévérer jusqu’à la fin, s’ils ne sont pas venus là pour y demeurer toujours, mais pendant un certain temps seulement, et rien que pour se préparer à exercer une haute fonction ecclésiastique ?

En troisième lieu, il dit la même chose au verset 10. « Quand Augustin a déformé pour nous le monachisme légitime, il a voulu enlever toute la rigidité pointilleuse de ces choses qui ont été laissées à notre libre choix par la parole du Seigneur ». Ceci est un autre mensonge, comme le montrent les passages ci-haut allégués aux psaumes 75 et 99, et ceux que nous citerons plus loin. Quatrièmement. Il dit, au même endroit, que « saint Augustin requiert de ses moines que toutes les formes de la vie monastique de ses couvents se réfèrent à la piété que le Seigneur a recommandée à tous, c’est-à-dire à la charité envers Dieu et envers le prochain ». Et il se demande « quelle nouvelle piété ont inventée nos moines, par la médiation de laquelle ils deviennent plus parfaits que tous ».

Cela aussi est un mensonge flagrant. La seule vérité qu’il profère c’est quand il dit qu’il ne sait pas quelle nouvelle piété ils ont inventée. Car, c’est vrai qu’il ne le sait pas, puisqu’ils n’en ont jamais inventée de nouvelle; et puisque, par ces vœux, ils ne recherchent rien d’autre que la perfection dans la charité. Que la vie religieuse soit plus parfaite que la vie séculière, autant Calvin l’a en horreur, autant saint Augustin l’enseigne (épitre 89, question 4) à Hlaire, où il dit : « Le bon maître a distingué les commandements de la loi de cette perfection plus excellente, quand il a dit : si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements; si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as. »

Cinquièmement, il dit au même endroit, au verset 11, que « la vie monastique n’a jamais été, même pas par une syllabe, approuvée par le Seigneur ». Ce mensonge est repoussé par saint Augustin, au lieu déjà cité, et par saint Jean Chrysostome (homélie 17 au peuple) : « Elle est d’un si grand prix la philosophie instituée par le Christ ! » Sixièmement. Il dit, au verset 12, qu’ « il n’est jamais venu à la pensée d’aucun ancien de dire que le Christ avait conseillé quelque chose; mais que tous ont toujours déclaré d’une seule voix qu’aucune parole du Christ n’a été émise qui n’ait, pour nous, valeur de commandement ». Ce qui est un mensonge plus que honteux. Et il ne présente aucun texte pour confirmer ce qu’il avance si impudemment. Nous, dans la prochaine question, nous présenterons tous les anciens qui crient d’une seule voix que nombreux sont les conseils évangéliques. Que suffise, pour le moment, cette citation de saint Augustin.

Septièmement. Il dit, au même endroit, que « les moines, pour sembler paraitre plus parfaits que les autres, promettent d’observer les conseils évangéliques de ne pas jurer, d’aimer les ennemis, et de ne pas rechercher la vengeance ». Or, aucun moine ne s’engage par vœu à observer cela, car ces choses ne sont pas de simples conseils, mais des commandements. Huitièmement. Il dit, au verset 14, que « les pères abhorraient de tout leur cœur ce blasphème et ce dogme sacrilège qui donnait le nom de second baptême à la profession monastique ». Or, nous avons montré, nous que saint Athanase, saint Jérôme, saint Bernard et saint Thomas n’avaient pas cette phrase-là en horreur. Mais lui, il est incapable de ne citer aucun témoignage en sa faveur.

Neuvièmement. Il dit, au même endroit, que, au temps de saint Augustin, les vrais moines étaient toujours disponibles pour exercer la charité envers le prochain, tandis que « les moines d’aujourd’hui ont fait scission avec toute l’Église ». Ce qu’il tente de prouver de deux façons. La première. Les anciens moines allaient prier dans l’église paroissiale, et participaient aux sacrements avec les autres chrétiens. Les nôtres ont leurs chapelles propres, leurs autels particuliers. La deuxième. Dans 1 Corinthiens 1, « l’apôtre appelle schismatiques ceux qui disent : je suis pour Pierre, je suis pour Paul, ou je suis pour Barnabée. Or, les moines d’aujourd’hui disent : je suis pour Augustin, pour Benoit, pour François, pour Ignace. »

Il y a là un double mensonge. Car, d’abord il est faux que les anciens moines n’avaient ni églises ni autels à eux. Car, alors, autant les ermites que les cénobites habitaient en dehors des villes, loin des autres hommes. Parce qu’ils ne pouvaient pas aller aux églises de leurs prêtres ou de leurs évêques, chaque monastère avait son abbé, son prêtre qui leur administrait les sacrements. C’est ce qu’explique clairement saint Augustin (livre 1, chapitres 31 et 33 des mœurs de l’Église, et dans l’épitre 81 au prêtre Eudoxius et à l’abbé de l’île de Capri ). Le même Épiphane, dans sa lettre à Jean de Jérusalem, dit avoir ordonné Paulinien comme prêtre du monastère de Jérusalem, parce que saint Jérôme, le préposé du monastère, n’osait pas, par humilité, administrer les sacrements à ses frères. On voit la même chose dans presque toutes les conférences de Cassien, et surtout dans la 18ième et la 15ième.

De plus, il est faux que nos moines aient fait scission avec l’Église. Ne reconnaissent-ils pas le même pontife que tout le reste de l’Église ? Ne sont-ils pas ordonnés par les mêmes évêques qui ordonnent les autres ? Ne communient-ils pas avec le même peuple que ne font les autres chrétiens ? S’ils étaient schismatiques parce qu’ils ont des autels et des églises à eux, tous les curés seraient schismatiques, car il n’y a aucune paroisse qui n’ait une église et un autel distincts des églises et des autels des autres paroisses.

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