Les Controverses de la foi chrétienne (Disputationes de controversiis) (page 125)

Robert Bellarmin · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Controverses, 34 livres · 336 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le martyr répond : « Ce précepte de vendre tout ce qu’il a n’est donné qu’à cet adolescent. C’est à lui donc qu’il était nécessaire à sa perfection, non aux autres. Car, est parfait celui qui obéit au Dieu qui commande ». Mais, c’est le contraire qui est vrai, Quand Jésus lui a dit : si tu veux entrer dans la vie, observe tous les commandements, il a indiqué que l’observation des commandements était un moyen d’atteindre le royaume des cieux nécessaire pour tous. De la même façon, quand il lui dit : si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, il dit que donner tous ses biens aux pauvres est un moyen d’atteindre la perfection non seulement pour lui mais pour tous. De plus, on peut prouver la même chose avec des témoignages des anciens pères, qui enseignent tous, que, dans ce passage, n’a pas été ordonnée mais conseillée la vente de tous ses biens comme moyen d’atteindre la perfection. Saint Ambroise (dans le livre des veuves, passé le milieu) : « Pour que tu comprennes la distance qu’il y a entre un précepte et un conseil, souviens-toi du jeune homme dans l’évangile à qui il avait été commandé de ne pas commettre de meurtre, d’adultère, et de ne pas faire de faux témoignage. Car là où il a un précepte, il y a la punition du péché. Mais quand ce jeune homme ne se souvint pas d’avoir violé aucun précepte, un conseil lui a été donné de tout vendre, et de suivre le Seigneur. Cela n’a pas été imposé comme un précepte, mais proposé comme un conseil; »

Saint Jérôme (dans son livre contre Vigilance) : « Font bien, selon toi, ceux qui conservent l’usage de leurs biens et distribuent petit à petit leurs revenus aux pauvres. Or, que fassent mieux qu’eux ceux qui distribuent d’un seul coup tous leurs biens aux pauvres, c’est le Seigneur qui te le confirmera : « si tu veux être parfait, va, vends tout ce que as, donne-le aux pauvres, et suis-moi ». Il parle à celui qui veut être parfait, qui, comme les apôtres, a abandonné père, bateaux et filets. Celui que tu loues est du troisième ou du deuxième degré, que nous acceptons nous aussi, pourvu qu’on sache qu’il faille préférer le premier au deuxième et au troisième. Saint Augustin dit (épitre 39, question 4) : « C’est à ce jeune homme à voir comment il a rempli les commandements de Dieu. Il n’en reste pas moins que le bon maître distingue les commandements de la loi de cette perfection plus excellente. Car, il dit d’abord : si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements, et ensuite, si tu veux être parfait…. » Saint Jean Chrysostome, au même endroit : « Pour attirer un indigent, il lui montre la récompense future, et laisse tout à sa volonté. »

On prouve la même chose avec les paroles suivantes, car quand Pierre vit qu’après avoir entendu cette proposition, le jeune homme riche s’en alla tout triste, il dit au Seigneur : « Et nous qui avons tout laissé pour te suivre, qu’est-ce qu’il en sera de nous ? » C’est comme s’il avait dit : nous qui avons fait ce que ce jeune homme n’a pas voulu faire, qu’adviendra-t-il de nous ? À cette interrogation, si la sentence de Calvin et du martyr était vraie, le Seigneur aurait du répondre : je ne vous donnerai rien, car c’est à ce jeune homme et à lui seul que j’ai parlé par ironie, uniquement pour qu’il comprenne qu’il a menti. Or, ce n’est pas ce qu’il a répondu, mais il leur a dit : « En vérité, je vous le dis, vous qui m’avez suivi, … » Et pour que nous ne pensions pas que cette promesse a été faite aux seuls apôtres, écoutons ce que dit saint Augustin (épirtre 89, question 4, commentant de texte) : « Ceux qui n’ont pas reçu le conseil de perfection si grand et si sublime de vendre tout ce qu’ils possèdent, mais qui, innocents des crimes condamnables, ont nourri le Christ dans un affamé, ne siégeront pas avec le Christ pour juger avec lui, mais se tiendront à sa droite pour être jugés avec miséricorde. »

À l’argument de Calvin tiré de l’apôtre, je réponds qu’on peut considérer de deux façons un abandon de toutes choses. Une, en lui-même, une autre, en tant que c’est une action commandée par l’amour. Selon le premier sens, l’abandon de toutes choses n’est par la perfection, mais il peut être un instrument de perfection. Et nous pouvons expliquer ainsi les paroles du Seigneur : si tu veux être parfait, vends tout ce que as au sens de : prends cet instrument et tu acquerras la perfection. Mais cet abandon de toutes choses, s’il n’est pas fait par la charité, ne sauve pas l’homme, et c’est pourquoi l’apôtre dit qu’il est de nul profit (1 Cor 13). Pris au second sens, l’abandon de toutes choses peut-être appelé perfection, ou œuvre de perfection. On peut, dans ce sens comprendre ainsi la parole de Jésus : « Si tu veux être parfait, vends tout, car, tu découvriras alors que tu as la charité parfaite.

La troisième explication est celle des pélagiens. Eux qui expliquaient ainsi le si tu veux être parfait : si tu veux que rien ne te manque à la poursuite du salut. Car, est partait celui à qui rien ne manque. Et ils le prouvent cela par les paroles du Seigneur en Marc 10 : « Il te manque une seule chose, » et en Matth 19 : « Qu’est-ce qui me manque encore ? » C’est comme s’il avait dit : j’ai observé les commandements du décalogue transmis par Moïse. Y a-t-il quelque chose d’autre à faire ? À quoi Jésus a répondu : « Il te manque une chose, va, vends ce que tu possèdes. » Mais que cette explication soit fausse, c’est saint Augustin qui l’enseigne (épitre 89, question 4), par les paroles de ! Timothée 6 : « Commande aux riches de ce siècle de ne pas s’enorgueillir de leurs richesses et de leur statut social, ni de mettre leur espoir dans des biens éphémères, mais dans le Dieu vivant. Que les riches fassent le bien… » « Je pense, dit saint Augustin, que prescrivant ces choses, il instruisait les riches. L’apôtre ne se trompait pas, lui qui n’a pas dit : ordonne aux riches de ce monde de vendre tous leurs biens, de les donner aux pauvres, de suivre Jésus, et de ne pas s’enorgueillir. » Quand donc le Seigneur dit : si tu veux être parfait, il ne parle pas de la perfection nécessaire au salut, mais d’une autre qui est plus grande. Et, de la même manière, quand ce jeune homme a dit : qu’est-ce qui me manque, il ne parlait pas de ce qui est nécessaire pour obtenir le salut éternel, car il avait déjà entendu la réponse du Seigneur : si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. Il parlait donc de ce qui rendrait le salut plus facile à obtenir et plus parfait. C’est-à-dire : que puis-je faire de plus pour obtenir la vie éternelle ? Si quelqu’un s’imagine que ce que le jeune homme a voulu demander c’est :

est-ce qu’il me manque quelque chose pour obtenir le salut, la réponse qu’il devrait attendre du Seigneur est : il ne te manque rien d’autre, et le Seigneur n’aurait pas dit si tu veux être parfait etc.

La quatrième proposition est celle de Guillaume du saint amour contre lequel a écrit saint Thomas (opuscule 19). Il disait qu’il fallait entendre ces paroles du Seigneur selon une disposition de l’âme : et qu’elles contenaient un vrai précepte, comme dans Matth 5 : « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, montre-lui la gauche. » C’est un précepte, mais en tant que préparation de l’âme, comme saint Augustin l’explique dans l’épitre 5 à Marcellinus, (lieux communes, chapitre sur la pauvreté.) Mais cette explication est manifestement fausse, car les exemples du Seigneur et des saints sont d’excellents commentaires des paroles de l’Écriture. Or, nous constatons que quand on a frappé Jésus sur une joue, (Jean 18) il n’a pas présenté l’autre, mais a dit : « Pourquoi me frappes-tu ‘? » Et de la même manière, l’apôtre, quand on le frappa sur une joue, (actes 23) n’a pas présenté l’autre, mais a dit : « Que Dieu te frappe, muraille blanchie ! » De tous ces exemples, saint Augustin conclut qu’il s’agit d’un précepte qu’il faut entendre comme une préparation de l’âme à faire telle chose. Or, le conseil de quitter toutes choses le Seigneur et les apôtres l’ont appliqué dans la réalité, et non seulement comme une disposition permanente de l’âme. Le Seigneur dit de lui en Luc 9 : « Les loups ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids. Le Fils de l’Homme n’a rien où poser sa tête. » Et en Matt 19, les apôtres disent : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Et saint Athanase raconte au sujet d’Antoine que quand il entendit lire dans l’église « si tu veux être parfait, va, vends tout ce que as », Dieu lui a fait comprendre le vrai sens de ces paroles, et aussitôt après, il a vendu ses biens et a donné le tout aux pauvres. Il appert donc que ce texte parle d’un véritable détachement de tous les biens.

De plus, cette maxime de tendre l’autre joue ne peut être accomplie sans causer un tort au prochain et une offense à Dieu. Voilà pourquoi nous comprenons facilement que ce qui est prescrit là c’est la patience, et non la présentation de l’autre joue. Mais vendre tous ses biens peut se faire sans causer aucun tort au prochain, car personne ne commet une injustice en donnant ses biens aux pauvres. Voilà pourquoi nous comprenons facilement que ce conseil doit être mis en application réellement.

La cinquième proposition est celle d’Osiandre qui, comme le rapporte Alphonse Viruensius (philippique 20), admet que c’est un vrai conseil évangélique, mais qu’il n’a été donné qu’au jeune homme auquel Jésus parlait. Mais cette proposition est fausse. Car, le Christ n’a pas dit ces paroles au jeune homme n’importe comment, mais conditionnellement : si tu veux être parfait. Donc ce conseil qui lui est donné est donné à tous les fidèles qui veulent être parfaits, selon saint Matthieu : « Ce que je dis à vous, je le dis à tous. Veillez. » De plus ce que le Christ a dit à quelqu’un en tant que prince, il l’a dit à tous les princes, comme : pais mes brebis (Jean 21). Donc ce qu’il dit à quelqu’un en tant que personne privée doit être considéré comme ayant été dit pour toutes les personnes privées. Ensuite, que le Christ ait dit cela pour tous nous le voyons clairement par la compréhension qu’on eue les apôtres de ces paroles. En effet, ils ont pensé que ces paroles leur étaient aussi adressées puisqu’ils ont demandé au Seigneur : « Et nous qui avons tout quitté, que nous arrivera-t-il ? » Nous le voyons aussi par l’approbation du Seigneur qui a répondu : « En vérité je vous le dis, vous qui avez tout quitté. » Ajoutons à tout cela que « si tu veux entrer dans la vie » et « si tu veux être parfait » sont deux phrases semblables, et dites par la même personne. Or, la première est dite pour tous. Pourquoi donc la seconde ne serait-elle pas, elle aussi, dite pour tous ? Enfin, saint Antoine, au témoignage de saint Athanase, saint François, au témoignage de saint Bonaventure, ont cru que la seconde avait été dite pour eux. Nous pourrions citer d’autres témoignages pour prouver que ces enseignements particuliers s’adressaient à tous. Ce n’est donc pas au seul jeune homme qu’a été donné ce conseil.

Le sixième témoignage porte sur l’obéissance, quand le Seigneur a dit : « Et suis-moi. » Car qu’il s’agisse d’un conseil, ont le voit parce qu’il est dit à la seule personne qui veut être parfait, et à qui a été dit « vends tout ce que tu as ».. Que le suis-moi se rapporte à l’obéissance, on le prouve de deux façons. La première parce que suivre le Christ est imiter le Christ. Or, le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort (Philipp 2). La deuxième. Parce que le Christ lui-même explique en Matt 16 ce que c’est que suivre le Christ, en disant : « Celui qui veut venir après moi qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ! » Or, renoncer à soi-même n’est rien d’autre que, par son jugement et ses affections, valoriser le jugement et les affections des autres, et s’en accommoder. Quelqu’un dira : se renoncer c’est obéir. Mais, dans ce texte, il est question d’une obéissance qui est due nécessairement à Dieu, non de celle qui est accordée spontanément à un homme. Car, vient tout de suite après : « Celui qui aime sa vie la perdra. » Je réponds que ce passage parle d’une obéissance qui est due nécessairement à Dieu, mais qu’on peut en déduire le conseil d’obéissance religieuse. Car, dans un monastère, se renoncer à soi-même en suivant le Christ c’est se soumettre à la volonté d’un autre. D’autres passages nous font aussi comprendre qu’il y a deux façons de suivre le Christ. Une nécessaire et commune à tous les fidèles. C’est de cela qu’il s’agit dans Matthieu 16 et Luc 9.

Il y en a une autre qui n’est conseillée qu’à ceux qui veulent devenir parfaits (Matth 19, Lc 18).

Il faut donc qu’il y ait une double abnégation de soi. C’est-à-dire, l’obéissance nécessaire et commune à tous qui consiste à obéir à tout ce qui est nécessaire au salut. Et une autre plus grande et plus universelle, qui consiste dans l’obéissance à toutes les choses même non nécessaires, pourvu qu’elles ne soient pas peccamineuses. Cette obéissance est louée chez les Rechabites (Jéréme 35) qui obéirent à leur père dans des choses où ils n’étaient pas tenus de lui obéir.

Le septième témoignage est celui de 1 Corinthiens 7, où le conseil de continence est proposé de plusieurs façons. « Il est bon, dit Paul, de ne pas toucher à la femme. » De même : « Il est bon pour l’homme d’être ainsi. » De même : « Tu as perdu ton épouse, n’en cherche pas une autre. » De même : « Je veux que tous soient comme moi. », c’est-à-dire continents. C’est ainsi que tous les anciens ont compris le texte. De même : « Au sujet des vierges, je n’ai pas de précepte du Seigneur. Je donne un conseil comme ayant obtenu la miséricorde du Seigneur pour être fidèle. » Il indique là que ce conseil n’est pas humain, mais divin, car il dit qu’il donne un conseil non comme un politique, mais comme un fidèle ministre de Dieu. De même : « Celui qui donne une vierge en mariage fait bien; mais celui qui ne le fait pas, fait mieux. » Ensuite, au sujet d’une veuve : « Qu’elle épouse qui elle voudra, mais seulement dans le Seigneur. Mais elle sera plus heureuse si, selon mon conseil, si elle demeure comme elle est. Je pense avoir, moi aussi, l’esprit de Dieu. » Il attribue donc ici ce conseil à l’Esprit-Saint.

Or, à ces passages les adversaires répondent de trois façons. La première est celle de Luther dans l’épithalame, où il dit que, dans ces passages, l’apôtre ne conseille pas mais déconseille la continence. Et il le prouve en disant que, dans ce chapitre, l’apôtre mêle à la louange de la continence la nécessité du mariage. Car, après avoir dit : il est bon à l’homme de ne pas toucher à la femme, il ajoute tout de suite après : à cause de la fornication, que chacun ait une femme ! Comme s’il voulait dire : j’aimerais bien exhorter à la continence, qui est certainement une belle chose, mais le péril de la fornication ne me permet pas de le faire. » Calvin enseigne à peu près la même chose dans son commentaire de ce texte. Car, il dit que la phrase de saint Paul : il est bon pour l’homme de ne pas toucher à la femme, est semblable à cette autre phrase : il serait bon à l’homme de ne pas manger et de ne pas boire, si la chose était possible. Mais, parce que cela ne peut pas se faire sans miracle, tous mangent donc et boivent.

Réfutation. D’abord, les paroles de saint Paul sont très claires. Il ne dit pas : il serait bon, mais il est bon. Il ne dit pas non plus : je voudrais donner un conseil, mais je donne un conseil. Voilà pourquoi tous les pères l’ont toujours interprété ainsi. Voir saint Jean Chrysostome et les autres qui ont commenté ce passage. Saint Ambroise (au livre des veuves, près de la fin), saint Jérôme (livre 1 contre Jovinien), saint Augustin (livre sur la sainte virginité, chapitre 13 et suivants). Comme s’il avait prévu qu’un de ses augustiniens apostats dirait un jour que, en ce passage, l’apôtre encourage à se marier et détourne de la continence, dit ceci, au chapitre 16 : « Il exhorte à la virginité et à la continence de façon à détourner un tantinet du mariage. » De plus, si se contenir est si difficile, comme ils le disent et le montrent par l’exemple, aucun d’entre eux n’étant continent, saint Paul est un homme débile, puisqu’il loue une chose si impossible ! L’absurdité de la chose apparaitra clairement si quelqu’un expliquait toutes les paroles de Paul à l’exemple de Calvin. Car n’aurait-ce pas été une chose ridicule pour l’apôtre de dire qu’il est bon de ne pas manger ? Ou, si tu es privé de nourriture, n’en cherche pas d’autre ! De même. Au sujet de la nécessité de manger, je n’ai pas de précepte du Seigneur. Je conseille que personne ne marge. De même. Celui qui mange fait bien, celui qui ne mange pas fait mieux. De même.

Celui qui mange ne pèche pas, qu’il fasse ce qu’il voudra. Mais il sera plus heureux s’il ne mange plus.

En disant : à cause de la fornication, que chacun ait sa propre épouse, l’apôtre n’invite pas tous ceux pour qui la fornication est un danger à prendre une épouse, car alors, tous, sans exception, devraient se marier. Luther, cependant, excepte ceux qui ont le don de continence. Mais même à eux est toujours présent le danger d’incontinence, car ce don ils pourraient le perdre et être vaincus par la tentation. Il exhorte ceux qui sont mariés de garder leurs femmes, et ceux qui sont sur le point de commettre l’adultère de se marier plutôt, comme il le dit plus bas : « Que celui qui ne se contient pas se marie. »

L’autre interprétation est celle de Pierre le martyr. Il oppose les paroles de saint Paul : il est bon pour l’homme de ne pas toucher à la femme, c’est-à-dire de vivre sans épouse, aux paroles de la Genèse (2) : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. », c’est-à-dire il n’est pas bon pour l’homme de vivre sans épouse. Et parce que Paul ne peut pas contredire Dieu, Paul ne parle que de ceux qui sont certains d’avoir le don de continence; et Dieu de tous ceux qui sont privés de ce don. Et comme ceux qui sont certains de posséder ce don sont rarissimes ou inexistants, il en déduit qu’il est bon que tous aient une épouse. Mais il se trompe dans les deux cas. Car, que Dieu ne parle pas de ceux qui manquent de ce don, cela va de soi, car ces paroles ont été prononcées avant le péché d’Adam. À ce moment, Adam n’avait pas encore la concupiscence mauvaise, et possédait avec les autres vertus le don de continence, qui lui aurait permis d’être continent le cas échéant.

Que saint Paul ne parle pas uniquement de ceux qui ont le don de continence, mais qu’il parle en général pour tous quand il dit qu’il est bon pour l’homme de ne pas toucher la femme, cela se comprend de ce que même si tous ne possèdent pas ce don, tous peuvent l’acquérir, s’ils le demandent à Dieu. Voilà pourquoi ce conseil peut convenir à tous. Car si la continence était un don de Dieu tel qu’il ne serait pas en notre pouvoir de nous contenir ou de ne pas nous contenir, comme il n’est pas en notre pouvoir de prophétiser, selon l’exemple qu’apporte Calvin dans son commentaire de ce chapitre, Paul dirait stupidement je vous donne un conseil, et qu’il fasse ce qu’il veut. Car il y n’y a aucune consultation ou élection au sujet de ce qui n’est pas en notre pouvoir. Car qui, sauf un fou, demanderait à quelqu’un s’il veut prophétiser ou ne pas prophétiser ? De même, saint Paul dit, a même endroit, que la continence conjugale est un don de Dieu, et n’est pas donnée à tous : « Chacun a son don de Dieu, un ceci, un autre cela. » Je demande donc : celui qui n’a pas le don de continence conjugale, que fera-t-il ? Lui sera-t-il permis de forniquer ? Ils répondront : il n’est pas permis de forniquer, car même s’il pas le don de continence, il l’aura s’il le demande à Dieu. Or, je dis la même chose au sujet de la continence virginale. On peut aussi faire concorder autrement les paroles de saint Paul et celle de la Genèse. Dieu parle du bien de l’espèce, Paul du bien de l’individu.

Dieu parlait de l’époque où la terre était presque vide; Paul à l’époque où elle est remplie. Dieu parle du bien qui se réfère à la vie temporelle, Paul du bien qui se réfère à la vie éternelle,

Il y a donc une troisième solution. Que Paul encourage ou n’encourage pas la continence, il ne la loue cette continence qu’en tant qu’elle est utile à d’autre chose, non en tant qu’elle est par elle-même agréable à Dieu ou méritoire. Cette utilité, tous ne l’exposent pas de la même façon. Car, Luther, dans l’épithalame, ne reconnait qu’une utilité temporelle, qui libère des préoccupations, des soins et des nombreuses afflictions qui sont le lot des mariés. « L’apôtre, dit Luther, veut qu’on comprenne ce mot d’une façon spirituelle quand il dit qu’il est bon pour l’homme de ne pas toucher à la femme, c’est-à-dire que ce « bon » ne se rapporte pas à un mérite devant Dieu, comme jusqu’à présent ce texte est expliqué par saint Jérôme, mais au bien être et au repos dans cette vie par les quels un homme chaste surpasse les époux. En effet, celui qui vit chaste, sans épouse, est affranchi des tribulations et des inconvénients qui se trouvent dans l’état du mariage. » Mais Mélanchton (lieux, la chasteté) et Pierre le martyr (dans son commentaire de ce texte) et d’autres hérétiques ne reconnaissent pas seulement un avantage temporel, mais même spirituel, car ceux qui vivent sans femme sont plus portés à prier et à prêcher.

Quant à nous, à ces deux raisons, nous en ajoutons une troisième, plaire à Dieu et mériter une plus grande récompense. Et pour réfuter Luther, il devrait suffire que Jovinien pensait exactement comme lui. Saint Augustin l’avait réfuté ainsi : « Ils se fourvoient misérablement ceux qui pensent que le bien de la continence n’est pas nécessaire pour le royaume des cieux, mais pour le siècle présent, à savoir que les conjoints sont accablés par de nombreux soucis terrestres, fardeaux que les continents et les vierges n’ont pas à porter. »

Mais ils rétorquent que l’apôtre dit expressément qu’il y voit un bien « pour la nécessité présente. » Et plus bas : « Ils auront ainsi des tribulations de la chair. » Je réponds que « pour la nécessité présente », ou comme nous lisons nous, « la pressante nécessité » ne signifie pas : pour fuir les soucis présents, mais à cause de la brièveté du temps, parce que le Seigneur est proche, et qu’approchent les jours dont il a été dit : « Malheur aux femmes qui seront enceintes et qui allaiteront en ces jours-là. Matth 24 ». Comme l’explique saint Jérôme (dans son livre contre Helvidius, livre 1, dans son livre contre Jovinien, et dans son épitre à Eustochius, sur la virginité), et comme il appert de ce texte de l’apôtre qui, comme s’il expliquait ce qu’est la nécessité présente, dit : « Le temps est court. » Et encore : « La figure de ce monde a péri. » Donc, ce « ils auront des tribulations de la chair » doit s’entendre de l’affliction temporelle dont souffrent les conjoints, mais pas seulement pour la fuir, puisque l’apôtre enseigne que la continence est un bien. Bien plus, comme l’explique saint Jérôme (livre 1 contre Jovinien). De peur que quelqu’un pense que les époux sont inférieurs aux vierges par rapport au choses spirituelles, mais plus heureux par rapport aux choses charnelles, il ajoute qu’ils sont misérables aussi par rapport aux choses charnelles, et qu’il n’existe donc aucune raison de douter que la continence est meilleure que le mariage.

Contre Philippe et le martyr, on trouve dans ce chapitre deux ou trois textes. Le premier : « La femme non mariée et la vierge pensent aux choses de Dieu, comment plaire à Dieu, être sainte de corps et d’esprit. » L’apôtre dit là que la virginité est une sainteté de corps et d’esprit, et que par elle nous plaisons à Dieu. Car le sens est le suivant. Comme la femme mariée pense à se conserver belle pour plaire à son mari, de la même façon la vierge pense à conserver l’intégrité et la sainteté de son corps pour plaire à Dieu. Saint Jérôme (livre 1, contre Jovinien), dit, en commentant cela : « Cette virginité est une hostie du Christ, dont aucune pensée n’a entaché l’esprit, et dont aucune passion n’a maculé la chair. » Comme nous le voyons, il appelle hostie la virginité. C’est donc une chose par laquelle on rend un culte à Dieu, et on lui est agréable.

Le second. « Je ne dis pas cela pour vous tendre un piège, mais pour vous inviter à ce qui est honnête et qui permet de servir Dieu sans empêchement. » L’apôtre dit là que la continence est par elle-même quelque chose d’honnête et de beau, qu’elle est donc chère à Dieu; et qu’elle est aussi utile pour pouvoir prier Dieu sans arrêt. Le troisième. « Elle sera plus heureuse si elle demeure ainsi. » C’est-à-dire plus digne dans l’autre monde, comme l’explique saint Ambroise. Et voici ce qu’on trouve dans le dernier livre de saint Augustin sur la trinité, chapitre 14 : «La vie éternelle où se trouve une gloire éclatante ne sera pas accordée à toux ceux qui vaincront éternellement, mais à ceux-là seuls qui, pour l’acquérir, ne se sont pas contentés de s’affranchir du péché, mais qui ont voué à leur libérateur quelque chose qu’ils pouvaient conserver sans crime, et qui leur rapportait de grandes louange en le vouant et en le retournant à Dieu. Come le dit l’apôtre : je vous donne un conseil. »

Le huitième témoignage : 1 Corinthiens 9. Dans tout ce chapitre, saint Paul s’efforce de montrer qu’il fait plus qu’il est obligé de faire, et que, à cause de cela, il mérite une gloire singulière auprès de Dieu. Car, comme le Seigneur avait prescrit que ceux qui annoncent l’évangile vivent de l’évangile, saint Paul a préféré évangéliser gratuitement, et de faire ainsi une œuvre surérogatoire : « Il est préférable de mourir plutôt que quelqu’un évacue ma gloire. Car, si j’évangélise ce n’est pas pour moi un sujet de gloire. C’est pour moi une nécessité. Malheur à moi si je n’évangélise pas ! Quelle est donc ma récompense propre ? De prêcher l’évangile sans en retirer un sou. »

Pierre le martyr répond dans son commentaire sur ce passage que saint Paul ne parle pas d’une œuvre surérogatoire, mais d’une œuvre due devant Dieu, même si elle ne l’est pas selon le jugement des hommes. Voilà pourquoi par le mot gloire il entend la gloire devant les hommes, non devant le tribunal de Dieu. Et il le prouve de trois façons. La première. Parce que saint Paul a dit : « Il est préférable pour moi de mourir plutôt que quelqu’un évacue ma gloire. » Or, pour une œuvre non nécessaire, comme l’est quelque chose de surérogatoire, personne ne doit subir la mort, seulement pour une chose nécessaire. Il parle donc d’une chose qui est nécessaire devant Dieu. Mais il en découle une gloire devant les hommes qui peuvent juger cette œuvre non nécessaire. La deuxième. Car Paul désespère de son salut s’il ne fait pas cette œuvre. Car, il dit : ce n’est pas pour moi une gloire d’évangéliser. C’est-à-dire, si je prêche en recevant de l’agent du peuple, je ne gagnerai rien. D’où vient : quelle est donc ma récompense ? Pour que prêchant l’évangile sans profit monétaire, j’établisse l’évangile. Il parle donc d’une œuvre obligatoire, qui, si elle n’est pas faire, le frustre de toute récompense.

La troisième. Parce qu’il dit : pour que je n’abuse pas de mon pouvoir, et pour que je n’apporte pas d’obstacle à l’évangile du Christ. Or, abuser de son pouvoir, et mettre des obstacles à l’évangile c’est un péché. Le martyr conclut donc que saint Paul aurait gravement péché s’il avait accepté de l’argent du peuple, parce qu’il aurait ainsi mis des empêchements à l’expansion du christianisme.

Or, dans cette explication du martyr, il y a deux erreurs. La première. La gloire que s’attribue saint Paul, il la voit comme une gloire devant les hommes, et non devant Dieu. Or, saint Augustin dit le contraire (dans son livre sur les moines, chapitre 10) : « Il est préférable pour moi de mourir plutôt que quelqu’un évacue ma gloire. Quelle autre gloire que celle qu’il a voulu avoir auprès de Dieu dans le Christ ? » Ne vois-tu pas comment il contredit ouvertement le martyr ? De plus, les propres paroles de saint Paul montrent qu’il parle de la gloire auprès de Dieu, du mérite de cette excellente gloire qu’il attendait par cette œuvre de surérogation. Car, plus bas, ce qu’il avait appelé gloire, il l’appelle récompense : « Quelle est donc ma récompense? » Or, il est certain qu’il n’attendait pas de récompense des hommes, mais de Dieu. Enfin, si Paul se glorifiait devant les hommes comme d’une œuvre non due, qui était due devant Dieu, il se glorifierait faussement. Qui pourrait dire cela sauf peut-être un autre pseudo martyr Pierre ?

La seconde erreur. Il dit qu’il aurait péché s’il avait accepté de l’argent du peuple, et que c’est pour cette raison que son œuvre était due et non surérogatoire. D’abord, dans tout ce chapitre, saint Paul ne fait rien d’autre que de prouver qu’il lui est permis de vivre des biens du peuple. Voici comment il le prouve. Par l’exemple des autres apôtres. Par les exemples des soldats, des pasteurs, des cultivateurs. Par la loi de Moïse. Par l’ordre du Christ. Par la nature.

De plus, c’est ainsi que l’ont expliqué tous les anciens pères. Saint Jean Chrysostome, sur ce passage : « Les choses que l’on fait en plus de celles qui sont commandées méritent une récompense. Celles qui correspondent au précepte, non. » Saint Ambroise dit deux fois que saint Paul a considéré comme illicite ce qui lui était permis. Saint Augustin (dans son œuvre sur l’œuvre des moines, chapitre 5) : « Celui qui avait amené un blessé dit à l’aubergiste : s’il faut payer davantage, je l’ajouterai. Or, Paul payait plus qu’il ne devait, puisque, comme il l’atteste lui-même, il militait avec son argent. » De plus, les autres apôtres recevaient des biens et de l’argent du peuple, et il n’est pas vraisemblable qu’ils aient péché. Saint Paul n’a donc pas péché, lui non plus.

Le martyr répond que le cas de Paul est différent de celui des autres apôtres, car les autres n’avaient pas comme émules de faux apôtres, comme en avait Paul. Mais, cela ne vaut rien, car, autrement, il n’aurait pas eu raison de dire qu’il avait le droit de se faire entretenir par le peuple comme les autres apôtres. De plus, saint Paul ne s’est pas abstenu de recevoir des biens ou de l’argent à cause des pseudos apôtres, mais pour ne pas imposer un fardeau au peuple, comme il dit lui-même à 1 Thessal 2, et 2 Thessal 3. Bien plus, à cause des pseudos apôtres, il aurait plutôt du accepter des offrandes. Car ce sont eux qui accusaient Paul, comme Cajetan l’a bien remarqué, de ne pas ressembler à un véritable apôtre parce qu’il ne vivait pas comme les autres apôtres. Voilà pourquoi, dans tout ce chapitre, il prouve qu’il est un vrai apôtre, et qu’il pourrait accepter une dime s’il le voulait.

Au premier argument, je dis qu’il est faux qu’il ne soit pas permis de mourir pour une œuvre surérogatoire, car, combien de vierges ont été tuées parce qu’elles avaient refusé le mariage ! Au deuxième, je réponds qu’Anselme, dit de ce passage que saint Paul aurait désespéré de son salut s’il avait évangélisé pour des aliments temporels. Nous pouvons peut-être dire mieux. Quand Paul dit : si j’évangélise, ce n’est pas pour moi une gloire, il ne désespère pas de la gloire tout court, mais seulement de celle qui est due à une œuvre surérogatoire, comme l’explique saint Jean Chrysostome. Au troisième je dis avec saint Jean Chrysostome (homélie 8 sur la pénitence), Oecumenius et Théophylactus (dans leurs commentaires de ce passage) que saint Paul emploie le mot abus au sens d’un véhément usage. Car, ce qu’il veut dire, c’est qu’il n’utilise pas son pouvoir autant qu’il le peut.

Ce n’est pas une nouveauté, car les auteurs autant sacrés que profanes ont employé ce mot dans ce sens. Car le mot grec katagraômai et le mot latin abutor, signifient trois choses. La première. Se servir de quelque chose contre ce pourquoi elle a été instituée, et cela est mauvais. La deuxième. Se servir d’une chose en marge de ce pourquoi elle a été instituée. Et cela n’est pas un mal. D’où vient la figure katagrèsis. Voir la onzième épitre de saint Paul à Sévère : « C’est pourquoi, après avoir obtenu l’assentiment de son fils l’Empereur, la mère Augusta, après avoir vu les trésors réservés aux saintes œuvres, abusa de tout le fisc » La troisième. S’en servir tout simplement, comme Platon, épitre 8, et d’autres auteurs.

Il a dit aussi : pour n’offenser personne. Je dis que le mot offense ne signifie pas ici un scandale, mais un atermoiement. Car, en grec on a le mot egkotèn. Il craignait que certains avares retardent leur démarche initiatique pour ne pas avoir à nourrir les prédicateurs. Or, cette crainte pouvait être commune à Paul et aux autres apôtres, qui, nonobstant, percevaient les offrandes populaires. Ce qui nous fait comprendre que ce ne fut pas un péché de recevoir des offrandes du peuple, même si cela devait entraîner, pour certains, un certain retard dans leur accueil de l’évangile. Car, ce retard ne provenait d’aucune faute des apôtres, qui ne faisaient qu’user de leur droit, mais de la faute des auditeurs. Et pourtant, saint Paul, préféra plutôt souffrir la faim et le labeur que d’apporter le moindre retard à l’évangélisation.

J’ajoute enfin que ces mots : pour ne pas abuser de mon pouvoir, et pour ne pas apporter d’empêchement signifient que saint Paul aurait péché si l’acceptation d’offrandes populaires avait fait en sorte qu’il n’aurait pas pu se glorifier auprès des hommes d’un travail non du. Car, si lui-même dit qu’il devait faire ainsi, et si cela il le dit aux hommes, comment se glorifie-t-il d’avoir fait une oeuvre non due ? Pierre martyr milite donc contre lui-même quand il enseigne que saint Paul s’est glorifié auprès des hommes d’une œuvre non due. Et cependant, il présente le même Paul qui dit avoir du faire cette œuvre, et avoir péché s’il ne l’avait fait.

Le neuvième témoignage est celui de l’apocalypse 14 : « Personne ne pourra dire le cantique sauf les 144 mille, ceux qui ne se sont pas souillés avec la femme, car ils sont vierges, et suivent l’Agneau partout où il va. » Ce témoignage montre clairement que les vierges ont une récompense insigne, puisqu’elles chantent un cantique qu’aucun autre des bienheureux ne peut chanter. Les magdebourgeois répondront (centurie 1, livre 2, chapar 4, col 454) que ce passage doit s’entendre mystiquement de ceux qui ne se sont pas souillés dans l’idolâtrie, qui est appelée fornication de Babylone, de la grande prostituée. Au contraire. Car, au début, saint Jean indique que ces vierges ont été peu nombreuses, celles qui sont seules à pouvoir chanter le cantique. Car, 144 mille c’est peu de chose, si on compare ces vierges avec la foule des grands saints, foule si grande qu’on ne pouvait pas la compter (Apocalypse, chapitre 7). Et, la plus grande partie des saints ont été immunes de l’idolâtrie, comme chacun le sait.

De plus, c’est des vraies vierges que les pères entendent ce passage. Comme Primasius, Bède, Oecumenicus, et Anselme. Saint Jérôme (dans son livre contre Helvidius, à la fin, saint Grégoire (3 part pastorale, chapitre 29), saint Augustin (la sainte virginité, chapitre et suivants), qui dit, au chapitre 29 : « La multitude des fidèles restante vous verra, elle qui n’a pas voulu le suivre jusque-là. Elle verra sans envier, se réjouissant avec vous d’avoir par vous ce qu’elle n’a pas par elle-même. Car ce nouveau cantique, qui est proprement vôtre, la multitude ne pourra pas le dire. Elle pourra l’écouter, cependant, et se délecter de votre bien si excellent. Mais vous qui le direz et l’écouterez, parce que ce que vous direz vous l’entendrez aussi, vous exulterez avec une joie plus grande encore, et vous règnerez plus agréablement. » Et voilà pour les Écritures.

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